‹ Histoire générale de la tapisserieChapitre 3 sur 21 · ARRAS · texte numérisé non relu

ARRAS

“ PREMIÈRE MENTION DE TAPISSERIE DE HAUTE LISSE FABRIQUÉE A ARRAS EN ,367. - LES PRINCIPAUX TAPISSIERS DU QUATORZIÈME SIÈCLE : VINCENT BOURSETTE, JACQUES DAVION, JEAN COSSET, MICHEL BERNARD. — GRANDE TAPISSERIE DE LA BATAILLE DE ROOSEBEKE. — ANDRÉ DE MONCHY ET AUTRES TAPISSIERS DE MOINDRE IMPORTANCE. — PHILIPPE LE HARDI, DUC DE BOURGOGNE, FAIT DIVISER EN PLUSIEURS PIÈCES DIVERSES TAPISSERIES. — INVENTAIRES DES TAPISSERIES AYANT APPARTENU A CE PRINCE ET A SA FEMME.

a plus ancienne mention de tapisserie de haute lisse fabriquée à Arras, est consignée dans le compte communal de Lille de i367. Il paraît très probable que l’introduction de cette industrie était de quelques années antérieures à cette date, mais le silence des documents interdit toute affirmation à cet égard. Si la fabrication de la haute lisse eût été en grande faveur dans la capitale de l’Artois entre l’année i3o2, date de son apparition à Paris, et l’année i367, on en trouverait certainement plus d’une trace dans les textes contemporains, si incomplets qu’ils nous soient parvenus. Or, la comtesse Mahaut d’Artois qui achète, en i3o9, des draps de diverses couleurs a plusieurs marchands d'Arras, s’adresse à des marchands ou à des artisans parisiens pour se procurer les tapis de chanvre et de lame destinés à son usage ou à l’ornement de diverses églises ; il n’est pas question de tapis fabriqués à Arras dans les comptes de cette princesse qui sont arrivés jusqu’à nous*.

Les sources authentiques qui auraient pu fournir des renseignements certains sur les origines de l’industrie d’Arras font presque complètement défaut aujourd’hui. Les comptes communaux du quatorzième siècle y ont tous disparu ; c’est à peine s’il existe encore quelques registres du siècle suivant. On possède seulement des Mémoriaux , tous postérieurs à l’an i36o. Quant aux registres aux bourgeois, ils ne commencent qu’en 1422.

Il fallait donc chercher ailleurs les renseignements que nous refusait le dépôt d’Arras. Nous avons mis tour à tour à contribution les Archives départementales du Nord, de la Côte-d’Or et du Pas-de-Calais les Archives nationales, à Paris, les Archives du royaume, à Bruxelles, etc. Grâce à elles, si nous ne connaissons pas toute la vérité, nous n’avancerons pas un fait qui ne soit appuyé sur une preuve positive.

Dans un précieux document, conservé au dépôt des Archives de l’État, à Mons’, relatif à la vente des biens de Marguerite de Bavière, comtesse de Hainaut, morte en i356, figurent différentes sortes de tapis; mais pas un mot d’Arras. La comtesse Marguerite d’Artois acquiert à cette vente « quatre vermals tapis et « quatre vers, - deux carpites, - trois bleus tapis. * Le prévôt de Valenciennes, Jean Bernier, reste adjudicataire des articles suivants : « Une carpite sarrazinoise, - cinq pièches de tapis gaune rozeteis, - un « noir tapis, un vert tapis rozeteit, — un autre vert tapis, — une autre carpite sarrazinoise. »

La duchesse de Brabant et de Luxembourg, Jeanne, épouse de Wenceslas, achète, en i365, à Jean Hont, de Valenciennes, plusieurs chambres de tapisserie, et à Thiéri de Reims, en i366, une dizaine de’tapis, les uns

1 Archives départementales du Pas-de-Calais, A Arras.

a Fonds de la trésc

bleus ornés de cercles, les antres rouges'; le mot de haute lisse n’est pas prononcé. L’incertitude des termes employés par les comptables ne nous permet pas de préciser à quel genre de fabncatton apprennent ces tapisseries ou tapis, qui paraissent se rapprocher beaucoup de ceux qu’on yoi. figurer avant cette epoque dans les

comptes des rois et princesses de France. ,

Ajoutons un dernier renseignement : les comptes de la recette générale du duché de Bourgogne qui vont nous fournir la plupart des détails qui suivent sur les fabriques d’Arras, sont muets sur lart.de de la tapisserie durant les vingt premières années du règne de Philippe le Hard. (.353 a i373).

Avant d’arriver à l’examen du premier document qui établit l’existence de la haute fisse à Arras, .1 n est pas inutile de dire quelques mots des princes qui régnaient à cette époque sur l’Artois. Cette province forma.t alors U» petit état indépendant avec Arras pour capitale. Marguerite de France, veuve de Lou.s de Crécy, comte de Flandre, l’avait reçu en héritage après le décès de son petit-neveu Ph.l.ppe de Rouvre, qu, 1 ava.t possédé de .347 à i36i. Cette princesse mourut au mois de mai i38a, et son fils Louis de Male, déjà comte de Flandre, réunit l’Artois à ses autres possessions. Vingt mois plus tard la Flandre et l’Artois passaient sous la domination de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, qui avait épousé, en i36g, Marguerite, fille de Louis de Male.

Arrivons maintenant à l’acte de 1367. Voici ce qu il nous apprend .

Le magistrat de Lille avait résolu de faire au roi Charles V et à Charles de Trie, comte d’Etampes, cadeau de « deux dras de cambre de l’œuvre d’Arras. » Il envoya quelqu’un dans cette ville pour y traiter du prix et commander à un peintre le modèle ou patron des sujets. Nous ignorons le nom de l’artiste chargé des patrons. Le tapissier choisi se nommait Vincent Boursette. Le prix convenu était de 683 livres 2 sous, monnaie de Flandre’. Il reçut en outre 120 livres pour ce qu’il les avait « mieux fais et ouvrés que dis et devisé ne le « fu », et quelques livres encore pour les frais que lui avaient occasionnés la visite du gouverneur de Lille et celle des échevins, lorsqu’ils étaient allés juger du degré d’avancement des tapisseries5. Exagérait-on l’importance du fait, en supposant que le magistrat de Lille, pour avoir décidé en assemblée d’offrir un drap de l’œuvre d’Arras au roi de France, était convaincu que ce présent serait bien agréé du prince en raison de sa nouveauté?

L’expression « dras de l’œuvre de haulte-liche » est employée dans le compte où sont pris les détails qui précèdent, à propos de la location de deux tapis destinés à être étalés aux fenêtres que les échevins et les consaux devaient occuper pour assister au spectacle d’un tournoi \

Nous entrons dans une période de temps où les textes les plus curieux abondent ; la plupart sont inédits : ils nous apprennent le nom du fabricant ou celui du marchand, le sujet et le prix de la tapisserie, ses mesures et les matières employées dans sa fabrication. Les citations se suivent d’année en année, presque sans interruption.

En 1371, le compte des exécuteurs testamentaires de Jeanne d’Évreux, veuve de Charles IV, roi de France, mentionne vingt et un tapis appartenant à cette princesse, parmi lesquels il y en avait « quatorze de la « façon d’Arras. » Dans l’inventaire dressé à la mort de Jean de Dormans, chancelier de France, arrivée en i3y3, figurent « un tapi? de euvre d’Arraz, aus quatre Euvangélistes aus cornez » ou coins, et « un drap de l’Istoirc a de Percerai. » En lisant qu’ils ont été estimés, l'un 4 francs d’or, et l’autre 12, et que les vingt et un tapis de la reine Jeanne d’Évreux ne furent prisés tous ensemble qu’à la modique somme de 120 francs d’or8, on doit admettre qu’ils étaient déjà usés, pour avoir perdu toute valeur, et que ces derniers n’étaient point des tapis à personnages. Ces réflexions peuvent venir à point dans la question qui nous occupe.

Dès l’année 1374, nous voyons Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, encourager l’industrie dont la renommée commençait à se répandre. A cette date, il ordonne de payer à Vincent Boursette, qui, dans son reçu, se qualifie simplement de bourgeois d’Arras, ce qu’il lui redevait sur la somme de 1 ,200 francs 8 deniers parisis <t pour une chambre de tapisserie, que nagaires fis don à madame la ducesse de Bourgoigne \ » Quelques jours plus tard, ce prince fit apposer son sceau au bas d’un mandement qui enjoint de payer au même Boursette un à-compte « sur l’ouvraige de certains tapis que Monseigneur li a ordonné à faire de devise de certainz draps d’or <t que le conte de Flandres li a donné le jour de l’an, dont il a fait faire chambres ’. » Ce texte semble signifier

sur le livre de M. J. Deville. Leber a publié dans le tome XIX de la Collection des meilleures dissertations, notices et traités particuliers relatifs à l'histoire de France, pp. 120-ifig, des extraits d’un compte dt de la reine Jeanne d’Ëvreux, mais nous n’y avons p tapis d'Arras, signalés parM. Douet-d’Arcq.

0 Par mandement du 20 novembre 1374, dont l’original existe dans le B 394, aux Archives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon. (U nt écrit Boursette comme dans le compte de Lille.)

dans le texte. (Compte de la recette générale des finances di 3i juillet 1375, coté B 1.(44, fol. lj v°, aux Archives dép Côte-d’Or, à Dijon.l

TAPISSERIES FLAMANDES

que le duc employa les draps d’or qu'il avait eus de son beau-père, comme étrennes, en tentures décorées de devises ou d’images en haute lisse.

Les détails qui viennent d’être rapportés prouvent que Vincent Boursette reçut à la fois des commandes du magistrat de Lille et du duc de Bourgogne, et si l’on possédait tous les comptes du règne de ce prince, antérieurs à celui dont l’un des textes cités est extrait (août 1374 à juillet 1 375), nul doute qu’ils ne nous en apprendraient davantage.

