VENISE
Venise a été de tout temps le grand entrepôt des tapisseries importées des Flandres. C'est là que se fournissaient les ducs de Fcrrare et les marquis de Mantoue. De là vient sans doute que la fabrication locale n’y a jamais jeté des racines profondes. Nous y trouvons bien à diverses reprises des haute-lissiers flamands ou indigènes, mais point de manufacture appartenant à l’Etat, ni comparable à celles de Ferrare et de Florence. La masse des tentures sorties des ateliers d’Arras et de Bruxelles était si considérable, que même en tenant compte des frais de transport en Italie, des droits d’entrée, elles revenaient encore, livrées au public, meilleur marché que les tentures fabriquées sur place.
D’après une notice qui remonte, il est vrai, à la fin du dix-septième siècle seulement, l’art de la tapisserie (l’arte di arazzi) a été introduit à Venise en 1421 par Jehan de Bruges et Valentin d’Arras. A supposer que ce renseignement mérite une créance absolue, la ville des doges s’était donc laissé devancer par Mantoue. Nous savons, en effet, que dès 1419, un tapissier de haute lisse figurait à la cour des Gonzague.
Les noms de Jehan de Bruges et de Valentin d’Arras sont les seuls que nous puissions citer pour le quinzième siècle. Il est certain, toutefois, que pendant cette période, bon nombre de tentures furent exécutées à Venise même. Ce qui nous autorise à l’affirmer, c’est la présence, dans une foule d’églises, de tentures, de dosserets, de devants d’autel ornés des figures des patrons de ces sanctuaires; nous savons, en outre, qu’en 1450 un peintre nommé Alvise composa à Venise les cartons de banequiers représentant la Vie de saint Théodore, et que Cosimo Tura se rendit dans cette ville en 1473 pour y exécuter des dessins de tapisseries’.
L’église Santa-Maria degli Angeli, à Murano, possède quatre tapisseries qui semblent remonter à cette époque et qui représentent l'Histoire du Christ. Ces tentures, qui sont ornées des armoiries des Grimani, des Tiepoft, des Giustiniani et des Barbo paraissent exécutées, au dire de M. l’abbé V. Zanetti, d’après les cartons d’Andrea Vivarini ou de son élève Luigi Vivarini l’ancien (fin du quatorzième, commencement du quinzième siècle’).
Pendant le siècle suivant, le luxe déployé à Venise en matière de tapisseries dépasse toute imagination. La moindre fête devenait le prétexte d’expositions qui devaient avoir quelque chose de féerique. La place Saint-Marc, les façades des palais, le Bucentaure, les gondoles se couvraient de tentures aux mille couleurs. Vers la fin du siècle, il n’y avait guère de demeure patricienne qui ne fût ornée à profusion de ces tissus merveilleux’.
A en juger par un document de la seconde moitié du seizième siècle, on semble avoir fabriqué à Venise pendant cette période des tapisseries d’un genre particulier. Dans un registre des octrois, dons et grâces de 1 559 à 1567, conservé aux Archives du Royaume, à Bruxelles (collection des papiers d’État et de l’audience), on trouve du moins cette mention : Octroi en faveur d’Ambroise Spiriletti « pour faire soyes grosses servant à faire tapisseries selon l’usaige de Venise (1 5 octobre 1 562) *. »
Nous possédons, pour le seizième siècle, un certain nombre de noms de tapissiers qui méritent d’être rapportés ici : Francesco, Flamand; restaure en 1544 des tapisseries conservées au palais ducal8; — • Gasparo Carnes, Flamand; travaille entre 1564 et 1572 à San Salvatore ; — Lazzaro Canaam, Flamand, exécute en i5Ô2, pour le sénateur Carlo Zane, les Quatre vertus théologales, d’après le Titien (voir ci-dessus page 37), au prix de 27 ducats la brasse; — Alessandro van der Goes; livre, en ï 585, quatre tentures destinées à la salle del Collegio 0 ; — Bonin Zinquevie, milieu du seizième siècle ; son fils Francesco et son petit-fils Giovanni Giacomo étaient également tapissiers; ce dernier vivait en 1 65 1 encore; — la famille Clemente, originaire du Frioul; Angelo di Battista Clemente travaille de 1564 à 1601; ses fils embrassèrent la profession paternelle; — Girolamo de Bassi; tisse en 1 596, pour Caterino Malipiero, huit espalliers avec l'Histoire de S. Loren^o Giustiniano, d’après les cartons de Domenico Tintoret; — Bartolomeo dal Calice ; Valerio; Giulio Aurelio Porcello ; — Bartolomeo di Zulian de Zuliani Notons enfin Jacquet Regnier qui fut reçu maître tapissier, à Tournai, entre i5i3 et i544, et qui fut tué trois semaines après a à le pais (sic) des Vénisiens8 ».
