‹ Histoire générale de la tapisserieChapitre 4 sur 21 · DE HAINAUT , A PARIS, EN I4OÇ · texte numérisé non relu

DE HAINAUT , A PARIS, EN I4OÇ

A en juger par les renseignements que les archives des dépôts de Lille et de Dijon nous ont fournis, le fils de Philippe le Hardi, connu dans l’histoire sous le nom de Jean sans Peur, fut loin de chercher, comme son père, à développer dans ses États la fabrication de la tapisserie de haute-lisse. Et cependant, on doit se le rappeler, c’est aux étonnants produits de cette manufacture qu’il dut de ne pas être massacré ainsi que tant d’autres prisonniers faits à la bataille de Nicopolis, en 13961.

La première tapisserie acquise par ce prince à Arras date de 1407 : il fit payer, par mandement du 17 avril, 24 écus d’or, monnaie royale, à Hugues Walois, déjà cité plus haut, pour quatre tapis de bahuts aux armes de la duchesse de Bourgogne, sa femme5.

Nous avons recueilli dans un même compte les noms des haute-lisseurs suivants, tous d’Arras, à l’occasion de fournitures faites au duc Jean, en 1411, savoir : Jean des Cappelles, pour la livraison d’un tapis, non rehaussé d’or, contenant cinquante-six aunes et un quart, au prix de 3o sous l’aune; — Jacques de Tilloy, pour celle d’un autre tapis beaucoup plus important que le précédent, car il mesurait quatre-vingt-quatre aunes, et coûta plus du double; — Bauduin Fastoul, auquel le duc acheta un tapis où il y avait « pluseurs « ymaiges de belles filles », sujet développé sur une surface de soixante-dix aunes. Ces trois tapisseries furent données au comte de Pembroke, l’un des ambassadeurs chargés par le roi d’Angleterre Henri IV de se rendre , dans le cours du mois de septembre , auprès du duc de Bourgogne , qui reçut les envoyés dans la ville d’Arras. Jean sans Peur offrit encore des tapisseries de haute-lisse à deux personnages qui faisaient partie de cette mission diplomatique, savoir : Jean Cadrie, qui reçut un tapis provenant également de Bauduin Fastoul, et l’évêque de Saint-David, qui obtint pour sa part deux tapis d’autel et un troisième destiné à un autre usage. Rifflard Faymal avait livré les premiers, et le dernier avait été acquis de Nicaise Coquerel5.

TAPISSERIES FLAMANDES

Rifflard Faymal, ou Guillaume Faymal, dit Rifflard, appellation sous laquelle ce haute-lisseur est aussi désigné, fournit encore au duc de Bourgogne, en 1411, une chambre de tapisserie dont ce prince fit cadeau à la femme de maître Guillaume Barrau, secrétaire du roi de France, pour les services qu’elle et son mari lui avaient rendus'.

Jean Renout, marchand à Arras, vendit à Jean sans Peur, au mois de mars 1414, une chambre de tapisserie de haute-lisse « de couleur de pers, semée de persellis, et contenant cincq pièces et les gouttières ; et « en chascune pièce avoit une ymage de femme grande, et y avoit des petiz enfans, et ès dessusdiz ymages y « avoit de l’or. » L’ensemble comprenait deux cents aunes carrées, à 16 sous parisis l’aune, soit 200 francs pour le tout. Cette tenture, remise par ordre du duc à Jean de Boutheville, chevalier écossais, fut offerte de sa part à Robert, duc d’Albanie, qui gouvernait alors le royaume d’Écosse’.

A la suite de cette dépense en figure une autre de la même espèce. C’est le payement fait à Jean Walois, un parent, un fils peut-être de Hugues Walois dont il a été question ci-dessus, et qui était également établi à Arras, d’une somme de 78 francs i5 sous pour un tapis de haute-lisse « fait à personnaige d’esbattemens de a chace, contenant lxx aulnes quarrées3 ».

