‹ Histoire générale de la tapisserie (volume 2)Chapitre 15 sur 59 · GÈNES · texte numérisé non relu

GÈNES

Il semblerait que les fréquentes relations commerciales de Gênes avec les Flandres eussent dû faire introduire de bonne heure dans cette ville la fabrication des tapisseries. Que de tableaux flamands, pour ne citer qu’un exemple, n’ont pas pris place dès le quinzième siècle dans les galeries des patriciens génois ! Cependant, rien jusqu’ici n’est venu confirmer ces présomptions. M. Alizeri, qui a exploré avec beaucoup de soin les archives de la Ligurie, déclare n’avoir pas trouvé trace de tentures de haute-lisse antérieurement à l’année 1 5 1 1 '. A ce moment le Sénat fit orner de dosserets, achetés à Bruges, la salle de ses délibérations. En i53o on remplaça ces pièces, qui n’avaient coûté que 41 ducats 2/3, par une suite infiniment plus riche, dont la longueur totale dépassait cent palmes. Mais cette suite, pas plus que la précédente, n’avait pris naissance à Gênes.

En x 55 1 enfin, deux tapissiers étrangers, Vincentius délia Valle, fils de Michel, et Pierre de Bruxelles, sollicitent du magistrat l’autorisation de se fixer dans la ville. Ils demandent en même temps des privilèges propres à favoriser leur établissement*. Par un rescrit en date du 3o avril de la même année, le doge et les gouverneurs accordent un privilège de dix ans et plusieurs autres avantages à maître Vincent délia Valle, à maître Albert de Bruxelles et à deux autres maîtres dont les noms ne sont pas connus Le rescrit ne parle pas de Pierre de Bruxelles, ce qui fait croire que cet artiste aura été supplanté par quelque concurrent. Vincent délia Valle et ses compagnons étaient, par contre, tenus de prendre avec eux huit apprentis génois, deux pour chaque maître et de leur enseigner leur art.

Cette entreprise, quoique le magistrat lui eût assuré le monopole de la fabrication des tapisseries, ne paraît pas avoir réussi Deux années plus tard, Denis de Bruxelles, fils de Martin, adressa aux autorités une pétition analogue à celle de ses prédécesseurs et sa demande fut favorablement accueillie. La ville lui concéda, le t6 janvier t553, une maison fort spacieuse, l’exemption de certains impôts, et un privilège de dix ans. Il se chargeait, de son côté, de l’apprentissage de trois jeunes gens originaires de Gênes*. Le 10 mars suivant, nous le voyons acquérir de Vincent délia Valle, auquel il avait sous-loué une partie de sa maison, un métier de haute-lisse : ce fait semble prouver que Vincent délia Valle avait renoncé à sa profession.

Pendant plus de dix ans, maître Denis de Bruxelles ne cessa de travailler pour les patriciens génois. On lui confia les travaux les plus variés : tantôt on le chargeait d’agrandir des tapisseries exécutées dans un autre atelier, avec cette condition que ses additions serai ’nt de tout point semblables au corps même du tissu; tantôt et plus souvent on lui demandait de traduire en haute-lisse les cartons des peintres indigènes. En 1 554, Vincent Grimaldi Durazzo lui acheta, à raison de trois livres l’aune, mesure d’Anvers une série de dix grotesques qu’il était en train d’exécuter (tapesariæ ala grotescha cum figuris). Il était stipulé dans le contrat que cette suite serait exposée en vente publique, et que, si elle ne dépassait pas le prix de trois livres, elle resterait à Vincent Grimaldi; dans le cas contraire l’excédant devait être partagé entre les deux contractants*. ’

En i56o, J-B. Lomellino commanda au même maître trois tentures d’après les cartons d’un peintre célèbre, Lazare lui accordait six livres pour chaque aune, mesure de Flandre, et exigeait de lui qu’il lui remettrait le travail dans l’es mois*. En i563, Antoine Doria chargea maître Denis d’un travail analogue cartons fournis par cet amateur. A partir de 1564, nous perdons la trace de l’artiste bruxellois.

