L. — Election de saint Fulcrand, évêque de Lodève
Le diocèse ou comté de Lodève avoit aussi alors ses vicomtes"^, qui eurent la principale part à l'élection de saint Fulcrand, évêque de cette ville. Suivant la vie de ce saint prélat, composée au quatorzième siècle par^ Bernard Guidonis, l'un de ses successeurs, il étoit fils d'un seigneur des plus qualifiés du pays. On prétend que sa mère, à qui les uns donnent le nom d'Eustorge, 6c les autres celui de Biligarde, étoit fille d'un comte de Substantion ou de Maguelonne j dans ce cas, elle devoitêtre fille ou sœur du comte Bernard premier du nom, dont nous avons déjà parlé. Fulcrand fait mention lui-même dans son<5 testament de Pons 8c d'Aranfred, ses frères, d'André, chanoine de Lodève, son neveu, 8c d'Emme, sa proche parente. On lui donne encore deux sœurs qu'on assure avoir été dames de Montpellier 8c avoir donné l'origine à cette ville. Enfin, ce saint dispose par son testament d'une partie du château de Roquefeuil, ce qui peut faire croire qu'il appartenoit à la famille des seigneurs de ce château, situé dans la partie de l'ancien diocèse de Nimes qui forme aujourd'hui celui d'AIais 8c confine avec le Gévaudan, le Rouergue 8c le diocèse de Lodève.
La mère de Fulcrand prit un soin particulier de son éducation 8c le mit d'abord sous la discipline de Thierri, évêque de Lodève, qui vivoit dans une grande réputation de sainteté. Sous un si excellent maître, on le vit bientôt faire un égal progrès dans la vertu 8c dans la science. Il s'appliqua surtout à l'étude des saintes lettres, Se après avoir passé par tous les degrés ecclésiastiques, il parvint enfin à la dignité d'archidiacre de Maguelonne. Il enexerçoit les fonctions avec beaucoup d'édification, quand l'évêché de Lodève vint à vaquer par le décès de Thierri, le 7 janvier de l'an 949. Le clergé 8c le peuple s'étant assemblés par l'autorité d'Ew^^i- 6 d'Heldin, princes du peuple, pour l'élection d'un nouvel évêque, ils ne délibérèrent pas longtemps sur le choix; la pureté des
•Voyez tome IV, î/ote XXII, n. 28 & sulv. ' Vita S. Fulcr. Bollandistes, févr. t. 2, p. 710 8c
' Mabillon, ad ann. 948, n. i. . suiv. — Plantavit, Chronicon episc. Loi. p. 46 &
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCVIII. seq.
^ Voyez tome IV, Note XXV. « Bollandistes, févr. t. 2, p. 710 & suiv.
An 949
i38 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII.
mœurs de Fulcrand, sa vie pénitente, sa douceur, sa naissance 8c ses talens lui gagnèrent bientôt tous les suffrages. Il fut le seul qui ne voulut pas consentir à son élection, Se le ministère dans lequel on vouloit l'engager lui parut si redoutable qu'il prit la fuite &. alla se cacher. Ayant été cependant découvert, il fut enfin forcé de se rendre, & Aymeri, archevêque de Narbonne, son métropolitain, fit la cérémonie de son sacre le 4 février de la même année dans l'église de Saint-Paul de Narbonne.
Un des principaux soins de Fulcrand, après son élévation à Tépiscopat, fut de faire agrandir &: exhausser sa cathédrale dédiée sous l'invocation de S. Geniz ou Génies, martyr, &. d'y faire construire un clocher. Heldin, vicomte de Lodève, qui en fut informé, croyant que son autorité étoit blessée dans cette entreprise, fit défendre d'élever le bâtiment au delà d'une certaine hauteur. Éd. origin. L'évêque, de son côté, jaloux de l'autorité Se de la juridiction temporelle qu'il prétendoit avoir dans Lodève, ne fit aucun cas de la défense du vicomte Se fit bâtir un clocher 8c plus grand Se plus haut qu'il ne l'avoit résolu. Hildin en fut extrêmement irrité. Se pour se venger de Fulcrand, il vint en fureur à Lodève Se chargea les habitans de divers impôts exorbitans. Le saint évêque le pria d'abord avec beaucoup de douceur de faire cesser ces vexations 5 mais n'ayant pu rien gagner par cette conduite, il en prit une tout opposée : il fit arrêter le vicomte Se le retint dans une étroite prison, jusqu'à ce qu'il eût restitué ce que lui Se ses prédécesseurs avoient injustement usurpé sur l'église de Lodève. Enfin il élargit Hildin, après lui avoir fait promettre de ne plus retomber dans de pareils excès 5 il tâcha cependant de le gagner dans la suite, soit par ses manières, soit par ses discours.