A ces noms on pourrait être tenté d’ajouter celui de Jean Rost’, qui se trouvait à Venise en i55o; mais, ainsi que nous l’avons montré (p. 65), l’illustre tapissier du duc de Toscane ne fit qu’un court séjour dans la ville des doges, et c’est à Florence même qu’il exécuta l 'Histoire de Saint-Marc destinée à la basilique de ce saint.
obligato acconcia basso cura pagai menti per servire p. 24a.
de altri doi ducati solamente. « (Lorenzi, Monudcl palajjo ducale di Venefia, Venise, 1868, t. I,
c les fabricants de soie florentins
t d’abord la Descente du Saint-Esprit s planches d’après la photographie exécutée, pour
Voici te uptete. tabfit groupés ver. cette époque : Le. Fl.o.ud. .votent tu.t.lle leur, m.ffetm. ou leur. «elle,,
pré. du Fond.co dei Tcde.chi, entre S. Bar.olonreo et S. S.lv.tore; te VéntUeu. .vent, pour 1. mesure parue, établi leu, domicile pré. de S. Nicola d. Tolenduo, au milieu de. fabricant, de drap; te autre, enfin demeurtuen, ou lucquois à Santa Maria dei Servi
Un certain nombre de tapisseries vénitiennes du seizième siècle existent encore. Citons t conservée dans la sacristie de Santa-Maria délia Salute et reproduite sur une de nos planche; notre publication par M Naya. Cette pièce intéressante n’est point la traduction d un carton du Titien, comme 1 affirme MoschinP; nous inclinerions’ plutôt à y voir l’œuvre de l’un des Muranistes. Nous ne saurions non plus l’attribuer, comme M. Urbani, à ]a fin du seizième siècle La naïveté, on pourrait presque dire la gaucherie de certains déta.ls, plaide en faveur d’une époque bien plus reculée. Les principes de la Renaissance ont déjà triomphé, mais la joie que l’artiste éprouve à représenter avec la plus grande exactitude les arbres, les fleurs et jusqu’aux moindres touffes d’herbe du paysage, la présence de la biche, des oiseaux, du caniche qu’il place à côté des acteurs de cette s*me mémorable, enfin le parfum de fraîcheur, d’intimité répandu sur toutes les parties de la composition, tout cela montre que notre maître n’a pas encore rompu avec les traditions des primitifs. En considérant combien Venise fut en retard sur les autres villes italiennes à l’époque de la Renaissance, nous croyons donc pouvoir nous prononcer sans témérité pour les dernières années du quinzième, peut-être même pour le commencement du seizième siècle. — La Descente du Saint-Esprit est lissée d’or, d’argent, de soie et de laine; elle mesure environ un mètre de haut. Les bordures verticales, que nous avons dû supprimer sur notre planche à cause de la longueur de la pièce, sont ornées de fleurs; chacune d’elles contient en outre une figure féminine debout. Ajoutons que l’exécution de la tapisserie manque de finesse; elle a, si l’on peut employer cette expression, quelque chose de rocailleux. C’est là également un indice de l’antiquité de la tenture de Santa-Maria délia Salute.
Aux premières années du seizième siècle appartient, d’après M. Urbani, une tenture dont un fragment est aujourd’hui conservé au musée Correr de Venise : Le doge L. Lorcdan (i5oi-i5ai) recevant le bonnet ducal. La tête du doge, voilà tout ce qui subsiste de cette composition dont le style est bien italien et qui a un grand cachet de distinction.
