TOURNAI
RÈGLEMENT DE 1 39S SUR Li EABR, CATION DE LA TAPISSERIE DE HAUTE-LISSE. - ACHATS FAITS PAR PHILIPPE LE BON ET PHILIPPE LE BEAU. — DONS DE TENTURES PAR LA VILLE A DE HAUTS PERSONNAGES. — PRINCIPALES DISPOSITIONS RÈGLEMENTAIRES DES XV, XVl' ET XVII' SIÈCLES. - DÉCADENCE DE L'INDUSTRIE. — EFFORTS DES MAGISTRATS POUR LA SOUTENIR ET LA RELEVER.
La ville de Tournai et le territoire du Tournaisis , qui se composait de soixante-quinze villages, fit partie de la France jusqu en 1 an i5i3; c était une enclave située au milieu des États des ducs de Bourgogne , confinant à la Flandre d’un côté, et au Hainaut de l’autre.
Jean Capars, d’Arras, «ouvriers de haute-liche », était établi à Tournai en i352'; peut-être est-ce à lui que 1 on doit 1 introduction dans cette ville de cette belle industrie. Quoi qu’il en soit, elle y avait déjà acquis un assez grand développement vers la fin du quatorzième siècle, puisque le magistrat octroya aux haute-lisseurs un reglement qui porte la date du 26 mars i3g8 (n. st.)\ Malgré leur existence bien constatée par ce document, ne perdons pas de vue que c’est à Arras que fut exécutée, en 1402, la tapisserie consacrée aux légendes de saint Piat et de saint Éleuthère8. Ce règlement est le plus ancien que l’on possède sur la matière dans les Pays- Bas. Nous allons en reproduire les dispositions qui regardent les tissus fabriqués en haute-lisse et ceux qui les travaillaient, en laissant de côté les articles relatifs aux « sarges et aux tissus velus ». Ces vieux textes ne sont pas toujours compréhensibles aujourd'hui, et plusieurs mots n’ont pu être interprétés par l’éditeur, qui était fort versé pourtant dans la connaissance des patois, du pays. Il ressort de ce règlement que l’on ne pouvait employer que des matières de premier choix pour la confection des ouvrages travaillés en haute-lisse ou à la marche, c’est-à-dire à l’aide d’un métier à pédale, et que ces ouvrages étaient visités par les eswardeurs ou inspecteurs chargés de les examiner.
« Ordonnances faites et passées par les consaux de la ville pour le prouffit de le cose publique sur le fait des mestiers et marchandises de le tapisserie haulte-liche et draps velus fais en Tournai, le mardi, xxvj" jour de mars mil ccc iiij“ et xvij, et publiées le vendredi suivant.
« Item, qu’il ne soit nul ouvrier à le marche ne de haute-liche qui, d'ores en avant, œvreche ne fasse ouvrer fors de loïaux estoffes, c’est assavoir de trayme et d’estain nostret, en le veue des eswars ad ce commis et ordonnés, et que aucuns ne puist mettre en cevre èsdis ouvrages, faire et estoffer filles estonturés1, lanuises", gratuises8, ne floscon, poil de vaque ne autre faulse estoffe, sur c sous et les lois de le justiche, et l’ouvrage estre acquis au droit des explois de le justice de le ville. — Item, et ne puissent aussi lidit ouvrier faire aucun ouvrage oit il ait semure, quel ne soit fait de deux estains nostrés en le veuwe desdis eswars sur leditte paine. — Item, que lesdis ouvrages de haute-liche et de broque qui seront bien fais et de tels estoffes que dit est, seront scellé de tel scel dont on scelle les couvertoirs, et que li rewars aient pour cascune pièche scellée v deniers, s’il y a une douzaine de toies de coussins et en deseure, et autrement n’en aront riens. — Item, qu’il ne soit nul ouvriers des mestiers dessusdis, qui d’ores en avant puist ouvrer ne faire ouvrer d'iceux mestiers les nuys Notre-Dame des Aposteles et des samedis depuis le resson sonné; ne aussi ne puissent ouvrer de nuyt à le candeille pour hoster les fraudes qui y pueent queir, et pour donner révérence aux sains et aux saintes, sur xx sous et les lois de le justice. — Item, et pour ce que à le fois plusieurs desdis ouvrages de sargerie et de haute-liche sont trop clers et trop wis, par faulte d’estoffe, ordené est que en cascun ouvrage lesdis ouvriers, selon les pièches, seront tenus de y mettre estoffe telle qu’il appartenra, et en le veue des eswars ad ce commis, sur leditte paine, se faulte y avoit. — Item, que lesdis ouvriers et ouvrières qui s’entremettront desdis mestiers seront tenus de faire boin et loïal ouvrage, bien fait et bien ouvré, en le veue desdits eswars, et se faulte y avoit, le maistre qui ledit ouvrage feroit etferoit faire, seroit pour mal ouvrer condempné à un ban de c sous etès lois de le justice. »
la notice de M. Dehaisnes, intitulée : la Tapisserie .
:é découvert par H. Vandekbroeck, dans les archives îrnai, et publié par lui dans les Bulletins de la Société h de cette ville, t. X, p. 1 1 .
* Espèce de la 5 Déchets de 1
Occupons-nous des textes qui mentionnent les tapisseries sorties des ateliers de cette ville. Nous n'admettons pas qu'il s'agit de tissus du genre de ceux qui nous occupent dans la mention de deux « draps de Tournai (doornyxschen lakenen) » qui furent loués par le magistrat de Bruges, pour en parer les fenêtres d’une maison d’où il assista à certaines joûtes , en i392 *. La fabrication de la tapisserie de haute-lisse ne tarda pas à
prendre, à Tournai, une grande importance, et à s’occuper de tentures historiées. Une des causes de ce
développement fut le grand nombre de peintres et d’enlumineurs qui y existaient dans la première moitié du quinziéme siècle1. La corporation des haute-lisseurs était déjà assez considérable, en 1423, pour former une des bannières sous lesquelles étaient rangés les métiers de la cité. Les premiers renseignements que nous avons rencontrés sur les tapisseries fabriquées à Tournai sont de quelques années postérieurs à cette date; on en découvrira un jour de plus anciens : ils établissent à l'évidence qu elles étaient dès lors en renom. En 1447,
Philippe le Bon avait fait acquérir de Guillaume Au Vaissel, marchand d’Arras, « pour donner et envoïer en
« certains lieux secrez », une chambre de verdure, où l’on voyait « pluseurs personnaiges et devises d’enfans alant « à l’escolle et autres choses », et pour la compléter il fit acheter à Tournai, à la veuve de Jean Baubrée a ung (f tappis de muraille servant à ladicte chambre, œuvré en hystoire de personnaiges comme dessus"». C’est à des haute-lisseurs de cette ville que le duc de Bourgogne confia l’exécution de la célèbre tenture représentant V Histoire de Gèdéon ou de la Toison d’or. Le contrat fut passé en son nom, à Saint-Omer, le 16 août 1449, entre Philippe, seigneur de Ternant et de la Motte, et Jean Aubry, garde de la tapisserie du duc, d’une part, et Robert Dary et Jean de l’Ortye *, qui sont qualifiés de « marchans ouvriers de tappisserie », d’autre part ’. Aux termes de cet acte, que le duc ratifia le i3 octobre, la tenture devait se composer de huit pièces, deux de vingt-deux aunes de largeur et six de seize, toutes sur huit de hauteur, ce qui formait un total de onze cent vingt aunes. Les fabricants étaient tenus de faire faire par Bauduin deBailleul,ou par quelque autre peintre plus habile encore s’ils pouvaient en trouver, tous les patrons des sujets dont le prince les avait entretenus lui-même ou fait entretenir par diverses personnes. Cet artiste avait « longuement séjourné et esté à Bruges pour monstrer au duc certains patrons qu’il (t avoit fais et pains sur la forme de certaines tapisseries que Monseigneur fait présentement historier de la « Thoison d’or6». Bauduin de Bailleul habitait Arras, et avait déjà été employé pour le compte du duc de Bourgogne en 14197; Jean Lemaire le cite parmi les artistes auxquels il a consacré une mention spéciale8 dans son poëme de la Couronne margaritique . On lit dans le contrat souscrit par les haute-lisseurs « que ce qui se et monstrera estre jaune èsdiz patrons devra estre de fil d’or fin de Venize, et ce qui se monstrera estre blanc devra « estre de fil d’argent fin de Venize, sauf et réservé les visaiges et charnures des personnaiges ou histoires qui « doivent estre en ladicte tappisserye, et le demourant d’icelle tappisserye sera et devra estre fait de bonnes et fines « soyes, et aussi de bon et fin fil de sayette des plus fines et meilleurs coulleurs ». Le prix convenu par aune fut de 8 écus d’or, de 48 gros de Flandre la pièce, ce qui élevait la dépense à la somme de 8,960 écus pour le tout. Les
* Gilltodts, Inventaire des chartes de la ville de Bruges, t. IV, p. 476 . - La présence des noms de plusieurs artistes étrangers dans ce registre doit être souvent attribuée à l’obligation où ils étaient de s’y faire inscrire lorsqu'on exécutait en tapisserie quelque carton qu’ils avaient peint.
•i Registre n» F. 141, fol. ij'xx r», de la chambre des comptes, aux archives départementales du Nord, à Lille.
‘ Voici leurs signatures :
« quatre ans, commençans à lafestede la my-aoust derreniéremenl passée, et * finissans le jour de la my-aoust qui sera l’an mil cccc lij, en noz pais et « signouryes, où nostre plaisir sera, d’entre la rivière de Some et l’iaue de 0 la mer, viij piesches de grans tappis de haulte-lice, dont les ij doivent « contenir chascun xxij aulnes de long et viij aulnes de large, et les vj autres 0 chascun xvj aulnes de long, et seront de la largeur dessusdicte; lesquels « tappis contendront ensemble la quantité de xj«xx aulnes, qui montent au E pris de viij escus d’or, de xlviij gros de nostre monnoye de Flandres l’escu.
« chascune aulne quarré à la mesure de nostre pals de Flandres, à la somme « de viij“viiije lx escuz; — lesquelz marchans seront tenus de faire faire 0 par Bauduin de Baillœul, ou par autre millcur paintre qu’îlz pourront « liner, tous les patrons des histoires et devises que leur avons sur ce pour- « parlé et fait deviser, et avec ce, doivent et sont tenus de foire parfaire et « délivrer ladicte tappisserie, au pris que dessus, selon lesdiz patrons, assa- « voir : que ce qui se monstrera estre jaune èsdiz patrons devra estre de fil
k d’argent fin de Venize, sauf et réservé les visaiges et charnures des person- « naiges ou histoires qui doivent estre en ladicte tapisserye; et le demourant 1 d'icelle tappisserye sera et devra estre fait de bonnes et fines soyes, et 0 aussi de bon et fin fil de sayette des plus fines et meilleurs coulleurs que « l’on pourra finer, ainsi qu’il peut apparoir plus à plain par certain marchié n sur ce fait et signé par lesdiz seigneur de Ternant et Jehan Aubry, et aussi « par lesdiz marchans, en nostre ville de Saint-Omer, le xvj" jour d’aoust a derrenièrement passé. — Et pour ce qu’il est besoing et nécessaire faire pour « eulx pourveoir d’estolfes, ouvriers et autres choses nécessaires qu’il leur 0 conviendra finer et trouver journèlement pour le fait et avancement d’icelle “ tapisserie, comme pour oulx aidier à vivre et entretenir, nous voulons,
n amé et féal conseiller et receveur général de toutes noz finances, Guillaume « de Poupet, vous faictes païer, baillier et délivrer des deniers venans de « nostre recepte de Sainct-Quentin, ausdiz Robert Dary et Jehan de l’Ortye, « ou à leur certain commandement, ès trois premières desdictes quatre « années, la somme de vj™ escuz dudit pris, assavoir, en chascune d’icelles 0 ij"> desdiz escuz de trois mois en trois mois, en déduction, etc. Donné en « nostre ville de Bruges, le xiij» d’octobre mil cccc xlviiij. » (Collection des acquits de la recette générale des finances, aux Archives du royaume, à Bruxelles.)
