‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 111 sur 227 · LXXXIX. — Gui fait jurer la paix à ses diocésains · texte numérisé non relu

LXXXIX. — Gui fait jurer la paix à ses diocésains

Gui ^ eut à peine pris possession de son siège, que son premier soin fut de remédier aux maux qui troubloient la paix du Vêlai. La licence des mœurs 8c l'abus de l'autorité avoient fait alors des progrès étonnans. Chaque seigneur, 8c même chaque particulier qui se trouvoit un peu puissant, s'érigeoit en tjran, 8c sans reconnokre d'autre loi que celle du plus fort , envahissoit impunément les biens de ses voisins, sans épargner ceux des églises 8c des pauvres. Le nouvel évêque du Puy, touché de ces désordres 8c résolu de les abolir, ordonna à tous les nobles 8c aux personnes les plus considérables du pays de s'assembler pour convenir ensemble des moyens de rétablir la paix 8c la tranquillité publique dans le pays. Prévoyant cependant que ses desseins pourroient être traversés , il pria ses neveux, les comtes Pons 8c Bertrand, de vouloir le soutenir de leur autorité , de rassembler un corps de troupes vers Brioude, 8c de marcher à son secours en cas de besoin. Cela fait, il assembla les principaux de ses diocésains dans la plaine de Saint-Germain, à une lieue du Puy, & leur proposa de restituer les biens qu'ils avoient usurpés, de réparer les dommages qu'ils avoient causés aux pauvres, 8c de promettre avec serment de garder inviolablement la paix entre eux. Cette proposition, toute raisonnable qu'elle étoit, ne fut pas du goût d'une grande partie de ceux qui composoient l'assemblée. Gui avertit alors ses neveux, qui marchèrent pendant toute la nuit, 8c qui étant arrivés le lendemain à la pointe du jour, firent mine de vouloir donner sur les mutins, ce qui les fit rentrer en eux-mêmes. L'assemblée accepta ensuite unanimement les articles de paix qui avoient été proposés, 8c que tous ceux qui étoient présens firent serment d'observer avec fidélité, après avoir donné des otages pour gage de leur parole. Cette paix ne fut pourtant pas si solide que les successeurs de Gui 8c les évêques des diocèses voisins n'aient eu besoin de la renouveler bientôt après, ainsi que nous le verrons en son lieu.

Gui, après avoir pacifié son diocèse, s'appliqua à le bien gouverner. Il assigna

' Guillaume Taillefer n'a point épousé la nièce Note XXIX, sur la famille de la reine Constance,

de Gui, évêque du Puy, & d'Adélaïde, comtesse de où on verra que son véritable père était Guil-

Gévaudan, comme le veulent les Bénédictins. Voyez laume I, comte d'Arles. [E. M.] à ce sujet, au tome IV, la Note additionnelle à la " GalUa C/iristiana,nov. edit. t.z; instr. p. 223.

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une partie des revenus de son église à son cKapitre qui devoit en jouir en commun, 8c se réserva le reste j preuve que la séparation des menses entre les évêques Se leurs chapitres étoit déjà en usage dans le dixième siècle. Il dédia en l'honneur de S. Michel la chapelle que Truan, doyen de sa cathédrale, avoit fait construire sur le haut du rocher de l'Aiguille'.

XC. — Guillaume Taillefery comte de Toulouse, gouverne ses Etats par

lui-même.

Il est incertain si Arsinde, femme de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, est celle qu'il abandonna, suivant la Vie de S. Fulcrand, 8c s'il n'en avoit pas épousé une autre auparavant, car nous avons peu de mémoires sur la vie de ce prince jusque vers la fin du dixième siècle. Il paroît cependant qu'il gouvernoit par lui-même, vers l'an 976, les États dont il avoit hérité de Raimond-Pons, son père, 8c que la comtesse Garsinde, sa mère, qui en avoit eu l'administration pendant sa jeunesse, étoit alors décédée. La mort de cette princesse arriva ^, en effet, entre l'an 972 8c l'an 976, ce que nous inférons de deux actes qu'on doit rapporter aux dernières années de sa vie.

