‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 118 sur 227 · IX. — Êvêques de Carcassonne · texte numérisé non relu

IX. — Êvêques de Carcassonne

Roger I, comte de Carcassonne, traita plus favorablement celle de Saint- Hilaire à laquelle il laissa une entière liberté pour l'élection de ses abbés, 8c qu'il combla de biens. Il lui donna entre autres le lieu de Corneille, où il fit bâtir une église qu'Aymeri, évêque de Carcassonne, consacra à sa prière, de sa femme Adélaïde, & de ses fils Raimond 8c Bernard, le premier de novembre de ' Van 984, la seconde année de son ordination. Ce prélat succéda donc au plus tard en 988 à Francon, évêque de Carcassonne, son prédécesseur^.

X. — Raimond II j comte de Rouergue 6" marquis de Gothie, sert en Espagne contre les Sarrasins. — Louis V succède au roi Lothaire, son père.

Il paroît que le même Roger 8c les autres seigneurs de la Province marchèrent vers ce temps-là au secours de Borrel , comte de Barcelone , occupé alors à soutenir la guerre contre les Sarrasins, qui le défirent dans une bataille rangée, assiégèrent sa capitale 8c la prirent^ en 985. Nous savons"^ du moins que Raimond II, comte de Rouergue 8c marquis de Gothie, porta les armes contre ces infidèles, qu'il les battit dans une occasion, 8c qu'en mémoire de sa victoire il fit présent des riches dépouilles qu'il remporta alors sur eux à l'abbaye de Conques. Cette guerre engagea peut-être le roi Lothaire à venir la même année en Aquitaine 8c à s'avancer^ jusques à Limoges j car il est assez vraisemblable que Borrel lui demanda du secours. On pourroit croire aussi que Lothaire passa alors la Loire dans le dessein de ramener son fils"^. La reine Blanche, femme de ce jeune prince, laquelle ne l'aimoit pas, lui avoit persuadé d'aller avec elle voir ses parens, 8c elle l'avoit ensuite abandonné pour se retirer chez eux. Quoi qu'il en soit, le roi Lothaire, peu de temps après son "TJ '~~ retour en France, mourut le 2 de mars de l'an 986. Ce prince digne d'un meilleur siècle auroit fait honneur au trône, si la France eût été moins divisée par les factions 8c l'ambition des grands. Il ne tint pas à lui qu'il ne réunît à la couronne toutes les différentes parties de la monarchie qui en avoient été séparées, 8c que la foiblesse du gouvernement avoit laissé usurper sous les règnes précédens. Il n'omit rien entre autres pour remettre sous son obéissance l'ancien royaume de Lothaire, mais'^ il se vit obligé de le céder en bénéfice ou en fief aux rois de Germanie.

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXIX, ^ Voyez tome V, Chroniques, n. II.

la 3'' charte citée sous ce numéro. ' Adhémar de Chabanais, Chronicon, p. 167, &

' Voyez tome IV, Note LXIV, Suite chronolo^i- Historia abb. S. Martialis, p. 272. que des évêques de Carcassonne. [E. M.] ^ Glaber, 1. i, c. 3.

' Marca Hispan'tcaj p. 411 & 042. ' Duchesne, t. p. 2, 626 &. suiv.

.iW

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. loq ""; Z~

77 An 5)80

XI. — Fin de la seconde race de nos rois. — Election de Hugues Capet, — On refuse de le reconnoïtre en Aquitaine 6* en Languedoc.

Lothaire eut pour successeur Louis, son fils, qu'il avoit associé au trône depuis sept ans, Se à qui quelques-uns de nos historiens ont donné le surnom de Fainéant i mais sa jeunesse, la brièveté de son règne qui ne dura qu'un an &c quelques mois, 8c la valeur qu'il fit paroître durant le siège de la ville de Reims dont il se rendit maître, font assez voir que c'est à. tort qu'on lui a donné un semblable surnom. On voit d'ailleurs qu'il se mit en ' état de marchera la tête d'une armée au secours de Borrel, comte de Barcelone, dans la guerre que ce dernier soutenoit contre les Sarrasins. Ses nouvelles brouilleries avec la reine Blanche, son épouse, qu'il reprit, ne contribuèrent pas peu à abréger ses jours, 5c on prétend^ qu'elle l'empoisonna. Il mourut sans enfans, le 21 de mai de l'an 987, âgé d'environ vingt ans.

