‹ Histoire générale de la tapisserie (volume 2)Chapitre 16 sur 59 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

Cest vers le milieu du quinzième siècle seulement que l’art de la tapisserie paraît avoir été introduit dans la Ville Eternelle. Le plus ancien atelier sur lequel nous ayons trouvé des renseignements remonte au règne de Nicolas V (1447-1455) Il eut pour directeur - si le mot n’est pas trop ambitieux - un Parisien, maître Renaud de Maincourt. Une des pièces tissées par cet artiste et par ses coHaborateurs V Histoire de la Création , jouit pendant longtemps d’une célébrité sans égale : le chroniqueur milanais Corio 1 appelle « il più bello panno che sia trà Cristiani. »

, Sel°" t0Ute Vraisemb'ance, Nicolas V fonda cette fabrique, ou plus exactement cet atelier, l’année même de sa mort, en i455. Nous n avons du moins pas trouvé dans les archives romaines de mention antérieure à cette époque *. Nul doute que si cet illustre protecteur des lettres et des arts eût vécu plus longtemps, les métiers de haute-lisse romains n’eussent éclipsé ceux de Florence et de errare Son successeur Calixtc III (i455-t458) garda maître Renaud et ses compagnons tout juste pendant le temps necessaire pour achever 1 ouvrage commence, c’est-à-dire pendant une année environ. Au mois de décembre t455, il leur adjoignit un collaborateur déparier'1 ’ ^ disParut SanS lalsser d'autrcs ^ la tapisserie dont nous venons

L’atelier dirigé par Renaud de Maincourt comprenait en tout cinq maîtres. Chacun d’eux recevait par mois quatre ducats d’or pourson salaire et trois autres ducats pour ses dépenses, c’est-à-dire sans doute pour son entretien. Les matières premières nécessaires (laine, soie, or) étaient achetées au fur et à mesure à Rome même.

La principale, peut-être la seule, des suites qui sont sonies de l’atelier romain, l 'Histoire de le Création, ,e trouvait au Vatican du temps de Leon X encore. Dans l’inventaire rédigé en .5.8, elle est décrite dan. le, termes suivant, : . Unes Ipannus! m.-nus e, pu cher cumlatta, aura, srgento et serreo, eum créations nmndi et , ex capitulis, cum nrmis Nicolai et C.listi, L’inventaire d”e ,6ao fol. j] mentionne également un . arasso numéro uno, nominato Creotio Mandé ., de s8 aunes, mais comme cette pièce Sgure parmi les tapisseries en laine, non parmi celles en or, il n’est pas sûr qu’elle soit identique à la précédente. F

, Au seizièrae siécIe. aucun «eüer de tapisserie proprement dit ne paraît avoir pris naissance sur les bords du Tibre Nous n avons rencontre a Rome, pendant cette période, que les noms de quelques tapissiers isolés. L’un deux, Arnoldus de Zagres qualifie de « tapiccnus », et recevant un salaire mensuel de deux florins, figure de i5o7 à i5i2 au service de Jules II5- il semble avoir conservé ses fonctions sous le successeur de ce pape». C’était, selon toute vraisemblance, un simple rentraiteur ’

Léon X, on le sait, s’adressa exclusivement aux fabriques des Flandres. Clément VII suivit l’exemple de son illustre parent et predecesseur. Nous le trouvons à diverses reprises en relations avec le tapissier bruxellois Pierre van Aclst auquel on peut attribuer, sans trop de témérité, le tissage des cartons de Raphaël. Il lui fit remettre, le 17 juin i53i 200 florins en payement d’un ouvrage qu’il lui avait commandé, et le 1 1 novembre i532, 5o florins à valoir’ sur le compte qu’il a’vait ou pourrait avoir avec la Chambre Apostolique 7. Dans les deux documents, Pierre van Aelst porte le titre de tapissier.de Sa Sainteté Ce titre était egalement porté par maître Adrien qui toucha, le 26 juillet i532, 5 ducats, 10 sous, pour rentraiture de plusieurs tapisseries appartenant au pape, et qui fut chargé d’un travail analogue en 1542 8.

Paul IV (.555-1559), ébloui par le succès de, manufactures de Femme et de Florence, résolut de créer 4 Rome uo établissement analogue, comme lavait fait cent année, auparavant son glori.ua prédécesseur Nicolas V. Il pria Cosme de Médici, de lui envover 1. pr, ne, pal d entre le. taptssters attachés à son service. Le choix dn duc ne pouvait tomber que sur Iran Ro.t, le fondateur de I. fabrique m.dtceenne Une lettre encor, inédite d. ce. artiste, «n date du a. mars ,558, contient le. détails le, plu, circonstancié, sur a réception qn, lu, fut faite par le pape’. Il y ,acon,= qu’arrivé 4 Rome le ,6 du même mois, il eu, l’honneur d’être présenté dé, le lendemain au Snmt-Pere qu, le combla d’éloges et voulut immédiatement [e retenir dans „ capitale. Le pape donna l’ordre de

* Belgrano, ouv. cit., p. 70, note 2.

Ga jette des Beaux-Arts, 1868, t. II, p. 5oo.

« M. 1628, fol. i3g; M. 1629, fol. 76.

la Galette des Beaux-Arts du i«»août 1876. Ils ont été réimprimés depuis dans le tome 1" de notre travail sur les A rts à la cour des papes pendant le quinzième et le seizième siècle, pp. 179-182.

6 1307. Septembre. « Duc. 2 auri de caméra domino Arnoldo tapizerio s"* domini nostri papœ pro ejus provisione mensis septembris proxime præteriti. 1 (Archives d’Etat de Rome. Mandats x5o7-i5i3, fol. 8.) Payements analogues jusqu’au mois de juillet i5i2. (Ibid. ff. x3, 16, 22v», 25 v«, 32, 44, 55 v», 69, etc.)

» (Sans date) « Volentes dilecto filio Arnoldo de Zagres tapicerio nostro, qui a tempore assumptionis nostre ad summum apostolatus apicem pannos nostre forrarie reparando et manutenendo nobis fideliter inservivit et de presenti inservit, de provisione et salario condecenti providere, ipsi Arnoldo provi-

deputamus. » (Archivio storico italiano, iSG C,’ t. Illf P. 222.)

1 i53i. 17 juin. « D. Petro Vanaeist tapezario s"> d. n. papœ florenos ducentos de juliis X pro floreno pro totidem quos idem d. Petrus occasione

pannorum tapezariæ prælibatos»>»d. n. datorum consequi débet. «(Archives d'Etat de Rome. Mandats i53o-i534, fol. 55.)

de f2' IIdnOTealbre- * Potrode Alst Sanctitatis Suæ tapeziario duc. 5o auri

forsan habet, seu habebit cum caméra occasione tapezariorum. 1 (M. i53i-i5.ii fol. 3o v», et M. i53o-i534, fol. 55).

8 1 533. 26 juillet, t Magistro Adi

» tapeziar

d. n. papœ duc. 5 auri

certorum pannorum forenæ s"*. d. n. papœ. » (M. i53x-i534, A, fol- g3.) Voir aussi T. S. :533-i 534, fol. 48,1540-1541, fol.x34v», T. S. 1542-1548, fol. 67 v». « . III"® et Ecc"“ Sigr».

lo giunsi a Roma a li XVI del présenté; et feci subito capo al S» amb" di V. Eccellenza : il quale il di seguente m’introdusse a Mons'« Illmo Vitelli, poi Duca di Paliano, et à Mons». III"» di Napoli ; et tutti per rispetto di V.

sul' horu del pranso MonsMII»»di Napoli mi condusseà N'» S"; et dntagli

1 r 1110 presenti molti Prclati, et altri Sr’ alihora : et S. Santità disse publicamente ch'io ero huomo del suo carissimo figliuolo il Oucadi Fiorenza, mandato a postait servirlo in cosa che sopra ogn’altra desiderava per bcneficio et

tuose verso l’Eccellenza Vra, che mi parve d’haver fatto grandissimo acquisto

pourvoir à tous ses besoins, et, dans le cas oü il ne se trouverait pas de maison propre à recevoir la manufacture, d’en bâtir une

' RoÏ cependant n’.y.i. nullement l'intention de a. tendre eue veentt de Paul I V et de renonce, à 1. direction de ,on «elle, de Florence. Il déclara expres.émcnt dont sa lettre nu grand-duc que même stl lu. donna,, ordre de sei.bl.r a Rome, ,1 ne pourrai, pas fermer . sa boneg. dans ce =«, il ferai, d.u* ou mois foi, par a» le voyage de Florence pour anr.edle, les dan, l’Intervalle, l'atelier serait dirigé par une personne possédant sa confiante probablement son fils. Dans aucun cas, ceat du moins ce oui semble résulter de s. lettre, il ne se serait établi » Rome d'une marnera defimttve. En effet, ,1 a, ou» ,u en eugagean, un grand nombre d’hommes du métier, il arriverait à satisfaire promptement aux vœux du pape et a s acquitter dans un delai assez

bref de la tâche dont on voulait le charger. , .

Nous ignorons quel a été le sort de l’entreprise à laquelle Paul IV attachait tant de prix. Tout ce que nous savons, c’est que quelques mois plus tard, en juin i558, Jean Rost était de retour à Florence.

Dans le premier tiers du dix-septième siècle, on ne paraît pas avoir fabriqué à Rome de tentures historiées. Les comptes du tapissier attitré delà cour pontificale, que nous avons parcourus pour les années i6o5, 1607, 1609, 1610, 1612, 1614, 1616, 1617, 1623, 1628, 1 63 1 (les autres années manquent), ne parlent que de nettoyages, de raccommodages, de restaurations de pièces anciennes. François Prata, dont les comptes s’étendent de i6o5 à 1617, reçoit pendant cette période des sommes variant de 52 à 172 écus par an. Il est chargé d’enlever les taches de cire, de recoudre les déchirures, de refaire les lisières. Parmi les compositions qui ont exigé le plus de soins, figure l'Histoire de César. En 1606, Prata en restaure cinq pièces, autant en 1609, dix en 1610, trois en 1612, dix en 1617, dix en 1628, etc. J’ai relevé, parmi les tentures dont le sujet est indiqué, les séries suivantes : un Christ en croix, sept morceaux de l'Histoire de Tobie, un de l'Histoire de David , l 'Ascension, une Madone, la Création du monde, la Justice , le Centurion, la Madone de saint Luc , la Descente aux limbes, une Nativité, une Passion, une Pietà, le Portement de croix, la Résurrection du Christ, la Sainte Cène, l'Adoration des Mages, le Pasce oves meas (sans doute d’après le carton de Raphaël), etc., etc. Les tapissiers Fermo Perini, Sylvestre Biliotti (1623, i63i-i632), et Pierre Pasquali, « tappezziere di Palazzo » (1628), ne s’occupent aussi que de ces travaux secondaires.

En 1625, le neveu d’Urbain VIII, le cardinal-légat François Barberini, arrivait, chargé d’une mission importante, à la cour de Louis XIII, en compagnie de plusieurs des savants ou littérateurs les plus distingués de son pays, pour lesquels ce voyage devint le point de départ de liaisons intimes avec les savants ou artistes parisiens. On remarquait dans le nombre Jérôme Aleander, un des plus chers amis de Peiresc, le chevalier Cassiano del Pozzo, le protecteur du Poussin; son frère Antonio del Pozzo, César Magalotti, etc., etc. Un précieux recueil épistolaire, conservé à la Barberine, montre aujourd’hui encore combien ces relations furent fécondes et durables.

Les trésors d’art de notre pays, et notamment les productions de la tapisserie, exercèrent sur le légat et sa suite une influence considérable. Quelque belles que fussent les tentures appartenant à la cour pontificale, elles paraissent n’avoir pu se mesurer, ni pour la variété, ni pour le nombre, avec celles dont regorgeaient le Louvre, le château de Fontainebleau, les églises, les hôtels des particuliers. L’auteur du journal de voyage, ou Diarium, dont la Bibliothèque nationale de Naples et la Barberine possèdent chacune un exemplaire manuscrit, ne néglige jamais de mentionner, voire de décrire, les arazzi qu’il rencontre dans ses visites. Au couvent de Saint-Magloire, il signale « una caméra et un salotto parata d’arazzi regii con oro e seta di squisito disegno, fra quali vi era particolarmente riguardevole un pezzo dov’ era espresso la navigatione naufragosa di S. Paolo verso Malta e il miracolo délia vipera buttata nel fuoco; » à Fontainebleau, il remarque des « arazzi tessuti con oro e seta con l’historia di dodici mesi dell’ anno di bellissima maniera, » et bien d’autres encore.