I)ans une circonstance solennelle, Jean sans Peur se montra généreux comme son père. Il avait, au mois de juillet 1416, donné une fête magnifique à Lille, à l’occasion de l’arrivée des ambassadeurs de l’empereur Sigismond et du roi d’Angleterre Henri V, venus pour traiter avec lui d’une alliance contre la France. « Sur la fin de la fête, dit dom Plancher4, le duc leur distribua les présents qu’il leur avait préparez, sçavoir : « au duc de Brighe, chef de l’ambassade envoyée par l’empereur, un tapis de fil d’Arras, broché d’or, de « 57 aunes, où étoient représentez des seigneurs et dames chassant à l’oiseau; un autre tapis de 52 aunes, « de même ouvrage, chargé d’un grand nombre de petits enfants occupez à prendre des oiseaux ; à un chevalier a de la compagnie de ce duc une tenture de chambre de cent aunes, et de même ouvrage ; au comte de « Warvic, ambassadeur du roi d’Angleterre, une tenture de tapisserie de cent quarante aunes semblables, « chargée de divers personnages et de beaucoup d’oiseaux. » Nous avons inutilement cherché à retrouver dans le riche dépôt de Dijon les documents qui ont fait connaître ces curieuses particularités au savant bénédictin, afin d’apprendre d’eux les noms des artisans chez lesquels ces tapisseries furent achetées, et pour quel prix '.

A ce chiffre si insignifiant de commandes faites aux haute-lisseurs d’Arras, si l’on ajoute quelques acquisitions de tapisseries de quelques marchands ou fabricants de Paris, l’on sera convaincu que le duc de Bourgogne ne favorisa pas plus les uns que les autres. Ces dernières dépenses se résument en une chambre de tapisserie d’Arras, achetée au prix de go francs, en 1406, à Martin de Paris, — c’était son nom", — et en un « drap fait de tappisserie d’or de l'Ystoire comment Dieu envoya les fleurs de lis en France qui bailliées « furent au roy Clovis », vendu par André Rousseau, en 1412, pour la somme de 1,200 écus d’or. Jean sans Peur donna cette pièce comme cadeau d’étrennes, à Louis, duc de Guyenne, fils aîné du roi Charles VI7. Cette même année, le duc fit choisir chez Pierre de Beaumez deux petits tapis par son confesseur pour l’usage de sa chapelle et de son oratoire, et l’on y acquit en son nom un autre tapis pour garnir le fond du chariot de la duchesse de Bourgogne, qui quittait Paris8. Mentionnons encore une splendide chambre de tapisserie de dix pièces « ouvrées d’ymages qui sont une Chasse d’un cerf », et dont les personnages étaient « batuz à or" », laquelle chambre fut payée 900 livres, en 1415, par le duc de Bourgogne à Laurent Champion, que l’on qualifie de « tappissier de tappiz sarrazinois, demourant à Paris10 ». Ce doit être cette tenture qui est inventoriée parmi les objets faisant partie du trousseau de Marie, fille de ce prince, qui épousa, l’année suivante, Adolphe, comte de Clèves et de la Marck".

Quoi qu’il en soit du peu d’intérêt que le successeur de Philippe le Hardi ait paru témoigner à une industrie que son père patronait d’une manière si marquée, il y a un fait dont nous avons négligé de parler jusqu’ici, qui témoigne que ce prince savait fort bien apprécier le parti que l’on pouvait tirer de ces immenses draps à figures qui couvraient les murailles, pour la reproduction des grandes scènes historiques. Ce fait est

' Compte de 1408-1409 cité, fol. ij<’xxxvijr°. Un double de ce compte, auquel il manque toutefois des feuillets, existe aux Archives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon; il est coté B 1570.

s De Laborde, les Ducs de Bourgogne, t. Im, p. 96 ; — Van Drival, les Tapisseries d’Arras, p. g5.

a De Laborde, loc. cit.; — Van Drival, loc. cit.

