GAND ~ ALOST
SOMMAIRE. — l’industrie de la haute-lisse s’introduit a gand sous le règne du duc Philippe le bon. —
ORDONNANCE FAITE EN l502 PAR LE MAGISTRAT CONTRE LES FRAUDES DANS LA FABRICATION. — PROCÈS DE LA CORPORATION GANTOISE CONTRE CELLE D’AUDENARDE. — DÉCADENCE A LA SUITE DE LA RÉVOLUTION DU SEIZIÈME SIÈCLE. — RÉTABLISSEMENT DE L’iNDUSTRIE VERS LE MILIEU DU SIÈCLE SUIVANT. — RENSEIGNEMENTS SUR LA CORPORATION DES HAUTE-LISSEURS d’aLOST.
GAND. — Il y avait à Gand dans la première moitié du xrv0 siècle des artisans que l’on désignait sous le nom de tapytwevers , littéralement tisserands de tapis5; ils étaient alors affiliés aux fabricants de coutils ; leur nom se retrouve dans divers documents qui ont été publiés3, et leur règlement organique remonte à l’année i35o*. Mais ces artisans n’ont rien de commun avec les tapissiers de haute-lisse, car dans ce règlement il n’est question que de couvertures de lits ( saergen ), de couvertures de bancs ( banc-cleedren ), de garnitures de chevets (hooft-henden), de taies d’oreillers (cussin-tykens), et de tiretaine (terteyri), tous ouvrages qui se fabriquaient à la navette. Il faut ranger dans la même catégorie les tapytivevers de Bruges et de Bruxelles, qui sont cités, les uns en i3o2 {voy. p. 59), et les autres en 1340“.
On lit dans un compte du 2 octobre 1419 au 2 octobre 1420 qu’un « tapissier » de Gand, sans autre dénomination, a été employé pendant trois mois à la restauration de la tapisserie de « Monseigneur », c’est-à-dire de Philippe le Bon, duc de Bourgogne8. Ce prince y avait alors deux habitations, l’une, T en Walle ou Sanderswalle, l’autre la Poterne1 * 3 . Lors de sa réconciliation avec cette ville, en 1459, les rues furent splendidement décorées8; les tapisseries ont naturellement dû jouer le principal rôle à cette occasion.
Vers le milieu du quinzième siècle les haute-lisseurs de Gand existaient déjà à l’état de corporation avec son doyen et ses jurés particuliers ; le fait est prouvé par un document qui nous apprend d’autres particularités intéressantes. En 1453, un débat surgit entre le doyen du métier des tapissiers et les haute-lisseurs qui en constituaient le troisième membre ; les deux autres étaient composés des tisserands de couvertures ( sargeiverckers ) et de tapis (dobbeljverckers) . Les haute-lisseurs demandaient à être autorisés à n’employer plusqu’un ou deux ouvriers Çcnapen) chiffre fixé par les ordonnances : ils représentèrent que cette entrave avait été cause de l’émigration de plusieurs maîtres qui étaient allés s’établir dans la circonscription de la châtellenie, au grand préjudice de la ville, parce qu’ils ne pouvaient suffire aux commandes des gens riches et des marchands. Ils ajoutaient qu’ils étaient actuellement encore au nombre de quatorze ou quinze maîtres, et en situation de pouvoir employer chacun dix à douze ouvriers, et même davantage. Après réplique et duplique de part et d’autre, une transaction fut conclue, le 5 novembre, entre les parties litiigeuses par les doyens de tous les métiers réunis en assemblée, en présence
1 Nous avons trouvé une copie du temps de cette ordonnance dans la collection des Papiers d’Ëtat et de l’audience, aux Archives du royaume. On ne
doit pas inférer de ce document, qu'il existait des métiers de haute-lisseur dans toutes les localités qui y sont désignées. Quelques recherches que nous ayons faites, nous n’avons rien découvert jusqu’ici pour Courtrai, ni pour Termonde, où il y avait peut-être des tripiers et des bourgeteurs, et les personnes qui y ont compulsé avec la plus grande attention les archives communales n’ont pas été plus heureuses que nous.
3 Devigne, Recherches historiques sur les costumes des gildes et des métiers, p. 3j.
3 Messager des sciences historiques, t858, p. 430, note 1; — Warnkœxig et Gheldolf, Histoire de Flandre, t. III, p. 320, etc.
‘ Willems, Belgisch Muséum, 1840, p. 54.
s Henne et Wauters, Histoire de Bruxelles, t. II, p. 578.
6 s A Hennin, tapissier, demourant à Gand, pour avoir refaict la tapis- (i sérié de Monseigneur, en laquelle il a ouvré continuelment l’espace de « trois mois et plus en ladicte ville de Gand, dont Monseigneur lui a ordonné 11 estre payé tant pour estoffes par lui livreez, comme pour son salaire d’avoir « besoingnié et refaict ladicte tappisserie durant ledit temps : xvj libvres. » (Registre n» F. 1 1 1, fol. vj“j, de la chambre des comptes, aux Archives départementales du Nord, à Lille. Un double de ce registre existe aux Archives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon, sous le n» BB. i6o5.)
7 Messager des sciences historiques, 1841, p. 38.
* Dom Plancher, Histoire de Bourgogne, t. IV, p. 297.
