‹ Histoire générale de la tapisserie (volume 2)Chapitre 29 sur 59 · MANTOUE · texte numérisé non relu

MANTOUE

L’atelier de tapisseries de Mantoue est le plus ancien de tous les ateliers italiens jusqu’ici connus. Par un de ces hasards auxquels l’exploration des archives nous a accoutumé, c’est celui dont l’existence nous a été révélée en dernier lieu. Sans le chanoine W. Braghirolli, directeur des Archives des Gonzague, les ténèbres qui enveloppaient l’histoire de cet établissement si intéressant, si fécond, auraient pu tarder longtemps encore à se dissiper. En ce qui nous concerne, nous sommes particulièrement heureux que le travail du savant mantouan ait paru avant le nôtre, car dans l’hypothèse contraire nous nous trouverions réduit aux notices si incomplètes contenues dans les ouvrages de Tonelli, de Bettinelli et du comte d’Arco. Le volume intitulé : Sulle manfatture di arœfti in Mantova, notifie storiche di Willelmo Braghirolli', donne en6n une base scientifique à l'histoire de cet atelier si florissant pendant la plus belle période de la Renaissance.

Les brillantes tentures d’Arras paraissent avoir de bonne heure captivé l’attention de la riche et puissante famille des Gonzague. Dès i3g9, François Gonzague IV, capitaine de Mantoue, s’occupait de faire substituer, sur une tenture qui lui appartenait, les armes de la Bohême à celles des Visconti. Ne trouvant pas en Italie (cette circonstance paraît, du moins, avoir été la cause de sa détermination) des ouvriers en haute lisse, il envoya la tenture à Paris, oü précédemment déjà il avait fait exécuter un travail analogue. L’inventaire du 8 juin 1406 nous fournit des détails précieux sur sa collection, qui se composait à ce moment de plus de cinquante pièces, les unes qualifiées de « cortina racii, » d’autres de « apparamentum de aracio, » ou encore de « banchalia, » de « capeletj » ou « capoletti, » etc., etc.’ On remarquait dans le nombre l 'Histoire du roi Pépin, l'Histoire de sainte Catherine, l 'Histoire de la reine de Hongrie (sainte Elisabeth), l'Histoire du dieu d'amour (peut-être un fragment des Triomphes de Pétrarque), l'Histoire d’Élie, l'Histoire de saint Martin, des Chasses, etc. L’inventaire rédigé une année plus tard, en 1407, après la mort de François Gonzague, nous fait connaître, entre autres, les pièces suivantes : l'Histoire de Pyrame et Thysbé, des Cerfs dans un bois, une Chasse au faucon, un Seigneur et une dame jouant aux échecs, un Seigneur et une dame jouant aux cartes, une Dame qui peigne un jeune homme, un Lièvre pris au piège, des Châteaux, des Singes, des Perroquets, des Verdures, etc.

C’est sous Jean-François Gonzague que nous trouvons pour la première fois la trace d’une fabrication indigène. Lorsque le pape Martin V traversa Mantoue, il y fit exécuter, en 1419, par un artiste nommé Jean, originaire de France, douze écussons destinés à un baldaquin 3. Maître Jean, soit qu’il ait suivi le pape dans ses pérégrinations, soit qu’il eût été établi à Mantoue dès avant son arrivée, ne tarda pas à entrer au service des Gonzague. Nous le voyons figurer, à partir de 1422, parmi les officiers de la cour. Le i°r juin 1423 son traitement fut fixé à un ducat d’or par mois; en 1429 il fut porté à trois ducats d’or. Peu de temps après, en 1432, m“ Jean épousa Paola dei Buzzoni, jeune fille appartenant a une famille distinguée de Mantoue. Nous apprenons à cette occasion la filiation de l’artiste : son père s’appelait Thomas (magister Zaninus filius quondam Thomei de Francia tapezerius). En 1442, le nom de m° Jean disparaît de nos registres. Ce maître distingué, le premier en date des tapissiers français ou flamands qui aient tenté d’acclimater en Italie l’art de la haute lisse, avait servi les Gonzague pendant plus de vingt ans, tantôt sous le titre de « magister ab apparamentis », 0 a bancalibus », 0 a tapezariis», tantôt sous celui de 0 magister tapezarius ».