La vue de tant de merveilles, et sans doute aussi le spectacle de l’activité qui régnait alors dans les fabriques parisiennes, fit naître chez le cardinal le désir de doter la Ville Eternelle d’un établissement analogue, capable de traduire en tapisserie les compositions des peintres de la cour pontificale. Mais avant de rien entreprendre, il procéda à une espèce d’enquête industrielle, afin de recueillir des informations certaines sur la qualité des laines des divers pays, sur les différents systèmes de teinture, etc., etc. Florence et Venise, Avignon et Paris, furent mis à contribution et fournirent les renseignements qu’on leur demanda. Plus égoïste, plus pusillanime, Bruxelles refusa de livrer son secret, si tant est qu’elle en possédât un. Cela se passait vers i63o'.

Ces informations ne devaient pas tarder à être utilisées. Le plus ancien document que nous ayons rencontré jusqu’ici sur la manufacture fondée par le neveu d’Urbain VIII, remonte au mois de décembre x 633. A ce moment, le peintre Pierre-Paul de Gubernatis reçut un à-compte de 120 écus romains pour les copies qu’il avait faites, ou qu’il devait faire, d’après les Enfants

ne la gratia di V. Eccellenza, essendo causa d’un si fatto publico testimonio.

accettato due pannetti d’oro, d'argent», et di seta, che le présentai ; et vistili ben bene; commcndô assai la molta cura che l’Eccellenza Vra haveva di fitvorir le buone arti, et in particolare la professione mia. Ordinô poi al car1 di Napoli, et al suo m™ di casa, che mi dessero quanto mi bisognasse ; et se non si ritrovava casa a proposito, che me ne facessero subito fabricar una; con altre infinité dimostrationi del molto amore che porta a l’Eccellenza Vrn, che non racconto per non essere fastidioso.

Hora, io se ben mi tengo per grandissimo favore di V. Eccellenza questa segnalata dimostrationc, che s’è degnata farmi ; non pensava perd di haver

buona gratia ; ne mi é parso di accettare cosa che mi sia stata offerta, se pri ma non ho espressa liccntia da l’Eccellenza Vra, de la quale sono suddito, et servitore devotissimo ; et sotto la cui ombra sta ogni mio bene et riposo, perche là ho principalmente determinato di vivere con sua buona gratia, et

Mons« 111“') Vîtelli, il quale mi ha detto di haver sopra cio moite lettere da V. Eccellenza con espresso ordine di farmi restare a i servitij di S. Santità, se cosî le piaccsse. Pero, se sarà servitio di V. Eccellenza ch’ io resti, la mi farà quest’ altra singolar gratia di comandarmelo espressamente con una sua lettera : che tanto fard quanto la mi ordinarà, et non altro.

In caso che l’Eccellenza Vra resti servita ch’ io faccia quanto S. Beat»» vuole; la hada sapere, che l’opere ch’ io ho da far qui, per quel ch' io vedo, non andaranno molto in longo; et al piùlongo, chepossono andare, non^s^ann“ P®rô lan,ej che non si possano finir presto;, perche io ci condurei

corne di già m’é stato parlato ; et mantenerei costà la mia bottega senza impedi-

mento, et forse anco con accrescimento et di facende et di riputatione. Ma senza buona gratia, et espressa licentia de l’Eccellenza Vra, io non ci voglio pensare et a l’incontro se mi convien ubbidirla col servir qui S. Beat»», io la supplico a concedermi anco in absentia la gratia vccchia et nuova, che la mi ha fatta in campiglia (!)■, percioche in mio luogo io sustituero un luogotenente et sufiieiente, et confidente in modo che l'Eccellenza Vra restarà ben satisfatta. Et con questo a V. Eccellenza bascio humiliss‘“ le valorose mani ; supplicandola a perdonarmi se sabbato passato non le diedi awiso di questo mio successo, ocupatissimo sempre o con questo, o quello, et pregandole longa et felice vita, con accrescimento di stati el perfettione d’ogni suo desiderio. Di lîoma, a li xxij di Marzo MDLVIII.

Di V. S. Illustrissima et Eccellentissima.

Fideliss» et devotiss» suddito et servo Giovanni di Rosto a.

(Florence. Arch. d’Ëtat. Mediceo 467; ancien 1370. Carteggio di Cosimo I fol. 404. La signature seule est autographe; la rédaction et la transcription du corps même de la lettre sont sans doute dues à quelque prêtre plus lettré que ne devait l’être Jean Rost).

En analysant naguère cette pièce dans la Chronique des Arts (1876, 17 juin) je l’ai attribuée à Jean Rost le jeune et non à Jean Rost le vieux. Ce qui m’avait faitadopter cette opinion, c’est que ce dernier se trouvait dés i56o hors

Depuis, me rendant aux raisons exposées par le marquis G. Campori dans son Arajjeria Estense, j’ai reconnu qu’il s'agit réellement du père et non du fils.

Il résulte de deux lettres publiées dans VAraq^eria Estense pp. 117-118, que l'artiste se trouvait encore à Rome le 11 juin ; le a5 du même iflois, il était déjà de retour à Florence.

1 Nous avons publié dans la Revue des Sociétés savantes (1875, t. vin, pp. 504-520) des extraits de cette correspondance, accompagnés d’un docte commentaire de M. Darcel. Voir aussi la Chronique des Arts du i5 juillet 1876.

TAPISSERIES ITALIENNES

3 qui mettait le i/5). Une gratification de 25 écus fut

denti d’arazzo di s di ale quadre

jmianl, de Jean d’Udine'. Ces copies étaient sans doute destinées à servir de cartons aux tapissiers attachés au nouvel établissement. Il n’est pas bien sûr, cependant, qu’elles aient été employées, car plus tard Romanelli refit le même travail. En i634, •JJ" autre pein're, Antoine Ecclisse, reçut une commande analogue : il s’agissait de reproduire deux des tentures de Raphaël, 1 o lstorii del surge et ambula » ( Guérison du Paralytique) et la Conversion de saint Paul a.

Les tapissiers se mirent à l’œuvre en i635 au plus tard. Le nouvel atelier, placé sous le patronage du pape, ou du moins sous celui de son tout-puissant neveu, le cardinal François, avait pour directeur un artiste probablement né de ce côté-ci des pes : . acqucs délia Riviera5. Sous ses ordres travaillaient deux tapissiers, l’un français, Antoine, l’autre flamand, Michel. Ceux-ci traitaient parfois directement avec les agents du cardinal. Ils signèrent entre autres avec eux une convention qui leur assurait, à l’insu de leur chef, un salaire supérieur à celui qui leur avait été alloué d’abord. Ajoutons qu’on loua pour y installer maître Antoine et maître Michel une chambre des plus modestes, dont le loyer n’était que de trois écus et demi pour cinq mois.

Le premier ouvrage sur lequel nous possédions des données certaines est une Nativité , tissée d’or et de soie, et destinée à l’autel de la chapelle apostolique. Cette tenture fut terminée au plus tard le 23 décembre 1 635. Elle coûta en tout 535 écus romains, 57 baioques et demie. La main-d’œuvre était comprise dans cette somme pour 271 écus, 8 baïoques prix de revient de l’aune carrée à 9 écus (la pièce mesurait en tout 3o aunes carrées e en outre accordée à maître Antoine et à maître Michel4.

Le second ouvrage avait plus d’importance ; il comprenait six pièces qu’un document ancien décrit comme suit : « sei pen- 1, oro et stami , fatti con figure, e con armi di N. S. per il baldachino dell’ altare délia cappella pontificia... 1/2. » La dépense totale pour ces six pièces, qui avaient exigé un travail de onze mois et qui furent livrées le 26 janvier i637, ne s’élèva qu’à environ 600 écus, dont 345 pour la main-d’œuvre s.

Deux aides de Pierre de Comme furent chargés de colorier les cartons de ces tentures; ils se bornèrent sans doute à reproduire quelque composition de leur maître, car il ne leur fut alloué qu’une gratification de 12 écus. C’est peut-être à cet ouvrage que font allusion les auteurs du siècle dernier, quand ils rapportent que l’on conservait au palais Barberini des cartons de tapisseries dus au célèbre peintre lui-même. La part de ce dernier ne saurait avoir été considérable : le silence des documents officiels et des auteurs contemporains nous permet de l’affirmer.

Peui-ëire 1= Pou.,in conconmt-il aussi an, maux de l’atelier romain. Nous savons du moins que vers 1640 le cardinal Barberini lui commanda un dessin de Y Histoire de Scipion °.

Le vrai pourvoyeur, le peintre attitré de 1’ « arazzeria » pontificale, était un artiste presque aussi célèbre que Pierre de Cortone, Jean-François Romanelli. Le cardinal F. Barberini le chargea, ainsi que nous l’apprend Baldinucci, d’exécuter les cartons des tentures destinées à couvrir les parois de la salle ou Pierre de Cortone avait peint son fameux 'plafond7. Les Mystères de la vie et de la mort du Christ , tels étaient les sujets de ces compositions, qui furent coloriées par un élève de Romanelli, Paolo Spagna. Les cartons conservés, aujourd’hui encore, dans le Palais Barberini pourraient bien être identiques à ceux dont il vient d’être question8. Baldinucci raconte, en outre, que Romanelli inventa une sorte de trompe-l’œil qui aurait pu faire une concurrence redoutable à l’art dont nous nous occupons ; il exécuta sur des toiles à fond d’or des peintures auxquelles il s’efforça de donner, au moyen de divers artifices, toutes les apparences de la tapisserie. De ce nombre était une suite de scènes de l’ancien Testament. Heureusement cette tentative ne trouva guère d’imitateurs.

Les registres des archives romaines nous permettent d’ajouter quelques détails à ceux que nous fournit le biographe. Ils nous montrent que les travaux de Romanelli ne furent pas toujours d’un ordre si élevé. A parur de 1637, jusque vers i642, il fut chargé de copier de vieilles tapisseries dont le pape désirait avoir une répétition : les Enfants jouant , de Jean d’Udine'.'ce n’est que plus tard que l’on commanda au maître des travaux plus importants : la Résurrection du Christ, et Y Envoi des Apôtres à Jérusalem pour la Pâque'"..

Ce fut encore maître Jacques délia Riviera qui tissa les premières pièces de la série des Enfants jouant. Il y travailla de 1637 n’eut pas la satisfaction d’achever cette œuvre considérable. En effet, dans un document du 26 octobre i63g,

1 Archives d’Etat de Rome. Mandats i633-i635, fol. 226.-1633. 22 décembre, n A. Pictro Paolo de Gubernatispittore scudi 120 di monetasono a bon conto

di Rafâelle con putti, per servizio di Nostro Signore. »

* i634, 7 juillet, c Ad Antonio Ecclisse pittore scudi aomonetaper il prezzo

da un panno di Raffaelio, con Vistoria di surge et ambula, per servizio délia caméra di Nostro Signore a S. Pietro. » (Mêmes archives, M. i634-i635, ff. 365, 404).

8 Zani, dans son Enciclopedia, donne une longue liste d’artistes flamands

4 ( Conto del panno d’arazzo délia Nativité di N. Signore per la Cappella Pontificia... Calculo del panno délia Nativité di Christo fatto con stami, scia

Santité di N. S. col sacro Collegio, misurato ale quadre n» 3o -J- e posâto in guarda robba dell ecc“° signor Cardinal Padronc in libre n. 41 -J-> prima di haverlo consegnato armato al floriere di S. B“»; il che fù li a3 di décembre

La manilâttura s. 9 per ala, sopra ale 3o-F . scudi 271 8

Per ristoro di fattura al Fiammengo e Francese .... s. 25

Quadro à olio del bozzetto . s. 6

Cartoni di fregi, e cornice per sopra e sotto . s. i5

Cartone délia case* del baldacchino . s. i3

Licci de 2 orditi, corde, aste, spille di ferro, cartoni

Piombini 600 . s. 3

Armature del panno e cucitura . s. 1 20

Nolodellettodellavorantefranceseecompagni, 6 mesi. s. 420

(Or, soie, laine, etc . environ 200 écus).

(Archives d’Etat de Rome, feuille volante). Voir aussi M. iG34-i635, ff. 638, 65 1, 690, M. i635, ff. 110, 117, 145, M. t636, ff. 55, 73 v°, 104.