Par le premier 3, Garsinde, qui se qualifie veuve de Pons, comte de Toulouse, donne à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières, pour la rémission de ses péchés 8c le repos de l'âme du comte^ son mari , le château de Cessenon avec plusieurs églises 8c différens domaines situés dans les diocèses de Narbonne, de Béziers 8c d'Albi j elle réserve en même temps la jouissance du château de Cessenon 8c de ses dépendances en faveur à' Adélaïde 6* de ses fils Ermengaud 6- Raimond à qui elle la donne pendant leur vie. Cette Adélaïde n'est pas

différente de la vicomtesse de Narbonne de ce nom, qui eut l'administration ,'u ""fL",-

de cette vicomte au nom de ses deux fils Ermengaud 6* Raimond, après le décès de Matfred, son mari , ainsi qu'on l'a remarqué ailleurs. Quant au château de Cessenon, c'est aujourd'hui une petite ville située sur la rivière d'Orb, dans le diocèse de Saint-Pons, vers les frontières de celui de Béziers, avec titre de comté. La donation de Garsinde est datée simplement du mois de juillet, sous le règne du roi Lothaire , 8c souscrite par F rot aire , évêque , qui est sans doute le même que l'évêque d'Albi de ce nom qui vivoit alors, par Hugues, abbé, 8c plusieurs autres. Ce dernier étoit abbé de Saint-Pons 8c avoit succédé à Arnoul qui possédoit encore cette abbaye au mois de janvier de l'an 972.

' Le Cartulaire de Saint-Chajyre , dont la Biblio- Puy son frère Dreux, mais l'évêque Théotard ,

thèque Impériale possède une copie faite au dix- nommé par le pape à la place d'Etienne de Gévau-

septième siècle, renferme plusieurs actes relatifs à dan, qui, considéré comme un intrus, fut déposé

l'évêque Gui. Ces textes établissent, contrairement après la mort de Gui. [E. M.] à l'opinion des auteurs du Gall'ta Christlana, que " Voyez tome IV, Note VIII, n. 9, 84 & suiv.

Gui d'Anjou n'eut pas pour successeur à l'évêché du ^ Voyez tome V Chartes & Diplômes, n. CX.

An 970 '

XCI. — Testament de Garsinde, comtesse de Toulouse. — Vicomtes d'Alhi

i^ de Lautrec.

Le second acte de la comtesse Garsinde est un testament', ou plutôt un codicille dans lequel elle fait plusieurs legs pieux, tant pour lame de Pons , son mari, que pour la sienne, Se de tous ses parens. Elle laisse divers alleux aux églises cathédrales de Sainte-Marie de Rodez, de Sainte-Cécile d'Albi & de Saint-Étienne de Cahors, en Aquitaine 5 de Saint-Just de Narbonne, de Saint- Nazaire de Béziers & de Saint-Geniès de Lodève, dans la Septimanie; aux monastères de Saint-Amand & de Saint-Saturnin de Rodez, de Saint-Antonin &: de Vabre en Rouergue, d'Aurillac en Auvergne, de Figeac en Querci, deSaint- Salvi d'Albi, de Castres, de Vieux, de Saint-Michel de Gaillac & de Sainte- Sigolène en Albigeois; de Saint-Paul de Narbonne, de Saint-Pons de Thomières & de Saint-Anian de Vernosoubre, aujourd'hui Saint-Chinian, dans le diocèse de Narbonne; de Saint-Aphrodise Se de Villemagne, dans le diocèse de Béziers ; Se à plusieurs églises, en particulier à celles de Saint-Affrique en Rouergue, de Saint-Pierre, de Sainte-Martiane Se de Saint-Affrique d'Albi, de Saint-Pierre de Burlats Se de Saint-Benoît des Avallats, dans le diocèse d'Albi. Parmi ces différens legs, l'un des plus remarquables est celui que fit cette comtesse à l'abbaye de Saint-Pons, oîi le comte, son époux , étoit inhumé, Se à celle de Saint-Vincent de Castres, auxquelles elle donna l'église de Saint- Sauveur de Salai.