Les deux espalliers qui ornent aujourd’hui encore les parois de la salle des Dix, au palais ducal, sont, selon toute vraisemblance, également un produit de la fabrication vénitienne. Ce qui ne saurait du moins être révoqué en doute, c’est le caractère foncièrement italien du dessin. Ajoutons que sur la base de l’une des colonnes on aperçoit le lion de Saint-Marc L’une de ces tentures, celle dont la gravure se trouve jointe à notre ouvrage, représente l 'Histoire de Sêmélé. (A gauche, Junon sur son char, puis en se rapprochant de la droite, J unon déguisée en vieille, s’approchant de Sémélé ; l’entrevue de Junon etdeSémélé, enfin, à l’extrême droite, Jupiter remontant au ciel). La seconde tenture nous montre à gauche Apollon debout tenant la lyre, au centre Jupiter et Diane, à droite Diane et Apollon. Les bordures de ces deux tentures, que M. Urbani désigne sous le titre A'Histoire de Jupiter, sont formées de fleurs et de fruits. L’exécution de l’ensemble est assez inégale; peut-être aussi les restaurations ont-elles altéré le caractère primitif (l’inscription R. D. L. S. 1 7 ’/5 se référé à une restauration entreprise en 1 795, par Lorenzo Stella, custode du palais ducal). L’époque de l’exécution de ces tentures concorde probablement avec la date A. D. MCCCCCXL placée, en compagnie des sigles S. P. Q. R., sur l’arc de triomphe de la pièce où l’on voit Jupiter, Apollon et Diane. Nous avons donc affaire à une œuvre du milieu du seizième siècle.
Le dix-septième siècle est pour la tapisserie vénitienne une période de déclin.
En 1621, plusieurs tapissiers flamands demandèrent et reçurent l’autorisation de s’établir à Venise. Mais on ignore s’ils donnèrent suite à leur projet. Peut-être préférèrent-ils se fixer à Florence, où les bons ouvriers faisaient alors défaut. Nous savons, en effet, que vers cette époque une société de haute-lissiers flamands et français, ayant à leur tête Pierre Fèvre, vint renforcer le personnel de la manufacture florentine.
Vers i63o, les ateliers vénitiens étaient en pleine décadence. Les rares haute-lissiers alors fixés à Venise s’occupaient plutôt de travaux de restauration que de créations nouvelles. Nous regrettons de nous trouver sur ce point en désaccord avec M. Urbani, mais les arguments produits par notre savant contradicteur ne nous paraissent pas de nature à infirmer le témoignage, en quelque sorte authentique, que nous reproduisons en note4. Ce témoignage n’est autre qu’un rapport adressé de Venise même, le ior juin 1634, au cardinal François Barberini. Voulant établir à Rome une manufacture de tapisseries, le savant prélat avait procédé à une sorte d’enquête conduite avec un soin extrême; les renseignements qui lui furent adressés par les nonces ou légats des différentes contrées offrent donc un caractère de véracité que l’on ne saurait révoquer en doute. Or, que lui écrit son correspondant de Venise : « On ne trouve ici ni fabricants de tapisseries, ni fabricants de tapis, à l’exception de rentrayeurs, tous originaires de cette ville, qui s’occupent de réparer les déchirures ou les autres dégâts, mais qui sont incapables d’entreprendre quelque œuvre nouvelle. De temps en temps on voit apparaître des Flamands, mais faute de commandes ils ne tardent pas à repartir, etc., etc. »
Ces affirmations si nettes sont-elles détruites par les faits qu’avance M. Urbani? J’en doute fort pour ma part. Afin d’ailleurs de mettre le lecteur à même de juger entre nous, je reproduirai en note l’argumentation du savant vénitien5.
Le seul nom de tapissier vénitien que nous possédions pour cette époque est, outre ceux des Zinquevie et des Clemente, celui d’un certain Tomaso, qui avait son magasin ou son atelier près de Saint-Marc et qui prit pour apprenti un jeune homme appelé Cristoforo de Armelino Grison.
Dans le dernier tiers du dix-septième siècle, on put croire un instant que la fabrication des tapisseries allait briller d’un éclat nouveau. Vers i675, celui des fils de Pierre Fèvre qui était resté attaché, après la mort de son père, à la manufacture florentine, Philippe, demanda au Sénat l’autorisation d’établir à Venise une fabrique de tapisseries et de tapis de toute sorte uvec un privilège
1 « Presso la sagrestia si custodiscono in armadii i pallioti degli altari dei tempio. Uno è in arazzo, e rappresenta la Discesa dello spiri/o santo sopra gli apostoli; lavoro condotto diligentemente sopra disegno lizianesco. » {La chiesa c il seminario di S1* Maria délia Salute in Venejia, Venise, 1842, p. 5a).
