‹ Histoire générale de la tapisserie (volume 2)Chapitre 21 sur 59 · TAPISSERIES EXÉCUTÉES PENDANT LE RÈGNE DE COSME II · texte numérisé non relu

TAPISSERIES EXÉCUTÉES PENDANT LE RÈGNE DE COSME II

1610-1616. Tapisseries commandées par le cardinal Montalto (exécutées par Papini).

Deux pièces de l'Histoire de Phaéton (par Papini).

Une Madone, destinée à Guidobaldo di Bagno.

Portières pour l’évêque de Ferrare.

1 6 1 3- 16 1 8 . Histoire du roi Ferdinand, commandée par le prince dell’ Ariccia, comte d’Altavilla : 1. Le Conseil et le Parlement du roi Ferdinand ( 1 6 1 3) . 2. L’armée du roi Ferdinand. 3. Défaite de l’armée de ce monarque. 4. Ferdinand tombant de cheval. 5. Jean de Capoue aidant le roi à remonter à cheval. 6. Jean de Capoue tué par les ennemis.

Le long régné de Ferdinand II (1621-1670) est un des plus brillants pour l’histoire de la tapisserie florentine. Ce n’est plus, à la vérité, par la beauté de la composition que se distingue la fabrique grand-ducale, ce n’est plus par la pureté du dessin, ni par l’harmonie du colons, c’est par son activité en quelque sorte fébrile, ainsi que par la masse énorme de ses productions. Telle était encore cependant la célébrité dont elle jouissait, malgré son infériorité évidente vis-à-vis des admirables ateliers parisiens du règne de Louis XIII, que le gouvernement français jugea prudent, à un certain moment, de faire appel à quelques-uns des tapissiers attachés au service de Ferdinand IL

L’artiste pendant cette longue période, peut passer pour la personnification la plus éclatante de la fabrique florentine, est le Parisien Pierre Fevre, que nous avons déjà trouvé au service de Cosme II. Jusqu’en .63o ce maître occupe une place subalterne. A ce moment, par suite de la mort de Jacopo van Asselt, il devient tapissier en chef (capo arazzierc), et désormais, sauf quelques courtes interruptions, il ne cessera de travailler pour les Médicis.

Le premier ouvr.gc de Fèvre que je trouve cité d.„. le livre de M. Conri e.t 1, tenture de. Quatre Saisons, de ,6*3 (l’Été, Automne le Ch.r du .olerl, 1. Crépu.cuk). Il en évité cependant deurt, de d.m certaine, qui lui .on, antérieur, de ffinsicur, année.. L un orne e c.bme, de 1 tn.pecten, de 1. Galette de. Office., le cav. C.mp.ni t c’a., un de. Mois, copié, à 1. vérité, de celui de Ro.t e.po.é

dans la Ijalerie Mai : scene de danse, jeune homme offrant un niât à des ieimp.! \ . .

Elle est ainsi conçue • F jeunes nues, etc.), mais dont l’inscription mentait d’être relevee.

P. FEVRE PARISIENSIS EXC. (sic) FLOR. i633

L’autre e.t le Char de Phébé, dans le long couloir qui unit le. Office, au pal.i, PM. H .igné :

P. FEVERE. PARISlS. F. FLOR. ,63g

Fèvre dut trouver un grand appui dans sa famille qui était nombrensp ,• - ,, . , ,

ses ouvrages. M. Conti nous apprend qu’il avait quatre fils (p ,2 23, - T* ’ p explique jusqu a un certain point l’abondance de

4 (P- - > 23) . Jean, François, André, Jacques- Philippe, tous les quatre attachés

1 Vie de Sustermans, éd. • une faute d’impression pour Pi éd. de 1821 : t. H. p. 88, fait Piac

re Fèvre. De Picaer, VOsservatore fiorenl

Jtemps au service de la famille du grand-duc, comme le rappor s ses Artistes belges à l’étranger, 1. 1. p. 209.