Si tout est conjecture dans les recherches auxquelles nous nous sommes livré pour déterminer l’époque de la naissance de l’industrie d’Arras, il n’en est pas de même pour celle où ses produits avaient déjà acquis de la réputation. Les deux faits signalés ci-après établissent que cette belle industrie avait pris un certain développement au temps où vivait Boursette. Nous venons de voir qu’en 1371 on trouva quatorze tapis d’Arras, sortis de la fabrication d’Arras dans la vente après décès de la reine douairière de France. Un peu plus tard, le duc de Bourgogne, commet quelqu’un pour veiller à la garde et à la conservation de ses tapis de toute espèce.

Si les comptes du quatorzième siècle de la ville d’Arras n’avaient pas été détruits avec d’autres documents précieux pour l’histoire de la cité, nous aurions pu connaître les motifs qui engagèrent le magistrat à promulguer le règlement du 10 septembre 1 357, lequel prescrivit que tous les draps fussent exposés à la halle, mesurés et marqués d'un plomb spécial avant d’être vendus'. Cette ordonnance était-elle applicable aux draps de haute lisse? Avait-elle été promulguée par suite du développement de la nouvelle manière de fabriquer les tapis ? Nous aurions encore appris les motifs d'une transaction passée avec l’abbaye de Saint-Vaast pour le nettoyage de la petite rivière du Crinchon, dont les eaux étaient, paraît-il, si favorables à la teinture des laines1. Sans la perte des archives que nous déplorons, il eût été probablement possible de juger si les haute lisseurs et les métiers qui en dépendaient prirent une part active à la révolte d’Arras, en 1378, quand la comtesse Marguerite voulut restreindre les privilèges de la ville", et quel tort ces dissensions causèrent aux industries alors florissantes de la localité.

Chose bien regrettable, il n’est parvenu jusqu’à nous aucun règlement, statut ou ordonnance regardant le métier des haute lisseurs en particulier, et il est difficile d’admettre qu'il n’y en ait jamais eu, puisque les sayetteurs ou tisserands d’étoffes de laine, dont l’affinité avec les haute lisseurs était si grande, furent soumis pour leurs produits à certaines prescriptions en vertu d’une ordonnance du 8 juillet 1 3g5 *.

Après Vincent Boursette, le premier nom de tapissier d’Arras connu est, dans l’ordre chronologique, celui de Hugues Walois, que nous aurions passé sous silence à cause du peu d’importance des articles où il est cité, s’il ne se trouvait inscrit dans une publication du comte de Laborde n. Un receveur des laines à Bruges est chargé par ordre de Louis de Male, comte de Flandre, en 1379 ou i38o, de lui solder une somme assez minime, un peu plus de 21 livres de gros, qu’il lui devait pour « draps de tapisseries»". Hugues Walois est mentionné, en i383, comme ayant bordé les treize tapis « d’une chambre nuefve de blanc et de vert7 », appartenant au duc Philippe le Hardi. Enfin, dans une ordonnance de Marguerite, femme de ce prince, du i3 août 1 3g3, on lit qu’elle enjoint à son receveur de Lens, en Artois, de payer à cet artisan 122 francs d’or pour la livraison de trois draps de haute lice a ovrez à brebis et une espine ou milieu d'un chascun drap », qui furent portés d’Arras au château de Germolles, dans le Châlonnais, que la duchesse avait acquis depuis dix ans8.

En même temps vivaient Jacques Davion et Jean Cosset ou Gosset. Ils avaient livré des draps de haute lisse à Philippe le Hardi et ayaient été obligés de le poursuivre pour en obtenir le payement, selon toute probabilité par suite du mauvais vouloir des receveurs du prince. Celui-ci instruit du fait, leur fit donner, par mandement du 10 décembre 1 384, une somme de 20 francs à titre d’indemnité”. Dans une quittance du 27 mars 1 386 (n.st.) il est question d'une tapisserie de haute lisse représentant une Pastorale , que Davion avait vendue 100 francs à

1 A. d’Héricourt et A. Godin, les Rues d’Arras, t. II, p. 410. a A. de Cardevacque et A. Terninck, l’Abbaye de Saint-Vaast, t. i”r. p. 191.

Bruxelles.

* Memorial de 1 3 Q 2 à i3g7, fol. i35, aux Archives de la ville d’Arras.

6 Les Ducs de Bourgogne, t. i«, préface, p. XLIX.

On trouve le nom d’un Jean Waloys qui vendit deux draps verts à Wenceslas et à Jeanne, duc et duchesse de Brabant et de Luxembourg, à l’occasion de leur voyage à Reims, lors du sacre de Charles V, roî de France, en 1364:

1 Penthecostem lxiiij ad coronamentum regis Francie.

1 Primo, Johanni Waloys, de ij pannis viridis emptis per Johannem de . Biamont pro liberacionibus ducis et suorum baronum et militum, etc. . (Compte de la recette générale de Brabant de la Saint-Jean-Baptiste i363 à pareil jour 1364, coté a35o de la chambre des comptes, aux Archives du royaume, à Bruxelles.)

En 1410, il yavait un Hugues Walois qui était échevin d’Arras; c’est peut-

son souverain, et qui fut envoyée au roi de France, neveu du duc'. Ce tapissier est cité une dernière fois dans les documents, en 1402. A cette date, il livre au duc de Bourgogne, au prix de 676 écus, une chambre entière, c’est-à-dire la garniture complète d’un lit et les tentures de murailles, à fond vert ; chaque pièce de cette chambre représentait, travaillés en or, un bosquet et deux personnages jetant des rinceaux .

Il faut rapprocher du nom de Jacques Davion celui de Nicolas Davion, son parent assurément, autre haute lisseur d’Arras, qui alla établir une manufacture de tapisseries à Bude, en Hongrie, où il avait été attiré, en 1416, avec d’autres artisans, par les promesses de l’empereur Sigismond.Un grand seigneur de la cour de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, les y trouva encore en 1433 \

Les premières tapisseries de haute lisse que Jean Cosset fournit à Philippe le Hardi furent l'Histoire de Froimont de Bor diaux et l’Histoire de Guillaume d’ Orange, acquises, en 1384, l’une au prix de 365 francs 10 sous, l’autre pour 100 francs*. L’année suivante il réparait, à Arras, des tapisseries appartenant à ce prince", et bientôt après il eut le titre de valet de chambre du duc. Philippe le Hardi lui acheta, au mois d’octobre de la même année, deux tapisseries de haute lisse mélangées d'or, l'une de l'Histoire de saint George , l’autre de l'Histoire des Vices et des Vertus. La première avait trente aunes de long et coûta 700 francs; la seconde ne

contenait que vingt-six aunes et fut payée 100 francs de moins *. Cosset vendit successivement au duc de

Bourgogne, en 1 386, une tapisserie de l'Histoire du roi Alexandre et de Robert le Fuse lier , qui lui fut payée 900 francs7; en r 387 , douze tapis pour servir au transport des coffres8; une tapisserie tissée d’or et de laine, de l'Histoire de JDoon de la Roche , au prix de 600 francs; un drap ou tapis de chapelle représentant le Couronnement de Notre-Dame, pour 200 francs8; un tapis, du prix de 700 francs, d’une Histoire de Bergers et de Bergères, enrichi d’or également, dont Philippe le Hardi fit cadeau à son frère Jean, duc de Berri, pour

ses étrennes10; en 1 388 , deux draps de tapisserie, « de fin file d’Arras », aux armes du duc de Bourgogne,

mesurant chacun vingt-cinq aunes, l’un pour le grand autel de la chapelle ducale, l’autre pour l’oratoire, au prix de 62 francs 10 sous les deux ; des draps armoriés de la même manière, mais de dimension et de prix bien inférieurs, pour chevaux ou mulets de somme attachés au service de la chapelle"; une superbe tapisserie, travaillée d'or de Chypre et de soie, large de vingt -trois aunes et haute de cinq et demie, où se déployaient les principaux épisodes de la Vie de sainte Marguerite, et que le duc de Bourgogne offrit à la duchesse Marguerite, sa femme : cette pièce coûta la somme de 800 francs". Nous savons, par une quittance datée du 8 juillet de cette même année 1 388, que Jean Cosset était allé trois fois à Paris à l’effet d’entretenir le prince des travaux qu’il exécutait par ses ordres, et que son souverain le gratifia de 3o francs d’or pour ses frais et dépens13. En 1 38g ou i3go il livra une chambre de tapisseries à sujet de verdure, que Philippe le Hardi donna à André Raponde, marchand de Lucques, et l’un de ces négociants qui faisaient à la fois le commerce, le prêt et l’échange, et dont les noms se rencontrent si fréquemment dans les comptes des ducs de Bourgogne'*.

1 « A Jacquemart Davion, bourgoiz d’Arras, qui deuz lui cstoicnt pour j 1 drap de tapisserie de Bergereltes, de I’euvre d’autheliche, contenant xiiij

* aulnes de longeur ou environ, et iiij aulnes de largeur, lequel Monseigneur « a fait prendre et acheter de lui , et ycellui donné au roy, nostresire: c. fr. » Le mandement et la quittance sont datés du 27 mars :386, n. st. (Compte de la recette générale des finances du i®> juin i385 au 3i mai i386, coté B 1462, fol. lxxiiij v® aux Archives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon.)

!|A Jacquemart Davion, demourant à Arras, la somme de vj® lxvj escuz « pour une chambre entière de couleur vert garnie de ciel, dossier, sarge de < lit, sarge de couche, de six tappis à tendre, de xij quarreaux, et avoit en « chascune pièce ung bosquet et deux ymages gectans ransseauix, et cstoicnt

de la recette générale des finances du t»® octobre 1403 au 16 juin 1404, coté B 1 538, fol. viij“xvij r«, ibidem.

• Clays Davyon, lequel l’empereur Saigemont avoit mené avec plusieurs dé « mestier du réaulme de France, et est lcdict Clais ovrierde haulte-lice. ( Voyage de Bertrandon de la Broquerie, manuscrit de la Bibliothèque nationale, à Paris.) Legrand d'Aussv a donné une analyse détaillée de ce voyage dans le t. V des Mémoires de l’Institut national (sciences morales et politiques.)

* Quittance du 4 février i385, n. st., aux Archives départementales du Pasde-Calais, à Arras. Nous devons cette note et plusieurs autres à l’obligeance de M. J.-M. Richard.

