XXIV. — Sixième concile de Narbonne
L'archevêque Ermengaud, dont nous venons de parler, tint un concile de sa province vers l'an 990. Catel ', qui en avoit vu les actes, se contente d'en donner l'extrait suivant : « Ermengaud , dit-il, tint un concile provincial à « Narbonne, auquel, outre les prélats, furent présens Raimond , comte de « Rouergue j Roger, comte de Carcassonne, 8c son fils Raimond 5 Raimond, « vicomte de Narbonne, frère d'Ermengaud, archevêque 5 Guillaume, vicomte tt de Béziers, 8c plusieurs autres personnes nobles. Ce concile avoit été assem- « blé principalement contre la noblesse qui se saisissoit non-seulement de « tous les biens de l'Eglise, mais encore offensoit grièvement les ecclésiasti- « ques. » L'assistance de tous ces seigneurs fait voir que ce fut une assemblée composée du clergé 8c de la noblesse de la Province. Raimond II, comte de Rouergue, est nommé le premier entre les séculiers, à cause de l'autorité principale que lui donnoit dans le pays sa dignité de marquis de Gothie; honneur qu'il n'auroit pu prétendre sans cela, n'ayant aucun droit d'assister à ce concile comme comte de Rouergue, puisque ce dernier pays dépendoit de l'Aquitaine 8c de la métropole de Bourges.
' Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc , p. 77^. — Conciles, t. 9, p. 742.
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An (jfjo
XXV. — Guillaume, vicomte de Bé-^lers C- d'Âgde, fait son testament avant que d'entreprendre le pèlerinage à Rome.
Ce fut sans doute en exécution des décrets du même concile que Guillaume, vicomte de Béziers 8c d'Agde, restitua' à l'abbaye de Saint-Thibéry plusieurs églises et autres biens qu'il avoit usurpés sur elle. Sa restitution précéda de peu un voyage de dévotion qu'il fit à Rome, avec Arsinde, sa seconde femme, suivant l'acte qu'il fit dresser à ce sujet en présence de Béranger, abbé, 8c des religieux de ce monastère, 8c qui est daté du dernier de février, indiction m, 8c par conséquent^ de l'an 990.
Guillaume, avant que d'entreprendre ce voyage, fit son testament^, dont il ne nous reste qu'un fragment"^ considérable. Il nomme pour ses exécuteurs testamentaires les évêques Matfred 8c Etienne, la vicomtesse Arsinde, sa femme, 8c trois seigneurs. Matfred étoit évêque de Béziers, 8c Etienne, d'Agde. Ce dernier avoit succédé après l'an 982 à Arnaud, qui présida^ alors à un plaid avec le même vicomte Guillaume. Etienne étoit encore évêque d'Agde la cinquième année '^ du règne de Robert, ou l'an looi, qu'il vendit à Rainald, Kd. origin. abbé d'Aniane, 8c à ses religieux, quelques biens qu'il possédoit dans le pays de Béziers.
Guillaume, dans son testament '7, fit' divers legs pieux en faveur des cathédrales de Béziers 8c d'Agde. Il donna entre autres à la dernière le bourg ou village de Saint-André d'Agde, où il y avoit eu anciennement un célèbre monastère, dont l'église subsistoit encore. Il légua un alleu à cette dernière, 8c un autre alleu à celle de Saint-Pierre de la même ville. Il disposa de plusieurs églises ou alleux en faveur des abbayes de Saint-Thibéry, de Saint-Aphrodise de Béziers, d'Aniane 8c de Gellone ou de Saint-Guillem du Désert, 8c laissa diverses autres églises à ses héritiers. Il fait mention de celle de Saint-Sauveur, située dans le château de Bé-^ierSy où il fonda une chapelle , ce qui marque qu'il faisoit sa résidence dans ce château. Nous passons sous silence plusieurs autres legs pieux de Guillaume qui donna à l'église de Saint-Jacques 8c de Saint- Michel, la même sans doute que l'abbaye de Saint-Jacques de Béziers, les vignes qu'il avoit dans le territoire de Boyan 8c que Pons de Thesan tenoit en fief. Les seigneurs commençoient donc à prendre le nom de leurs terres ou de leurs 'fiefs sur la fin du dixième siècle.
Guillaume n'avoit que deux filles, Garsinde 8c Senegonde, qu'il avoit eues, à ce qu'il paroît, d'Ermentrude, sa première femme. Il donna à la première la ville de Béziers, avec son évêché, c'est-à-dire ce qu'il possédoit dans le dio-
' Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- ''Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc,
méro CXXVII. p. 652.
' Voyez tome IV, Note XX, n. 5. * Mabillon, Annales ordinis sancti Benedicti, ad
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CXLIV. ann. iooi,n. i6.
^ Ibid, n. CXXVIII. — Catel, Mémoires de l'his- ' Voyez tome V, Chartes & Diplô;nes , nu-
toire du Languedoc, p. 652. méro CXXVIII.
