tome IV, Note XIX, n. 19. ■• CapitulaireSj t. 2, p. 632 81 suÎY
^ Marca Hispanica^ p. 429 & seq. — Pagi, ad ' Mabillon, ad ann. «019,11.67. ann. 1018, n. 4.
An 1019
An 1019 ~
Carcassonne, avoit disposé par son testament en faveur de Pierre, son fils, alors évêque de Girone, 8c que ce prélat en ait joui jusques à sa mort', il la faisoit cependant gouverner par un abbé régulier 8c n'en avoit proprement que le patronat 8c Tavouerie.
Guifred, archevêque de Narbonne, assista^ de son côté le 6 octobre de la même année à une autre assemblée qui fut tenue à Formiguera, dans le Capcir, où il consacra la nouvelle église de Notre-Dame, qu'Aribert, abbé de Saint- Jacques de Jocou dans le Razès dont elle dépendoit, 8c Salomon , qui en étoit prévôt ou prieur, avoient fait réparer ou agrandir depuis peu. Guifred , comte de Cerdagne, père de l'archevêque de Narbonne, donna son consentement pour la dédicace de cette église 8c la dota suivant l'usage, avec Bernard, comte de Besalu, son frère. Le même prélat consacra aussi vers le même temps, à la prière du prévôt de Formiguera, l'église de Saint-Martin de Rieutort, que le comte Guifred son père dota aussi, ce qui prouve : 1° que Guifred , archevêque de Narbonne, faisoit les fonctions épiscopales à l'âge de quatorze à quinze ans; 2° que le Capcir, qui pour le spirituel dépendoit du diocèse de Narbonne, faisoit alors partie pour le temporel du comté de Cerdagne.
LXX. — Fondation de Vahhaye de S aint-Geniès , dans le diocèse de Maguelonne,
Il se tint encore une assemblée dans la Septimanie, à l'occasion de la fondation d'une abbaye de filles qu'un seigneur^ nommé Godran 8c ses deux fils, Éléazar 8c Béranger, firent construire da:is un endroit du diocèse de Maguelonne appelé Marcanicus, ou autrement Carus-locus , sous l'invocation de S. Génies, martyr. Godran, qui auparavant avoit donné en dot ce domaine à sa fille Judith, mit ce nouveau monastère sous l'autorité de l'abbé de Psabnodi au diocèse de Nimes, par un acte daté du 18 de juillet de l'an 1019, 8c souscrit par Pierre, évêque de Maguelonne, Bernard, comte de Substantion, Géraud, évêque de Nimes, Warnarius, abbé de Psalmodi, 8c plusieurs seigneurs séculiers, entre autres Bernard 6* ses fils , Gaucelin ^ ses fils. Le premier est sans doute le même que Bernard, seigneur d'Anduze, dont on a déjà parlé. L'autre étoit vraisemblablement seigneur de Lunel, au diocèse de Maguelonne, car son nom fut comme affecté aux seigneurs de cette ville, qui est un ancien titre de baronnie.
H\ °"^5"3 ^^^ seigneurs ne souscrivirent à cet acte que par leur simple nom de baptême; mais plusieurs d'entre eux prennent le surnom de leurs terres dans la souscription d'un autre dressé six ans après "^ pour l'élection d'une abbesse de Saint-Geniès, qui se fit dans une nouvelle assemblée tenue à ce sujet. Judith, fille du fondateur du monastère, y fut élue abbesse du consentement de Warnarius, abbé de Psalmodi, de Pierre, évêque de Maguelonne, de Bernard, comte de Substantion, du clergé 8c du peuple, 8c de treize religieuses qui composoient
■ Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, n. CLXX. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CL.
» Ibld, n. CLI. -• Ibid. n. CLVII.
la communauté. L'acte est daté du 20 novembre de Van 1020, de l'ère espagnole io63, la trentième année du règne du roi Robert. Trois abbés du voisinage, savoir : Gérard de Saint-Gilles, Salvat d'Aniane 8c Gaufred de Gellone ou de Saint-Guillem du Désert, y souscrivirent avec Pons, prévôt de la catliédrale de Saint-Pierre de Maguelonne, & divers seigneurs séculiers du voisinage. Alimburge succéda' en 1042 à Judith, abbesse de Saint-Geniès, sa parente. Ce monastère subsiste encore &c est situé à trois quarts de lieue de la baronnie de Castries, vers le nord 8c les frontières du diocèse de Nimes; celui de Gallargues, dans le voisinage, fondé en 1027^ pour des religieuses, par Rostaing, seigneur de ce lieu 8c ses fils, lequel est aujourd'hui ruiné, en dépendoit autrefois.