LL — Vicomtes de Lodève.
On voit par ce que nous venons de raconter de la vie de S. Fulcrand, que la ville Se le diocèse de Lodève étoient gouvernés de son temps par des vicomtes héréditaires qui, abusant de leur autorité, exerçoient les droits régaliens. Ils le pouvoient faire d'autant plus librement, qu'il n'y avoit alors aucun comte particulier qui résidât dans ce pays, dont le comté ' étoit réuni au domaine de la maison des comtes de Toulouse. Du moins est-il certain que ces derniers possédoient le comté de Lodève dans le onzième siècle Se que les vicomtes de cette ville étoient leurs vassaux. Quant à la juridiction ou autorité temporelle que les évêques prétendoient avoir, ils la dévoient en tout ou en partie à la piété de nos rois, comme l'insinue l'auteur de la vie du saint prélat.
Hildin, vicomte de Lodève, qui vivoit alors, nous est connu par d'autres monumens. S. Fulcrand en fait mention dans son testament^ à l'occasion d'un alleu qu'il avoit acquis de lui. Se dont il disposa en faveur de l'abbaye de Joncels. Ce vicomte vivoit en 961, comme il paroît par la donation qu'il
■ Voyez tome IV, Note XXV. = Vita. S. Fulcrandi, Bollandistes, fév. t. 2, p. 710
& seq.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i3q "T
^ An 949
fit cette ' année à l'abbaye de Saint-Guillem du Désert, dans le diocèse de Lodève, &. à Gausfred qui en étoit abbé, de plusieurs biens situés dans le comté de Substantion, de concert avec Gariberge &» Adotiy ou Odon vicomte y tant pour leurs âmes que pour celle d'Autgarius^ ce qui nous fait conjecturer que les mêmes Hildin 8<. Odon, vicomtes de Lodève en 949 Se 961, étoient fils de ce dernier & de Gariberge, qu'ils héritèrent de lui de cette vicomte, & qu'ils la possédèrent par indivis.
Hildin ou Heldin, vicomte de Lodève, n'est pas différent du vicomte Ildlnoîif dont il est fait mention dans un acte^ de l'abbaye d'Aniane de l'an 968, 5c qui conjointement avec Archimberte, sa femme, 5c leurs fils Ermengaud, Adilulphe 5c Odon, fit un-^ échange en 982, d'une terre qu'il avoit dans le comté de Maguelonne 5c le territoire de Substantion, contre Quinabert, abbé de Saint-Guillem du Désert 5c son monastère. Nous inférons qu'il devoit être déjà décédé en 984, de ce qu'il n'est pas nommé dans une donation que la vicomtesse Archimberte, son épouse, ses fils Adilulphe 6c Odon, 5c Trudgarde, veuve de son fils Ermengaud, firent alors à l'abbaye d'Aniane, d'une terre située dans le comté de Béziers. Il est du moins certain qu'Hildin étoit déjà mort en 986, par une"^ autre donation que la même Archimberte fit cette année à Rainald, abbé d'Aniane 5c à ses religieux, de divers biens situés à Caunes, dans le diocèse de Béziers, pour ses parens qui étoient déjà décédés, savoir : son père, sa mère y son fils, ses filles 6» son mari lldinon. L'acte est souscrit par Odon, le seul, à ce qu'il paroît, des fils d'Hildin qui recueillit sa succession. Cet Odon fut en effet vicomte de Lodève, comme on le voit dans un acte sans^ date, par lequel il donne à l'abbaye de Saint-Guillem du Désert, du consentement de Chimberge, sa femme, un alleu dans le comté de Lodève, que son père Hildin 5c lui avoient acquis d'un nommé Ardemand.