6 De Labobde, les Ducs de Bourgogne, t. I»r, p. 394.
7 Ibidem , p. 164.
l'édition française de l’ouvrage de MM. Ckowe et Cavalcaselle, les Anciens veintres flamands, t. II, pp. ccxx-cclxii.
eux contractants promirent de livrer les huit pièces de la tenture au bout de quatre ans, et ils furent fidèles à leurs engagements, puisque J. Aubry constata les avoir reçues dans une déclaration qui porte la date du et décembre i453 La tapisserie terminée, Philippe le Bon fit acheter à ceux qui l'avaient entreprise, les cartons du peintre pour la somme de 3oo écus d or Robert Dary figure aussi dans un compte de Jean Chevrot, évêque de Tournai, pour avoir reçu, en 141(4, 12 livres « à cause de certains patrons de pointure que Monseigneur avoit piéça fait faire ■ ».
wndtdeoén’dOT’STJi ^ w.'dl'i ™f'C“on"r «ipi..me destinée aux cérémonies de l’ordre de 1, Toison d’or qu’il
™£"’dtdés^ .iSr ttr “mh;pir “ r ,uV“ m,“ * ^
tonaé à l’histoire de Jason mnK îMn r.’ ■ u ,• nlPlo)cr le Pr'x à lâchât de quelque tapisserie1. Le prince avait d’abord
St pi r uîet oroS Tes h h , TT ,anCCller dÊ r°rdre’ raVah Cn§agé 4 Ch0isir de P^rence l’Hstoire de Gédéon, qui
usTln s, . H roux! ' dh le en n “ d0nni'“” *r'a,ada “ “““ ‘°'a de son entrée en cet» ville, le e4 février
1 personnages de gens e:
lesquels ne parloient point, ains ne faisoient que les signes :t moult bien fait au vif, et disoit-on que ce avoit cousté
« de ladite mistère, qui estoient la plus riche chose qu'on avait veu piéca.
« plus de mille couronnes d’or ».
Su’alin^S LW ?"l " d‘ d0“ “ n°mbre dù “'i “P“da" “ da -tS« constate
qu alors 11 y en avau nenl. L une des plus large, p.èces avait probablement été divisée en deux. Tonte 1. tenture fut i cette date wnsportée d’Arras à L, Haye, à l’occasion de 1, tenue d’un chepitre de l’ordre d. 1, Toison d’or. On„, le, eSTnta de ce dw”.f,ao8TÉmr‘lî “ '468, 4 Bruges, lors du mariage de Cl, .rie, le Téméraire avec Mariette
’ P S ’ a Sa “baP,é” d’™un»re, SU. de Philippe le Beau de Jeanne d. C.siiile*; en ,555, dan, la salle ou eut lieu 1 abdication de Charles-Qumt, au palais de cane ville- ; en , 565, lors du mariage qui y fui contracté entre Alexandre F.rne.e eP”°5oï1 a'™,’ ™i‘r dô” .P°"US'‘1''’ “C' ‘"“taire dm, richesse, appartenant à Philippe II et qui se trouvaient dan.cep.l.i, ' 97 , ’ P, ? d0n“d 1“ nf“t“ de ahall“ P‘tea, ai'ou*e qu’elle, sont , en plusieurs endroits descousue, et aucune fois " “ '■ rdPareri a‘“>‘ h» pourveoir de nouvelles seingles, et le, foire bender p.r-derriére de longues bende,
. de canevas a. Elles avaient de, h sub, de très grande, réparation, en ,5a9'‘. e, même l'on fut obligé 1 cette époque de faire dessine, certaines pert, es te patron, par un peintre nommé Adrien Van Ghie.berghe’ ■. Ven, 1. fin du XVII- siècle, 4 l’époque oü l’électeur Maximilien-Emmanuel duc de Bavière, était gouverneur général de, Pays-Bas, on exposait 1. tenture de Gédéon dan, I, chapelle du pal.,, de Bruxelles depuis la Saint-André jusqu’au premier dimanche du Carême; 1, veille du dimanche des Rameaux elle prenait place dans la gronde salle . Elle fut sauvée avec d’autres tapisseries lors de l’incendie de cet édifice, en ,v3i. Le, Autrichiens ont dit 1 emporter en 1794 avec les ornements et les archives de l’ordre de la Toison d’or.
Pasquier Grenier ou Garnier, contemporain des haute-lisseurs dont nous venons de parler, fut aussi favorisé de commandes par Philippe le Bon, duc de Bourgogne. En 1459 il lui acheta, au prix de 5, 000 écus d’or, une chambre de tapisserie de l’Histoire d'Alexandre , tissée d’or, d’argent, de soie et de fin fil de laine, qui comprenait, outre le ciel, le dossier, la couverture et les gouttières, sept tentures de murailles, dont les dimensions variaient de douze à seize aunes de largeur, sur environ sept aunes de hauteur Par mandement du 22 avril 1461 ’6, le même prince lui fit payer 4,000 écus d’or pour les acquisitions suivantes : « Six grans tappiz de muraille pour église, « richement faictes et ouvrées de fil de laine, de soye, d’or et d’argent, èsquelz vj tappiz est contenu et historié la « Passion Nostre-Seigneur, selon les saintes évangiles, et est ladicte passion escripte par-dessus les personnaiges « de lettres d’or sur rollets de noir en latin, et sont les mos des saintes évangiles : et contenant les dessusditz
t 0 Sachent tous que le xxiij' jour de décembre l’an mil iiij' liij, para devant moy Rogier de Gauley, notaire apostolique impérial et de la court n espirituelle dé Tournay, comparurent personnellement honnourables péril sonnes Robiert Dary et Jehan de l’Ortie, marchans de tapisserie, demourans a à Tournay, lesquelz congneurent et confessèrent avoir receu la somme de « viiij» lx escus d’or, de xlviij gros de Flandres, pour reste de la somme de « viij»> viiij' lx escus, à cause de viij pièces de grans tappis de hault-liche, 0 dont les deux contiennent xxij aulnes de long et viij aulnes de large, et les
(i ensamble xjc xx aulnes, que les dessusdicts ouvriers ont fais, parfais et 0 délivrés à Jehan Aubery, varlet de chambre et garde de la tappisserie de n Monseigneur, au pris de viij escus l’aulne quarée, à la mesure du pays de « Flandres; tout selonc le contenu ès lettres patentes de Monditseigneur sur a ce données le xiij' jour d’octobre l’an mil iiij'xlviiij, etc. »
n let de chambre et garde de la tapisserie, etc., confesse avoir receu de a Robert Dary et Jehan de l’Ortye, marchans ouvriers de tappisserie, demoua rans à Tournay, pour et au nom de mon très redoubté seigneur, viij tapis « de haute-lisse de ristoire de Gédéon, et contenant tous ensemble xj' xx a aulnes d’œuvre, etc. Le xxj' décembre mil ccccliij. » (Collection des acquits des comptes de la recette générale des finances, citée.)
On rencontre la mention de payements partiels dans de Laborde, les Ducs de Bourgogne , t. I»r, pp. 397 et 399. Dans les lettres patentes de
avances ont dû être payées sur la recette de Saint-Quentin. Les pièces relatives à l’exécution de la tapisserie qui existent en original aux Archives du royaume, sont nu nombre de onze.
8 De Laborde, toc. cit. t., I", p. 437.
5 a ... àRobertDari, tapissier, demorant à Tournay. .» (Registre n» 33 1
Revue d'Histoire et d’ Archéologie, t. 1", p. 222.)
* Inventaire des archives de l’ordre de la Toison d’or, t. I", f» 10, aux Archives du royaume.
“ Œuvres de G. Chastellain; éd. de M. Kervyn de Lettenhove, t. II, p. G. 8 Mémoires; éd. du baron de Reiffenberg, t. If, p. 2o5i 1 Olivier de la Marche, Mémoires, liv. II, chap. IV.
8 Molinet, Chronique.
» Gachard, Retraite et mort de Charles-Quint.
10 Aleit- Pirchart, Mémoires de Pasquier de le Barre, etc., 1. 1'', p. iG ■ - Chifflet, Aula sacra.
11 Bibliothèque nationale, à Paris.
I! Houdoy, les 7'apisseries de haute-lisse, etc., p. 145.
11 Ibidem, p. 90.
11 Manuscrits de Losano , aux Archives du royaume; Relations
véritables, année 1697, p. 216.
15 « Je Pasquier Garnier, tapissier, demourantà Tournay, confesse avoir
a demi de hault; — ungaultre tappis contenant quinze aulnes de long et de
a treze aulnes de long, et lesautresdeux, l’un, treze aulnes et demie de long, et a le quatriesme, douze aulnes de long; et tout de pareille haulteur que dessus a est dit, contenant ensemble toutes les parties cy-dessus déclarées cept cens a huit haulnes et trois quarts etc. Le xviij' jour de juillet, l’an mil iiij' lix. »
royaume.)
18 II a été publié textuellementpar M. Houdoï, les Tapisseries de hautelisse, etc., p. 139. Voy. aussi de Laborde, les Ducs de Bourgogne, t. I", p. 480. Dans l'Inventaire sommaire des Archives départementales du Nord, t. IV, p. 210, cette pièce ligure par erreur dans un groupe de pièces appartenant à l’année écoulée entre le i" octobre 1 ^ 5g au 3o septembre 1460.
« vj tappiz v' aulnes; - item , une chambre de tapisserie, ouvrée de fil de laine et de soye, contenant ix pièces « vj quarreaulx et ung bancquier, toute emplye de bosquaille et de verdure, et partout èsdictes pièces sont « plusieurs grans personnaiges comme gens paysans etbocherons, lesquelz font manière de ouvter et labourer oudit « bois par diverses façons, et contiennent iijc 1 aulnes ou environ. » Pasquier Grenier livra encore au duc de Bourgogne, en 1462, au prix de 700 livres de Flandre, treize pièces de tapisserie, dont six à tendre sur murailles, qui représentaient /' Histoire d’Assuérus et d’Esther, quatre servant à un lit, et les trois autres « fais à l'Istoire du « chevalier au Chine ». Les premières furent données par le duc au cardinal Jean Geoffroy, évêque d Arras *. A en juger par les citations qui précèdent les tapisseries exécutées dans les ateliers de Grenier avaient une valeur considérable, et Philippe le Bon devait les avoir en grande estime, puisque il acheta en outre à ce fabricant, en 1466, deux chambres de tapisseries complètes, d’une valeur de 862 livres 4 sous de Flandre, « lune figurée « d’orangiers », l’autre « de bûcherons », pour en faire présent a sa sœur Agnes, veuve de Charles I , duc de Bourbon, et à sa nièce Catherine, femme d’Arnould d’Egmont, duc de Gueldre. Ces chambres avaient été choisies par le garde de la tapisserie du duc, et contenaient, comme d’ordinaire, les parties suivantes : « le chiel, les pièces de « goutières, le dossier, la couverture de la couchette, iiij tappiz de murailles et un bancquier. » Lune mesurait ensemble trois cent et une aunes trois quarts, et l’autre quatre cent seize aunes trois quarts, toutes deux a 24 sous l’aune’. Rappelons iciI * 3 4 * que c’est à ce même haute-lisseur que fut achetée, en 1472, la tenture de la Destruction de Troie , qui fut offerte au duc Charles le Téméraire par le magistrat du Franc de Bruges.