Nous sommes assez exactement renseignés, grâce à M. Braghirolli, sur les ouvrages exécutés par Jean de France pendant cette longue période. Le 16 octobre 1423, nous voyons l’artiste travailler à quelques « banequiers » de laine. En 1433, lorsque François Gonzague obtint de l’empereur Sigismond le titre de marquis, m" Jean exécuta cinq armoiries (insegne) du marquisat. La même année, il se rendit à Venise, en compagnie d’un autre tapissier, pour y acheter de la soie de diverses couleurs destinée à des 0 banequiers » historiés que lui avait commandés la marquise Paola. Le 10 mars 1436, il livra un autre banequier historié, de six brasses de long (la brasse de Mantoue mesurait o”44), au prix d’un ducat d’or par brasse. Enfin, le 3i décembre de la même année, il reçut 124 livres, 10 sous pour deux banequiers de dix-huit brasses, à raison d’un ducat la brasse, et d’un autre banequier de huit brasses tissé d'or et de soie, à raison d’un ducat et demi par brasse.

Nicolas de France suivit de près son compatriote Jean. Nous le trouvons à Mantoue dès le 1 1 mars 1420, mais il ne fit pas un long séjour à la cour des Gonzague, qui lui avaient cependant accordé le titre de «maestro di apparamenti ». L'année suivante déjà son nom disparaît des registres qui ont servi de base au travail de M. Braghirolli. Les cartons que cet artiste traduisit en tapisserie étaient dus au peintre Giovanni Corradi; ils se composaient d’armoiries et de feuillage, et coûtèrent 2 livres, 2 sous.

M" Nicolas fut remplacé par une femme (nous avons déjà vu , à Pérouse, deux personnes du même sexe travailler en haute lisse), « Madonna Maria di Bologna, maestra di apparamenti (1421-1422) ». Cette artiste ne savait pas seulement restaurer les tapisseries anciennes, elle en exécutait aussi de nouvelles.

Nous connaissons quatre collaborateurs de Jean de France. Deux d’entre eux, Guidone et Adamante (1426), étaient également Français (peut-être Flamands, on sait que les Italiens du quinzième siècle confondaient les deux nationalités); le troisième avait pour patrie Mantoue même; il s’appelait Bartolomeo Cremaschi da Rodigo; son nom figure dans des comptes de 1433, 1436 et 1444. Quant au dernier de ces maîtres, Anichino, nous savons seulement qu’il était occupé, en 1433, à rentraire des tapisseries et qu’il recevait cinq livres par mois pour son salaire.

A cette époque, d’après l’historien Tonelli, la manufacture était installée dans le faubourg Saint-Georges *.

Le peintre chargé d’exécuter les cartons était Giovanni dei Corradi de Crémone, qui travailla à Mantoue de 1420 à 1436.

En 1444, le marquis Louis de Gonzague succéda à son père, Jean-François. Pendant ce règne, qui dura trente-quatre ans, la fabrication dei tapisseries reçut un grand développement dans la cité de Mantoue. La femme de Louis, la marquise Barbe de Brandebourg, rivalisa d’ardeur avec son époux pour encourager cet art. Les documents nous font, à la vérité, défaut pour les années qui suivirent l’avènement du jeune prince, et c'est en 1449 seulement que nous trouvons de nouveau dans les comptes des Gonzague le nom d’un tapissier. Mais ce tapissier était un maître célèbre, celui-là même qui avait introduit la haute lisse à Sienne et qui avait donné une impulsion si considérable à l’atelier de Ferrure : Rinaldo Boteram, de Bruxelles. Rinaldo resta au service du marquis Louis jusque vers 1457. A partir de ce moment, on le trouve tantôt sur un point, tantôt sur un autre. En 1466, il retourne même dans

sa ville natale, à Bruxelles, pour y faire des achats (le 22 décembre 1468, le marquis lui paya d’un coup 95o ducats pour prix d’un des lots de tapisserie qu’il avait apportés des Flandres); de même en 1474. Mais, ses relations avec les Gonzague ne furent pas interrompues par ces pérégrinations. En 1479-1480, il est de nouveau fixé à Mantoue. Peut-être le vaillant maître bruxellois mourut-il dans cette ville; en effet, à partir de 1481 , nous n’avons plus de nouvelles de lui.