Telle est la succession des vicomtes de Lodève depuis le milieu du dixième siècle jusques à la fin. Nous ne connoissons pas leurs successeurs, mais il y a lieu "^ de conjecturer que leur famille tomba en quenouille j que Nobilie , femme de Gilbert, vicomte de Carlad, sur les frontières de l'Auvergne, qui vivoit vers le milieu du onzième, étoit fille unique 5c héritière du vicomte Odon dont on vient de parler, 5c de Chimberge, sa femme j 5c qu'enfin la vicomte de ÉA.ongyn^ Lodève passa par ce moyen, avec celle de Carlad, dans la maison des vicomtes de Millau qui possédèrent certainement l'une 5c l'autre.
Ln. — Donations de divers comtes ou seigneurs de la Marche d'Espagne
à r abbaye de la Grasse.
Les différentes donations que nous venons de rapporter sont des preuves de la piété des comtes de Lodève. Plusieurs seigneurs de la Marche d'Espagne
■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCVI. '' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXXII.
' Ih'id. n. Cil, la 2'' charte citée sous ce numéro. ^ Ibid. n. CXXXV.
' Ibid. n. CXXIII, ^ Voyez tome IV, Note XXV.
An 949 ^
signalèrent la leur envers l'abbaye de la Grasse, sous le gouvernement de Soniarius ' qui en fut abbé depuis l'an 91 5 jusques en 942. Maïeul, vicomte, lui donna ^ en 946 un alleu dans le comté d'Urgel « pour son âme Se celles « de Pvanilonne, sa femme, &c d'Esther qu'il avoit épousée en premières noces. » Ermengarde, abbesse de Burgal, dans le comté de Pailhas &: le diocèse d'Urgel, fit don 3 de son monastère à la même abbaye, la quinzième année du "T ' rèp-ne de Louis d'Outre-mer, ou l'an q5o: cette abbesse fait mention dans l'acte
An 960 o • • 1)
du comte Guillaume, son frère. Elle étoit fille disarn, comte & marquis de Pailhas, qui avoit '^ fondé le monastère de Burgal, dont Aton, évêque, son oncle paternel, l'avoit mise en possession.
Ce dernier étoit certainement évêque de Pailhas, d'où l'on doit inférer ou que cet évêché ne fut pas supprimé, comme il avoit été ordonné par un décret du concile de Fontcouverte de l'an 911, ou du moins qu'il fut rétabli bientôt après. Quant au monastère de Burgal , nous apprenons qu'il n'y avoit 5 plus de religieuses au commencement du onzième siècle, d'un acte de l'an 1007, par lequel « Soniarius, comte de Pailhas 8c ses frères, les comtes « Raimond &l Guillaume, confirment la donation que le comte Raimond, « leur aïeul, Isarn & Aton, évêque, leurs oncles paternels, en avoient faite « à l'abbaye de la Grasse. » Depuis ce temps-là ce monastère ne fut plus desservi que par des religieux dépendant de cette abbaye. Artaud"^, comte de Pailhas & sa femme Guillelmette y donnèrent différens biens en 1170, Se un autre comte de ce pays, nommé Bernard Se sa femme Guillelmette, en 1196. Enfin, la conventualité y a cessé après l'introduction des commendes, Se il n'est plus desservi que par trois prêtres séculiers, depuis l'an 1458. ~~~ ~ Soniarius, abbé de la Grasse, fit un échange-' en 961 avec Sunifred, comte
de Barcelone, qui lui donna un alleu dans le comté de Carcassonne, en présence de Wisade, évêque de cette ville. Il étoit peut-être parent du comte Soniarius qui fit donation^ en 963, à Witiza son successeur, de plusieurs églises situées en divers comtés de la Marche d'Espagne , entre autres de celle de Notre-Dame de Riodezar, où il y eut depuis un prieuré dépendant de l'abbaye de la Grasse, lequel est uni aujourd'hui à celle de Campredon dans le diocèse de Girone.
LIIL — Rétablissement du monastère de S ainte-Enimie dans le Gévaudan.
Comtes (y vicomtes de ce pays.