TAPISSERIES FLAMANDES n3
des échevins de la keure qui y donnèrent leur approbation. Il fut décidé que chaque maître haute-lisseur pourrait établir huit bancs ou métiers (ghetamven) , et employer autant d’ouvriers libres du dehors (onvrye-ghesellen) que de besoin; toutefois que la préférence devait être donnée aux ouvriers francs ( vrye-cnapen ), c’est-à-dire, a ceux qui étaient inscrits dans le registre de la corporation ; enfin que les premiers devaient payer, par quinzaine, une somme de 12 gros au profit du doyen, des jurés et du valet de la corporation, et 12 mites par semaine pour concourir aux dépenses de celle-ci'. Un autre document qui a échappé à la destruction renferme les admissions des maîtres haute-lisseurs depuis 1461 jusqu’à 1496. Il en ressort que la corporation ne prit jamais un grand développement pendant le quinzième siècle, malgré la tolérance inscrite dans l’accord de 1453. Elle eut un peu d’importance sous le règne de Charles-Quint. Son organisation ancienne, avec un doyen et trois jurés, subsista jusqu’en 1540. Ses premiers statuts particuliers datent de 1461 \
On ne possède guère de mentions de tapisseries fabrique's à Gand pour ces temps reculés. Pierre Van Boxelaere ou Van Borselaere, exécuta en 1478 ou 1479, pour le magistrat de la châtellenie du Franc de Bruges, une petite tapisserie ornée d’un écusson aux armes de Flandre3 ; ce fait singulier est établi par un document authentique. Un contrat passé au mois de juillet 1481, à l’occasion du prêt de patrons à l’usage des haute-lisseurs, mentionne des dessins de verdure*; c’était, paraît-il, le genre dont on s’occupait généralement à Gand à cette époque. Un acte de la même espèce, du 1 1 août i53i, fait connaître que Gérard van der Straten s’était engagé à livrer à Guillaume de Ram, d’Anvers, une chambre de tapisseries tissée de laine et de soie, représentant des sujets de chasse, et composée de douze pièces, avec bordures et différents accessoires, et qui devait être d’un travail aussi parfait, — y est-il dit, — que la tenture qui avait été exposée par Waleram Van der Rye, au mois d’avril de l’année précédente*. En i5o8, Marguerite d’Autriche, gouvernante générale des Pays-Bas, se rendit à Gand pour l’assemblée des états généraux qui y avaient été convoqués pour le 28 février; à cette occasion la grande salle du château, dans lequel était né son neveu Charles, huit ans auparavant, fut tendue de tapisseries que l’on avait prises en location à Pierre Peterzone, tapissier de cette ville *. C’est dans cette même salle qu’eut lieu une autre réunion des mêmes états, en juin 1 5 17, que présida ce monarque, qui était alors sur le point de partir pour l’Espagne; elle fut « toute tendue de h riche tapisserie », écrit un contemporain dont nous possédons une narration détaillée de la cérémonie d’ouverture7.
Le 23 mai i5o2, le Magistrat fit publier une ordonnance pour mettre fin aux fraudes qui s’étaient introduites dans l’emploi des matières servant à la fabrication de la tapisserie, à la faveur des guerres et des divisions qui avaient troublé le pays après la mort de Marie de Bourgogne. Chose plus grave, disaient les considérants de cette pièce, plusieurs bourgeois de la ville ont acheté de pareilles tapisseries et en ont commandé à des ouvriers demeurant dans les campagnes environnantes ; ils ont même osé les exposer publiquement en vente comme étant des produits manufacturés à Gand, au préjudice de la cité et à la déconsidération du métier parmi les marchands étrangers1. Il fut prescrit qu’à l’avenir toute tapisserie mise en vente devait, sous peine d’amende, être examinée par les doyens et jurés de la corporation, et ceux-ci devaient visiter les ouvrages auxquels on travaillait ainsi que les matières destinées à être employées’. En 1 5 1 3, le métier jugea nécessaire de nommer un gardien pour la conservation de ses objets précieux et des ornements destinés au service divin10, et à ce propos un inventaire en fut dressé. Il possédait d’autres argenteries que celles servant au culte, puisqu’on voit par des actes des années i532 et 1537", qu’à l’occasion de sa réception, chaque maître était tenu, et cela en vertu d’un usage ancien, de faire don d’une espèce d’écuelle ou plateau (scale) d’argent du poids d’un marc de Troyes” avec le bord doré au fond et les armoiries de la corporation émaillées ,s. Aussi chaque doyen devait-il, à son entrée en fonctions, constituer des garants1*.
La révolte des Gantois contre l’autorité de l’empereur Charles-Quint, en 1 53g, révolte qui s’était étendue à
> Cette espèce de sentence est transcrite dons le registre intitulé : Ordonnantien, wysdommen der dekenen, aux archives communales de Gand.
Nous devons des remerciements tout particuliers à M. Victor Vanderhaeghen, archiviste de la ville de Gand, qui a bien voulu faire, à notre intention, dans le dépôt confié à sa garde, de laborieuses recherches pour jeter quelques lumières sur l’histoire de la tapisserie dans cette ville.
a « ... mits dat zekere ordonnancien ghemaect waren in’t jaerxiiij » ende a lxj, daerop ende aile maniéré van ghcselle de conste wetende van den
« leghwerkers ontfaen soude . » (Registre intitulé : Jaer-register de 1466-
1468. 2" partie, fol. 84 V®, ibidem.)
3 < Pieter Van Borselaere, tapisseur, wonende te Ghend, v;
van Vlaenderen,
« tappisserien by hem ghemai
0 s. vj d. gr., maken : xv lib. xvlij s.par. » (Registre n® 45289, fol. cxxxv| : de la chambre des comptes, aux Archives du royaume.) Cette particularité déjà été publiée par M® J. Weale dans le Beffroi, t. IV, p. 81; mais 1 écrivain a mal lu le nom Van Borselaere.