Sa mort causa une grande révolution dans le royaume. Charles , duc de la ÂTTsT" basse Lorraine, son oncle paternel, qui devoit naturellement lui succéder, tâcha de s'assurer la couronne; mais Hugues Capet, duc de France, 8c petitneveu d'Eudes qui un siècle auparavant avoit été élu roi de France , la lui disputa 8c fut assez heureux pour gagner à son parti la plupart des seigneurs des provinces situées à la droite de la Loire, qui l'élurent roi de France à Noyon, 8c le firent couronner à Reims le 3 de juillet de l'an 987. Il ne paroît pas qu'aucun des prélats 8c des grands vassaux des provinces méridionales ait concouru à son élection, 8c c'est sans fondement qu'on assure^ que Gui,évêque du Puy, y assista. Nous voyons au contraire que tous ces seigneurs furent d'abord favorables à Charles, son compétiteur, ou qu'ils demeurèrent du moins dans la neutralité.

Guillaume IV, comte de Poitiers 8c duc d'Aquitaine, surnommé Fier-à-Bras, ,Éd. ongin. ' i ' ' 1. 11, p. 120.

fut un des principaux qui refusèrent de se soumettre à Hugues Capet. Un ancien historien "^ prétend que le dernier, aussitôt après son élection , déclara la guerre à ce duc 8c vint assiéger Poitiers ; que le siège traînant en longueur, il le leva; que s'étant mis en chemin pour retourner en France, Guillaume se mit à sa poursuite à la tête des Aquitains , 8c qu'enfin les deux armées s'étant rencontrées vers les bords de la Loire, le duc fut entièrement défait 8c obligé de demander la paix à Hugues ; mais il a confondu cette expédition avec une semblable que Hugues le Grand, père de Hugues Capet, entreprit ^ en 955 contre Guillaume Tête-d'Étoupes, comte de Poitiers. Quoi qu'il en soit, il est certain <5 que Guillaume Fier-à-Bras refusa d'abord l'obéissance à Hugues Capet ; que celui-ci entra dans le Poitou "^ à la tête d'une armée pour

■ Gerbert, Ep'ist. 71. ^ Frodoard, Chronicon, p. 619.

' Adhémar de Chabanais, p. 167. . " f^'ta S. Genulphi, Duchesne, t, 3, p. 466.

5 Théodore, Histoire de N.-D. du Puy, p. 182. ' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 285 Ce

^ Adhémar de Chabanais, p. 167. 290.

An 987

l'obliger à se soumettre, Se que ce duc le reconnut enfin Se lui étoit déjà soumis en 989 ou 990.

La date de quelques chartes du Limousin , dont Guillaume possédoit le comté particulier, pourroit cependant nous faire croire qu'il ne se soumit pas sitôt à Hugues. L'une de ces chartes est datée ' du mois de septembre, régnant le roi Hugues, 6» dans l'attente de Charles. Une autre est du mois de mars, la seconde année de Charles ^ Si. une troisième du mois de janvier, la cinquième année qu'on espéroit d'avoir Charles pour roi {sperante Carolo rege) ; mais comme ces actes regardent quelques vassaux d'Archambaud premier du nom, vicomte de Comborn, ils prouvent seulement que ce seigneur ne reconnoissoit pas Hugues } ainsi, c'est sans le moindre fondement qu'un historien^ moderne a avancé « qu'on ne voit pas qu'après la soumission de Guillaume Fier-à- Bras à « Hugues Capet, aucun seigneur au delà de la Loire ait pris le parti de Charles. « Il est d'ailleurs certain^ qu'en 1009 on reconnoissoit encore dans le Limousin les fils de ce dernier prince.

Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, Se Raimond II, comte de Rouergue, son cousin, qui dominoient presque sur tout le Languedoc, ne se pressèrent pas aussi de se soumettre à Hugues Capetj Se il paroît, comme nous le verrons plus bas, que le premier se déclara en faveur de Charles, compétiteur de ce prince.

XII. — Pons, comte d'Albigeois, frère de Guillaume Taillefer, comte de

Toulouse.

Pons, à qui le même Taillefer, son frère puîné, avoit"^ cédé le comté d'Albigeois, ne reconnut pas non plus Hugues Capet les premières années du règne de ce prince, comme l'on voit par une ^ lettre de franchise ou de sauvegarde qu'il accorda à l'évêque Seau chapitre d'Albi, au mois de septembre, le quatorzième Jour de la lune, le roi Lothaire étant mort, la deuxième année que Louis, son fils, commença de régner^ ce qui fait voir qu'au mois de septembre de l'an 987, on continuoit de dater en Albigeois par les années du règne de Louis V, quoique ce prince fût mort depuis quatre mois Se que Hugues Capet eût été déjà élu en sa place.