Le nom de Grenier tient une place des plus honorables dans l'histoire de la tapisserie de haute-lisse, à Tournai, et plusieurs des fabricants que nous mentionnons ont occupé des charges dans la magistrature de la cité. Après Pasquier nous avons à citer Antoine Grenier, « marchand de Tournay », qui livra au cardinal Georges d’Amboise, archevêque de Rouen, des tapisseries pour décorer diverses salles de son palais archiépiscopal, et sur lesquelles il lui restait dû une somme de i33 livres 5 sous qui lui fut payée en mars 1497 (n- Son nom figure dans- un compte des dépenses du célèbre château de Gaillon, que fit reconstruire ce prélat, pour la fourniture de « trois chambres de tappisserie et une salle », par marché du 3i août i5o8, au prix de 1,785 livres i3 sous. Et quoiqu’il soit ici désigné comme « marchant demourant à Paris 8 », on ne peut douter de son identité. Antoine Grenier devait avoir dans cette ville un facteur, comme plusieurs fabricants d’Arras dès la fin du quatorzième siècle. Les inventaires des meubles qui ont appartenu au cardinal d’Amboise renferment de curieux renseignements sur les tapisseries qu’il possédait6.
Jean Grenier, parent de Pasquier et d’Antoine, selon toute probabilité, reçut de l’archiduc Philippe le Beau, le 14 juin i5o4, la somme de 784 livres 16 sous, de 40 gros la livre, « pour iiij" xxxvj aulnes de riche tapisserie bien « richement faicte à la manière de Portugal et de Indye ». Elle devait être expédiée en France au seigneur de Ville, qu’il y avait envoyé en ambassade, pour être donnée à un personnage de ce pays « dont Monseigneur ne veult autre « déclaration icy estre faicte », ajoute le rédacteur de la quittance7. L’année suivante, il futpayé à Jean Grenier, désigné comme «marchant de tapisseries »,delapart du même prince, qui s’en allait avec Jeanne, sa femme, prendre possession de la couronne de Castille , la somme considérable de 2,472 livres « pour pluiseurs parties de tappisseries par lui « vendues ou mois de novembre, lesquelles Monseigneur a fait mectre en l’office de sa tappisserie pour faire mener « avec lui et s’en servir en son voyaige d’Espaigne, assavoir : vj grandes pièces de tappisseries richement ouvrées de « l'Histoire du Bancquet, contenant ij' lx aulnes, au pris de xlij solz l’aulne ; — item, pour une chambre de tappisseries « faicte de personnaiges de Vignerons, contenant iiij' x aulnes, au pris de xxx solz; — item, pour une autre chambre « de tappisseries faicte aux personnaiges de Bûcherons, contenant iij' lxx aulnes, au pris de xxx solz , — et vj grans
I De Laborde, ibidem.
s « A Pasquier Grenier, tappissicr, demourant à Tcurnay, etc. » La dépense de ces tapisseries figure dans le registre n» a5igi, p. xix r°, de la chambre des comptes, aux Archives du royaume, qui renferme les comptes de l’épargne du duc, du 1 1 mai 1466 au 3o septembre 1467. Nous avons jugé inutile d’en reproduire le texte, puisque toutes les particularités qu’il renferme sont renseignées plus haut. Ces comptes sont les seuls de la catégorie qui aient échappé à !a destruction, et leur perte est irréparable pour l’histoire des arts et surtout des arts industriels sous les ducs de Bourgogne, car c’était le plus souvent le receveur de l'épargne qui était chargé de payer les dépenses de tapisseries et d’orfèvreries, les achats de livres, etc. Nous avons publié dans nos Archives des Arts, des Sciences et des Lettres, t. II, p. 18g, un extrait de ce registre relatif à l’acquisition d'un manuscrit de Romuléon, fait à Colard Mansion, écrivain.
II Voy. p. 60.
4 De Laborde, les Ducs de Bourgogne, t. Ier, p. xciv. La note publiée
par cet écrivain prouve que ces tapisseries n'ont pas été données au cardinal
d’Amboise comme le ditM. Wauters, les Tapisseries bruxelloises, p. 17. En
parlant des Grenier, ce dernier auteur a attribué à l’un d’eux une marque
composée d’un G gothique, traversé perpendiculairement par la barre pro¬
est coupé par deux petits traits. Ce monogramme se voit dans un écusson d’une forme assez singulière, posé sur le terrain de chacun des trois compartiments de la tapisserie représentant te Siège de Dijon en iSi3, et qui a été gravée dans le grand ouvrage de Jubinal. Nous partageons à ce propos l’opinion de l’auteur du Catalogue du Musée de Dijon (édit, de 1860, p.200), où se trouve aujourd'hui cette magnifique tenture, qui ne peut y voir une marque de fabricant reproduite d’une manière aussi fastueuse et aussi apparente, et qui croit que c’est le chiffre de l’humble donateur de la tapisserie, laquelle a appartenu anciennement à l’église de Notre-Dame.
B Deville, Comptes des dépenses de la construction du château de Gaillon, p. 34t.
0 Ibidem, pp. 487, 491, 5t7 et 5eo.
5 L’original de cette quittance fait partie de la collection des acquits de la recette générale des finances, aux Archives du royaume. La dépense est
chambre des comptes, aux Archives départementales du Nord, à Lille. Ce passage a été publié par M. Houdoy, dans son livre : les Tapisseries de
« tapis velus de Turquie, contenant mj' m aines, au pris de xxxyj sole' ». De ce même Jean Grenier provenait encore la tapisserie de /« C„é dos Dames, qui fut offerte par le magistrat de Tournai à Marguerite d'Autriche, gouvernante générale des Pays-Bas, lors de sa présence en cette ville, à la fin du mois de septembre ,5.3', « ad n que adicte ville et les manants d'icelle elle eust toujours en sa singulière recommandation ». Cette tenture, qu, se composait de six pièces, mesurait quatre cent soixante-trois aunes trois quarts, et fut payée à 6 sous de gros l aune \
Reprenons l'ordre chronologique dont nous nous sommes écarté un instant pour suivre la filiation des Grenier, n i475; le célébré Philippe de Commines, que l'on qualifiait alors dans les documents de seigneur d Argenton, depuis que Louis XI, son nouveau maître, l’avait enrichi de ce domaine pour le dédommager de ceux qu il avait perdus par la confiscation dans les États du duc de Bourgogne, acheta une tapisserie à un haute-lisseur de Tournai du nom de Jean le Bacre. A sa demande, il fut payé à ce fabricant une somme de 40 livres que les consaux de cette ville - c’est ainsi qu’on désignait l’ensemble des différents magistrats qui composaient le college - lu, avaient votée, pour un achat de même espèce, en reconnaissance des services qu'il avait rendus à la cité '. Les consaux agirent de la même manière, en 148 1 , envers le seigneur de Lude, gouverneur du Dauphiné, et lui firent don, 11 en rémunéradon de plusieurs plaisirs et amitiés que par ci-devant il a fais à icelle ville », d’une chambre de tapisseries de verdure, contenant quatre cent soixante-sept aunes, qui fut achetée a Guillaume Desremaulx, et coûta, au prix de 4 sous de gros l’aune carrée, environ la somme de 640 livres tournois. De grands soins furent pris pour l’exécution de ces tapisseries, car l’on avait chargé quelqu’un d’en activer l’achèvement et de les visiter sur les métiers où on les travaillait, afin qu’il n’y fût employé que des étoffes « loyales et passables, .. en quoy il a eu grandes et longues occupations ! ». C’est encore par des dons de tapisseries que le magistrat de Tournai obtint de Philippe le Beau, en vertu de lettres patentes du 27 décembre 1497, le retrait de la défense qui prohibait dans ses États la vente des draps fabriqués dans cette ville, ce qui y aurait occasionné, à cause de sa situation géographique, la ruine totale de cette manufacture
Ici doit trouver place une anecdote qui fait peu d’honneur au goût des chanoines de l’église cathédrale de Tournai, et que raconte Jean Cousin, un de leurs successeurs, dans son Histoire de Tournay ’, imprimée en 1619-1620. Après avoir énuméré les riches dons en chasubles, joyaux, broderies, etc., que Guillaume Fillastre, évêque de cette ville, mort en 1473, fit à l'église de Notre-Dame, cet écrivain ajoute :
« Il avoir aussi faict faire des tapisseries contenants histoires du Vieil et Nouveau Testament, sicorome la Passion de Notres Sauveur, qu’il fit une fois tendre au cœur de l’église de Tournay à intention de les donner à ladicte église, lesquelles demeurèrent la s tendues si longtemps qu'il demanda si on ne les otteroit point ; et estant adverty que quelques chanoines avoîent respondu que pour « ce faire il falloir qu’il donné quelque revenu, il les fit otter et reploïer à ses despens, et sans aune chose les fit charger sur un chariot,
- et les envola et donna à l’abbaye de Sainct-Bertin, ordonnant qu’on les tendroit ordinairement depuis Pasques jusques à l'Assomption « de Nostre-Dame. Voilà ce qu’on racompte de ces tapisseries. Quand à moy, je ne veux point excuser les chanoines d’avoir parlé a témérairement ny aussi accuser l’évéque d’avoir pour des paroles légères de quelques particuliers changé la dévotion qu’il avoir eu « envers Nostre-Dame pour orner son e'glise. »
Nous ne nous sommes guère préoccupé dans le cours de nos recherches de noter les circonstances dans lesquelles les tapisseries ont joué un rôle important à Tournai pour décorer les rues , car c’était un usage généralement répandu, et nous nous bornerons à citer la grande solennité qui fut organisée, en 1439, à l’occasion du transfert dans cette ville de la châsse de saint Piat venant de Seclin 8, et les exhibitions lors des visites du roi
1 Le texte que nous publions reproduit littéralement la mention qui se trouve dans le compte de la recette des finances de i5o5, coté F. igi, de la chambre des comptes, aux Archives départementales du Nord, 4 Lille.
a une faute d’impression dans le chiffre de la somme payée, qui doit être
a Résolutions des consaux des 29 novembre et i3 décembre i5i3, et ordonnance des consaux du 12 novembre, aux archives communales de Tournai. (Communication de M. L. Michel, bibliothécaire de cette ville.)
3 Hesse, Histoire de Charles-Quint, ir0 éd., t. Il, p. 35.
4 Comptes rendus de la Commission royale d'histoire, Ir0 série, t. XI, p. 341 ; — Mémoires de la Société historique et littéraire de Tournai, t. IX, p. 3ot ; — Kervvn de Lettesiiove, Lettres et négociations de Philippe de Commines, t. Ior, p. 129, note; — Bozièue, Tournai ancien et moderne, p. 112. Voici le texte exact du compte (1475-1476) qui parle du don lait à Commines : a A Jehan le Bacre, tapisseur, en l’acquit et tant moins de ce " que lui doit hault et puissant seigneur messire Philippe de Commines, etc.,
« pour et à cause de la promesse qui par Messcigneurs lui avoit esté faicte n alfin qu’il tenist la main envers le roy nostre sire, comme il fist au temps n des trêves faictes en septembre l’an lxxv, entre le roy nostredict sire et « monseigneur de Bourgongne, en obviant à ce que cestedicte cité ne fust 0 donnée ou aliénée hors de la couronne, comme lors il estoit grant bruit
B que faire se devoit, et y entendoit ledit duc de Bourgongne, sicomme on
» désolacion et desplaisance de tout le peuple d’icelle ; pour laquelle cause » fu dit et offert donner audit seigneur d’Argenton une chambre de tapisserie 0 de la valeur de xl livres de gros, laquelle somme ledit seigneur a voulu u estre délivrée audit le Bacre tant moins d’aucune tapisserie qui lui devoit 1 « montant ladicte somme 4 ij° iiij livres. »
3 Les extraits des comptes relatifs à l’acquisition de cette tapisserie ont été publiés dans les Mémoires de la Société historique et littéraire de Tournai, 1. 111, p. 387.