Si la biographie de Rinaldo Boteram est aujourd’hui aussi complète qu’on peut le souhaiter, celle des autres tapissiers employés par Louis de Gonzague est encore toute à faire; c’est même à peine si nous connaissons les noms de quelques-uns d’entre eux. M' Rubichetto (sans doute identique à l'artiste envoyé en 1457 à Ferrare par Pierre de Médicis) occupait incontestablement le premier rang, à en juger par ses appointements : en 1475, il recevait la somme considérable de 46 livres, to sous par mois. Ses collègues, par contre, devaient se contenter d’un salaire de 9 livres, 10 sous. C’étaient trois Bruxellois : Pietro (1450-1496), Enrico ( 1473) , Giovanni (1475 et années suivantes); ces deux derniers étaient cousins de Rinaldo Boteram (peut-être Pietro aussi était-il parent de l’infatigable arljste et marchand). A côté d’eux travaillaient quelques Italiens : Maffei (1465), Simone (1468, 1469, 1470), Lorenzo (1471), Ruggero (id.) , Francesco degli Acerbi (1475-1478).

A ce moment, le peintre des canons destinés à l’atelier mantouan n’était autre que le grand André Mantègne. On a vu dans la première partie de ce volume (page 16) qu'en 1469 le marquis Louis avait chargé son peintre favori de dessiner d’après nature un dindon et une dinde qu’il désirait faire placer dans une de ses tapisseries Ce n’est pas le seul document que nous possédions sur la part prise par Mantègne aux travaux de l’atelier de haute lisse. En 1465,1e marquis envoya le tapissier Maffei à Venise pour y acheter la soie nécessaire à l’exécution d’une tenture composée par le maître: 0 per comperare la sida per quelo aparamento che Andrea Mantegna a fato el dise»no *. » Soixante années plus tard le Vénitien Michiel proclamait encore la beauté des tapisseries du marquis de Mantoue, exécutées d’après les dessins de Mantègne. (Voir l’Appendice.) Une telle collaboration ne suffit-elle pas à immortaliser l’atelier de Mantoue !

Mantègne avait eu pour prédécesseur le miniaturiste Giacomo Bellanti, d’Otrante, qui exécuta divers cartons de tapisserie. En 1458, il fut chargé de peindre d’après nature un chien de chasse; en 1460, des armoiries’.

Les beaux jours de la fabrique de Mantoue finissent avec le règne du marquis Louis. Son successeur, Frédéric (1478-1484), bien loin de favoriser le développement d’une industrie que ses ancêtres avaient introduite dans leurs Etats au prix de tant de sacrifices, renvoya les tapissiers attachés au service de son père. Heureusement, dans ce pays riche et ami des arts, du moins pendant un certain temps, l’initiative privée pouvait remplacer l’action du gouvernement. Les haute-lissiers mantouans ne furent donc pas forcés d’émigrer; leurs métiers fonctionnèrent jusque vers la fin du siècle. C’est ainsi qu’en 1493 encore nous trouvons à Mantoue un artiste du nom de Bartolomeo qui travaillait pour son propre compte. Deux années auparavant, un autre tapissier, Giovanni, avait reçu en don du marquis François une pièce de terre sur laquelle il se proposait d’élever une maison. Ajoutons que le garde-meuble des Gonzague regorgeait à ce moment de tapisseries. Il renfermait des suites si nombreuses et si belles qu’en 1488 le duc de Ferrare sollicita le prêt d’un certain nombre de pièces : l 'Histoire d’Annibal et de Scipion l’Africain (6 pièces), l 'Histoire de Lucrèce (4 pièces), etc.

