‹ Histoire générale de la tapisserie (volume 2)Chapitre 20 sur 59 · FIAT VOLUNTAS TUA · texte numérisé non relu

FIAT VOLUNTAS TUA

autentichc risguardanti la fabbrica delta cattedral

TAPISSERIES ITALIENNES

4“ Le baiser de Judas :

A VE RABBI ET OSCVLATVS EST EVM

IVDA OSCVLO FILIV (m) HOMINIS TRADIS

Dans la bordure les lettres F. A. F., l’écusson des Médicis et la date 1600.

5° Le Christ devant Pilate :

6* Ecce homo :

PILATVS MISIT HERODES

EVM AD HERODEM DEMISIT

AD PILATVM

ECCE HOMO CRVCIFIGE EVM

Cette suite est faite pour donner la plus triste idée de la dégénérescence de l’art florentin à la fin du seizième siècle. La composition, le modelé, les expressions sont également défectueux. Il est impossible d’imaginer un dessin plus boursouflé, plus vide. Dans le coloris tout sentiment d’harmonie a disparu. A côté de tons d’un rouge vif l’artiste a placé des tons verts ou jaunes qui produisent une véritable cacophonie.

D’après une lettre de a Vincenzio Giugni guardaroba », en date du 27 septembre 159g, deux de ces tentures étaient terminées dès cette époque; la troisième se trouvait encore sur le métier. Quant aux cartons, celui de la quatrième pièce, dû à Cigoli, venait d’étre achevé. Celui qui représentait le Jardin des Oliviers et qui avait pour auteur le Passignano devait être prêt dans quinze jours. Celui du Bronzino enfin était tellement avancé que son fils pourrait le finir pour lui, dans le cas où l’artiste, qui était alors alité par suite de la goutte, se trouverait hors d’état d’y mettre la dernière main '.

1604. Sept pièces del 'Histoire de Scipion, vendues à Filippo Soldani et à Antonio Francesco Carnesecchi pour le prix de 2648 écus.

1605. Portement de croix.

Un état, dressé à la fin de l’année 1596 et reproduit en note d’après un manuscrit, encore inédit, des Archives de Florence, nous fait connaître un certain nombre d'autres tapisseries exécutées entre les années 1 585 et 1596*.

A la même période appartient aussi, selon toute vraisemblance, une tapisserie d’une facture assez grossière, qui se trouve actuellement chez M. Loyer, marchand de curiosités, 147, boulevard Saint-Germain, et qui représente au centre, dans une espèce de niche, un pape bénissant un dominicain agenouillé devant lui, un lis à la main. Au-dessus de cette scène sont tracées les lettres S. C. D. P. La bordure est formée de petits paysages, de guirlandes, de fruits, etc. Dans la lisière horizontale on aperçoit une fleur de lis entre deux F (marque de l’atelier florentin), et deux lettres jaunes dont le bas est caché, mais qui paraissent devoir être lues S. I. Dans la bordure verticale de droite enfin, on voit un P blanc. M. Darcel, qui a étudié cette pièce, considère ces lettres comme les marques du tapissier Benedetto Squilli et de l’entrepreneur Papini, qui ont tous deux été attachés à la manufacture florentine dans le dernier tiers du seizième siècle.

Les deux bandes reproduites sur une de nos planches datent aussi, d’après l’avis de juges autorisés, de la fin du seizième ou du commencement du dix-septième siècle. Ces tentures, d’un travail très-fin, font partie de la Galerie des Offices, où MM. Alinari les ont photographiées pour nous.

Le règne de Cosme II (1609 à 1621) offre peu d’intérêt au point de vue de l’histoire de la tapisserie. Le nombre des métiers diminue, les ouvrages en soie et en or deviennent plus rares; enfin on choisit les apprentis parmi les enfants trouvés, signe visible de gêne. On crut nécessaire, pour réagir contre ces symptômes de décadence, d’adresser au public une sorte de prospectus accompagné de

' Archives d’Etat de Florence. Carteggio Mediceo. Carteggio universale di Fcrdinando I. Filza 8g3, p. 227.

« «Nota de’ panni, portière ctaltri fabbricatosi nella bottegha delli arazzi dadi primo di Maggio |585 sino a 23 d'Agosto i5g5.

A tempo del Grand Duca Francesco :

3 panni d'arazzo di stame délia

Storia di Niobe. . A (lie) 194-î- B"1 (bastoni) 12. 6

1 pan no di detla Storia di Niobe. A. — 67F — 5.