lovarata in arazzo, 4 i/aalta, et 3 1/2 quarte larga. »
3 « Giulio Ghirardo qui (a Firenze) residente nel 1597 dava coramis-
cheesistc al présente nella chiesa di S. M. délia Salute, eseguito su disegno di Tiziano, e rappresentante la Discesa dello spirilo santo sopra gli apostoli. » ( Degli arajji in Venejia, p. 22). Ce paliotto, qui est décrit dans l'ouvrage de M. Conti (p. 60), représentait non la Descente du Saint-Esprit, mais la Vierge avec l'enfant Jésus, des saints et le doge de Venise.
li basterebbe l’animo di for di nuovo qualsivoglia cosa, benche focilissima. Comparisce ben tal volta de’ Fiamminghi, i quali haverebbero voluto
In questa città si lavorn tutta pannina fine, che si manda in Levante », etc., etc. (Procédés de teinture employés pour les draps et autres étoiles;. — Nous avons publié, pour la première fois, dans la Revue des Sociétés savantes, novembre-décembre 1874 (V" série, t. VIII, p. 5i8), ce rapport, dont l’original se trouve à la Bibliothèque Barberini.
n gg or luppo, fu la line dei secolo XVI. Al cominciare dei XVII rimasero
délia fomiglia Zinquevie e délia Clemente continuarono i discendenti da esercitarc Tarte in modo abbastanza rigoglioso. Che se si considcri inoltre quanto fossero decadute anche le fitbbriche istituite in altre città, non recherà meraviglia se niuna prova ci rimane di quanto si operâ in que' tempi. D'aitrn
cosi opportuni a convalidare il nostro asserto, c in cid abbiasi scusa délia mancanza quasi totale di opéré le quali giustifichino questo vanto > (Urbani, p. 3o).
d^ vmst-cm, a»™*,, celle demener avec lu, nu teinturier étranger, enfin celle de S™ dea apprentie '. Apré, d'assez longue, del.berattone le Sénat accord, le, an, or, ..non, néce.eairee. Mai, Pen, reprie., née eon. de .1 brillant, auspices, ne semble pas avoir proepéré, n, même vécu. Non. ne po.sedons, en effet, eut 1, manufacture de Ferre ,ue 1. .applique reproduite ci-dessous, 1. déltberatton de. . V. S.v, délia Mercanat, enfin le décret . del Preg.di . fai.an, droit à I, demande de l’ardete.
Au commencement du dix-huitième .tècle on trouve à Venise un artiste indigène, Pietro Davanao on Avanao, qui s’occupe à ï f°” de comP°ser des dessins pour ,i.,n. et de fabriquer de, tapisseries. L’étend.rd qu’il exécuta en ,,35, à l’ige de 3a an, env.ron, pont 1. confrér.e de S. Salva.ore, d’.prê. les dessins du peintre Piaase„a, fut considéré comme un chef-d’œuvre •. M.„ ces tentât,,., tsolees pouva, en, -elle, se comparer à l’.cdvité déployée Ver, cette époque dan, les maanf.cutres de Naples, de Turm! Un quart de stècle pin, tard, eu ,y63, Davanao fin chargé par le Sénat d’ouvrir une école de dessin pou, tissus, i il conserva jusqu a sa mort, arrivée vers 1776, la direction de cette institution.
11 étalt réservé J un <*es meilleurs élèves de la fabrique pontificale de Saint-Michel de Rome, à l’ancien directeur de la fabrique de Turin, Antonio Dim, d imprimer un nouvel essor à la tapisserie vénitienne. Ce maître avait fait un premier séjour à Venise en i736 ; une de ses filles était née dans la ville des doges. Lorsqu’il revint s’y fixer, une vingtaine d’années plus tard (c’est dans l’intervalle que se place son séjour à Turin), il était donc plus qu’un simple étranger et avait quelque droit à la bienveillance du gouvernement Aussi, quand il sollicita, en 1760, une subvention pour créer un véritable atelier de tapisseries et de tentures et pour former une demi-douzaine d’apprentis (il avait jusqu’alors travaillé seul à Venise, avec ses filles Lucia et Giuseppa et un jeune aide), sa demande fut-elle favorablement accueillie. Le Sénat lui accorda une somme de 5oo ducats une fois donnée, et un traitement de 25 ducats par mois. Grâce à ces ressources, Dini put s’installer dans un palais situé Calle dei Morti, près de S. Giovanni et Paolo. Sa fabrique prit dès lors une extension relativement assez grande (en i763, le personnel se composait d’une dizaine d'ouvriers ou apprentis), et il produisit un grand nombre de tentures (deux Images de la Vierge, etc.), de tapis de pied, d’étendards, etc. Plusieurs de ces ouvrages existent encore. M. Urbani cite parmi eux l’étendard (ou penello) de la confrérie de Sancta- Maria Mater Domini, douze « schenali, » autant de « sentari » (à l’Académie des Beaux-Arts), un tapis appartenant à l’église de la Fava.