Au seizième siècle, on trouve bien encore des tapissiers attachés à la cour des Gonzague, mais de fabrication proprement dite, il n’en est plus question. Voici, pour mémoire, les noms que M. Braghirolli a relevés dans les archives de Mantoue: Giovanni (i5o2, i5o5; peut-être identique à l’artiste précédemment mentionné); Giovanni Francesco (i5o8, i5og, 1 5 1 1 ) ; Martino Dursoli ( 1 5 1 5, 1522); Giuseppe ( 1 538 ) ; Giacomo dalla Porta (1547, 1549); Federico dei Caletti (1547, *549); Sigismondo Zambelli (1 556). Le rôle de ces maîtres paraît s’être borné à des travaux de rentraiture. Et cependant Mantoue possédait alors dans ses murs le plus fécond de tous les compositeurs de cartons, anciens ou modernes, Jules Romain.

Si Jes souverains de Mantoue ne faisaient plus fabriquer de tentures de haute lisse, ils continuaient par contre à en acheter. Quelque nombreuses que fussent les suites réunies au palais ducal vers le milieu du seizième siècle (l’inventaire de 1541 nous fait connaître plusieurs centaines de tentures, parmi lesquelles l 'Histoire de Tibère et d' Alexandre le Grand, en deux pièces , l'Histoire de Philomène, en une pièce, le cardinal Hercule, oncle et tuteur du jeune duc François, tint à honneur de former pour son usage personnel une collection du plus grand prix. Ce prélat commanda, entre autres, les Enfants jouant, dont nous avons parlé à propos de la manufacture de Ferrare (page 6^), et les neuf pièces des Actes des Apôtres, qui. après avoir fait jusqu’en 1866 l’ornement de Mantoue, se trouvent aujourd’hui à Viaune (Voir page 22).

Parmi les tapisseries achetées ou commandées au-dehors*, figurent aussi l 'Histoire de Moïse, en huit pièces, et les Enfants jouant, dont le duc Guillaume fit don au cardinal Charles-Borromée et qui sont aujourd'hui conservés dans le dôme de Milan. Sur ces tapisseries, Guillaume est appelé duc de Mantoue et marquis de Montferrat. Leur exécution doit donc avoir eu lieu entre les années i55o et 1573. Nous fondant sur le style de l'Histoire de Moïse ( il est impossible de ne pas y reconnaître un ouvrage de l’école de Jules Romain), et sur l’existence d’une fabrique mantouanc de haute lisse, nous avons d’abord cru pouvoir attribuer cette suite à l’atelier des Gonzague. Mais comme d’après les documents publiés par M. Braghirolli, cet atelier n’existait plus au seizième siècle nous renonçons à notre hypothèse. Ajoutons que dès i588, au plus tard, le cardinal Borromée avait fait don au dôme de Milan de 1 Histoire de Moïse1, et sans doute aussi de la pièce représentant les Enfants jouant.

Au siècle suivant, lors du terrible sac de Mantoue ( i63o), la majeure partie des trésors réunis par la maison de Gonzague, fut dispersée. Cependant quelque trente années plus tard les vides étaient de nouveau comblés. Deux inventaires, l’un de 1661, l’autre de .668, nous apprennent qu’à ce moment le garde-meuble ducal renfermait plus de soixante pièces (Susanne-, Histoire de Phaéton en six pièces; Histoire d’Achille, en huit pièces; Histoire de Diane, en huit pièces; Histoire d’Alexandre le Grand, en cinq pièces;’ Enfants jouant, en dix pièces; Histoire de Tobie, en douze pièces).

1 On voit que l’habitude de faire figurer des volatiles au premier plan des tapisseries remonte à une époque assez reculée. Parmi les compositions

la Présentation de la tête de Pompée à César, la Descente du Saint Esprit, à Venise (reproduite sur une de nos planches), l'Annonciation appartenant à M. Spitzer (fin du quinzième, commencement du seizième siècle), la Pêche miraculeuse de Raphaël, la Barque de Vénus (suite des Enfants jouant, reproduite sur une de nos planches). Lebrun n'a eu garde d’oublier ces excellents modèles quand il a composé les cartons des Maisons royales. Au premier plan de la pièce représentant le château de Saint-Germain, il a placé un aigle,

appropriés à la tapisserie et d’un caractère' vraiment décoratil.