8 « AJehan Cosset, bourgois d'Arraz, pour refaire plusieurs tapis: xijfr. > (Compte de la recette générale des finances du 1*® juin 1384 au 3t mai i385, coté B 1463, fol. g3 r», aux Archives départementales de la Côte-d'Or, à Dijon.)

« A Jehan Gosset, d’Arras, que Monseigneur n donné en récompensation " de k» gaiges qu’il a esté continuellement en son service, du xij® de septembre

d'octobre ensuivant. » (Compte de la recette générale de Flandre de la Saint- Jean-Baptistc, i385, au 10 mars suivant, coté F 92, aux Archives départementales du Nord, à Lille.

« Ibidem.

Le texte relatif à cette tapisserie a été mal reproduit dans de Laborde, les Ducs de Bourgogne, t. t®®, p. 4, el dans Van Drival, les Tapisseries d’Arras, p. 94. Il faut lire Saint-Jore et non Saint-Jehan. Voici du reste un extrait de l’ordonnance de payement que l’on conserve en original à Lille :

TAPISSERIES FLAMANDES

Parmi les autres acquisitions qui, d'après les documents contemporains, furent faites à Jean Cosset par le duc Philippe, nous citerons les suivantes : en 1 3g3, un grand tapis à sujet de Bergers et de bergères, richement travaillé d’or et d’argent de Chypre, qui fut offert à l’évêque d’Arras, chancelier du prince1; — en 1394, une chambre entière contenant en total six cents aunes carrées, où, sur chaque pièce qui la composait, on voyait des pots de marjolaine et une femme près d’une fontaine, le tout se détachant sur un fond vert, et un tapis à dimensions inconnues, enrichi d'or, avec {'Histoire du roi de France et des dou\e pairs'. C’est de celui-ci, sans aucun doute, qu’il est question dans la note suivante, laquelle nous apprend à la fois qu’il était exécuté à Hesdin, où le duc avait un magnifique château : « Aux ouvriers qui font le tapi{ des xij Per s à Hesdin, pour don à eulx « fait : x frans. » Cette gratification fut accordée par mandement du 10 avril i3g33. En i3g6, notre haute lisseur fut chargé de restaurations de tapisseries*. Son nom ne reparaît plus qu’en 1401, à propos de la fourniture d’un tapis de chapelle, de vingt-cinq aunes carrées, aux armes ducales". La dernière mention de son nom que nous avons rencontrée est la plus importante, à en juger par la somme de 2,100 écus d’or à la couronne payée par le duc pour deux tapis mélangés d’or de Chypre, l’un des Sept Ages, l’autre de l'Histoire de sainte Anne6. Cette acquisition fut faite à l’occasion des noces d'Antoine, comte de Rethel, fils puîné de Philippe le Hardi, qui épousa à Arras, au mois d’avril 1402, Jeanne de Luxembourg, fille du comte de Saint-Pol.

Nous pouvons citer une douzaine d'artisans en haute lisse d'Arras, contemporains de Jacques Davion et de Jean Cosset; tels que Jean Aghehé, qui vivait en 1379, et rappelle le nom d’Aghée, Aghehés ou Aghahés de Lindres ou de Londres, « tapisseresse », habitant Arras dans les premières années du quatorzième siècle; Pierre de Bapaumes et Gilles de Marquais. Ceux-ci sont désignés comme tapissiers de haute lisse à l’occasion de diverses restaurations de tapisseries faites par eux pour le compte du duc dans le courant des années i382 à i384?. Le dernier vend au prince, en i3g3, six serges violettes ornées de P et de fleurs de marguerites".

Un haute lisseur célèbre entre tous fut Michel Bernard. Son nom se rattache à une œuvre d’une énorme importance au point de vue de l’histoire de l’art. Il s’agissait de représenter sur une tapisserie la fameuse bataille de Roosebeke, gagnée, en novembre i382, par l’armée du roi de France, jointe aux corps restés fidèles à Louis de Male, comte de Flandre et d’Artois, le beau-père du duc de Bourgogne. C’est là que périt Philippe Van Artevelde, l’un des derniers champions des libertés communales de la Flandre. Philippe le Hardi attachait un prix considérable à cet événement, et il voulut en perpétuer le souvenir par une peinture sur laine.

Toutes les tapisseries qui ont été mentionnées jusqu’ici, toutes celles que nous aurons à citer pendant le règne de Philippe le Hardi, mort en 1404; celles que ce prince et Marguerite de Male, sa femme, possédaient et que des inventaires décrivent; les nombreuses acquisitions de tapisseries d’Arras faites par les rois de France, par les ducs d’Anjou, de Berri , d’Orléans, etc., et dont M. Guiffrey a parlé, représentaient des sujets religieux ou profanes, ou simplement décoratifs. Fort rarement jusqu’à la fin du quatorzième siècle les tapissiers s'étaient inspirés de l’histoire contemporaine. On puisait beaucoup dans la Bible; la vie et la passion de Jésus devaient naturellement dominer dans les sujets religieux destinés aux églises, ainsi que les légendes des saints dont les tapisseries en bien des endroits rendirent le culte populaire. La mythologie fournit aussi son continrent, de même que l’histoire des peuples anciens, Grecs, Macédoniens, Perses, Babyloniens, Romains etc. Les chansons de geste et les romans de chevalerie furent en outre très souvent mis à contribution. Il n’y a pas d’inventaire où l’on ne trouve quelque sujet inspiré par eux. Les héros du moyen âge, tels que Clovis Charlemagne, Godefroid de Bouillon, ont également été plusieurs fois illustrés. L’allégorie et les moralités jouirent aussi d’une grande vogue. Enfin les pastorales et les épisodes de chasse étaient assez fréquemment reproduits par les tapissiers de cette époque.

Les artistes chargés de dessiner et de colorier les cartons avaient, par conséquent, un champ immense, et pouvaient donner un libre cours à leur imagination. On demandait au tapissier de couvrir un mur large de quinze, de vingt ou de trente aunes, même davantage, et qui avait toujours quatre, cinq ou six aunes de haut. Le peintre devait mettre, dans un cadre aussi vaste, autre chose qu’un petit nombre de personnages se détachant sur un fond d’or, ou sur un semis de rinceaux, de fleurs et de feuillages : il se trouvait dans la nécessité de remplir les vides par toutes sortes de scènes secondaires se rattachant au sujet principal.

IO

Le sujet de la tapisserie dont l’exécution avait été entreprise par Michel Bernard dut présenter, croyonsnous, bien des difficultés à l’artiste auquel il s’adressa. Le fait venait de se passer sous les yeux du duc de Bourgogne, qui en avait été un des principaux acteurs. Une notable partie de la noblesse de France, de Flandre et d’Artois avait accompagné le jeune roi Charles VI dans son expédition. L’armée était commandée par le fameux connétable Olivier de Clisson, sous les ordres duquel combattaient les ducs de Berri et de Bourbon, oncles du roi. Il y avait pour le peintre obligation de faire figurer dans sa composition ces nobles personnages et bien d’autres qui s’étaient distingués dans la mêlée. On ne pouvait pas non plus les isoler de leurs chevaliers, écuyers, arbalétriers et porte-bannières. Tel devait être le groupe des vainqueurs. Mais, tout en leur sacrifiant beaucoup, il ne fallait point donner trop peu d’importance au groupe des milices flamandes qui s’étaient soulevées à l’appel de Philippe Van Artevelde. Les riches armures des princes du sang offraient un contraste avec ces bourgeois et ces gens de métier mal équipés, mal armés, dépourvus de casques, venus à pied pour mourir à Roosebeke, ou reconquérir leurs libertés et leurs franchises communales.

Toute cette scène de carnage, — les historiens affirment qu’il y eut plus de 25,000 Flamands tues, fut reproduite sur une seule tenture de haute lisse, dont les dimensions authentiques nous sont connues : elle n’avait pas moins de cinquante-six aunes de longueur et sept aunes et un quart de hauteur, c est-a-dire environ deux cent quatre-vingt-cinq mètres carrés1. Diverses parties ça et la étaient enrichies d or et d argent de Chypre’, et les figures se détachaient sur des verdures.

Quel est le nom de l’artiste qui réussit à satisfaire le duc de Bourgogne? C’est ce que les archives ne disent point, et nous ne voulons pas nous engager dans la voie des hypothèses et choisir parmi les peintres en renom du temps, tant en Flandre qu’en Artois et en France. Mais les documents nous ont néanmoins transmis de précieux détails au sujet de la tapisserie de la Bataille de Roosebeke. Michel Bernard semble avoir exclu le prix du carton des conditions de son marché, car il le porta en compte au duc, qui ordonna de

lui payer la somme de 200 francs d’or pour le prix des « patrons fait de plusieurs couleurs et pointures’. »

Quant au travail de haute lisse, Bernard reçut 2,600 francs d’or, équivalant, au taux de 42 gros de Flandre le franc, à la somme considérable de 5,460 livres de ce pays*. Les archives sont muettes sur la question du temps employé à la confection de l’œuvre; dans un compte, on accuse une dépense de 3 francs d’or payée, par mandement du prince du 7 septembre i386, « aux ouvriers qui font la tapisserie de la Bataille de Rosebecque,

« pour leur vin8 ». Il est bien avéré qu’elle était terminée un an après, à l’époque où le dernier payement fut soldé à Bernard, et que le duc était à Arras au moment de sa livraison6.

Les dimensions colossales de cette tenture devaient singulièrement nuire à sa conservation. Aussi, en 1402,

Philippe le Hardi ordonna-t-il de la partager en trois parties. Le fait a été si bien relaté par le receveur qui

a payé la dépense occasionnée par cette opération, que l’on nous pardonnera d’intercaler ici ce qu’il dit dans son compte :

« A Colart d’Inchy, la somme de iiij " x florins d’or pour avoir fait du tappiz de la Bataille de Rosebecque trois tappiz, pour ce « qu’il estoit trop grant et trop pesant à manier, à tendre et à mectre à l’air et ploïer, et aussi qu’il n’estoit pas convenable à tendre en « plusieurs lieux, et parce que les ymages estoient trop prez des bouts7 quant ilz furent partis8 en trois, lesquels Monditseigneur fist * ralongier chascun d’iceulx trois tappis d’une ausnc d’Arras, à chascun bout, de ouvre d’arbroierie 8 semblable à celle des dessusdiz « tappis, faicte par telle manière que l'on ne povoit apparcevoir qu’ils fuissent oneques ralongiez, et sembloit que chascun tapiz eust « esté fait à par lui dès le commencement10. »

1 L’aune d’Arras avait 70 centimètres.

! « Trois tappis grans de haulte-lice, ouvrés d’or et d’argent de Chippre, de la Bataille du Rosebecque. » (Inventaire de 1404, aux Archives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon.)