* Histoire générale et particulière de Bourgogne, t III, p. 450.

s M. Garnier, archiviste du département de la Côte-d’Or, n'a pas été plus heureux. Nous profitons de cette occasion pour le remercier de son inépuisable complaisance.

• Compte de la recette générale des finances du i5 novembre 1405 au ig novembre 1406, coté B 1043, fol. clvij, aux Archives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon.

I Compte semblable du 16 octobre 141e au 21 février suivant, coté B 1573, fol. xlvij r°, ibidem. 11 existe un double de ce compte coté B 1572.

8 De Laborde, les Ducs de Bourgogne, t. I«, p. 87.

0 M. Francisque Michel, dans ses Recherches sur le commerce, la fabrication et l’usage des étoffes de soie, d’or et d’argent, parle en différents endroits des étoffes à or battu, et notamment t. I»', p. 371, t. II, p. 38g, note 4, etc.

18 Compte de la recette générale des finances du 16 octobre 1412 au 21 février suivant, cité, fol. xlvij r»; — Compte semblable du 21 février 1413, (n. st.), au 3i décembre 1414, coté B 1576, fol. ix”v r“, ibidem.

II On y lit, sous la rubrique Tapisseries, l’article suivant : < Une chambre < de tapisserie verde de haulte-lisse, à Chasse de cerf, ouvrée à or, garnie d’un « ciel et dossier, de couverte de lit et de couche; six tapis à tendre de mesrnes « ladicte chambre et trois courtines de serge de Caen verdes. 1 (Carton B 3o2, aux Archives départementales de la Côte-d'Or, à Dijon.)

JWcution, sur l'ordre du duc, d'uue tenture d'une richesse extraordinaire, toute rehaussée d’or et d’argent de Chypre Le travail avait été confié à Rifflard Faymal, haute-lisseur d'Arras, déjà cité. Malheureusement nous n'avons pas découvert à cet égard de grands détails. Un passage d'un compte nous apprend que le marché fut passé pour la somme fort élevée de 3, 080 francs d'or’. Le duc de Bourgogne avait remporté à Othée, le a3 septembre .408, une brillante victoire sur le. Liégeois révoltés contre l'autorité de Jean de Bavtère, son beau-frère. Il voulut, comme son père après la bataille de Roosebeke, posséder un monument qu. lu, retraçât les principaux épisodes de cette guerre. C'est du reste à cette bataille qu’il avait gagné le nom de Jean sans Peur que l'histoire lui a conservé. Dom Plancher nous a transmis la description des cinq pièces dont l’œuvre de Faymal était composée1, et l’on nous saura gré de la reproduire :

. La première, nul était de ,6 aune, de h.ut et y de large réprimait l’entrée de l’armée du duc de Bourgogne au payé de Liège «■ .on premier campement. La «econde, qui émit de 1. mime hauteur et largeur, contenu., une représenta,,™ du .tég. que ie. Liégeois avoien. mi. devant I. ville de M.e.tric, et l’abandon on la levée qu’il, en firent pour aller au-devant de 1 armée d» duc don, il. cr.ignoi.nt d'ètre .urpria. Dan. 1. troisième, d. a+ pied, de haut e, y de large on voyou «non et la ba», e de. deux armée., avec la fuite e, 1. défaite de. Liégeois. Dan. 1. quatrième, de même hauteur =1 largeur que la prem.ère, es tulle, d. Liège de Tonvres, de Huy, de Dinant et autres du pays, étoient représentées suppliante, et soumise, au duc, à qui elles hvroient ceux qu’elle, .voient arrêté, comme principaux auteurs de 1. conspiration liégeoise, pour être punis. Enfin dans 1. cnqu.ème étoiem représentes l'exécution de. principaux article, de l’ordonnance dn duc de Bourgogne et du comte de H.inaut contre les L.égeois, publié le 24 octobre 1408. »

Plusieurs de ces tapisseries étaient terminées au mois d’octobre 1411, car on lit dans une chronique de France encore inédite" que Jean sans Peur a estait alé au-devant du conte d’Arondel, et moult grant honneur « luy fist en la ville d’Arras, où yl tint court ouverte et fist tendre la tapisserie où estait en histoire tout le « fait des Liégeois et les batailles d’iceulx*. » On sait que le comte d’Arundel avait suivi de près les ambassadeurs du roi d’Angleterre, et était arrivé au secours du duc avec un corps de douze cents combattants à cheval et à pied.