LXXL — Abbaye de Cendras. — Êvêques d'U-^ès 6» de Viviers.
Gérard, abbé de Saint-Gilles, souscrivit^ aussi le jeudi 20 d'octobre de Van 1020, à une donation que Bernard, seigneur d'Anduze, ses fils Frédol, évêque du Puy , Géraud, évêque de Nimes, Raimond 8c Bermond, 8c la comtesse Garsinde y sa femme, mère des deux derniers, firent à la cathédrale de Nimes, de quelques terres situées aux environs des châteaux d'Anduze 8c de Sauve, dans le comté de 'Nimes ^ en présence de Siguin, abbé de Cendras. Cette dernière abbaye subsistoit par conséquent alors, 8c c'est le plus ancien monument que nous connoissions où il en soit parlé. Elle est située sur le Gardon, à une lieue ou environ d'AIais vers le nord, dans le nouveau diocèse de ce nom.
Il est fait mention du même Frédol, évêque du Puy"*, dans une lettre^ que le pape Benoît VIII adressa vers le même temps*^, en faveur de l'abbaye de Cluny, à plusieurs évêques de Bourgogne^ d'Aquitaine 6* de Provence. Du nombre de ces prélats sont Hermand ou Herimand de Viviers "^ 8c Heribald d'Uzès. Celuici assista au concile d'Anse^ tenu l'an I025, ce qui prouve que la souscription de Hugues, son successeur, à l'acte de l'établissement fait en 1019 de la vie commune parmi les chanoines de l'église de Girone, est postérieure de plusieurs années. Quant à Hermand, on prétend qu'il étoit^ évêque de Viviers dès l'an ioi5, 8c qu'il assista aux états que l'empereur Conrad convoqua en 1082 àLyon. Géraud I lui avoit succédé en loSy. D'autres ° mettent un Gaucerand évêque à Viviers en 1024 j mais ce dernier n'est pas différent" de Gaucerand,* évêque de cette ville en 1 1 24.
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, rtu- '^ Voyez tome ÎV, Vote XXVIÏI, n. 5.
néro CLXXXVII. 7 Voyez tome IV, Note LXXIV, la suite chrono-
' Ibid. n. CLXI. logique des évêques de Viviers.
' Ihid. n CLII. — Voyez tome IV, Note XVIII, « Conciles, t. 9, p. 859,
n, I 1. * Columbi, Episcopi Vivar'ienses, p. 206, & Gallia
"• Voyez tome IV, Note LXXIII, la suite chrono- Christiana, t. 3, p. 1 181.
logique des évêques du Puy. '" Mabillon, ad ann. io23, n. 40.
* Conciles, t. 9, p. 810 & suiv. ' " Gallia Christiana, nov. edit. t. 2, p. 766.
An 1019
An 1020
An 1020
LXXII. — Mort de Bernard^ comte de Besalu b de FenouîlUdes. — Partage de ses domaines. — Guillaume, son fils, lui succède dans ses comtés.