Pons prend la<^ qualité de comte d'Albi dans une autre donation qu'il fit vers le commencement de la même année en faveur d'Amélius, évêque de cette ville, Se des chanoines de sa cathédrale, du village Se de l'église des SS. Amarand Se Eugène de Vieux. Cette église étoit alors desservie par un abbé nommé Benoît, un prévôt Se des chanoines, qui étoient soumis à ce même évêque Se à son chapitre. Le comte Pons fit donation aux derniers, par cet acte, de diffé-

' Bahize, Hïstoria Tutel. p. 384. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

" Daniel, Histoire de France, t. i, p. 999. mero CXXIII, la 2" charte citée sous ce numéro.

' Mabillon, ad ann. 987, n. 94. ^ /^j'^f, „. CXXIII, la i'"'' charte citée sous ce nu-

■* Vovez tome IV, Note VIII, n. Sç. méro. — Voyez tome IV, Note VIII.

rentes terres; & par les lettres de sauvegarde dont on a déjà parlé, il leur donna, de l'avis du vicomte Isarti (S* de ses autres vassaux (virorum meorum), la justice du même lieu de Vieux, dont il avoit fait marquer les limites par des croix.

Pons, frère de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, possédoit donc le comté d'Albigeois en 987, & il devoit l'occuper depuis quelques années, car ce pays étoit déjà gouverné par ' un comte particulier sous le règne de Lothaire. Nous apprenons d'ailleurs que Pons fut marié ^, 8c qu'Artaud, son beau-fils [privignus), que sa femme avoit eu d'un premier mariage, le surprit & l'assassina. Ce prince mourut apparemment sans postérité, puisque Guillaume Taillefer, son frère , se qualifioit comte d'Albi ^ au commencement du onzième siècle. Ainsi, celui-ci aura réuni l'Albigeois à son domaine après cet événement tragique.

XIII. — Vicomtes de Lautrec. — Frotaire transfieré de Vévêché d'Alhi à celui

de Nimes.

Quant au vicomte Isarn, par le conseil duquel le comte Pons accorda des lettres de sauvegarde au lieu de Vieux en Albigeois, nous ne doutons pas qu'il ne le fût de Lautrec, 8c le même que le vicomte de ce nom dont Garsinde, comtesse "^ de Toulouse, fait mention dans le testament qu'elle fit vers l'an 974 ; car 1° il n'y avoit alors dans l'Albigeois que cette vicomte 8c celle d'Albi ou d'Ambialet : or, cette dernière appartenoit dans le même temps à ^ Aton II ; Isarn devoit donc occuper l'autre. 2° Nous verrons dans la suite le nom d'Isarn se perpétuer suivant l'usage de ces siècles dans la maison des vicomtes de Lautrec. 3° Nous avons un acte*^ sans date par lequel Frotaire, évêque, fils d'Ermentrude , fait serment à Isarn, fils de Rengarde, au sujet du château de Lautrec qu'ils possédoient en commun, avec promesse de n'y nommer aucun châtelain sans le consentement l'un de l'autre, preuve qu'ils étoient de la même famille. Aussi avoient-ils fait un accord, suivant le même acte , de se succéder en cas de prédécès, tant dans le château de la Bruguière que dans divers autres domaines. Ce Frotaire, évêque, ne paroît'^ pas différent de l'évêque de Cahors de ce nom, décédé ^ en 990. Ce prélat 8c le vicomte Isarn étoient sans doute fils de Sicard, vicomte de Lautrec, qui vivoit en 940, mais de différens lits, à moins que Frotaire n'ait été neveu d'Isarn, ce qui est beaucoup plus probable. Ce dernier fut vraisemblablement père du vicomte Sicard, qui se dit fils d'Avierne, 8c qui fit un pareil serment au même Frotaire, évêque, fils d'Ermentrude, pour le château ou vicomte de Lautrec dont chacun possédoit une partie, par un acte^ qui n'est pas daté 8c qui doit être antérieur à

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ' Voyez tome IV, Note XXI.

méro CXIX. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXIX.

^ Labbe, Bièl. nova manusc. t. z, p. 535. ' Voyez tome IV, Note XXI.