* Registreintitulé Stalen van goederen, 1478-1481, aux archives communale
3 Jaer-register de i53o-i53i, fol 142 v“, ibidem.
« 0 Les chief, gouverneurs et trésorier général des domaine et finances, ei <■ certifiions que Pierre Micault, etc., a payé à Pierre Peterzone, tapissi ® demourant à Gand, la somme de viij livres, de xl gros, pour le louaige a la tapisserie qui a esté tendue en la grande salle de la court en ladicte vil ■ depuis que Madame de Savoye y arriva jusques à présent, en laquelle m< « sieurs des estaz ont esté assemblez, tant pour oyr et entendre ce qui leur n esté fait, déclaré et demandé par madicte dame, comme pour faire et rend « leur responce sur ladicte demande, et aussi que l'on y a presché le karesn n durant ce que madicte dame a esté en ladicte ville de Gand, etc. Le xx® joi « d’avril l’an mil cincq cens et sept, avant Pasques.» (Collection des acqui des comptes de la recette générale des finances, aux Archives du royaumi
7 Gachard, Voyages des souverains, t. III, p. 26.
• < ... dat diversche inzetene ende poorters deser stede hemlieden ver- (i voorderen te coopene ende doen makene vele tapytserien up platte landt « die te gheender waerdere en comt, dezelve vercoopenc t'allen maercten n voor Ghendsche tapetserie, al in cleenicheden deser stede ende vermina derdhede van Jer necringhc, etc. »
8 Registre BB, fol. 24 r®, aux archives communales.
o kylc, ampullen, paesberde, exsele, bouc, ornamenten, candeleers ende
a andre derzelver neeringhe ende cappellc van diere anclevende . » ( Jaer-
register de i5i3-i5i5, fol. 52 v®, ibidem .)
• 1 Jaer-register de i53i-i533, fol. 3, et Jaer-register de 1537-1 538, fol. 7 v®, ibidem.
19 Les statuts du métier des tisserands de tapis de l’an i35o renferment l'obligation, pour tout apprenti, de fournir une écuelle ou plateau d'argent émaillé aux armes de la corporation, et pour un maître, celle d’en fournir deux ( ende tivee selveren scalen, etc scale van eender Troeysche marc, ende die scale glieammelgiert metten teeken van den ambocht).
13 n . Ende eene zelvere scaele van eender Troyscher maerc, ende den
i wapen van derzelver neeringhe.... » ( Jaer-register de 1496-1498, 2® partie,
fol. 1
ss.)
u « ... vute dien dat naer de costume van der neeringhe van der tapytwcvers
< binnen der stede van Ghendt, elc deken van derselver neeringhe ghecooren a synden, ghehouden es den deken afgaende ende derselver neeringhe seker ,1 ende borght de stellene voor zynne administratie bewindt ende al ’t gundt
< dat hy onder hem rustende heeft ter voornoemden neeringhe toebehoo-
i rende . • ( Jaer-register de i537-i538, cité, fol. 34 v®.)
une grande partie de la Flandre, fut cause de la suppression par ce monarque de tous les privilèges que leur ville avait obtenus de ses prédécesseurs ainsi que les cinquante-quatre corporations des métiers1 * 3 * *; de plus, il confisqua les maisons où elles tenaient leurs réunions’; il en réduisit le nombre à vingt et une, par une sentence du 3o avril 1540, que l’on a appelée la Caroline. Parmi les plus exaltés figurèrent les tapissiers’. Ces événements amenèrent la ruine presque complète de l’industrie de la haute-lisse à Gand. Nous soupçonnons que beaucoup de tapissiers s’expatrièrent à cette époque, et allèrent s’établirent à Grammont où ils contribuèrent à la formation du métier érigé en cette ville. En i552, le Magistrat d’Audenarde réclama auprès du conseil privé, parce que le Magistrat de Gand n’avait pas encore procédé à la publication de l’édit du 1 6 mai 1 544, publication que le conseil de Flandre n’avait faite, du reste, que le 26 octobre 1546*. Le Magistrat de Gand répliqua que cet édit (qui avait été renouvelé le 28 juillet 1 55 1) s, ne permettait pas l’admission des ouvriers étrangers, à moins qu’ils ne fussent porteurs d’un certificat de leur dernier maître, les déclarant libres de tout engagement ; et que, si cet article devait être observé à Gand, ce serait l’anéantissement complet du métier des haute-lisseurs dans cette ville, attendu qu’on n’y peut que très difficilement se procurer de bons ouvriers (consterner s), et encore n’était-ce que parmi ceux que l’on désignait sous le nom d’ambulants ( vlueghen ) ; et il concluait à ce que l’on pût continuer à se régler d’après les prescriptions de la Caroline de 1 540, laquelle avait déclaré libre l’exercice d’un métier pour toute personne qui aurait justifié de sa capacité par l’exécution d’un chef-d’œuvre6. Une sentence du conseil privé, du 3o septembre 1 5 53, ordonna de faire la publication de l’édit général à Gand, comme elle l’avait été ailleurs, et permit d’admettre exceptionnellement tous ceux qui se présenteraient, sans devoir fournir la preuve des années d’apprentissage prescrites ; il y était en outre défendu d’avancer à l’avenir plus de 6 florins aux ouvriers sur l’ouvrage qu’ils avaient en mains. Dans les mémoires produits par ceux de Gand à propos de ces procès, on apprend que le Magistrat y avait promulgué, en 1541, une ordonnance composée de vingt-huit articles, au sujet de l’exercice du métier de hautelisse. Certains abus qui s’étaient introduits dans la fabrication des carpettes, tapis de table, coussins et autres espèces de tissus qui étaient du domaine de cette profession, nécessitèrent, de la part des échevins, une autre ordonnance, le 27 juin i55o, pour y porter remède7. La question du remboursement des dettes contractées envers leurs anciens patrons par les ouvriers qui étaient allés s’engager à Gand sans s’être libérés envers eux, fut cause d un nouveau procès que le métier de Sainte-Barbe d’Audenarde intenta aux haute-lisseurs de Gand devant le conseil privé, en 1 556, et qui se termina par les sentences du 24 octobre i558 8 * et du 3 août 1 55g “, obligeant à rembourser les patrons jusqu’à concurrence de la somme de 6 florins. Pendant les années 1 5y6 à 1 584, ville de Gand fut livrée a l’anarchie des partis nés de la révolution10. C’est à cette époque, croyons-nous, qu’il faut faire remonter 1 anéantissement du métier des haute-lisseurs, car il n’en est plus guère question, dans les documents posté' rieurs, avant le milieu du dix-septième siècle.