8 Archives d’Etat de Rome. Feuilles volantes. Voir aussi M. 1637, ff. 1 15, 16S. — On achetait à Rome même l’or nécessaire : i635, 27 oct. . Scudi lot, 4, monctn ... ad Orazio Guidilli e compagni battilori per prezzodi lib. 4, once 10, denari 16 oro da ricamo, lib. 2, once 6, den. 4 oro da tessere per servizio

« « Je vous suis infiniment obligé, monsieur, de m’avoir procuré l’occasion

les expressions de mon respectueux dévouement; et après avoir remercié S. E. de l’honneur qu'elle me fait de se rappeler de moi, je la prierai de vouloir bien accepter ce dessin comme le gage de mon dévouement. » (Lettre du 27 juin 1642, au corn, del Pozzo. Lettere Pittorichc, édit. Ticozzi, 1. 1, p. 407; traduite dans la Collection de lettres du Poussin, Paris, 1824, pp. 107, 108).

1 Notifie de’ professori del disegno, édit, des Classiques italiens, t. XIII, p. Soi.

8 Voir Rossini, Il Mercurio errante del/e grandejje di Roma, Rome, 1789, t. II, p. ,84.

» 1637. 3o sept. 1 00 écus : « al sig. Gio : Francesco Romanelli pittore a buon conto de’ cartoni con il disegno de’ putti ad iinitazione di quelli di Raffaelio fatti e da farsi da lui per formare li panni d’arazzo che fa Giacomo délia Riviera d’ordinedi N. S.. (Trésorerie secréte des Papes, 1637, fol. 207.)— 1641. 23 fév. au même 100 écus«a conto del 6» et7- cartone che servono per tessere l’arazzi ad imitatione di Raffaelio ». (M. 1641, foi. 53).— 1642, 3 juin. . Scudi moneta pagati a Gio : Francesco Romanelli pittore a compimento di scudi 3oo per prezzo de' 5 cartoni e fregi fatti da lui per fabricare 5 panni d'arazzi ad imitatione di quelli di Raffacle per servizio di Nostro Signorc » (M. 1642, fol. 85 v»). Voir aussi M. 1634-1644, fol. 11 v°; M. 1636-1640, ff. 87,338, 627; M. 1637, fol. 226; M. 1 638, fol. 3gi ; M. 1640, fol. 40; M. 1641, fol. 53.

10 i643, 25 fév. « Scudi 1 34 moneta... pagati a Gasparo Rocci arnzzierc per

largo ale 5 3/4, tessuto d'oro, c seta, et stame, nel quale si rappresenta la Resurrettione di Nostro Signore Giesù Christo, il disegno è di Francesco Romanelli, che intuttonle 3o 1/4 é ragione di scudi 16 l’ala. > (M. ifi43. fol. 5o.) 1643. 4avril, au même, 0 scudi i5o a conto del panno d'arazzo con l’historia quando Christo Nostro Signore andava in Gierusalemme alla crocifissione che fé d'ordinedi Sua Santité perservitio dellacappella pontificia »(Ib.fol.6o) Voir aussi M. i636- 1640, fol. 627.

" M. 1634-1644.fi. 11, 12, 12 v», i3 v», 14; 1636-1640, ff. 3g4, 5 19, 571,605; M.1G37, If. 187, 207, 263, 273 ; M i638, fi. 35, io3, 170; M. 1439, ff. 5g, 69,

il c

déjà question de sa mort : « AU’ heredi del quondam Jacomo délia Riviera arazziere scudi i33,5o moneta a compimemo di 283, 5o simili, che importa il conto del 4” panno di arazzo, tessuto di oro, seta e stame, col disegno de putti ad imitatione

l’ala, fatto da detto Jacomo c

consegnato...

di quelli di RaffaeUo, ascendente alla somma di ale 27, a ragione di scudi

(M. 1636-1640, fol. 6o5) ». . . . t\ ci v -,

Le successeur de Jacques délia Riviera fut son gendre Gaspard Rocci ou Rocchi. De i63g à 1642, il toucha différentes sommes pour l’achèvement des Enfants jouant ' . Il termina également les Scènes de la Vie du Christ K

La mort d Urbain VIII (1644) et le bannissement de ses neveux semblent avoir arrête 1 essor de la fabrique romaine- Peut-être même ces événements amenèrent-ils une cessation complète des travaux. En 1648, il est vrai, nous rencontrons de nouveau, dans les registres des Archives d’État de Rome, un « arazziere », Michel Palese ou Pelese, mais le mot » tappeto » employé dans le document nous fait croire qu’il s’agit plutôt de tapis de pied que de tapisseries de haute-lisse ». Vers la même époque, Fermo Perini, que nous avons déjà mentionné, restaurait les tentures du garde-meuble pontifical4. En i65g, ü est question d’un autre « arazziere », Pierre Rascotti, mais cette fois-ci encore la nature de l’ouvrage n’est pas indiquée avec précision5. Vers i663 enfin, l’atelier des Barberini semble reprendre son ancienne activité. Ce fait résulte de documents publiés par le marquis G. Campori 6. Nous apprenons, en effet, par une lettre analysée dans V Araser ia estense (6 août i663), qu’à ce moment le cardinal Barberini venait de confier au peintre Lazare Baldi le dessin des bordures destinées à V Histoire d'Urbain VIII. La résolution du cardinal de n’employer que des laines provenant de ses propres troupeaux occasionnait, au dire du correspondant, des retards assez considérables. En effet, vingt années plus tard, l 'Histoire d'Urbain VIII n’était pas encore terminée, et l’on ne put en exposer que six pièces, en i683, sur la façade du palais de cette célèbre famille. Les six autres pièces manquaient encore’.

La fabrique des Barberini acceptait aussi des commandes du dehors. Le duc de Ferrare lui confia l’exécution de tapisseries dont les cartons avaient été fournis par des élèves de Pierre de Cortone et dont voici la liste : 1° Une pièce représentant le Combat d'Apollon et des Géants (cette pièce était destinée à compléter la suite des Batailles des Géants exécutée à Ferrare au seizième siècle); — 2° Un dessus de porte avec un phénix au milieu; — 3° Une pièce avec des pyramides et des figures; — 40 Deux pièces semblables avec des fruits et du feuillage; — 5° Une pièce destinée à compléter l 'Histoire de Scipion, d’après le dessin fourni par Lazare Baldi ; — 6° Quatre pièces pour des cncognures 8.

Il est probable qu’il faut aussi ranger parmi les productions de l’atelier des Barberini les six bordures aux armes d’Urbain VIII, qui sont mentionnées dans un inventaire du Vatican rédigé à la mort de Pie VII *.

Voici, d’après des renseignements que nous devons à l’obligeance de Mgr Barbier de Montault, la liste de celles des tapisseries de l’atelier des Barberini qui subsistent encore (Nous conservons le texte même des descriptions du savant prélat) : « Vie du Christ. 1 . L'Annonciation. L’ange Gabriel porte une étole croisée sur la poitrine et un Iis à la main. En haut, à la bordure, on remarque une charrue attelée de deux abeilles conduites par une troisième. Signé : IAC. D. L. RIV10. — 2. L'Adoration des Bergers. — 3. L’ Adoration des Mages. Même signature qu’au n° 1. — 4 .La Fuite en Egypte, avec l’inscription ÆGYPTVS SANCTIFICATA. Dans la perspective du paysage figurent la mer Rouge, MARE RVBRVM, la Thébaïde, THEBAIS, et Alexandrie, ALEXANDRIA. Signé: IAC DI RIV. — S. Le Baptême du Christ. — 6. La Transfiguration. — 7. La Cène. — 8. Le Jardin des Oliviers. — 9. La Crucifixion. Signé : IAC. DL. RIV. — 10 .La Résurrection. — 11. La remise des clefs à Saint-Pierre. (Même signature qu’au n° 1.) »

« Histoire d'Urbain VIII. 1. Education de Maffeo Barberini. Elevé à Pise, Maffeo reçoit le grade de docteur aux applaudissements d’un nombreux auditoire. Attiré à Rome par un de ses oncles il devient abréviateur du Parc majeur et référendaire de la Signature. L’inscription suivante retrace ces événements :

PISIS. ADOLESCENS

INVSITATA HOMINVM. FREQ VENTIA . ET. PL A VS V LAUREAM. SVMIT. MOX. ROMAM. PROFECTVS PER. AB B RE VIA T. ET. REFEREND. MVNERA DEDVCENTE. PATRVO. AD. ALTIORA. CONTENDIT.

— 2. Sa légation à Urbin. Par ses soins le duché d’Urbin pendant sa légation retourne aux Etats de l’Eglise :

DVM. ECCLESIÆ. DITIONEM RECEPTO. VRBINATE. DVCATV. AVGET. PRÆFECT VRA NON. T AM. FAMILIAM. SV AM. QVAM. ROMAM. ORNAT

(— 3. Élection d'Urbain VIII. Pièce reproduite si

e de nos planches.)

1 i63g, 20 déc. « Scudi i5o moneta pagabili a messereGasparo Rocci arazziere a bon conto dei 5» panno di arazzo di stame, seta et oro.che fa di ordine di NostroSignorecol disegno sud»(deputtinudïadimitationedi quelli di RaffaeUo). • (M. 1636-1640, fol. 627.)— 1640, 17 avril : 1 10 écus pour solde de 260 écus • per il prezzo di un panetto di arazzo con oro, seta e lana, tessuto fatto in Roma con l’historia de’ putti che fanno la gatta cieca. > (M. 1640, fol. 67 v°.)

1641, i3 mars, au même : 196 écus, 5o... « a compimento di scudi 2g6,5o simili, che importa un conto del 6» panno d'arazzo tessuto con oro, seta e stame, d’ale 27, che rappresenta una pesca di putti fatto fare da lui. » (M. 1641, fol. 55 v“.) — 2 octobre. ■ A Gasparo Rocchi, arazziere, scudi 519,75 per un pannetto d’arazzo tessuto d’oro, seta et stame, con putti che fanno la caccia délia civetta e più per 4 fregi dell’istessa materia. » - 1642, 3: mars, au même 336 écus « per panno d’arazzo di oro, seta e stame fatto da lui per servi tio di N. S. quale rappresenta il gioco di boccie. » (Ib. fol. 3o3.)

nandato di Mr thesau-

aGasp

0 del p

:o che

fa délia Resurrettione di Nostro £

Santità. > (M. 1642, ff. 89, 127 479. 572, 627, etc.)

8 1648, 10 mars. « A Michèle Palese arazziere scudi 20 moneta se li fanno pagare a buon conto di un tappeto che deve fare simile all’altro (che) è consegnato nella floreria del palazzo apostolico per mettere attorno il letto di Nostro Signore. » (M. 1648-1601, ff. 43, 68, io5; M. 1644-1650, fol. 280).

4 Archives d’État de Rome. M. 1644-1650, ff. ! 96, 58a. (Communication de M. A. Bertolotti).

i65g, 3 oct. <t Scudi 100 a Pietro Rascotti arazziere, a buon conto de’lavori che fa. « (Très. pont. >65g,fol. 121.)

Le document suivant paraît aussi se rapporter à des tapisseries fabriquées

à Rome vers cette époque, quoique le titre de <t tessitore di drapi », que l’on y remarque, puisse causer quelque surprise.

* A di 24 d’agosto 1661. Entrato in floreria perord» di monsr“ ili"0 Boncompagni mag'» domo di N. S™, disse haverlo hauto da mg. Agusto Boni, tessitore de drappi di N. S'«, un quadro tessuto con la Cena del Sig ", fatto con oro, e seta, grande con sua cornicc di legno, indorato, et suo ormisino con suo merlcttino d’oro attorno per conservarlo con suoî cordoni, e ferro indorato. Et più entrato in floreria per ord° di mons' ill®> sud. havuto dal

Galatea in mezzo, con quattro cantonate, con impresa di N. S« al fregio, in tutto fanno ale venti. (Archives d’État de Rome. Invenlario dclle robbe che sono entrate in floreria nel pontificato di N. S™ papa Alessandro 7““, fol. 46.)

0 A ramena estense, p. 75.

’ C’est à tort que M. Gentili range l 'Histoire d'Urbain VIII, la Vie de Jésus-Christ parmi les productions de In fabrique établie à San-Michcle par Clément XI (S 11 lia manifattura degli ara^i, p. 65). Toutes ces pièces, comme on vient de le voir, sortaient de l’atelier des Barberini.

8 « Aquesta fabbrica aflïdô il Duca l’esecuzione di alcuni arazzi sui disegn' condotti nella scuola di Pietro da Cortona, cioè un pezzo con la storia di Apollo e dei Giganti; un sopra porta con una fenice nel mezzo; un pezzo con piramide c figure; due simili con frutti e foglie ; un pezzo per accompagnare gii arazzi dei Scipioni fatto sul cartone di Lazaro Baldi, allievo del Cortona, e quuttro pezzi per cantonate. > (Ara^eria estense, pp. 75, 76.)