0 II est parlé dans le compte de la recette générale des finances de 1498 du voyage que fit Pierre de Warenghien, tapissier de l’archiduc,
a ceulx de la ville de Tournay avoient nagaires donné à Monseigneur. » ( inventaire sommaire des Archives départementales du Nord, t. IV, p. 291.)
dans quelles circonstances ces tapisseries furent présentées; il en a trouvé l’explication dans les procès-verbaux des assemblées des consaux des 4 janvier et 27 mars i5g8 (n. st.).
’ Liv. IV, p. 238. Le chanoine Voisin a reproduit le texte de Cousin dans sa Notice sur lesanciennes tapisseries de la cathédrale deTournai, p.3i.
» Chotin, Histoire de Tournai, t- U, p. 35. -,
Louis XI, en 1464', et du roi Henri VIII, en i5i3\ et lors de la joyeuse entrée de Charles-Quint, en i53i8, c-t de l’inauguration de son fils Philippe, en 1549 \
Quelques mots sur les ouvriers en tapisserie qui émigrèrent de Tournai au XV” siècle; M. Müntz en a cité plusieurs. Les bannissements si fréquents à cette époque en vertu des lois et keures locales de notre pays sont, croyons-nous, la cause de l’établissement de plusieurs artistes et de nombreux artisans à l’étranger. Notre savant collaborateur a recueilli le nom Jean Hosemant, qui habitait Avignon et y travaillait pour la cour du pape Martin V, en 14305. Il a rapporté", d’après les ouvrages de Cittadella7, de Campori8 et de Gentili9, que deux autres haute-lisseurs, également originaires de Tournai, Jean Millé ou Mylé et Renaud Grue ou de Grue, que la ville de Ferrare prit à son service en 1464, travaillèrent aussi pour les ducs Borso et Hercule Ior. Il y avait des ouvriers de Tournai parmi ceux qui s’établirent à Middelbourg, en Flandre, vers 1468*“. D’autres s'expatrièrent en 1492, et s’en allèrent avec leurs familles demeurer à Amiens, où ils furent très bien accueillis par le magistrat, qui édicta des règlements pour leur assurer le monopole de leur industrie. Ils nous apprennent qu’ils ne fabriquaient que des draps d’or, des draps desoie, dits baudequins, des bourgettes, des trippes de velours, etc., « qui estaient toutes œuvres de haulte-lisse. » Dans la requête qu’ils avaient adressée pour les obtenir et pour se plaindre de la concurrence déloyale qu’on leur faisait, ils déclarent qu'ils étaient partis de Tournai « à cause de « ce qu’ilz ne pooient bonnement gaigner les vies d’eulx, leurs femmes et enfants, de leurdit mestier 11 ».
Nous passons au seizième siècle Déjà plus haut il a été question d’achats considérables de tapisseries faits à Jean Grenier par Philippe le Beau, archiduc d’Autriche. Un autre fabricant de Tournai, Nicolas Bloyart, livra à ce prince, en i5oi, « quatre grandes pièces de tapisseries contenant ijc ix aulnes, où il y a plusieurs nouvelles « histoires à personnaiges faiz de soie, à manière de bancquetz »; il reçut de ce chef 442 livres de Flandre18. L’empereur Maximilien I", qui gouvernait nos provinces au nom de l’archiduc Charles, son petit-fils, fit, en i5io, une acquisition fort importante de tapisseries historiées à Arnould Poissonnier, — Pissonnier ou Poissoniez, — marchand de Tournai “, laquelle se composait de « huit pièces du Triumphe de Julius César, pour servir en « salle, contenant ensemble iiij° aulnes et demie; — une histoire de gens et bestes sauvaiges à la manière « de Calcut, servant pour une chambre, contenant iij° ij aulnes; — une autre chambre de tapisseries de toutes choses « plaisantes de chasse, vollerie et autrement, contenant ij° iiijxx xix aulnes, etpoursixbancquiersdela meisme sorte, « contenant ensemble iiijxx aulnes ». Le tout formait un total de mille quatre-vingt-une aunes et demie, qui coûtèrent la somme de 1,460 livres, de 40 gros de Flandre, la livre, à raison de 27 sous de pareille monnaie, l’aune quarrée. C’est Poissonnier que les consaux de la ville chargèrent, en 1 5 1 3, de faire exécuter une chambre de tapisseries « représentant une histoire » qu’ils avaient résolu d’offrir à Henri VIII, roi d’Angleterre, leur nouveau souverain. Le massard ou trésorier de la cité n’a pas cru devoir en mentionner le sujet, et il s’est borné à noter qu’il dépensa pour elle 36o livres 8 sous 9 deniers tournois “. En cette même année les consaux achetèrent encore maintes autres tapisseries : le 3o octobre, ils firent payer à Poissonnier un peu plus de 27 livres de gros pour « chinq pièces « de tappisserie figurée du Voïage de Caluce », mesurant ensemble cent cinquante-cinq aunes, à 42 gros l’aune, quils offrirent à Robert de Wytfel, du grand conseil du roi Henri VIII; — le 10 novembre, à Jean Devenin ou Deveniens, autre marchand, 5o livres de gros pour douze pièces historiées des Dou\e mois de l’année, et contenant 3°° aunes, à 40 gros l’aune, données à l’aumônier du roi16; — deux jours plus tard, à Jean Grenier (nous avons déjà rapporté le fait), plus de 1 39 livres de gros pour la tenture de la Cité des Dames, présentée à Marguerite d’Autriche; 17 — en décembre enfin, 80 livres de gros valant 56o livres tournois, à Clément Sarasin ou Sarrazin, à compte d’une
* Gaciuiid, Analectes belgiques, p. 432. a « .... par où on passoit la ville estoi
« comme on l'avait commandé. » (R. Mac l'Europe, etc.; Louvain, 1765 ; p. 74.)
3 Chotin, loc. cit.; p. ia3.
* Calvete de Estrella, el Felicissimo 1
2 et i53.
Les Arts à la P. 55.
1 papes, t. U, p.
principe dont Pbelippe ;
Notifie relative a Ferrara, p. 65o.
L'arajjeria cstense, p. g5. Au lieu de Wres est rénal de grue, il faut wres (pour vrai) est Rénal de Grue.
Sulla manifattura degli araji, p. 2g.
Leurs noms le prouvent. Voy. l'Inventaire sommaire des Archives ementales du Nord, t. IV, pp. 225 et 24 1 .
Aug. Thierry, Recueil des monuments inédits de l’histoire du tiers- II, pp. 453-457.
a publication du chanoine Voisin, Notic : cathédrale de Tournai, où se trouve une i à 1544 d’après un volume des archives 1 mestier de haute-liche, drap d’or et dras H toutes aultres sortes d’ouvrage faites et
Ce volume renferme en outre la copie d’un grand nombre d’ordonnances concernant le métier.
13 Compte de la recette générale des finances de i5oi, n° F. 187 de la chambre des comptes, aux Archives départementales du Nord, à Lille. Dans
un autre registre on lit : a (i5oa) . en deniers payezà Colart Bloyarts, tapis-
e sier, demeurant à Tournay, pour sa parpaye de iiij' xxxij libvres, à luy
« que Monseigneur a fait prendre etachapter de luy, etc. » (Registre n» 1878 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume. Voy. aussi Houdoï, les Tapisseries de haute-lisse, etc., p. n3; — Jacquemart, Histoi'-e du Mobilier, p. i5i, qui a copié l’auteur lillois.)
14 C’est ainsi qu’il se qualifie dans sa quittance, qui porte la date du 28 octobre i5io, et dont l’original existe aux Archives du royaume, dans la collection des acquits des comptes de la recette générale des finances. Le payement se trouve dans le compte de cette recette de l’année i5io, conservé aux Archives départementales du Nord, à Lille, et coté n» F. 197.
13 Toutes les acquisitions faites en l’an i5i3 sont mentionnées dans Boziére, Tournai ancien et moderne, p. 112. M. Michel a eu l’obligeance de nous communiquer les résolutions des consaux et les quittances qui lescon-
10 Résolution des consaux du i3 décembre i5i3.
princesse qui ont été dressés en i5i5 et en i523, et dont nous parlerons plus loin à l’article de Matines.
chambre de tapisseries consacrée à V Histoire de la vie d! Hercule, qui fut offerte à M. de Ponnich ,-de Poninghe ou de Ponincq -lieutenant gouverneur général du roi d’Angleterre à Tournai1. Il semble que les consaux en fonctions aient voulu faire apprécier par l’étranger les belles productions de la principale industrie de leur ville, qui était alors dans toute sa splendeur, mais dont la décadence ne se fit pas attendre. Nous avons aussi rencontré le nom de Clément Sarasin dans un compte de Charles Hautbois, évêque de Tournai, de l’an i5o4-i5o5 : ce prélat lui avait commandé trois tapis assez ordinaires « servans à couvrir bahus, armoyés des armes de l’évesché de Tournay et « de monditseigneur 1 évesque», et deux petites tapisseries, représentant saint Martin et saint Nicolas, qu’il destinait à l’ornementation de l’autel de Saint-Lomer dans l’église de Blois, en France1.
La peste qui éclata à Tournai et dans les environs en cette même année i5i3 où elle fut conquise par les Anglais, enleva la moitié de la population, et porta un coup terrible à la fabrication de la haute-lisse ; à partir de cette époque on peut en constater le déclin.
Tournai et le Tournaisis furent restitués au roi François I", en vertu du traité de Londres du 4 octobre 1517. Cet événement entraîna la cite dans de nouvelles dépenses. Le 12 mai 1 5 1 g , le magistrat conclut un marché avec Jeanne le Francq, veuve de Nicolas Burbur , pour l’exécution d’une chambre de tapisserie de huit pièces, qui devait être semblable à celle que 1 on avait tendue « en une salle à l’ostel sire Jehan Grenier5 en ceste ville, ou lors hault « noble et puissant seigneur monseigneur du Chastillon, mareschal de France, estoit logié », et qui avait été promise à ce seigneur quand il vint prendre possession de la ville au nom du roi, le 8 février de cette même année. La tenture lui fut expédiée en deux fois, cinq pièces au mois d’août, et les trois autres huit mois après, par Nicolas Martel, ou Marteau, beau-fils de Jeanne le Francq; elles contenaient près de six cents aunes ouvrées, au prix de 9 sous de gros, l’aune *, et représentaient l'Histoire de Banquet. Des tapisseries furent également offertes au gouverneur des Loges et au bailli de Proisy, personnages de la suite du maréchal, mais ils préférèrent de l’argent, et chacun d’eux reçut une somme de 5oo francs *.
Pendant la guerre qui surgit, en i52i, entre François I" et Charles-Quint, Tournai tomba au pouvoir de l’empereur, et depuis cette ville fit partie des Pays-Bas. Lors du départ de la garnison française, le magistrat voulant reconnaître les services que le seigneur de la Motte, lieutenant général du gouverneur pour le roi, avait rendus à la cité, le gratifia de plusieurs pièces de tapisseries, d’une contenance de deux cent vingt-trois aunes, qui avaient été achetées à Adrien Lefèvre, ou Lefebvre, et payées 25o livres 5 sous, avec les frais d’emballage”. Il est regrettable que le sujet de cette tenture n’ait pas été enregistré en même temps que le souvenir de cette libéralité. Voici le dernier exemple que mentionnent les comptes communaux de don de tapisseries, usage qui fut si favorable au maintien de l’industrie locale. En 1 566, afin d’activer l’expédition des affaires intéressant la ville, et qui étaient alors soumises à l’examen du conseiller d’État nommé de Bruxelles, les consaux commandèrent à Arnould Hennocq, « marchant haulte-licheur », pour être offert à la femme de ce fonctionnaire, « ung tapis de sayette contenant x « aulnes et ung quart7 ».