Les différentes guerres qui avoient agité le royaume, mais surtout l'invasion des biens ecclésiastiques par les séculiers, causèrent la ruine ou la décadence de plusieurs églises ou monastères au milieu du dixième siècle. Celui
' H'ist. manusc. de l'abbaye de la Grasse^ p. 406. « Archives de l'abbaye de la Grasse.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXVI. ' Marca H'ispanica^ p. SpS 8c seq.
^ Ihtd. n. LXXIX. 8 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nii-
■» Ibïd. n. LXXV. méro LXXXII. — Mabillon, Annal, ord'inis sancti
' Ibid. n. CXLIIÏ. Bcnedicti,aà ann. 960, n. 36.
de Sainte-Enimie dans le Gévaudan, entre autres, se trouvoit alors dans une extrême ' désolation. Etienne, évêque de Mende, résolu de le relever, s'adressa « à Dalmace, abbé de Saint-Chaffre en Vêlai 8c le pria, du consentement « de son chapitre, des principaux seigneurs du pays, 8c en particulier du « vicomte Bernard, de prendre ce monastère sous sa conduite 8c d'y envoyer « de ses religieux pour y rétablir l'observance régulière. Dalmace s'excusa « d'abord, mais il y consentit enfin, k condition que lui 8c ses successeurs y u auroient une pleine autorité. Etienne prit là-dessus l'avis de 'son clergé « 8c de son peuple, 8c accepta la condition, du consentement du marquis « Raimondf avec lequel peu de temps après il fit un voyage de dévotion à « Rome, suivi de plusieurs de ses ecclésiastiques 8c de l'abbé Dalmace. Ils « eurent recours ensemble au pape Agapet qui confirma le rétablissement du « monastère de Sainte-Enimie, en présence du sénateur Albéric. « Ce dernier s'étoit alors emparé de toute l'autorité dans Rome. Les circonstances de ce rétablissement du monastère de Sainte-Enimie sont marquées dans un acte qui fut dressé en 961, 8c qui est souscrit par Gotescalc, évêque du Puy. Il y est dit qu'on appeloit anciennement ce lieu Burlatis, 8c qu'on y conservoit encore les reliques de la sainte. Ce monastère a toujours été soumis depuis à l'abbaye de Saint-Chaffre , Se a donné son nom à une petite ville du Gévaudan ^-dit- origin.
1 t. II p. 85.
située sur la rive droite du Tarn, vers les frontières du diocèse d'Alais.
Par ce que nous venons de dire, nous apprenons qu'il y avoit alors un comte 8c un vicomte de Gévaudan. Le dernier paroît être le même^ que Bernard, fils puîné d'un autre Bernard , vicomte de Millau en Rouergue, en 987. Quant au comte ou marquis Raimond, nous avons ^ lieu de croire qu'il n'est pas différent de Raimond premier du nom, comte de Rouergue 8c cousin germain de Raimond-Pons, comte de Toulouse. Il dominoit dans le Gévaudan en qualité de suzerain d'Etienne, comte de ce pays, qui probablement étoit son frère, 8c fils puîné d'Ermengaud, comte de Rouergue 8c marquis de Gothie. Etienne avoit épousé alors, ou du moins il épousa bientôt après Adélaïde d'Anjou dont nous parlerons ailleurs'^.
LIV. — Mort de Raimond-Pons , comte de Toulouse. — Guillaume Taillefer,
son fils, lui succède.