Nous devons ici une mention à un peintre de cette époque qui eut de la célébrité. Luc d’Heere naquit à Gand en 1 534 et y mourut à l’âge de cinquante ans. Le biographe Van Mander 11 nous a transmis sur lui de précieux renseignements. « Il dessina, surtout, dit-il, beaucoup pour les verriers et les tapissiers. Il voyagea en France et y fit de nombreux cartons pour la reine-mère (Catherine de Médicis). Il se rendit ensuite à Fontainebleau où il fit un long séjour. » Ces particularités qui doivent se rapporter aux premières années du règne de Charles IX, sont intéressantes à consigner pour l’histoire des manufactures de haute-lisse de Paris sur lesquelles on sait encore peu de chose malgré les laborieuses recherches de M. Jules Guiffrey.
Nous avons dit (p. 104), qu’à la suite des charges imposées à Audenarde par les garnisons que l’on y avait envoyées, plusieurs maîtres tapissiers s’étaient expatriés. Trois d’entre eux, savoir : François de Moor, Jean d’Olieslaegher et Daniel Van Coppenolle avaient adressé une requête au Magistrat de Gand en 1654, pour lui communiquer leur intention d’aller s’établir dans cette ville, et d’y installer leur industrie, au grand avantage de celle-ci à tous les points de vue, puisque leur départ devait entraîner le déplacement d un certain nombre d’ouvriers tapissiers, profileurs, teinturiers, etc. Ils demandaient à cette occasion qu’on leur accordât quelques privilèges, et entre autres la franchise des impôts communaux et l’exemption de logements militaires, etc. Le magistrat envoya des délégués pour s’aboucher avec les pétitionnaires, et une convention fut passée avec eux, le 3i juillet i655, par laquelle on leur octroyait pour tout le personnel qu’ils amèneraient avec eux les faveurs qu’ils sollicitaient, et de plus, pour chacun d’eux, une somme annuelle de 200 florins ”, aussitôt leur complète installation, et aussi longtemps que la ville ne serait pas en mesure de leur procurer une habitation. De leur côté ils s’étaient engagés solidairement à monter chacun douze métiers qui devaient être tenus en activité pen ant douze ans consécutifs u. Les oppositions faites à Audenarde à leur départ restèrent sans résultat. Van Coppenolle abandonna presque immédiatement toute idée de retour, puisqu’il se fit recevoir bourgeois de Gand le 17 avril 1657. De Moor et
1 Gachard, Relation des troubles de Gand, p. 36o.
- Ibidem, pp. 493 et 5i2. Celle des tapissiers fut adjugée, en 1542, pour le prix de 97 livres 19 sous de gros.
” Henne, Histoire de Charies-Quint, ,« édition, t. VI, p. 3o4.
* Placards de Flandre, t. I», p. 6i5.
3 Celui-ci est transcrit dans le registre Q, fol. 279 v°, aux archives com¬
munales.
6 . . ontwifelic eer lanc alhier causeren de gheheele destructie
van der voornoemder necringhe, overmids dat men hier lettel ander knapen
ghecrighen can, emmers constenaers, dan vremde, die men costumierlic
vlueghen denommeert . (Même registre, fol. 3oa r«.) •
1 Registre LL, fol. 168 v°, ibidem.
» Archives du conseil de Flandre, aux Archives de l’État, à Gand.
* Registre WW, fol. i73 v», aux archives communales.
10 On lit dans une requête de Laurent de Smet, tapissier d’Audenarde, adressée nu gouverneur général, pour pouvoir jouir du bénéfice de la réconciliation, qu’après la réduction de cette ville (i582), il s'était réfugié à Gand avec sa famille, par crainte d’être poursuivi pour avoir hanté les prêches calvinistes, et qu’il y resta jusqu’à la reddition de cette dernière cité (septembre 1584). Il demandait à pouvoir continuer à y résider, ce qui lui fut accordé. (Collection des papiers d’État, aux Archives du royaume.)
11 0 ... verscheyden dinghen voor den meester doende, insonderheyt
0 teyckeninghen voor glasschryvers en tapytsiers . Hy is voorts ghereyst
« buyten s’iants, te wcten in Vranckryck, alwaer hy oock veel tapyten * patroonen teyckende voor de coninginne, ’sconings moeder.Was oock veel « tyt tôt Fontainebleau . u (Het Schildcr-boeck ; éd. de 1618, fol. 173 r°.)
11 Cette somme équivalait à 33 livres 6 sous 8 deniers de Flandre,
■a Registre WW, fol. 110 et suiv.