An 99c
cèse, Se peut-être aussi le droit qu'il pouvoit avoir usurpé comme les autres grands vassaux, de tirer de l'élection des évêques un certain tribut ou redevance. Il lui donna de plus les villes de Pézénas, de Mèze & de Vérac, dans le diocèse d'Agde; le lieu de Mercoirol, dans celui de Béziers, Sec. Il ne légua à Senegonde que le lieu de Pomeyrols, avec la moitié de celui de Palais, dans le diocèse d'Agde, Se celui de Tressan, dans le diocèse de Béziers. Il lui substitua l'autre moitié de Palais, dont il disposa en faveur d'Arsinde, sa seconde femme. Il donna aussi à celle-ci , pour en jouir pendant sa vie, avec substitution en faveur de sa fille aînée Garsinde Se de ses enfans, la ville d'Agde 6" son évêché, le village de Florensac qu'il paroît substituer à l'abbaye de Saint-Thibéry, celui de Saint-Pons de Mauchiens, dans le diocèse d'Agde, Vhonneur du monastère de Saint-Thihéry, c'est-à-dire sans doute le patronat ou avouerie sur cette abbaye, le lieu de Paulian, Sec.
Il se présente ici une difficulté, car suivant le testament de Matfred, vicomte de Narbonne, de l'an 966, il paroît que le lieu de Florensac lui appartenoit : mais ce vicomte ne fait proprement mention que des alleux ' qu'il possédoit dans le territoire de Florensac; d'ailleurs Ermengaud, son fils, en faveur duquel il disposa de ces alleux, peut les avoir donnés dans la suite à Guillaume, vicomte de Béziers, ou les avoir échangés avec lui. En effet, Guillaume charge ^ sa fille Garsinde de payer trois cents sols des deniers de Narhonne à Vévêque Ermengaud^ aussi nous conjecturons qu'Adélaïde, vicomtesse de Narbonne Se mère de ce prélat, étoit sœur de Guillaume, vicomte de Béziers Se d'Agde.
XXVL — Mort de ce vicomte. — Garsinde y sa fille 6- son héritière, épouse Raimondf fils aîné de Roger I, comte de Carcassonne.
Un échange 3 que le même Guillaume Se Arsinde, sa femme, firent au mois d'août de la septième année du règne du roi Hugues, ou de l'an 998, nous fait connoître que ce vicomte survécut quelques années à son testament Se à son voyage de Rome. Il n'est plus fait mention ni de l'un ni de l'autre dans aucun monument postérieur, Se ils moururent tous les deux sans doute bientôt après. Garsinde '^, fille aînée Se héritière de Guillaume, épousa en premières noces Raimond, fils aîné de Roger I, comte de Carcassonne, Se porta dans sa maison les deux vicomtes de Béziers Se d'Agde. Elle se remaria en secondes noces avec Bernard, seigneur d'Anduze. Quant à Senegonde, la cadette, elle épousa Richard premier du nom, vicomte de Millau en Pvouergue. Au reste, quoiqu'il paroisse par le testament du vicomte Gi illaume qu'il étoit maître de presque tout le domaine des diocèses de Béziers Se d'Agde, il est certain toutefois que les comtes de Toulouse y conservèrent la principale autorité, soit en
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXXXI,
méro CI. la lo'' charte citée sous ce numéro.
» Ibid. n. CXXVïII. ■» Voyez tome IV, Note XXII, n. lo.
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An 990
qualité de marquis de Gothie, soit comme comtes' particuliers de ces deux villes.
XXVII. — Guillaume, comte de Toulouse, entre en marché pour vendre
Vévêché de Cahors.
Comme le vicomte Guillaume possédoit un très-grand nombre d'églises, c'est une preuve qu'il augmenta considérablement son domaine aux dépens des biens ecclésiastiques que lui ou ses ancêtres avoient usurpés. Ce désordre, ^-^^ "'■'«'^"y alors fort commun dans toute la France, engagea^ Salla, évêque d'Urgel , quelques autres prélats 8c plusieurs ecclésiastiques de la Marche d'Espagne qui s'étoient assemblés pour en arrêter le cours, à excommunier E^rmengarde, veuve d'Oliba Cabreta, comte de Cerdagne, 8c les comtes, ses fils, qui avoient envahi les biens de l'Eglise dans les évêchés ou comtés de Cerdagne 8c de Berga.
