‹ Histoire générale de la tapisserieChapitre 16 sur 21 · GRAMMONT, ATH, LESSINES ET COURTRAI · texte numérisé non relu

GRAMMONT, ATH, LESSINES ET COURTRAI

Audenarde, Arras, Tournai et Bruxelles sont les noms qui dominent dans l’histoire de la tapisserie de haute et de basse-lisse dans les Pays-Bas. L’introduction de cette industrie à Audenarde, grâce probablement à sa proximité de Tournai, date de la première moitié du quinzième siècle. Le docteur D.-J. Van der Meersch, qui a compulsé toutes les archives de sa ville natale pour réunir les matériaux d’une histoire de la tapisserie à Audenarde n’a pas trouvé de mention1 qui remonte beaucoup au delà de la charte du 14 juin 1441, par laquelle les échevins et le conseil de ville, du consentement du haut bailli, autorisent l’érection en corporation particulière, sous le patronage de sainte Barbe, de tous ceux qui exerçaient la profession de tapissiers, appelés en flamand lecfuverkers*. Il ressort de ce fait que leur existence dans cette ville y est bien antérieure à cette date, car ils ne sont pas venus du dehors s’y établir en masse ; depuis quelques années déjà, ils avaient un autel dans l’église de Sainte-Walburge, à l’entretien duquel tous les membres devaient naturellement contribuer. En accordant cette charte qui renferme les statuts de la nouvelle corporation, — c’était la quinzième, — le magistrat se réservait le droit de la modifier ou de l’abolir en tout ou en partie *. Ce fut un événement dans la ville que la sanction de ces statuts s, car les deux chambres de rhétorique le célébrèrent par des vers et des chronogrammes dont la mention seule est parvenue jusqu’à nous.

communal de cette année on voit que le magistrat fit acheter à un fabricant de la ville certaine quantité de drap brut pour la confection d’un tapis et des couvertures des bancs de la salle des réunions à la halle ( lakeue omme tapylc te makcne ende banccleedre np d'halle), drap qui fut donné à teindre en vert et ensuite tondu, puis remis à un brodeur pour y placer des écussons d'après

8 Des mots ligghen, couché, étendu, et i verker, travailleur, c’est-à-dire travailleurs en basse-lisse.

4 Le texte en a été successivement publié par Ronsse et Van Lerberche, dans le L V des Audenaerdsche mengelingen, p. 36i, et par Ed. Van Cauwenberohe dans sa notice qui a pour titre : Quelques recherches sur les anciennes manufactures de tapisseries à Audenarde (71 pages) et qui a été imprimée, en ■ 856, dans les Annales de l’Académie d'archéologie de Belgique, t. XIII. — Déjà, en i838, De Ranter, alors archiviste communal, a publié sur l’histoire de cette industrie dans cette ville, quelques feuilletons dans le journal intitulé : A ’ieutvs en annoncen-blad van Audenaerde.

8 L’original en est conservé dans les archives communales; ils sont transcrits dans le Charter-boek, fol. 147.

TAPISSERIES FLAMANDES

La charte de 144 1 comme tous les actes de meme nature, règle les conditions d’admission pour être franc-maître sans être obligé de justifier de la qualité de bourgeois, soit à Audenarde nu H-m» „ r. , . ’ aus elre ODiige ae

dans l’enceinte de la ville], soit au faubourg de Bevere- les devoirs et les obi' t’ * qU1.e’a,t Une selSneune enfermée en partie ■ ■ ,1 j, . b uersevere, tes devotrs et les obligations des maîtres et des apprentis fixe le nombre de

ceu«. a trot, « leur temp. d’.pprent^.ge à .roi, ans; interdit 1. travail les dimanche, e, le, jour, fériés, ,.n, nécessite u”ge',e prob.be l’emplo. de ch.,.., de Si b ench, (me, jfaitas, ,„erp,) ou de Si de lin |„p fine, «nterpf, ,5n de garanti, à 1. fo les de, marchand, et ceux de 1, ville; défend ,u maître =, à l'ouvrier de pa.ser entre eux de, convention, pour I. confection d’un ou“.« de certaine importance; régie 1. condutte de, confrères aux ob.èque, d’un maître du métier; celle à tenir en ca, de uuerellë entre seî membres; le nombre de, oflîe.ers de I. corporation (un doyen e, trois juré,], leur, obligation, e, leur, devoir,; 1, destination d'empM de, denters provenant de. dro.t, d'admtsston e, de maîtrise; le partage de, amende, ; l’époque de, élecdon, de offiei.r, du méë ” nu de,.,e„„= faire le ,our delà féte patronale, e, le ;

II paraît qu’il n’y avait pas eu accord unanime entre les maîtres haute-Iisseurs d’Audenarde pour demander au magistrat l’homologation de la charte de 144,, car le haut bailli et les échevins firent publier, le 16 mars ,443 (n. st.), que ceux qui ne s’étalent pas encore fait inscrire, et qui avaient appris leur métier dans la ville, à Pamelo et dans le faubourg de Bevere, pouvaient s’y faire admettre comme francs-maîtres, moyennant de payer la taxe fixée par les statuts

La corporation prenait de jour en jour plus de développement 5, et en 1456, le nombre des ouvriers et des apprentis était si considérable qu’ils demandèrent au magistrat l’autorisation de se constituer en confrérie particulière, sous le vocable de sainte Geneviève, ce qui leur fut accordé. Leurs statuts traitent des conditions de l’admission, de la redevance a payer, du banquet annuel auquel les maîtres tapissiers devaient être invités, de l’élection de leurs officiers, des charges que ceux-ci avaient à remplir, etc. \ Malheureusement ces banquets, qui se faisaient le jour de la fête patronale (3 janvier), dégénérèrent plus tard en désordres, et la mauvaise administration des ressources dont-la confrérie disposait faillit entraîner sa suppression, à la suite des plaintes adressées aux échevins par les doyen et jurés du métier de Sainte-Barbe. Des ordonnances furent donc édictées le 1 1 novembre i5oo et le 8 janvier i5oi (n. st.)8, pour contenir dans des bornes convenables les confrères de Sainte-Geneviève, et remédier aux abus.

Quoique le métier des haute-Iisseurs fût en pleine activité dès 1441, comme nous l’avons vu plus haut, ce n’est pas à l’un deux que le magistrat s’adressa, en 1445, pour faire exécuter une tenture destinée à garnir les murs de la salle échevinale ; ils reculèrent très probablement devant la dépense qu’aurait coûtée la tapisserie, et se contentèrent de faire placer du drap rouge relevé d’ornements brodés 6. C’est à l’occasion de la joyeuse entrée du duc Charles le Téméraire, le 6 août 1468, que l’on trouve mention, pour la première fois, d’une dépense faite aux frais de la ville, pour une tapisserie de haute-lisse; et encore n’est-il question là que de la location à Jean Meynaerde d’une tenture pour garnir la salle de la grande halle aux draps, où furent reçus les souverains, et où se fit leur inauguration 7. Les joyeuses entrées de l’archiduc Maximilien d’Autriche, le 9 novembre 1477 8, et de Marie de Bourgogne, sa femme, le 2 juin 1480“, et l’arrivée de Marie, reine douarière de Hongrie, le 26 avril i532"’, donnèrent lieu à des dépenses du même genre. Il n’y a, dans les comptes de la ville, pour les temps anciens, que peu d’articles qui concernent notre sujet. En 1 5 1 5, on paya à un peintre du nom de Guillaume Hoste une somme de 24 sous parisis pour des patrons qu’il avait livrés par charge des échevins, et qui devaient servir à confectionner un grand tapis de cheminée et des coussins armoriés destinés à une des salles de l’hôtel de ville ", et qui furent fournis par Louis de Wulf ". Un peu plus tard, en 1 536, fut encore payé, sur la caisse communale, l’achat, fait à Jacques Colpaert, d’une tapisserie d’autel avec encadrement ’3. Puis il s’écoula un siècle entier sans que le magistrat d’Audenarde trouvât l’occasion de plus rien dépenser pour de semblables acquisitions.

Dans les comptes des ducs de Bourgogne, il n’y a aucune acquisition de draps de haute-lisse faite à Audenarde.

1 La corporation avait un autel dédié à sainte Barbe dans l’église de Sainte-Walburge, qu’elle entretenait à ses frais. Il était orné d’un tableau à volets, qui avait été peint par un peintre nommé Denis, en i5ie.

8 Registre aux actes et contrats de 14423 1446, fol. iiij r», aux archives

8 On trouve quelques noms de haute-Iisseurs du quinzième siècle dans un registre où sont inscrits les confrères du serment de Saint-Georges depuis

Gérardet, Gilles Tavernier et Jean Blandein ; des brodeurs Jacques de Pape et Simon Van der Poort; des orfèvres Pierre Van der Beken et Guillaume Van der Moten; de l’armurier (1 vapemakeré) Henri Kip, etc. Ce registre se trouve aux archives communales. Il a été imprimé dans les Audenaerdsche mcngclingen, t. VI, pp. 41 et suiv.

* Archives communales.

8 Schepenen-boek de 1498 à i5oi, ibidem.

7 Registre n» 31772 de la Chambre des comptes, aux Archives du

8 0 Betaelt Jan Van Couborre ende anderc tapytlegghers, van den tapyte

1 ghehanghen up de halle, als onse gheduchte heere zyn entreet dede. » (Registre n° 31782, ibidem.),

8 0 André uutgheven . ten blyden cersten incommene van onser ghe-

< haer cerste entree dede den andren; in junio . ; ilem, de fouriers ende

• tapyeherie, etc. • ( Registre n° 31784 de la Chambre des comptes, ibidem.)

10 Audenaerdsche mengelingen, t. VI, pp. a35 et 241.

11 > Betaelt Guillemot de Hoste, schildrc, van zekere patroenen die hy

• ten versoucke van scepenen heeft ghedan schildren ornme tapitserye te « maeckeneop derstede-huus om en caefcleet ende een half dousyne cussins :

< xxiiij st. » (Registre n» 3i8io de la Chambre des comptes, aux Archives du royaume.)

18 < Betaelt Loy de Wulf, tappytsier, van dat hy, by laste van scepenen 0 ghemaect ende ghelcvert heeft, een tapyts van xix hellen, om en caefclee, 1 up der stedehuus, te xxiiij sch. par. d’helle. » Ibidem.)

is a Betaelt Jacob Colpaert, van eene oultaer cleedt tapytserye by scepec ner jeghens hem ghecocht metten boorden daernaer by hem ghemaect : 0 tsamen : xviij liv. par. 11 (Registre n» 3i83t, fol. lxxiiij v°, ibidem; — et A udenacrdsche mengelingen, t. III, p. 480.)

En ,504, il *e acheté à Philippe Van Home, fabricant de cette Tille, c xij banquiers de tapisserie de verdure », payés plus de ,00 livres , « pour les mettre ès chambres de monseigneur l'archiduc d’Austrice [Philippe le Beau] », au palais de Bruxelles Audenarde, que traverse l'Escaut, était une ville fortifiée, comme la plupart des cités d'alors, grandes et petites. Son étendue était assez restreinte et sa population ne cessait de s'accroître. Son territoire comprenait en outre le faubourg de Bevere, situé à l’ouest. Le grand développement qu’y avait pris la fabrication de la tapisserie au commencement du seizième siècle, fut cause qu’une quantité considérable de maîtres et d’ouvriers s’établirent dans les localités avoisinantes, et notamment à l’est, dans plusieurs villages du pays dit d’Alost et de Grammont, savoir , Leupeghem, Edelare, Volkeghem, Melden, Nukerke, Marke, Sulsique, Etichove, Berchem, Escornaix, etc. Ceux qui étaient en état de devenir maîtres se faisaient recevoir dans la gilde de Sainte-Barbe d’Audenarde; on les désignait sous le nom de maîtres forains (en flamand, huiten-meesters). Ils étaient tenus à ne travailler que pour les maîtres affiliés à la corporation dont ils faisaient partie. A l’époque de la moisson, ils s’en allaient aux champs et délaissaient leur métier pour quelques semaines. La prospérité des haute-lisseurs avait amené celle des finances de la commune et celle-ci étaient dans une situation telle, qu’en 1 526 , le magistrat fit commencer la construction de ce magnifique hôtel de ville", avec ses délicieuses sculptures extérieures et intérieures qui font aujourd'hui l’admiration universelle. On lit dans l'ordonnance de Charles-Quint du 3, mars i53i (n. st.), qui porte à neuf au lieu de sept le nombre des échevins, que c'est en considération de ce que « ladicte ville est fort k peuplée et marchande, et accroyssant de jour à autre de peuple et marchandise » *.

Les dispositions de la charte de 1441 restèrent en vigueur pendant plus d’un siècle, sans de notables modifications, et l’on ne trouve dans les archives que de rares exemples de l’application de fortes pe'nalités. Nous citerons l’un d’eux. En 1473, il fut établi que le nommé Paul de Waghenaere s’était, frauduleusement, servi dans la confection de ses ouvrages de fils teints d’une couleur fausse et défendue au grand préjudice du marchand, et qui atteignait à la fois l’honneur du métier, exposé par de tels faits à perdre sa bonne renommée. De Waghenaere fut condamné, par sentence des échevins du a5 mai, à une amende de 12 livres parisis, avec défense de travailler pendant un an; mais cette dernière partie de la sentence fut ensuite convertie, par grâce spéciale, en une offrande d’un cierge de 4 livres sur l’autel de la corporation, et en un pèlerinage à Notre-Dame de Strasbourg, rachetable toutefois par une somme de 8 livres ‘. C’était du reste un récidiviste, puisque les échevins l’avaient déjà condamné en 1459 ou 1460, à une amende de 24 livres parisis pour « certain mesuz commis contre leskeures du mestier » 6.

Vers 1 5 1 5, paraît-il, on fit la découverte d’un nouveau procédé pour teindre les laines et les soies, et en particulier celles qui étaient destinées à travailler les verdures , dans la confection desquelles les fabricants d’ Audenarde semblent avoir eu dès lors une véritable supériorité. Quelques maîtres firent l’essai de la nouvelle méthode, mais les doyens et officiers du métier, qui avaient la surveillance sur tout ce qui regardait la fabrication, virent dans ce fait une fraude qu’ils dénoncèrent au magistrat, parce qu’elle n’était pas prévue par la charte de 1441. Celui-ci fit publier, le 4 décembre x 5 1 5 6, une ordonnance contenant les points suivants à observer sous peine d’une amende de 10 livres parisis : Que dorénavant on ne pourra travailler la verdure qu’avec du bon fil de laine bien tordu et bien bleui (van goeden glieblauden campe n>el ghewandt ende gheblaudt), ainsi qu’on l’a fait anciennement; et que les maîtres qui font des tapisseries à figures ( beeldemakers ), devront travailler les couleurs pâles ( geblecte veruwe ) comme de coutume, depuis plus de quarante ans. Plusieurs maîtres ayant su éluder les dispositions de cette ordonnance, les échevins en rédigèrent une autre plus explicite, le 24 mars i520 (n. st.)1, qui avait pour but dans leur pensée, de conserver aux produits de la manufacture d’ Audenarde la réputation dont ils jouissaient, et de parer aux fraudes qui auraient pu entraîner sa décadence, et ainsi l’anéantissement complet du métier. Quelques-unes des nouvelles prescriptions méritent d’être citées : Attendu, — est-il dit dans le préambule, — que l’ordonnance du 4 décembre 1 5 1 5 a été mal interprétée, et qu’il était facile cependant de comprendre qu’elle s’appliquait à la fois aux ouvrages fabriqués dans la ville et sa banlieue, et à ceux que les marchands font faire chez les maîtres habitant les villages des environs, ces marchands ont néanmoins fait fabriquer par ces derniers des tapisseries qui n’étaient pas travaillées dans les conditions déterminées par les règlements sur la matière; et qu’ils ont même osé acheter et vendre de tels ouvrages, l’amende contre les contrevenants est élevée à 5o livres parisis. Il est en outre interdit à toute personne de la ville et de la banlieue s’occupant du négoce de la tapisserie, ainsi qu’à tout francmaître admis inscrit dans le métier, n’importe où il demeure, d’acheter ou de vendre, en quelque lieu que ce soit, de la tapisserie, ouvrage d’ Audenarde, à verdures ou à figures, qui ne soit travaillée selon son genre, et comme il convient, d’après les statuts. Défense est de plus faite d’employer pour les figures du fil de poil de vache ou de déchet, et de donner aux tapisseries, quelles qu’elles soient, moins de largeur au milieu de la pièce qu’aux extrémités, sous peine d’une forte amende pour toute contravention. La sévérité de la nouvelle ordonnance poussa une bonne partie des maîtres du métier à représenter dans une requête qui fut remise au magistrat le 3 septembre 8 de la même année, l’état stationnaire où ils étaient condamnés à rester, s’ils ne voulaient pas s'exposer à être frappés d’amendes. Leurs réclamations y sont nettement exposées ; elles nous font connaître des particularités fort curieuses pour l'histoire de la fabrication. Ils n’ontplus, disent-ils, l’intention de faire des tapisseries de verdure selon l’ancienne façon d’ Audenarde, car ils sont maintenant habitués à faire de la verdure comme à Tournai, et des carnations à la manière d’Enghien, et ils ajoutent que depuis longtemps on travailleainsi dans ces deux localités, à Lille, à Alost, à Grammont, à Lessines, et encore ailleurs, ouvertement, avec les couleurs que défend d’employer l’ordonnance promulguée à Audenarde. Ils réclament donc la liberté dont on jouit dans ces localités, et sollicitent l’autorisation de pouvoir faire la preuve, en présenee des échevins et des doyens et officiers du métier, que leurs ouvrages de verdure sont aussi bons et aussi avantageux que ceux qui sont fabriqués par l’ancienne méthode restée en usage dans la ville d’ Audenarde. Si l’on veut persister à maintenir la défense édictée, ils déclarent qu’ils se trouveront obligés de transporter leur résidence et leurs ateliers dans des villages voisins situés dans le pays d’Alost, et par conséquent hors de la juridiction de l’échevinage d’ Audenarde, tels que Edelare, Leupeghem,

1 Collection des acquits des comptes à la recette générale des finances, aux Archives du royaume. Le compte de cette recette pour l’année 1504 existe aux Archives départementales du Nord, à Lille, sous le n° F. 190 ancien. Voy. aussi l’Inventaire sommaire, t. IV, p. 307, et Hounov, les Tapisseries de haute-lisse, p. 142.