Elle fait mention de plusieurs de ses parens, entre autres du comte Hugues, son neveu, qu'elle nomme, ce semble, son exécuteur testamentaire, Se à qui elle lègue l'église de Saint-Symphorien Se l'alleu de Cabannes pour en jouir pendant sa vie, Se qu'elle substitue, après sa mort, à la cathédrale de Rodez Se aux abbayes de Saint-Amand Se de Saint-Saturnrin de cette ville. Nous conjecturons de là que ces biens étoient situés en Rouergue; que Hugues possédoit le domaine d'une partie de ce pays. Se qu'il étoit le même^ que Hugues, fils puîné de Raimond I, comte de Rouergue. Garsinde pouvoit l'appeler son neveu, puisqu'il l'étoit de Pvaimond-Pons , comte de Toulouse, son mari, à la mode de Bretagne. Elle parle aussi d'Amélius Se de Raimond, ses neveux, Se donne au premier le village de Brutia, qui est ou Brusques en Rouergue, sur les frontières de l'Albigeois, ou Brousses, dans ce dernier pays aujourd'hui du diocèse de Castres. Cet Amélius ne paroît^ pas différent de l'évêque d'Albi de ce nom qui vivoit au commencement du onzième siècle. Quant à Raimond, autre neveu de Garsinde, qu'elle dit fils de Gundinilde , Se à qui elle donna deux alleux, lesquels, après sa mort, dévoient être partagés entre les cathédrales de Béziers Se de Narbonne, Se l'église de Saint-Paul de cette dernière ville, il y a lieu de croire^ qu'il est le même que P^aimond , neveu de Rai-

' Voyez tomeV, Chartes & Diplômes, n. CXI. 3 Voyez tome IV, Note VIII, n. 35.

' Voyez tome IV, Note VIII, n. 35. ■» lb,d.

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mond I, comte de Rouergue, lequel avoit un frère nommé Hugues'. Garsindc parle encore du comte Raimond, de qui elle avoit acquis un alleu qu'elle donna à la cathédrale de Cahors &. à l'abbaye de Figeac. C'est sans doute du même Raimond I ou de Raimond II, son fils, comtes de Rouergue, qu'il s'agit ici.

Cette princesse donne ensuite à la vicomtesse Adélaïde 6* à ses fils Ermengaud 6* Raimond Valleu 6* le château de Cessenon, avec les églises qui en dépendoient, qu'elle lègue après leur mort à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières , avec l'église de Geminian, preuve évidente que Garsinde, qui fit ce codicille, est la même que la comtesse de ce nom veuve de Fons , comte de Toulouse, qui fit à l'abbaye de Saint-Pons la donation dont on vient de parler. On a remarqué ailleurs qu'elle étoit vraisemblablement sœur de Matfred , t'^u'^^foé vicomte de Narbonne, Se c'est ce qui l'engagea sans doute à laisser à Ermengaud 8t à Raimond, fils de ce vicomte, 5c à Adélaïde, leur mère, des domaines si considérables.

Outre ces legs, elle en fit d'autres en faveur de divers seigneurs du pays, de ses vassaux 8c de ses domestiques ; elle donna différens alleux à Frotaire, évêque d'Albi, à Deusdet, évêque de Rodez, à Amblard, abbé, à Gauzbert, prévôt de Saint-Salvi d'Albi, 8c aux deux vicomtes Bernard 8c Isarn. Le premier^ est le même que Bernard, alors vicomte de Nimes 8c d'Albi, 8c père de Frotaire, évêque de cette dernière ville. L'autre étoit vicomte de Lautrec. Elle donne h celui-ci l'église de Sainte-Marie de Bar, située dans la partie méridionale du diocèse d'Albi, 8c le fief qu'il possédoit, pour en jouir pendant sa vie, avec substitution après sa mort à l'abbaye de Saint-Pons. Enfin Garsinde donne la liberté à tous ses serfs par le dernier article de son codicille. Nous nommons ainsi cet acte, soit parce qu'il est intitulé de même, soit parce qu'il ne contient que des legs 8c que la comtesse n'y dit rien de son héritier, qui fut sans doute Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, son fils. Du reste, on peut juger par ce monument du grand nombre de terres que possédoit cette princesse dans les différens comtés dépendant de la maison de Toulouse, surtout dan:> l'Albigeois, où le comte Pons, son époux, lui avoit assigné apparemment son douaire-^.