TAPISSERIES FLAMANDES
Î, wt Fn 7,7 « f “ ' in,Kllè™> « 1. Villa la», p.y, .»»uellamtnt i-i.-A.è
de loyar. En ,684 f»,a„, ,„aat„„amant ,dmi, p„ la n,.gi,„« de G.nd Alav.ndra B.en, Louis Kon,n»a„, Fr.uçoi, V.» dar
a 'aatta d= ».ln« d “Pi“"' d’A"d“"de' “ GMunuy, q»I -arç.lt à I, fol, 1. profaJo» Ta „pî„t
celle de peintre de patrons, avec jouissance des mêmes prérogatives d’exemptions d’accises et autres que de Moor et consorts qui na vivaient pin, d aa„a dpoqna L. villa grsdfi. A. Baa„, Blomm.a,, a, V.n da, Stiahelei, d’nna » “vre d/glTte
d indemnité d. dap .aaman, ■. V.n dar Stiahalan aval, déjà habité G.nd, d'on en ,fi7fi 11 étal, allé à Lille avec ,on comp.viom GaoT' Blommaert dan, 1, mention da s’y tobllfi mai, il avait abandonné cet, a villa a, étal, ratonmé à Andenarde. pLi.u“ de ï, fabricant, maigre laor changement da domicile, relièrent prndemmant affilié, an mélier da Sainte-Barbe de cette dernière localité pendant plns.anr, année, encore, a, payèrent le, redevance, babitnelle,. L’établissement de V.n de, Stichelen parai, avoir ,'oni d’nne certaine répnt.non , on y travaillai, les tapisseries représemant des paysages et d'antres à figure,, et l’on connaît comme élant sonis
0LT0T ‘de’ V ST’- “TT d“ k‘,r“ V S T.“”binta ’ -» Pay.age, d'après d’ancien, cartons peint,
par Louis de Vadder, s.a pièce, de ’fflVo.re d’Adam « d’Eve, e, cinq pièce, de sujets empruntés ami d’Tide.
Ce, différentes tentures avaient eté fanes de ,6,0 à ,6,s pour l’hètel du marquis de Herselle,, 4 BrnsellesL II es. fncore parlé de tapisseries fabriquées à Gand dans un décret du gouvernement relatif aux droits de sortie du 2 décembre 1707 ».
Le Magistrat de cette ville ne laissait échapper aucune occasion d’y introduire de nouvelles industries. On le voit en .694, passer une convention avec Jean Duquesne, fils d’André, haute- lisseur, natif de Tournai, pour l’établissement certains avantages, d’une manufacture de tissus dits « point d’Hongrie, moucades, carpettes ou bergai lisse. » Il s’engageait à aller habiter Gand avec sa famille à des enfants pauvres ».
moyennant ceintures et autres de hautey monter douze métiers, dont il devait enseigner le mécanisme
Dan, les ligne, qui suivant sont groupés quelque, renseignements sur de, tapisserie, qui ont existé à G.nd et dans quelque, châteaux de la Flandre. ’ ’
Nous avons trouvé dans un inventaire de meubles provenant de la succession de Marguerite Steelandt, veuve en troisièmes noces de Charles Claissone, mort à Gand en 1542, meubles qui étaient échus en partage à Jean Barrat, son fils du premier lit lequel était maître de la Chambre des comptes de Lille, et que l’on qualifie de bourgeois de Gand, la description suivante de deux précieuses tapissenes ; la seconde rappelle celle qui représentait le même sujet et que l’on a pu admirer à l’exposition rétrospective de Bruxelles en 1880 : « 1° Item, ung fort beau tappiz vellu et de bel ouvraige menagier et de beaucop de coulleurs, fort espez et de bonne estoffe » c’est ung vray tappiz de Turcquie sans estre contrefait, et contient environ iiij aulnes et demye de long et ij aulnes et ung quartier de » large : c’est une fort belle et riche pièche. — 2” Item, une fort belle pièche de tappisserie d’ouvraige de brocquetrie, faicte de bonne » estoffe et fine sayette, aussi de soye et de fil d’or, contenant deux aulnes et demye de long, et deux aulnes et un quartier de lar»e » en laquelle pièche est figuré le Baptissement quefiest saint Jehan-Baptiste de Nostre Seigneur Jhesus au jleuffe de Jourdain, nostre’ » créateur et saulveur; aussi y est figuré Dieu le père quy lors apparut au chiel, en disant : Hic est filius meus dilectus, etc. ■ » pareillement le Saint-Esperit ; aussi les angèles qui assistoient audit baptesme ; aussi y est le paîsage fort bien fait et autres » choses quy en deppendent, et est le tout fait de fort belle, bonne et vive coulleur : c’est une riche pièche et bien faicte*. »
Parmi les monastères de la ville de Gand qui possédaient des tapisseries de haute-lisse il faut citer l’abbaye de Saint-Pierre. Dans un document qui porte la date du 3 août 1 555, — c’est une commission donnée au nom de Charles-Quint, — on lit qu’il a appris que l’abbé est gravement malade, « et qu’il fait grandement à doubler que, advenant son trespas, les deniers, meubles et autres biens « du monastère pourroient estre distraitz et aliénez en mains estrangiers et de ceulx ausquelz ilz ne doibvent appertenir ». Ordre est donné au président du conseil de Flandre et à deux autres fonctionnaires de se transporter au monastère aussitôt après le trépas du moribond, et d’y dresser « inventoire de tous et quelzconcques lesbiens et meubles y estans, tant de deniers, bagues, joyaulx, vaisselle, « tappisseries et tous autres utensilz, que comptes, papiers, etc. et d’y intimer aux religieux défense de procéder à l’élection d’un prélat jusqu’à ce que l’empereur ait désigné quelque personnage qui lui fût agréable». Après la mort du titulaire, qui s’appelait Gérard Cuelsbouck, le monarque nomma, au mois d’octobre 1 556, pour le remplacer, François d’Avroult, seigneur de Helfaut. C’est sous sa gestion, qui embrasse environ une dizaine d’années, que furent exécutées les dix riches tapisseries représentant des épisodes de la vie de saint Pierre et de saint Paul 10 ; dans les bordures sont tissés des textes se rapportant aux sujets, et les armoiries de l’abbaye et de l’abbé. Ces tapisseries, qui étaient tendues dans le chœur de l’église, ont toujours passé pour avoir été fabriquées à Audenarde; mais nous ne saurions accepter cette tradition, parce qu’il ressort de tout ce qui a été dit de ces tentures qu’une partie d’entre elles devait être la reproduction des fameux cartons de Raphaël Sanzio consacrés aux Actes des Apôtres, qui étaient restés alors entre les mains de haute-lisseurs de Bruxelles, après avoir servi à la confection des tapisseries pour le pape Léon X ».