8 Les extraits des comptes relatifs à cette construction ont été publiés dans les Audenaerdsche mengelingen, 1. 111, pp. 307 etsuiv., et tires à part en brochure sous le titre suivant : Documenten rakende de bouming van het stadhuis te A udenaerde. Voy. aussi Van Cauwenberghe, Lettres sur l'histoire d'Audenarde, pp, 209 et suiv.

3 Alex. Pinckart. Inventaire des registres de la Chambre des comptes, t. V, p. 68.

* Schepenen-boek, aux archives communales.

6 Registre n» t36o6 (compte de mai 1459 à mai 1460) de la Chambre des comptes, aux Archives du royaume.

6 Elle est imprimée dans Van Cauwenberghe, Quelques Recherches, etc., citées, et dans Van de Graft, de Tapijtfabrieken der XVI' en XVII» eeuw; Middelbourg, 1870, p. 3o.

7 Cartulaire des métiers, cité, fol. i56.

3 Schepenen-boek, cité, fol. lix v».

TAPISSERIES FLAMANDES

Melden, Berchem, N.karke, Mark., «c. Le, rtd.m.n,, fi™ écondni,,. Lès ft.ude, continué™,, „ censé,»™», les comrsv.n- , ions, suij.es d .mende, e, d. confiscation,. Enfin, le , ü mars 1 5a 1 (n. st.), fui publiée une au,™ ordonnance suri, matière oui auioris. l'emploi des nouveaux procédés. La corporation e„i, devenue . celle épo,„e 1. plus Impoma* de 1. ville. De 8„ves abus ,’éiai », aussi glisse, dans 1 admmisiranon de se. revenu, et dans celle de 1, confrérie de Sainie-Geneviève ,ue le. doyens =, jurés du métier de Sainte-Barbe devaien, contrôle, depuis l'ordonnance du .8 février ,5o. (n. su). Pour y remédier, le magisira, aval, promulgué le e4 novembre ,5.7, une ordonnance sanctionnée par le hau, bailli de la ville. ,ui réglai, le, dépenses ,»e ton p„„v,i, faire ,,'le, indemnité, ù payer aux officier, du métier '. Peu de temps après l'ordonnance de ,5a., d'aunes modifications au, „ règle-

menis amer, eues , étant encore imposés par 1, force de. ebose. ei des circonstances, le. officiers du métier, de commun accord avec tou. leur, confrères et après plusieurs réunions, proposèrent aux échevins de, s, .tu, s additionnels a ceux de ,441 lesquel, furent homologués le ,8 mars ,53a [u. Ce, starnt, renferment dix-huil article, contenant de. disposition, au sujeide, 1,

de l’inscription de, maître, qui devaient fournir 1. preuve de leur admission i 1. bourgeoisie de la cité, du règlement des conflits e, du mont.nl de, gages du doyen et de, officiers de la corporation. A la fin ou lit une disposition transitoire autorisant l’admission dan. le métier, moyennant de payer chacun une somme de 1a livre, p.risis, de, personnes suivantes. Pierre Van der Guchten di, de Loose Waléram Van den Rye, Jean Van der Moten, Jean du Lay et Jean Van Weerbeke, qui toutes faisaient u tapisseries, et sur le compte desquelles les e'chevins avaient reçu un rapport très favorable i le métier de haute-lisseur.

Marchantius, historien flamand, ne en >537, ne craint pas de dire que les châteaux de la plupart des princes de l’Europe étaient ornés de produits de l’industrie des tapisseries d’Audenarde 1 2 3.

i commerce considérable de s qui néanmoins n'avaient jamais appris

Ici se placent, dans 1 ordre chronologique, des événements d’une grande importance. Comme toujours, plus la production d’une marchandise est considérable, plus les fraudes de toute nature dans sa fabrication se multiplient. Aussi la reine Marie de Hongrie fit-elle publier, le 4 mars 1 53g (n. st.), un placard « pour remédier aux abus qui « se sont comis au stil et négociation des tapisseries4 ». Il défendait expressément « aux maistres, marchans, « ouvriers et ceulx du mestier de tapissier que doresnavant et jusques aultrement en sera ordonné, ils ne s'avancent « accoutrer, parer, farder ou ayder leurs tapisseries de quelques couleurs ou substances de poincture que ce soit, « et n’y coulourent chose quy ne soit tissue et ouvrée au fond de la tapisserie, fors aux visaiges et aultres membre « nuds, et ce par substance permise, sous peine de confiscations des pièces faictes. » En faisant expédier les copies de ce placard la reine avait joint une lettre secrète5 * recommandant, « pour éviter schandalle », d’en faire la publication « seulement aux marchands et ceulx dudit mestier des tapissiers eulx collégialement convoquiés vers les officiers, « et gens de loy des lieux, ou en tel autre lieu où ils ont accoustumés à tenir leurs assemblées ». On craignait très probablement, qu’en donnant à ces défenses trop de publicité on ne nuisît au commerce. A fort peu de jours de là, des agents de l’empereur, sous le prétexte de fraudes commises dans la fabrication, mirent à Anvers l'embargo sur un grand nombre de tapisseries qui avaient été expédiées d’Audenarde par bateau. Aussitôt que la nouvelle en fut parvenue dans cette ville les principaux membres de la corporation des haute-lisseurs se réunirent, et prirent la résolution de suspendre tout travail tant à l’intérieur qu’au dehors, jusqu’à ce que les marchandises fussent restituées à leurs propriétaires. Les rues et les places se remplirent d’ouvriers privés de leur gagne-pain journalier, proférant des paroles séditieuses. Plusieurs proposèrent ouvertement de quitter le pays et de se rendre en France® ou ailleurs, où ils se vantaient de recevoir un bon accueil. On était au milieu de la semaine, et il fallait craindre l’arrivée des ouvriers de la campagne qui venaient rapporter le samedi chez leurs patrons en ville les ouvrages achevés, et chercher les laines et les soies nécessaires pour continuer ceux qui étaient tendus sur les métiers. Le magistrat s'assembla de son côté, et envoya deux de ses membres à Bruxelles, accompagnés de quelques notables de la corporation, à l’effet de tenter d’arranger cette malencontreuse affaire; mais ils durent retourner sans avoir réussi. Un messager fut dépêché à Philippe de Lalaing, seigneur d'Escornaix, grand bailli de la ville et de la châtellenie d’Audenarde, qui se trouvait alors absent, pour l’engager à revenir immédiatement. Ce personnage possédait un grand ascendant sur le peuple. Il arriva la nuit suivante, et après s’ètre rendu compte de l’état d’effervescence des esprits, il écrivit à la gouvernante, le 16 mars, pour lui exposer la situation. Le magistrat, en lui faisant part des événements, avait déjà fait remettre à la reine Marie une lettre, datée du 14, dans laquelle il 1 informait de 1 insuccès des démarches de ses députés, et cherchait à justifier la fabrication des tapisseries arrêtées, où il n’y avait rien de frauduleux, « parce que de si longtemps l’on en a usé, — ajoutait-il, — au sceu et bon gré des mar- « chans tant de Franche, d’Espaigne, d’Enghelterre, Portingal et aultres, où icelle marchandise s’est de tout « temps livrée et transportée, et, que plus est, n’y eult jamais aucune ordonnance, prohibition ne deffence au con- « traire7». La lettre se terminait naturellement par la demande de faire lever l’interdiction, et le magistrat

1 Charter-boek, fol. clij.

2 Ils sont imprimés dans les ouvrages suivants : Audenaerdsclie mengelingen, t. V, p. 367; - Van Cauwkndergiie, Quelques recherches, etc., — et Vax de Graft, de Tapijtfabriekcn, etc., p. 3i.

3 Flandriœ commcntariorum libri IV; éd. de 1=96, p. 46.

* Archives de la France et du Midi de la Belgique, 3» série, t. V, p. 171;

— Houdoy, les Tapisseries de haute-lisse, p. 44.

2 Elle a été aussi publiée par Houdoy, toc. cil., p. 43, d’après un registre

des archives municipales de Lille. Les deux documents sont transcrits dans

le Registre aux mandements du prince , de i537 à 1545, fol. 3g v», aux Archives de l’État, à Mons.

6 Le roi François I" faisait alors exécuter beaucoup de tapisseries à Fontainebleau. Voy. DE LA Borde, la Renaissance à ta cour de France, t. I", p. 43e, et les Comptes des bâtiments du roi ; 2 vol., Paris, 1877 et 1880, passim.-ct J.Guiffrby, Histoire de la Tapisserie de haute-lisse en France, p. 74.

2 Cette lettre ainsi que celle de Philippe de Lalaing, ont été publiées par M. Gachard, Relation des troubles de Gand, p. a33; elles ont été réimprimées par Van Cauwenberghe, Quelques Recherches etc., citées, et par Van de Graft, de Tapijtfabrieken, etc., pp. 35-3g.

sa

g8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA TAPISSERIE

faisait à la gouvernante la proposition de lui soumettre un projet de statut général sur la matière. La missive du grand bailli est navrante, et, quoique déjà connue, elle mérite de trouver place ici, tant elle offre d’intérêt pour l’histoire de l’industrie de la haute-lisse à Audenarde :

C Madame, plaise Vostre Majesté de sçavoire comment, puis mon arrivée en cestevostre ville d’Audenarde, et mesmes le jour d’hier, „ j’ay trouvé le peuple et commune d’icelle en sy grandt tourble, perplexité et lamentation, que toutte créature humaine auroit pitié de h les veoir et oyr les crys et pleurs des pouvres ouvriers qui de coustume euvrent à journée au faict et négociation de la tappisserie, « en sorte que, en grant inextimable nombre ce sont venu vers moy, comme cappitaine de ladicte ville, priant voulloir advertier Vostre '< Majesté de leur totale éminente ruyne et destruction, plaindant ameirement qu’il ont desjà esté pluisseurs jours, eulx et leurs enfans, ,, en grant pouvereté et famyne, à cause que leurs maistres tappisseurs, se veant que ne peullent faire leur prouffyt de leur marchandyse, « qui pour le présent est arresté en Anvers, ne leur peullent plus donner à ouvrer, et que partant desjà beaucop d’eulx leur convient « mendier et querre l’hamone d’huys en huys, en grant povereté et misère. Dont, Madame, doubtant la totale destruction d’une sy « bonne et léalle ville, ne ay peu laissir d’en advertier icelle Vostre Majesté, suppliant en toutte humilité, de vostre très noble grâce, ii y volloir prendre regardt, et y remédier le plus tost que faire ce polra, car il y a plus de douze ou quatorsse mille, que hommes, i femmes, que enfans, qui vivent dudit mestier de la tappisserie, etseroit.fort à craindre que, ayant perdu leur négociation, povretéles i contrainderoit venir à quelque muytinerie, ou eulx despayser et rethierer en aultres contrées (et ne c’est ce passé sans aulcuns en :i tenir quelque pourpotz), comme en Engleterre, Fransche, Almaigne ou Espaigne, et illec transporter la science et négociation de i ladicte tappisserie, qui seroit et causeroit une inexstimable dommaige ou pays de par-dechà, et par espécial à vostredicte ville d’Audei narde, comme Vostre Majesté et vostre bon conseil peuvent mieulx sçavoire que ne vous sçaroie escripre, etc. »

Marie de Hongrie fit droit aux réclamations du magistrat d’Audenarde, et l'acte de main mise sur les tapisseries appartenant aux fabricants de la localité fut levé1 2. On retrouve les haute-lisseurs mêlés en grand nombre dans l’émeute qui éclata dans cette ville le 6 octobre suivant, à l’exemple et très probablement à l'instigation des habitants de Gand, de Courtrai et d'autres cités. Les aides avaient été refusées et de toutes parts on réclamait la réforme des abus qui s’étaient glissés dans les administrations publiques. La révolte avait pris en Flandre des proportions telles que Charles-Quint se vit obligé de quitter l’Espagne, et se résolut à traverser la France pour revenir plus tôt aux Pays-Bas. Sa présence rétablit l’ordre. Des condamnations à mort et d’autres au bannissement furent prononcées contre les coupables. Partout où l’insurrection avait éclaté, les privilèges furent ou confisqués ou notablement modifiés. A Audenarde, plusieurs eurent la tête tranchée, d’autres furent fustigés, d’autres bannis et frappés d’amende8. Un tapissier, du nom de Guillaume Van Roome, qui lors des troubles s’était , entre autres choses, permis de demander publiquement la lecture des privilèges de la ville, et qui avait « baillé à la loy divers articles « sédicieulxes et de maulvaise conséquence », fut condamné par les commissaires de l’empereur, le io juillet 1540, à faire amende honorable, « en son linge » et un cierge à la main, « en plain parquet et par jour de plaidz « sur l’hostel de ville», et en outre à se rendre en pèlerinage à Notre-Dame, à Arschot3 * *. Les tapissiers d’Audenarde n’avaient pas craint d’adresser à la gouvernante, le 3i octobre 1 53g, une requête pour demander le redressement d’un grand nombre de griefs locaux *. Tous ces événements causèrent à la fabrication de la hautelisse un préjudice considérable dont on se ressentit pendant quelque temps.

Nous avons vu que dans sa lettre du 14 mars 1539 (n. st.) à la gouvernante, le magistrat d’Audenarde avait offert de lui communiquer un projet de règlement général sur la fabrication de la tapisserie, dont la nécessité était reconnue par tout le monde. Le placard du 4 mars avait été un premier pas dans la voie des réformes, motivées, d’ailleurs, par les fraudes constatées à la suite de la visite qui avait été faite par des commissaires envoyés par la reine, de tous les draps de haute-lisse exposés au fand ou galerie d’Anvers, et des contraventions reconnues dans des tapisseries sorties de plusieurs ateliers de Bruxelles, et dont il sera question plus loin. Ce fut le 16 mai 1644 seulement que fut signé l’édit qui réglait la fabrication de la tapisserie dans les Pays-Bas. Il en fut adressé un exemplaire sur parchemin aux magistrats de toutes les localités où l’on exerçait le métier de la haute-lisse, avec ordre de le publier. Cette publication eut lieu à Bruxelles le 12 août; la lettre d’envoi de Marie de Hongrie, au magistrat d’Audenarde, qui accompagnait la traduction flamande * de l’édit est datée du 28 octobre, mais la lecture n’en fut faite à la bretèque de l’hôtel de ville que le 4 décembre, jour de la Sainte-Barbe, fete patronale du métier des tapissiers. Elle rencontra dans plusieurs localités des difficultés dont nous aurons occasion de parler. Il nous a paru inutile de réimprimer le texte de cet édit que plusieurs publications ont fait connaître". Nous nous sommes bornés à en rappeler sommairement les dispositions en nous étendant davantage sur celles qui regardent la fabrication.

Dans le préambule il est déclaré que ce sont les fraudes qui se commettent « journèlement en grand nombre » qui en ont motivé la rédaction, parce que « les tapissiers et marchans de tapisserie cherchans plus leur singulier prouffict et commodité que la perfection » de 1 ouvrage se sont avanchez, soubs umbre de luy donner lustre, d’y contourer et paindre choses non faictes ou deuement ouvriés “ au fond de ladicte tapisserie ». Ces fraudes avaient réellement une très grande gravité parce qu’elles tendaient à déprécier la renommée des ateliers d’où sortaient les objets fabriqués. D’autres abus à réprimer regardaient la trame, l’emploi des laines et des soies, leur teinture, etc. L’édit se divise en quatre-vingt-dix articles qui sont répartis sous cinq rubriques. L’article 1" obüge tout maître ouvrier qui veut continuer à exercer sa profession, et qui n’habite pas une des localités suivantes : Louvain, Bruxelles, Anvers, Bruges, Audenarde, Alost, Enghien, Binche, Ath, Lille, Tournai « et autres francs lieux èsquelz sur ledit mestier y a ordonnance et pollice », à

1 Registre aux actes, t. II, fol. i5, dans la collection des Papiers d’État et de l’audience, aux Archives du royaume.

2 Gachard, Relation des troubles de Gand, pp. 5o2, 5o3, 5o8, 5og, 5i8, 5 ig et 521. La narration des troubles arrivés à Audenarde se trouve dans Van Cauwbnberghe, Lettres sur l’histoire d’Audenarde, p. a3t.

3 Audeuaerdsche mengelingen, t. !«, p. 3go.

* Gaciiard, toc. cit,. p. 704.