XCII. — Partage des domaines de la maison de Toulouse entre les deux

branches de cette maison.

Quand Guillaume Taillefer prit par lui-même le gouvernement de ses domaines, il avoit jusques alors possédé par indivis avec Raimond deuxième du nom, comte de Rouergue, son cousin, le marquisat de Gothie 8c la plupart des différens comtés qui en dépendoient, de même que ceux de Querci 8c d'Albigeois en Aquitaine. Ces deux princes en vinrent "^ alors à un partage de

■ Voyez tome IV, Note VIII, n 35. ^ Voyez tome IV, Note XXI, n. lo.

' Ibid. Note XXI, n. lo. " Ibid. Note VIII, n. 26, 3? &. suiv.

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An 975

tous ces domaines, suivant lequel les comtés de Toulouse, d'Albigeois & de Querci échurent en entier à Guillaume, 8c le marquisat de Gothie, avec les comtés particuliers de Narbonne, Béziers, Agde, Se peut-être aussi ceux d'Uzès Se de Viviers à Raimond, outre le comté de Rouergue quil possédpit déjà. Il paroît qu'ils partagèrent en même temps le comté ou diocèse de Nimes j que la partie supérieure échut au dernier avec la capitale sous le nom de comté de Nimes, 8c la partie inférieure avec la ville de Saint-Gilles, à l'autre, sous le titre de comté de Saint-Gilles, Se que ce partage a donné l'origine à ce dernier comté, possédé par les comtes de Toulouse, successeurs de Guillaume Taillefer, qui eut aussi vraisemblablement le comté de Lodève par le même partage. Se qui conserva de plus la suzeraineté que ses ancêtres avoient acquise sur les comtés de Carcassonne Se de Razès. Outre cela, Guillaume, en qualité d'héritier ■ de Raimond-Pons, son père, avoit des droits sur les comtés d'Auvergne 8c de Vêlai j mais soit que les comtes de Poitiers les lui disputassent, soit pour d'autres raisons que nous ignorons, il les donna en fief vers l'an 980 à Gui, qui ne prenoit encore que le titre de vicomte ^ de Clermont la vingt-sixième année de Lothaire, ou l'an 979, Se qui, avant la mort de ce prince, se qualifioit comte d'Auvergne , comté qu'il transmit à ses descendans.

On peut confirmer les circonstances Se l'époque de ce partage : 1° sur ce que dans les actes ^ qui nous restent de Guillaume Taillefer, depuis l'an 976 jusques à sa mort, il se qualifie seulement comte de Toulouse, d'Albigeois & de Querci ^2° sur ce que nous n'avons aucune preuve que les comtes de Rouergue aient eu depuis ce temps-là aucun domaine dans ces trois comtés ; 3^ enfin sur ce que ces derniers princes eurent seuls la principale autorité dans la Gothie Se le comté particulier de Narbonne à la fin du dixième siècle Se pendant une grande partie du suivant, jusques à la réunion de tous leurs domaines dans la branche de Toulouse. Au reste, après ce partage, Guillaume Taillefer donna "^ le comté d'Albigeois à Pons, son frère, pour son apanage, 8c le réunit à son domaine après le décès de ce dernier qui mourut sans postérité.

XCIII. — Observations sur le gouvernement b les mœurs des peuples de la Province au dixième siècle. — Alleux, fiefs, droits seigneuriaux.

Quoique nous ayons eu soin d'observer dans les occasions les différens changemens que causa au dixième siècle, dans le gouvernement, l'usurpation des oiisin. droits régaliens par les grands vassaux de la couronne, nous ne croyons pas hors de propos d'ajouter ici quelques réflexions sur cette matière.

Depuis que les ducs Se les comtes eurent rendu leurs dignités héréditaires sous le règne de Charles le Chauve, leur principale attention fut d'étendre leur

■ Voyez tome IV, Notes XVI & XVII. 3 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXLI.

