LIVRE TREIZIEME
SI l'on trouve de l'obscurité Se de la sécheresse dans l'histoire de la Province depuis le commencement du dixième siècle jusque vers la fin du suivant, on n'en trouve guère moins dans celle du reste du royaume par le défaut t^ii, p^f"! d'historiens 5 & ce n'est presque que par le secours des chartes qu'on peut tirer quelque connoissance de la plupart des événemens arrivés en France durant ce long intervalle. A cela on doit ajouter que plusieurs de ces chartes ne sont pas datées, & que les noms des familles n'étoient pas ou en usage ou bien établis pendant ce temps-là : ainsi on ne doit pas être surpris si l'on a si souvent recours aux conjectures. Nous avons cru cette observation nécessaire avant que de reprendre la suite des faits depuis le partage que les deux branches de la maison de Toulouse firent, vers la fin de l'an çyS, de leur domaine, qui comprenoit ou médiatement ou immédiatement presque jtout le Languedoc, avec plusieurs pays de l'Aquitaine.
I. — Ermengaudy fiU de Matfred, vicomte de Narbonne, succède à Aymeri,
archevêque de cette ville.
An 977
Le comté particulier de Narbonne en dépendoit, comme il paroît entre autres par le testament' d' Aymeri, archevêque de cette ville, qui mourut en 977 8<. qui légua quelques domaines aux chanoines de sa cathédrale, tant pour le sou- t^ii^°p.'^i'";. lagement de son âme, que de celles du feu comte Pons y de Matfred, vicomte, d'Odon, vicomte, & de Richilde, vicomtesse, à condition qu'ils en emploieroient le revenu en commun pendant l'avent Se le carême. Adélaïde, vicomtesse de Narbonne, & ses deux fils, Ermengaud, archevêque, successeur d'Aymeri, 8c le vicomte Raimond, qui furent les exécuteurs testamentaires de ce prélat avec
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXII.
An 977
\JàR\genus^ prince, son frère; Bernard, surnommé Grammaticus, Se Geiro, qualifié prince, ses neveux; Walthérius, abbé de Sainte-Marie (qui est sans doute l'abbaye de Notre-Dame de la Grasse); Ermengaud, surnommé Vassadellus, &<. deux autres seigneurs, délivrèrent le legs qu'il avoit fait à la catbédrale de Narbonne par un acte daté du treizième juin de la même année. On doit conclure de ce que nous venons de dire : 1° que les chanoines de cette cathédrale vivoient alors en commun ; 2° que l'archevêque Aymeri mourut avant cette délivrance; 3° qu'il étoit d'une naissance distinguée, puisque son frère Scson neveu prenoient la qualité de princes ^ 4° enfin, qu'Ermengaud, de Narbonne, lui succéda immédiatement; 8c qu'ainsi la souscription de Guifred, archevêque de cette ville, qu'on voit' dans deux actes, l'un de l'an 977 8c l'autre de l'an 979, est postérieure de plusieurs années. Francon, évêque de Carcassonne, souscrivit celui des exécuteurs testamentaires de l'archevêque Aymeri. Bernard, neveu de ce dernier, qualifié Grammaticus dans le corps de l'acte, prend dans la souscription la qualité deFilogramus, ce qui nous fait comprendre qu'il étoit écolâtre de l'église de Narbonne. Au reste, comme on a déjà vu que Matfred, vicomte de cette ville, destinoit son fils Ermengaud à Vépiscopat dès l'an 966, il est assez vraisemblable qu'il avoit pris dès lors des mesures pour lui procurer l'archevêché de Narbonne après la mort d'Aymeri. Et, en effet, outre que les grands vassaux s'étoient déjà emparés dans ce siècle de la nomination aux évêchés, nous verrons ailleurs que les vicomtes de Narbonne avoient la meilleure part à l'élection des archevêques de cette ville au commencement du suivant.