TAPISSERIES ITALIENNES

(a partir de 1647) à la manufacture grand-ducale. D’après une communication de M. Milanesi, un cinquième fils, nommé Charles et né en ,624, s établit a Florence en qualité de peintre, après avoir reçu les leçons de G.-B. Vanni (Actes de l’Académie de dessin). Fèvre avait aussi au moins deux filles, qui, en 1 653, n’étaient pas encore mariées.

Nous devons a M. Conti la connaissance d’un fait intéressant jusqu’ici complètement ignoré : c’est que Fèvre est allé à Paris en 1 647 avec son fils Jean, et qu il n est revenu qu’en i65o à Florence où il avait laissé ses autres fils. Notre collaborateur M. Guitfrey a été assez heureux pour retrouver le brevet de sa nomination comme tapissier du roi. Cette pièce curieuse est ainsi conçue :

1648. 1 3 septembre — « Sçavoir faisons que par le bon et louable rapport qui nous a été fait de la personne de notre cher et bien ame Pierre Lefebvre, et de ses sens, suffisance, loyauté, prudhommie, expérience et bonne diligence ès arts de manufacture, ès ouvrages de tapisserie d haute lisse et marche, icelui, pour ces causes et autres considérations, comme étant natif de nos sujets, ayant appris ledit art d haute lisse et marche aux manufactures érigées, construites et établies par feu notre très cher et bien amé ayeul Henry le Grand, que Dieu absolve , 1 avons mande des pays et villes de notre très cher cousin le grand duc de Toscane pour notre service, et à ce nous mouvans, avons cejourd’hui retenu et retenons par ces présentes signé (sic) de notre main, en l’état et charge de l'un de nos tapissiers hautelissiers et marches pour tenir manufacture et dorénavant nous servir en cet état, charge et exercice, en jouir et user aux honneurs, autoritez etc., accoutumez, tels et semblables que les autres cy devant pourveus, etc. »

Jean Fevre ou Lefebvre, pour l’appeler de son vrai nom, ne quitta plus Paris. Quant à son père il retourna au bout de quelques années à Florence, où l’attendait une surprise des plus fâcheuses. Il se trouvait être débiteur de la Garde-Robe d’une somme de dix-neuf cents ecus environ, tant pour argent indûment touché par ses fils, que pour provisions (soie, fil, etc.) perdues. Nous possédons encore la supplique qu’il adressa au Grand-Duc à ce sujet; elle est du 19 mars i653. L’artiste y expose qu’avant son départ on n’a jamais eu à lui reprocher la moindre irrégularité dans sa gestion; il ajoute qu’il a toujours été, qu’il est encore fort pauvre. Le Grand-Duc, touché par ces arguments, lui fit remise de la moitié de sa dette.

Le 26 février i655, Louis XIV accorde un brevet de logement, au Louvre, à Pierre et à Jean Lefebvre, à condition que Lefebvre père, alors de nouveau à Florence, reviendra dans un délai de trois mois Le 3 juillet suivant, un autre brevetleur accorde une boutique que l’on fera construire pour eux près des Tuileries. PierreFèvre accepta cette nouvelle invitation. Pendant les années i656, 1657, 1 658, du moins si j’en juge par les extraits de M. Conti, les registres florentins ne prononcent pas une seule fois son nom; ce silence ne prouve-t-il pas que l’artiste était absent ?

En ce qui concerne son fils Jean, il se fixa définitivement en France. On le trouve plus tard parmi les maîtres tapissiers des Gobelins, (1663-1700)’.

Mais revenons à Florence. Dès i65g, le vieux Fèvre y est de nouveau à l’œuvre, et à partir de ce moment jusqu’à dernière, il ne cesse d’y entasser tapisseries sur tapisseries, malgré son grand âge. (M. Conti estime qu’il devait êt nonagénaire.) Il travailla encore dix ans, car il mourut seulement en 1669 (le 21 août). Il fut enterré à Saint-Marc.