“ « Sei pezzi di fregio d’arazzo sfoderali senza francia, tessuti in oro con arme di Leone decimo. » (Voir ci-dessus, p. 29). — « Sei pezzi di fregi simili tessuti corne sopra con arme di Urbano ottavô. » (Archives d’État de Rome. Atti fatti in tempo di sede vacante per morte di Pio PP. VU. 1823, fol. 274. l-'loreria del Quirinale).

10 lacopo délia Riviera.

TAPISSERIES ITALIENNES

— 4. Urbain VIII envoyant son neveu Thadée au-devant de la reine de Hongrie :

THADD. NEP. AD. REGINAM. H VN G A RI Æ AVGVSTIVS. EXCIPIENDAM. MITTIT

— 5. Consécration de la Basilique de Saint-Pierre en 1626. Urbain VIII, chapé, et la mitre en tête, est assisté d’un diacre, d’un sous-diacre et d'un prêtre qui tient devant lui le Pontifical; suivi des cardinaux mitres, chacun avec le vêtement propre à son ordre; escorté de la garde suisse, la hallebarde au poing et la cuirasse sur la poitrine, et entouré de ses camériers. Avec la pointe d’une crosse il trace les lettres de l’alphabet latin sur la cendre étendue en croix sur le pavé de la basilique. On distingue dans la perspective les croix de consécration aux piliers latéraux et le baldaquin monumental qui surmonte le maître-autel. — 6. Fortification du château Saint-Ange. 16 27. Urbain VIII visite les travaux exécutés au château de Saint-Ange, à Rome. L’architecte lui présente le plan des quatre bastions qui flanquent le môle d’Adrien et auxquels furent donnés les noms des quatre Evangélistes. Le pape porte son costume ordinaire, soutane blanche, rochet, mosette rouge, étole semée d’abeilles et calotte rouge dite camauro. Sur sa tête un laquais étend un parasol rouge, du genre qualifié ombrellino. »

0 Portrait d'Urbain VIII. Ce portrait paraît fort ressemblant, : un dais à ses armes, bénit de la main droite ; vêtu pontificalement, il a l couronnes. »

« Deux frises aux armes d’Urbain VIII. Au Vatican, dans u un des débris du baldaquin mentionné précédemment. »

On voit, en outre, dans le palais Barberini, une tapisserie représentant deux Anges supportant l’écu des Barberini, et tenant chacun une palme avec une couronne de lauriers qui renferme au centre le monogramme constantinien. (Communication de M. le commandant Paliard.)

n juge par les tableaux contemporains. Le pape assi: e chape brodée et, sur sa calotte rouge, la tiare à

e des salles de l'appartement des souverains étn

On manque de détails sur les travaux qui ont pu être exécutés à Rome par le tapissier G. B. Termini. Cet artiste, primitivement attaché à la manufacture des Médicis, se rendit dans la Ville Éternelle au mois de novembre 1684, et ne revint à Florence que dix-neuf années plus tard 1 2 .

L’histoire de la plus importante des manufactures établies à Rome, celle qui a été créée à l’hospice de San Michèle a Ripa par le pape Clément XI {1700-1721) est encore tout à faire. Mgr Tosti, qui a publié sous le pontificat de Grégoire XVI un travail étendu sur San Michèle, n’a parlé de la manufacture de tapisseries que d’une manière incidente : on chercherait en vain dans son ouvrage la date de sa fondation, des détails sur son organisation, sur ses directeurs, sur ses principaux produits, etc., etc. *. L’avant dernier directeur de l’établissement, le chevalier Pietro Gentili, auquel on doit l’opuscule intitulé Sulla manijattura degli aratfi (1874), ne s’est pas non plus attaché à nous fournir des renseignements précis. Il s’est contenté de reproduire quelques extraits de journaux du temps, sans songer à consulter les riches archives conservées dans l’édifice même. C’est dans ces archives, jusqu’ici absolument inexplorées, et dans lesquelles nous n’avons pu pénétrer qu’au prix des plus grands efforts, que sont puisés les éléments de notre travail. Les pièces que nous y avons trouvées offrent un intérêt qui n'échappera certainement pas à nos lecteurs. Mais nous n’avons nullement été en mesure d’épuiser la matière. Peut-être quelque savant romain trouvera-t-il plus de facilités que nous et pourra-t-il consacrer à la manufacture pontificale une monographie vraiment digne de ce nom. Pour nous, notre rôle doit se borner à poser quelques jalons. C’est ce que nous allons essayer de faire au moyen des documents que M. le professeur G. Gatti a bien voulu copier pour nous dans ce vaste dépôt encore bien imparfaitement classé.

Occupons nous d’abord de l’origine de la manufacture. On a admis jusqu’ici que Clément XI fit installer des métiers de haute lisse à San Michèle dès 1702. Cette date est fausse; c’est en 1710 seulement que ce pape fit venir de Paris le tapissier Jean Simonet et lui confia la direction du nouvel établissement.

Il est probable qu’à ce moment l’atelier des Barberini ne fonctionnait plus, et que l’importation flamande ou française fournissait seule les tentures nécessaires à l’aristocratie romaine. Cette importation, il y a lieu de le croire, avait beaucoup perdu de son importance, car les garde-meubles des familles princières, les Colonna, les Chigi, les Ruspigliosi, les Odescalchi, étaient singulièrement bien garnis encore dans les premières années du dix-huitième siècle, grâce à la prévoyance de la génération précédente. Nous publions dans l’Appendice quelques extraits d’inventaires qui montreront combien de trésors ils renfermaient du vivant même de Clément XI.

Le traité conclu en 1710 avec Jean Simonet portait que ce maître recevrait un salaire mensuel de 25 écus romains (l’écu romain vaut 5 francs 35) pour lui, de t5 écus pour son collègue le peintre Andrea Procaccini, de 6 écus pour ses aides Pierre Augier, Niccolô délia Valle, de 3 écus enfin pour Andrea Antonio Gargaglia. Quant aux matières premières, elles devaient toutes être fournies par le palais apostolique.

Ce traité fut en vigueur pendant près de quatre ans, puis le pape reconnut que le personnel de la fabrique, sûr d’être payé quand même, ne déployait plus une ardeur suffisante, et que l’exécution des tapisseries, aussi bien que l’instruction des apprentis (choisis parmi’ les pensionnaires de l’hospice de San Michèle), laissait singulièrement à désirer. Il proposa donc à Simonet de conclure une convention nouvelle sur des bases différentes. A l’avenir, les entrepreneurs de la fabrique — car en réalité m- Simonet et Procaccini ne furent plus autre chose — devaient recevoir (au lieu d’être payés au mois) une somme fixe de huit écus romains par palme carré3 de tapisserie, toutes fournitures restant à leur charge. Ils étaient autorisés à travailler pour des particuliers, mais à condition qu ils se contenteraient d’une rétribution plus modique ; le contrat porte expressément que si le pape leur accorde la somme, relativement élevée, de huit écus par palme, c’est qu’ils se chargeaient gratuitement de former des apprentis.

Nous publions dans l’Appendice le texte de ce document, qui porte la date du 3i mars 1714, et q de fondation de la manufacture de Saint-Michel a Ripa.

Comme on le voit, le peintre André Procaccini (1671-1734) avait été adjoint comme entrepreneur à Jean Simonet. On fit venir en outre de Paris deux tapissiers auxquels on paya leur voyage, à raison de 60 écus romains pour les deux. Il n’y aura pas trop de témérité à identifier les deux nouveaux venus, dont nos documents ne prononcent pas le nom, à Jacques Gragnos et Mathieu Giaque (Jacquet .), que nous voyons figurer dans les comptes de la manufacture à partir du t5 septembre 1714. Nous trouvons en outre parmi les tapissiers attachés à l’établissement Félix Mollicuti ‘ et Victor Demignot. Ce dernier, le futur directeur de la fabrique de Turin, ne fit pas un long séjour à Rome; le .5 janvier !7i5, nous le voyons louer un logement dans les vastes dépendances de San Michèle ; le 7 novembre 1716 on le trouve déjà établi à Florence». Il eut cependant le temps d’exécuter dans la Ville Eternelle une

î charte

1 Conti, Rîcerclie storiche sull'arte degli aratfi in Flrenje, pp. 27, 78.

2 Rela\ione dell' origine e dei progressi dell’ ospijio apostolico di S.

Michèle. Rom sLe palme rc

iain correspond à om223.

Lto li 4 Gennaro cSrrente asc. 11 l’anno. (il s’agit du loyer paye par lui Dspice). — 1716. 16 avril... « Sc. 5. 5o per costo di pigione a tutto li 3

s uVittorio de Mignot arazziere nuovopigionato subentrato li i5Gennar<

» Conti, Ricerche storiche suif arte degli ata^i in Firenje, p. 83.

tapisserie qui existe encore et qui représente la Vierge avec l'Enfant Jésus endormi. Cette pièce, récemment découverte par M. Gentil!, porte la signature V. Demignot F. R.

Simonet et Procaccini disparaissent en 1717 a. Ils eurent pour successeur Pietro Ferloni, qui resta en fonctions pendant plus d’un demi-siècle. On le trouve à la tête de la manufacture en 1770 encore. En 1725, Ferloni fut en outre commis à la restauration des tapisseries du Vatican, avec un traitement mensuel de i5 écus, auxquels vinrent s’ajouter 8 écus par mois pour l’apprentissage des jeunes pensionnaires de l’hospice.

Ferloni avait pour collaborateurs Giovanni Battista Draggi, et Francesco Ferretti 3. Le premier fut nommé aide tapissier en mai 1728, le second en décembre 1729. A la même époque (décembre 1729), nous rencontrons un 0 arazziere » nommé Mario Silvestri. Le Romain Antonio Dini, qui devait concourir dans la suite à la fondation de la manufacture de Turin, et créer, vers 1760, un atelier de tapisserie à Venise, compte également parmi les élèves de Ferloni*. Il faut en outre mentionner les apprentis dont le nombre s’élevait, en 1724, à six.

Les renseignements que nous possédons sur les tapisseries fabriquées pendant cette période dans la manufacture pontificale sont fort précaires et nullement de nature à nous faire apprécier l’importance de la production.

Au pontificat du fondateur de la manufacture, Clément XI, se rattachent les pièces suivantes : deux Bustes de Clément XI (l’un se trouvait il y a peu d’années encore à la villa Albani; l’autre fait partie des collections de San Michèle); Clément XI approuvant l'établissement de la manufacture de tapisseries; la Puissance spirituelle et temporelle du Pape (en dix pièces)- la Purification de la Vierge, d’André Procaccini (au Vatican); la Descente du Saint-Esprit, de Joseph Chiari (au Vatican); Pasce oves meas, de Joseph Passeri; la Sainte Trinité, de Pierre de Pétris (au Vatican) s.

Au pontificat de Benoit XIII (1724-1730) appartient un Christ en croix, exécuté d’après un dessin de Raphaël et conservé aujourd’hui dans l’appartement de la comtesse Mathilde, au Vatican8. Nos documents nous font en outre connaître une suite de Paysages, à laquelle on travaillait en 1728 encore7.

Sous Clément XII (1730-1740) la manufacture semble avoir reçu une impulsion nouvelle. En i73i, le cardinal Annibal Albani y fit l’aquisition, moyennant la somme de 900 écus romains, d’une suite des Quatre Saisons (quattro pezzi d’arazzi rappresentanti le quattro stagioni); il acheta vers la même époque une suite de Paysages, également composée de quatre pièces (due pezzi d’arazzo rappresentanti boscareccie e figure piccole simili agli altri due che precedentemcnte gli furono venduti per scudi 23o).