1 • Prévost», jurez, cschevins, etc . salut. Nous vous mandons que
« payez et délivrez à Clément Sarrazin, tappissicr, auquel pur nostre ordon- 0 nance a esté marchandé de foire et composer une chambre de tappisserie « historiée de la Vie de Hercules, pour la présenter de par ladite ville à Mon- « seigneur dePonincq, lieutenant et gouverneur général du roy, nostre seigneur « en cestedite ville, et ce, en faisant ledit marché lui fut promis payer comp- « tant sur ce, néantmoins d’icelui marché, la somme de xx livres de gros, etc. « Donné le joedi, xxij» jour de décembre l’an mil cinq ans et treize. » (Communication de M. Michel.) Un autre à-compte de 20 gros figure dans le compte du 1" octobre i5i3au 3i mars suivant. Dans la résolution des consaux dudit 22 décembre t5i3, le nom du lieutenant gouverneur est écrit Ponnichs.
» « A Clément Sarasin, tapissier, pour trois piéchesde tapisseries servans
■ seigneur l’evesque, foictes au commandement d’icelluy, montans ensemble « xlviij aunes et quatre bâtons, au pris de Üj solz de gros l’aune; a esté payé « vij libvres ung solz ix deniers de gros qui valient iiij** v libvres j solz. — a item, audit Clément, pour ungaultre tappisà ung ymage de saint Martin, • pour servir à ung des costés de l’autel de Sainct-Lomer, à Bloys, contenant a vij aunes, aussy faict au commandement de Monditseigneur, au pris de
« pour une aultre pareille piéche de tapisserie à ung ymage de saint Nicolas,
« dudit pris : xxvij libvres. 0 (Registre n° 337 du fonds de évêché de Tournai, aux Archives du royaume. Voy. aussi la Revue d’Histoire et d’archéologie, t. I", p. 222.)
a L’ostel de Pasquier Garnier devait être une maison fort importante, car c'est là que fut aussi logé, en 1477, le prévôt des maréchaux de France. [Mémoires de la Société historique et littéraire de Tournai, 1. III, p- 3 i 7.)
grâces d’habiter en ville, de 1 522 à i6o5 (archives communales de Tournai) : a Le xij jour de mai l’an mil cincq cent et dix-noef, messeigneurs les chiefe a de la loy de la ville et Cité de Tournay marchandèrent à demiselle Jehenne 0 le Francq, vesve de feu Colart Burbur, de foire et composer par ladictc
« vesve, ses serviteurs et ouvriers une chambre de tappisserie de Vlstoiri a du Bancquct, en huit pièces de tappis bonne et lénble marchandise, et les a faire faire et composer telle et semblable que estoit la chambre de tappis- « sérié du Bancquet, que, au mois de février l’an mil cincq cens et dix-huit a darrain passé ( 1 5 1 9, n. st.) fut tendue en une salle à l'ostel sire Jehan a Grenier, en ceste ville, où lors hault, noble et puissant seigneur monseia gneur de Chastillon, mareschal de France, estoit logié en ceste ville, pour
a solz de gros chacune aulne de ladicte tappisserie, que messeigneurs les chicfs
0 ayant cause. — Et le iijo jour d'aoust ensuivant audict an Nicolas Martel, a tappissicr, beau-filz de ladicte vesve, livra à mesdisseigneurs les chiefo
a cclxxvj aulnes. — Et le mardi x» jour d’avril, iijo feste de Pasqucs l'an a mil v" et xx, ladicte vesve et Nicolas Marteau, son beau-filz, livrèrent à
0 bre d’icelle tappisserie, la première pièce contenant lxxviij aulnes, la a seconde lxvj aulnes, et le iijc pièce aussi lxxviij aulnes dudict pris; sont « iiija xix livres xviij solz de gros. »
s Voy. de plus, au sujet de la tapisserie de l'Histoire du Banquet, les résolutions des consaux du 6 septembre 1519 et du 8 mai i520, et les comptes généraux du 1“ avril i5i8 au 3o septembre 1519, et du l" octobre >520 au 3i mars suivant. Nous sommes redevable de tous ces renseignements à
6 « A Adrien Lefebvre, tappissier, pour l'achat à luy foict de ijo xxüj a aunes de tappisserye, qui fut présentée à monseigneur de la Motte, lieutec nant général de monseigneur le gouverneur, lors estant en cestedicte ville, a montant ladicte tappisserye, par marchié faict, parmy quennevach et cordes a pour le fordeler : ijo 1 livres v solz, comme appert par billet daté du derrain a jour de novembre xv° xxj. » (Registre n“ 39939, fol. cxl v», de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.) Dans le double de ce compte qui existe à Tournai, le tapissier est appelé Lefèvre.
* Registre n» 39984, fol. 47 v», ibidem.
D’après Cousin, historien de Tournai que nous avons déjà cité, Charles de Croy, evêque de cette ville, fit don, « à la fin de ses jours », à l’église cathédrale d’une série de tapisseries de l'Histoire de Jacob'. Malheureusement, il n’en existe plus, qu’une partie. La tenture représentant l’épisode de Rebecca qui prend ses dispositions pour substituer Jacob à Esaü, a été conservée tout entière*. Le chanoine Voisin a trouve sur un fragment de bordure, les armoiries et la devise du prélat, et le millésime i5§4’. Or Charles de Croy mourut a la fin de l’annee 1564. Dans les comptes des revenus de son évêché des années i55g-i56o et i56o-i56i sont enregistrées les sommes payées par lui à « Jehan Martin, le jeusne, tapissier en Tournay, pour sept pièces de tapisserie de l Histoire de « Joseph qu’il a vendue à Monseigneur », sommes qui s’élèvent à plus de 900 livres de Flandre, de 20 gros*. Il s’agit bien évidemment ici d’une série qui ne saurait être confondue avec la précédente, et dont le prélat a dû gratifier également la cathédrale de Tournai, puisqu’on y conserve deux pièces qui y ont appartenu, l’une ayant pour sujet le moment où la robe de Joseph tachée de sang est montrée à son père Jacob, et l’autre où l’on voit le retour de Joseph à la maison paternelle. Nous connaissons d’autres acquisitions du même genre, faites par le même personnage. Il dépensa 8,000 livres, en 1542, « pour une tapisserie d’or, d’argent et soye, achetée à aulcuns « marchans de Bruxelles3 » et il acheva de solder, en i55o, le prix d’une autre tapisserie que lui avait livrée Nicolas Rousseau, d’Enghien, cinq ans auparavant3.
Voyons quelle fut la législation en usage à Tournai, à l’égard de la tapisserie de haute-lisse, et les principales dispositions réglementaires qui furent successivement prises dans l’intérêt de cette industrie 7.
Nous avons dit que les haute-lisseurs formaient, dès l’année 1423, une des trente-deux bannières qui composaient l’ensemble des corporations de la cité. Avant cette date ils dépendaient du corps des merciers qui avait saint Maur pour patron. Quand les deux métiers furent séparés, la Transfiguration fut la fête patronale des haute-lisseurs. L’ordonnance du 16 janvier 1492 (n.st.) défendait de travailler ce jour-là. Dans un accord conclu le i3 mai 1549, on voit que « les sargeurs et les couvertoireurs » faisaient partie de la bannière des haute-lisseurs. Le plus grand nombre des artisans de ce métier habitait les rues des Allemands et de Babylone (aujourd’hui la rue des Jésuites), et même beaucoup d’ouvriers ne trouvant pas à se loger en ville furent obligés de transporter leur domicile dans la banlieue. Les règlements n’autorisaient pas d’aller plus loin, sous peine de privation des privilèges du corps.
La plus ancienne ordonnance concernant la corporation des haute-lisseurs de Tournai que nous avons trouvée après celle de 1398 dont il a été question au commencement de ce chapitre, remonte au 16 juin 1431 : elle concerne la longueur et la largeur des draps de haute-lisse, et déclare qu’il ne peut être employé pour leur fabrication que de « bonne fine soye getiche et de bonne fine soye », et que <c tous ouvrages de lin, laine, soye ou fil d’or sont sujets à l’esgard », c’est-à-dire sont soumis à la visite. Dans une ordonnance du 27 octobre 1455, il est dit que l’apprentissage du métier durera trois ans; que si le maître a de mauvais procédés pour un apprenti ou s’il ne l’instruit pas convenablement, celui-ci peut le quitter ; qu’après six mois d’absence, l’apprenti perd le bénéfice du temps qu’il a déjà consacré à l’apprentissage du métier ; que tout maître ayant volontairement abandonné la ville, et y retournant après avoir exercé son métier ailleurs, sera puni d’une amende de 2 1 livres et de la privation de ses droits de maîtrise pendant un an ; enfin qu’une veuve ne peut prendre des apprentis. L’entrée et le départ de ceux-ci furent réglés par ordonnance des doyens, du 8 août 1524. A la fin du quinzième siècle c’était le métier de haute-lisseur que le magistrat faisait apprendre aux enfants-trouvés.
Voici les principaux articles d’une autre ordonnance publiée le 4 août 1472 : défense d’admettre dans la corporation les femmes non mariées à un homme du métier et les filles de ceux qui n’exercent pas la profession; — obligation d’un apprentissage de quatre ans consécutifs, avec autorisation accordée au maître de remplacer l’apprenti qui viendra à l’abandonner pendant six semaines; — défense sous peine de 1 5 sous d’amende, de mettre un apprenti « sur l’ostille » ou à l’œuvre sans l’annoncer au doyen et sans lui avoir payé 10 sous pour l’inscription du nouveau venu ; — défense de travailler avant l’heure de la cloche du matin et après celle du soir, sous peine de 21 deniers tournois d’amende, dont un tiers au profit du dénonciateur; — obligation de tisser les draps d’or et de soie et autres de couleur « asortie bien et souffisament », sous peine de ne point être scellés, et, pour ceux qui seraient trouvés « trop différens en « coulleurs » d’être coupés, et leurs propriétaires punis à la discrétion des eswardeurs de la corporation ; — faveur accordée aux enfants légitimes des gens du métier de ne point faire un apprentissage de quatre ans, et de pouvoir être reçus comme maîtres en produisant leur chef-d’œuvre ; — exclusion du métier de toute personne « atteinte d’aulcun villain cas » , c’est-à-dire convaincue de larcin ou d’avoir porté les armes contre le roi; — défense d’excercer le métier sans l’avoir appris en ville et en avoir acquitté les droits, et, pour x qui auraient fait leur apprentissage au dehors, sans avoir payé une somme de 100 sous au profit de la corporation; — latitude x doyens de pouvoir défendre de travailler pendant les fortes gelées, sous peine d’une amende de 5 sous tournois, et ce « pour « le bien des ouvrages » ; - réélection obligatoire des trois eswardeurs du métier, dont deux devront absolument être remplacés dans le but « d’eviter à toutes faveurs et dissimulations » . Plusieurs dispositions de ce règlement furent confirmées par une ordonnance du 5 janvier 1480 (n.st.), et défense fut en outre portée « de n’avoir ostilles fors ès maisons de maîtres à front de rue ».