De ses fils, un seul, Jacques- Philippe], resta attaché à l’atelier grand-ducal, et encore le quitta-t-il en 1677 pour aller se fixer à Venise, où nous le retrouverons. Nous avons été assez heureux pour découvrir aux Archives de l’œuvre du dôme les actes de baptême de trois des enfants de ce maître; le premier, Jean- Antoine, né le i3 novembre 11662 3 ; le second, Fabius, né le i5 février 1664; le troisième, Pierre, né le 25 octobre 1668. Nous apprenons à la même occasion que Jacques- Philippe habita successivement le quartier de Saint-Ambroise, celui de Saint-Pierre et celui de Saint-Laurent.

Si, avant de prendre congé de Fèvre, nous jetons un coup d’œil sur sa longue carrière, nous voyons qu’elle correspond à une période de prospérité matérielle, mais nullement de distinction ou de supériorité artistique. A aucune époque le dessin n’a été plus défectueux dans les tentures florentines, le coloris moins harmonieux, le goût moins pur. Le sentiment décoratif, non moins que le style, manque à peu près toujours dans ces compositions si prétentieuses. D’autres pourront louer Fèvre d’avoir cherché à rivaliser avec la peinture, d’avoir réussi à copier, avec plus ou moins de succès, des tableaux à l’huile. En France, nous sommes aujourd’hui revenus de ces tours de force, et les principes que nous professons sur la séparation des genres sont ceux qui allaient triompher, à l’époque même de la mort de Fèvre, dans notre manufacture des Gobelins, cette école de fortes et sévères études. Sans doute, la responsabilité de ces erreurs incombe moins au vieux tapissier qu’aux auteurs des cartons, mais il n’en est pas moins fâcheux pour lui qu’il n’ait pas réagi, dans la limite de ses forces, contre la corruption générale du goût.

presque

Parmi les tapissiers attachés à la manufacture florentine en même temps que Fèvre, Bernardino van Asselt, sans doute le fils de l’ancien directeur, occupe le premier rang. Ce maître semble avoir de bonne heure (à partir de 1 646 au plus tard) été à la tête d’un atelier indépendant. Il exécuta d’innombrables tapisseries dont nous publions plus loin le catalogue. Nous le trouvons au service des Médicis jusqu’à sa mort, arrivée vers 1673. L’atelier qu’il dirigeait était établi au Palais-Vieux.

Pietro di Jacopo di Egidio van Asselt, qualifié dans nos documents de o maestro di panni d’arazzo », et jusqu’ici confondu avec Bernardino, était sans doute frère de ce dernier. Il reçut le droit de cité de Florence le 16 janvier 1641, mais ne put pas longtemps jouir de cette faveur, car il mourut uois années plus tard. Il fut enterré à Saint-Marc le 22 juin 1644*. Pietro a tissé une portière avec les armes des Médicis soutenues par deux enfants, et la signature PIE ° VAN ASSELT (Galerie des Offices).

Giovanni Pollastri qui fut nommé, après la mort de Fèvre, directeur de l’atelier de Saint-Marc, ne resta pas longtemps non plus en fonctions. Il mourut en 1673; déjà son nom figure pour la première fois dans les comptes de la fabrique en i655.

Outre ces différents maîtres nous ne pouvons citer, pour le règne de Ferdinand II, qu’une dizaine de tapissiers : les fils de Fèvre, Giovanni Salvadori (i65i), Orazio Baccioni (i65i, t le 7 décembre 1657), Stefano di Domenico Termini (1660), Sabatino Galeazzi 1662), Matteo Benvenuti (id.), Niccolô Bartoli (1671), Andrea Manzi (id.), Bernardino Masi (id.), G. B. Termini (id.).