1 Notifie dei professori del disegno in Liguria dalle originial secolo XVI.

Peinture t. II, pp. 4S2 et suiv. Gènes 1873. Voir aussi Belgrano, Délia vita privata dei Genovesi, éd. de 1875, pp. 68 et ss. M. Belgrano cite un grand nombre

des faicts d’Achilles devant Troye», qu’il avait vue cher un banquier de Gènes, et qui était estimée 3o,ooo écus. (Vies des grands capitaines, éd. du Panthéon littéraire, t. 1, p, 255.)

* c Vobis III. D. Duci et Magnif. DD. Gubernatoribus Excelse Reipublice Gcnuensis yieverenter exponitur per mag. Vincentium délia Vale et mng.

fabri candi utvulgo dicitur tapezarie introducere et exercere, et uHd clmm^ dms facere possint eorum res et familias conducere ad habitandum in

exerccri ac perseverari, et in ea tenere sub sesexjuvenes et laboratores Genuenses, eos docere dictam artem et qui laborent subipsis : Vcrum quia lllus-

etiam ad transducendum eorum familias ex tam la ? quia a principe multa non possunl fieri ita quod la

aliquod beneficium capiant ex introduction nove tamquTùtilirMtis' splendida civitate : suplicant ut 111. Dominationes vestre dignentur

s Calvi : il l’espace de six : il s’agissait d’exécuter deux tapisseries d’après des

e gratiai

id per 1

exercerif acere, etiam quod laborassetperaliquod tempuscum ipsosupplicantc, sed solum liceat ipso (sic) supplicanti, cum quibusvis Iaboratoribus dictam artem exercere decennio durante : Item quod dignentur eidem mag. Dionixio et ejus familie concedere habitationem et domum immunem sine aliquo onere

immunitatem et exemptionem liberam pro vino, frumento et oleo pro eorum usu et ita pubiico decreto decernere. , (Alizeri, ou... cite, t. II, pp. 493-494.)

* 054. 1" février. — « In nomine Domini Amen : Dionisius de Martino Flamengus fabricator tapesariarum Janue sponte, etc., et omni modo etc. promissit et promittit nob. Vincentio de Grimâldis ’üuracio q. Johannis fabricare pecios septem usque in decem tapesariarum à la grotescha cum figuris de qualitate tapesarie principiate bene et decenter fabricatos et quoi consignare promissit et promittit quam citius poterit dicto Vincentio preseati

ius ‘d b't 11 Calle.8<l qUim' extra cn|Icgam secundum, et prout ipsis

singula auna Antverpie illud supraplus quam magis venderentur quam is libris tribus dlvidi debeat inter eos pro dimidia, et non reperiendo plus 0 dicto prccio pro singula auna dictarum tapeserarium aictus Vincentius promissit et promittit solvere dicto Dionisio dictas tapesarias libras très singula auna et eas pro tali precio penes se et pro eo retinere et habere pro dicto precio ut supra. Qui quidem Dionisius confitetur se habuisse et récépissé a dicto D. Vincentio infra solucionem precii dictarum tapesariarum

vendi d

de libris tribus

viginti

■i Ittalie

toto domimo ac districtu Genuensi exercere vel exercer! facere, etiam^quod Iaborassent per aliquod tempus cum suplicantibus, sed solum liceat ipsis su-

facere et hoc loto integro decennio durante. Item quod dTgnenlur eis^Tei eorum familus concedere habitationem et domum immunem sine aliquo onere pensionis vel alio per decennium. Item ut dignentur et eisdem concedere immunitatem et exemptionem liberam cujusvis cabelle, dacii et pedagii et altenus cujusvis introitus pro metretis quadraginta vini, minis triginta frument. et barnlibus decem octo olei per decennium, ad hoc ut possint se et eoruin familias sustentare et ita pubiico decreto decernere: Quibus « a™. ..—.d». , (Miiri, Nolifl,, Km.,., h, pp.