3 Le texte en français est imprimé dans les Placards de Flandre, t. 1er,

p. 610; il a été reproduit par M. Van de Graft, de Tapijtfabriekcn, etc., p. 4*> et longuement analysé par M. Van Cauwenberghe, Quelques recherches, etc., p. 27, et par Houdoy, les Tapisseries de haute-lisse p. 5a. La minute (en français) de l’édit se trouve dans la collection des Papiers d’État et de l'audience,

TAPISSERIES FLAMANDES

prêter serment de se conformer à l’édit dans la ville sous laquelle il voudra

regardent le, franc, mata, le, fil, de matuea, le, ouvrier, e, le, apprend, ; le, condirion', d’.dmillTd.T ,Ï

avaient ù payer, « leur, obl.ga.ron, reapeetivea. - L’.nkle 3o preaeri, . que .on, franc, mai,,™,, venill.n" e, lever a, *” ! XI , mesne, et negoeiatton de ,.p,.„e„e ,ero„, tenu, de prendre e, «lire «ne tnar,„e on en.elgne, e, de 1, préae.te, ,

« mise et registree au hvre quy se tiendra audit mestier à ccste fin, avec leur nom et surnom i„n„A, ’ P 16

« maistre tiendra sa vie durant, sans aulcunement altérer ou changer » Voici au suiet de la mamn C V* en*eiSne chascun maistre ouvrier faisant telle tapisserie ou 1,; faisant laite, sera tenu de faire ouvrer sur l'un de, bemzd’i.eu'X ,» fo“Î îadic'J Ïl!' , sorte ,. marque ou en.etgne, „ ,111, ordonnera, afin que p„ telle, enseigne, e, m.r^fi.o^eu

venant au priz de vingt et quatre patars susdits et au-dessus. » Il

« que ce soit ouvrage de ladicte ville résulte de

que renferme encore sériés tissées « sur le pli

tel maistre ouvrier, c

,ue le, ouvrage, enroua de e, prit. „ dev.iem p^^XiST

1 “ ‘U,a !"'■ ,En mm d“ *"kl“ “4 «8i a tait défendu de mettre la marque d’une ville ,ur le, tapis-

pay, ou hors : de v.lle e, l.eu franc ., le.quelle, ne pouvaient 6„e mi.e, en vente â l’intérieur de, ,i“JT. le, )ours de fo.re, franche,. La propriété de 1. marque étal, g„,„,ie contre le, contrefacteur, par l'article 8S - Le, JdJ 3 , 1 3, 39, qa à 44, >», 53, >7 86 e, 87 traitent de, diverse, espèce, d’ouvrage,, de, madères, de, codeur, e, de î. tel., ur St , , pou,,, employer pou, chacun, d’elle, et ,1, dé.ermtnen, le, qualité, d’eaécution que ce, ouvrage, doivent présenter, sou, le rapport de, tissu, et de, couleur,. La liberté d’execnter ou de faire exécuter toute, sorte, de tapisserie, étal, reconnue 4 chacun mai, lWla 3, ajoute que le maître taptss.er, lors de . l'érection de ,on me.iier et de son ouvrage ., doit déclarer aux doyen, e, iur’é, „ en d„,„,

« en-dessoubz quel pris il entend ouvrer ou faire ouvrer ». Les articles 32 et 33 interdisent à c des tapisseries d’une valeur de 8 patards de Brabant l’aune, et au-dessus, et à c

x doyens i

x qui auront opté pour l’exécution

r , -X qui auront choisi les ouvrages de 24 patards l’aune

„ en faire de moindre prix. - Dan, le, ouvrage, de cette dernière catégorie, dit l’article 3!, . le, te.te,, ne,, yeoix, bouche, de pecom . nage, e, semblable, ,e profileront ouvreront au fond de 1, „pi„erie ,. Chaque pièce, d’aprè, l’article 40, devait être entièrement travaillée par un seul et non par plusieurs ouvriers s’occupant chacun i.olément de la confection d’une partie. — De, mesure, sont égale ment prises relativement au lustre à donner aux ouvrages, dans le, articles 49 4 5 a. On défend (art. Soj à toute personne n’app.r, en.,., pa, au métier e, qui ne .er.it pa, , ydoine à ce faire, e, en telle qu.lilé admi.e par doyen, e, juré,, et ayant Met le serment dose rigler « suyvant ccste ordonnance, d appoinctcr et donner lustre ou d’amender aulcune tapisserie ». Pour faire ces travaux de lustrage on ne pouvait (art. 5i) « user d'aulcune paincture, couleur et estoffe fresque, hors mises l’encre et la couleur de foullegraine ; laquelle « estoffe fresque s’usera seulement pour ayder à faire dausseurance 1 et séparation des fruietz, verdures, membres et semblables, l’un de « l’autre, s’ils trouvent que l’ouvrage et tapisserie le require, et sans desdietz couleurs povoir faire chose quy ne seroit ouvré au fondz » de ladicte tapisserie et ouvrage ». Ces « ouvriers appoincteurs ou donnant lustre à la tapisserie » pouvaient, c’est le texte de l’article 52, « user de blanche croye, terre rouge et noire, pour ayder et appointer visages et membres nudz, ensemble ouvrer de sembla- « blés couleurs au fond de la tapisserie, pourveu que desdietz croye noire ou rouge terre ilz n’en facent couleur fresque, ains l’usent « secques, et qu’ilz ne fâchent chose quy ne soit faicte et ouvrée au fond et camp de ladicte tapisserie ». Une fois celle-ci achevée, il était absolument défendu (art. 57), sous peine d’une forte amende, au maître à qui elle appartenait, ou au marchand qui l’avait achetée et à tout ouvrier appointeur « se meslant de donner lustre », « de plus toucher ou faire toucher ù icelle », à moins que la tapisserie ne fût défraîchie ou gâtée, « et que l’acheteur voulsist en telle tapisserie avoir mise quelque armoyerie ». — Les conditions pour entreprendre l’exécution et pour la livraison de tapisseries étaient réglées par les articles 45, 46 et 47. — L’article suivant donnait une garantie sérieuse contre la contrefaçon, en ce qu’il défendait, sous peine de 3o carolus d’or d’amende, à tout a franc-maistre, compaina gnon ouvrier, apprentif, paintre ny aultre quel qu’il soit », de « contrefaire, tirer, paindre ou prendre le patron qu’un aultre maistre a fait faire et pourtraire à ses coustz et despens ». — La visite des ouvrages est déterminée par les articles 5q à 56, et la vente par les courtiers par les articles 58, 59, 60 et 62. — La garantie contre les soustractions des fils et des matières servant à la fabrication fait l’objet de l’article 61. — Une vingtaine d’autres ensuite sont consacrés aux officiers du métier et aux devoirs de leurs charges (articles 63 à 71), à la délivrance par eux des certificats aux ouvriers (art. 72 à 75), et à la comptabilité qu’ils devaient tenir (art. 76 à 83). — Parmi les amendes comminées, il y en avait qui montaient à io, 20 et 3o florins carolus d’or. Elles étaient même de 100 carolus contre les courtiers qui devaient être « gens de bien, de bonne faime, réputation et crédit », et qui auraient enfreint leur serment en vendant de la marchandise contenant quelque fraude prévue par l’édit, et aussi contre ceux qui se seraient entendus avec l’acheteur pour déclarer un prix inférieur à celui de la vente (art. 58 et 59). D’autres contraventions entraînaient un pèlerinage à Rome ou à Saint-Jacques, en Galice (art. 47 et 56). Le silence gardé par les doyens et jurés sur un cas de fraude à dénoncer à l’officier de la ville entraînait la peine du bannissement (art. 70). Enfin le faussaire qui « se présumera de contrefaire, falsifier, faire ou enfasser la marque d’un aultre », devait avoir la main droite coupée (art. 88).

En faisant la publication de cet édit, le magistrat d’Audenarde, d’accord avec le bailli, avait déclaré que l’obligation de s’y conformer serait différée jusqu’à la fin du mois de décembre, afin que l’on pût en prendre bonne connaissance. Et comme quelques points étaient un peu obscurs il en donna publiquement, le >5 janvier suivant, une interprétation sous forme d’ordonnance 3, prescrivant en même temps la formule du serment à prêter par chaque fabricant habitant la ville ou la campagne lors du dépôt de la marque choisie par lui et déclarant qu’il a été résolu de prendre pour marque d’origine l’écusson aux armes de la ville, à l’exception du lion de sable qui sera négligé, à cause delà difficulté de le reproduire dans une aussi petite dimension, et que la marque par conséquent se composera d’un écusson au champ jaune [d’or], à trois barres rouges [de gueules], couché sur une paire de lunettes brisées 3. Divers articles de l’édit furent plus tard, après un long examen de la part des doyens, des jurés et des anciens du métier, l’objet d’un factum qui fut remis solennellement au magistrat dans une de ses réunions, au commencement du mois d’avril 1 5q5 . Celui-ci prit en considération plusieurs de leurs observations, et publia à ce sujet une ordonnance qui porte la date du 1 6 mai. Certains points qu’il ne lui avait pas été possible d’expliquer d’une manière satisfaisante furent rédigés sous forme de mémoire, et soumis à l’appréciation du procureur général de Brabant, qui déclara verbalement se rallier à l’interprétation du magistrat, et cette réponse fut immédiatement communiquée aux gens du métier, à leur grande satisfaction*. L’expérience apporta d’autres changements à l’édit de 1544. En vertu de l’article 7, chaque

1 C'est ainsi que le mot est orthographié dans les Placards de Flandre,

que donne Roquefort, dans son Glossaire de ta langue romane, et qui signifie éloignement, distance, etc.

8 Cartulaire des métiers, fol. 192, aux archives communales.

« sene de wapene derzelver stede, ghereserveert den zwarten leea, den- « welcken es achterghelaten omme de zwacrheyt ende clenheyt van't maken

« tene : een schildekin, danof ’t velt ghelue, met drie rooden barren, lig- « ghende op eenen bril die breken sal achter ’t selve schildekin...» Cette mar que a été recueillie par M. E. Muntz sur une petite tapisserie représentant un

organisée, à Paris, en 1876, par l’Union centrale des Beaux-Arts appliqués à

l’industrie. ( Voy. le Catalogue, p. 206). La même marque, avec quelques

ries faisant partie du mobilier de la couronne, à Vienne, et entre autres sur les trois tapisseries du seizième siècle représentant l'Histoire d'Hcrcule qui

â l’occasion des inondations arrivées dans plusieurs provinces de l’empire d’Autriche. Voy. le catalogue qui a été publié à ce propos, n°» 53, 54 et 55.

‘ Cartulaire des métiers, cité, fol. 197, et archives du métier, aux archives communales.

maître ne pouvait plu. .voir qu’un seul apprenti, 4 moin» qu’il n'eut un fila Intime auquel il pouvait en même tempa m.oigner aa profession ■ les statut, de 1. corporation d’Audenarde de 1441 toléraient l’admission de trois apprentis. On s’aperçut bientôt que ce chanaement radical causait un préjudice énorme 4 la prospérité du métier, et trot, années ne s’étaient pas écoulée, depuis 1, publication de l’édit impérial, que le magistrat se vit obligé, par ordonnance du sp septembre , 547, d’tntrodutre des réductions dan. le. taux de 1. somme 4 payer par les habitants de la ville et par ceux de la chStellente pour etre admis à la maîtrise’. Ces modification, eurent un heureux résultat. D’autres furent encore successivement faite, aux articles 09, 65 et p, sur les réclamation, des doyens et jurés du métier, par des lettres patentes des 1" avril . 555 (n. st.j, .0 octobre i558 et 14 novembre i55g, qui autorisèrent l'.lfranchissement de tous les enfant, d'un maître, - l’appel devant le magistrat ou la loi de la ville des sentences prononcée, par les officiers du métier, — et le droit à chaque maître de prendre deux apprentis, soit qu’ils fussent ses propres enfants ou des éirangers '. Enfin, une ordonnance du magistrat du 2 mars 1 565 |n. st.) réduisit de moitié la somme à payer pour être admis comme profileur afyetter), laquelle avait été reconnue trop élevée 3.

A quelque temps de là le magistrat d’Audenarde, conjointement avec la corporation des haute-lisseurs, intenta un procès au magistrat de Gand devant le conseil privé, parce qu’il n’avait pas encore publié l’édit de 1 544, dont il prétendait que certains articles étaient contraires à la charte que leur avait octroyée Charles-Quint, en 1540. Un assez grand nombre de maîtres et d’ouvriers d’Audenarde étaient allés demeurer dans cette ville, à cause des facilités qu’ils y trouvaient; il y avait là par conséquent un grave danger pour l’existence de la corporation. Par sentence du 3o septembre 1 553, il fut enjoint à ceux de Gand de faire la publication requise *. Il résulte de la requête qui fut présentée par le magistrat d’Audenarde pour obtenir les lettres patentes de i55g dont il vient d etre parlé, et du préambule de celles-ci, qu’elles furent accordées pour éviter la ruine imminente du métier, en considération de ce que, par suite de la peste qui avait sévi quatre ans auparavant, la mort avait enlevé un nombre considérable de maîtres, de marchands, d’ouvriers et d’apprentis appartenant à la corporation des tapissiers, et que l’on comptait parmi les victimes du fléau environ un millier de chefs d’atelier5.

Le 24 août 1 566, date bien néfaste dans les annales de l’histoire artistique des Pays-Bas, à cause des bris d’images commis par les iconoclastes, ceux-ci saccagèrent plusieurs églises et couvents à l’intérieur de la ville. Cette troupe était, d’après les témoignages oculaires, composée en majeure partie de gens habitant les villages des environs, et qui s’occupaient de la fabrication des tapisseries8. Déjà depuis quelque temps ils étaient fanatisés par les prêches clandestins des ministres calvinistes qui avaient eu lieu dans la campagne autour de la ville7. Les enquêtes successivement ordonnées par Marguerite de Parme8 et le duc d’Albe pour s’informer de ce qui s’était passé, firent connaître les noms déplus de deux cents personnes qui s’étaient compromises dans ces dévastations insensées ou dans ces assemblées défendues; beaucoup s’étaient soustraites, par la fuite en Angleterre et en Hollande, au châtiment qui les attendait. Quelques-uns des plus coupables furent exécutés, et les autres condamnés au bannissement, tous avec confiscation de leurs biens.

Parmi les noms qui se rapportent à l’objet de nos recherches, il nous faut citer : Jacques Blommaert, qui avait « fréquenté les presches et aultrement se fortmeslé du fait de la nouvelle secte », et dont il sera encore question plus loin ; Jacques Gheleyns a ayant grandement favorisé les sectaires et hanté les presches » ; Gilles Stichelbaut, « sectaire, famé qu’il a esté en Anvers quant on saccageoit et brisoitles aullels et imaiges es églises d’ilecq, etde là aporté avec lui une image d’alebastre; aussi famé d’avoirattiré et persuadé plusieurs

23 juillet, en l'avertissant des assemblées qui avaient eu lieu : « . Les

<i remonstrans donnent à cognoître qu’il se faut en ladicte ville autant et plus « défier de la commune quy est dedans et aux vilages d’alentour, à cause 11 que par cessation de marchandise ils ne treuvent à besoigner, et partant « sont apparens d’estre réduits à extrême povreté comme estans la pluspart « povres tapisseurs et autres tels manouvriers quy ne treuvent plus à besoi- 11 gner. » Marguerite répondit, le 28, qu'elle approuvait toutes les mesures que l'on avait prises à l'égard des réunions iclandestines; sa lettre se

terminait ainsi : 11 . Et si en ladicte ville l’on sceut trouver quelque

e moyen de donner à besoigner à bonne partie de la commune, fust aux n ouvraiges de la ville ou aultrement, et que aussy les riches bourgeois 11 marchans employassent quelque argent à faire besoigner, tant en tappis-

n deniers au retour du bon temps, que voulons espérer ne tardera longuen ment; ce seroit oster aucunement l’oysiveté, qui causant pauvreté,

sion, et de longues années devaient s’écouler avant que le calme ne se rétablit dans nos malheureuses provinces. Ces deux documents sont imprimés (pp. i3 et 21) dans D.-J. Van der Meersch, Mémoire justificatif du magistrat d’Audenarde, etc., qui a été publié en 1842. Nos citations sont faites d’après les originaux existant dans le tome VIII de la Correspondance de Flandre, Artois, etc., fol. 280 et suiv.

« On sait que cette princesse, femme d’Octave Farnese, duc de Parme, vit le jour à Audenarde. Elle était la fille naturelle de Charies-le-Quint et de Marguerite Van den Ghcenst, dont le père était haute-lisseur de son métier, et habitait le village de Nukerke, près de cette ville. ( Messager des sciences et des arts; Gand. i836, p. 417, article de C.-P. Serrure, intitulé : Sur la naissance de Marguerite de Parme ; — D.-J. Van der Meersch, Recherches historiques sur l'origine maternelle de Marguerite de Panne, imprimées à la suite du Mémoire justificatif du magistrat d' Audenarde, cité plus haut.

TAPISSERIES FLAMANDES 101

* ■*;.*“ ™vrl?" *J* no.nvelle ” ,c“ * > r " T • ch“( *» « w»» i„8i „ „ „i,0„ ,uknns mlni„„s , .