Dans l’inventaire du 1" juillet i73 i on remarque les tapisseries suivantes: « Primo arazzo di boscareccie e figurine, di palmi 232 a giult 7 il palmo = sc. 162,40. — Altr’ arazzo non terminato, palmi 187 lavorati, a giuli 9 il palmo = sc. 168, 3o. — Âltr’urazzo non terminato, palmi 89 lavorati, a giuli 9 il palmo = sc. 80,10. - Arazzetto, palmi 45 a giuli 4 il palmo = sc. ,8. - Altro simile palmi i3 1/2 a baj. 40 il palmo = sc. 5, 40. — Primo arazzo di boscareccie e figurine, alto palmi 14 1/2, che riquadrati sono palmi 232 (sans doute identique à la tenture mentionnée en tête de ce document). Un altro arazzo compagno che si sta lavorando rappresentante la Caduta di S. Paolo, alto palmi ,3 e 3/4, che riquadrati sono palmi 187, essendone lavorati per larghezza solo’ palmi i3o ,/2. (Il sudetto arazzo fu terminato nell’anno seguente, cioè da Luglio i73i ad Aprile i732). - Altr’arazzo compagno rappresentante S. Martino, alto corne sopra, lavorato per larghezza solo palmi 6 1/2, che riquadrati sono palmi 89. »

En i732 et 1733, la manufacture fournit au marquis Teodoli onze « arazzi », dont le sujet n’est pas indiqué, et trois « arazzi rappresentanti trofei ad uso di porticra. » En i733, le pape rit cadeau au comte D. Giulio Visconti, vice-roi de Sicile, de quatre tableaux en tap.sser.e représentant les Evangélistes, d’après le Guide8. En i734 (t“ mai), l’inventaire de l'atelier mentionne une tapisserie représentant des paysages et des figures (long. ,6 palmes, larg. r4 palmes r/3); - la Chute de saint Paul (la caduta di

S. Paolo, con paes. e figurine^ long. i5 palmes 1/2, larg. ,3 palmes x/2); - Saint-Martin (pièce non terminée, haut. r3 palmes 3/4,

tLiïrl ref ^ m TeStament’ SanS d0Ute destinées à étre restaurées, car l’inventaire les qualifie de

On fabriquait en même temps des tapis de pied, genre Savonnerie. Un de ces ouvrages fut vendu, en r733, au cardinal Albani (un tappeto rappresentante fogliami e rabeschi). > / . ,umtu

lo prirt’dS :Ci’i”n“ "0“ “ C0°°“,re ”rif! “i°p,é! d“‘ : “ «->*• °>1°™ indique le prix fort. 1, seconde

cMLrd1^zrirriinrœ,i'''he,i'awp"te“ ■p°s,°iic° soBiion° * r~i »>»« .pPres,o,.d.ir ^,,0

S ftbb^ S in. H, °S‘ “ “TT" 0Spi'i0 ■p““'k" P" '■» « »uo c.po arazziere e maestro dimiiore

fabbrte, d.r.zn „ dett osp.z.o, ne f, l'mfrascri.» riduzzione de prezzi a ei.scnno d. med.simi l.vori, cioè: .

. Prezzi soliti Riduzionc

Quadri rappresentanti li quattro Evangelisti, ovvero S. Pietro e S. Paolo, orditi di seta e tessuti C°rrenti- de’med“imim seta, stame, e lana, per ogm quadro. .

inmeSÜi'n i ^ —) lan.) ed in' qn.ldt. pa“e * ' '

lumeæ,,,, doro con sua comice zmnlmente lumeguiat. d’oro, per ogni palmo. Se 5 5o sc

in qnXSir^rSr" P~« - «V e «ssm. con Un., . ^ ~

< Gentili, Sur Vartdes tapis, Rome, 1878, p.ga, note—Ce nouvel ouvrage „ -

de M. Gentili, que nous avons reçu nu moment où la majeure partie de t 3 ' " ' 16 8C- al Sl8- Fcrloni capo arazziere per provisione a sc. 8 il mese, e

travail était déjà composée, ajoute quelques renseignements intéressa"!! ^ sc- 4 à G10. Battista Draggi, 'e Francesco Ferretti giovani délia dicontro fabbrica

ceux qui sont contenus dans le volume intitulé • Sulla ", r PCr IOr° Provisionea sc. 1 il mese per ciascuno. •

«rarfi. ■ SuUa degl, . Urbani, Degli ^ pp ^ ?g

* « Nell' anno 1717 essendo mancati li sudetti Simonet e Pmmrr-ini 1 6 Ta*a’ Descr'Vone de! palajjo apostolico Vaticano, p. 65, et Gentili,

dal S. Palazzo assunto per capo arazziere Pietro Ferloni . (Arches de “ ™ni{a,,ura deSli » PP- 64 et ss.

S. Michel). Procaccini quitta Rome pour sc fixer en Espagne où il mm.r , Barbier de Montault, Les musées et galeries de Rome, Rome, 1870,

(Pascoli, Vite de' pittori, scultori ed architetti modérai, Rome i736 t H P' „

PP. 40. et suiv.) . 7 , ■ u, 7 ,738. , mai , Inventario di tu[tc ,e ,ane fi|a|0j tappe[. e( araMi tr0.

8 173t. 3i mai. n Scudi 134,40 provisioni pagate da Maggio t73o a tutto in Tî™ ‘’T"’ e'°rn° "ella fabrica di nrazzi del1' osPizio aPostolico

Apnle scorso, che sc. 96 al sig. Pietro Ferloni capo arazziere a sc 8 il m«, " S'S' Pietro F«'°m capo arazziere per renderne conto al de.to

sc. 34 alli due giovani, a sc. 1 il mese per ciascuno, sc. 14 0 ei- ' ‘ V osP1zioj al quale spettano.

due stanze già concesse gratis al sig. Ferloni sudetto a sc. 31,60 Panno da Pri,n0 arazzo dl boscareccie e figurine, longo palmi 16, largo palmi

Maggio a tutto Dicembret73o .—(Même date). «Scudi ,84,30, sono scudi’126 1 ' 2. ch= sono riquadrati palmi a3z a baj (ochi) 40 il palmo = sc. 93,80.

pér il Vit» nclla tavola de’ maestri, stanze, letto, considerata corne il solitoa .° arazf° simile che si sta lavorando, di altezza palmi i3, che sono lavo-

“ meSe’ somministrato dal nostro ospizio a Gio. Battista Draggi giovane ir"- riqundrali' a baî- 43 il palmo = sc. 58, 60. - Altro arazzo

délia dicontro fabbrica con il di Più di sc. 6,5o al mese per il cappot.o, camigia ! „ 3‘ S,° lavorand°. di palmi .3, se ne son lavorati palmi . .7

5t per’uvV medeS'm° e°da dal |0 1738 a tutto Aprile passato; sc. efig^Hne’d" - '* palm0 = sc- 5->,i5- ~ Quattro tele dipinte con paesi

Francesco Ferretti, asc. 3 il mese dal 1= Dicembre 1739^ tutto qu^m eÜÜo" ‘'““f = SC' 6+- ~ Allre Quattro tele con paesi, figurine c^aniniaiî’da farsi,

apo arazziere dal t« Gennaio passato a tutto Aprile sudetto . a =sc- 76- »

Gentili, p. 67.

TAPISSERIES ITALIENNES

Pour le pontificat de Benoit XIV (1740-1758), par le pape aux souverains .

5 sommes forcé de nous borner à l’énumération des tapisseries offertes rl’AIlpmntrnp • p„„.„ • i ; ^ représentants : 1740. Saint-Mathieu , à l’ambassadeur extraordinaire de l’Empereur

-IlZ sàinu ViJL i T J J ' * **•»>- 1743 .Saint-Marc, I , Fr. Veniez, d, Venue; -

1747, Sainte neige, a André, d. Lezze, .mb.u.denr de 1. mi me République; - 1745, 1. Sainte Vierge, i Aloyse Mocenigo,

TeZ’ZeTrZfa “ Sai’lt M"c< *» <■« de Pemhiè.re, auir.l de Fr.uce; - mime enneefl.

Vierge avec l enfant et Saint-Joseph , a Andrea Cappello, ambassadeur vénitien; — Saint-Pierre et Saint-Paul,

Werth.

Vers 1743, d’après M. Gentili une pontificale. Cet atelier, qui fut installé su avons déjà eu l’occasion de prononcer le r Paul III des Statuts de la Compagnie de Jésus e en 1744, faisaient partie d’une série dont s

t comte de

scission se produisit, et un atelier libre se constitua à côté de la manufacture r la place de Santa Maria in Trastevere, avait pour directeur un artiste dont nous , Antonio Gargaglia. Parmi scs productions on cite la Confirmation par le pape : Saint-Ignace apercevant la Trinité. Ces deux pièces, exposées au Gesü : pièces avaient figuré l’année précédente dans la même église. M. Gentili, qui a 1 Gesü cette Histoire de Saint-Ignace, en loue la beauté vraiment extraordinaire.

Peut-être est-ce aussi de cet atelier que sortirent cinq pièces que Mgr Barbier de Montault décrit comme suit : .. Les murs de la troisième salle du premier étage, à la villa Albani, sont couverts de tapisseries de haute lisse exécutées à Rome au siècle dernier, d apres des tableaux flamands. Les scènes sont aussi gaies que le coloris en est, frais. Nous rencontrons sur ces cinq pièces, datées de 1743 et 1761, les noms de deux tapissiers romains, Pietro Duranti* et Santi Riutti. 1° Départ d'un soldat auquel on attache des éperons. — 2° Soldats à la taverne. Signé : PETRVS. DVRANTI. FECIT. ROMÆ. A. D MDCCXLIII - 3' Danses villageoises et Repos champêtre. Signé : SANTES. RIVTTI. FECIT. ANNO 1 76 . . -4° Hommes se chauffant à une chemmee. — 5” Appel des soldats au son du tambour. Signé : SANTI. RIVTTI. FECIT. ANNO. MDCCLXI. »

r II est fort possible », ajoute Mgr Barbier de Montault, « que ces cinq pièces, qui s’adaptent parfaitement à la disposition intérieure, aient été faites tout exprès pour cet appartement, (il servait dans le principe, de chambre à coucher, ou de boudoir). Trois sujets sont relatifs à la vie des camps, si bien dénommée «la misère du soldat»; les deux autres concernent la vie champêtre et font songer à un tout complet qui aurait représenté les Saisons. Ici il n’y en a que deux, l 'Hiver l 'Automne, où l’on boit le vin nouveau et qui appelle les jeux après les travaux achevés. »

Le règne de Clément XIII (1758-1769) fut signalé par l’exécution de plusieurs suites importantes. En i758 ce pape fait don à l’ambassadeur extraordinaire d’Autriche, le marquis Clerici, de deux tentures représentant l’une Saint-Pierre, l’autre Saint- Paul; en 1759 il offre une Madone à Pierre Correr ambassadeur vénitien. La même année il commande à San Michèle une Conception, destinée à l’autel de la chapelle Pauline. En 1760 Pietro Ferloni exécute pour lui une copie de la Cène de Léonard (au Vatican). En 1764 le pape fait don à Girolamo Ascanio Giustiniani, ambassadeur vénitien, d’une tenture représentant Saint-Marc. La même année Clément XIII commande une suite de sept pièces destinées à la chapelle Pauline, dans le palais du Quirinal. Ces pièces dont les cartons furent exécutés par Stefano Pozzi, représentaient : i° la Conception, d’après le tableau de Maratta qui est conservé à S. Isidoro dei PP. Minori osservanti Ibernesi3. 20 La Sainte-Cène, d’après le tableau de Barroccio qui se trouve à la Minerve; 3° La Toussaint (au Vatican), d’après le tableau de L. Garzi conservé chez les religieuses de Sainte- Catherine -de-Sien ne ; 4° La Résurrection de Lazare, d’après le Salvator Rosa de S. Maria di Monte Santo (au Vatican). 5° La Circoncision, d’après C. Ferreri; 6° V Adoration des mages, d’après C. Maratta; 7° l'Assomption de la Vierge (au Vatican). On remarque dans la galerie des tapisseries du Vatican cinq autres pièces ayant la même origine : l'Annonciation, l'Adoration des Bergers, la Mission des Apôtres, la Crucifixion, la Résurrection *. Comme on le voit, la déplorable tendance à copier en tapisserie des fresques ou des tableaux n’avait pas tardé à prévaloir dans la manufacture romaine.

Pendant le même pontificat, en 1761, la princesse Pallavicini fit exécuter à S. Michèle un Ecce homo qui appartient aujourd’hui à M. Nardoni 8.

Pietro Ferloni était mort en 1770 6. Sa disparition coïncide avec une décadence marquée dans les produits de la manufacture. Giuseppe Folli le remplaça comme directeur de la fabrique, le 11 décembre de la même année7, et Felice Cettomai8 comme tapissier du palais apostolique. A l’occasion de cette dernière nomination les administrateurs de l’hospice demandèrent, qu’après la mort du nouveau titulaire, les t5 écus formant son traitement mensuel fussent consacrés à la création de deux bourses en faveur des élèves-tapissiers de San Michèle. Moyennant cette affectation l’hospice se chargerait à l’avenir de la réparation des tapisseries du palais apostolique. Giuseppe Folli resta en fonctions au moins jusqu’en 1792.