1 Trois tapiz de la Bataille de Rosebecque faizàoren plusieurs lieux. • (Inventaire de 1420, dans de Laborde, les Ducs de Bourgogne, t. II, p. 270.)

8 « A Michiel Bernard, bourgois d’Arras, ij» frans pour les patrons de « l'Ystoire de le Bataille de Rosebecke, fait de pluseurs couleurs et pointures, * comme il appert par lettres Monseigneur données le derrain de novembre

a de Jehan le Cambier, varlet de le tapisserie Monseigneur, données le xxij» n de march enssuivant audit an; voilent lesdiz ij» frans, par quitance ledit « Michiel, donnée le xx» de septembre iiij»* et vij : iiij=xx livres. » (Compte de la recette générale de Flandre du 10 mars 1387, n. st., au 11 mars t388, n. st., aux Archives du royaume de Belgique, à Bruxelles. Le double de ce compte existe aux Archives départementales du Nord, à Lille, sous le n» F 359.

La note que nous publions a échappé, ainsi que bien d’autres, à la personne que M. de Laborde avait chargé du dépouillement des archives de la chambre des comptes de Flandre. Son ouvrage, très-important du reste à bien des points de vue, ne contient que deux petits extraits (t. i»*, pp. 5 et 9) relatifs à la tapisserie de la Bataille de Roosebeke, lesquels ont été réimprimés par M. l’abbé Van Drival, dans son livre intitulé : les Tapisseries d'Arras, pp. 94 et 95.

1 « A Michiel Bernart, bourgois d’Arras, pour lequel Monseigneur mande « par ses lettres données le xxiiij» de septembre iiij** et vj, faisant mencion « de lui payer ij“ vj» frans pour un drap de haulte-liche de l'Ystoire de le

« Bataille de Rosebeke, contenant lvj aulnes de long et vij aunes et un quartier 0 de large, lequel il a livré àJchan Gambier, garde de la tapisserie Monseigneur; n par ccrtiflicacion des lettres du bailli d’Arras, donnée le v d’octobre enssui- 11 vant de ce à lui païé en rabat par sa quittance donnée lexj de janvier iiij** « « vj : iiij'frans, à xlij groz, le pièce, valent viij» xi livres.

c A lui, pour ce mesmes, en rabat de lcdictc somme : iiij» frans, par sa « quitance donnée le xij jour de janvier enssuivant : viîj'xl livres.

« sour Hue de Gaîemer, receveur des ahlcs d’Artois : m frans, valent par « quitance donnée le premier de march iiij** et vj : ij"c livres. » (Compte de la recette générale de Flandre du 1 1 mars 1 386, n. st., au 1 o mars 1 387, n. st., aux Archives du royaume de Belgique, à Bruxelles. — Double de ce compte aux Archives départementales du Nord, à Lille, coté F 358.)

3 Compte de la recette générale des finances du i« juin i386 au 3i mai 1387, coté B 1465, fol. iiij**x r», aux Archives départementales de la Côted'Or, à Dijon.

6 Histoire générale et particulière de Bourgogne ; 1748 ; t. III, p. 93.

1 Bords.

" Partagés.

0 D’arbres ou de verdure.

10 Par mandement daté de Paris, lcr.5 août 1402. (Compte de la recette générale des finances du 22 mars 1402, n. st., au 3o septembre 1403, coté B i53a, fol. îij» vij r», aux Archives départementales de la Côto-d’Or, à Dijon.)

TAPISSERIES FLAMANDES

Cette excellente mesure ne suffit pas à sauver l'œuvre de Michel Bernard de la destruction. Plus tard on divisa chacun des tapis en deux, de sorte qu’il y en eut six : c'est le nombre porté à l'inventaire dressé sous Charles-Quint, en i536’, et l'on y ht qu'ils n’ont plus que cinq aunes et demie de haut, au lieu de sept et un quart, et que toute la tapisserie est « fort vièze et trouuées ». C’est la dernière trace qu’elle ait laissée dans l’histoire.

Revenons a Bernard. En l386, le duc de Bourgogne lui acheta, pour 180 francs d’or, une tapisserie avec la représentation de l'Histoire de Fier à Bras d’Alexandre , longue de vingt et une aunes et haute de cinq . Quatre ans après, ce prince choisit à Arras deux tentures de haute lisse, l’une de l’Histoire d’Oclarien de Rome', — nous conservons les appellations du temps, — chez Michel Bernard, l'autre de l’Histoire de Percerai le Gallois , chez André de Monchi’, dont il sera parlé plus loin. Elles avaient toutes deux dix-sept aunes de ■ largeur, mais elles différaient en hauteur. La première ne mesurait que cinq aunes et demie, tandis que la seconde en avait six et un quart. Quant au prix (i5o francs d’or), l’écart n’était que de deux francs. Elles furent envdyées en présent au duc d'York, oncle de Richard II, roi d'Angleterre dans un but politique.

Voici une dernière livraison plus importante faite à son souverain par Michel Bernard, en i3g3, et dont le chiffre s’éleva à 1,100 francs d'or, pour trois tapisseries ayant pour sujets l’Histoire du roi Claris, l’Histoire de Notre-Dame et une Chasse de Gui de Romménic ; ces dernières étaient rehaussées d’or. La première avait un développement de trente-deux aunes de longueur sur six et demie de largeur; la deuxième de vingt sur cinq et demie et la dernière de vingt-huit sur six et demie’. Il n’est pas sans utilité de consigner les dimensions des tentures citées dans notre travail ; on pourra ainsi les reconnaître dans les inventaires, et découvrir quelquefois le sort qu’elles ont subi.

Philippe le Hardi garda la tenture de chasse pour lui, et lit don de l’Histoire de Claris au duc de Lancaster et de l’Histoire de Notre-Dame au duc de Giocester, tous deux oncles du roi Richard II, que ce prince avait envoyés comme ambassadeurs pour s’entendre avec les ducs de Berri et de Bourgogne, oncles du roi Charles VI, afin d’amener la paix entre les couronnes de France et d’Angleterre. Un témoin oculaire nous a laisse de ces négociations un récit dont une page doit trouver place dans l'histoire de la tapisserie de haute lisse; nous en empruntons la traduction à son savant éditeur’. . Les oncles des deux rois choisirent » pour le lieu de leurs conférences une chapelle de très pauvre apparence, couverte de chaume et située 1. près d’un village en ruines nommé Lelingen, entre Calais et Boulogne.... Pour éviter l’ennui de l’attente,

« on avait dresse en forme de camp, dans la plaine voisine, des pavillons très spacieux, dont l’intérieur « était garni de tentures de laine et de riches étoffes de soie qui charmaient les yeux des assistants. La tente « du duc de Bourgogne surtout était d’une grandeur extraordinaire, et telle qu’on n’en avait pas encore vu.

« La construction en était si riche et si élégante, qu’elle captivait tous les regards. On ne pouvait se lasser

« d admirer ce travail exquis et nouveau . Pour cacher l’état de vétusté des murs de la chapelle, le duc de

« Berri avait fait tendre tout autour des tapisseries de laine qui représentaient divers sujets de batailles anciennes « Mais dès la première entrevue, le duc de Lancaster les fit ôter, en disant que ceux qui cherchaient la paix ne

* devaient pas avoir sous les yeux des images de combats et de destruction de villes. On remplaça donc ces . tapisseries par d'autres broderies en or qui représentaient les principaux traits de la Passion de Notre- « Seigneur Jésus, et le duc approuva fort ce changement. »

Les tapisseries des Histoires dOctarien, de Percerai, de Claris et de Notre-Dame ne furent pas les seules que les trois oncles du roi Richard II reçurent de Philippe le Hardi dans ces circonstances; il en envoya aussi plusieurs au roi lui-mème, et il en fit encore distribuer à quelques éminents personnages qui avaient assisté aux conférences. Nous les décrirons plus loin en parlant des haute lisseurs qui les livrèrent. Voici néanmoins ce qu’en dit dom Plancher, qui s’appuie également sur les sources auxquelles nous avons puisé : . Le duc de Bourgogne, dit-il', qui connoissoit parfaitement les dispositions des Anglois à l’égard de la « France, et prévoyoit toutes les diflicultez, productions d’esprits aigres et inquiets, avoit envoyé devant lui

* P°Ur 1=5 ad°"cir « Ias calmer, des présents aux seigneurs qui avoient plus de crédit et d’autorité; sçavoir . aux ducs de Lancastre, de Giocester et d’Yorc. Ces présents consistaient en trois tentures de tapisserie!

« de haute lisse magnifiques, dont l’une représentoit l’Histoire de Pharaon arec les Juifs; et les deux autres . des histoires différentes que l’on ne nomme pas. Il donna encore depuis, étant à Boulogne pour les confé!

rences, au duc de Lancastre, une tenture de tapisserie de haute lisse de l’Histoire de Chris ; et au duc

« de Glocestre,

p. 49. U a été publié dans

: autre de l’Histoire de Notre-Dame , qu’il avoit achetée exprès. Dans le même temps et

in 1 386 au 3o juin 1387, coté B 1461 les de la Côte-d'Or, à Dijon, io septembre i3go. (Compte du trésorio l 1495, fol. Ixxij v», ibidem.)

ibidem.)