0,11e. Ven tan Bro.cte «eu. d evo.r é,é du tabli p„ le. pmi™, de le nouvelle religion ■ . Tou. ,u.„e talent de.

fabricants de tapisserie, établis 4 Audeu.rde, et non. pos.édon., au sujet de. marchandise, qui furent confisquée, cur ies trois dernier, de. détails fort curieux - On saint au profit d„ roi au domicile de H.ppaert e, cher sou facteur a Anvers, deux pièce, de , -Histoire J /ma c, six de IH.m, r, i AUydre-le-Grand, deux autres à personnage., deux petite. 4 figure., appelée. . caban ., =, deux de verdure. OU B feuillie » •. Chez btichelbaut on s empara d’une trentaine de tapisseries, parmi lesquelles F Histoire de Jacob et une autre de r Histoire de David e

t une tenture de huit pièces de

., , s Pièces *• Les tapisseries trouvées chez Van den Broucke consistaient en

quatorze pièces à figures, appartenant a deux histoires différentes dont les sujets ne sont pas désignés dans le document qui nous apprend ces particularités; en huit autres « de feuiUiage », et en trente-deux coussins « figurez ». Le duc d’Albe envoya à Audenarde, au mois de novembre 1 568, un agent avec ordre « d’y lever touttes les tapytseries confisquez », de les emporter à Gand, et de là de les' expédier à Bruxelles à Martin Van den Berghe, qui était le trésorier général des confiscations s. Dans le registre où sont renseignées les sommes provenant de la vente des biens saisis, on lit encore que celui qui en rend compte « tenoit ès mains de Pierre Van Orley, Josse Huevick a et Roland Van der Moten les parties de tapytseries qui s’ensuyvent, ayantz appartenu à Michel Van Orley, assçavoir’: une pièchede .. xxviij; une aultre de xxiiij; deux aultres, chascune de xx aulsnes; ung aultre de xvj; ensemble une poorte contenant xij aulsnes. “ qui Par cnsenlble fom cxx aulsnes, au pris de xlviij solz parisis chascune aulsne » 6. Michel Van Orley était établi comme tapissier à Audenarde depuis vingt ans lorsqu’il sollicita le titre de bourgeois qui lui fut accordé par lettres patentes du 5 décembre t563 7 , lui et Pierre, son fils, furent bannis, l’un comme « consistoriant », et l’autre en qualité de e faulteur des sectaires » ». Un dernier fabricant de tapisseries du nom de Pierre Bakereel, qui habitait la paroisse de Leupeghem, près d’ Audenarde, avait été pendu au mois de juin 1 5 67 ». Ses biens devaient Être assez considérables, puisque la vente qui en fut faite a été l’objet d’un compte particulier ,0. Les lignes suivantes prouvent combien l’existence de l’industrie de la haute-lisse eut à souffrir dans cette ville de ces événements de l’an 1 566, auxquels participèrent bien des gens qui s’étaient, sans aucun doute, laissés entraîner par l’exemple; elles sont extraites d’une espèce de mémoire adressé au comte d’Egmont, gouverneur de la Flandre, qui avait appelé auprès de lui quelques députés du magistrat d’Audenarde afin d’apaiser un conflit administratif et de s’enquérir de la situation de la cité. Voici ce texte : « Lesdicts députés donnèrent aussy b à cognoistre à Son Excellence qu’on entendoit des doyens, officiers et jurez delà négociation des tapisseurs, qu’au nombre de ceulx a quy s’estoyent enfuys pour les nouvelletez, y en avoit plusieurs se meslans de la tapisserie, lesquels donnoyent à besoigner et « entretenoyent grand nombre demainouvriers; et que les autres quy estoyent demourez n’osoyent sy asseurément donner à besoigner, <1 comme paravant, et ce de peur des officiers de Pamele, Bevere, Quaremont et autres du plat pais, quy arrestent et saysissent jour- « nellement les laines, filets et tapisseries qu’ils treuvent en leur juridiction, sans les vouloir rendre ou relaxer, sans avoir « anestation que les maistres n’ayent point esté gueux. Et par ainsy il est grandement à craindre que l’absence desdicts maistres, et la « décadence de la négociation causera grande povreté en la ville, comme déjà bien avant a commencé ". »

Le 7 septembre 1572, la ville d’ Audenarde fut surprise par la troupe qu'on appelait les Gueux de bois, à la tète desquels était Jacques Blommaert l!, l’ex-fabricant de tapisseries qui s’était enfui en 1 566 pour ne pas être appréhendé, et qui depuis s’était enrôlé dans l’armée levée par le prince d’Orange. Pendant près d’un mois que ce forcené et sa bande furent les maîtres dans la cité, on y commit toutes sortes de dévastations et de crimes ; les magistrats furent emprisonnés; les églises et les maisons religieuses pillées de nouveau, et six prêtres noyés dans l’Escaut15. Cette malheureuse ville tomba, le 16 février 1578, au pouvoir des Gantois qui avaient aussi embrassé le parti de la révolte contre Philippe II, et ce ne fut qu’après un assez long siège que le duc de Parme parvint à s'en emparer; il y fit son entrée le 19 juillet i582, et le magistrat lui offrit, en reconnaissance de ce qu’il avait rétabli la

dans le t. XVII des Papiers du Conseil des Troubles,

s registre n° 18877 dc la Chambre des comptes, aux Archivi x folios 94 r», 98 r», 104 v» et 143 v». rt audict Happaert avoir appartenu les pièches de tapytseri issçavoir : une pièche contenant xx aulsnes et ungaultre de : iii j aulsnes en l’extendue, Histoire de Ysaac, estimées à xlv;

de tapytseries à figures, c ensemble exx aulsnes, es'

èche di

.. feu I liage

s Voy. rcgisl

re piéches de tapytz, les deux à figures i is pièches de tapytseries que seroient de

1 valeur de lxxv

. (sic) et

0 Ibid, t Phiuf

lour les marchans de tapytserie d Au enduz, assçavoir : les quatre premier!

aulsnes et demy, à Diego Dosma, r

;s deux aultres parties

: supplicatie va ,, ghecocht poortere, wonende binnenonser Int hy suppliant wel twintich jacre veest binnen der voorschreven stede

:nt ons beliefde de poorterye aldaer 1 expedieren onse behoorlicke brie oedelyck ghebeden hceft. Soe eyst, e

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d’Alixandre fut ri

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Michel

« deux aultres pièches, l’une desquelles ( ■ires ès mains dudit Bauduwin Huevick, valeur dc xl à xlij pattars l’aulsne. Le dénur

de la ville d' Audenarde; 1

fils d’Évrard, qui était le frère du célèbre peintre Bernat » Tome XVII des Papiers du Conseil des Troubles.

» Van Cauwenberghe, Letlressur l'histoire d'Audena 1» Registre n« 18877 cité» fo1- l57 v°- Le comPtc on 9

is ni à Lille.

D.-J. Van der Mes

justificatif du magistre

fyNCKius Geusianismus Flandriœ occidentalis, p. 85.) is Voy. Van CAuwENnERGiiE, Lettres sur l’histoire d’ Audenarde, pp. 277 a

ville sous l’obéissance du roi et l’avait délivrée « de la tyrannie des hérétiques' », une riche tenture représentant l'Histoire d’Alexandre le Grand , qu’il paya environ 2,000 florins à Josse de Pape. Ces occupations successives d’Audenarde par les Gueux de bois et par les rebelles de Gand y occasionnèrent des émigrations de maîtres et d’ouvriers; de pareils événements n’étaient pas en effet de nature a y maintenir 1 industrie locale en activité. Après la prise d’Anvers, en 1 585, les provinces méridionales des Pays-Bas commencèrent à respirer. Un document du mois de juillet 1587 constate que plusieurs des principaux marchands de tapisseries avaient repris leur commerce avec la métropole de l’Escaut \ Toutefois, la corporation était loin, à la fin du seizième siècle, d’avoir récupéré son ancienne prospérité. Elle n’avait plus alors les ressources nécessaires pour payer les gages des officiers du métier et le chapelain chargé de dire la messe à l’autel de Sainte-Barbe ; on n’était pas même en état de faire faire au local et aux meubles les réparations les plus urgentes. Dans l’espoir d’apporter quelque remède à cette fâcheuse situation, le bailli et le magistrat, d’accord avec les doyens et jurés, firent une ordonnance, le 18 mai i5g6, qui introduisait des modifications dans les taxes à payer pour acquérir la franchise du métier, et qui renfermait quelques dispositions tendant à faciliter l'exercice de la profession8. Les résultats ne répondirent pas entièrement à ce que l’on avait espéré, car deux ans plus tard, on essaya d’un autre moyen pour augmenter les finances de la corporation, en décrétant, le 12 septembre i5g8, un règlement établissant une taxe sur la location des tapisseries que l'on avait coutume d’emprunter pour les fêtes et solennités de toute espèce4. Le magistrat faisait vraiment tous ses efforts pour relever la fabrication de la tapisserie, la preuve nous en est encore fournie par son ordonnance du 2 janvier 1604, qui obligeait tous les maîtres à faire teindre leurs fils à la teinturerie qu’il avait établie depuis peu de temps8- Il résulte d'un document de l’an 1607, que le métier avait repris alors certaine activité"; il continua à prospérer, grâce en majeure partie au calme apporté par la trêve conclue en 1 609 avec les Provinces-Unies ; mais cette situation favorable faillit être compromise par une mesure que le gouvernement prit en mai 1 625, et qui avait très probablement pour but d’entraver les relations commerciales avec les provinces rebelles, lorsque la guerre eut recommencé. La mesure en question prohibait l’entrée des laines pelées fgeplotte-ipollej qui provenait de diverses contrées de l’Allemagne. Aussitôt les plus notables maîtres et fabricants d’Audenarde adressèrent leurs réclamations au magistrat pour être transmises à Bruxelles7, et très probablement il en fut de même dans d’autres localités, car c’était pour toutes les corporations de tapissiers une question vitale que de pouvoir se procurer les matières premières à bon marché et en abondance. Ceux d’Audenarde représentèrent que la fabrication et le commerce des tapisseries faisaient vivre environ vingt mille personnes dans la ville, la banlieue et les villages situés à deux lieues à la ronde ; que si la prohibition était maintenue, plus de la moitié tomberait dans la misère, et qu’il était grandement à craindre qu’une partie de cette population n allât chercher sa subsistance en Hollande et en Zélande, et même en France et en Angleterre, au grand détriment des manufactures du pays8. Malgré ces réclamations quele magistrat avait appuyées auprès du gouvernement, et auxquelles on aurait dû faire immédiatement droit, ce ne fut qu’à la fin du mois de mars que la libre entrée sur toute espèce de laine brute fut autorisée8.

Ces craintes des échevins de voir leur ville déchoir par l’abandon de maîtres et d’ouvriers tapissiers n’étaient que trop fondées, et ils parlaient par expérience. Depuis 1 566 les émigrations forcées par suite des sentences de bannissement et les émigrations volontaires occasionnées par les troubles avaient causé un tort trop considérable à la manufacture de la tapisserie pour ne pas appréhender qu’elle ne diminuât encore d’importance par le départ d’autres membres de la corporation de Sainte-Barbe. Les troubles arrivés dans les mêmes conditions à Valenciennes et à Tournai n’y avaient-ils pas amené aussi la décadence de cette belle industrie? On pourrait citer ici les noms de quelques Audenardais qui s’étaient fait recevoir bourgeois à Gouda en Hollande, à Middelbourg, en Zélande ", etc., dans les années 084a 1589 et plus tard. D’ailleurs des faits tout récents justifiaient les appréhensions du magistrat. Déjà en 1601, — un document le constate, — le roi Henri IV avait fait payer à un tapissier flamand une somme de 200 écus pour être venu demeurer en France et y avoir amené d’autres ouvriers ls. Une ordonnance de ce monarque, du 1 1 septembre de cette année, interdit « à tous marchans tapis- <■ siers et autres, de quelque estât et condition qu’ils soient, de faire doresnavant apporter, venir et entrer dans ce royaume aucunes « tapisseries à personnages, boccages ou verdures des pays étrangers, sur peine de confiscation d’icelles, dont le tiers appartiendra à “ CCUX de la comPaBn*e des maistres ouvriers et tapissiers ». La colonie flamande avait été installée dans des dépendances d’un ancien

1 " ..... in dancbaerheyt dot hy de stadt van Audenacrde ghebrocht " heef‘ in de onderdanicheyt van Zyne Majesteyt, ende vcrlost ute lyrannye ■ von den hereticken. ... ( Ibidem , p. 325, note 2, d’après le compte de la ville., Voy. aussi la notice de D.-J. Van der Meersch, intitulée : La monnaie obsidionale frappée à Audenarde en ,58a, qui a été imprimée dans le Messager rf« sciences et des arts; 1826, p. 355.

1 Archives communales.

8 Registre aux résolutions de i58gà 1608, ibidem.

4 Ibidem, fol. i25 v“.

* Ibidem, fol. 176.

et soixante ateliers { wynckels ). Leur requête est imprimée avec celle du magistrat dans le recueil intitulé : Audenaerdsche mengelingen, t. V, pp. 373 et 375, et dans Van Cauwenberghe, Quelques recherches, etc., pp. 57 et 5g.

7 Pièce sur parchemin du 15 décembre 1607, aux archives commu-

, hacre vryhede ende twee my t ende onderhauden zyn ghewc

bet aïs twintich duusent meinschen, by den ambachten ende neerynghe voorscyt, danof nu de helft oftedaer ontrent apparent is te vallon in groote acrmoede oft seer haest bedwonghen sal zyn te vertrecken naer Hollant ende Zeelant, emmers naer Vrankeryck oft Inghelant, omme het ambacht te continueren . (Copie du temps, aux archives communales.)

9 Placards de Flandre, t. II, p. 5.(3.

10 Obreen, Archief voor Nederlandsche kunstgeschiedenis, t. II, p. 24.

11 Voy. Van de Graft, de Tapijtfabricken der xvi • en xvii‘ leu iv, pp. to5

et 106.

t. XV, p. ig5. — Le même monarque avait établi en cette année une commission consultative pour les affaires du commerce et le développement des manufactures du royaume; elle s’enqucraitdcs moyens d’améliorer les unes et les autres, et il est question des « maistres tapissiers flamens », qui avaient été appelés à se présenter devant elle au mois de mai 1604. (Chamfoluon Figeac, Documents historiques inédits, t. IV, pp. 196 et 197.)

111 Lacordaire, Notice historique sur les manufactures des tapisseries des Gobelins; i853, p. 3i.

tapisseries flamandes

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siers pour France . Deu.v ans plus lard, placeurs jeunes gens du métier étaient partis pour ce royaume sous le prétexte d’anoren f* ■ ‘“f 8“. “““f " ; '}* "*>“* ■>= revenir cherchent à en entreiner d’.ttL p„ de belle, ploZtj Z

entrecote ,„e 1, ce y é„„ plu, contmode e, le, vin, ebondent, , et à beeneonp meilleur merchfé que le, We£T. S “ patrte. Le m.St, rat ne e.ch.nt quelle, me.ure, prendre ponr empêcher ce, départ,, ,’dtel, ,dr=«é en aou’ern-m tonsé, par apostille du 26 juin 1606 mi'p tnr » rpnnSm j r.i ur. . - ° ' 1

. . c . , a re1uete. de faire défense aux pères de famille de permettre à leurs enfants de vovaeer

à 1 étranger sous peine de confiscation et de bannissement; d’ordonner a1— -* - *- J- - - ^ ®

vement les embaucheurs *. En effet le 1" juillet suivant une ordonnât

s les mêmes peines, et de punir si

ux absents de revenir si

. . . , , ~ - - — e fut publiée dans ce sens 6. Nous ferons remarquer aue préci-

“ * ?r0q" “°rc « Fr“S°l* Van de, Plancha» (de 1. Planche), eortl, ton, den, de 1. Fl.ndi . plient

l’établissement de t.ptsserte, du ro, Henr, IV, qui les anobli,, ai, quelque, moi, plu, t.rd p„ letmes p.tente.du mois de iin.ler , filet leur confirma,, de trie grand, avantage, De telle, f.„„„ devaient, aucun doute, avoir eu beaucoup de rétéatlaacntcm dans tous le, centce, manufecturter, de, Pay.-Bas. Votct d’autres laits qni causèrent également de sérieuse, inquiétude, au, membres du magistrat d Audenarde et à ceutt de la corporauon de Sainte-Barbe. En , 6, , e, , 6 , e, „„i, maître, d’Attd.narde .emportèrent leur,

f? 1 • ““ ,U“ • “ 1 Ansl'“,m qui **'” 1 d1' *“ Pays-Bas pour 1, fabrique de h,„..-li,m

creee a Monlake par Fran(ot, Crâne, en fi,;, , et protégée btentfit par le roi Jacques I«. Ayant été instruit, de, nombreuse, émigrations qui avaient Leu, le, archtducs Albert et I.abelle ordonnèrent une .enquête 1 ce sujet à Auden.rde, i Brucelles i Anvers r\ Bruges e, S Engbien, an mois de janvier ,6e, •. Cette information n’eu, guère d. résultat, car l’on ne pu, constate, officiellement dit, 1, première de ce, localité, que le départ de quatre ouvrier,; bien d’antres émigrant, habitaient probablement de, village, au, environ. Presque chaque année quelques maîtres ou ouvriers abandonnaient leur patrie pour aller chercher fortune ailleurs Nous avons vu que Vincent Van Quickelberghe avait successivement essayé, de .620 à .625, de propager son industrie à Valenciennes, à Arras et à Lille, grêcc à des avantages que lut avaient accordés les magistrats de ces villes En 1622, le roi Louis XIII appela Philippe Robbins à la direction d’une manufacture de tapisseries fondée à Paris, et il l’anoblit, à l’exemple de Henri IV. Ces renseignements sont tirés d’une requête de Robbins lui-même, dans laquelle il dit, en outre, avoir été, «. en l’an 1664, à la ville de Beauvais, chef de tous les tapitsiers du roy et commandé tous les ouvriers et teinturiers de s’acquitter de leurdebvoir et faire de bonnes couleurs ce que K n’aïant plus sceu soustenir à cause de sa maladie continuelle, il a esté obligé de se retirer 1 était de retour de Paris à Audenarde en 1648

Postérieurement à l’époque où les échevins d’ Audenarde exposaient au gouvernement leurs craintes au sujet des émigrations de tapissiers, nous avons à rapporter d’autres faits du genre de ceux qui viennent d’être énumérés. Emmanuel et Jean Van Quickelberghe avaient déjà abandonné leur patrie antérieurement à 1 63 1 et étaient allés demeurer à Lille. Cette année-là Emmanuel partit pour l’Angleterre; Jean travaillait encore dans cette ville en [644 ,J. Gaspard Van Caeneghem alla s’y établir également avec sa famille et dix-huit ouvriers en 1 634 11 . Guillaume Van der Haute se fit inscrire dans la bourgeoisie de Bruxelles en 1 641 Jean Janssens (appelé Jans en France), autre maître tapissier que l’on dit aussi d’Audenarde, s’était engagé, en i65o, avec plusieurs de ses compatriotes, parmi les artisans qui travaillaient à la manufacture des Gobelins; il fut nommé tapissier du roi Louis XIV, par lettres patentes du 20 septembre 1654 « pour tous les bons services qu’il nous a cy-devant rendus et rend journellement », y est-il dit ,0 ; quarante ans plus tard, en 1693, il avait sous sa direction, soixante-sept ouvriers sans les apprentis ,T.

: requête q.u’ii

Quelque bien fondées que fussent les raisons invoquées par le magistrat d’Audenarde relativement au préjudice que pouvait causer à la ville le départ de quelques maîtres, il n'est pas moins certain que les fabriques devaient y être encore fort actives, puisqu’il est question, dans un document du 14 novembre 1644, de l’autorisation accordée à deux marchands de Lille, de faire passer en France, par Cambrai, pendant six mois, et ce « nonobstant la guerre et « la prohibition de tout commerce avec les subjeetz de ce royaume », deux mille pièces de nappes et serviettes, mille « chambres de tapisseries d’Audenarde, deux mille pièces de trippes de Lille, etc. 'S. Les charges militaires contribuèrent singulièrement à la dépopulation d’Audenarde vers le milieu du dix-septième siècle. Beaucoup de riches bourgeois et de marchands se retirèrent dans les grands centres, tels que Gand, Tournai et ailleurs, pour s'exempter des logements des soldats dont ils étaient accablés. Ce fut au point que le gouvernement se vit obligé, à la demande

< Lacordaire, Notice historique sur les manufactures des tapisseries des Gobelins, p. 33.