,, peme Cü rcBlemcn' fut-il en usage de quelques années, que de nouveaux abus furent commis par quelques maîtres, qui après s être fait recevoir dans la cité, étaient allés se fixer au dehors, pour « y faire et composer ledit mestier d’estoffes frauduleuses au grand « préjudice d icellui mestier ». Afin d’y porter remède et de maintenir la bonne réputation dont jouissaient les manufactures locales, on promulgua, le 24 novembre i486, la défense à tout maître et ouvrier « d’ouvrer, faire ne composer aucuns ouvraiges du mestier » hors Tourn.', .ou, pane d étro cond.mué 4 Être . battis « à doux foi, x livre,, a priver 4 tousjour. du droit 4 P.ppre.ure et fr.ucbi.e ' f '“'î"™"." *’ “* * ,0I“ ““ qU‘ 4,“““t de k vilk d’>’ r“mr *™“> 1“ Pâques prochnine,, sauf 4 encourir la me‘me pénalité. On voit aussi dans 1. formule de serment que prononçaient le, m.itre. au moment de leur admission, qu’ils devaient jorer de
1 Histoire de Tournay, t. iv, p. 3o6. Le Maistre cTAsstaing, dans ses Recherches sur l’histoire et l’architecture de l’église cathédrale de Notre- Dame de Tournai (t. I«r, p. 167) a émis une autre opinion. D'après lui l’évéque les aurait données en 1539; elles représentaient en dix tableaux l'Histoire de Jacob et d'Esail. Sur la bordure inférieure de chacun d'eux, on voyait les armoiries du donateur et l'explication du sujet en vers latins. ’
3 Elle a figuré à l’exposition de Bruxelles de 1880. (Voy. le Catalogue,
0 Voisin, Notice sur les anciennes tapisseries de la cathédrale de Tournai, p. 33. Dans le Voyage littéraire de deux religieux bénédictins, publié en 1717,^ on lit que le chœur de cet édifice étaitorné de riches tapisseries
* v°y- Registres n» 36i, fol. xxxvij r°, et n» 36a, fol.xxxij r», fonds de l'évêché de Tournai, aux Archives du royaume.
« Compte de 1541-1542, fol. xv r», n» 346, fonds cité.
0 « Aulx hoirs de feu Nicolas Rousseau, en son vivant maïeur d’Enghien, • pour le reste d’une tapisserie, apparant par quictance en date du dernier 0 juillet xv» cincquante: iiij» Ixx livres. » En marge on lit : « Par l'obligation « Monseigneur le révérendissime datéedu xxvj» de may xv» xlv. » (Compiede 1548-1549, fol. xxij r», n»35i, ibidem.) Le compte de l’année 1 544-1 34D manque.
7 Toutes les ordonnances qui sont citées ci-après existent aux archives communales de Tournai.
TAPISSERIES FLAMANDES
“T. 'mn8"r P”r 1»» «to, « promettre de n’envoyer en dehor, enenn patron, métier on outil
•errent à 1. f.brtc.t.on, et . engager J ddnoneer ceux ,nt « rendraient coupable* de pareille infraction. Lea pin. grande, précaution, étaient prise, contre le. fraude, dan. le tt.s.ge de. pièce, et pour 1. nomination de. avarie ur, on inspecteur, qui étaient chargé, d ettammer le. t.p...e,,c, avant d être livrée, au commerce ou exposée. » 1. halle, d'y appo.er un .ce.» et de surveiller 1. fabrication à domicile. C est ce qu avaient prescrit diverses ordonnances, entre autre celles des 8 août i53i, 17 décembre 1537 et 2 juillet i5et8
Dans 1. corporation de. h,u.e-li.,.„„ de Tournai, l’exécution du chef-d’œuvre pour être reçu à la maîtrise fut l’objet d’une fonle de dt.po.tt.on.. Une ordonnance de. doyens, du 8 juin , S34, en réglait tou. le. détail, de 1. fabrication, et .tatuai, qu’il fallait l’exécute chex l'un de, doyen, ou dan. une place dé.ignée par eux. Une autre, de. con.aux, du . ■ mai , 54o, décrète que tout aspirant S 1. maîtrise devra, en pre.ence de. doyens, ,ure. et e.w.rdeur. et de deux expert,, . pindre nn simple model de h.ute-li„e . et , mettre le modal . en cordes tout sus, san. eyieny conseil, et de la longueur de 20 aulne. «. Le fils de maître fut exempté du chef-d’œuvre par décision de. doyen, du a . décembre . ,4j , „uf toutefot», en vertu d’une déposition du , 6 août ,5.8, celui qui était né avant l’admis.ion de son père à 1. maîtrise, et qui rentrait alor, dan, les conditions ordinaire.. Dé même le, filles née, avant cette époque «valent été déclarée, incapables d’exercer le mener : c’est ce qui résulte d’une sentence des doyens du 29 juillet t533. On lit dans une ordonnance du 4 janvier i546 (n.,t.) que tou. ceux qui voudront apprendre le métier de haute-li.seur devront . onvrer sous franc m.istre „ pendant troi, an, consécutifs, et, à l’expiration de ce terme, faire et composer pour, chef dWreune pièchede trippe delà sort, decin, corde.uk a contenant vingt aulnes, et une pièche de ouvrage tore appelle communément haulte-liche ».
Des modifications furent apportées au règlement sur la forme du chef-d’œuvre et aux droits à payer au profit du métier à cette occasion par l’ordonnance des doyens du 10 avril i57o. De plus, il fut arrêté que tout a sayetteur ou tellier » ne pouvait exercer les deux « stils en même ouvroir, mais séparément », ce qui signifie qu’ils devaient avoir deux ateliers, et défense fut faite à tout maître d’admettre un ouvrier qui n’eût pas satisfait le patron qu’il avait quitté. Le salaire de ceux qui étaient chargés de veiller à ce qu’il ne se commît point de fraude pendant l’exécution du chef-d’œuvre fut fixé parles doyens, le 19 mai 1602.
Le métier des haute-lisscurs de Tournai avait aussi, dès l’année i577, pourvu aux besoins des membres de la corporation qui n’étaient plus en état de gagner leur vie; la corporation avait acheté plusieurs maisons où elle logeait et nourrissait à frais communs « les pauvres anchiens du stil ». Tout individu admis à la maîtrise devait payer pour l’entretien de ces maisons et de leurs pensionnaires 6 livres de Flandre, et les fils de maîtres 9 livres, en vertu d’une ordonnance des consaux du 26 avril 1611.
Nous n’en finirions pas s’il nous fallait énumérer toutes les dispositions réglementaires relatives à la police du métier des hautelisseurs et sayetteurs tournaisiens ; toutes celles qui regardaient les laines et les fils à employer ; les couleurs pour les teindre l’achat des matières premières, la longueur et la largeur des étoffes, etc. ; les amendes pour fraudes commises à ce sujet, amendes dont un tiers revenait au dénonciateur depuis l’ordonnance du 24 janvier i58g; le temps d’apprentissage, le sceau en plomb à apposer sur les pièces fabriquées et le droit à percevoir de ce chef; les heures de travail en été et en hiver; les élections des doyens, jurés, eswardeurs etc.les droits d’admission, l’enregistrement des apprentis, etc., qui furent promulguées dans le courant du xv", du xvi° et du xvii” siècle De temps en temps, on les renouvelait et on les modifiait, parce que les plus anciennes n’étaient plus observées. C’est ainsi qu’une ordonnance du 4 août 1692 oblige les maîtres à assister aux réunions de la corporation sous peine d’une amende de 6 patards et modifie les droits à payer par les apprentis.
Dans aucune de ces ordonnances nous n’avons trouvé la moindre mention d’une marque pour indiquer la provenance des tapisseries sortant des ateliers de Tournai. Toutefois nous savons qu’ils se servaient pour marquer leurs produits d’une tour crénelée, laquelle figure dans les armes de la ville1.
Nous voici arrivé à l’époque bien marquée de la décadence de la fabrique de la tapisserie de haute-lisse à Tournai. On verra les efforts que les magistrats de cette ville ont faits pendant plus de deux siècles pour l’arrêter. Si la ruine n’en fut pas plus rapide, on le doit aux sacrifices d’argent qu’ils ont su s’imposer.
Les idées de la Réforme ne rencontrèrenl dans aucune autre ville des Pays-Bas autant d’adhérents qu’à Tournai. Dès les premières années qui suivirent la promulgation, en iSai’, du fameux édit de Charles-Quint contre les partisans des doctrines de Calvin et de Luther, il y eut des haute-lisseurs et des sayetteurs de cette ville qui émigrèrent, et qui furent s’établir à Wesel, dans le duché de Clèves où étaient favorablement accueillis ceux qui abandonnaient leur patrie pour cause de religion *. Les rigueurs des commissaires envoyés par Marguerite de Parme et par le duc d’Albe, à la suite des troubles de i56i à 1 566 , furent telles que les condamnations de toutes sortes atteignirent un chiffre innombrable; toutes entraînaient naturellement la confiscation des biens, meubles et immeubles. Un pauvre bourgeois de la ville, du nom de Nicolas le Soldoyer, semble s’être complu à assister à toutes les exécutions capitales faites en i566 et 1567 par la corde, le feu ou l’épée, et il en a laissé la relation 3. La majeure partie de ces victimes sont des haute-lisseurs de Tournai et des villages environnants ‘. Quoi d’étonnant alors que leur industrie se soit ressentie de ces persécutions sanguinaires, et qu’une foule d’artisans qui la pratiquaient ait cherché un refuge en Angleterre et en Allemagne? On peut affirmer que les troubles religieux de cette époque ruinèrent complètement la fabrication de la véritable tapisserie à Tournai, de même que dans d’autres localités des- Pays-Bas, et Gramaye, historien qui faisait imprimer ses Antiquitates belgicce au commencement du dix-septième siècle, ne parle déjà plus, à propos de l’industrie de cette ville, que du tissage des toiles et des sayettes 6. Une note, recueillie dans un compte de marchandises exportées des Pays-Bas en 045, mentionne « iiijc aulnez de fœullage deTournay 6 ». Cette fabrication se restreignit à celle des tapis de table et des étoffes de revêtement pour meubles. Les comptes de la ville postérieurs à cette époque ne contiennent plus aucune acquisition de
1 Cette marque a été signalée sur une tapisserie appartenant à M. A. Brnquenié, à Paris, et représentant Abraham averti par l’ange de la naissance d'Isaac, qui a figuré à l’exposition de Bruxelles, en 1880. Elle se trouve gravée dans le Catalogue, au n» 147. . M. Alphonse Walters l'a
livre intitulé : l’Art ancien à l’Exposition nationale belge, p. 214. La même marque était employée comme filigrane du papier fabriqué à Tournai au quinzième siècle (une tour et au milieu les lettres nay). Voy. l’ouvrage suivant: Étude sur les filigranes des papiers, etc., par É. Minoux et A. Matton, n» x3 1. On lit dans des textes qui sont reproduits plus loin que l'on donnait le nom de tournay à ces tourelles crénelées qui figurent dans les armoiries de la ville.
4 Rahlesbeck, Histoire de la réforme ; Anvers, p. 1 1. a Nous l’avons publiée à la suite des Mémoires de Pasquier de le Barre. Voy., sur les événements arrivés à Tournai de i56i à 1567, différents recueils manuscrits, aux Archives du royaume, à Bruxelles ; — Chotin, Histoire de Tournai, t. II, p. 187 ; — Van Vloten, Ncderlandsche opstand tegen Spanje,
TAPISSERIES FLAMANDES
1567-1572, p. 273, etc., et, pour les confiscations opérées dans cette ville et dans son bailliage, les registres C. 242, T. 72, T. 86, T. 227, T. 23i, T. 234, T. 241, T. 244, etc., de la chambre des comptes, aux Archives départementales du Nord, & Lille. On y trouve tous les noms des personnes qui ont alors été bannies et exécutées.