On pourroit croire aussi qu'il s'agit dans cette charte de Raimond-Pons, comte de Toulouse , qui , en qualité de duc d'Aquitaine, étendoit son autorité sur le Gévaudan, s'il ne paroissoit que ce prince étoit déjà décédé en 961 . En effet, nous ne doutons pas que sa mort n'ait été un des principaux motifs du voyage que le roi Louis d'Outre-mer entreprit cette année en Aquitaine, 8c dont
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n, LXXX. frère ou parent de Raimond, comte de Rouergue,
" Voyez tome IV, 'Note XXVI, ■ comme le suppose dom Vaissete. — Voyez tome IV,
' Ibid. n. 2 & 7. l'addition à la Note XXVI, où nous donnons la
■'Etienne I , comte de Gévaudan, n'était point véritable généalogie de ce personnage. [E. M.j
An (;5i
un historien ' du temps parle en ces termes : « Louis s'étant mis à la tête de ses u troupes s'avança vers les frontières de cette province au commencement de « l'année. Charles Constantin, prince de Vienne 8c Etienne, évêque d'Auvergne « ou de Clermont, informés de sa marche, furent au devant de lui &. lui prê- « tèrent serment de fidélité, auquel le dernier ajouta des présens considérables. « Guillaume, comte de Poitiers, fut aussi à la rencontre de ce prince, qui, étant « sur le point d'entrer en Aquitaine, tomba dangereusement malade. Léotald, « comte dans la Bourgogne, prit un soin particulier de lui pendant sa maladie, « & Louis ayant recouvré ses forces reprit le chemin de France. » Nous tirons de ce récit les conséquences suivantes :
1° Louis dut prendre la route de Mâcon pour entrer en Aquitaine , & tomber malade dans cette ville, car Léotald, que Frodoard qualifie comte de Bourgogne , 8t qui assista ce prince dans sa maladie, n'est pas différent de Léotald, comte de Mâcon, qui vivoit alors 8c qui descendoit^ par mâles de Maïeul, vicomte de Narbonne, dont il étoit petit-fils 5 2° la marche du roi vers l'Aquitaine à la tête d'une armée est une preuve que les peuples de cette province s'étoient révoltés contre lui 8c refusoient de lui obéir. Il est marqué, en effet, qu'Etienne, évêque de Clermont, alla à sa rencontre 8c le reconnut pour son seigneur^ d'où il paroît que l'Auvergne étoit alors révoltée. Voici ce qui peut avoir donné occasion à cette révolte.
Nous avons fait voir^ ailleurs que le roi Raoul, lorsqu'il reçut en 982 la soumission de Raimond-Pons, comte de Toulouse, disposa en faveur de ce prince du duché d'Aquitaine 8c des comtés d'Auvergne 8c de Vêlai. On a prouvé aussi que le roi Louis d'Outre-mer le maintint dans ses dignités. Nous savons enfin "^ que ce roi, qui mourut en 964, les donna à Guillaume Tête-d'Étoupes, comte de Poitiers. Or, comme on n'a aucune preuve que ce dernier ait pris la qualité de duc d'Aquitaine avant l'an 960 8c du vivant de Raimond-Pons, nous concluons de tout cela ; 1° que celui-ci mourut vers l'an 960; 2° qu'après sa mort, Louis d'Outre-mer disposa du duché d'Aquitaine 8c des comtés d'Auvergne 8c de Vêlai en faveur de Guillaume Tête-d'Etoupes; 3° que les Aquitains, 8c surtout les Auvergnats, attachés à la maison de Toulouse, refusèrent de reconnoître Guillaume Tête-d'Etoupes pour leur duc ou comte 8c se déclarèrent en faveur du fils de Raimond-Pons, que le roi avoit dépouillé de ses dignités, 8c, qui étant en bas âge étoit hors d'état défaire valoir ses droits; 4° enfin, que ce fut autant pour les y obliger que pour remettre sous son obéissance le comté de Vienne 8c le reste du royaume de Provence, soumis alors à Conrad le Pacifique, que Louis s'avança en 961 vers ces provinces à la tête d'une armée.
On peut confirmer ce que nous venons de rapporter par le refus constant que firent^ les principaux seigneurs d'Auvergne, 8c entre autres Etienne, évêque de
■ Frodoard, Chronicon, p, 6i6 & seq. '' Adhémar de Chabanais, p. i6(5.
' Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver- '^ Acta Sanctorum orditiis sancti Benedicti, saec. 5,
gne, t. 2, p. 5 & suiv. — Mabillon, ad anii. pSS, p. 32 1. — Baluze, Histoire généal. de la maison
n. 8i. d'Auvergne, t. 2, p. 2. — Voyez tome IV de cette
3 Voyez tome IV, Note XVI. édition, JVofe XVI.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. iaS — ;; — T"
' An 95 1
Clermont, qui étoit de la maison des vicomtes de cette ville, de se soumettre mi°"1j6 à Guillaume, comte de Poitiers, jusques à la première année du règne de Lothaire, ou à Tan 955, qu'ils firent un accord avec ce comte, suivant lequel ils le reconnurent pour leur seigneur.