Voici un dernier renseignement sur cette tenture. Nous avons eu sous les yeux le reçu de Jean Sacquespée, receveur général des aides d’Artois, daté du 1" novembre 1413, dans lequel il déclare avoir fait, au mois de décembre de l’année précédente, le voyage d’Arras à Paris pour divers motifs « et pour faire délivrer à « Monseigneur sa tappisserie de l'Istoire de la bataille du Liège des marchans qui l’avoient fait »s. Dans l’inventaire des joyaux de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, dressé au mois de juillet 1420, cette tenture est décrite ainsi : « Six tapiz de haulte-lice de la Bataille de Liège, ouvrez à or en plusieurs lieux »6. L’inventaire de Charles-Quint, de l’an i5447, les désigne à peu près de la même manière, mais rectifie les expressions de hauteur et de largeur qui ont été confondues par le rédacteur de la description ancienne qu’a pu copier dom Plancher : « la Bataille de Liège , contenant six tapis à or, chascune de sept aulnes de hault. »

Nous compléterons ce que nous savons des haute-lisseurs d’Arras qui vivaient du temps de Jean sans Peur, par quelques notes provenant d’autres sources que celles des comptes de dépenses de ce prince.

Dans les Mémoriaux de la ville d’Arras, nous avons découvert, sous l’année 1410, deux résolutions du magistrat, inédites et fort curieuses. Parmi les échevins qui y sont cités figurent deux noms qui nous sont connus comme haute-lisseurs, savoir : Hugues Walois et Bauduin Fastoul, et un troisième, celui de P. de Tilloy, lequel appartient à une famille de tapissiers. Le 7 août on décide que pour reconnaître les services que Jean, seigneur de Croy, à cette époque gouverneur de l’Artois, avait rendus à la ville, celle-ci payerait une partie du prix du tapis de haute-lisse que ce seigneur faisait alors exécuter par Rifflard Faymal8; plus tard, dans l’assemblée du 20 décembre, il fut résolu que la ville supporterait toute la dépense de cette tapisserie8.

La fille unique de Guillaume IV, comte de Hainaut, de Hollande et de Zélande, la célèbre Jacqueline de Bavière, avait épousé Jean, duc de Touraine, dauphin du Viennois, qui vécut depuis son mariage dans les États de son beau-père. Un rôle de dépenses de ces jeunes époux apprend que Jean Walois, haute-lisseur d’Arras, mentionné à diverses reprises dans les pages qui précèdent, reçut d’eux, le 28 janvier 1416 (n. st.), la somme de

' Compte du i« février 1411 (n. st.) au 17 avril suivant, coté B 1662, fol. lxv v°, aux Archives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon, s Histoire générale et particulière de Bourgogne, t. III, p. 289.

3 Manuscrit n» 26 de la Bibliothèque de Lille.

* Ce passage a été publié par le baron de la fons-mélicocq dans la Revue d'histoire et d’archéologie (Bruxelles), t. 111, p. 428, note.

3 Carton B 394, aux Archives départementales de la Côte-d’Or, à Dijon.

6 De Laborde, les Ducs de Bourgogne, L II, p. 270.

1 II a été publié par M. Michelant dans les Bulletins de la commission royale d'histoire (de Belgique); 3« série, t. XII. Voy. aussi notre article intitulé : Histoire de la Tapisserie, dans l’Art, t. VII, p. 178.