* Poutrain, dans son Histoire de la ville et cité de Tournai (t. I«r, p. 422], s'exprime ainsi : <1 Tournai fut si plein d'ouvriers de haute-lisse du temps 0 d’Espagne qu’ils' se répandoient au dehors de la ville, et le faubourg du 1 chasteauqui lajoignoitappellé la petite Hollande, et qui sembloit un gros 0 bourg, en étoit presque entièrement habité. La rue des Allemands, dite au-
n gros de cette fabrique, et on la nommoit le quartier des marchands de
s » Urgent artes mechanicæ et in primîs telarum sajarumque textrinæ. » (P. 216.)
s Registre n» 23376, fol. xxxij v“, de In Chambre des comptes , aux Archives du royaume.
tentures à personnages. En 1569 i5?o* et 1577 3, les consaux commandent au tapissier Pierre Drosset, dit Martin, — appelé aussi
Droset, deRossette ou de Roissette, — des tapis armoriés pour les sièges des différentes magistratures de la cité. Des livraisons du même genre furent faites, en r 583 * et 1606 ", par Jacques Cassel ou de Casselle, et en 1592, par Pierre du Moulin, que l’on qualifie également de tapissier", expression qui n’est employée qu’à partir de la seconde moitié du seizième siècle. Les comptes de la première moitié du dix-septième ne renseignent que des dépenses pareilles. Jacques de Casselle fournit encore, en 1609’ et en 1610 ", des tapisseries à fond rouge armoriées ou semées défigurés héraldiques, pour la décoration de la chapelle des halles, et pour les sièges des salles de réunion des magistrats de la ville. Antoine Calme livra, en 1 61 3, « ung verd tapis de table, d’ouvraige de haute-lisse, pour s’en « servir à la chambre du conseil de messieurs les mayeur et eschevins* . » Enfin, nous, avons rencontré en dépouillant les comptes communaux les noms d’Antoine Robins, n marchant tapisseur », et celui de Pierre Van Kerckove, « maistre haulte-lisseur », tous deux étrangers à Tournai. On paya au premier, en t6o6, une somme de 12 livres a pour soy avoir transporté de la ville d’Auldenarde en « ceste ville, pour faire marché du tapis qu’il convenoit avoir pour les baneqz du conclave de Messieurs 10 »; et on acheta, en 1671, au second, que nous supposons aussi de la même localité, deux tapis de table pour des salles où se tenaient les assemblées des magistrats de la ville **. Nous citerons plus loin un autre tapissier d’Audenarde qui s’établit à Tournai.
Sous le règne des archiducs Albert et Isabelle, quand les consaux de Tournai jugeaient à propos de faire quelque cadeau pour récompenser des services que l’on avait rendus à la ville, ou pour disposer certains personnages à être favorables à ses intérêts ils n’avaient plus d’autre choix que les tapis de table 13 ; l’époque des tentures historiées était passée. Deux extraits des Mémoires de l’échevin Philippe de Hurges13 fourniront la preuve de ce fait; ils méritent d’être reproduits textuellement :
« Assemblée des consaux, du 26 mai 1609. — « Le comte de Fontenoy avoit mené la comtesse quand et luy, et comme autrefois « en tel cas, avoit esté donnée par la ville, à la princesse d’Aremberghe 11 une tenture de lict des ouvrages de Tournay, meslez de soye et « de sayette, ainsy fut par nous arresté de donner à ladicte comtesse de Fontenoy 10 un grand tapis de table à branchages vers, en champ noir « composé en tissu de sayette et de soye; une pièce de quarante-cinq aulnes, à branchages blancs, à fond incarnadin ; et une autre pièce de « quarante-cinq aulnes à fleurettes orangées, à fond bleu, toutes trois de soye et sayette meslées, ouvrages de Tournay. Nous luy eussions « bien fait plus riche présent, mais celuy-là fut jugé plus propre, comme estant manufacturé de la ville qui le luy donnoit »
« Assemblée des consaux, du 22 septembre 1609. — «Un maistre ouvrier d’estoffes damassées nous feist présent d’un tapis de table « mignardement façonné, de soye orangée et violette, auquel estoient représentées les armes du roy d’Espagne avec celles de cette ville aux h quatre coings, et les effigies de saint Eleuthère et de saint Pyat, patrons de Tournay, avec autres figures fort délicatement élabourées ; « pourquoy luy furent donnez en récompense six vingt florins, de vingt sols pièce. Et sur le champ, en considération qu’il estoit ores la « foire de la ville, fut résolu unanimement que nous en ferions présent pour sa feste à madame la comtesse de Solre 17 ».
Au dernier de ces textes il faut probablement rattacher le nom d’Antoine Canne, qui figure comme ayant été gratifié de 5 livres en 1609, pour avoir montré aux consaux plusieurs tapis de table, et a affin de l’encourager d’en faire des semblables et l’attirer en « cette ville18 ». Nous avons noté dans des comptes postérieurs d’autres dépenses du même genre : en 1614, 60 livres à Simon Haroult marchand, pour un tapis de table présenté au fils de l’audiencier Verreycken, le jour de ses noces '*;en i6i5, 264 livres à Jacques d’Escobecque, haute-lisseur, pour deux tapis de table de diverses couleurs, qui furent envoyés à deux conseillers du conseil privé, « adfin qu’il « leur pleuist avoir ceste ville en bonne et favorable recommandation, et faire dépescher la widenghe du procès que ceste ville avoit « avecq ceuls du magistrat de Lille contre les mannans et commune de Roubaix, pour les pièces de haulte-lisse à diversité de cordes « que lesdis mannans et commune vouloient composer audict Roubaix, au préjudice de ceste ville80»; en 1619, 252 livres à François de la Charité, « marchant tapisseur, » pour deux tapis de même espèce que les précédents, à offrir à deux autres personnages du conseil privé 81, peut-être encore pour la bonne issue du procès en question.
Pendant la période des troubles religieux qui ont si fortement agité nos provinces sous le règne de Philippe II, l’observation des règlements et ordonnances qui régissaient les haute-lisseurs à Tournai fut très négligée. De là de graves abus dans la fabrication qui aboutirent à des plaintes sur la nature des produits sortant des ateliers de cette ville. Nous avons trouvé dans le compte communal de l’an 1590-1591 un curieux passage d’où il ressort que le magistrat chercha dès lors à remédier au mal : « A Marcq Dusart, procureur
1 « A Pierre Droset, dict Martin, tapissier, pour xxviij aulnes de tapis B rouge par ledict Pierre Martin composez, contenant par places les ara moyeries du roy des Espaignes, nostre souverain et naturel seigneur, avecq
a Bruille, en leur halle et auditoire : lxxv liv. xij s. » (Registre n° 39987, fol 54 r°, aux Archives du royaume.)
« et ung quart de tapis mis et employé au premier ban de messieurs prëvostz
« pissier, pour avoir faict, composé et livré xij aulnes et demye de drap de 0 tappis pour couvrir les sièges tant du procureur général que du greffier de « ladicte ville en la halle et auditoire, etc. » (Registre n° 39988, fol. 47 v“ et 5o v°, ibidem .)
3 Registre n» 39994, fol. 5o, ibidem.
* 1 A Jehan Casselle (sic), tapissier, tant pour xv aulnes de tapisseryes a par luy vendues et livrées pour couvrir les deux baneques sur lesquels les
< mayeurs et eschevins les jours des consaulz asseent, etc. > (Compte de i582-i583 cité, aux archives de Tournai.) C’est probablement une erreur du copiste du compte qui a écrit ici Jean pour Jacques. Dans le même registre, fol. Ixiij v», il est cité sous ce dernier prénom, pour avoir racoustré « sept pièces de tapisseryes à la ville appartenons ».
6 « A Jacques Casselle, marchant tapisseur, pour xvij aulnes de draps a de tapis rouge avecq des tournay d'aultre couleur qu’il a vendu et livré
a baneqs au parcq et conclave de messieurs prévostz et jurés, j (Compte communal de i6oô- 1606, fol.cxxix, r», aux archives communales deTournai.) 6 a A Pierre du Moulin, tapissier, à cause de vij aulnes et demy quartier
< de tapisserie par luy vendue et livrées pour en couvrir le bancq sur lequel a les greffiers s’assyent au conclave, armoyé des armes de ladicte ville, à rat a de vj livres Flandres, etc. > (Registre n» 40008, fol. lxxij r°, aux Archives du royaume.
’ « A Jacques de Casselle, marchand tapisseur, pour le pris de la vente
< par luy faicte de xxxix aulnes iij quars et demye de tappisserie de fons rouge « avecq des lyons et tournays entresemez, et par luy livrez, par marchié n faict au pris de vij livres l aulne, pour la décoration de la chapelle de
« iï d. 1 - 1 ... pour cncoircs grande quantité de tappisseries rouge avecq b des tournay et armoiries de Leurs Altêzes, de celles de ladicte ville, avecq
■■ sieurs les prévostz et jurez, etc. : ix» xix liv. vij s. vj d. » (Registre n-qooeq, fol. cxxxv r» et cxlj r“, ibidem.)
8 « A Jacques de Casselle, tappisseur, pour la vente et livraison par luy « faicte de iiij» vj aulnes de tapisserie rouge portant les armoiries de Leurs
t tant de I’eschevinaige dudict Tournay, que des eschevinaiges de Sainct- » Brixe et de Bruisle, a esté payévj0 ij livres. » (Registre n» 40025, fol. cxxxvij « r», ibidem.)
0 Registre n» 40028, fol. cxliij v», ibidem.
'« Compte de .606, fol. cxxvii, v, aux archives communales de Tournai.
“ Registre n° 40085, fol. ,o3 r-, aux Archives du royaume.
>» On conserve à l’hôtel de ville de Fûmes deux tapis de table.de fabricafon assez grossière, qui furent achetés à Tournai aux frais de la châtellenie, en 16J6. L’un d’eux a été reproduit en gravure: il représente, plusieurs fois répétée la figure du roi Philippe IV avec des écussons des provinces des Pays- Voici ^'traVd* “’leS ^ lA Cadà""e d'archéo,°e>e de Belgique, t. XIII, p. 474.)
royaume) : « Betaelt over de coop cnde'lc’vc'rynghTvIn drie dornyÜschc 11 tapytsen, etc., tôt behouve van de conchiergcrie van den lanshuysc. .
15 Anne de Croy, femme de Charles, prince d’Arenberg.
14 Pp. 7 et 97. Ces Mémoires ont été publiés en iS55, par la Société historique et littéraire de Tournai.
18 Yolande de Ligne, première femme de Charles-Alexandre de Croy, comte de Fontenoy, qui avait été nommé chef des commissaires pour le renouvellement du magistrat de Tournai, en 1609.
16 Ce texte a déjà été rapporté en partie dans les Archives du Nord de a rance it du Midi de la Belgique, 2» série, t. IV, p. 377, et reproduit ensuite par F. de Vigne, dans son ouvrage intitulé : Mœurs et usages des corporations de métiers, etc., p. 02.
17 Guillemette de Croy, ti Solre, gouverneur de Tournai.
Registre n" 40024, fol. cxxxiiij v", aux Archives du royaume. Ce tapissier est peut-être le même qu’Antoine Calme cité plus haut.
10 Registre n» 40029, fol. cxxxviij v», ibidem.
38 Registre n» 40030, fol. cxxxv r», ibidem.
S1 Registre n” 40034, fol. cxxxj r°, ibidem.
