ALLEMAGNE
histoire de la tapisserie en Allemagne n'a pas été écrite jusqu’ici, pas plus que l’histoire de cet art en Angleterre, en Espagne, en Russie, dans la Scandinavie ou l’Asie : la tâche de l’auteur du présent essai se bornera donc, en l’absence de travaux préparatoires, à fixer quelques dates, à indiquer quelques traits généraux. On ne peut se défendre d’un sentiment de mauvaise humeur quand on voit nos voisins d’outre- Rhin, dont l’érudition déborde si complaisamment sur des domaines situés en dehors de leurs frontières, oublier complètement quelles ont été chez eux les destinées de l’art brillant qui, dans les derniers temps seulement, a reconquis la place à laquelle il a droit. Pour ma part, j’ai vainement demandé à tous les échos quelque monographie propre à élucider l’histoire d’un atelier d’outre-Rhin. Bien plus, parmi mes doctes confrères de Berlin ou de Mynich, de Stuttgard ou de Vienne, il s’en trouve qui en sont encore à nier que leur patrie ait vu, pendant le moyen âge ou à l’époque de la Renaissance, se dresser des métiers de haute ou de basse lisse. Un des plus célèbres d’entre eux, M. Lübke, a fait à ce sujet une déclaration dont la netteté ne laisse rien à désirer : a Ce genre de luxe, dit-il, avait sa principale source en Italie, dans les Flandres, ainsi qu’en France ; en Allemagne et en Suisse, au contraire, on s’en tenait le plus souvent au système de la boiserie. Cependant, depuis le milieu du xvi° siècle, l’emploi de la tapisserie commence également à se développer dans ces deux pays. En i55o encore Aloisius d’Orelli raconte qu’à Zurich il n’a trouvé que deux maisons possédant des tapisseries, et que celles-ci mêmes venaient de Milan *. »
En face d’une déclaration pareille, et d’autres du même genre, nous avons dû hésiter à admettre l’existence d’une école de tapisserie allemande. Les érudits d’outre-Rhin ne méritaient-ils pas detre crus sur parole quand ils certifiaient un état de choses si contraire à la gloire nationale ?
Cependant, dès 1876, l’abondance des tentures à légendes germaniques, exposées au Palais de l'Industrie par l’Union centrale, nous fit résoudre la question dans le sens négatif. D’accord avec le savant président de la commission rétrospective, M. Alfred Darcel, nous inscrivîmes hardiment dans le catalogue le mot de « Tapisseries allemandes ». Depuis, l’étude des spécimens réunis dans les Musées de Nuremberg et de Munich, l’exploration des archives de la seconde de ces villes, ainsi que le dépouillement de nombreux recueils, nous ont prouve que nous ne nous étions pas trompé. Nous avons surtout été aidé dans ces investigations par les notes que notre obligeant et érudit confrère et ami, M. Alexandre Pinchart, a mises à notre disposition avec un empressement dont nous ne saurions assez le remercier. Néanmoins le travail que nous offrons aujourd’hui au public ne forme qu’une esquisse bien imparfaite; les erreurs, les omissions sont inévitables dans une tentative de ce genre. Voilà bien des titres pour recommander les pages qui suivent à l’indulgence du lecteur.
1 Geschi
eutschen Renais
Ce qui frappe tout d'abord chez nos voisins, c’est l’embarras qu’ils éprouvent à trouver un équivalent pour le mot tapisserie. Il est à peine nécessaire de faire ressortir l’origine étrangère des expressions de Haute-lisse Tapeten ou de Gobelins (appliquées même aux produits non français), dont on se sert de préférence aujourd’hui. Les mots de Tapete ou Wandtapete ont l’inconvénient de s’appliquer aux papiers peints aussi bien qu’aux tentures proprement dites. Celui de Teppich , qu’on emploie quelquefois, a plutôt le sens de tapis de pied Je préférerais, pour ma part, l’expression de Wandteppich (tapis de muraille) : c'est celle qui offre le moins d’amphibologie.