Raimond-Pons, comte de Toulouse, mourut donc vers l'an çSo 5 aussi n'avonsnous ' aucune preuve qu'il ait vécu au delà de cette année. Il laissa du moins trois fils de Garsinde, sa femme, qui lui survécut. Guillaume^ l'aîné, qui étoit alors fort jeune, lui succéda dans le comté de Toulouse & la plupart de ses autres domaines sous la tutelle 8c le gouvernement de Garsinde, sa mère. On le surnomma Taillefery & il fut le troisième comte de Toulouse de son nom. Les deux autres s'appeloient Pons &(. Raimond ; le premier eut dans la suite le comté d'Albigeois pour son partage. Raimond-Pons eut aussi, à ce qu'il paroît, une fille appelée Raimonde, qui épousa Aton, vicomte de^ Soûle en Gascogne. On devroit enfin mettre Léogarde, femme de Borrel, comte de Barcelone, au nombre de ses enfans, si l'on pouvoit s'appuyer sur l'autorité"^ d'un moderne qui la croit originaire d'Auvergne 8c fille de Raimond, comte de ce pays, au commencement du règne de Lothaire, car nous ne connoissons d'autre Raimond, comte d'Auvergne, au dixième siècle, que Raimond-Pons, comte de Toulouse.
Ce dernier possédoit dans le temps de sa mort le comté particulier de Toulouse, qui étoit très-étendu, avec le marquisat de cette ville qui lui donnoit la suzeraineté sur les comtés de Carcassonne 8c de Razès. Il jouissoitde plus en commun, avec Raimond premier du nom, comte de Rouergue, son cousin, du marquisat de Gotliie 8c des comtés de Narbonne, Nîmes, Lodève, Béziers 8c Agde dans cette province j de ceux d'Albigeois 8c de Querci en Aquitaine, 8c du Vivarais 8c de rUzège, anciens membres du royaume de Provence; tous ces domaines passèrent à ses successeurs. Quant au duché d'Aquitaine 8c aux comtés d'Auvergne 8c de Vêlai ^, dont il avoit été pourvu seulement depuis la mort des neveux de Guillaume le Pieux, 8c dont le roi Louis d'Outre-mer disposa après la sienne en faveur de Guillaume Tête-d'Étoupes, comte de Poitiers, il paroît que Guillaume Taillefer<^, après les avoir disputés à ce dernier, ne se pouvant maintenir dans leur possession, donna dans la suite en fief ces deux comtés à la famille des vicomtes d'Auvergne ou de Clermont '^j qui prirent depuis le titre de comtes 8c le reconnurent, de même que les autres comtes de Toulouse ses successeurs, pour leurs suzerains.
C'est tout ce que nous avons pu recueillir de plus certain sur le temps de la mort de Raimond-Pons, comte de Toulouse , duc d'Aquitaine 8c marquis de Gothie, prince également recommandable par sa piété, sa valeur 8c l'étendue de son domaine, dont il porta les bornes depuis la Loire jusques aux Pyrénées, la mer Méditerranée 8c le Rhône. Parmi les modernes qui ont parlé de sa mort,
' Voyez tome IV, Notes VIII & XVI. ^ Baluze, Marca Hispanlca, p. 402.
' Ibid. Note VIII. . 5 Voyez tome IV, Note XVII,
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Ibid. Notes XVI &. WU.
méro CXXXIX, la 4'' charte citée sous ce numéro. ' Baluze, Hist. géncal. delà maison d'Auvergne,
An (j52
An 901 '^
les uns l'ont placée en gSS, d'autres vers l'an 961, &. d'autres enfin beaucoup plus tard 5 mais ils se trompent' tous également. Cela vient de ce qu'ils l'ont confondu, à cause de la ressemblance de leurs noms, avec Pvaimond I &. II, ^^omtes de Rouergue, ses cousins; ce qui est d'autant plus aisé que ces deux branches de la maison de Toulouse possédèrent longtemps par indivis la plupart de leurs domaines. Au reste, Raimond-Pons fut inhumé^ dans l'abbaye de Saint-Pons de Thomières qu'il avoit fondée 8c enrichie par ses libéralités.