ürà™ ! O»*"— "»■ Reipublice O.uueeei, .

habiter. in *#.» „ Rb,ic.0d““Pmrt“„ i

«bec u,c«nud,u,id Sc=rePe„iiPmPe,ui„n,i c.ü„i,i.„’

suam conducere ad habitandum in présent! civitate : et ad hoc etiam ut dicta ars possit introduci in futurum, exercer! ac perseverare in ea, tenere sub se et e.us disciplina juvenes seu laboratores très Januenses et eos docere dictam artem et qu, laborent sub ipso. Verum quia III. Domini in principio dicte artis etiam ad co'nrt''™^™''^6 d* neccssltale causantur impense et multe

a conducendam familiam, ita quod labor et impensa longe superaret mlroitum, propterea ut posait se sustinere suplicat ut dignentur eidem conceannnfrol?S’ 'mmUmtates « privilégia infrascripta : Et primo quod per decem ontinuosnon possit aliquisextraneusvel forensisnecquisvisaliusdicta

die ; in presentia mci Notarii et

^ 6 l 56°. 12 février. — < ln nomine Domini Amen

Baptiste Lomellino’ q. Thome Sestêrh febricne^eTos 'îres tepaTriarum^cuni designo tradendo per mag. Lazarum Calvum pictorem, videlicet duas de parmis novein in latitudine et in altitudine omnes très de parmis undecim singula que «se debent cum figuris ut supra juxta designum et esse debent ordinarias (sic) îllius bonitatis que sit possibile esse e testas et fabricatas de bonis coloribus ad r,

n duabus lirosellis

persone legitii iptione et contradicl nittit dicto Dionixio

lidelict

iibrarum s

is. Qui quidem Io. Baptista promissit 1 it supra pro preciodicturum tapasariarut singula auna Flandrie in modum infri

Dionixi

as (sic) tnlli c

ixiuslaborabit, hoc declarato quod casu quo diclus

dictus Io. Baptista non teneatur eas acceptare, imo dictus ^■■ouxius promissit et promittit restitue™ dicto Io. Baptiste sive persone pro

dictas partes. Insuper dictus Dionixius sponte confitetur habuisse et récépissé scuta decem prcscmia Notarii et testium infrascriptorum dicta

et de eis, etc. quitavit et quitat, etc. (Alizeri, ouJ.li'té, r-'soT P

Entre i5;8 et i58i, Jean André Doria I" fit exécuter par Pietro Vandergust, Cristiano de Vois, et Francesco Lendrich, d'Anvers, apr s es cartons de Lucas Cambiaso et de Lazare Calvi, une suite qui représentait probablement les Pérégrinations d'Ênée. Mais B,.r"n0’JUqUe n°US devons ce enseignement, ne nous dit pas si la tenture fut exécutée à Gènes ou dans les Flandres*.

Même incertitude pour l'Histoire de Didon, qu’un autre Doria, André, avait commandée à Perino del Vaga (voir plus haut, p. 3i); on ignore si e e ut tissée a Gênes. Quoi qu’il en soit, cette ville possède encore une pièce dans laquelle des juges compétents reconnaissent la maniéré du disciple de Raphaël : c’est la Rencontre d'Ulysse et de Pénélope , appartenant au peintre Villa».

n résumé, Gênes est, d’après les documents publiés par M. Alizeri, une des villes qui accueillirent le plus tard l’industrie de la haute-hsse et où cet art jeta les racines les moins profondes.

H nous faut aller jusqu’au dix-huitième siècle pour y trouver de nouveau une trace de fabrication de tapisseries. Dans une lettre adressée parToro au président Boyer (3o novembre 1724), l’artiste parle d’un dessin de tapisserie qu’il avait fait pour lui et qui devait e fois-ci, il n’est pas sûr qu’il s’agisse d’une tenture de haute-lisse.

être exécuté à Gênes 3 ;

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