" Mabillon, Acta Sanct. ordinis sanct'i Benedicti, * Voyez tome IV, Note VIII.

saec. 5, p. 770. — Voyez tome IV, Note XVII, n. 7.

t. Il, p. 109

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autorité Se d'agrandir leur domaine : ils s'empressèrent surtout de s'assujettir les seigneurs de leur voisinage Se de les soumettre à leur suzeraineté, Se de se faire ainsi divers vassaux. Cet usage étoit déjà établi à la fin ' du neuvième siècle, comme le remarque l'auteur de la Vie de S. Géraud, à l'occasion de Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine Se marquis de Gothie, qui vouloit engager ce saint à le reconnoître pour son seigneur.

Les grands vassaux étendirent aussi alors beaucoup leur domaine, en s'appropriant les terres qu'ils tenoient auparavant en bénéfice ou à vie de la libéralité du prince. Se qu'ils donnèrent en fief à certaines conditions, dont la principale fut de les suivre à la guerre. Par là nos rois se virent peu à peu dépouillés de leur domaine j Se de ^ toutes les maisons royales qu'ils possédoient auparavant dans les diverses provinces du royaume, il ne leur en restoit presque plus aucune en 948, sous le règne du roi Louis d'Outre-mer. Les grands seigneurs, pour grossir le nombre de leurs vassaux, donnèrent encore en fief une partie de leur patrimoine. Se les différens droits ou redevances qu'ils exigèrent, soit dans les villes, soit dans les campagnes des pays qui leur étoient soumis. Se jusques à la justice même. Ils engagèrent enfin plusieurs de ceux qui tenoient des terres en franc-alleu à les reconnoître pour leurs seigneurs. De là, divers domaines qui jusques alors avoient été libres, changèrent de nature sans perdre néanmoins leur ancienne dénomination ; car on confondoit au dixième siècle les fiefs avec les véritables alleux. Se l'on employoit dans les chartes le terme à' alleu pris en général, pour signifier toute sorte de possession. C'est ce qu'on voit en particulier dans le testament de^ Raimond I, comte de Rouergue Se marquis de Gothie, de l'an 961, où il est fait mention des alleux qui étoient tenus en fief.

On voit par ce testament Se par divers autres actes, que le terme de fiej étoit ■* en usage dans la Province au milieu du dixième siècle, de même que différentes sortes de redevances ou droits seigneuriaux qui en sont une suite. Se que les vassaux s'engagèrent d'acquitter envers leurs seigneurs par les actes primordiaux d'inféodation. Il est fait mention de ces divers droits dans la donation que fit, en 936^, Raimond-Pons, comte de Toulouse, à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières, de plusieurs terres Se de leur domaine, avec les quêtes, alhergues, tailles, leudes, i^c. Ces droits sont encore énoncés dans une donation que fit, en 942*5, \q vicomte Atonà la même abbaye. Nous voyons déplus qu'en 966 "^ les vicomtes de Nimes exigeoient des droits de lods sur plusieurs terres des environs de cette ville. Il est certain enfin que le droit à'acapte^ Se tous les autres droits seigneuriaux étoient déjà en usage dans la Province longtemps avant le règne de Hugues Capet. Le droit féodal y commença donc, de même que dans la plupart des autres provinces du royaume, vers la fin du

' Vie de S. Géraud, Blbl. Clun. p. 8i. ' Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. LXIII.

' Frodoard, Chronicon, p. 6i3. ^ Ihid. n. LXXI.

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, m XCVII. ' IbU. n. LXXXVI.

^ Ib'td. n. LWyMl. — Cîi\t\, Mémoires de lins- « Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc,

toire du Languedoc, p. 855. p. 855.

An 975

i82 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII.

An 973

neuvième siècle Se au commencement du suivant, à peu près vers le temps que les grands vassaux s'emparèrent des droits régaliens.