A la mort de Dini (1769), ses filles conservèrent la direction de la fabrique paternelle. Si nous en jugeons par la liste de o ouvrages qu’elles exécutèrent, de 1780 à 1784, la fabrication des tapis (tappeti) y tenait une place bien plus grande que celle des tapisseries proprement dites (arazzi). En 1798, les deux sœurs, alors fort avancées en âge, demandèrent au gouvernement autrichien, qui venait de prendre possession de Venise, de leur continuer les subventions accordées précédemment par le Sénat. Mais leur demande ne semble pas foir été favorablement accueillie, et il est probable que leur établissement ne survécut guère à la République vénitienne.
La prospérité relative de la fabrique de Dini n’cmpécha pas les tentatives de concurrence. En 1773, il fut question d’installer dans un des hospices de Venise des métiers de tapisseries façon des Flandres, c’est-à-dire de basse lisse (una fabbrica d’arazzi all’uso di Fiandra cioè fatti sul telajo orizzontale). On ignore le sort de cette entreprise3. En 1790, un artiste des Gobelins, Jean le Fèvre, sollicita la faveur d’être chargé de la restauration des tapisseries du palais ducal. Son premier essai de restauration réussit, mais le gouvernement ne jugea pas à propos d’attacher à son service un étranger, alors qu’il comptait parmi ses nationaux des artistes aussi habiles que les sœurs Dini*.
x partagée que la plupart des villes italiennes, Venise a vu fonctionner en plein dix-neuvième siècle un métier de haute lisse. Un peintre vénitien, Bernardino Bussoni, né vers 1746, entreprit de ressusciter non seulement la tapisserie, mais encore la broderie. On cite comme son principal ouvrage un Paysage (1812), d’après le Zucarelli. La Flotte de Nelson, qu’il offrit au consul français de Venise, semble avoir été brodée, non tissée(un quadro di trapunto di seta). Bussoni mourut le 6 mai 1817. Son unique disciple, Giuseppe Venerio, au lieu de suivre ses traces, se mit à fabriquer, au moyen de la peinture, des imitations de tapisseries. Telle fut la fin, peu glorieuse, de 1’ « arazzeria » vénitienne.
Jusqu’à ces derniers temps, on ne se doutait guère qu’une manufacture de tentures de haute lisse eût fonctionné à Naples au siècle dernier. Le catalogue de l’Exposition rétrospective de 1877 fait à cet égard le singulier aveu que voici: « Benche non seppi mai dell’ esistenza in Napoli di una fabbrica di arazzi, queste firme (les inscriptions des tapisseries exposées) cosi précisé e ripetute in tanti mplari di pregevolissimo lavoro, sono per me una rivelazione, e non credo vi sia da dubitare che è una di quelle tante industrie del nostro paese rimasta ignorata 5. »
Les recherches que nous avons entreprises il y a plusieurs années déjà dans les Archives d’Etat de Naples, et dont un résumé a paru en 1875 dans la Revue critique (n° 45), nous permettent, sinon d’écrire l’histoire de celte manufacture, du moins de donner quelques informations précises, authentiques, sur son origine, comme sur son développement *.
La manufacture de Naples est fille de celle de Florence. Lorsque cette dernière fut supprimée en 1737, un prince espagnol, le futur roi Charles III d'Espagne, plus soucieux des intérêts de l’art italien que la dynastie lorraine, à laquelle venait d’échoir la succession des Médicis, résolut de faire refleurir de nouveau dans la capitale des Deux-Siciles une industrie qui avait si longtemps fait la gloire de Florence. Il y recueillit une partie des artistes si brusquement congédiés; l’autre, ainsi que nous le verrons en temps et lieu, trouva un asile à Turin. Dès le mois de décembre 1737, la colonie florentine semble avoir été presque au complet dans sa nouvelle patrie. Elle se composait de Domenico del Rosso, Giovanni Francesco Picri, Antonio Luigi Minchioni, Marco Gosier, Carlo Mugnai, Bastiano
in questo augustissi persone, ricorro a p
il iuogo ogni e qualunque sorte di espressa, nel quai tempo non possa alcun 1 Che quando le persone che m’i
e perfetia pratica dell’ Arte 1