8 Entre ce nom et celui de Du Bourg (Maurice), appelé plus généralement Dubout, qui figure sur la liste des tapissiers installés au Louvre, en 1607, il y a une coïncidence que nous ne voulons pas négliger de faire remarquer. ( Voy . Guiffrey, les Tapisseries françaises, pp. 79 et io3.)

8 Audenaerdsche mengelingen, t. V, p. 77.

* Archives du Conseil privé, aux Archives du royaume.

3 Audenaerdsche mengelingen, t. V, p. 78; — Vax Cauwexberghe, Quelques recherches, etc., p. 55.

3 Et probablement d’origine audenardaise , car d’après les recherches de D.-.I. Vax der Meersch, dans lesquelles nous avons largement puisé pour notre travailles noms de ces familles se rencontrent fréquemment dans

’ Lacordairb, loc. cit., p. 3 2 ; — Guiffrey, les Tapisseries françaises, p. 107.

8 State Papers; vol. intitulé: Dameslic, 1619-1623, p. 72.

d'État et de l'audience, aux Archives du royaume. Nous avons publié à ce sujet un article ( The origin ofthe tapestry manufactory at Mortlahe ) dans le n» du i°r février 1868 de la revue anglaise ayant pour titre : The Clironicle, p. 1 10. La réponse du magistrat d’Audenarde a été imprimée dans les Audenaerdsche mengelingen, t. V, p. 372, et par Vax Cauwexberghe, Quelques recherches, etc., p. 56. Elle a été reproduite par M. le baron de Boyer de Sainte-Suzanxe, Notes d’un Curieux ( les Tapisseries italiennes et les tapis-

'» Voy. pp. 36, 42 et 48.

11 Audenaerdsche mengelingen, t.Ior, p. 73; — Vax Cauwexderghe, Lettres

notice intitulée : Quelques recherches, etc., p. 63, sur la foi d’une assertion qu’il a puisée dans la Revue de la numismatique belge, 2» série, t. IJ1, p. 277, que

Iû4 histoire générale de la tapisserie

du magistrat, de défendre, par des ordonnances du 21 avril et du 27 novembre 1646, de sortir de la ville sans l’autorisation des échevins, et d’enjoindre à ceux qui avaient changé de résidence, de retourner dans les deux mois après la publication, sous peine d’une amende de 1,000 florins'. En i654, on envoya à Audenarde un régiment de cavalerie espagnole pour y tenir garnison. Comme la moitié au moins des familles aisées se composait de maitres tapissiers et de marchands de tapisseries, c’était chez eux qu’avaient été logés ces soldats dont les prétentions n’étaient pas tolérables. Aussi plusieurs de ces fabricants s’empressèrent d’aller s’établir à Gand. Le magistrat fut mis en demeure par les principaux bourgeois d’envoyer à Bruxelles réclamer auprès du gouvernement; on lit dans sa requête, qu’à la suite de toutes ces exactions, la population de la cité avait diminué d un tiers, et qu il n y avait plus qu’un millier de personnes travaillant à la tapisserie’. Aucun document ne nous a appris si la ville avait été dégrevée de ses charges. Le magistrat essaya d’arrêter l’émigration par une ordonnance datée du 17 septembre i655 ", qui rééditait les prescriptions promulguées en 1646. Cette ordonnance visait surtout les maitres qui étaient partis pour Gand, et qui cherchaient à y attirer des ouvriers afin d’installer leur industrie dans cette ville, comme nous le dironsplus loin.

L’Espagne était alors en guerre avec la France, et le gouvernement des Pays-Bas ne pouvait songer à diminuer les garnisons des villes. Bergues-Saint-Winoc, Fûmes, Dixmude, Audenarde, Menin, Ypres, tombèrent successivement au pouvoir de Louis XIV dans le courant de l’année i658; ces places furent restituées à Philippe IV par le traité des Pyrénées l’année suivante. Mais en 1667 la guerre recommença entre les deux puissances, et la ville d’Audenarde fut reconquise par l’armée française à la fin du mois de juillet, et détachée de la monarchie espagnole par la paix d’Aix-la-Chapelle, en 1668, avec un territoire considérable comprenant la province d’Artois et une partie de celles de Flandre et de Hainaut. L’annexion d’Audenarde à la France dura jusqu’en 1678. Elle fut favorable au commerce des tapisseries, parce que les produits de ses manufactures n’étaient plus frappés d’interdiction pour pénétrer dans ce pays. Dès l’année 1669, les principaux tapissiers, — il n’y avait plus que vingt-trois maitres et fabricants à cette époque, — passèrent une convention avec un courtier de Paris, pour y établir un magasin où seraient envoyées et vendues les tapisseries sortant de leurs ateliers *. Dans une ordonnance du 16 janvier 1671, faite par le magistrat d’Audenarde pour faire observer le placard de Louis XIV du 10 août 1669, et empêcher les fraudes dans les expéditions de marchandises en France, on lit que les maitres tapissiers « seront obligés de faire travailler « au commencement de chaque pièce et dans la lisière d’en bas leurs nom de baptême en brief et leurs surnoms a tout au long, afin que la fabrique d’un chascun soit cogneue1 * 3 * 5 ».

En 1664, deux notables bourgeois d’Arras, — nous avons raconté le fait en son lieu, — s’abouchèrent avec des ouvriers d’Audenarde, qu’ils avaient fait venir, pour rétablir la fabrication de la haute-lisse dans leur ville 6. C’est un agent de Colbert qui lui faisait connaître cette particularité. Ce grand homme d’Etat était alors très occupé de l’organisation des manufactures royales de tapisseries de Paris, d’Aubusson et de Beauvais, et il cherchait en même temps à introduire en France toutes sortes de fabriques qui florissaient à l’étranger. Il écrivait en octobre 1670, à quelqu’un qu’il envoyait visiter des établissements créés par lui dans les « villes conquises» : « M. Talon, intendant à Audenarde7 *, est fort instruit de tout ce qui se peut faire pour attirer les manufactures des villes d’Espagne en « celles de l’obéissance du roy, et mesme le traffic de toutes les marchandises qui leur venoient par la Hollande». Trois semaines plus tard il disait au même personnage : a .... Surtout ayez tousjours en veue qu’il faut que nous employions tous les moyens que nous « avons en main pour attirer les manufactures qui se font en Flandres et en Hollande 3.»

Pendant les années qu’ Audenarde appartint à la France, cette ville eut encore à supporter un siège, en 1674, et plusieurs maîtres tapissiers s’en allèrent transporter leurs pénates dans ce pays. Nous avons dit (p. 49) que Georges Blommaert et François Van der Stichelen s’établirent à Lille, en 1676, et Jean Cabillau, en 1679. Cinq ans plus tard, il faut enregistrer le départ pour Gand de Jean Baert, Louis Blommaert, et Macaire Gimbercy ; ce dernier était à la fois tapissier et peintre de patrons. Philippe Behaghel 9 *, qui avait obtenu, en 1675, quelques privilèges du magistrat d’Audenarde pour diverses améliorations dans la fabrication des tapisseries ,0, fut appelé, par lettres patentes de Louis XIV, datées de Versailles, le 19 mars 1684 ", à la direction de la manufacture des tapisseries de Beauvais, en remplacement de Louis Hinart, dont la gestion n’avait guère été heureuse; il y est qualifié de « marchand tapissier à Tournai et porte- « coffre de la chancellerie dudit lieu » Au mois d’avril 1 694, les dépenses qu’avaient occasionnées les guerres entreprises par le roi de France nécessitèrent la fermeture de la manufacture des Gobelins; une partie des ouvriers fut accueillie par Behaghel, vingt-trois autres

1 Archives communales.

» Audenaerdsche mengetingen, t. V, pp. 277 et 378.

3 Archives communales.

* Audenaerdsche mengetingen, t. V, p. 38o; — Van Cauwenbebohe, Quelques recherches etc-, p. 64.

5 Audenaerdsche mengetingen, t. V, p. 383 ; — Van Cauwenberghe, toc. cit., p. 66. Cette ordonnance a encore été réimprimée par M. Van de Velde, dans le Messager des sciences historiques; Gand 1864, p. 473.

0 “ 11 y a présentement dans Arras des ouvriers que les sieurs de Lclés “ et Parent ont fait venir d’Oudenarde, avec lesquelz ils confèrent pour l’es- » tablissement d’une manufacture de tapisseries... » (Depping, Correspondance administrative sous le régne de Louis XIV, t. III, p. 692.) Un autre agent de Colbert lui écrivait de Middelbourg, en Zélande, le 3o octobre 1663 : .< Vous “ pourrez aussy tirer d'Anvers, de Bruxelles et d'Oudenarde des tapis- 0 siéra...» ( Ibidem , p. 753.)

1 Claude Talon; il mourut à Audenarde en avril 1678, et il y a son épitaphe. ( Voy. les Audenaerdsche mengetingen, t. U, p. 402.)

3 Ibidem, pp. 854 et 855.

9 Le roi Louis XIV lui fit payer, le 3i octobre 1670, une somme de

1,000 livres, pour livraison d’un « tableau en tapisserie très fine qu’il a

« faict, représentant le chasteau de Fontainebleau ». (Guiffrey, Comptes des

bâtiments du roi sous le régne de Louis XIV, t. 1", col. 366. Ce fait concor-

haghel, où on lit que Philippe se maria à Paris, le 28 novembre 1669, en l’église de Saint-Hippolyte, avec une demoiselle Van Heuven.

19 Van Cauwenberghe, toc. cit., p. 63. Cet écrivain s’est trompé en disant que Behaghel a travaillé aux Gobelins.

11 Une copie de ces lettres se trouve dans le carton coté O, 17242, aux Archives nationales, à Paris, avec plusieurs documents très importants relatifs à la gestion de Behaghel. Cette date est fixée au 10 mars dans la notice de M. le baron de Boyer de Sainte-Suzanne, intitulée : l'Atelier de tapisseries de Beauvais (1876). M. Guiffrey, les Tapisseries françaises, p. i36, dit le 10 mai.

( Voy. Houdoy, les Tapisseries de haute-lisse, etc., p. 89.) Le peintre le Pape, d’Audenarde, qu’un mémoire du temps dit avoir été attiré à Beauvais par Behaghel, et y avoir fondé une école de dessin (Dubos, Notice historique

parent, car la mère de ce dernier s’appelait Florence-Françoise Behaghel. (Voy. Van Cauwenberghe, les de Pape ou une famille d'artistes à Audenarde, notice qui a paru dans le Messager des sciences historiques; Gand, iS62.)

TAPISSERIES FLAMANDES

io5

nés dans les Pays-Bas y retournèrent, don, quatorze à Bruxelles, hui, ù Anvers e, un à Bruges Cet événement mit fin aux émigrerions des ouvriers Flamands pour Pans. Puisque nous sommes ù rappeler les tapissiers d’Audenarde qui transportèrent leur industrie au dehors, achevons-en la nomenclature en citant Jean Baert, établi ù Tournai de ,692 à , 709 5, - ville appartenant alors à la France, - le meme très probab èmen, qu, fut se fixer a Cambrai, avec son fils, en .724 *; - Alexandre Baert, qui habitai, Amsterdam en ,704 ‘ ; - Adrien de Neuse (Van Neus ?) qui avait de, à travaille à la manufacture de Beauvais pendant dix-huit ans, c, qui s’en alla demeurer ù Gisors, en Normandie, en .7o3 », - et Liévin Schietecatte, qui fut se fixer à Douai en 1726 ». On en découvrira encore d’autres.

A peine la ville d’Audenarde eut-elle été réintégrée au pouvoir de l’Espagne (1678), que les plus riches tapissiers qui y travaillaient encore réclamèrent contre les logements militaires, menaçant de « se retirer hors d’icelle ». Le duc de Parme, gouverneur général des Pays-Bas, à qui leurs plaintes avaient été communiquées, pour leur donner satisfaction, écrivit le 1" septembre 1681, au magistrat, qu’il avait « enchargé au baron de « Courrières, gouverneur de la ville, d’y mettre remède, comme aussy d’avoir soiug que se fassent les casernes que « ladicte ville est obligée de faire, ordonnant, au nom de Sa Majesté, de n’y faire faute, pour estre une chose si « importante au service du publicq et de Sa Majesté7 ». Deux ans plus tard les pauvres tapissiers revinrent à la charge, déclarant dans une nouvelle requête au marquis de Grana, successeur du duc de Parme, « que plusieurs « de leurs confrères se trouvans à un tel point surchargez et accablez du logement de gens militaires, qu’ils n’y « pouvoient continuer la confection des tapisseries, ils s’étoient fil à fil absenté et avoient changé et fixé leur « domicile dans celles de Gand et Anvers, mesme dans les villes de Tournay et Lille, après qu’elles avoient esté « occupées par les armes du roy très chrestien, au grand préjudice de Sa Majesté et du publicq, » et que « les « François appliquent tous les soings et artifices imaginables, afin d’attirer quelques suppostz dudict stil et « manufacture soubs leur juridiction, tant par promesses d’un considérable avancement des deniers qu’autres « privilèges pour l’exercice de leurdict mestier, et par ce moyen rendre ladicte ville d’Audenarde entièrement « dépeuplée et spoliée de semblables artisans et d'une manufacture si importante, utile et renommée par toute « l’Europe8. » Une autre calamité anéantit la moitié de la ville d’Audenarde au mois de mars 1684, alors qu’elle fut bombardée pendant cinquante-huit heures, par les Français0, qui venaient à peine d’abandonner cette place en vertu du traité de Nimègue.

Près de quatre cent cinquante maisons furent détruites. Ce fut là véritablement le coup de grâce de l’industrie dont nous venons de retracer l’histoire. La trêve conclue pour vingt ans à Ratisbonne, quelques mois après ce désastre, et que l’on avait accueillie partout avec joie, fut de courte durée, car la guerre recommença en 1689, et les armées de Louis XIV occupèrent de nouveau une partie de la Belgique. Cette situation dura jusqu’au traité de Ryswyck, qui fut signé en 1697. La succession de Charles II, roi d’Espagne, ramena en 1702, les armées belligérantes dans notre pays. Enfin la paix générale fut conclue à Utrecht le 1 1 avril 1713, et les Pays-Bas définitivement adjugés à l’empereur Charles VI. A cette occasion on avait convoqué à Bruxelles des représentants de toutes les industries du pays, et deux tapissiers d’Audenarde s’y étaient rendus pour exposer, sous forme de mémoire, leurs griefs au sujet des tarifs, avant le départ des diplomates chargés de régler les clauses du traité

Durant cette longue période d’années qui s’était écoulée depuis le milieu du dix-septième siècle, la fabrication de la haute-lisse n’avait cessé de décliner, sauf pendant la réunion d’Audenarde à la France ". Par arrêt du conseil d’État du 10 août 1669, les droits d’entrée sur les tapisseries, tant vieilles que neuves, provenant de cette ville « et autres lieux de Flandre», — dit le texte, — furent alors réduits au taux du tarif édicté en septembre 1664, qui était de 60 livres le 100 pesant, tandis que celles d’Anvers et de Bruxelles étaient frappées au double. Mais quand elles étaient rehaussées de soie, d’or ou d’argent, elles devaient payer dix pour cent de leur valeur. Un autre tarif, en date du 18 avril 1667, avait, dans le but de favoriser les manufactures de tapisseries créées en France, imposé les produits d’Audenarde à 1 00 livres, et ceux des deux autres localités citées plus haut à 200 livres. Quoique la ville d’Audenarde eût été rendue à l’Espagne, l’arrêt du 10 août 1669 ne fut révoqué que par un autre du 6 décembre 1687, qui remit en vigueur le tarif de 1667. L’exportation des tapisseries reçut, en 1691, un coup plus désastreux encore, qui équivalait presque à une prohibition complète. Un arrêt du conseil d’État, daté de Versailles, le 21 août, augmenta les droits sur les tapisseries d’Audenarde jusqu’à 120 livres du cent pesant, ce qui représentait soixante-six pour cent environ de leur valeur ,s. La convention commerciale arrêtée aux noms de Louis XIV et de Philippe V, roi d’Espagne, pour les Pays-Bas, le i5 mars lyoï, réduisit d’un tiers ces droits exorbitants

L’élévation des tarifs avait fait un tort énorme à la manufacture des espèces fines, et l’on ne s’occupait plus en général que de celle des espèces de prix inférieur. De là aussi, la rareté des ouvriers habiles et capables de travailler aux figures, et la bonne exécution

' Carton coté O, 17242, cité;— Lacoroaihe, Notice historique sur les manufactures de tapisseries des Gobelins, p. 83.

2 Voy. p. 83.

2 Durieux, les Tapisseries de Cambrai; 187g.

» Obreen, Archief voor Nedcrlandsche kunstgeschiedenis, t, II, p. 68. Il avait quitté Audenarde depuis quelques années, car il figure comme insolvable dans le compte de la corporation des années 1692 et t6g3.

3 Davillier, «ne Manufacture de tapisseries de haute-lisse à Gisors ; Paris, 1876.

» Voy. p. 55. 11 habitait le village d’Etichove en 1713, ce qui résulte d’un acte par lequel les doyens et jurés du métier de Sainte-Barbe lui firent défense de travailler, à moins qu'il ne prouvât sa capacité. (Archives cora-

devait en souffrir. Nous avons à ce sujet l’opinion d’un auteur de la fin du dix-septième siècle, que nous avons déjà eu l’occasion de citer ' ■ « La fabrique d’Oudenarde s’est autrefois rendue célèbre par ses verdures elle a fait peu de personnages; cependant, quelques „ tentures en sont sorties en différents temps, non pas avec la même approbation que les verdures; ce qui en est cause, c’est que les « personnages sont, pour l’ordinaire, mal façonnés, d’un travail dur et confus, et encore plus mal dessinés. Depuis, cette fabrique s’est , comme renfermée à travailler en petits personnages, et elle aurait surpassé en ce genre toutes les fabriques de l’Europe, si elle eût eu « des officiers en tête et entendus dans leur art. Les peintres les plus habiles se trouvent souvent dans l’obligation d’en retoucher les „ traits par le peu d’application qu’apportent ses ouvriers à en suivre le goût et l’ordonnance. Leurs verdures, tirées sur les dessins de « Fouquières, ont été autrefois assez estimées, quoique Bruxelles s’en fût servi auparavant. Su fabrique est facile à connaître : le travail „ en est doux, moelleux et d’un grain égal ; leur coloris est toujours le même ; leur vert tend toujours sur le même teint, et leurs couleurs « sont souvent fausses. Leurs marques d’ordinaire sont une forme d’ornement avec une espèce de croix, et une autre marque en façon « de cœur avec des lunettes par-dessus. » Indépendamment des causes multiples qui amenèrent la décadence progressive de la manufacture des tapissseries à Audenarde, et que nous avons exposées dans les pages précédentes, il faut ajouter l’usage des cuirs dorés pour le revêtement des murailles et des sièges de tous genres, qui s’était de plus en plus développé, grâce à son bon marché relatif «.