XCIV. — Usurpation des biens des églises. — Abhés laïques. — Patronat sur les évêchés 6" les abbayes. — Simonie.

Les principaux seigneurs cherchèrent aussi à s'agrandir aux dépens des biens de l'Église, qu'ils envahirent sous prétexte du droit de patronat qu'ils prétendoient sur elles. Plusieurs s'érigèrent ' en abbés laïques de divers monastères, où l'on voyoit en même temps ^ deux sortes d'abbés, l'un séculier 8c l'autre régulier. D'ailleurs il n'étoit presque pas de seigneur au dixième siècle qui ne possédât plusieurs églises ou paroisses, avec les dîmes, les prémices, les oblations 6c même le droit de sépulture dont ils disposoient comme de leur patrimoine. Plusieurs seigneurs restituèrent, à la vérité, en différens temps, aux cathédrales Se aux abbayes quelques-unes de ces églises dont ils les avoient dépouillées j mais leurs successeurs, non contens de conserver les autres, reprirent bientôt après les premières , sans être arrêtés ni par les décrets des conciles, ni par les anathèmes des papes 8c des évêques pour les engager à les rendre. Les ducs, les comtes 8c les vicomtes s'ingérèrent de plus de l'élection MI ""fm ^^s évêques 8c des abbés dans l'étendue de leur domaine, 8c firent tomber ordinairement le choix sur leurs proches, ou vendirent ces dignités au plus offrant. Ils s'attribuèrent en même temps la dépouille des évêques lorsque ceux-ci venoient a décéder 5 en un mot, ils regardoient les évêchés comme des fiefs ^ mouvans de leur domaine, 8c ne se faisoient aucun scrupule de trafiquer publiquement des dignités ecclésiastiques; désordre qui dura jusque vers la fin du onzième siècle. Le relâchement dans la discipline ecclésiastique 8c régulière 8c l'ignorance du clergé en furent une suite.

XCV. — Puissance des grands vassaux. — Seigneurs ecclésiastiques.

Les grands vassaux tranchoient déjà du souverain dans la Province dès le commencement du dixième siècle, 8c ne reconnoissoient la supériorité de nos rois que pour recevoir d'eux l'investiture de leurs fiefs : encore ne se soumirent-ils dans la suite à l'autorité de quelques-uns, que quand ils le jugeoient convenable à leurs propres intérêts. Ils se déclarèrent depuis la guerre les uns contre les autres, levèrent des troupes, formèrent des ligues 8c conclurent des traités de paix sans la participation du souverain, 8c gouvernèrent enfin leur domaine avec un pouvoir absolu.

Quelques évêques 8c abbés, soit pour se soustraire à la tyrannie des ducs 8c des comtes, soit par des vues d'ambition, commencèrent"^, d'un autre côté, à

• Gerbert, Epist. 17, ^yitaS. Abhon. — Acta Sanctorum ordinis sancti

' Mabillon, Annales ordinis sancti Bénédictin nd Benedicti, saec. 5, part, i, p. 45. ann. 967, n. 12. '' Daniel, Histoire de France^ t. 1, p. piS&suiv.

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s'ériger en seigneurs temporels &. à s'arroger les droits régaliens après le règne de Charles le Chauve, surtout dans les villes où les grands vassaux ne faisoient pas leur résidence ordinaire 5 d'autres obtinrent de nos rois le domaine de leur ville épiscopale, & ces princes le leur accordèrent d'autant plus volontiers, que n'en jouissant pas eux-mêmes, cette libéralité ne leur étoit point à charge. C'est ainsi que l'évêque du Puy, du consentement du comte du pays, obtint ' du roi Raoul, &. depuis du roi Lothaire, le domaine de sa ville épiscopale, avec les droits seigneuriaux qui auparavant appartenoient au même comte, entre autres celui de faire battre monnoie. Ces prélats, à l'exemple des seigneurs séculiers, cherchant à se faire un grand nombre de vassaux, inféodèrent^ une partie des terres de leurs églises, 8c soumirent même à leur vasselage les dîmes, les bénéfices 8c les dignités de leurs cathédrales. Nous en avons un exemple dans Matfred, évêque de Béziers , qui , à la fin du dixième siècle, donna en fief clérical'^ l'archidiaconé de son église.

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