« H. Walois, C. de Lobelet, 3. de Saint-Vaast, G. Crespin, B. Fastoul, P. de t Tilloy et Asse Villain, eschevins, avoec eulx maistre J. Poissant et Hideux e furent d'acord que, pour les paines et travaulx que monseigneur de Croy a

« heus pour les besongnes de le ville d’Arraz, et à ce qu’il soit moïen envers « monseigneur de Bourgongne que Iadicte ville soit excusée de l’aide que « monditseigneur de Bourgongne requiert et fait de présent requerre à son o pals d’Artois, on li face faire certains tapis que li faitRifflart Faimal, etque

« d’or, ou mains se ledict ouvrage coustc mains. 1 ( Mémorial coté n° 5, fol. x

0 a Mémore que le xx° jour de décembre messieurs les eschevins, le o maleur, leurs conseilliers et oflicierz en poursuivant ce dont autrefois avoit

t Saint-Vaast et Asse Villain, viés eschevins, ordenérent que le drap de haute” « liche que monseigneur de Croy avoit fait faire par R. Faimal soit tous paiiez n des deniers de la ville, et que Jehan de Saint-Vaast et Baude Fastoul « soient présent au faire le compte desaunes. Et monte à l’argent par le raport 0 d’iceulx à cij livres xiiij s. vj d., monnoie ceurssive. 1 ( Ibidem , fol. xiiij r°.)

TAPISSERIES FLAMANDES

65o francs « pour une chambre de tappisserie sour cam vert, pour lors contenant ix pièces, ouvrée de la « Chace d un serf et d un porc senglier, et des esbatemens sur rivière ; ledit ouvraige estoffé et garny d’or de « Chippre, d’argent et de soye, acheté audit Walois par Monseigneur et tendue en sa chambre 1 ».

Un document, qui doit trouver place ici, va nous initier à la décoration intérieure d’une demeure princière du quinzième siècle. C’est un fragment de l’inventaire des meubles qui ornaient l’hôtel du Porc-épic, situé à Paris dans la rue de Jouy, près de la Poterne de Saint-Pol, et appartenant au comte de Hainaut dont il vient d’être parlé, lequel était beau-frère du duc Jean sans Peur. Il porte la date du 20 novembre 1409*, et on y lit sous la rubrique Tappicerie les articles suivants :

« Une chambre de tappicerie à un lion, contenant ciel, dossier et couverture pour le lit, avecques cincq pièces de tappicerie de meismes, estant à présent en la chambre de parement dudit hostel.

Ung paveillon, ciel et dossier, armoyez aux armes Montagu, avecques les custodes de sarge, palées de blanc et de rouge ; deux pièces de tappicerie de meismes, avecques ung coussin de véluyeau vermeil, estant à présent en la chambre où Monseigneur couche ; lequel paveillon, ciel et dossier cy-dessus nommé est délivré par le commandement Monseigneur de Haynau à Jaque de Floïon.

Ung ciel et dossier de soye, palez de blanc et de deux autres couleurs, nommez baudequin, la couverture du lit de mesmes,

doublé de cendail vermeil, atout trois custodes palées de blanc et de vermeil, estant à présent en la chambre de retraict de Monditseigneur.

Ung autre ciel de tappicerie vert à rosiers et acolies, avecques ung dossier de mesmes et trois custodes de sarge vert, estans présent en la chambre du seigneur d’Audregny.

Ung demi-ciel et dossier à un homme et femme sauvaiges, avecques la couverture du lit et deux custodes de sarge vermeilles sans

personnage, tendues de présent en la chambre de messire Guy, seigneur de Monceaulz.

Ung demi-ciel et dossier à la façon de Bretaine, ouvré à lis, tendue en la chambre de Soishier, maistre d’ostel de Monditseigneur.

Deux pièces de tappicerie à fleurs de lis, armoyez aux armes du conte d’Estampes, à rosiers blancs et vermailz, tenduz de .présent en la haulte galerie longue et en la chambre de Monseigneur de Ligne.