Un autre abus qui régnoit alors dans l'Eglise, c'étoit l'usage où les comtes 8c les autres grands seigneurs s'étoient mis de disposer non-seulement des évêchés 8c des abbayes de leur domaine, mais même de les trafiquer publiquement 8c de les vendre au plus offrant. Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, fut un des moins scrupuleux sur cet article. L'évêché de Cahors étant venu à vaquer^ en 990 par le décès de Frotaire, que nous croyons de la maison de Lautrec, il l'offrit en qualité de comte de Querci, conjointement avec l'archevêque de Bourges, métropolitain de la Province, moyennant une . somme considérable, à Bernard, abbé de Solignac 8c de Beaulieu. Cet abbé étoit fils de Hugues, vicomte de Comborn, 8c, à ce qu'il paroît"^, parent de Guillaume. Comme il avoit été élevé dans l'abbaye de Fleuri-sur-Loire sous la discipline de S. Abbon, il crut devoir consulter ce dernier avant que d'accepter l'offre du comte. Abbon, alors abbé de ce monastère, n'eut garde d'approuver une promotion si contraire aux saints canons, 8c ayant fait réponse à Bernard, il l'exhorte à se rappeler sa profession, 8c à n'ambitionner d'autres dignités dans l'Eglise que celles qu'il pouvoit se procurer sans offenser Dieu. 11 ajoute ensuite ces paroles remarquables au sujet de ceux qui faisoient un indigne commerce des dons du Saint-Esprit ; « Ces sortes de personnes, dit-il, cher- « client à excuser leur conduite sur ce qu'ils n'achètent pas la consécration, « mais seulement les biens temporels des églises. Mais à qui les biens ecclé- « siastiques appartiennent-ils qu'à Dieu seul, 8c l'Eglise reconnoît-elle d'autre « seigneur que lui ? » Enfin ce saint abbé s'élève avec beaucoup de force contre la simonie qui faisoit alors de grands ravages dans l'Eglise, 8c termine sa lettre à Bernard par le détourner absolument d'accepter l'évêché de Cahors.
' Voyez tome V, Chartes & Diplcmes , nu- ordlnis sancti Benedicti, saec. 6, p. 46. — ^'oyez
méros CCXCII 8(.CCXCVIII. ■ tome IV, ?/orc VIII, n. 40 & suiv.
' Marca Hispanica, p. 415. "• Voyez tome IV, Note XXI, n. 17.
'Aimoin, Vita S. Abbonis. — Acta Sanctorum
An ppo '
Ce dernier s'en tint à la décision de son ancien maître, & par son conseil il entreprit divers voyages de dévotion. Sur son refus, Gauzbert, homme de condition, fut élu à cet évêché. L'acte de son élection ' est daté du 5 de janvier de l'an 990, régnant le roi Charles. Il y a lieu de croire que Guillaume , comte de Toulouse, &c Dacbert, archevêque de Bourges, ne perdirent rien dans ce choix. Le dernier fit sacrer Gauzbert par trois évêques de sa province, savoir : Begon de Clermont, Ingelbin d'Albi, 8t Frotaire de Périgueux, du consentement & de la volonté de Guillaume, vicomte^ de Cahors, ôt de sa mère Acilicine. Ce vicomte, qui après le comte de Toulouse avoit la principale autorité dans la ville de Cahors, partageoit donc alors avec lui le droit de nommer à l'évêché de cette ville. Le même Bernard en fut pourvu enfin vers le commencement du onzième siècle après la mort de Gauzbert, &. sa promotion se fit sans doute alors d'une manière canonique. Nous voyons cependant qu'il retint avec cet évêché les abbayes de Solignac Se de Beaulieu dont il étoit pourvu depuis longtemps.
XXVIII. — Guillaume j comte de Toulouse y épouse en secondes noces Emme
de Provence.
Il paroît, par la date de l'élection de Gauzbert, évêque de Cahors, que Charles, duc de Lorraine, étoit reconnu en 990 pour roi de France dans le Querci j ce qui peut donner lieu de croire que Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, qui dominoit sur ce pays, s'étoit déclaré en sa faveur contre Hugues Capet. Charles ayant eu le malheur de tomber, le 2 d'avril de l'année suivante, avec Louis 8c Charles, ses fils, entre les mains de Hugues qui les fit renfermer à Orléans dans une étroite prison, le parti qu'ils avoient en France diminua ensuite extrêmement, 8c Hugues Capet fut enfin généralement reconnu dans tout le royaume.
Guillaume Taillefer étoit alors marié en secondes noces avec Emme, fille
de Rotbold, comte d'une partie de la Provence, 8c d'Ermengarde, sa femme.
Guillaume, depuis ce mariage, qui porta 3 dans sa maison ce qu'on appela dans
t.^n,p.'^/29. ^^ ^^^^^ ^^ marquisat de Provence, établit son principal séjour dans cette
province. Il étoit, en effet, à Arles en^ 992, quand Guillaume I, comte de
" 5>9^ Provence^, frère aîné de Rotbold, restitua aux religieuses de Saint-Césaire différens biens que leur saint fondateur leur avoit laissés. L'acte est souscrit après le même Guillaume I, Adélaïde, sa femme, 8c Guillaume II, leur fils, par le comte Rotbold, le comte Guillaume, son fils, Lucie, femme de ce dernier, Guillaume, comte de Toulouse, 6- Emme, son épouse, 8cc.
' Spic'ileg'tum, t. 8, p. 164. s c^st ce Guillaume I, comte de Provence, qui fut
^ Voyez tome IV, Noie VIII, n. 40 & suiv. le père de la reine Constance, & non pas, comme
^ Voyez tome IV, Note XIV. l'a prétendu dom Vaissete, Guillaume Taillefer, qui
^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- n'était que cousin par alliance de cette princesse
méro CXXX. [E. M.J
An 991
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