1e femme de Philippe de Croy, c
TAPISSERIE FLAMANDES
' S»”! d, celle „Ee, pour « p„s d'un. d«„ye piéche de „ipe de h.»l.e-U«e, fin om.ige, bien „i„« „ mn( œ ville de ' ^ efdb d induire les haul.e-lisseurs, »,'„e,„,ie„ e, .oud.ur, de frire nfieulx leu, debroir eudrok. ", oùÛ Le
, e ce» elle, veu que ,u„ue, à p.dseu. , , eu pluieieun, pl.iue.e, de, m.rch.n, e,„.„gie„ que le, irippe, „»p„,l d”3 , dicte elle ne ,on, e„e ,y deuemen, .ccou.irée, de mince, que l'on debvoit, etc. ' , Malgré le ml* é,„ de dde.denc ,é,S, ce
ou !.. dans nue reque.e .dre,™ au. Archiduc,, eu ,6oH, p.r le, vide, de Lille «de Tour»! .» ““IdÎ w l.,,e, de ..yenene e de tnperie, ce, mcroy.ble éloge qu'elle, f„„, de leur, produit, : . L'on peult, „„ - di,én, elfe, -
' “m à1"11;0 " ■*“ «■» »»• congnues e, r.nom„,ée , uonceLlieui nt p toute
' ;EurOP' ■>» «onde,' bien av.nt, où elle, ,on, receue, „ec, gr.nd con.entemen, poir I. dire,,!," de, oL.ig
, de toute, sortes d'.nvention, , quy |Ourn.Uement, ,e représentent p.r divers ingénieux et gcill.n, «pris ■ , «uvrege.
Le magistrat de Tournai ,e préoccupait activement de mettre on terme ,ux tromperie, inventée, par le, fabricant,. En ,6,0 ■ il recotnpemsa le, e.tvardeur, du mener de, h.utedi.seur, pour , le, debvoir, qu'il, .voient frie, pou, dccouvrir I. fr,„lde commiâ. par ,* pnnéon Bedoret endroic. aulcune, piéche, m.l composée, ..Il gratifia de 3o livres un h.u,e-li„eur nommé Chrétien Rome, Jôi “lî , à “ ‘6,î ’ à fr“lle> “ *b»! OT se commectoien, aux piéche, de h.ulte-li.se de plu.ieum sortes". Parmi
le, réclamations de, marchand, «range,,, ,1 , en „.i, qui regardaient la qualité de, e, d’aune, leur, dimension,, le.quelle, ne
pouvaient être vérifiées, an.ndu que le, achat, se faisaient en gro,. . Et comme ce, abus venoian, de ce que le, mener, de haute li„e
* “ le. ““““ “•“hl= “ »°»> «* mestiera, conn.gn.n, ceux qui feroien, profea.ion
* d“ d dh 1 U'i q'! ,h tout seul; mai, ne l'ayant peu obtenir pour ce coup, nous ordonna, mes, par provi,ion que
. qu.ttrc esgards commis d. no, tre par,, deux sayetteur, et deux h.ulte-li.seurs, vi.i, croient le, ouvrage, de l'un « l'autre mefier de , sorte que personne ne pourrait échapper reste recherahe, réservant la police plu, ample sur ce fai, à l'advenir,. Ain.l s’exprime Philippe de Hurge, ■ , dan, son compte rendu d. l'assemblée de, eonsaux, du aS janvier ,6„ , où l'on examina le, plainte, de, marchand, é, rangera
Le, eonsaux de Tourna, essayèrent au dix-septième siècle, par tou, moyen,, de relever une industrie qui avait été ,i florissante dan, leur ville. Quoique 1 art n ait pour ainsi dire plus aucune part è la confection des produits que l’on fabriquait alors, nous ne pouvons cependant pa, abandonner l’histoire d’une manufacture 4 laquelle on continuait de donner le nom de haute-ll.se. Le magistrat avait accorde de, gratification,, en ,6io' et en ,6,6', ides ouvrier, qui exerçaient ce métier pour les invention, qu'il, avaient faite. L'un d eux découvrit une nouvelle manière « de composer de, tapi, 4 1. gtii.e et fachon de tapisserie Non, avon, rencontré plusieur, foi, dan, de, passeport, délivre, pour l’exportation de marchandise, en France, dan, le, année, ,64a et ,6q3, l'expre.sion de . carpene, de “ Tournay » et celle de , petits tapis de Tournay ,. C’était probablementdes espèces de tissus qui avaient 4 cene époque acquis certaine renommée. Les citations suivantes sont extraites de l’inventaire des meubles trouvés à l’hôtel de Bergeyck, à Bruxelles en 1675 8 • « Ung couvert de table d’estoffe de Tournay verde, travaillé avec des oyseaulx et fleurs de jaulne couleur; — une viele table avec un « couvert d’estoffe de Tournay avec des fleurs verdes et noires ; — un grand tapit de table d’estoffe de Tournay avec des fleurs roge
En 1667, la ville de Tournai eut le sort de celle de Lille, et fut conquise par Louis XIV ; elle fit ' avoir été détachée pendant plus d’un siècle et demi. Après quelques années de commerce et l’industrie avaient repris de l’activité 8, par
des frontières. Les eonsaux de Tournai résolurent dans leur réunion du 17
retour h la France après en annexion, qui cessa en 1709, il paraît que le des nouveaux débouchés et de la réduction des tarifs causée par le déplacement imir mSiin.nn a** . - ™ '671 ^ passer acte avec jean Oedins, maître
tapissier d’Enghien, pour l’attirer en ville « à dessein d’y establir le mestier de tapisserie », avec offre de six annuités de 100 patacons et d’une indemnité de déplacement, à la condition d’amener avec lui huit ouvriers'». Mais ce projet ne doit pas avoir été suivi d’exécution’ car le nom de Jean Oedins ne figure dans aucun compte. Plus tard, dans ceux de 1688 à 1692 ", on rencontre celui d’Étienne Oedins’ originaire d’Enghien probablement aussi, auquel la ville paya annuellement le loyer de sa maison. Ailleurs on lit que, par résolution du 2 juin 1692 '% le même avantage fut fait à Jean Baert, d’Audenarde, jusqu’en 1709; la ville lui fit, en outre, des avances d’argent considérables18. C’est à lui que l’on acheta, en 1694, quatre petites pièces de tapisserie « à usaige de fauteuils », qui furent offertes de la part des eonsaux à la maréchale de Boufflers, à son premier voyage à Lille". L’année précédente ils avaient acquis ù Pierre Verdure maître haute-lisseur, pour la chambre échevinale, une tenture qui ne coûta guère que 24 florins l5. A partir de l’année 1700 le magistrat de Tournai s’imposa de très lourds sacrifices pour maintenir les métiers existants18, améliorer la fabrication et empêcher l’émigration des ouvriers en Angleterre. Il entretint à ses gages, de 1692 à 1785, des dessinateurs chargés de travailler pour les haute-lisseurs". et des ouvriers habiles à monter les métiers ls. Il chercha, d’autre part, à attirer à Tournai ou à y encourager des industries nouvelles 18 . C’est en 1780 que Piat Lefebvre fonda un établissement pour faire concurrence aux tapis de pied et d’ameublement dans le genre de ceux d’Aubusson et d’Angleterre, qui étaient fort recherchés à cause de la modicité de leurs prix. Dès 1 783, le gouvernement lui octroya la faveur de pouvoir prendre le titre de Manufacture impériale et royale; il occupait alors environ huit cents ouvriers et l’on comptait cinquante-quatre métiers en activité. A sa demande, on imposa les tapis étrangers à 25 0/0 de leur valeur s». L’établissement acquit plus tard une importance considérable, et le nom de Piat Lefebvre appartient, sans contredit, à l’histoire de la grande industrie.
1 Registre n» 40007, fol. iiij'1 ij r», ibidem.
3 Registre n» 40025, fol. cxxxiiij r°, aux Archives du royaume.
* Registre n» 40030 cité, fol. cxxix v».
8 Lac. cit., p. 297.
8 Registre n» 40025 cité, fol. cxlvj r».
1 Registre n°4oo3i, fol. cxxxj r», aux Archives du royaume.
8 Volume du fonds de Pape dans la collection des manuscrits, ibidem.
8 Chotix, Histoire de Tournai, t. U, p. 357.
18 Registre aux délibérations des eonsaux deiôOg à 1671, fol. 209 r», aux archives communales de Tournai.
" Registre n» 40102, fol. 72 v», etc, aux Archives du royaume.
18 Registre n» 40108, fol. 36 v», ibidem.
13 Registres n» 401 12, fol. 32 r», et n» 401 14, fol. 23 r", ibidem.
" Registre n» 40108 cité, fol. 41 r».
15 Registre n» 40107, fol. 38 v» ibidem.
18 0 A Philippes Huon, doyen des haute-lisseurs a esté payé iij» lxxvj flo- « rins, qu’est à l'advenant de vingt patards à chacque outil quy ont estes « trouvez travaillant par la visite en faite au mois de mars 1700, et dont cette 0 ville s’est chargés du payement, en considération de ce que lesdits haute- 0 lisseurs souffrent par la cessation du commerce, cherté des vivres, etc., par n provision et sans tirer à conséquence. » (Registre n» 401 14, foi. 24 r»,
17 Voici leurs noms : Jacques Foucquet, qualifié de t sculpteur et de « désigneur de desseins pour la haulte-lice et autres semblables stils » (1693-1722), Valentin Foucquet (1723-1745), et ensuite sa veuve (1745-1759), André Brebart (1723-1775), et Arnould-Gabriel Brebart (1760-1775).
18 « A Pierre l’Herbier, maîstre haute-lisseur en considération qu’il
« que nouveaux desseins, at esté payé pour une année de sa pension escheue n le 20 de septembre 1717 : 18 florins. (Registre n» 40125, fol. 43 v, aux Archives du royaume.)
0 A Jean-François Finet, en considération qu’il monte et fait les outils 0 des maîtres haute-lisseurs de cette ville, etc.» (Registre n»4oi33, fol. 3a v», n ibidem.)
« A Jean-Joseph Hurteux, haute-lisseur, pour une année de sa pension, n en considération de ce qu’il monte les dessins des haute-lisseurs, etc. » (Registre n» 40143, fol. 27 r», ibidem.)
0 résolution du 19 de mars dernier (1672), pour en partie le désintéresser des « fraix quy a convenus payer pour establir les mestiers et outils pour faire « des baracans en cette ville, que pour attirer des ouvrières pour establir la 0 manufacture d’iceulx baracans, at esté payé la somme de ij» xl florins. » (Registre n» 40086, fol. 99 v», ibidem.)
0 A Philippes Dubois, fabricateur de cameloz de Bruxelles et d’Hol- « lande pour les fraix par luy soufferts pour le transport de ses meubles et
<1 esté payé lxij florins viij patards. » (Registre n» 40108 cité, fol. 42 r«.)
0 A Louis de le Motte, maître haute-lisseur en cette ville, pour l’establisn sement de la fabrique de crépon et autres estoffes qui ne se font point en o cette ville, ayant assés bien réussy selon qu’apert plus amplement par la n résolution des eonsaux du 23 septembre 1721, a esté payé 24 florins. » (Registre n» 40129, fol. 37 v», ibidem .)
” Archives du conseil des finances, aux Archives du royaume, Voy. aussi pour l'histoire de cet établissement : Hoverlant de Beauwelaere, Essai sur Tournai, t. XC.1I ; — Gachard, Rapport sur l'expo*
Nord de la France et du Midi de la Belgique, 2» série, t. V, p. 98; — Bozière, Tournai ancien et moderne, p. 114, etc.