Les tapisseries exécutées à San Michèle pendant le règne de Pie VI (177S-1799) sont assez nombreuses, mais laissent beaucoup à désirer sous le rapport du style comme sous celui de la technique. Voici la liste des principales d’entre elles: 1775. La Providence assise sur un globe entre la Justice et la Charité; dans la partie supérieure on voit deux lions tenant l’étendard de l’Église (c’est la copie de la tapisserie de Clément VII, qui se trouve aujourd’hui à la galerie des « Arazzi », à côté de la tenture originale). — 1776: L Vierge avec l'enfant, d’après Cignani; la Sainte-Cécile, du Guerchin (offerte au duc Albert de Saxe Teschen). — 1780 La Madone avec l'enfant, et Sainte- Anne et Saint-Pie V, tous deux d’après Rubens (offerts à l’archiduc

Ferdinand) 1784. La Madone avec l'enfant et Sainte- Anne, d’après le même maître (à l’archiduchesse Marie-Amélie, duchesse

de Parme). — 1789. La mère et ta femme de Coriolan le supplient de renoncer au siège de Rome, d’après Ménageot, alors directeur de l’Académie de France à Rome (appartient à MM. Valentini). —1791. La Vierge, d’après Carrache;— La Madone avec l'enfant, d’après Cignani (au roi Ferdinand VI de Sicile).

On exécuta en outre , pendant le règne du même pape, et sous la direction de Félix Cettomai, les cinq tentures suivantes

1 Sulla manifattura dcgli ara;;i, pp. 68, 69.

occuperons de la

manufacture de Naples.

» D’après M. Gentili. - La mention de cette tenture ne ferait-elle pas double emploi avec celle de la pièce précédemment signalée?

* Barbier de Montault, Les musées et galeries de Rome, p. 129.

» Catalogo degli oggetti ammessi alla esposijione romana del 1870, p. i35, n« 18.

s • Nota corne solto li i5 Ottobre 1770 si sono ricevute le chiavi delle dicontro stanze dal sig. Felice Cettomai, uno degli eredi del quondam Pietro Ferloni, direttore délia fabbrica dcgli arazzi. » (Libro maestro B. 1756-1774, fol. 228).

1770, 3i décembre. « Sc. 17,10 per pigione di mesi 9 1/2 a tutto li i5 Ottobre passato delle sudette stanze concessc gratis al sudetto sig. Ferloni capo arazzicrc che passd ail’ altra vita ».

1 c Notasi corne sotto li 23 Genn» 1771 in vigore del decreto délia sacra

congregazione del nostro ospizio fürono consegnate le chiavi delle dicontro

ospizio delli 11 xbr« prossimo passato anno 1770 » — 1771. 3i décembre. «Sc. 74 al sig. Giuseppe Folli direttore di detta fabrica con decreto délia sacra

a sc. 6 il mese, di mesi 11, da gennaro a tutto novembre passato, e sc. 8 per provisione di décembre cadente, per essergli stata aumentata la detta provisione, con altro decreto di detta congregazione tenutasi in detto mese. » (Libro maestro G. 1770-1781, fol. 833).

8 Le Musée royal d’antiquités de Bruxelles possède une petite tapisserie représentant, à gauche, la Vierge et l’Enfant Jésus, au centre, saint Joseph, à droite, un paysan (berger) et une paysanne. Cette pièce, d’une facture assez grossière, a été acquise de M. Fulgence; elle contient dans l’angle gauche l’inscription suivante: F1L1PPO CETTOMAI R (omte) F (ecit). Ce Cettomai

Barocci, — V Annonciation ; d’après le même artiste ; — la Résurrection de Lazare.

Les tapisseries de la salle du Trône, au palais des Conservateurs, semblent dater de la même époque. Elles représentent : i° « Rome triomphante , avec une province et deux esclaves; copie du groupe qui se trouve dans la cour. 2" La vestale Tuzia portant l'eau du Tibre dans un crible; d’après Rubens. 3° Romulus et Remus allaités par la louve; copie du tableau de Rubens qui se trouve dans la Pinacothèque du même palais. 4° Le Pédagogue des Falisques convaincu de trahison par Camille et fouetté par ses écoliers, d’après le Poussin. Au-dessus des portes, des panneaux de tapisserie figurent les bustes de Fabius Maximus, de Jules César, de Pompée le Grand, de Paul Emile, de Scipion l’Africain et de Camille ». 1

Vers la fin du règne de Pie VI, en 1791, nous trouvons à la tête de la manufacture romaine Filippo Pericoli. L’avéne-

ment du nouveau directeur semble avoir été le signal de l’abandon de la fabrication des tapisseries à figures’. Il faut aller jusqu’au pontificat de Grégoire XVI pour trouver de nouveau des « arazzi » dans le vrai sens du mot. Les complications

politiques ne suffisent pas à expliquer cette déchéance; la dépravation du goût y fut certainement pour beaucoup aussi.

s’arrête notre travail sur la manufacture de tapisseries de Saint-Michel de Rome. En présence des difficultés apportées > recherches, nous avons dû renoncer à tracer l’histoire de cet établissement pendant le dix-neuvième siècle. Nous souhaitons t plus heureux que nous.

D’après un renseignement communiqué par Mgr Barbier de Montault, les ateliers romains auraient successivement employé quatre marques différentes : i° des abeilles, armes d’Urbain VIII (atelier des Barberini); 20 une tiare (peut-être un atelier libre jouissant de la protection du Saint-Siège); 3° la louve avec Romulus et Rémus en camaïeu (atelier libre?) ; 40 l’archange saint Michel, médaillon en camaïeu (manufacture pontificale de Saint-Michel).

La manufacture créée à Ferrarc par la famille d’Este est une des plus anciennes de l’Italie; elle a été, à de certains moments aussi florissante que les manufactures des papes ou des Médicis; les peintres les plus célèbres, Cosimo Tura, Jules Romain le Pordenone, Garofalo, J. B. Dossi, l’ont pourvue de cartons; d’habiles tapissiers ont dirigé, un siècle et demi durant, ses métiersavant la Révolution, des centaines de tentures remplissaient les palais ducaux. Et cependant, il y a peu d’années encore, on ignorait jusqu’à l’existence de cet établissement naguère si brillant , et ses productions étaient confondues avec celles des Flandres. Aujourd’hui encore, le nombre des tentures ferraraises que l’on a réussi à retrouver est excessivement limité. Mais, grâce aux travaux du regretté Cittadella et du marquis G. Campori, l’histoire de la manufacture des ducs d’Este repose du moins sur une base scientifique; ses destinées sont connues-, bref, « l’arazzeria estense » a repris le rang auquel elle a droit dans les annales de la tapisserie.

Le plus ancien atelier ferrerais de haute lisse sur lequel nous possédions des renseignements remonte à l’année 1436 (Ferrare s’était donc laissé devancer par Mantoue et Venise). Peut-être le mot atelier est-il trop ambitieux. Jacomo de Flandria de Angclo,

que le marquis Nicolas III d’Este (1393-1441), prit à son service le 8 avril i436, ne fut en effet chargé que du raccommodage des

t paramentt » appartenant à la cour. Il reçut à ce titre un salaire mensuel de trois livres. Dès cette époque le marquis a choix considérable de tentures d’Arras. Il est question, dans un document de 1435, d’une garniture de « razzo affigurato 1 inventaire de 1441 , nous trouvons un « apparamento da letto di razzo e seta con figure in gran parte , festoni, : tenture analogue « di razzo in campo verde scuro con tre figure al capolctto, uccelli nel ciele e

verdure, » une « copertura con sei figure grandi, chiamado lo apparamento de li orivexi, frescho quasi novo; » une « spalleria con

due figure di uomo e di donna e l’arma vecchia del Signore, » etc., etc.». En 1441, Nicolas III engagea un autre tapissier, un compatriote du précédent, maître Pietro di Andrea di Fiandra. - On le voit, à Ferrare comme dans toutes les autres villes italiennes, c est invariablement à des Flamands que l’on a recours pour introduire l’industrie de la haute lisse.

1 bancali possédait novo ; » dans arboscelli e animali.

Lionel (.44-1 450), fil, et successeur de Nicole, III, poursuivit I, voie inaugurée per son père. Pendent son règne, qui dure neuf eus, on trouve à son service, outre Pietro di André., déjà nommé, le. t.pissiers flem.nd. Livino di Giglio de Bnrgi. (Liévin «neo , » d t l: ’ B”“rdin0 “ Ei"*ld°- C° d™=f 0» pour nous une vieille conntdssencc. Nous l’.von. déji

rencontre à Sienne, ou il fut chargé, en ,438, d’enseigner son art eux habitent, de le ville. On l’y appelait Rineldo di Gu.Itieri del» Megn, B.s.e (Besse-AUemegne, Puys-Bes). A Ferr.re il figure ordin.iremen, sous le nom de Boter.m, Le. rechercha de

M. Campori établissent qu’il avait pour patrie Bruxelles II j, i„ •

quinzième siècle, n’a joué un rôle aussi brillant Nous le rer f marchand et arllstc> et nul, parmi ses confrères du

Mentoue. “ *° **”” “ * Borso d’Este, ainsi qu’è celui des Gonr.guc, i

e |,0SP‘ZI0- Qucsla scu°la ii assistita gratuitamente dal sig. Giangiacomo igno in questo Iuogo pio, e dal sig. Baron Camuc- .* '* quale in tlues>’ a«o generoso ben dimostra che la cortesia.e la carità giungono in lui a quell’ alto grado, incui tiene il principato délia pittura. » -- a)W"C del1' 0r‘8‘”e e dei progessi delV ospifio apostolico di S. Michèle,

TAPISSERIES ITALIENNES

etc. Citons durant pour la

c. “ “ "ur 1“ >’“* P1” ■>’“« «* -bUg i de faire voir de. .apis.erie. de. Flandre,,

-nrr^nnndnntc’ Fn , , T i q,Ue °S commandes à étranger n’impliquent pas toujours l’absence de la fabrication locale

rSSTJfffi A B“ rmrC I“°P0 S,B"m°r°' “ 'm' h d’exécuter le, carton,

des armoiries quil faisait tisser à Arras ou dans quelque autre cité du nord de la France’.

Cte°enéST m-4ptartrn”"jTi! ? 'n‘U“ d“ ^ F“r*"’ ‘“'P"”' “ n°'™1 ““r 1 '« filbrtaloa de, taploerlea.

cen encore m F, erre, fil, d André, ,ut figure en téte de, haote.lia.ier, attaché, à ce potentat. In.on’à l’année oü

,o„ nom d„p„.t, d". rapjtt», .1 ne ce,.= de mente an jour devant, d’.ntel, do-eren, g.r^mre, de lit,, surtout le, cm, . pâlit, d’ata™ con figure dl „nti . , qu’il exécuta en ,tS8. Il trav.ii, trente année, maison a Lste.

Son principal rival m» Liévin, avait momentanément abandonné la cour de Ferrare pour entrer au service de la République florentine. Il en reçut en ,457j le certificat si élogieux que nous avons déjà eu l’occasion de mentionner. Une bonne fortune lui était réservée à Ferrare : celle de traduire en tapisserie les cartons d’un des artistes les plus célèbres du temps, Cosimo Tura. Des armoiries, des verdures, des animaux, faisaient les frais de ces compositions, dont il ne reste plus aujourd hui que le souvenir. Liévin disparut vers 1473.

A cote de Liévin nous rencontrons Rinaldo Boteram , qui vendit au duc jusqu’à 866 brasses de tapisseries à la fois , à un ducat d or par brasse. Que de suites superbes cet habile et influent personnage n’a-t-il pas dû fournir à son client, depuis c a omon tiunant au milieu de sa cour , depuis V Histoire d'Achab jusqu’aux courtepointes, jusqu’aux tentures du Bucentaure ducal, jusqu aux couvertures de mulet s. Jamais on n’avait vu chez un prince engouement pareil. Non content de réunir pour son propre compte une des plus belles séries qui aient jamais été formées en Italie, il en offrit à ses amis, à ses alliés, et même aux inhdeles. Le pape et le roi de Tunis4 eurent également part à ses libéralités.

Le Flamand Bernardino figure au service de la cour de Ferrare de 1446 à 1464. Il porte successivement le titre de ■■ maestro di bancah » et de « rapezadore e tapeziere del Signore ».

M. Campori cite encore, parmi les autres tapissiers employés par Borso, Gianetto di Francia, qui, en 1462, revêtit l’habit religieux6; Giovanni de Lattre, d’Arras (1461) , mort vers 1471*; Rubino, ou Rubinetto, di Francia (1469, 1470) qui exécuta une garniture de lit ( apparamento di letto) et une garniture, tissée d’or et d’argent, pour l’autel de la chapelle ducale ( uno apparamento in campo bianco con argento e oro per l’altare délia cappella ducale); Errico ou Rigo di Fiandra, ou d’Allemagna, on encore délia Mirandola (1470); enfin Giovanni da Correggio. Giovanni di Borgogna, dont il est question en 1468, est peut-être identique à Giovanni de Lattre.