Six tappis de plusieurs istoires anciens, tendus à présent en la grant sale du commun.

Deux grans tappiz veluz ; ung autre petit tappiz velu armoyé à quatre cornes ; ung autre petit tappis velu à champ blanc , pour la chappelle de Monditseigneur. »

L’hôtel du Porc-épic fut donné en toute propriété par lettres patentes de Charles VII du mois d’octobre 1418*, à Jean IV, duc de Brabant et de Limbourg, qui venait d’épouser la jeune veuve du duc de Touraine, alors comtesse de Hainaut, etc., et par conséquent belle-sœur du roi de France. Cet hôtel avait très-probablement été aliéné par le comte de Hainaut à l’occasion du premier mariage de sa fille Jacqueline, son héritière. Un inventaire des meubles qui s’y trouvaient fut dressé à la suite de la donation de 1418*, mais il ne contient plus tous les articles qui figurent à celui de 1409, et en fait de tapisserie voici ce qu’il renseigne :

« Une gran chambre de tapicerie à lions, contenant huit pièces, c’est assavoir : ciel, dossier, couverture de lit et de couche; quatre tappis à tendre.

Une grant chambre de drap d’or, etc., pallet de blaudequins, ciel, dossier, iij courtines de sendal, pallés comme dessus.

Ung grant tappis des Neufs Preux.

Ung tappis de l’Istoire du Crucefis.

Ung petit tappis où il y a trois fers.

Ung demi-ciel de Bretaigne, semé de pos de lis.

Ung dossier d’une chambre verde semée d’encollies.

Unge courtepointe ouvrée de l'Istoire de la chastelaine du Verdier. »

APOGÉE DU DÉVELOPPEMENT DE LA HAUTE-LISSE A ARRAS. — NOMS DES HAUTE-LISSEURS REÇUS BOURGEOIS DE CETTE VILLE SOUS PHILIPPE LE BON, DUC DE BOURGOGNE. — INVENTAIRE DE TAPISSERIES DONT CE PRINCE HÉRITA A LA MORT DE SON PÈRE. — ACQUISITIONS DE CE GENRE Qu’lL A FAITES PENDANT SON RÈGNE.

Les tapisseries d’Arras furent dès le début mentionnées avec un soin particulier dans les écrits du temps, Nous avons eu occasion de citer celles dont il est question, en 1371, dans le compte de l’exécution testamentaire de Jeanne d’Évreux, reine douairière de France, et dans un inventaire dressé, en i3y3, à la mort du cardinal de

des comtes de- Hainaut, aux Archives de l’État, à Mons.

1 Cet inventaire est transcrit à la suite des lettres patentes de donation dans le registre n° i35, fol. ij° xcv r» de la chambre des comptes, aux Archives du royaume, à Bruxelles.