La partie de la Province limitrophe de l'Espagne fit une perte considérable l'an I020, en la personne de Bernard, comte de Besalu, de Fenouillèdes & de Valespir, à qui ses excellentes qualités méritèrent le glorieux titre de prince 6de père de la patrie. Il avoit' entrepris un voyage en Provence pour y négocier le mariage de Guillaume, son fils, lorsqu'à son retour, ayant voulu tenter, le 26 de septembre de cette année, de passer le Rhône à la nage sur son cheval, il fut malheureusement entraîné par la rapidité des flots qui le submergèrent. On le retira cependant du fleuve, Se l'on transporta son corps à l'abbaye deRipoU en Catalogne où il fut inhumé. Quelques jours après Oliba, évêque d'Ausone, Se Guifred, comte de Cerdagne, ses frères, la comtesse Tote surnommée^ Adélaïde, sa veuve, & plusieurs des principaux du pays, tant ecclésiastiques que séculiers, firent procéder à l'ouverture de son testament, dans lequel il avoit disposé de la manière suivante des domaines qu'il possédoit en deçà & en delà des Pyrénées : il fait d'abord des legs considérables à la plupart des églises de la Marche d'Espagne, à l'abbaye de Saint-Martin de Lez, dans son comté de Fenouillèdes, Se à celle de la Grasse. Il dispose ensuite de l'évêché de Besalu en faveur de Henri, son fils, pour le posséder après la mort de Guifred, son autre fils, qui l'occupoit alors, à condition que lorsque le premier auroit atteint l'âge Éd. origin. de vingt-cinq ans Se embrassé la cléricature, il recevroit cet évêché en fief àQ Guillaume, son frère aîné, ainsi qu'on l'a remarqué ailleurs. II donne en partage à son fils Hugues divers alleux Se villages du même comté de Fenouillèdes, Se les substitue à celui de ses fils qui seroit comte de Besalu. Il ne lègue aussi que quelques alleux pour tout héritage à un autre de ses fils, nommé Béranger, qui étoit alors en bas âge. Il donne un autre alleu du comté de Fenouillèdes, avec Adélaïde, sa fille, au monastère de Saint-Paul, situé dans la vallée d'Ansoli, Se quelques autres biens à Constance, son autre fille, alors fort jeune. Il laisse à Tote, sa femme, la jouissance du comté de Valespir, dont il dispose après la mort de cette comtesse en faveur de Guillaume, son fils aîné, ou de celui des fils de ce dernier qui seroit comte de Besalu. Il donne au même Guillaume ce •dernier comté, différens domaines de la Marche d'Espagne qui en dépendoient. Se enfin le château 6* le comté de Fenouillèdes, avec ses dépendances, savoir: le château 6» le pays de Pierrepertuse, l'abbaye de Sainte-Marie de Cubières, le château de Tantavel, Se plusieurs autres châteaux ou villages qui autrefois avoient fait^ partie du comté de Razèsj les terres qu'il avoit acquises de l'évêque Pierre sur les frontières du Narbonnois Se du Roussillon, jusques au Puy d'Aguilar ; celles qu'il possédoit dans ce dernier pays, entre autres l'abbaye de
^ Marca Hispan'ica, p. 642 & seq. 1024, 1027 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
& seq. méro XXII ; tome II, aux Preuves, Chartes & Di-
" Ibid. p. 963. plômes, n. LIV.
Saint-Etienne près de la rivière de Tet, 8cc. Il substitue ses autres fils Hugues, Béranger Se Henri, à Guillaume leur aîné, & à leur défaut il appelle à sa substitution celui de ses neveux qui se trouveroit comte de Cerdagne. Il laisse sa femme &. ses enfans en la garde &: sous la protection de ses frères, 8c ses fils cadets sous la tutelle de Guillaume leur aîné. Il donne de plus à Tote, sa femme, la jouissance de tous les biens qu'il avoit légués à ses fils Hugues Se Béranger, Se toutes les femmes de condition serve de sa maison 5 il donne la liberté aux hommes de la même condition, ainsi qu'à plusieurs autres serfs qui servoient au dehors, entre autres à Adalhert de Cases, qu'il charge de donner en reconnoissance à l'abbaye de Cubières cinq onces d'or pour faire une croix. Bernard ne fait aucune mention dans ce testament de Garsinde, sa fille, qu'il avoit mariée quelque temps auparavant avec Béranger, vicomte de Narbonne, sans doute parce qu'il l'avoit déjà dotée. Il lui avoit donné vraisemblablement le domaine utile des châteaux de Pierrepertuse Se de Queribus; car, suivant un serment ' de fidélité prêté par le même Béranger à Guillaume, comte de Besalu, fils de la comtesse Tote, pour ces deux châteaux situés sur la frontière de Roussillon, il s'oblige de les garder exactement Se d'en faire hommage aux successeurs de ce comte.
Guillaume succéda donc, le mois de septembre de l'an 1020, dans les comtés de Besalu Se de Fenouillèdes, à Bernard son père, qui en avoit même disposé, à ce qu'il paroît, en sa faveur dès l'an 1014, puisqu'en io38^ on comptoit la vingt-quatrième année du gouvernement de Guillaume dans le comté de Fenouillèdes. Quoi qu'il en soit, ce dernier fut surnommé^ le Gros, Se il épousa Adélaïde, que son père, ainsi qu'on l'a déjà vu, alla chercher en Provence j ce qui nous donne lieu de croire qu'elle étoit fille de Guillaume I ou de Guillaume II, comtes de ce pays 5 à moins qu'elle ne l'ait été de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, qui en ce temps-là faisoit sa principale résidence au delà du Rhône.