Parmi les dessinateurs de cartons employés par Borso, Cosimo Tura figure au premier rang. Pour qui a vu les fresques de ce maître éminent au palais de Schifanoja, nul doute que ses compositions pour tapisseries ne comptassent parmi les modèles les plus parfaits. On y trouvait très certainement réunis la précision du dessin, qu’il devait à ses relations avec les écoles de l’Italie septentrionale, et notamment avec Mantègne, la vivacité du coloris, un groupement varié et pittoresque. Cosimo exécuta divers cartons en 1457 7, 1458, 1459, 1467’.

Un autre peintre, Gerardo de Vicence, est l’auteur des cartons envoyés dans les Flandres en 1455. En 1465 il exécuta un carton pour un « tapeto grande, con arme, divise e festoni », et trois grands dessins pour les rideaux du Bucentaure. Un registre de l’année 1469 mentionne en outre une aquarelle de lui représentant une Fête antique L En 1470 enfin il exécuta un carton « per uso di spalliera, paesi con animali e l’arma ducale. »

Le peintre Ugolino travailla également pour Borso. Il lui fournit en 1458 quelques dessins de tapisseries.

L’impulsion extraordinaire donnée à la tapisserie par Borso d’Este détermina la commune de Ferrare à ouvrir un cours de haute lisse. Elle prit à son service, en 1464, Giovanni Mille et Rinaldo Grue, tous deux originaires de Tournay. Ces maîtres s’engagèrent à enseigner, en trois ans, l’art d’exécuter soit des figures, soit des feuillages et des verdures; ils devaient percevoir neuf ducats d’or — un ducat tous les quatre mois — pour chaque apprenti l0. Mais les Ferrarais témoignèrent peu de goût pour la pratique d’un art si difficile, et sauf quelques exceptions, ce furent, comme devant, des ouvriers venus des Flandres qui dirigèrent les ateliers installés dans la ville. Borso vint en aide aux deux maîtres et leur confia, le 14 janvier 146 5, l’exécution de tentures destinées à l’ornementation du Bucentaure1'. L’évêque de Ferrare aussi semble s’être intéressé

per so fatiga c magistère de havcrc depinto le carte cum le arme c cimeri del S. che lo manda in Fiandra per far fare spalicre, e per penoncelli 23 cum le arme del S. per metere su le barche quando il S. andd a Vinexia » (Campori, PP. 12-13.).

8 Lorsque Borso alla, en 1471, à Rome, pour y recevoir le titre de duc, il emmena 175 mulets dont la plupart étaient chargés de couvertures en tapis-

» e Ipse quoque Dux (Borsius) plerasque gemmas, et aulicos pannos

donavit. » (Canncsio, Pauli II Veneti Pont. Max. Vita. éd. Quirini, p. 96). Ces tentures étaient à coup sûr un produit de l’atelier ferrarais.

4 « Dirô ancora corne nel 12 Febbrajo 1465 Borso d’Este ordinasse che ail' ambasciatore del Rc di Tunisi fossero dati due bancali novi de quelli che son facti a Ferrara con le nostre arme, et uno tapedo grande da piedi. » (Cittadella, Documenti ei illustrafioni risguardanti la storia artistica ferrarese, p.

'67)- -dis- b d F

per vestirsi dell’ ordine di S. Paolo. »

0 Cet artiste se trouvait, en 1448, encore & Arras. (K Section flamande, p. 23.)

1 1457. 18 mai. 1 M. CosmodepintoreinFeraradèavere L. 24dimarchesini quali ge ha tasado Galeoto per sua (attira et spexa de coluri de avéré depinto uno patrone per desegna de fare spalire de razo, lo quale fece de tela longo b. 10. 0.2 et largo b. 2 1/4, suxo lo quale ha dipinto pavelgioni 4SOto li quali sono fato una arma ducale et devixe 4 de lo S' nostre, zoè paraduro, alicorno, butesino c la... fate a sua naturale et per luto lo resto del campo fu fato più divers! animali et verdura la quale sa da adoperare per uno maestro de Franza che dé venire qui di corto a fare dita spalera. » — . Gusme dipintore de avéré a di 2g de Luglio L. 6. 7. per pagare le infrascritte robe et coluri li quali dè lui adoperare per dipinzere uno patrone di tela grande per desegno de fare antiporte da ussc di razo, li quali se deno fare per la mano di m» Levino di Franza m» qui in Ferara » (Campori, pp. 16, 17).

> 1467. 64 lire • per haver disegnato e dipinto due patron! tanto corne è grande una coperta da leto per fare pani da razo. » (Ibid., p. 23).

8 o Uno carton designado cum una festa a l’antiqua toccii de aquarella lungo br. 5 e largo br. 1/2, che fo facto per patron per H maistri de li Raci del preiacto N. S. » (Campori, p. 24).

10 1464. 2 décembre.» Se notificha a qualunque personadecheconditione se sia corne questo magnifico Comune de Ferrara ad omamento et augumentatione dele artc et magisterij de questa inclita citade de Ferrara ha conducto ad salario et provisione Maestro Zoane Mille et Maestro Raynaldo Grua de Franza, maestri solenni et perfectissimi de l'arte delà tapezaria ad introdure in dicta citadc epsa arte de tapezaria, et banchali, et insegnarla ad qualunque persona la vogliano imparare : si che se alchuna persona vole imparare dicto laudcvole et bello Magisterio, et de lavorare de quello si de figure, corne de fogliame et verdure, epsi Maestri gli insignarano. Ma voleno per loro mercede de taie insignare da chadauna persona, che dicto Magisterio vogli imprendere,

Magisterio de tapezaria insegnare in tri anni. Notifichando che loro Maestri lavorano, et mostrano in la casa de Zoane Meleghino dala Gosmaria, la quale al présente loro hanno conducto. « (Cittadella, Notifie, p. 65o).

11 1465. « Sia noto e manifesto a ziascaduna persona che vedrà e legerà la présente scrita corne m“ Giovane Mille figliolo che fo de Giberto da Tornai, e m» Ranaldo Grue figliolo che fo de m» Piero da Tornai de Franza Maistri tapetieri compagni conducti a lavorare qua in Ferrara cum provisione delà comunitade, questo di 14 de zenaro 1465 in solido se obligano e promettono fare ala Excelentia del Signor Nostre uno ornamento de Ratio che la Excelentia Sua permane de epsi maistri ha dcliberato fare far per ornare tuto

lavori facti de lane e seda che non siano de mancho finezza quanto sonno certe coltrine de Razzo facte ala Istoria de Ioxeph, che aquistd la prefacta Sua Excelentia da Rainaldo Botcrame da Burseles in Brabante per L. 3 de ra. il b (raccio), a tute spese deli prefacti Maistri de lane, sede, patroni et ogni altre

» Lo qualle ornamento devon fare cum le arme et divise délia prefacta Excelentia del N. S. et ornateeo modo che Marco de Galeoto darà il desegno

à eux. Nous voyons du moins qu’en 1466 ce prélat commanda des dosserets à un artiste nommé Johannes de Francia. Ce Johannes n’était sans doute autre que Jean Mille1.

On retrouve au service d’Hercule I" (i47i-i5o5) la plupart des tapissiers employés par son prédécesseur Borso. C’est d’abord Jean Mille. En 1475, cet artiste fut inscrit sur le rôle des salariés de la cour avec un traitement de 4 livres par mois, auquel vint

s’ajouter dans la suite le prix de son loyer, 3a livres par an. En 1476, m* Jean se rendit à Bruges pour y acheter des couvertures de

mulet; il en rapporta 22, à raison de 6 ducats vénitiens pour chacune. Lui-même en exécuta un certain nombre à Ferrare, d’après les cartons de Cosimo Tura. Jean Mille mourut vers 1485. Son confrère Rubino, ou Rubinetto, travailla également d’après Cosimo. Ce maître reçut, de 1475 à 14S4, un traitement mensuel de 5 livres. L’un et l’autre furent d’ailleurs éclipsés, comme dans le passé, par Rinaldo Boteram, qui eut le privilège de fournir au duc les tentures les plus importantes. C’est ainsi qu’il lui livra en 1479 un « apparamento di caméra a verdure, » et en 1481 un ensemble de pièces de la valeur de 468 florins i/3. Un autre des maîtres employés par Borso, Rigo di Fiandra, figure dans un document de 1475, mais sans autres détails. Citons enfin Giovanni da

Correggio (également appelé « de Cucchiaris, filius quondam Andree », « de Flandria de Corigia, » ou encore « m" Zoane da

Corezo tedesco »). Ce maître, après une première apparition à Ferrare en 1450, reparaît en 1471 au service de la maison d' Este à laquelle il fournit, de 1471 à 1481, différents dosserets, portières, ou garnitures exécutés par lui.

Parmi les nouveaux venus, on remarque le Flamand Giovanni Costo ou Costa, qui enrichit le garde-meuble ducal, en 1475-1476, de couvertures de mulet, en 1482 « d’uno antiporto de panno de ratio de lana mezana, lavorato cum uno pavaione cum l’arma ducale e duj anzoli che tiene dicto pavaion. » Ce dernier ouvrage mesurait 8 brasses carrées, à un demi ducat d’or par brasse. Un compatriote de Costa, Gerardo, travailla également pour la cour de Ferrare. Après s’être enfui à Mantoue, en 1475, il revint se fixer à la cour des ducs d’Este, où nous le retrouvons en 1496 et en i5o5.

Il faut signaler, comme une exception, la présence parmi les tapissiers attachés au duc Hercule Iorde deux artistes non Flamands. L’un avait pour patrie Ferrare même; il était à la fois peintre et haute-lissier et s’appelait Bernardino di Bongiovanni; il mourut en 1529. L’autre, Sabadino, était originaire, qui l’aurait cru, d’Egypte; il avait pour patrie le Caire. Sabadino paraît avoir été d'une adresse merveilleuse. Hercule I", pour le récompenser, lui fit don d’une maison. L’acte de donation n’est qu’un long dithyrambe; il nous prouve qu’aucune hyperbole ne paraissait exagérée aux Italiens de la Renaissance quand il s’agissait d’un art qui, à leurs yeux, tenait presque de la magie. Ce document nous offre en même temps des traces de la tradition qui rattachait l’origine de la haute lisse à l’Orient*. C’est en 1480 que le nom de Sabadino paraît pour la première fois dans les archives examinées par M. Campori; il y figure jusqu’en 1528, avec ceux de ses fils Luigi et Michèle. M. Campori est disposé à faire honneur au hautelissier égyptien d’une magnifique tapisserie léguée par Alphonse Ior, dans son testament du 23 août 1 533, à la reine de Pologne. Rappelons, avant de nous séparer de Sabadino, que vers la même époque, Zizim, frère du sultan Bajazet II, dirigeait à Aubusson l’exécution de plusieurs tentures aujourd’hui encore existantes.

Hercule Iorse servit pour l’exécution des cartons destinés à ses tapisseries de deux des peintres favoris de son prédécesseur Borso, Cosimo Tura et Gerardo de Vicence. Le premier ne dédaigna pas, de 1472 à 1479, de composer les esquisses de portières, de garnitures de lit, et même de couvertures de mulet. Le second exécuta des travaux analogues.

Malgré la fécondité de l’atelier ferrarais, Hercule I", qui avait en outre acquis des suites d’une grande richesse, et notamment la Visite à Salomon de la reine de Saba, par son mariage avec Éléonore d’Aragon , fille du roi de Naples, ne cessa de commander des tapisseries dans les Flandres. C’est ainsi que Gerardo de Vicence lui fournit en 1472 le dessin des armoiries destinées à être tissées dans les « espalliers » et 4 bancquiers » que l’on exécutait pour le duc de l’autre côté des monts.

A diverses reprises déjà, nous avons eu l’occasion de constater l’influence funeste exercée sur la tapisserie italienne par les guerres de la fin du quinzième et du commencement du seizième siècle. La manufacture de Ferrare ne pouvait manquer de ressentir le contre-coup des luttes qui désolaient alors la Péninsule. Les fréquents emprunts de tapisseries faits par Hercule à ses voisins, vers la fin de son règne, témoignent du ralentissement de la production. Les maîtres appelés par Lionel et Borso étaient d’ailleurs morts; ils n’avaient pas été remplacés. Vers 1490 on ne trouve plus à Ferrare qu’un seul haute-lissier, Bernardino di Bongiovanni. La Commune, apprenant qu’il allait s’expatrier, lui offrit une subvention de quatre livres par mois pour le retenir.