1 Registre aux bourgeois de 1651-1738, aux archives communales.
* Registre aux résolutions de 1679-1688, fol. 12 v», 124 r» et 126 v», ibidem.
3 Houdov, les Tapisseries de haute lisse, p. 86.
1 Wauters, les Tapisseries bruxelloises, p. 395.
3 Livre des placards; droits d'entrée et de sortie, p. 399.
4 Registre aux résolutions de 1694-1698, aux archives communales.
7 Voy. le Catalogue, série F, n» 76.
• Deux petites tapisseries, du même sujet et de dimensions qui se rapprochent de la précédente, existent encore, toutes deux tissues également de laine, de soie, d’or et d’argent. L’une (2,20x1,90) appartient à M. Maillet du Boulay, et a été exposée à Paris, en 1876, par l'Union centrale des Beaux- Arts appliqués à l’industrie ( Catalogue , p. 207); l’autre (2,20x2,60 est la propriété de M. le baron Erlanger et a fait partie de l’exposition rétrospective de Bruxelles de 1880 ( Catalogue , classe F, p. 18). La première, où se voient
l’école de Quentin Metsys; on l’a photographiée pour notre publication. La seconde, dont la composition est moins importante, a été reproduite dans le livre intitulé : l'Art ancien à l'exposition nationale belge; elle le sera mieux dans l'ouvrage que publie M. H.-F. Keuller sous le titre suivant : les Tapisseries historiées à l’exposition de Bruxelles de 1880, avec texte par M. Alph. Wautehs. Elle date aussi de la première moitié du seizième siècle.
» Collection des papiers d’État et de l’audience, auxJArchives du royaume.
10 « In iis vita et peregrinatio SS. apostolorum Pétri et Pauli expressa et « versibus doctis illustrata », dit Sanderus, Flandria illustrata, t. !«', p. 291. Plusieurs auteurs modernes qui ont écrit sur l'abbaye de Saint-Pierre, avancent que le millésime de 1 556 est tissé dans la bordure, mais si le fait est vrai, cela ne peut se rapporter qu’à la nomination du prélat, qui date du mois d’octobre de cette année, et non à l’année même de la confection des tapisseries. (De Busscher, Notice sur l’abbaye de Saint-Pierre, qui a été insérée dans le t. Il des Annales de la Société des Beaux-Arts et de Littérature de Gand, et Van Lokeren, Chartes et documents de t abbaye de Saint-Pierre, t. II, p. lxxi.1
11 Les deux Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur en font les plus grands éloges dans leur premier Voyage littéraire, imprimé en 1717 (2« partie, p. ig3), et rapportent qu'elles étaient estimées valoir 200.000 florins et qu’un gouverneur des Pays-Bas avait offert la moitié de cette somme, « et d'en faire faire d’autres semblables ». Descamps en parle dans son Voyage pittoresque de la Flandre et du Brabant (1769, p. 23g), mais il n’en mentionne que huit, ainsi que l’auteur du Voyage d’un amateur des Arts en Flandre dans les années 1775-1778 (t. I, p. i3). Ce dernier dit que n leur
les sujets en sont pris dans l’Ancien Testament. Tous deux déclarent (très probablement d’après ce qui leur a été raconté, quand ils les ont vues),
deux qui avaient été placées dans un autre lieu. De son cûté, Lenoir (les Tapisseries de Flandre, 1819), a avancé qu’elles avaient été confectionnées en 1480 d’après les compositions de Jean Van der Straeten dit Stradano, peintre qui n’a vu le jour qu’en i536. Le Mayeur (la Gloire Belgique, 1. 1, p. 405) a copié Descamps. En juillet 1821, on imprima à Gand une brochure in-quarto intitulée: Notice sur les tapisseries appartenant autrefois à la célèbre abbaye de St-Pierre à Gand, exécutées au commencement du seizième siècle à Audenarde, sur les dessins de Raphaël d’Urbin, et de ses principaux élèves. Cet opuscule de huit pages, écrit par le peintre Odevaere, avait pour but d’attirer l'attention du public sur elles; son titre résume parfaitement les idées de l’auteur au sujet de ces tentures, qui avaient été achetées en bloc
défaire. On les transporta à Bruxelles où elles furent exposées dans une des salles du Musée royal, mais il est probable qu’elles ne trouvèrent pas alors d’amateur; car ce n'est que longtemps après qu'elles furentacquises par
recherches sur les manufactures de tapisseries à A udenarde, p. 42.) La Gaqette van Gend du 2 avril 1837 annonçait encore qu’elles seraient exposées au public pendant la semaine sainte, dans l’église de Saint-Laurent de cette ville
Viglius, président du conseil privé sous Philippe II, est une des grandes figures de notre histoire au seizième siècle. « Parvenu par son talent — dit un écrivain moderne 1 — il grandit par sa servilité. » Son avarice était passée en proverbe. Il fut accusé d’hérésie, en 1 564 », et « de ne s’être, à la fin de sa vie, fait prêtre et homme d’église que pour happer la prévôté de Saint-Bavon » àGand, don il avait, assurait-on, « pillé les bagues, joyaux, vaisselles, linges, lits, tapisseries et autres meubles », et qu’il avait envoyés en Frise, son pays natal. On ajoutait, entre autres choses, que, lors de la nomination de Jacques Lequien à l’abbaye de Saint-Martin, à Tournai, lui et Granvelle avaient chacun reçu de ce prélat une tapisserie de 1,000 florins, et que Jean Duquesne, le successeur de Lequien, leur avait donné à tous deux une tapisserie de 600 florins. Il est bien regrettable pour notre sujet que nous n’ayons pas de plus amples renseignements sur les tentures que posséda ce fameux personnage, et par conséquent sur celles qui provenaient de l’ancienne abbaye de Saint-Bavon. Dans l’inventaire qu’il fit dresser, en 1575, de ses papiers, manuscrits et canes géographiques, et qu’il légua au collège fondé par lui à Louvain, figurent six cartes représentant les Pays-Bas, qui avaient été exécutées en tapisseries pour Emmanuel-Philibert, duc de Savoie 3.