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXL. ' Sp'ic'ileg'ium, t, 8, p. 154.

^ Ibid. n. CXI. « Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXXV,

An 987

Éd. origin.

An 987

Tan 990, dans la supposition que Frotaire, évêque de Cahors, est le même que Tévêque de ce nom, fils d'Ermentrude, dont on vient de parler.

Amélius, évêque d'Albi, avoit succédé en 987 à un autre Frotaire, Jils de Gaucîane, après que ce dernier eut été transféré ' à l'évêché de Nimes , dont Bernard II occupoit encore le siège au mois de mars de l'an 986. Frotaire étoit déjà évêque de cette dernière ville au mois de mars de Tannée suivante, suivant une charte datée régnant Notre-Seigneur Jésus-Christ, ou de la première année du règne de Hugues Capet. Il fut d'autant plus aisé à ce prélat de se procurer l'évêché de Nimes, qu'il étoit frère d'Aton II, vicomte de cette ville, 8c que les comtes 5c les vicomtes avoient alors la meilleure part dans l'élection des évêques. Nous conjecturons qu'Amélius, son successeur dans l'évêché d'Albi, est le même qu'Amélius, neveu de Garsinde, comtesse de Toulouse, dont on a parlé ailleurs^.

XIV. — Le Languedoc continue de refuser l'obéissance à Hugues Capet.

Le pays d'Albigeois ne fut pas le seul du Languedoc qui fit difficulté de reconnoître Hugues Capet après son élection &. son couronnement; les autres diocèses de la Province qui étoient sous la domination de différens princes de la maison de Toulouse lui refusèrent également l'obéissance. L'auteur ^ d'une chronique abrégée des rois de France, écrite dans le pays au onzième siècle, s'exprime en ces termes au sujet de ce roi 5c de Robert, son fils : Louis V étant mort, Hugues Capet, qui auparavant avoit été duc, s'empara du gouvernement 6» régna en France pendant dix ans. Après sa mort, Robert, son fils, régna 6fit mettre en prison Charles 6' ses fils qui étoient de la race de nos rois. Il paroît par là que ce chronographe regardoit Hugues Capet comme un usurpateur. Mais pour entrer dans un plus grand détail sur ce qui se passa après cette grande révolution , tant dans les pays soumis à la domination de la maison des comtes de Toulouse que dans le reste de la Province, nous commencerons par le Rouergue, que Raimond II occupoit alors avec le marquisat de Gothie.

Il y a lieu de croire que Hugues Capet n'étoit pas encore reconnu pour roi

dans le diocèse de Rodez, ni dans celui deLodève, au mois de mai de l'an 988,

^^ gg par la date de deux donations : l'une '^, qui est du 21 de ce mois, Dieu régnant,

dans l'attente d'un roi, regarde l'abbaye de Vabre, dans le premier diocèse,

5c Bernard, son abbé; l'autre, qui est du 22 du même mois. Dieu régnant 6-

dans l'espérance d'un roi, fut faite ^ en faveur de l'abbaye de Saint-Guillem

du Désert, dans le diocèse de Lodève. Un seigneur de Rouergue fit cette

Éd. origin. dernière donation en action de grâces de ce qu'étant allé le jour des Rameaux t. II, p. 122. c) 1 )

' Voyez tome IV, Note Wlll, n. 7 & suiv. ^ Gall'ia Christiana , nov. edit. t. i , instram.

' Voyez tome IV, Note LXXI, la Suite chrcnolo- p. 58. g'ique des évêijues d'Alh't. [E. M.] ^ Mabillon, Annales ord'in'is sancti Bénédictin ad

' Voyez tome II, Chroniques, n. II, ann. 987, n. 100.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 2oi

dans l'église de Saint-Guillem pour demander à Dieu la grâce de vaincre son adversaire dans un combat singulier, il avoit été exaucé. Nous avons encore deux autres actes qui prouvent que Hugues n'étoit pas reconnu dans le diocèse de Lodève entre la fin de l'an 987 & le commencement de l'année suivante. Le premier qui est une donation' de S. Fulcrand , évêque de Lodève, en faveur de la même abbaye de Saint-Guillem , est daté du 25 de novembre. Dieu régnant 6* dans l'attente d'un roi; & l'autre^ est le testament de ce prélat du 4 février, sous le gouvernement de Jésus-Christ (S* dans Vattente d'un roi.

Page 1