Ce fut sans aucun doute pour encourager la manufacture de la tapisserie que le magistrat acheta, presque annuellement, à Antoine Robbins, dans le cours de plus de vingt-cinq à trente ans à partir de 1596 \ des produits de sa fabrication consistant généralement en coussins [tapytsche cussins) ou parfois en tapis d’une valeur assez modique cependant, et qui ne dépassa jamais 200 livres parisis, pour être donnés à divers personnages, afin de se les rendre favorables et, entre autres, à Jacques Liebaert, à Guillaume Van Coornhuysen et à Marc de Hertoghe, présidents du conseil de Flandre, à leur entrée en fonctions, et à Henri-François Van der Burch, lors de sa consécration comme évêque de Gand, en i6i3. L’année suivante, les échevins d’ Audenarde offrirent une chambre de tapisseries, du prix de 1,000 livres parisis, à Maximilien du Chastel, seigneur de Rollcghem, élevé à la charge de haut-bailli de la ville et de la châtellenie; elle avait été achetée à Josse Van den Hende ; ils firent don d’une pareille garniture à Michel de Roisin, seigneur de Rongy, qui fut désigné pour remplacer ce seigneur en 1023. Cette gracieuseté passa dans les usages, car nous voyons le magistrat voter une somme de 1,200 livres, en 1642 et en 1646, à l’occasion de la nomination de deux de leurs successeurs, Florent de Noyelles, baron de Torcy, et Guillaume de Blasere, seigneur de Hellebus \ Jérôme-Philippe du Chastel, comte de Blangelval, qui remplaça ce dernier en 1657, ne reçut que deux pièces de vin. Mais on revint plus tard à l’ancien système. Noël Bouton, chevalier, marquis de Chamilly, gouverneur au nom de Louis XIV, en 1673, fut gratifié, aux frais de la caisse communale, de onze pièces de fine tapisserie provenant de la fabrique de Pierre Van Verren, qui coûtèrent environ 2,864 livres parisis. Après la retraite de la garnison française, le 22 janvier 1679, François-Louis-Balthazar d’Ognies, baron de Courrières, fut désigné par Charles II, roi d’Espagne, pour remplacer le marquis de Chamilly, il reçut du magistrat d’ Audenarde diverses tapisseries du prix de r,8oo livres parisis, qui avaient été livrées par François Van Verren et André Van Reghelbrugghe. En 1686, c’est au gouverneur général lui-même, le marquis de Castafiaga, que le magistrat fait cadeau d’une riche chambre de tapisseries achetée à Pierre Van Verren, et payée 2,270 livres. Le dernier gouverneur de la ville qui jouit d’une pareille faveur fut Guillaume-Ernest de Gand, comte de Liberchies, nommé en 1689, auquel on donna, en 1694, une magnifique tapisserie ornée des armes de la ville, pour reconnaître les services signalés qu’il lui avait rendus pendant la guerre; elle avait coûté plus de i,5oo livres. Cette même année, le magistrat offrit à Maximilien- Emmanuel de Bavière, gouverneur général des Pays-Bas, à l’occasion de son mariage, une chambre de tapisseries qui sortait des ateliers de François Van Verren B, et qui fut payée r,g5o livres. Dans aucun des comptes oit ces dépenses sont renseignées le sujet de ces tapisseries n’est indiqué. Le magistrat d’ Audenarde ne se borna pas à ces seuls encouragements, car les comptes communaux constatent une dépense de 60 livres pour seize écussons de tapisserie à l’usage des échevins, fournis par Adrien Waekens,

— une autre à 2,912 livres pour livraison, en 1669, parla veuve de Josse de Vriese, d’une chambre de tapisserie pour l’hôtel-de- ville ;

— une autre encore, faite en 1694 et t6g5, pour l’achat à Pierre Van Verren, de tapis servant à la décoration d’une seconde salle du même édifice, et qui coûtèrent environ 1,787 livres 6. De son côté, le magistrat de la châtellenie d’ Audenarde fit aussi quelques acquisitions à des fabricants de tapisseries pendant le dix-septième siècle, pour en faire don à diverses personnes dans le but de les disposer au mieux de ses intérêts. Ces acquisitions n’ont pas assez d’importance pour être citées, et nous nous contenterons de mentionner les tapissiers qui les ont livrées: André Van den Hende, en 1602 ; Antoine Van den Kerchove, en i6o3; Jean Van Linthout, en 1606; Antoine Robbins, en 1619, i6z3 et 1625 ; Jean Herbaut, en i632; Gilles Van den Kerchove, en 1 633, et Pierre Van Verren, en 1675 et 1689, etc. 7

L’histoire de la fabrication de la tapisserie de haute-lisse à Audenarde pendant le dix-huitième siècle n’est pas longue à raconter. En 1700 la corporation de Sainte-Barbe était réduite à une dizaine de membres, tant maîtres que marchands; cela ressort d’une déclaration faite par eux à propos du prix exorbitant qu’ils devaient payer pour les laines, et qui s’élevait à peu près au double de ce qu’elles coûtaient avant la dernière guerre. Par acte du 3o décembre 1707, ils vendirent la maison du métier. Les états de Flandre demandèrent au magistrat d’ Audenarde, en 1731, des renseignements sur les remèdes qu’il y aurait à apporter pour faire refleurir les industries locales. On lit dans la réponse du magistrat que l’on avait convoqué à une réunion les marchands et tapissiers, et que ceux-ci avaient déclaré que leur commerce était annihilé par l’énormité des droits que devaient payer leurs produits à l’entrée des royaumes voisins, et qu’ils étaient menacés d’une ruine totale si l’on ne prenait d’autres mesures s. Deux ans plus tard parut un décret de Marie-Élisabeth, gouvernante générale des Pays-Bas, daté du 21 juillet 1733, dont voici le dispositif : « Son Altesse Sérénissime, voulant en toute manière favoriser et bénéficier l’importante fabrique « des tapisseries en ce pays de la domination de Sa Majesté, en levant tous les obstacles qui pourroient être contraires

1 Deville, Recueil de statuts et de documents relatifs à la corporation des tapissiers (de Paris), p. 116.

s Nous publierons prochainement l’histoire de cette curieuse industrie en Belgique où elle fut introduite en 1610. Les centres de fabrication ont été Bruxelles, Anvers et Malincs. Les productions de cette dernière localité ont joui d’une grande renommée.

3 « Betaelt Anthone Robbins, tapitseur, ter causen van tapitserye die hy « ghcmaect heeft tôt behoufnc van der stede, ende ghelevert tôt Brussele : « c iiij1 * 3* xij liv ». — Item, betaelt denzelven, van noch ander tapytserye ghelevert ter causen als voren : iiij“ xvj liv. (Compte de l’année 1396, registre n° 3i8SS de la Chambre des comptes, aux Archives du royaume. Ces mentions ont échappé aux recherches de nos prédécesseurs.)

“ Tous ces renseignements ont été puisés dans le recueil intitulés Audenaerdsche mengelingen, t. I«, p. 36g, et dans Vas Cauwenbbrghe, Quelques recherches, etc., pp. 47 et suiv. Nous les avons complétés et vérifies par l’examen des comptes de la ville dont les doubles se trouvent aux Archives du royaume.

3 Van Cauwenberghe, loc. cit., p. 46.

7 Voy. les comptes de la châtellenie aux archives communales d’Audenarde et aux Archives du royaume.

TAPISSERIES FLAMANDES

' au soutien et progrès d’icelles, a déclaré et ordonné que les tapisseries vieilles ou nouvelles, simples ou mêlées de , soie, d’or ou d’argent, fabricquées en ces Pays-Bas, seront, comme les dentelles, libres de tous droits de sortie, de « convoy, tonlieux et autres, lorsque l’on les fera passer vers les pays étrangers, etc. 1 » Une pareille exemption avait déjà ete accordée, le 2 décembre 1707, par un décret du conseil des finances qui siégeait à Bruxelles, au nom de Charles III, le compétiteur de Philippe V Mais ces mesures restèrent sans effet et le nombre des fabricants, des ouvriers et des apprentis diminuait de jour en jour. Abigaïl Van Coppenolle, fille d’un maître tapissier qui venait de mourir, adressa une requête au gouvernement, en 1749, afin de pouvoir continuer la fabrique de son père; cette faveur lui fut accordée malgré l'avis des maîtres du métier, - ils n’étaient plus que trois, - qui s’obstinaient encore a invoquer les anciennes ordonnances en vertu desquelles il fallait un certain temps d’apprentissage pour exercer leur profession. Ils se réunirent pour la dernière fois le 1" décembre i758, ainsi que témoigne le dernier registre aux résolutions, lequel a été conservé ’. Jean-Baptiste Brandt, vécut le dernier; il cessa de fabriquer en 1772 ’; il ne mourut que le 9 septembre 1796”. Sa succession échut à M. F. Van Meldert, qui possédait un château à Zele| près de Termonde, dont il meubla les chambres des tapisseries restées dans les magasins de Brandt et dont les unes représentaient des scènes de la Bible ou des sujets mythologiques, d’autres des sites boisés, avec animaux et oiseaux, ou des paysanneries dans le genre des Teniers, etc. *.

Voici des mentions de tapisseries d’Audenarde que nous avons recueillies dans les documents, au cours de nos recherches ; elles font connaître à la fois les genres que l'on y travaillait, et fourniront peut-être des indications pour attribuer à cette ville des tentures qui existent encore 7. Adrien Modekins livra à Christophe, comte de Roggendorf, seigneur de Condé", une chambre de tapisseries du prix de 3oo livres, vers 1544. En 155g, plusieurs marchands de tapisseries, savoir: Georges Blommaert, Arnould Cobbaut, Hilaire Cabillau et Martin de Vroede, se présentèrent devant le magistrat pour faire leur déclaration au sujet des pertes qu’ils avaient subies par suite d’un accident arrivé à un bateau sur lequel ils avaient chargé des marchandises pour Anvers et qui avait coulé bas. Parmi les tapisseries appartenant au premier se trouvaient sept pièces de l'Histoire de Salomon, sept de l'Histoire d’Esther, trois de r Histoire d' Abraham et plusieurs pièces du genre dit de verdures ®. En 1 563, « Jehan de Carlyer, tapissier d’Audenarde », entreprit de 0 raccoustrer “ et remettre en couleurs les sept pièces de tapisseries servantes à la chapelle de Notre-Dame-de-Grâce », dans la cathédrale de Cambrai l0. Gilbert d’Oignies, évêque de Tournai, acheta, en 1569, à Roland Van den Hove une tapisserie de deux cent vingt-cinq aunes, au prix de 74 sous l’aune, sur laquelle le prélat fit tisser ses armoiries et celles de son évêché “.Il résulte d’une déclaration faite par-devant notaire, en 1597, que Jacques Ghuys avait vendu, dix ans auparavant, à un nommé Gilles de Carlier, deux tentures de « boscaige», et Jean Van de Kerchove une pièce de semblable verdure et trois pièces de l'Histoire de Suzanne l!. Vers la fin du règne de Philippe II, en février 1594, le comte Pierre de Mansfelt, gouverneur général intérimaire des Pays-Bas, fit acheter chez François Sweerts, marchand d’Anvers fort en renom, dix-sept pièces de tapisserie de fabrique audenardaise, « ù boscaige», pour décorer les appartements du palais de Bruxelles, à l’occasion de l’arrivée de l’archiduc Ernest d’Autriche, appelé au gouvernement de nos provinces ,a. En 1596, son frère, l’archiduc Albert, qui lui succéda dans ses fonctions, fit acquérir chez le même marchand, douze pièces du même genre pour tendre dans la salle des réunions du Conseil des finances, établie dans une dépendance du même palais11.

Il existe dans les archives d’Audenarde un registre dans lequel Georges Ghuys, maître tapissier, a inscrit toutes sortes de dépenses, faites de 1600 à 1622, à propos de son industrie, telles que les métiers à tisser et les parties de métier qu’il a prêtées à ses ouvriers; les contrats passés avec eux ; les matières premières qu’il leur a remises ; les ouvrages rapportés ; enfin les commandes qui lui ont été faites et les tentures qu’il a vendues. Ce précieux registre nous initie donc à tous les détails de la fabrication. Nous y avons noté que Ghuys a fabriqué des chambres de tapisseries ayant pour sujets les histoires de Pomone, de Zênobie, de Débora, de Pkilopator, de Salomon “,

1 Livre des placarts; droits d’entrée et de sortie, p. 608.

3 Ibidem, p. 3gg.

3 II existe aux Archives communales et remonte à l’année t685.

4 Un des derniers ouvriers de ce fabricant, nommé Josse Van Rode, con-

Verhulst, à Gand, un tapis de table avec des tulipes et d’autres fleurs.

6 Biographie nationale, t. II, col. 907.

6 Voy. là-dessus l’article que le baron Jules de Saint-Génois a publié,

p. 126, sous le titre suivant : Les dernières tapisseries des fabriques d’Audenarde. C’est à M. Van Meldert que le gouvernement acheta les quelques spécimens qui garnissent les murs du couloir formant l’entrée actuelle du Musée royal de peinture, à Bruxelles ; ce sont des paysages qui ont conservé toute leur fraîcheur.

7 A l’exposition des Arts industrielsqui a eu lieu à Gand, en 1882, figurait

grossier, appartenant à M. le chevalier E. de Neve de Ten Rode, comme originaire d’Audenarde. Nous ignorons sur quoi on s’est fondé pour cette attribution, à moins que ce ne soient les armoiries qu’elle représente. Au centre se trouve un grand écusson mi-parti, au milieu de fleurs et de plantes, avec

n petit cartouche au-dessous, dans lequel est inscrite la date 1 56 1 (et non 55g comme le dit le catalogue). Aux angles sont les quartiers des époux, n côté : Neve, Ghiseghem, Hectvelde, Després, et de l’autre : Latem, ebbe, Uterswane, Haie.

est deu à Adrien Modekins, tapisseur d’Audenarde, de certain tappis livré pour la salette à Condet : iij« livres. ■> (Archives du royaume.) ce seigneur l’article que M. Rahlenbeck a publié dans le Messager :es historiques, Gand, 1882.

hives communales.

Houdoy, Histoire artistique de la cathédrale de Cambrai, p. 220. a A Roland Van den Hove, marchant tappissier en la ville d’Audenarde,

« pour une tappisserie qu’il a livré à Monseigneur, contenant ij« xxv aulnes n à lxxiiij solz l’aulne, porte viij“ xxxij livres xsolz, et pour avoir remis en « ordre les armoiries de Monseigneur et de l’évesché qui sont sur ladictc

n° 369 des Archives de l’évêché de Tournai, aux Archives du royaume.)

M. L. Galcsloot. Nous lui devons toutes les notes provenant des archives des

13 A Franchois Sweerts, tapitchier résident en Anvers, pour l’achapt de « ix pièces de tapitserie à boscaige d’Audenarde, pour la court de Sa Majesté,

0 A Franchois Sweerts, pour l’achapt faict de luy encoires de viij pièces ode tapitserie à boscage, ouvraige d’Audenarde, pour la court, ensemble pour o 1 aulnes de canifas pour le garnissement d’icelles ; par ordonnance du a comte de Mansfelt: tx» i.xj livres. » (Registre n» 23,5 73, f» i33 v», et sui-

le registre n° F. 277 (n° 1594) de la Chambre des comptes, aux archives départementales du Nord, à Lille.

0 A François Sweerts, tapissier à Anvers, v"xlvj livres, pour v pièces de 0 tapisseries d’Audenarde, contenantes cxxxiij aulnes, achaptées pour la

n de iij aultres pièces qu’il avait esté chargé de faire faire audict Audenarde 0 pour l’accomplissement de ce qu’il fault pour entièrement tendre ladictc 0 chambre. »

0 Audict Sweerts, cxvilj livres pour la parpaye de clxxviij livres vij solz, à 0 luy deues pour iiij pièces de tapisseries d’Audenarde, contenantes xlv 0 aulnes et trois quartz, pour enthièrement tendre la chambre des finances, 0 y comprins la despence pour les patrons. » (Registre n» F. 27g de la Chambre des comptes, aux Archives départementales du Nord, à Lille.)

is La première se composait de sept pièces, les trois tentures suivantes de huit, et la cinquième de cinq seulement.

d'Élie et de Camille, sans compter les scènes de bergeries, de bûcherons et de verdures. Ghuys nous apprend, de plus, qu’il a acheté des tapisseries pour livrer à ses clients, à plusieurs de ses confrères, savoir: l'Histoire d’Enée à Jean Herbaut; r Histoire de Moïse et FHistoire de Judith et Holopherne à Paul Van den Broeck; l'Histoire d'Esther et une portière avec les images de David et de Jé^abel 'sic) à André Van den Endc ; F Histoire de Suzanne et l'Histoire d'Elisée à Sarepta à Pierre Rombaut ; l'Histoire d\ Hercule à Adrien de Vroelick. Parmi les ventes qu’il a faites figurent encore une tenture de l'Histoire de Notre-Dame , une chambre de l'Histoire d'Ulysse, une chambre de l'Histoire de Gédéon, en huit pièces, une pièce ayant pour sujet saint Jean, et une autre saint Sébastien. Les séries les plus en vogue étaient celles de Zénobie et de Philopater. Les livraisons faites directement à des particuliers sont peu fréquentes; l’éveque d’Ypres acheta, en 1606 *, une chambre de F Histoire de Débora, et Maximilien du Chastcl, seigneur de Blangelval, gouverneur et grand bailli d’Audenarde, fit l’acquisition, en .620, d’une tenture de l'Histoire de Pomone. Un dernier renseignement à extraire du registre de Jacques Ghuys est relatif à la quantité d’œuvres de tapisseries qu’il a fait fabriquer pendant les premières années de son établissement; en voici les chiffres : 542, en .601; t,i3i, en 1602 ; 1,206, en >6o3; 1,807, en .604; 2,o93, en i6o5, et 2,760 en t6o6. On peut avoir, par là, une idée de l’activité qui régnait ù Audenarde et dans les villages des environs, où beaucoup d’habitants s’occupaient du tissage de la tapisserie, en dehors du temps à consacrer aux travaux d agriculture.