3 L'acte a été publié par M. Gaciiahd dans les Bulletins de la commission royale d’histoire; 3* série, t. XIII, p. 9.

a Ce document existe dans la trésorerie des comtes de Hainaut, citée. Il a été

publié par la Société des Bibliophiles de Mons,

la brochure ayant

Dormans. Les textes des documents postérieurs à cette date distinguent, en général, parfaitement les tapis qui sont de provenance d’Arras, des tapis sarrasinois, des tapis de Paris, et d’autres encore. Le ro. Charles VI, la reine Isabelle de Bavière, sa femme; Louis, duc d’Orléans, etc., le duc Philippe le Hardi lui-même achètent à Paris, qui était alors le grand dépôt des fabriques d'Arras, ce que les haute-lisseurs de cette ville produisent de plus beau comme représentation et de plus riche comme tissu ; M. Guiffrey en a fait la nomenclature. Leurs comptes de dépenses ou les inventaires établis à leur décès en font pleinement foi. Le duc d’Orléans va jusqu’à se rendre à Arras, en i396, pour y faire choix de tapisseries’. On prend naturellement de grandes précautions pour en assurer la conservation, et on ne les confie qu’à des gens entendus et capables de les restaurer au besoin : la nature de leur fabrication l'exige du reste. Une tapisserie est un objet d’ameublement que l’on a chaque jour sous les yeux; on s’y attache, et dans plusieurs testaments il se rencontre des dispositions qui les concernent. C’est ainsi que Raoul de Nevill, puissant seigneur anglais mort en i425, spécifia dans le sien les tentures d’Arras qu’il léguait à sa femme Jeanne de Lancastre-, et que Pierre II, duc de Bretagne, mort en 1457, désigna dans son testament les deux parements d’autel de tapisserie d’Arras, qui représentaient la Passion de Notre- Seigneur, et sur lesquels on voyait son portrait et celui de sa femme’. L’usage s’était bien vite répandu d’offrir des tapisseries comme cadeaux d’étrennes, et de les comprendre dans les trousseaux de fiancées de haut rang. Les rois de France et les ducs de Bourgogne surtout ne craignent pas de les faire accepter à titre de présent aux personnages étrangers les plus illustres qui propagent de cette maniéré dans leur pays la réputation des productions de la capitale de l’Artois. Quoiqu’elle doive cette grande renommee à ses ateliers de haute-lisse, il est nécessaire d’ajouter que l’on y fabriquait aussi des tapis d’une autre espèce, dont le prix de revient était également fort considérable; citons-en une preuve irrécusable. En i38g, le duc d’Orléans acheta à Jean de Croisettes*, « tapicier sarrazinois, demourant à Arras », pour 800 francs d’or, « un « tappis sarrasinois d’or de l’Istoire de Charlemagne » 5.

Nous voici arrivés à l’apogée du développement de la haute-lisse à Arras; cet état de prospérité se maintint pendant presque toute la première moitié du quinzième siècle. Le goût du luxe, qui était un des caractères du temps, y avait considérablement aidé, et ce luxe avait envahi toutes les classes de la société. Grâce surtout à l’immense commerce que les Vénitiens, les Génois, les Florentins et bien d’autres nations encore d’au-delà des Alpes faisaient avec les Flandres, où elles avaient Bruges pour entrepôt ; grâce également : marchands de la Hanse teutonique qui s’y rendaient pour y trafiquer et y échanger les richesses du Nord contre celles du Midi, les haute-lisseurs écoulaient aisément les produits de leurs manufactures qui se répandirent ainsi dans l’Europe entière. Bientôt l’on vit, d’une part, des localités voisines d’Arras attirer chez elles des ouvriers de cette ville pour y établir leur merveilleuse industrie, et, d’autre part, des princes de divers états décider à l’émigration plusieurs d’entre eux par leurs offres brillantes. A notre collaborateur M. Müntz incombe la tâche de faire connaître les établissements qu’ils ont alors créés en Hongrie, en Italie, etc. On sait que le nom d’Arras avait tellement fait invasion dans ce dernier pays que l’on y désignait un tapis de haute-lisse par le mot ara^o, absolument comme la ville de Cordoue avait imposé le sien au treizième siècle pour distinguer certaine espèce de cuir d’une fabrication toute spéciale.

Nous possédons sur l’importance des manufactures d’Arras pendant le règne de Philippe le Bon, qui succéda à son père Jean sans Peur en 1419, un témoignage précieux, celui de Martin le Franc, natif d’Arras même, et qui, dans son poëme intitulé : le Champion des Dames, s’exprime en ces termes :

Si tu parles d’art de peintrie,

D’historiens, d’enlumineurs,

D’entailleurs par grande maistrie,

En fust-il oncques de meilleurs?

Va veoir Arras ou ailleurs L’ouvrage de tapisserie;

Puis laisse parler les railleurs De l’anciënne plèterie.