' Document publié par M. Guiffrey dans les Nouvelles archives de l’art français, 1873, p. 69.

s On s’accorde à reconnaître le portrait de Lefèvre et de son collègue Jans dans la tenture représentant la Visite de Louis XIV aux Gobelins (.673-1679).

Ajoutons que le nom de Fèvre ou Lefèvre était alors porté par plusieurs tapissiers: En 1679, le graveur Chéron obtient/au Louvre, le logement occupé par Jean-Baptiste Lefèvre (est-ce le nôtre!) qui va s’installer aux Gobelins (. Nouvelles archives de l’art français, loc. cit-, p. 76)- Un autre Lefèvre (Nicolas) est cité par l’abbé de Marolles, dans son Livre des peintres et des graveurs (appendice, p. 87, récemment réédité par M. Duplessis), parmi les tapissiers, brodeurs et autres ingénieurs logés au Louvre.

Un Claude Lcfèbre, dit S. Claude, figure, en 1661, parmi les tapissiers employés au château de Vaux par le surintendant Fouquet. ( Archives de l’art

français, 1™ série, t. VI, p. 16.) Peut-être appartenaient-ils tous à la même famille et descendaient-ils de ce Jehan Le Fèvre, 1 tappicier de la royne » (Anne de Bretagne) dont parle un document de 1499. (F. Michel, Recherches, U, 3g5.)

3 « Opéra di Santa Maria del Fiore. Firenze, li 23 novembre 1662. Fede per me ministro nell’ Ufflzio dell’ opéra suddetta qualmente ai Rcgistri dei Battezzati nell’ Insigne Basilica di San Giovan Battista di questa Città che si conservano in questo Uffizio, apparisce essere stato battezzatto a quel Fonte il dî 14 Novembre 1662 un bambino figlio di Jacopo Filippo di Pietro Fevcri, e di Caterina di Giovanni Macini, nalo il dî i3 Novembre 1662, a ore 16, nel Popolo di S. Ambrogio, a cul sono stati imposti 1 nomi di Giovanni Antonio. Il ministro L. Bocci. »

* Archives d’Etat de Florence. Catasto. Quartiere S. Giovanni, 1640, n» 243.

Une véritable armée de peintres fut chargée pendant cette période de composer les cartons nécessaires à la fabrique. Mais il serait difficile de trouver parmi eux un maître d’un mérite supérieur. Tandis qu’à Rome les fournisseurs de l’atelier de haute-lisse s’appelaient Pierre de Cortone et Romanelli, à Florence nous ne rencontrons, sauf de rares exceptions, que des artistes absolument inconnus. Citons Michelangelo Cinganelli (i6a5 et années suivantes), Gismondo Coccapani (i 636), Filippo Tarchiani (id.J, le Flamand Cornelio (i637), Baccio del Bianco (.638, .653), Jacopo Vignali (1640), Lorenzo Lippi (.64., i657, exécuta en i645 un carton de l'Histoire de Saint-Paul , 1a Prédication à Athènes , et deux enfants (puttini) destinés à une portière), Giovanni Rosi (1644), Jacinto Gimignani (t653; auteur du carton représentant le Couronnement de Jeanne d'Autriche ), Benedetto Rossi (i656), Giovanni Battista Balatri (id.), Cosimo Ulivelli (i658, auteur du Voyage de Cosme P’ à Rome), Vincenzio Dandini (i663), Niccolô Chiavistelli (id.), Carlo Bambocci (i665).

Agostino Melissi, qui travailla pour la fabrique de 1648 à i665, mérite une mention spéciale. Cet habile élève de Jean Bilivert exécuta les cartons de l 'Histoire d'Alexandre , de l'Histoire de Tobie, de celles de Saint Jean-Baptiste, de Moïse, de Cosme II, etc.1.

Les cartons composés par ces différents artistes étaient conservés avec soin, pour pouvoir, à l’occasion, servir à l’exécution de nouvelles suites.

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