4 panni délia Storia di Baccho. . A. — 281 A — 8.7

A tempo del Gran Duca Ferdinando :

4 panni délia Storia di san Giovanni . A. — 402 A — 3. 9

la liste des prix. M. Conti a retrouvé cette pièce curieuse. Nous y apprenons que le prix de l’aune carrée, mesure de Flandre, variait entre 28 livres et 1 96 livres, soit 28 écus, selon la qualité des matières employées. L’exécution des cartons était comprise dans cette somme. .

Selon toute vraisemblance, les procédés de fabrication restèrent les mêmes jusqu’à la hn du dix-septième siècle. On employait exclusivement la haute lisse (alto liccio). Quant à la basse lisse (tessitura à calcola) elle ne fut en usage qu à partir de 1676. En ce qui concerne le choix des matières premières et la teinture, qui jouaient un rôle si considérable dans les préoccupations de l’époque, nous en sommes réduits aux renseignements contenus dans la correspondance du cardinal Fr. Barberini, dont nous avons donné quelques extraits dans la Revue des Sociétés savantes (1874, t. II, p. 5i5; lettres de Louis Arrigucci et de Laurent Passerini, 1626-1634).

Cosme II, vers la fin de son règne, eut conscience de l’état de dépérissement de la manufacture, et il s’efforça d’y remédier en faisant venir de l’étranger des ouvriers habiles. Parmi eux se trouvait sans doute le Flamand Jacques Ebert van Asselt (Hasselt), qui, en 1621, après la mort du tapissier-chef Papini, lui succéda dans ses fonctions. Nous voyons en outre paraître dans les registres, en 1624, un artiste qui nous intéresse tout spécialement; nous voulons parler du Parisien Pierre Fèvre, dans lequel, pendant près d’un demi-siècle, se personnifia la fabrication de tapisseries de Florence. La biographie de ce maître mérite de nous arrêter quelque peu.

Baldinucci raconte dans la vie de Juste Sustermans que ce peintre se rendit à Florence en compagnie de quelques habiles arazzieri français que Cosme II avait appelés dans ses États pour leur faire exécuter des ouvrages importants. Lors de leur présentation au Grand- Duc, ces braves gens lui parlèrent du jeune artiste qu’ils avaient amené, et le prince, pour se rendre compte de sa capacité, lui ordonna d’improviser devant lui le portrait du plus vieux des arazzieri' nommé Picaer Fevre’. Sustermans y réussit, et ce portrait, qui du temps de Baldinucci appartenait au marquis Barthélemy Corsini, ( il figure aujourd’hui encore dans le palais de cette famille, à Florence ), fut l’origine de sa fortune. Celui qui lui avait servi de modèle ne fut pas moins heureux ; de longues années durant il travailla pour la cour de Toscane , admiré de tous, et de nombreuses tapisseries portant son nom témoignent aujourd’hui encore de son activité et de son mérite. Dans sa vieillesse il eut même la joie de voir Louis XIV confier à son fils et élève une place des plus importantes dans l’établissement, nouvellement fondé, des Gobelins.

Ce début intéressant, qui lie d’une manière indissoluble son nom à celui d’un peintre longtemps célèbre, une carrière bien remplie et brillante, auraient dû assurer à l’artiste dont nous nous occupons une certaine notoriété, ou du moins le préserver d’un oubli complet. Il n’en a rien été. Jusqu’à ces derniers temps on ne connaissait ni la vie, ni les productions, ni même le nom d’un maître si distingué. Le seul Zani, paraît s’être douté de son existence, mais sans qu’on sache au juste si la notice laconique insérée dans son Enciclopedia (Fevre. Araz. v. i65o) s’applique à lui ou à ses fils. Les recherches de M. Conti ont enfin réparé l’injustice de la postérité.

C’est en 1624 que M. Conti a trouvé pour la première fois, dans les registres de la garde-robe des Médicis, le nom de Pierre Fèvre, et il a adopté, un peu trop facilement peut-être, cette donnée. Il se contente de dire (p. 23) que l’artiste est venu à Florence en 1624, c’est-à-dire sous le règne de Ferdinand II. Cherchons à préciser davantage.

La date de 1624 est en contradiction formelle avec le récit de Baldinucci. L’auteur des Notifie de' pro/essori del disegno nous apprend, en effet, que Fèvre est arrivé à Florence sous le règne de Cosme II (f le 28 février 1621). Les détails très-précis dans lesquels entre le biographe italien ne permettent guère de supposer qu’il ait confondu Cosme II avec son successeur Ferdinand. En outre, ce dernier étant encore mineur en 1624, il est peu probable qu’il se soit occupé de relever l’art de la tapisserie et de faire venir des artistes de l’étranger.

Les registres de la garde-robe ne mentionnent pas les noms des compagnons de Fèvre, et ce silence est fort regrettable.

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