Un marchand d’Anvers, nommé Gilles Van der Borcht, passa, le 3 avril i6i3, un contrat avec Jacques de Moor, fabricant d’Audenarde, pour la livraison de dix chambres de tapisseries (thien camcren tapisseryeri), à exécuter, au prix de i5 escalins 6 deniers de Flandre, l’aune, d’après des patrons qu’il devait fournir, et, le 16 novembre de la meme année, il signa une seconde convention avec Jean Voct, autre maître de la même ville, qui entreprit de lui faire six chambres de la tenture ayant pour sujet les Grandes bêtes ( van den patroon met groote beesten ), et qui mesurait deux cent vingt-cinq aunes2. Dans un compte du premier de ces fabricants, produit à l’occasion d’une procédure, on voit qu’il a livré à divers, dans l’espace de deux ans (avril 1612 à avril 1614), treize exemplaires de la tenture dite Bergerie, de même dimension que la précédente, et qui était une mesure généralement en usage ; huit pièces de feuillage ou de verdure; deux exemplaires de F Histoire de Jéroboam et une de F Histoire d'Élie. Dans les documents joints au dossier de la procédure, d’où ces détails sont tirés, on lit, de plus, que Jean Voet avait déjà auparavant vendu à G. Van der Borcht des tentures représentant l'Histoire d’Alexandre et l'Histoire de Troie. Un exemplaire de cette dernière, en huit pièces et de fabrique audenardaise, ornait, en 1625, la salle principale de la demeure qu’occupait à Bruxelles Antoine Melis, commissaire au service du roi d’Espagne 3.

Nous devons rappeler ici (voy. p. 42) que le magistrat de Valenciennes s’entendit, en 1 620, avec deux tapissiers d’Audenarde pour la livraison des tentures nécessaires à la décoration de la salle de la maison écheviriale. Vincent Van Quickelberghe eut à fournir des scènes de chasse et des paysages avec animaux; Antoine Blommaert reçut la commande d’une tapisserie ayant pour sujet: les Juifs sortant d'Égypte sous la conduite de Moïse. Le chapitre de la cathédrale de Cambrai chargea, en 1622, un nommé Robbins, concitoyen des précédents, de la confection, sur des patrons commandés exprès, de différentes tapisseries, dont une suite devait reproduire des épisodes de l'Histoire de saint Jean-Baptiste, pour être placées au-dessus des stalles des chanoines dans le chœur *. En parlant de Mons, nous avons rapporté (voy. p. 85) que Pierre Trigaud, abbé de Saint-Ghislain, fit faire à Audenarde dix grandes tapisseries, consacrées, les unes, à la vie du patron de son monastère, les autres, à la représentation du martyre de saint Pierre et d’autres apôtres. On lit dans un inventaire, dressé en i638, de meubles ayant appartenu à une duchesse dont le nom n’est pas indiqué, la mention suivante qui peut aider à la retrouver, si elle existe encore: «Une pièce de tapisserie d’Audenarde quy at au milieu les armoiries d’Anhalt et de Milen- « donck, et quattre autres armoiries aux quattre costez 6. » Deux ans plus tard mourut Pierre-Paul Rubbens. L’inventaire de sa succession constate qu’il s’y trouvait différentes tentures sorties des manufactures d’Audenarde, savoir: l'Histoire de Camille, en six pièces; deux chambres, chacune de cinq pièces, de sujets tirés de l’histoire romaine ; F Histoire de Marc-Antoine et de Cléopâtre, en cinq pièces! et l'Histoire de Troie, en huit pièces6. On possède aussi l’inventaire 7 fait en i6y3, après le décès d’Hélène Fourment, la veuve du grand artiste, qui s’était remariée avec Jean-Baptiste Van Brouchoven, baron de Bergeyck. Le premier article comprend «sept pièces « de tapisseries, ouvrage d’Audenarde, estants paysages, avec des armoiries couronnées ». Il peut être utile de consigner, — nous intercalons le renseignement à son ordre également — qu’à la mort de la veuve du fabricant Jean Van Coppenolle, en 1641, on trouva en magasin les untures suivantes : l'Histoire d'Esther, l’Histoire de Cyrus, F Histoire de Judith et Holopherne, plusieurs pièces de bergeries et de verdures et une autre de l'Histoire de David". On connaît par la publication qu’a faite le duc d’Aumale de Y Inventaire des meubles du cardinal Ma^arin", rédigé en 1 653 par Colbert, les innombrables tapisseries de haute-lisse que possédait ce célèbre personnage, et qui sont fort minutieusement décrites. Il y en a plusieurs dont le lieu d’origine n’est autrement désigné que par ces mots : fabrication de Flandres Plusieurs d’entre elles sont à sujets historiques; deux autres appartenaient au genre de verdures, et nous les croyons provenir de quelque atelier d’Audenarde. La première qui comprenait treize pièces, représentait « des bocherons figurés au naturel » ; la seconde, de dimensions fort exigues, était « une vieille tenture de laine à grands feuillages, fleurs et animaux, composé de six pièces, « aux côtés de chacune desquelles il y a deux colonnes sur lesquelles est posé un architrave orné de plusieurs cartouches et panaches " ayant au milieu un grand masque ».

Les renseignements que nous avons pu réunir sur les peintres qui travaillèrent pour les fabricants de tapisseries d’Audenarde ne sent pas sans importance. Au début de ce chapitre, le nom de Guillaume Hoste a été cité à l’occasion d’un patron qu’il fit en r 5 1 5. Dans la seconde moitié du seizième siècle, nous avons à mentionner Gaspard Huevick, fils d’un maître tapissier de la même localité", et le père d’Adrien de Brauwere 18 qui était peintre de patrons. Le maître tapissier Georges Ghuys, qui vivait au commencement du siècle suivant, a consigné dans son registre de dépenses que Jean Snellinck, peintre de Malines, a peint pour lui, en 1607, huit cartons représentant l'Histoire de Zénobie. Simon de Pape, peintre d’histore, né à Audenarde en 1623, et qui mourut en 1677, a été fort employé par les fabricants de tapisseries de la localité, et l’on possède même de son pinceau le portrait de Pierre Van Verren, un des principaux d’entre eux La correspondance de cet industriel, dont une partie a été conservée nous a transmis des données sur quelques-uns des artistes en différents genres d’Anvers et de Bruxelles qu’il a employés à lui composer et à lui exécuter des cartons ; ce sont : Gaspard de Witte (1668, 1671, 1676 ,s). — Lambert de Hondt (1675), — David Teniers (1675), troisième du nom, fils du plus célèbre de tous, et qui

1 C’est sous cette date que Ghuys a enregistré cette vente, mais il est à remarquer que pendant toute l’année 1606 il n’y eut pas de titulaire à l'évêché d’Ypres, car Pierre Simons mourut en octobre i6o5, et Charles Maes, qui lui succéda, ne fut sacré qu’en juin 1607.

2 Archives du conseil de Brabant, aux Archives du royaume.

s Liasse n» 2555 du Notariat de Brabant, ibidem.

3 Archives du Conseil de Brabant, aux Archives du royaume.

« Wauters, les Tapisseries bruxelloises, p. 237, note.

7 Fonds de Pape, aux Archives du royaume.

* Archives communales.

9 Londres, 1861.

16 Pp. i-3i, 134, 1 38, 1 55 et t56.

11 Messager des sciences historiques, 1845, p. 6.

18 Trois notices ont été publiées sur cet artiste pour établir qu’il naquit à Audenarde; la première, en i85-2, par H. Raepsaet, dans les Annales de la Société des Beaux-Arts et de la Littérature de Gand, sous le titre : Quelques

recherches sur Adrien de Brauwere; la seconde, à Leipsig, en août 1873, par M. Wilhelm Schmidt, das Leben des Malers Adriaen Brouwer; et la troisième, à La Haye, en 1881, dans le Nederlandsche Kunstbode, par J. Vas des Bbanden ( Adriaen de Brouwer en Joos van Craesbeeck j.

13 Messager des sciences historiques, 1845, p. t8.

'* Une partie en a été publiée en 1854, dans les Audenaerdsche mengelingen, t. VI, p. 248 et suivantes. M. H. Havabd a cru faire là une découverte lorsqu'il s’est arrêté à Audenarde, découverte qu’il aannoncée avec quelque bruit dans la Chronique des Arts et de la Curiosité, n° du 20 janvier 1877. Le nom de cette ville est suffisamment connu, depuis plus de trois siècles, comme un des principaux centres où l’on fabriquait de la tapisserie dans les Pays- Bas. Voici ce que cet auteur a écrit à propos de sa visite aux archives de cette ville : « ... J’ai été tout surpris d’y trouver un grand nombre d’indices « annonçant une fabrication d’une importance inusitée et que nous ne « soupçonnons pas généralement. »

15 Les dates entre parenthèses sont celles des correspondances relatives aux commandes faites par P. Van Verren.

TAPISSERIES FLAMANDES

iog

mcmrm en i685, Abraham Teniers (1675, 1676, 1678), — l’un des deux frères Gielemans (1676), — Élie Van den Broeck (1678) —

V."n Z C,„ B"”dt’ le 4™1 * 3" d“ »• «=»»» à Spfainct .L iefpein.re, d7,«m 2

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: eotistderable. Celle, dont 1 attribution est la pin, certaine sont de. scène, d’après les cartons de. Tenier. et le. verdures, a pu le, en i o, une notice sur des tentures de ce dernier genre qui décoraient alors l’ancien hôtel d’Escornaix à Audenarde ». On en voit de très beaux spécimens, dune conservation admirable, dans la galerie des sculptures au musée royal de Bruxelles; ils ont été acquis à M. F. Van Miidert, et proviennent du dernier fabricant audenardais dont nous avons parlé à la p. I07.

La liste qui suit nous a paru d’une utilité pratique; elle renferme les noms des fabricants de tapisseries d’ Audenarde que nous avons pu recueillir dans le cours de nos recherches, avec les dates des documents où ils sont cités. Les premiers vivaient dans la seconde moine du seizième siècle, alors que l’édit de ,544 avait ordonné aux haute-lisseurs de mettre leur marque sur les tentures sorties de leurs ateliers. Notre collègue, M. L. Galesloot nous a communiqué une note du temps contenant les dessins de vingt-quatre monogrammes de fabricants d’ Audenarde qui a été fournie dans un procès. Nous les avons reproduits avec les noms qui les accompagnent; ceux-ci sont imprimes dans l’ordre où sont placés les dessins en suivant la ligne horizontale. La présence, parmi ces noms, de ceux de Pierre Willemets et de Jean de Waghenere que mentionnent des documents de 1542 et de 1544, permet de dire que la note en question a été faite vers le milieu du seizième siècle. Déjà nous avons retrouvé l’un de ces monogrammes (celui qui est formé des lettres A et C), avec la marque de fabrique de la ville, sur les sept pièces de V Histoire de David qui fait partie des tapisseries de la maison impériale d’Autriche, à Vienne. On peut consulter à ce sujet le magnifique inventaire qu’a dressé de cette collection M. le docteur Ernest von Birk, et qu’il a publié en 1882. Dans ce même ouvrage sont décrites les tapisseries représentant les Travaux d’ Hercule, qui portent également la marque de fabrique d’ Audenarde, mais sans monogramme, et dont trois pièces ont été exposées en 1882 *.

o?iè@v / i 1 C 17 f |IT f

Jean Scuddematte, i53g.

Guillaume {Willem) Spigghe, i53g.

Chrétien Lautins, i53g.

Adrien Mys, i53g.

Simon Caudyser, i53g.

Pierre de Waghenere, 1540.

Paul Van Coye, 1540.

Gaspard ( Jaspar ) Huevick, 1540.

Pierre Rombaudt, 1540.

Pierre de Rycke, 1540.

Paul de Rycke, 1540.

Pierre de Carlier, i540-5g.

Pierre Scaepcoman, 1541.

Pierre Bedaen, 1541.

Pierre Van Meullebrouck, 1541.

Pierre Spleer, 1542.

Pierre de Mey, 1542.

PierreElyas, ditVan Huddeghem.i 542.

Adrien Modekins, 1542.

Conrad Thienpont, 1546.

Michel Van Orley, 1 547-66.

Josse Huevich, 1647-66.

Josse Weytins, 1547-52.

Gilles de Windere, i55i.

Ghislain Maroten, i55l.

Conrad Mescoten, >552.

Georges Blommaert, i558.

Hilaile Cabirlau, 1 558.

Martin de Vroede, t558.

Pierre Robbins, i55g.

Étienne ( Steven ) Van Quickelberghe, i55g.

Josse de Pape, i55g.

Adrien Blommaert, i55g.

Antoine Van de Kerchovc, i55g.

Gaspard de Moor, i55g.

André Van Ypere, i55g.

Antoine Van de Kerchove, i55g-66.

Josse de Pape, i55g-8y.

Jean Steurbault, i56i.

Jean de Carlier, i563.

Jacques Blommaert, i566.

Gilles Stichelbaut, t566.

Jacques Gheleyns, i566.

Adrien Happaert, i566.

Gilles Van den Broecke, i566.

Roland Van der Moten, i566.

Pierre Backereel, i566.

Jean Robbins, i566-8i.

Roland Van den Hove, t56g.

Gaspard Robbins, i56g-i6i8.

Pasquier Van de Kerchove, 1581-87.

Jean de Paepe, 1585-87.

André Van den Hende, t585-i6i6.

Jean Van de Kerchove, 1385-87.

Jacques de Moor, i585-i6i3.

Jacques Ghuys, 1587-1620.

François de Visschere, t5g6.

Antoine Robbins, i5g6-i625.

Georges (Joris) Ghuys, 1600-1620.

Antoine Van den Kerchove, i6o3.

Pierre Robbins, 1604.

Jean de Moor, 1604.

Jean Van Linihout, 1606.

François Inghels, 1607.

François de Smet, 1607.

Pierre de Brauere.

Josse Walrave.

Hubert Stalins.

Gilles Mahieus.

Arnould Van den Kethele.

Pierre Van Rakebosch.

Guillaume Van der Cappellen.

Jean Pontseel.

Jean Boogaert.

Rémi Crupenn... (?).

Gilles Morreels.

Martin Van der Muelene.

Pierre Willemets.

Mathieu Van Boereghem. Jacques Van den Broucke.

Jean de Waghenere ».

Antoine Van den Neste.

Jean Talpaert.

Arnould Cobbaut.

Thomas Nokerman.

Jean de Clynckere.

Jean Dervael.

Jacques Benne.

François Hoste, 1607.

Jérémie Van der Beken, 1607.

Pierre Rombaut, 1611.

Jacques Van den Kerckhoven, i6i3.

Jean Voet, 16 1 3.

Henri Vrancx, i6t3.

Pierre de Goddere, i6t3.

Adrien de Vroelick, 1616.

Pierre Brandt, 1616.

Jean Herbaut, 1616-32.

PaulVanden Broeck, le Vieux, 1 6 1 6-60.

Vincent Van Quickelberghe, 1620.

Antoine Blommaert, 1620-25.

Philippe Robbins, 1621-48.

Jean Van Coppenole, 1625-58.

Jean Robbins, 1625.

Pierre de Caluwe, 1625.

Godefroid Lerman, 1625.

Luc Van den Broecke, 1625.

Daniel Van Coppenole, père, t625-55.

Josse Van den Hende, 1625-54.

Pierre Van Coppenole, i6a5-6g.

Gaspard Van Caeneghem, 1 63 3-56.

Gilles Van de Kerchove, i633.

Jean Blommaert, i636.

Adrien Wackens, 1637.

François Robbins, 1637.

Jossé de Vriese, 1641-67 ».

Jean Van den Kerchove, 1641-67.

Daniel Van Coppenolle, fils, i65o.

Simon Delvael, 1654.

Jean Simoens, 1654.

Éloi Simoens, 1654.

Pierre Doïen, i654.

Louis Van de Perre, 1654.

J. Van der Mersch, 1654.

Antoine Van Coppenolle, 1654-56.

François de Moor, i655.

Jean d’Holislaghere, i655.

Josse Van den Kerchove, 1656-67.

Louis Van den Kerchove, 1656-67.

Jean Van den Broucke, 1656-67.

Jacques Van den Broucke, 1656-67.

Georges (Joris) Brant, 1656-67. Jacques Van den Kerchove, 1657-88.

Jacques Van Reghelbrugghe, 1658-67.

David Brandt, 1658-1705.

André Blommaert, i658-7g.

Antoine Blommaert, 1658-67.

Jean Blommaert, 1658-75.

Jacques Van Coppenolle, 1658-67.

Jean Van der Stichelen, i658-g3.

Jacques de Bock, 1658-67.

Jean Bacrt, 1658-67.

Jean Van Verren, i658-67.

Paul Van den Broeck, le Jeune, 1660-

Paul Van Verren, 1660.

Philippe de Vos, 1660.

Abel Van Reghelbrugghe, 1660-gg.

André Van Reghelbrugghe, 1661-gi.

Georges (Joris) Van den Broucke, i663.

François Van den Kerchove, 1663-67.

Pierre Van Verren, 1663-1722 1.

Jacques Van der Roost, 16^7-60.