0 Bellagi 7 Histoire

Boulogne-sur-Me au 3t juillet i3g4, c

■oniquedu religieux de Saint-Denis , de et particulière de Bourgogne, t. i

seigneurs, de trois tentures de tapisseries de haute lisse „ rehaussées d'or de Chipre. La première «présentoir » Crucifiement de Notre-Sci^r ; la seconde le Mon,

, de Calvaire; la troisième, /e Trépas de 4, rnmte Vierg, II en donna encore une autre de fil d Arras ausst . de chipre et en fit faire trois de la même façon; l’une de l H, store du roi et des doupe , pairs de France ; l'autre des Sep, Ver, us, ayant à leurs pieds les empereurs et les rois vertueux, et les , Sep, Vices ayant de même à leurs pieds les empereurs et les rois qui s'en eta.ent rendus les esclaves. Tous , cef présents du duc de Bourgogne ne purent adoucir ni gagner assez les esprits angle, s pour les engager . à la paix qu'on désirait en France d'avoir avec eux; mais peut-être ne furent-, ls pas mufles pour famé « lever les obstacles qu’ils trouvoient à la trêve. »

Les haute lisseurs d'Arras dont les noms suivent furent loin d'avoir la réputation que parussent avom eue Davion, Cosset, Bernard, etc., si l'on en juge par les rares mentions que nous , comptes de l'argentier et dn receveur général des finances du duc Philippe le Hardi, a propos des acqumüons qu'il leur a faites.

Pierre le Conte « bourgeois d’Arras », reçut, en ,386, une somme de i.ooo francs dor pour une tap.ssérié de [Histoire de saint Antoine'. En ,393, le prince lui acheta la belle tenture représentant [Htstmre du roi Pharaon et de la ‘ nation de Moyse', dont il vient d'ètre parlé.

Gilles Englentier n’est cité qu’à propos de la livraison d'une chambre verte, avec figures, et semee de fleurs de glais ou d'iris, dont les six pièces réunies (dossier, demi-ciel, sarge du lit, sarge de la couche et deux bancs), mesuraient cent et quinze aunes carrées, et coûtèrent 116 francs dor .

Philippe de la Vingne obtint, en i3go, la commande d’une tapisserie pour le château de Germolles'.

Jean Julien est nommé pour la première fois en i396, mais il avait déjà été employé par le duc à des travaux de son métier. Le prince lui acheta, cette même année, un petit tableau de haute lisse, — c’est l’expression du document, — où il y avait les images de saint Claude et de saint Antoine". En ,403 il figure dans un compte pour avoir vendu, au prix de ,5o francs d’or, « une belle et riche table d'autel », de quatre aunes de largeur et deux de hauteur seulement, un vrai bijou comme la pièce précédente, et qui avait pour sujet le Crucifiement et l’Arbre de la Vie \

Nos renseignements sont plus abondants sur André de Monchy, qui semble avoir succédé à Michel Bernard, dans la faveur du duc de Bourgogne. Voici l 'énumération des tapisseries qu’il livra dans l’intervalle

d’une douzaine d’années environ : en 1390, l'Histoire de Percerai le Gallois, nous en avons déjà dit un mot

plus haut; et l'Histoire d’Amiset Amie, contenant quatre-vingt-douze aunes carrées, à 36 sous parisis l’aune7; en i393, l’Histoire de Déduit et de Plaisance ainsi qu’ils sont en gibier, qui fut envoyée en Angleterre pour être remis de la part de Philippe le Hardi aux ducs de Glocester et de Lancaster8, auxquels il avait déjà fait de pareils dons, la même année, lors des négociations de Lelinghen ; en i3g5, une chambre vermeille, « faicte de hobellons (houblons) », avec tous les accessoires, achetée pour l’usage de Jean, comte de Nevers, le fils ainé du duc*; l’année suivante, l’Histoire de la Clinthe, tapis rehaussé d’or, qui coûta 675 francs, et fut donné par le duc au roi Richard II, lors de leur entrevue à Calais'0; en 1400, chambre du prix de 3oo écus d’or, offerte de la part du prince à la femme de Wicart de Bours, son

chambellan"; en 1401, une autre chambre, payée i,5oo francs, pour le service de la duchesse de Bourgogi

1 couverture du lit de cette chambre représentait, au milieu d’un paysage boisé, des jeunes filles ou, comme le dit le texte, des « basselettes, » richement vêtues d’or, d’argent et de soie, avec des enfants habillés de même et jouant à différents jeux dans la bordure"; enfin en 1402, deux tapis à sujets sacrés, où se

3g3 au 3i

tnt du 28 juillet i3g3. (Compte du trésorier du s5 avril 1394, cité, fol. vj«xvij v».)

« Par mandement daté de Douai, le 3i octobre i3go. (Compte du trésorier du7juin 1392 au 23 avril i3g3, coté B 1 495, fol. Ixxij v", aux Arch tementales de la Côte-d'Or, à Dijon.) ^ . • d

ior novembre i3g6au 4 février suivant, cité, fol. cviij r°.)

1» Par mandement du 12 septembre i3g6. (Compte du trésorier du i»r novembre 1396 au 4 février suivant, cité, fol. cviij r°.)

11 Comptcde la recette générale des finances, du 1” février 1400, n. st., au 3i janvier suivant, coté B 1 5 1 9, fol. xj“xiij v°, aux Archives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon.

On ne doit pas confondre cette dame de Bours avec celle que Marguerite, brûler en i3y5. ( Voy, l’Art de vérifier les dates , t. XII, p. 375.) Dans les Mémoires pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne (Paris, 1729), 2” partie, pp. 3g, 120 et 123, on lit Vit art ou Weitart : nous croyons devoir lire Wicart.

11 Par mandement du 3o juillet 140t. (Compte de la recette générale des aux Archives départementales de la Côte-d'Or, à Dijon.)

TAPISSERIES FLAMANDES

voyaient le Couronnement de Notre-Dame et Jésus déposé dans le sépulcre, que le duc acquit d’André de Monchy, aussi pour les noces du comte.de Rethel, son second fils'.

Nicolas d’Inchy est, dans l’ordre chronologique, le dernier des haute lisseurs d’Arras dont parlent les comptes de Philippe le Hardi. Il fut employé par ce prince à des ouvrages d’une nature toute particulière. Celui-ci avait acheté à Jean Cosset, en 1394, une tapisserie avec les Dou^e pairs de France, et, voulant sans doute donner plus de relief à la figure de Louis de Male, comte de Flandre, son beau-père, qui s’y trouvait représenté, il la fit remplacer par une autre « plus richement ouvrée » et mélangée de fils d’or. Nicolas d’Inchy fut chargé de cette opération1. Cet artisan ne nous est connu que par des notes relatives à des travaux d’une importance secondaire, sauf la mention d’une vente faite au duc, en 1400, moyennant 3oo écus d’or, d’une tapisserie de haute lisse, ayant encore pour sujet les Dou^e pairs de France; elle fut ofFerte en don à l’évêque d’Arras1.

Les proportions énormes que les haute lisseurs donnaient à cette époque aux produits de leurs atelier , devaient essentiellement nuire à leur conservation. Aussi Philippe le Hardi s’émut-il des observations que ses serviteurs lui avaient faites à cet égard. Nous avons déjà relaté le cas de la tapisserie de la Bataille de

Roosebeke, que Nicolas d’Inchy eut ordre de diviser en trois pièces. Il eut à faire subir la même opération

aux tapisseries suivantes « sans or, qui n’estoient point bien convenable à tendre ès salles de Monseigneur, « pour leur grandeur et largeur » : la Reine d'Islande, le roi Artus, le Miroir de Rome, le Don de Mayence, Judas Machabée. Ces cinq tentures furent partagées, la première en six pièces, et chacune des autres en quatre. Nicolas d’Inchy fut en même temps occupé à confectionner vingt-deux petits tapis destinés aux appartements moyens d’un hôtel que l’on ne désigne point, et dans lequel il y avait une chambre dite d’Angleterre et une autre nommée aux Dames Sarrasines, chambres dépourvues de toute tenture*. Six autres tapis parmi « les grans tappis de Monseigneur », savoir : quatre de la série de /’ Apocalypse, la Vie de saint Antoine et le tapis de Charlemagne eurent le sort de ceux dont il vient d’être question, et furent « fenduz par le « milieu », pour les mêmes motifs, parce que l’on <r ne povoit bonnement les tendre, ploïer ne escourre pour

« la grandeur et pesanteur d’eus, et pour ce que les lettres et les ymages estoient trop prez des bors

« desdiz xij tappiz ainsy départiz, furent ralongiez aux deux bous de demi-aune et demi-quartier de long de <t pareilles lettres et arbroierie desdiz tappiz5. » Ces mutilations furent exécutées dans les années 1402 et 1403.

On ne saurait contester l’importance de ces détails, puisqu’ils nous font connaître des tapisseries qui ne sont pas mentionnées dans les comptes existant à Dijon. Cinq de ces tapis, savoir la Reine dislande et les autres énumérées plus haut à sa suite, sont qualifiés « d’anciens et de vielle façon » ; toutefois il ne faut pas attacher à ces expressions une trop grande valeur; elles s’appliquent toujours à des objets détériorés par un fréquent usage.

Les pages qui précèdent renferment des preuves surabondantes des encouragements accordés par le duc de Bourgogne aux manufactures de tapis de haute lisse. Ce prince favorisa du reste en général le développement des arts dans ses Etats. II semble néanmoins avoir eu une prédilection marquée pour les tapisseries, et il se rendait acquéreur de toute belle pièce qu’il rencontrait, soit à Arras, dans les ateliers des fabricants ; soit à Paris, chez les marchands. M. Guiffrey s’est chargé d’énumérer les acquisitions qu'il a faites dans cette dernière ville. Que de sujets aussi ne commanda-t-il pas directement. Philippe le Hardi montra, en i393, combien il portait intérêt à la prospérité de la capitale de l’Artois, qui se trouvait surchargée de dettes et dans l’impossibilité de les acquitter. Les habitants, accablés d’impôts, commencèrent à émigrer en

1 Par mandement du 2 janvier 1403, n. st. (Compte du receveur général des finances du 22 mars 1402, n. st., au 3o septembre 1403, coté B i532, fol. iij°vij r°, ibidem.)

n estoit deu par Monseigneur la somme de vj« escus d’or, pouravoirostéd’un ** des grans tappis deMonditseigneur où sont les xij Pers de France, l’ymaige

« comme pour or, fille et autres menues estoffez qui y fàilloient et appar-

• tenoient, par marchié fait audit Colart. » Par mandement du 2 janvier i3gg, n. st. (Compte de la recette générale desfinances du 1" février i3gg, n. st., au 3i janvier suivant, cotéB 1517, fol. ix”xvj v», ibidem .)