Nous avons déjà dit que les archives d’Arras ne peuvent guère fournir de renseignements pour l’histoire de. la tapisserie. Quelques noms de haute-lisseurs, voilà tout ce que l’on peut y recueillir. On y conserve des registres dans lesquels sont annotées les inscriptions des bourgeois depuis 1423. Leur dépouillement donne, pour les années 1423 a 1450, c’est-à-dire pendant une période de vingt-sept ans, quarante-six noms de haute-lisseurs, et seulement treize pour les années 1450 à 1467, date de la fin du règne de Philippe le Bon.

Voy. l’Inventaire de la Trésorerie des Chartes d' du royaume, à Bruxelles.

0 Catalogue des Archives de M. le baron de Joursanvault, t. I"r, p. i32; - De Laborde, les Ducs de Bourgogne, t. III, p. 42.

TAPISSERIES FLAMANDES

La publication de cette liste peut aider à découvrir le lieu d’origine d’une tapisserie ou des fondateurs d’un atelier de haute-lisse'.

Pierre Blassel.

Pierre Testart, fils de Gilles.

Jean Coulerier.

Nicaise Bracquet, fils de Mathieu.

Jacques Bertran.

Henri Lermite, fils de Jean.

Jean Lermite.

Quentin Sorel, fils de Jean.

Gui de Relly, fils d’Eustache (7’ussef).

Nicolas le Camus, fils de Jacques.

Renaud de Laulers.

Jacques du Mur, fils de Simon.

Henri ( Hanotin ) Godin et son frère.

Jean le Normans.

Henri Robicquel, fils de Pierre.

Jean Julien, fils de Jean, haute-lisseur.

Robert de Chervay.

Remi Truye, fils de Noël, haute-lisseur.

Bertrand de Lattre.

Mathieu Joly, dit le Bert.

Henri de Bavaincourt, fils de Jean.

Aubert de Saint-Ylaire.

Jean Patequin.

Demoiselle de Caucourt, veuve de Jacques

Vincent de Bourgongne.

haute-lisseur.

Henri Truye.

Nicaise le Personne.

Bauduin de Chocques.

Guillaume Bertran.

Jean Rozcs.

Gilles Feré, fils de feu Jean, haute-lisseur.

André Payen.

Jean de Lattre, fils de Bertrand, haute-lisseur.

Gilles Beghuin.

Jean Larguette, fils de Bauduin.

Jehan Descamps, dit Mauboege.

Luc Julyen.

Eustache ( Tassart ) Boucaut.

Antoine Coine, fils de Pierre.

Louis [Lqyet] Truye, fils de Noël.

Nicolas de Gamans, fils de Jean, haute-lisseur.

Luc Bemart, fils illégitime de Michel.

Robert de Fampoux.

Guillaume Densemont.

Jean de la Planque, fils de Jean.

Henri le Fiel.

Jacques Destriers.

Henri Camp, fils de Mathieu.

Brice Despaigne.

Anne de Bommy,’ veuve de Jean Wion.

Jacques de Dours.

Henri Creppin, fils illégitime de Gilles.

Jean Mauloé, fils de Jean.

Jean Moustoille.

Gabriel de Cotignyes.

Jean Maulone, fils de Renaud.

Henri de Lannoy.

Pierre Toucquel, fils de Pierre.

Jacques Wyon.

Un inventaire publié par le comte de Laborde’ fait connaître une partie des tapisseries que Philippe le Bon reçut en héritage de son père. Cet inventaire fut dressé à Dijon au mois de juillet 1420, et par conséquent il ne nous renseigne, sauf l’exception qui sera signalée, que sur des tentures dont la fabrication remonte aux règnes de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur. Quoique ce document soit déjà imprimé, nous n’hésitons pas à le reproduire, corrigé toutefois, car il est d’une importance capitale pour notre sujet. Les tapisseries y sont classées en différentes catégories, savoir : chambres, tapis de salles, tapis de chapelles, etc. Nous n’avons extrait des premières que celles qui sont véritablement dites de haute-lisse, de fil d’Arras, et nous avons négligé les tapis servant à garnir des dressoirs, des bahuts, etc.

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