On sait qu’au moment de son arrestation, L'amoral, comte d’Egmont, était gouverneur de la Flandre. La sentence qui le condamnait à mort prononçait en même temps la confiscation de ses biens, meubles et immeubles. 11 habitait le château de Gand, et c’est dans ses appartements que furent trouvées, en 1 568, ces merveilleuses tapisseries, tissées d’or, d’argent et de soie, représentant les Sept pèches mortels (ou capitaux) qui furent si soigneusement mises en réserve par le receveur général des confiscations, et que nous croyons avoir été envoyées plus tard en Espagne au roi Philippe IL En effet, l’on conserve au palais de Madrid des tentures des mêmes sujets aussi richement travaillées que celles-ci ; leurs dimensions paraissent correspondre avec celles des tentures saisies, dont les mesures variaient de 10 '/* aunes à 12 '/» aunes ‘. Dans chacune d’elles, le personnage principal est assis dans un char, avec des cavaliers et des amazones et d’autres figures debout et couchées ; toutes les compositions se détachent sur des fonds de paysages d’une grande richesse et d’une grande variété. Une admirable bordure composée d’enfants, d’animaux, d’oiseaux, de fleurs et de fruits, encadre chaque tapisserie, et dans le haut un cartouche contenant un distique en latin qui se rapporte au sujet s. Le comte d’Egmont possédait encore à Gand un hôtel dit en flamand l 'ho/ van Fiennes ", parce qu’il avait appartenu à cette famille ; on y mit la main sur six pièces de tapisseries de l’ Histoire de l'enfant prodigue et cinq autres de l 'Histoire de Joseph. Ce seigneur a fait lui-même connaître dans son premier interrogatoire qu’il était né au château de la Hamaide, situé en Hainaut, non loin de Lessines, château qui lui appartenait. Aucun inventaire des meubles qui y furent saisis ne nous est parvenu, non plus que de ceux trouvés dans le château de Sotteghem, entre Audenarde et Alost 7. C’est dans cette paroisse que l’infortunée victime du duc d’Albe a été enterrée. L’inventaire du mobilier de son château de Gaesbeke, près de Bruxelles, ne renferme pas de tapisseries 8. Louis, comte d’Egmont, petit-fils du précédent, fut compromis dans une conspiration contre Philippe IV, roi d’Espagne. Nous avons trouvé, dans un inventaire des meubles qui existaient au château de Sotteghem, en i63g, et qui furent vendus à l’encan, à Alost, par suite d’un arrêt du conseil de Malines, du i5 juillet 1 63g ®, la mention de « six pièces de tapisserie ordinaire représentant diverses chasses et paysages 10 ».
Nous n’avons pas découvert de renseignements sur les objets qui ont été confisqués, en 1 568, sur Philippe de Montmorency, comte de Homes ; dans l’inventaire des meubles du château d’Oordonck, situé dans la seigneurie de Nevele, en Flandre, on lit qu’il s’y trouvait a nceuf pièches de tapysserie avecque des oiseaulx 11 ».
En 1657, mourut ù Gand, en son hôtel, Jeanne Richardot, veuve d’Antoine de la Baume, baronne de la Chaux, princesse de Steenhuyse, etc. En 1642, elle y avait fait transporter, entre autres, les tapisseries qu’elle possédait dans le château de ce nom et dans celui d’Avelghem, qui sont situés, l’un près de Grammont et l’autre près de Courtrai. La grande salle de cette dernière demeure était décorée d’une tenture de dix pièces représentant l 'Histoire de Tobie. Dans d’autres parties du château se trouvaient une chambre de tapisseries de l’Histoire de Gédéon, composée également de dix pièces ; — une chambre de six pièces aux armes de Gruuthuse et de Richardot ; — une autre de dix pièces ,aux armes de la famille Poupet ; — quelques petites pièces « de tapisseries fines à grands « personnages » ; — «enfin une chambre de tapisseries d’Indes, contenantes dix-huict pièces. » Au château de Steenhuyse, il y avait entre autres deux chambres à « grands personnages », — « une petite pièce représentant les Trois Maries, » — une chambre à sujet de chasse, — et « une chambre de tapisseries d’armoisin verde avecq des bandes brocadelles isabelle et bleu 18 ».
A la mort de Jean-François de Nassau, gouverneur de Gueldre, le château de Renaix, qui lui appartenait, était meublé, d’après un inventaire fait en 1700, de quelques tapisseries, entr’autres de « sept pièces à bouquets » et de « cinq grandes pièces à fleurs et « à bestes 13 ».