8 Par mandement daté de Paris le 24 septembre 1400. (Compte du receveur général des finances du i« février 1400, n. st., au 3i janvier suivant, cotéB i5ig fol. xj“ xiiij, v», ibidem.)

* « A Colart d’Inchy, tappissier, demourant en la ville de Hesdin, la somme « de iii j** viij cscuz d’or pour avoir fait cinq des grans tapiz de Monseigneur,

« seigneur pour leur grandeur et largeur, et aussi estoient anciens et de vielle o façon pour estre tendus avec les bons tapiz è or d’icellui seigneur, c’est

• assavoir : l’un de la Rqyne d’Islande, dont on fist six petiz tappiz; le second « de l’Istoire du roi Artus, dont on fist quatre petiz tappiz; le tiers du My rouer it de Homme, dont on fist pareillement quatre petiz tapiz; le quart de Do de

TAPISSERIES FLAMANDES

‘ Malcnce, dont on fist semblablement iiij petiz tappiz, et le v" de Judas

■ Macabeus dont on fist aussi pareillement quatre petiz tappiz; — avoit fait » aussi xxij petiz tappiz bons et propre à tendre les chambres moïennes dudit

■ seigneur, tant celled’Angleterre du raiz du soleil et de véluîaux brodée de

• P et M, comme celles aux Dames sarrasines, auxquelles chambres n’avoit 11 Point de tapisserie servant, lesquelz xxij tapiz ont aussi été ralongiez chascun « d’eux deux bouts d’un quartier de pareil ouvraige de haulte-lice à l’autre, « pour ce que les ymages et lettres desdiz tappiz venoient trop prés des bouts

• quant ils furent partis. » (Compte de la recette générale des finances du 22 mars 1402, n. st., au 3o septembre 1403, fol. iij'vj r», cité, fol. iij«vj r°.)

s « A Colas d’Insy, tapissier, la somme de vij“iiij frans pour avoir fait « par le commandement et ordonnance de Monseigneur douze tappiz de six m des grans tappis de Monseigneur, c’est assavoir: quatre tappiz de l’Apoca- « lipce, du tappis de la Vie saint Anthoine et de celui de Charles Mcnet, « qui estoient trop grans pour tendre à plusieurs salles et chappelles, et

« et la pesanteur d’eus, et yceuls partis et fenduz par le milieu et fait de l’un 11 deux, et pour ce que les lettres et les ymages estoient trop prez des bors 0 desdis tappiz ainsy départiz, comme dit est, furent ralongiez aux deux bors « de demi-ausne et demi-quartier à longde pareilles lettres et arbroierie desdiz B tappiz, au priz de xij frans chascun desdiz tappis. » Par mandement du 22 juin 1403. ( Ibidem , fol iij«vij r».)

masse pour s’affranchir des charges qui les rainaient. Dès qa’il en fut averti, le duc vint au secours de la cité menacée d’une dépopulation complète, en lui faisant donner une somme considérable’.

Outre le bien-être matériel que procurait à la ville d’Arras l’industrie de la haute lisse, elle y trouvait en même temps un autre intérêt. Les clercs et gens lettrés d’alors s'occupaient de la recherche des sujets, et les peintres s’efforçaient de les traduire sur leurs cartons. On ne pourrait méconnaître que la vie littéraire comme la vie artistique n’aient reçu une salutaire impulsion dès le début de 1 invention nouvelle.

Dans un travail comme le 'nôtre les nomenclatures sont fréquentes et inévitables. Quoique presque toujours arides à la lecture, elles présentent pourtant une incontestable utilité au point de vue de l’histoire de l’art. Il n’est pas douteux que plus nous aurons réuni de détails, avec preuves a 1 appui, sur les sujets, les dimensions et l’époque certaine de l’exécution des tapisseries achetées par nos princes, plus nous faciliterons leur découverte et leur classement aux archéologues.

Pendant les règnes de Jean II, de Charles V et de Charles VI, la ville de Paris devint le séjour favori des princes et des grands seigneurs qui avaient des liens de parenté ou des rapports de vasselage avec la cour du Louvre. Beaucoup d’entre eux y possédaient un hôtel richement meuble. Le commerce et 1 industrie étaient fort actifs dans la capitale de la France, et une quantité' de marchands des pays étrangers, les documents contemporains en fournissent des témoignages, y avaient des comptoirs ou des dépôts. C est ce que firent également les haute lisseurs d’Arras. Aussi les acquisitions faites par Philippe le Hardi à des marchands de Paris, de tentures, sorties très -probablement, pour une grande partie, des ateliers arrageois, sont-elles presque aussi nombreuses que celles qui s’adressèrent directement aux tapissiers d’Arras dont nous venons de parler, tels que Cosset, Michel Bernard, André de Monchy, etc.

N’ayant découvert aucun lien entre les ouvriers qui travaillaient en haute lisse à Paris, en i3o2, et les haute lisseurs d’Arras de la seconde moitié du quatorzième siècle, nous nous sommes bien des fois demandé si les premiers avaient réellement prospéré, ou s’ils avaient disparu peu de temps après cette première mention, car nulle part ailleurs que dans le Livre des Métiers d’Étienne Boileau, ils ne sont cités pendant les règnes des prédécesseurs de Charles V. Il n’est pas admissible que les exigences des tapissiers sarrasinois aient empêché le développement du nouveau mode de tissage appliqué à la confection des tapis et des tentures, et il y a tout lieu de croire que les uns et les autres se sont complètement confondus à partir de l’an i3o2.

Mais une autre question que nous nous sommes posée regarde la fabrication elle-même. Les produits manufacturés en haute lisse à cette date étaient-ils les mêmes que ceux qui firent la réputation d’Arras, et dont la vogue se répandit si rapidement entre les années 1370 et i38o? Dans notre opinion, les tapisseries de cette ville n’ont pas acquis cette vogue parce qu’elles étaient exécutées en haute lisse, mais à cause de l’excellence du tissu lui-même et de la bonté de la teinture. Le fil d’Arras, le fin fil d’Arras, comme on disait souvent alors, figure dans la plupart des comptes et des inventaires où l’on parle de quelqu’une de ces tapisseries. Il était travaillé seul ou bien on le mélangeait avec des fils d’or ou d’argent de Chypre. Très fréquemment aussi on employait en même temps de la soie pour rehausser la laine. Pour des œuvres de prix et de fort petite dimension, il y a des exemples où l’on n’a marié que l’or et la soie*. Nous sommes convaincu qu’il y avait une différence bien caractérisée entre la fabrication des ouvrages exécutés en haute lisse dans les premières années du quatorzième siècle et ceux qui sont dits « de la façon » ou « de l’œuvre d’Arras » en 1374 et postérieurement.

Il résulte bien évidemment de tous les comptes, quittances et inventaires anciens, que ces termes a œuvre d’Arras », ou « fin fille d’Arras », désignaient les tapisseries les plus délicates, les plus magnifiques et les plus coûteuses. Les tentures dites « de fil de Paris » étaient-elles fabriquées d’après les mêmes procédés que les tapisseries d’Arras ? Cela ne nous parait pas douteux, bien qu’il soit difficile, en présence de l’obscurité des termes de procéder autrement que par conjectures. D’ailleurs, cette question est examinée dans une autre partie de cet ouvrage, et nous ne l’abordons ici que pour faire ressortir l’incontestable supériorité des métiers d’Arras dans la fabrication de la tapisserie. Si les artisans parisiens devancèrent les tapissiers artésiens dans 1 emploi de ce procédé, ces derniers, grâce aux conditions avantageuses que leur offrait 1 organisation municipale et le développement du commerce dans leur pays, eurent bientôt surpassé leurs premiers maîtres.

Aussi n est-ce que justice si la ville d’Arras donna son nom à ces admirables tentures qui avaient, dès la fin du quatorzième siecle, conquis une réputation universelle par toute l’Europe. Nous ne saurions trouver une

1 Histoire générale et particulière de Bourgogne, t. III, p. i36. s II est incompréhensible que Juiumal ait pu écrire les lignes suivantes dans^scs Recherches sur V usage et Vorigine des tapisseries à personnages (Paris,

“ France, furent, pour la plupart, exécutées en laine; il y en eut pourtant

« fabrication des tapis formés de ces matières se concentra surtout à Florence « et & Venise, n

TAPISSERIES FLAMANDES

preuve plus saisissante de cette immense renommée des fabriques d’Arras que l’anecdote célèbre racontée par Froissart et que nous résumons d’après sa chronique1.

Bajazet, à la tête d’une armée formidable de Turcs, s’était avancé vers la Hongrie, dans l’intention de réduire ce pays et ensuite tous les États chrétiens. Une espèce de croisade s’organisa pour résister au danger qui menaçait ainsi l’Europe entière, et en particulier les États de l’empereur Sigismond, roi de Hongrie et de Bohème. Bajazet fut vainqueur à la bataille de Nicopolis, de sanglante mémoire, arrivée en septembre i3g6, et fit prisonnier un grand nombre de chevaliers français, bourguignons et autres. Parmi eux se trouvait Jean, comte de Nevers, fils de Philippe le Hardi. Le sultan envoya, sur la promesse qu’il reviendrait, messire Jacques de Helly, chevalier artésien, annoncer sa victoire au roi de France et au duc de Bourgogne, et traiter de la rançon des prisonniers. Le duc chargea trois seigneurs de ses États d’aller négocier la liberté de son fils, et d’offrir à Bajazet des présents magnifiques pour le disposer favorablement. A la question qui lui fut posée quelles choses pourraient plaire à ce roi barbare, Jacques de Helly répondit qu’il « prendroit grant plaisance à veoir « draps de haultes - lices ouvrés à Arras, en Picquardie, mais que ils fuissent de bonnes histoires anchiennes. » Le duc de Bourgogne suivit ce conseil. « Deux sommiers furent chargiés de draps de haulte-lice, pris et « fais à Arras, les mieulx ouvrés que on puet trouver deçà les mons, et estoient ces draps fais à l'Histoire du « roy Alexandre et de la greigneur partie de sa vie et de ses conquêtes, laquelle chose estoit très plaisante « et agréable à veoir à toutes gens d’honneur et de bien. »

A la mort de Philippe le Hardi, arrivée le 27 avril 1404, ses hôtels et ses châteaux, tant à Paris qu’en Flandre, en Artois, en Bourgogne, etc., devaient pour la plupart renfermer des tapisseries de haute lisse plus ou moins somptueuses. Nous avons découvert un document fort important qui nous renseigne en partie à cet égard, c’est un « inventaire des joïaux, vaisselle d’or et d’argent, aournements de chapelle, livres, draps d’or et « de soye, chambres, tapisseries, robes et autres biens meubles advenuz à monseigneur le duc de Bourgogne, « comte de Nevers et baron de Doizi, par le trespas de feu monseigneur le duc de Bourgogne, son père*. » Il fut commencé quelques jours après le décès de Philippe : on n’y dit pas où se trouvaient alors toutes ces richesses, mais ce détail importe peu pour notre sujet. Il doit nous suffire de savoir que l’on y décrit soLxante et onze tapisseries, plus « une chambre de haulte-lice vermeille où il y a Dames sarrasinoises et « enfants cuellans floretes, richement ouvrée à or. » En voici l'énumération textuelle :

Premiers, ung tappis de chappelle ouvré à or, du Couronnement Nostre-Damme.