Pendant le règne d’Alphonse Ior (1 5o5-i 534) c’est à peine s’il peut être question de tapisseries ferraraises. Les rares hautelissiers attachés au service de ce prince étaient plutôt occupés à restaurer les suites anciennes qu'à en créer de nouvelles. A l’exception de Sabadino, de ses deux fils Luigi et Michèle, et du Ferrarais Bernardino di Bongiovanni, on ne trouve qu’un Bruxellois, nommé Gerardo (Slot), qui fut préposé, en 029, à la garde des tapisseries ducales, avec 18 livres de traitement par mois, et deux de ses compatriotes, Niccolô et Giovanni de Flandre, employés tous deux, à partir de 1517, à des travaux de rentraiture.

Le tapissier Tomaso de M. Girardino, qui mit en gage à Ferrare, en i5t6, une verdure et une tapisserie à figures3, ne semble pas avoir fait partie du personnel de l’atelier ducal, si tant est que cet atelier ait continué à fonctionner.

Le mariage d Alphonse I" avec Lucrèce Borgia, en i5o3, fit entrer dans son garde-meuble quelques suites précieuses: V Histoire du Jugement dernier, en quatre pièces, V Histoire de David, en deux pièces (uno ruzo u figure del rc Davite e Unas; uno pano de razo de figure de Saul e Gionata) ; V Histoire d’ Abraham (uno razo de le figure del Re Salem et Abraham; uno razo copriletto ala istoria de Abram et Faraon) ; V Histoire de la Vierge, en cinq pièces. Le duc acheta en outre en 1 5 17 quelques tentures au Flamand Chapin, à Giovanni Martino d’Anvers, etc. Mais ces diverses acquisitions étaient selon toute vraisemblance insuffisantes pour combler les vides causésj dans son garde-meuble par l’aliénation de plusieurs des suites les plus intéressantes. C’est ainsi qu’en i5i2 il avait mit en gage pour 2000 ducats de tapisseries.

Vers la fin du règne d’Alphonse, un riche assortiment de tapisseries à la façon d’Arras vint s’ajouter aux collections des

1 « Dilectissimi Nostrî. — Fra gl’ 1 conosciuti havemo visto maistro Sabadir liguradisupera tuti li altri famosi, adeo on Pyrgotelle quantunque perfectissimi

dtri nobilissimi artifici che se siano o Syro quale nela textura de panni che nè Policleto, nè Appelés, Phidia nela pictura sono da comparare ad

Sabadino quale veramente è uno altro Hyppia che nel lavorarc maxime di quclla sorte pictura variada in panni de varij coluri la quale antiqui chiamorno Babilonica como è questa de Sabadino nasciuto in quelle parte, non hebe parc; per el che desiderosi donargli qualchc cossa digna del suo încegno, ne gloria

casa cum intenctione mediante lo aiuto de Iddio de alcuna mazore cossa col tempo honorarlo. Volemo adonque et cussiperquestasoprascripta de nostra

nomme doniati al dicto Sabadino per ii soi figlioli maschij legitimi descendent, quelle doecase reducte in una dove lui al présenté habita poste suso la via de San Benedecto de questa nostra Citade apresso dicta via, el muro délie suore del San Gabriele, Bernardino BelloneetZan Francesco Curieto, ala quale donatione gli ne fareti lo instrument) cum le sue clausule in forma valida, le quale perd volemo che recognosca in feudo pagando l’anno uno paro de sonagli da Sparaviero. Ferrariæ 28 Juiii i5oo. Thcbaldus. » (Campori, p. 98). ■1 Cittadella, Notifie relative a Ferrara, p. 65 1.

TAPISSERIES ITALIENNES

ducs d’Este. Le mariage de son fils Hercule avec Renée de France, en 1528, lui procura des suites brillantes. Nous donnons en note le détail de celles des pièces qui faisaient partie du trousseau de lajt après son retour en France, demeurèrent la propriété de la famille de son époux1.

Un certain « magister Michael filius Joannis de Combis de la Argenteria », domicilié à Ferrare dès le titre de tapissier de la duchesse Renée *.

A côté de la collection d’Alphonse, il faut citer celle de son frère, le cardinal Hippolyte l’an richesse extraordinaire. Notons entre autres une verdure avec des animaux, exécutée à Lyon et envoyée

aussi nombreuses que îune princesse et qui,

i525, portait en i53o

icien ; elle était d’une au cardinal en 1 5 1 9.

11 était réservé à Hercule II (1 534-1559) de rendre à la fabrique de Ferrare son antique splendeur; son nom mérite de figurer en tête de l’histoire de cet établissement, à côté de celui de son ancêtre Borso; il brille d’un éclat non moins vif.

Dès la seconde année de son règne nous trouvons à son service deux tapissiers flamands dont nous aurons bien des fois encore à entretenir nos lecteurs: Niccolô et Giovanni Carcher, Karcher ou Carchieri (à Bruxelles on trouve des tapissiers du nom de Kerckx). M. Campori doute que ces deux artistes soient identiques aux tapissiers Niccolô et Giovanni di Fiandra qui exécutèrent pour Alphonse I", à partir de 1517, des travaux de rentraiture. Les dates et la nature des occupations ne lui semblent pas bien concorder. Je serais assez disposé à croire que les scrupules de l’honorable savant modénois sont exagérés. A l’époque de la Renaissance, on voit sans cesse les artistes les plus célèbres accepter des fonctions absolument subalternes. Nicolas et Jean ont parfaitement pu se charger, sous Alphonse Ier, de simples travaux de restauration, tout en sachant conduire un métier de haute-lisse, et au besoin diriger un atelier. L’objection tirée de la chronologie ne me parait

pas fondée non plus. Jean Karcher mourut vers 1562. En admettant que, lors de son arrivée à Ferrare, en 1517, il ait eu

vingt-cinq ans, il n’aurait donc compté, au moment de sa mort, que soixante-dix ans.

En 1 536 Nicolas amène de Flandre huit compagnons avec lesquels il travaille sans relâche, jusqu’en 1541, à tisser des cartons dus à Battista Dosso. Plus tard nous le trouvons à Florence, où il fonda, en 1546, la fabrique ducale de tapisseries.

Parmi les compagnons que Nicolas était allé recruter dans son pays natal se trouvait, selon toute vraisemblance, celui qui devait prendre avec lui, peu d’années plus tard, la direction de la manufacture florentine, et devenir le roi des tapissiers de la Renaissance , Giovanni di Lorenzo Rost ou Roost. Peut-être cet artiste quitta-t-il son pays natal pour cause de religion. Nous voyons, en effet, en 1 5 34- 1 535, les magistrats de Bruxelles sommer de comparaître devant eux, sous peine de confiscation et de mort, plusieurs personnes accusées d’hérésie et, parmi elles, Marguerite Van der Roost et ses deux filles’. Quoiqu’il en soit, en 1542, Rost fut envoyé dans les Flandres pour acheter quatre balles de laine; en 1543 (16 mai), il reçut une gratification pour les services rendus par lui à l’occasion des fêtes données en l’honneur du pape Paul III ; puis son nom disparaît des registres ferrarais. Ses relations avec la maison d’Este ne furent cependant pas entièrement interrompues. En i553 encore nous le voyons exécuter pour Hercule II deux tentures, dont le sujet n'est pas indiqué.

A côté de Rost nous trouvons Gerardo Slot de Bruxelles, un des plus dévoués serviteurs de la cour de Ferrare. Il

travailla en effet pour elle depuis 1529 (au plus tard) jusqu’à sa mort, arrivée le 2 septembre i562*. Deux autres Flamands, Gerardo di Aries Molinari (Molinaert) de Bruxelles et Antonio di Fiandra, complétaient, avec Giorgio de Modène, la vaillante phalange groupée autour du maître éminent qui eut l'honneur, pendant près de trente ans, de diriger la manufacture fcrraraise, Jean Karcher.

Les cartons que Jean Karcher et ses collaborateurs traduisirent sur le métier étaient dûs aux peintres les plus illustres. Nulle part, au XVIe siècle, sauf à Florence, on ne trouve autour des ateliers de haute-lisse un tel concours d’artistes hors ligne. Citons tout d'abord Jules Romain. Ce grand disciple de Raphaël fut appelé à Ferrare vers 1 536 , et ce fut sans doute à ce moment qu’il composa les suites qui, au témoignage de Vasari, furent tissées par maître Nicolas (Karcher) et Jean-Baptiste Rosso (Rost). On ignore malheureusement les sujets de ces compositions. Peut-être étaient-cc les Triomphes de Scipion, dont nous nous sommes occupé dans la première partie de ce travail (p. 3i-34)s. M. Campori est en outre disposé à attribuer au maître romain le dessin des Combats des Titans contre les Dieux, (en quatre pièces), dont il est question dans un livre de r 543 comme d’un ouvrage exécuté peu d’années auparavant.

En x 538 comme nous l’avons vu, le Pordenone se rendit à Ferrare avec la mission de composer des cartons représentant des scènes de V Odyssée. Mais il mourut presqu’aussitôt après son arrivée, et l’entreprise n’eût pas de suite.

Le vrai fournisseur de 1’ « arazzeria estense » fut un Ferrarais, Battista Dosso (f 1548), frère de Dosso Dossi. De 1 536 à 154- il exécuta pour elle un nombre considérable de cartons: Hercule, Apollon et Minerve chassant les Vices du Parnasse (1542), \e Mariage d’ Hercule et d'Hébé (id.), — Hercule délivrant Ixion (1 543), des Berceaux de verdure avec des termes (1544), le Bain d1 Hercule et Hercule tuant l'hydre (i545), les Métamorphoses, d’après Ovide (même année), etc., etc. Le prix de chacun de ces cartons variait entre 25 et 40 ducats d'or.

En 1540 Dosso Dossi aida son frère à composer le dessin d’une portière. Ce fut là, selon toute vraisemblance, le seul ouvrage qu’il ait exécuté pour la manufacture ducale.

A partir de 1 5q5 Hercule II eut souvent recours au talent du peintre Luca Cornelio, ou Luca d’Olanda (Lucas Engelbrecht?). Il lui commanda cette même année plusieurs cartons, dont Battista Dosso et Camillo Filippi peignirent les figures, et parmi lesquels on remarque la Villa de Belriguardo. Dans la suite, maître Lucas exécuta des Grotesques, la série connue sous le nom à.' Aigles blanches (avec des paysages), celle des Chevaux, celle des Villes, des Paysages, (avec Diane, Hercule tuant l'hydre, le Repos d' Hercule, Eurydice.) On lui doit en outre le dessin des bordures des tapisseries du dôme de Ferrare, représentant l 'Histoire des saints Maurelius et Georges. Luca Cornelio quitta Ferrare en 1 554-

Il fut remplacé par un de ses compatriotes, à la fois peintre et orfèvre, Guglielmo Boides (Guglielmo de Malines), qui exécuta quelques cartons de Villes (notamment celui de la Ville de Reggio ), de Paysages et de Grotesques. Celui-ci, à son tour, quitta le service de la famille d’Esle en 1 555.

A partir de cette époque, Hercule II n’employa plus que des peintres indigènes: Girolamo da Carpi, Jacopo Vighi d’Argenta, Camillo Filippi, Leonardo da Brescia. Le premier de ces artistes fournit en 0481e dessin de quelques Grotesques, et en 1 556 celui d’une tenture dont le sujet n’est pas indiqué. Jacopo d’Argenta, peignit en i554 deux cartons pour la suite des Chevaux', au prix de trois ducats d’or chacun. Camillo Filippi livra en 1542 un carton des Aigles blanches, puis deux des Chevaux, et d’autres compositions encore, dans lesquelles il se fit aider par son fils Sebastiano. Quant à Leonardo da Brescia, il est l’auteur des pièces suivantes : Hercule et Antée, — Hercule et le Taureau, — Hercule tuant le lion de Némée, — Hercule et Cerbère, — les Cités [Modène, refaite plus tard, Carpi, Brescello, Rubiera; il termina en outre Reggio commencé par Guglielmo Boides), — des Paysages, — des tentures de petites dimensions appelées les Ra^getti , etc., etc.

Pour épuiser la liste des peintres attachés d’une manière permanente, ou temporairement, à la manufacture de Ferrare, il nous faut encore citer Tomaso de Trévise, collaborateur de Luca Cornelio, Bernardino et Domenico Bellone, qui peignirent des bordures en 1545-1546, et Giovanni Battista Rossetti de Bologne, qui travailla aux trophées et aux figures de la suite des Villes.

Telle était l’activité déployée par Jean Karcher et ses compagnons que les peintres, dont les noms précèdent, avaient peine, malgré leur nombre, à faire face aux exigences de la manufacture. Un inventaire publié par M. Campori nous montre quelle quantité prodigieuse de tentures sortit des ateliers de haute lisse ferrarais pendant la courte période comprise entre les années 1 556 et i56i. Nous donnons ci-dessous l’analyse de cette pièce précieuse dont le texte même, vu son importance, sera reproduit dans l’Appendice :

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