Jean-Bapt. Van Coppenolle, i667-7g

1 Tous les biographes donnent à cet artiste le prénom de Nicolas. Il peignit pour P. Van Verren des cartons représentant des sujetsmythologiques, savoir : Jupiter et Mnémosine, Pan et Syringa, Mercure, Jupiter et Diane, Daphnis, Diane et Actéon, Thésée et Ariadne, etc.

s L’une des lettres de cet artiste est signée : Adolph de Gryeff. Elle tranche la question des prénoms des deux artistes, que les uns disent père et fils et s'appeler tous deux Adrien, etqui en réalité étaient deux frères. (Voy. Campo Weverhan, de Levons beschryvingen der Nederlandsche Konst-scliilders, t.IV.

3 Annales de l’Académie d'archéologie de Belgique, t. XVII.

* Voy. Katalog von Niederlànder Tapcten und Gobelins im Besitf der A. H. Kaiserhauscs.

3 Deux noms ont peut-être été intervertis par le scribe.

» Nous avons déjà eu l’occasion de citer le nom de ce maître, à propos des commandes que lui fit le magistrat de Lille en 1664 (p. 49). C’était un

des principaux fabricants d’Audenarde; à lui seul il occupait une centaine d’ouvriers. Cette même année 1664 il avait contracté avec les Cordeliers de Laon pour leur livrer, au prix de 8 florins l’aune, trois tapisseries à sujets empruntés à l 'Histoire de Jésus, savoir : le Jardin des Oliviers, la Résurrection et l'Ascension, et qui devaient avoir les dimensions d’une vieille tenture représentant Jésus portant sa croix. Il s’engagea en outre à fournir à ces religieux deux autres tapisseries sur lesquelles devaient être figurées l’image de Notre-Dame de Portiuncula et l’Histoire de saint Bonaventure.

’ Dans sa correspondance on trouve de nombreux renseignements sur les tapisseries qu’il a livrées à une foule de personnages et qui avaient pour sujets j es histoires d’Alexandre, de Thésée, de Marc-Antoine et de Cléopâtre, d' Amphitryon, de Céphale et Procris, de Mercure et Argus, de Bacchus et Ariadne, etc.

Antoine de Bie, 1667-1709.

Daniel Maille, 1667.

Jacques de Vriese, 1669-89.

Jean Van Verren, 1669-1700.

Georges Blommaert, 1669-76.

Louis Blommaert, 1669-1717.

Antoine Brandt, 1669-1737.

Pierre Van Coppenholle, 1669.

Josse Van de Kerchove, 1669-95.

Jean de Vriese, 1669-79.

César de Moor, 1675.

Jean Cabilliau, 1675.

François Van dcr Stichclen, 1673-

Gilles de Vriese, 1675-79.

Chrétien Wauters, 1676.

Jean Van Reghelbrugghe, 1679.

Étienne Van Coppenholle, 1679-93.

François Van Verren, 1679-99.

André Van de Kerchove, 1679-93.

Macaire Gimbercy, i683.

Jean Baert, 1675-93.

Alexandre Baert, i683.

Jean de Bock, 1689-99.

Jean Van der Stichelen, 1691.

François Van Reghelbrugghe, 1691.

Jean Brant, 1691-1700.

Ferdinand Brandt, 1692-1731.

Jean-Baptiste Brandt, 1693-1741.

Jacques de Vriese, i6g3.

Jean de Vos, 1693-1705.

Jean Van Coppenholle, 1693-1731.

Jacques Van Coppenholle, i6g3. Georges-François Van Reghelbrugghe, 1693-1727.

Josse Inghels, i6g5.

Jean Van Verren, 1699-1729.

J.-F. de Vriese, 1700.

Jean Van de Kerchove, 1700-8.

Albert Goeman, 1705-58.

Jean Laethem, 1707.

Daniel de Vos, 1707-8.

Pierre Van Verren, 1 708-22.

Jacques Brandt, 1709.

David Brandt, 1719-25.

François-Guillaume Van Verren, 171g-

Jean-François Neeryncx, 1719-33.

François Van Verren, 1721-45.

Pierre Brandt, 1723.

Antoine Van Coppenholle, 1731-48.

Jacques Blommaert, 17.37-58.

Jean-Baptiste Brandt, 1745-96.

Abigaél Van Coppenholle, 1 749-5 1 .

GRAMMONT.— En i328, Louis de Nevers, comte de Flandre, octroya aux échevins d’Audenarde, en récompense de la loyauté que cette ville lui avait montrée dans la guerre qu’il avait dû soutenir contre les Brugeois révoltés et leurs adhérents, « la cognoissance et le jugement de toutz faictz que leur bourgeois feront sur qui que « ce soit, et que sur aulcun d’iceux sera faict, » dans le pays compris entre l’Escaut, le ruisseau de Brakle et le Hainaut, nonobstant les droits qu’auraient pu faire valoir ceux de la ville de Grammont, qui s’étaient déclarés contre le prince'. Ces derniers profitèrent du texte de l’article icr de l’édit général du 16 mai 1544 sur la fabrication de la tapisserie de haute-lisse, pour chercher à reconquérir leur juridiction sur le territoire en question, qui s’étendait donc depuis la rive droite de l’Escaut vers l’est et le sud-est, par conséquent sur le territoire de la châtellenie de Grammont, laquelle faisait elle-même partie du pays d’Alost. Cet article, — nous l’avons vu plus haut, — défendait à tous maîtres ouvriers, « ou aultre quel qu’il soit, » qui habitait l’une des villes où il existait une « ordonnance et pollice » au sujet de l’exercice de la profession de tapissier, de « d’ores en avant user dudit mestier, « stil et négociation, » à moins qu’ils n’allassent déclarer aux doyen et jurés de la ville « soubz laquelle ilz vouldront a dénommer leur ouvrage, qu’en ouvrant ilz veulent ensuyvre leur manière de faire et d’ouvrer, et qu’ilz facent oc serment d’eulx rigler suyvant l’ordonnance donnée ou à donner ausdictz doyen et jurez ». Le magistrat de Grammont s'empressa de profiter de cette disposition pour enjoindre, par une ordonnance, à tous les maîtres et ouvriers haute-lisseurs établis dans les villages situés en deçà de l’Escaut, la défense, sous peine d’amende, d’aller faire à Audenarde la déclaration prescrite, sous le prétexte qu’un tel acte était contraire à l’édit, et que le tolérer serait porter une grave atteinte à leurs droits, etc. De là procès devant le conseil privé entre les deux cités, procès qui les entraîna dans des frais considérables. Au magistrat d’Audenarde se joignit la corporation de Sainte-Barbe. Ceux de Grammont prétendaient que la ville rivale, en vertu de la nouvelle charte de Charles-Quint du mois de novembre 1540, avait perdu ses anciens privilèges, et par conséquent toute juridiction sur le territoire du pays d’Alost. On fabriquait déjà de la haute-lisse à Grammont, au commencement du règne de cet empereur, et peutêtre auparavant, car elle est mentionnée dans une requête du mois de septembre i520, adressée par les officiers du métier des tapissiers d’Audenarde aux échevins de la cité, afin de pouvoir travailler librement comme on le faisait dans différentes localités que le document désigne. Nous en avons parlé. Peut-être est-ce immédiatement après la publication de l’édit de 1544 que le magistrat de Grammont y institua la corporation des tapissiers; elle prit pour patron saint Laurent, et fut affiliée à celle des tisserands, qui comprenait en outre les drapiers et les toiliers (linnenwevers) \ Cette localité n’est cependant pas mentionnée dans le préambule de l’édit général. Toujours est-il qu’il ressort d’un passage du compte communal du Ier mai 1544 au 3o avril de l’année suivante, que le magistrat passa, dans cet intervalle de temps, un contrat avec des ouvriers de Tournai pour l’installation d’une teinturerie destinée au service des tapissiers , moyennant l’avance d’un capital de 100 florins remboursable par 2 livres de gros annuellement ’. On voit par là que la prospérité de la ville d’Audenarde avait éveillé dans la cité voisine le désir d’y développer aussi l’industrie de la haute-lisse. Une sentence provisoire du 20 mars 1 545 (n. st.) donna raison à ceux d’Audenarde relativement à la question de la faculté accordée aux tapissiers du plat pays a de faire et baptiser leurs « ouvraiges selon les heures et ordonnances du mestier des tapisseries » dit de Sainte-Barbe ; mais d’autre part leur compétence fut restreinte dans ce territoire à la connaissance des ouvrages fabriqués par ceux qui s’étaient fait inscrire dans leur ville *. Cette solution ne satisfit pas ceux de Grammont, car ils envoyèrent à Bruxelles, au mois de novembre 1 546 , leur bourgmestre et leur receveur pour remettre au conseil privé des écrits contenant leurs

1 Le texte est imprimé dans Van Cauwenbergiie, Lettres sur l'histoire d' Audenarde, p. 82.

a De Portemont, Recherches historiques sur la ville dc Grammont, t. II, p. go.

3 « Volgende de mieuwe statuiten ende ordonnantie by den K. M. onlanx « verleent up’t faict ende exercitie van der tappitsseric, zoe es by scepenen» « raedt ende notable tôt provisie ende vorderingc van der neeringhe van den u insetenen deser poort, geordinecrt binnen deser poort een verwerye te « wczcne ia de huisinghc van Sint-Janshuus; in dewclcke commen zullen

t experte verruwers van der stadt van Doornycke, ende alhier residerende, n ende den gemecnen ambachten daerinne gheriefven, ’t welck grootelick redon- « deren zal tôt gemeenen ende generalen proffit van der poort, volgende den “ contracte danof wettelyk ghemaect, etc. » (Registre n» 35357, fo1- lx) r°> de la Chambre des comptes, aux Archives du royaume.)

* Cette sentence est transcrite dans le registre n» 45 cité, fol. ii3 v», de la collection du conseil privé, ibidem. Il en existe une copie sur parchemin dans les archives communales d’Audenarde.

TAPISSERIES FLAMANDES

réclamations ' ; ensuite ils intentèrent un second procès contre leurs adversaires par-devant le conseil de Flandre a Gand, qu, les débouta par sentence du 4 novembre t547 Le ,8 juillet ,55,, le conseil privé conürma la sortance prov.so.re de i545, et moma défense expresse au bailli d’AIost et de Grammont et à ses subalternes, d’encore molester ceux qu. dans l'étendue de sa juridiction avaient fait la déclaration, comme le voulait l’édit de .544, de vouloir se conformer pour leurs ouvrages aux statuts de la gilde d’Audenarde. En ,55a d’autres tracasseries furent suscitées à ceux d’Audenarde par le lieutenant-bailli de Grammont, qui s’était autorisé, à l’instigation du métier des haute-lisseurs de cette dernière localité, de mettre à l'amende des ouvriers habitant le plat pays du cèté d’Audenarde et faisant partie de la corporation de Sainte-Barbe. Plaintes par conséquent de ceux de la loi de cette ville et nouvelle procédure devant le conseil de Flandre, qui leur donna raison par sentence datée du mois de décembre i55a, laquelle défendit à ceux de Grammont de continuer à en agir ainsi. Mais ces derniers n’en tinrent aucun compte, et continuèrent leurs persécutions contre les ouvriers duplatpays affiliés à la gilde de la cité adverse, et le litige fut de rechef soumis par ceux d’Audenarde au conseil privé, qui prononça une sentence des plus sévères contre ceux de Grammont, le 17 octobre ,553, les obligeant à réparer immédiatement toutes les exactions qu’ils avaient commises à l’encontre de la première sentence de i545. On y lit que le bailli et ses adjoints, les échevins ainsi que le doyen et les jurés du métier des tapissiers sont condamnés, chacun en ce qui le concerne, à abolir, sans délai, toutes les défenses qui avaient été publiées; de révoquer et d’annuler leurs actes d’extorsion, les compositions et les contraventions prononcées par eux ou leurs agents , sous peine d’amende et de correction arbitraire ; de payer des dommages et intérêts à ceux des habitants qui prouveront avoir été victimes de leurs actes; enfin de restituer les amendes qu ils avaient exigées, etc. Pour arriver à leurs fins, qui étaient d’amener les ouvriers tapissiers de la campagne à renoncer a la franchise du métier d Audenarde, on avait employé, lit-on encore dans la sentence, toutes sortes de vexations, telles que grosses amendes, menaces de confiscation d’ouvrages, et même des violences, jusqu’à les enlever de leur lit ; des officiers s’en allaient de village en village lire dans les tavernes des lettres signées du secrétaire de Grammont qui intimaient défense aux ouvriers de continuer de travailler, s’ils ne s’étaient, au préalable, fait admettre dans le métier de Grammont et pas ailleurs, et que, cédant à la peur, plusieurs d’entre eux avaient abandonné leurs patrons d’Audenarde, ce qui causait un véritable préjudice aux fabricants et négociants de cette ville, dont une partie des meilleurs ouvriers habitaient au dehors. On ne doit pas croire que cette décision judiciaire fut la dernière. Un an s’était à peine écoulé depuis sa publication qu’il fallut que le conseil privé intervînt de nouveau, par une sentence du 27 novembre 1 554, dans un autre débat soulevé par ceux de la loi de Grammont contre la perception d’une taxe annuelle de 8 gros au profit du métier des tapissiers d’Audenarde, taxe que payaient tous ceux du plat pays qui travaillaient pour les fabricants et les négociants de cette ville : la corporation de Sainte-Barbe eut gain de cause’.

On conserve dans les archives communales de Grammont un petit registre contenant l’abrégé des procédures qui eurent lieu devant les doyens et jurés du métier des haute-lisseurs depuis le 21 février x 555 (n. st.) jusqu’au 16 septembre 1564*. A ce métier comme ù celui d’Audenarde étaient affiliés les ouvriers établis dans les villages de la châtellenie. Nous y avons compté les noms d’une trentaine de paroisses, y compris, à l’est, Renaix, et à l’ouest, Gammerage (en flamand Galmaerden) situé non loin d’Enghien. La châtellenie de Grammont était limitée au nord par celles de Gand et d’AIost. Parmi les sentences prononcées, nous avons à en signaler une dans le susdit registre, du 10 septembre 1 558, où il est question de cinq tapisseries saisies que réclame le fabricant Pierre Borreman. Ces tapisseries appartenaient probablement au genre des verdures. Nous n’avons pas rencontré de documents qui nous fassent supposer que le métier de Grammont ait survécu aux troubles du règne de Philippe II S’il a adopté une marque, comme le prescrivait l’édit de 1544, ce doit être un écusson avec une montagne, qui sont les armes de la ville.

LESSINES, ATH et COURTRAI. — Sous le règne de Charles-Quint il y eut des haute-lisseurs dans les deux premières de ces localités, qui dépendaient anciennement du comté de Hainaut, et qui font encore aujourd’hui partie de la province de ce nom ; le fait s’explique par la situation de ces villes entre Tournai, Audenarde et Enghien, ces trois grands centres de fabrication.

L’existence est prouvée, pour Lessines, par un document de l’an 1 5ao, où il est dit que l’on travaillait de la tapisserie au moyen de procédés nouveaux, comme à Lille, Tournai, Enghien, Alost et Grammont. Nous n’en savons pas davantage, et M. Lesneucq, auteur d’une Histoire de Lessines publiée en i873,n’arien découvertàce sujet. Ath est cité dans le préambule de l’édit général de 1544, le texte que nous publions en note atteste d’une manière plus positive l’existence de tapissiers de haute-lisse à cette époque dans cette ville 5.

1 Registre n® 3535g (fol. xxrvj r») de la chambre des comptes, aux Archives du royaume. Les extraits de ce compte ont été publiés dans le journal d’Audenarde intitulé : de Eendragt, n» du 10 janvier 1864 [Voy. E. Van deb Straeten, Aldenardiana en Flandriana, 1867, p. 81.)

s Archives du royaume; pièces éparses de la 3» section. Communication de M. L. Galesloot.

» Registre n® 45, cité, de la collection du conseil privé, fol. 210 r®. Des copies sur parchemin de toutes ces sentences existent aux archives communales d’Audenarde.

* Il est intitulé : Registre van den procedueren ende sententien ornme dekensende ghepvorene van dernceringfie van dentapitseurs in de poort van

Gheeroudsberghe. Ce volume nous a été signalé par M. d’Hoop, conservateur des Archives de l’État, à Gand.

5 M. Fourdin, archiviste-bibliothécaire d'Ath, a eu l’obligeance de nous communiquer l’extrait suivant du compte communal de l’an i552-i 553 ; c’est tout ce qu’il a trouvé sur les haute-lisseurs de cette localité : ® A Gilles « de Glarges pour avoir esté avecq Julyen Dubois en la ville de Bruxelles, n députez de par les eschevins de la ville d’Ath, corne maistre [sic] des tappi- 0 ciers de ladicte ville, que pour oyr et entendre ce que sera dict et déclaré < en ladicte ville de Bruxelles quant est au faict et estil de ladicte tappis- 0 sérié, dont de tout le besongneit que faict avoient audict Bruxelles, à leur 1 rethour ilz en firent ample déclaration aux eshevins d’Ath; ouquel voyaige « ilz ont employet chascun six jours, à xxx solz par jour. »

Nous avons analysé à la p. 5 7 une ordonnance du conseil privé qui fut promulguée le 1 3 décembre 1 563, à la requête des grands centres de fabrication des tapisseries de haute-lisse en Flandre et dans le Tournaisis, y compris Arras, Valenciennes et quelques localités moins importantes, entre autres Ypres, Courtrai, Termonde, Alost et Grammont, au sujet des ouvriers « exerceans « les stilz et mestiers de hauhe-lisse, triperye et bourgeterie au plat pays et lieux champestres à l’environ desdictes villes », afin d’interdire l’exercice de ces différentes professions en dehors des villes fermées, par suite des fraudes et des abus qui s’y commettaient. Cette ordonnance statuait à l’égard de ceux qui habitaient dans le bailliage du Tournaisis et la châtellenie de Lille, et, quant aux « viUaiges et plat pays « adjacens aux aultres villes » enjoignait d’y faire le recensement « du nombre d’ouvriers et hostilles qui présentement y sera trouvé par « visitacion », et défendait de l’augmenter

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