Trois tappis grans de haulte-lice, ouvrés d’or et d’argent de Chippre, de la Bataille de Rosebecqne.

Ung autre tappis de haulte-lice, ouvré d’or et d’argent de Chipre, de FIstoire de Sémiramis de Babilone Ung autre tappis de haulte-lice, ouvré d’or de Chipre, de la Vie de saine te Marguerite.

Deux autres tappis de haulte-lice, ouvrez d’or, de l'Arc de Bergherie.

Ung autre tappis de haulte-lice, ouvré d’or, du Credo et des Prophètes.

Ung autre tappis de haulte-lice, ouvré d’or, de FIstoire Guillaume de Bomercy.

Ung autre tappis, ouvré à or, de FIstoire Charlemanniet.

Ung autre tapis du Rommant de la Rose, ouvré à or.

Ung autre tapis des Vices et des Vertus, ouvré à or.

Ung autre tappis de messire Bertrand de Clauquin, de la Bataille du Pont-Velain, ouvré à or.

Deux autres tappis de la Vie de saint Anthoine, ouvrez à or.

Deux autres tappis de Guy de Bourgoingne, ouvrez à or.

Ung autre tappis de la Vie de saint George, ouvré à or.

Trois autres tappis de FIstoire de Judas Macabeus, ouvrés sans or.

Ung tapiz de ij pièces de FIstoire du Roy Artus.

Ung autre tapis de Hector de Troyes, ouvré à or.

Ung autre tappis de Harpin de Bourges, ouvré à or.

Ung autre tappis contenant cinq pièces de FIstoire de Florence de Romme, ouvré à or Ung autre tappis de haulte-lice, de FIstoire de Percerai te Galoys.

Ung premier tappis de FIstoire Jason, à or.

Ung autre tapis de ladite ystoire, dit le dernier tapis, à or.

Ung autre bon tappis de haulte-lice des Dou^e Pers de France, ouvré à or.

Ung beau tappis des Vices et des Vertus, ouvré à or.

Le tapis de FIstoire saint Denis, à or.

Un tapis de Dévoremans d’ Amours et d’Enfans, à or.

Quatorze tappis écartellés des Armes de France et de Flandres.

Quatre tappis de haulte-lice, à Lions qui montent degrés.

Ung vielz tapis bleu de haulte-lice, fait à encolies blanches, armoïé des armes de France.

Six tapis de haulte-lice, de Bergerie.

Ung autre petit tappis à trois ymaiges, à une Dame entre deux Amans.

1 Édition de Buchox, dons la Collection des Chroniques nationales françaises, t. XIII, p. 420 ; — édition du Panthéon, t. III, p. 273, col. 2; — édition de M. Kervvn de Lettenhove, t. XV, pp. 337 et 33g; — Manuscrit n° 2648, fol. 473 v“ de la Bibliothèque nationale, à Paris.

Harduin, qui publia en 1753 son Mémoire sur la province d'Artois, dit, p. 164, dans une note, que l’on prétendait de son temps que la tenture des Conquêtes d’Alexandre existait encore dans le sérail, à Constantinople.

5 Carton B, n° 3oi, aux Archives départementales de la Côte-d'Or, & Dijon.

Ung autre tappis en deux pièces, de l'Istoire de la royne d'Islande.

Ung grant tappis de haulte -lice, à Moutons, oü sont pourtraiz Madame d’Arto.s et Monseigneur de Flandres.

Ung tapis bleu de haulte-lice, à ung grant Arbre ou milieu, où sont lie * ou milieu ung lion et un oliffan.

Ung tappis de l’Istoire du Dieu d’ Amours dit des Bergiers.

Ung tapis de l'Istoire de Jacob et de Éseu.

Ung tapis de la Danse des Bergiers.

Ung tappis de Chasse et de Melaudie ou esbattement.

Deux tappiz pareilz du Chastel de Franchise, desquelz l’un est en Bourgogne.

Ung tappis de Charlemaigne et d'Angoulant.

Deux petis tappis de gros fille de Paris, sanz or, l’un de messire Bertrand de Clauquin, et l’autre du comte de Santern

Parmi ces tapisseries on retrouve un grand nombre de celles qui ont été citées par M. Guiffrey et par nous dans les pages qui précèdent, et que le duc Philippe avait achetées à Paris et à Arras. Beaucoup d’autres ont dû être payées par des receveurs dont les comptes- ne sont pas parvenus jusqu’à nous , car nous n’en avons rencontré aucune mention.

Marguerite de Male, la veuve du duc de Bourgogne, ne survécut pas un an a son mari, auquel elle avait apporté une riche dot et des domaines d’une importance considérable. Dans l’inventaire dressé après sa mort, arrivée à Arras, le 16 mars 1405, outre les « tabliaulx d’or et aultres, — les ymaiges « d’ambre, d’albastre et d’ivoire, — les Heures et aultres livres d’orisons, — les livres et roumans, etc. », il y a un chapitre consacré aux « tapis de haute-lisse. » Nous l’avons copié, tout en négligeant plusieurs tapis aux armes de Flandre, d’Artois, d’Orléans, etc. Cet inventaire offre un intérêt particulier, en ce que chaque article est accompagné de l’estimation qui en fut faite alors. Mais ces prix sont vraiment dérisoires quand on les met en rapport avec ceux que l’on payait pour l’acquisition d’une tapisserie fort ordinaire. On en jugera mieux avec le texte sous les yeux. Notons d’abord que dans la liste suivante, qui comprend vingt-six pièces, on ne voit pas la tapisserie où était représentée la Vie de sainte Marguerite, rehaussée d’or de Chypre et de soie, et que Philippe le Hardi avoit achetée, en 1 388 , à Jean Cosset, d’Arras, pour la donner à sa femme. Cette omission doit faire supposer que l’inventaire ne renferme pas toutes les richesses de la duchesse de Bourgogne.

Ung tapis de haulte-liche de l'Istoire de l'empereur du roy Panthère : xij libvres.

Ung autre tapis du Dieu d' Amours, de Juno, Palas et Venus : xliiij libvres.

Ung grant drap de haulte-liche, de l'Istore des Machabeux et du roy Anthiocus : xiiij libvres.

Ung aultre drap de haulte-liche, de l'Istoire de Méliant et de la male beste, qui estoit en la chapelle : xiij libvres.

Ung petit tapis de haulte-liche à Personnes qui juent à hauce-pié : xix libvres.

Ung grant drap de haulte-liche, de l’Istoire de saint George : xx libvres.

Ung grant drap de haulte-liche, de Guillaume au court nés: xx libvres.

Ung grant drap de haulte-liche, de l'Istore de Mainfroy qui fu desconfit par Charles le Conquérant , comte d'Angeou: xl libvres.

Ung drap de haulte-liche, de l’Istore de David qui tua Goulias, le gayant : xij libvres xvj s.

Ung autre drap de haulte-liche, de l'Istore du roy Tristre Preudom : x libvres.

Ung autre drap de haulte-liche, de l'Istore de Aymery de Nerbonne et de ses vj fil\ : xxj libvres.

Ung grant drap vert de haulte-liche et j Fontaine et une Damoiselle qui plante j pot de margolaine : xiij libvres.

Ung drap de haulte-liche violet, auquel a j Crucefix et les quatre Évangélistes : iiij libvres.

Ung drap de haulte-liche, des Veux du Pavon : ciiij s.

Deux aultres draps de haulte-liche, des Veux du Pavon : ciiij s.

Ung viés drap de haulte-liche deschiré, des Damoiselles qui deffendent le chastel : xlviij s.

Ung viés tappis de haulte-liche, à la chapelle, où le Chevalier tue la male beste, et est le plus estroit : vij libvres.

Ung viés tappis de haulte-liche, qui parle du Mariage de la fille d'un signeur, et y est escript comment il fu fait à Arras en le maison Haton le Potier : xij libvres.

Ung viés tappis de haulte-liche, des Sire de Bonté et de Loyauté, oü il y a pluiseurs ymaiges : vj libvres.

Ung drap de haulte-liche, qui parle de Do de Mayence : xix libvres.

Ung aultre drap de haulte-lice, qui parle de la Bataille de Cocherel : xxiiij libvres.

Ung grant drap de haulte-liche de l'Istoire de Gaudefroy de Buillon : xvj libvres.

Ung viés drap de haulte-liche, qui parle de Doon de Mayence, et est le plus grand : x libvres.

Ung aultre drap de haulte-liche, de Cassamus et du roy Alixandre : vij libvres.

Ung drap de haulte-liche, deschiré et troué en pluiseurs lieux, qui parle de Alixandre : ij s.

Nous n avons rien pu découvrir sur la provenance des tapisseries notées dans cet inventaire. Leur acquisition a « très-probablement enregistrée, comme celles dont il a été question plus haut et qui furent achetées à Jean Cosset par ordre de la duchesse Marguerite, dans des comptes particuliers, avec les dépenses privées de la princesse, comptes que ne possède malheureusement aucun dépôt d’archives.