LXXIII. — S. Isarn, ahhé de Saint-Victor de Marseille, natif du Toulousain.
Cette province étoit alors illustrée par S. Jsarn , abbé de Saint-Victor de Marseille, natif du village de Frédelas"^, aujourd'hui Pamiers, dans l'ancien Toulousain, où il y avoit une abbaye de chanoines qui vivoient en commun. Ceux-ci, suivant l'auteur contemporain de la Vie de ce saint, se chargèrent du soin de son éducation pendant les premières années de son âge. Il étoit à peine sorti de l'enfance, que, touché des discours d'un pieux abbé nommé Gaucelin, qui passa par hasard à Frédelas, il résolut de le suivre. Il se mit sous sa conduite Se l'accompagna jusques à Agde^, où Etienne, évêque de cette ville, lui donna
' Catel , Mémoires Je l'histoire du Languedoc, ^ Marca Hispanica, -p. à^i\.
p. 58o. . ■* Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 6,
" Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- part. i,p.6o7 & seq. méro CLXXXIII, la i'" charte citée sous ce numéro. ' Ibid.
An
An 1020
An 102 1
riiabit monastique. Labbé Gaucelin étant ensuite allé voir ses parens à Marseille, Isarn l'y suivit, Se, pendant son séjour dans cette ville, il visita souvent l'abbaye de Saint-Victor que l'abbé Guifred venoit de rétablir. Il c'îi, p'!f55. f^t si charmé de la régularité de cette maison, qu'il demanda d'y être agrégé, ce qui lui fut accordé. Sa vertu le fit élever bientôt, malgré son humilité, à la dignité de prieur du monastère, & ensuite à celle d'abbé après la mort de Guifred, arrivée au mois de décembre de l'an 1021. Il fut lié d'une amitié très-étroite avec S. Odilon, abbé de Cluny, qui faisoit un cas singulier de son mérite ; en un mot, il acquit une si grande réputation de sainteté, qu'en sa considération les seigneurs et les prélats de Provence 8c des pays voisins comblèrent de biens l'abbaye de Saint-Victor &. fondèrent divers monastères sous sa dépendance.
Isarn étoit encore abbé de ce monastère en 1047, quand les Sarrasins d'Espagne, ayant fait une descente sur les côtes de Provence, pillèrent la célèbre abbaye de Lérins Si emmenèrent captifs plusieurs religieux. Ceux qui échappèrent à la fureur de ces infidèles allèrent aussitôt prier le saint abbé de leur donner quelques-uns des siens pour aller solliciter avec eux, en Espagne, le rachat de leurs confrères, à cause que l'abbaye de Saint-Victor, qui avoit plusieurs dépendances en ce royaume, y étoit fort en crédit. Isarn, quoique d'un âge avancé & d'une santé très-languissante, ne voulut pas céder cet acte de charité à un autre, 5c s'en étant chargé lui-même , il se mit en chemin 8c arriva dans un monastère du diocèse de Barcelone soumis à son autorité, où il tomba malade de fatigue 8c de lassitude. Raimond-Béranger, comte de cette ville, 8c sa femme Elisabeth l'y visitèrent, lui accordèrent leur protection 81 envoyèrent des ambassadeurs aux rois maures de Dénia 8c de Tortose qui avoient en leur pouvoir les religieux de Lérins, pour les prier de les rendre, avec menace, en cas de refus, de leur déclarer la guerre. Ces princes infidèles rendirent aussitôt leurs prisonniers aux ambassadeurs du comte de Barcelone, qui les remit ensuite lui-même à Isarn, lequel les conduisit à Marseille comme en triomphe. Il mourut dans cette ville de la mort des justes, le 24 de septembre de l'année suivante Se fut inhumé à Saint-Victor, dans un tombeau de marbre. Les fréquens miracles que Dieu y opéra engagèrent dans la suite les religieux de cette abbaye à liii rendre un culte public. Se l'on célèbre sa fête dans tout Marseille le jour de sa mort. S. Isarn reçut à la profession monastique, pendant son gouvernement, plusieurs personnages illustres qui furent élevés à l'épiscopat, entre autres Pons, archevêque d'Arles, 8c Raimbaud, son successeur.