* Braghirolli, p. 33.

a Crémone, i.pS, ig août. « Vogliamo vediati de farci mandare quelli designi debe aver fiictï Jacomo iminiatore de quelli drappi per apparamenti, si de quello ne lo quale debe essor le Cervete in le feste (!) corne de quelle bianco et morello et faciati retria uno cane allano de naturale. » (Lettre du marquis Louis Gonzague à sa femme Barbe de Brandebourg).

Mantoue, .460, 6 décembre. « Dilecte noster. El ne dice maestro Rinaldo

tapiciero che un'altra volta lo Ex. Sr nostro te ordinô che facessi un certo designo de l'arme sue attachate ad uno rovere per mettere in alcune tapezerie esso li debe fare : et perche el se vorria partire, vogliamo che essendo facto lomandi per questo correro che havemo mandato a posta; et sel non fusse facto, che non lo crediamo, vedi de farlo subito et mandacelo, acciô chel non stia in tempo. De la grandeza el dice che non ne fa cura, che pur l’habia el designo lo redurà po’ lui a la grandeza de lavoreri, corne li parerà. . (Lettre de la marquise Barbe à Giacomo Bellanti. Braghirolli, pp. 28, 29).

* Les tapisseries de Bergame, dont il est question dans l’ouvrage de M. Braghirolli (p. 47, note 1), n’étaient pas des tapisseries proprement dites. Voici comment M. le marquis d'Adda s’exprime à cet égard dans son Lodovico Maria Sforqa e il convcnto di santa Maria delle Graqie (p. 6, note 5) : « Les tapisseryes de l'Hystoire de Bergame, erano apprezzate alla corte di Francia, ma non erano nè ricamate, nè ordite in lana, bensi a disegni di rapporti di veiluto sul raso. , Voir aussi sur ces tapisseries les Recherches sur le commerce et la fabrication des étoffes de soie, d’or et d’argent, de M. F. Michel, t. Il, pp. 469-484.

! Campori, Araqqeria estense, p. 120.

TAPISSERIES ITALIENNES

En 1671, le mariage du duc Ferdinand-Charles avec la fille de Ferrante III Gonzague, duc de Guastalla, rendit la maison de Mantoue proprietaire des Fructus belli, en huit pièces (voir ci-dessus page 33), d’une suite des Enfants jouant, differente de la précédente, en six pièces, des Grotesques, en douze pièces. A ces suites vinrent s’ajouter en 1679, à la mort de Ferrante, V Histoire de Moïse, en douze pièces (estimees 45,000 ducats de Mantoue, de 6 livres chacun) ; le Triomphe de la Foi, en huit pièces, V Histoire d'Énée, en quatorze pièces, (peut-être imitée de la suite composée par Perino del Vaga) ; le Sposalifio, en six pièces, une tenture appelée Li Todcschi, en huit pièces; trois suites de Chasses de six pièces chacune, une suite appelée Le Figure alla persiana, en deux pièces, une Résurrection du Christ, le Sacrifice d’Abel, une Madone avec l’enfant Jésus, etc.

Les guerres du commencement du dix-huitième siècle, l’extinction de la famille des Gonzague (1708), la Révolution enfin ne pouvaient que favoriser la dispersion de tant de trésors. La guerre de 1866 fit le reste: à ce moment, comme nous l’avons vu, le gouvernement autrichien fit transporter à Vienne les Actes des Apôtres, seul vestige d’un ensemble autrefois si magnifique. Aujourd’hui, on ne trouve plus à Mantoue ou dans les environs que des suites de fabrication flamande, ou des pièces isolées. Il serait à souhaiter néanmoins qu’on en dressât un catalogue détaillé. Peut-être découvrirait-on dans le nombre quelque pièce se rattachant à l’atelier mantouan du quinzième siècle et à son immortel peintre, Mantègne.

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