Philippe le Hardi eut à son service plusieurs tapissiers pour la conservation et l’entretien de ses tentures ; en voici la liste :

Jean de Jaudoingne ou de Jodoingne. Il fut retenu par le duc •i pension par an », en vertu de lettres patentes datées du 29 septembre

« pour ouvrer de son mestier de tapisserie, à xxx frans de 1 374 1 - C’est le même haute lisseur qui fut employé quelques

te générale des finances du i« août i374au 3i juillet i375, coté B 1444, fol.

.rchives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon.

1 Compte de 1a

TAPISSERIES FLAMANDES

années plus tard à rappareiller, comme on disait alors, les tapisseries de Charles VI, roi de France, et dont M. Guiffrey a longuement énuméré les travaux. Les documents écrivent encore de Jodogne avec ou sans particule.

Robert le Gangneur, dit Mignot. Son nom est aussi orthographié le Gainnier, le Gaingneur et le Gaigneur. Dans ses lettres patentes de commission, qui sont datées d’Audenarde, le 7 mars i3yy (n. st.), il est simplement appelé Robert Mignot. Elles lui confèrent le titre de tapissier de Monseigneur, « pour faire ce que il appartient de son mestier en l'ostel de Monseigneur, c’est assavoir « touz les tapis de chambre dudit hostel, et sera tenuz de quérir et livrer tout ce que il conviendra et sera nécessaire à faire et appa- 0 reiller lesdictes chambres et tapis, excepté soie; et vuelt Monditseigneur que il ait ses despens en son hostel selon son estât, et qu’il « est acostumé faire aux variez de son estât, en oultre que il ait 1 frans d’or de gaiges par an ». Il était encore en fonctions en 1392 *.

Jean Cambier, le Cambier ou le Gambier. La première forme se rencontre dans un compte de l’an i385-i386, avec le titre de garde de la tapisserie de Monseigneur. Le duc de Bourgogne lui fit payer 40 francs, par lettres patentes du 3o novembre 1 386, au lieu de douze chênes dont Louis de Male, comte de Flandre, l’avait gratifié, par mandement du 4 novembre 1 383 s. Il se dit valet de chambre du duc et garde de ses tapisseries dans un reçu du 3 août 1390. Il y déclare qu’Étienne Bièvre, brodeur de Hongrie, demeurant à Paris, lui a remis « deux chambres ouvrées de brodure pour Monseigneur, l’un de vyolet chiel, dossier et courtepointe « ouvrée de brodure, et ou milieu de chascune pièce a j grant ray de soleil où sont compris dedens et ouvrez de brodure les armes des 0 pays de Monseigneur, et aux iiij quingnes [coings] de chascune pièce y a ung esgle estant sur une terraisse, et tenant j roleau où est « escript son mol : Y me tarde, avenc xij sarges de vyolet pour faire la muraille d’icelle chambre, ouvrées de la devise dessusdicte ; 0 et l’autre chambre de drap d’or de Damas, chiel, dossier et goutièrez, ouvrées de brodure, à ses armes et à ses ij devisez, c’est assavoir « ung P et une marguerite; lesdictes ij chambres toutes estoffées et prestes pour tendre » a. Un document du mois de mai 1399 le qualifie ainsi : 0 Jehan le Gambier, varlet de chambre et garde des vaisselle et tapisserie de monseigneur le duc de Bourgogne* ». Il obtint en novembre 1400 un certificat de bon office6.

Jean Houchin ou de Houchin. Dans les deux passages des comptes qui citent son nom, il est appelé ouvrier de tapisserie. Il avait été retenu antérieurement à i385, car on lit que par une ordonnance de payement du 5 juillet de cette année il recevait annuellement 60 francs dégagés8.

Jean de Neijport. C’est ainsi qu’il a signé une quittance’ et son nom est orthographié de la même façon dans un autre document. On le trouve aussi écrit de Nuesport, de Nuefportet de Neufport 8. Un compte de l’an 1394 le mentionne pour la première fois en qualité de tapissier du duc, qui lui avait attribué 70 francs de gages, par an, « tant qu’il ouvera continuèlcment de son mestier « en la tapisserie » *. En 1396 il est désigné comme étant valet de chambre et garde de la tapisserie. On le rencontre avec les mêmes qualifications dans des comptes du temps de Jean sans Peur18. D’après un document de 1403 il avait également alors la garde de la vaisselle d’or et d’argent du prince.

Guillaume le Raffle était valet de chambre et garde de la tapisserie de la duchesse de Bourgogne en décembre 1397. R reçut à cette époque par mandement du duc une gratification de 3o francs pour ses bons et loyaux services".

Il nous reste un très-curieux échantillon de l’ouvrage des haute-lisseurs d’Arras du temps de Philippe le Hardi; ce sont les tentures données à la cathédrale de Tournai par le chanoine Toussaint Prier, qui fut plus tard chapelain de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et mourut en 1437. D’après une inscription en vers qu’on lisait autrefois sur l’une d’elles, elles ont été fabriquées à Arras par Pierre Feré, et terminées en 1402 : le fait est donc parfaitement constaté. Les divers historiens locaux qui ont reproduit cette inscription d’après un manuscrit du dix-septième siècle1’ n’ont pas lu le nom de l’artisan de la même manière”.

La majeure partie des sujets qui composent ces deux tentures existe encore; elles étaient auparavant tendues aux deux côtés du chœur, au-dessus des stalles. Elles représentent l’histoire de saint Piat et celle de saint Éleuthère, qui furent les premiers apôtres du christianisme à Tournai et dans la contrée environnante. Chaque sujet a sa légende en français inscrite dans le tissu, et comprend au moins huit à dix personnages. Les scènes qui regardent les faits et gestes de saint Piat sont les suivantes :

Mission donnée par Dieu à saint Piat et à ses onçe compagnons.

Saint Piat arrive à Tournai au moment où l'on fait le sacrifice d’agneaux à une idole.

Prédication de saint Piat faite devant les ayeux et les parents de saint Éleuthère.

Effets de la prédication de saint Piat; destruction des idoles.

Commencement de la construction de l’église de Notre-Dame, à Tournai, en présence de saint Piat.

Saint Piat baptise les ayeux et les père et mère de saint Éleuthère.

Cousin, historien de Tournai du dix-septième siècle, cite11 trois sujets de la même légende qui ont disparu :

du 7ju

général

Bourgogne du 6 août 1 Archives départemental

• De Laborde, toc. c

s départe

■ 528, fol. iijc ance originale d, à Lille.

» Comptes de la recette générale de Flandre de la Saint-Jean-Baptiste i385 1 11 mars suivant, coté F92, et du 16 mars t386 (n. st.) au 10 mars suivant, té F 358, aux Archives départementales du Nord, à Lille. Un double de ce

a Carton coté B 394, aux Archives départementales de la Cdte-d’Or, a Dijon.

» Collection des acquits des comptes de la recette générale des finances, ix Archives du royaume, à Bruxelles.

» Inventaire sommaire des Archives départementales du Nord, t. I«r, p. 262.

« De Labobde, les Ducs de Bourgogne, t. I«r, p. 2 ; — Compte delà recette nérale des finances du 1" juin i385 au 3i mai i38G, coté B 1462, fol. Ij v», ix Archives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon.

’ Carton coté B 394, cité.

6 Compte de la recette générale des finances du i« novembre 1396 au

16 De Labobde, loc. cit., p. 23 ; — Compte c du 21 février 1413 (n.st.) au 3i décembre 1414, coté B 1576, fol. vij-viij r», aux Archives départementales de la Côte-d’Or.

11 Ibidem, p. 252.

15 Manuscrit n» 13762 de la Bibliothèque royale, à Bruxelles.

15 Le Maistre d’Anstaing, Recherches sur l'histoire et l'architecture de l’église cathédrale de Notre-Dame de Tournai, t. i«, p. 167 et t. Il, p. 3a3- — Du Mortier, Étude sur les principaux monuments de Tournai; 1862;

Tournai, etc., 1 863. Cette dernière a paru dans le tome IX des Bulletins de la Société historique et littéraire de Tournai. Nous devons à l’obligeance de M. Eug. Son., avocat de cette ville, différents renseignements sur les tapisseries en question : il se propose d’en faire une description détaillée qui accompagnera les planches lithographiées qu’exécute en ce moment M. Ch.

1* Histi

e de Tournay; liv. I”, p. g5, et liv. IV, p. 190.

La Décollation de saint Piat. -

Les Tournaisiens accompagnent le corps de saint Piat jusqu'à Seclin.

Miracle arrivé à Seclin lorsque le corps de saint Piat y an iva.

Les scènes figurées sur la seconde tenture sont :

Saint Éleuthère, accompagné de lévites, procède au baptême de plusieurs payens.

Départ de saint Éleuthère pour Rome.

Réception que fait le pape à saint Éleuthère en présence de plusieurs cardinaux.

Saint Éleuthère est consacré évêque.

Mort de Blande, la fille du tribun qui s'était amourachée de saint hleuthère.

Saint Éleuthère ressuscite Blande, en présence de son père et de soldats.

Baptême de Blande par saint Éleuthère.

Ravage de la peste parmi les payens.

Le père de Blande veut t arracher aux chrétiens.

Ces deux séries de tableaux, qui, complets, devaient être au nombre de dix-huit, forment aujourd’hui une seule tapisserie, dont les bordures sont composées de débris de toutes sortes et de tout âge. On 1 a coupée, au siècle dernier, en quatre parties pour les faire servir de tapis de pied; il n’est donc pas étonnant qu’elle ait énormément souffert. Ces vieilles reliques de l’industrie des haute-lisseurs d’Arras ont été restaurées avec soin il y a quelques années. Les dimensions actuelles sont de vingt et un métrés quatre-vingt-cinq centimètres de développement sur deux mètres environ de hauteur.

TAPISSERIES ACQUISES OU COMMANDÉES PAR JEAN SANS PEUR, DUC DE BOURGOGNE, A ARRAS ET A PARIS. — - TENTURE

DE LA GUERRE DE LIÈGE. - NOMS DE HAUTE-LISSEURS. — INVENTAIRE DES TAPISSERIES DE L’HOTEL DU COMTE

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