ALOST. — Les haute-lisseurs étaient assez nombreux dans cette ville à la fin du quinzième siècle pour demander au Magistrat de leur donner un règlement, qui leur fut octroyé au mois de septembre 1496 avec
1 Henne, Histoire de Charles -Quint, t« édition, t. VIII, p. 365.
5 M. Gachard a inséré dans le Précis de la Correspondance de Philippe II, t. I», pp. 3iq et 320, l’analyse de deux pièces restées encore inédites, rela-
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mumquer les informations qu’elle a fait prendre en secret sur la conduite de Viglius; elle croit que si les gens osaient parler on découvrirait des choses très graves ; elle joint aussi à la lettre un mémoire détaillé des trésors et meubles délaissés par le dernier abbé de Saint-Bavon, et dont Viglius s’était emparé.
3 Alex. Pinchart, Archives des Arts, des Sciences et des Lettres, t. III, p. 3 :o.
* Nous en avons publié la description ancienne dans nos Archives des Arts, etc., 1. 1", p. 22. Voy. aussi 1 e Bulletin delà Commission royale d’histoire, 3» série, t. IV, p. 455. M. Alph. Wauters, les Tapisseries bruxelloises,
elles se trouve la marque de Bruxelles; il ne peut y avoir que sept pièces mois on en aura partagé trois pour mieux les placer probablement.
5 Ces tentures sont décrites dans les inventaires qui font partie du ' :s Papiers du Conseil des troubles, fol. aoo v° et 240 r°, aux Archives
du royaume. Ce st
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tire des meubles du château de Gand, qui fait du comte d’Egmont (fol. g3), au même dépôt, et cette fois I parfaitement indiquée. On les y désigne ainsi : « Une grandi 0 de tapytserie de soye, fyl d’argent et d’or, contenant plusiet « où que dessus estoit escriptz et enlexez les rymes en latin ensuyvantz : .. Semper eget sitiens mediis ceu Tantalus undis, — inter anhelantes semper « avarus opes. » C’est la seule dont l’inscription soit rapportée, et les corn-
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l’Avarice, sauf qu’on y faire croire qu’il s’agit toutefois douter que c du temps qui renferme
lit anhelatus pour anhelantes. Cette variante pourrait d’une répétition de la même série; mais on ne saurait e ne soit les mêmes, car on lit dans un document : la « déclaration de la grandeur de chascune pièche
11 bien positive : 1. Depuis délivrez ces vij pièces par ordonnance de Son a Excellence (le duc d’Albe) à Jehan Moreno, maistre d'hostel, pour le service « de Sa Majesté. » Nous avons vu (p. 86) que le marquis de Berghes possédait aussi une série de tapisseries représentant les Sept Péchés mortels. Il existe de la série de Madrid d’admirables photographies publiées par la maison J. Laurent et C1» de cette ville.
« Le comte d’Egmont était baron de Fiennes; cette seigneurie était située dans les paroisses d’Etichove et de Worteghem.
7 Voy . le vol. 38 des Papiers du Conseil des troubles.
8 II y eut une saisie faite en 1575, sur le comte d’Egmont, son fils, au château de Sotteghem, — nous ignorons pour quel motif, — où l’on trouva trois grandes vieilles tapisseries et seize pièces de cuir doré (carton n« 276 de la chambre des comptes, aux Archives du royaume). C’est probablement à cette même affaire que se rapporte une ordonnance du magistrat de Gand, portant la date du 10 octobre i58i, qui enjoint de restituer à Lamoral, comte d’Egmont, cinq pièces de tapisseries de l’Histoire de Jacob et une de l’Histoire d’Abraliam, etc., qui avaient été saisies dans son hôtel. (Registre aux résolutions de 1576 à 1584, fol. 462 r°, aux archives communales de Gand.)
• Inventaire des registres de la chambre des comptes, t. III, p. 297.
10 Liasse n° 1 358 de la collection dite des Acquits de Lille, aux Archives du royaume.
11 Ibidem.
18 Liasse n“ t638 du Notariat général de Brabant, ibidem.
18 Archives du grand Conseil de Malines, ibidem.
TAPISSERIES BRUXELLOISES
l’approbation du bailli de la localité et du pays. Ils avaient pris sainte Geneviève pour patronne, et lui avaient érige un autel dans l’église de Saint-Martin. Comme ces statuts ne renferment rien d'extraordinaire, nous nous abstiendrons d en donner l’analyse ’. Le nom d’Alost figure dans le préambule de l’édit général de i5^3, et on le retrouve dans celui de l’ordonnance de 1 563 dont nous venons de parler à plusieurs reprises (p. 57). Mais là aussi, les exces du seizième siècle firent déchoir la fabrication des tapisseries à tel point que le Magistrat, désireux de la remettre sur pied, et après avoir au préalable consulté là-dessus plusieurs des plus notables habitants, accepta les propositions qui lui furent faites, en septembre 1611, par Gills Roos ou Roose, maître tapissier d’Audenarde, d’aller s’établir dans leur ville avec sa famille et ses métiers, moyennant une indemnité annuelle, fixée à 100 florins’. Le Magistrat accueillit, la même année, deux autres haute-lisseurs d’Audenarde, nommés Roos de Ketele et Michel van Glabeke, et leur attribua à chacun une gratification3. Roos avait passé un contrat pour neuf ans, mais après la troisième année il fut licencié *. Thomas Lansuis, auteur d’une consultation juridique5 dont la première édition fut publiée à Tubingen, en 161 1, mentionne les tapisseries d’Alost et d’Audenarde6.
A la ville d’Alost se rattache le souvenir du peintre Pierre Coecke, qui y a vu le jour en i5o2, et que les historiens Guicciardini et Van Mander nous disent avoir fait des cartons de tapisseries pour le Sultan, lors du voyage qu’il fit à Constantinople en compagnie des haut-lisseurs bruxellois nommés Van der Moeyen ou Dermoyen.