‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 133 sur 227 · LXVII. — Juifs de Toulouse · texte numérisé non relu

LXVII. — Juifs de Toulouse

L'historien qui rapporte l'entreprise des Sarrasins sur la ville de Narbonne, fait mention quelques lignes auparavant d'un fait singulier qui arriva vers le même temps à Toulouse. Il raconte^ « qu'Aymeri , vicomte de Rochechouart, (( ayant fait un voyage dans cette ville, accompagné de Hugues, son chapelain, « celui-ci fut chargé de faire la cérémonie de donner un soujjlet à un juif à la « fête de Pâques, comme il avoit toujours été d'usage. Il ajoute que le coup fut (c si violent, qu'il fit tomber par terre la cervelle &. les yeux du juif, qui expira « sur-le-champ, &c que la synagogue de Toulouse enleva de la cathédrale de « Saint-Etienne pour l'inhumer dans son cimetière ^ ». Ce fait, qui prouve qu'il y avoit alors un grand nombre de juifs à Toulouse, semble confirmer celui qui est rapporté par"^ l'auteur de la Vie de S. Théodard, archevêque de Narbonne, savoir que l'empereur Charlemagne avoit condamné de son temps les juifs de Toulouse à être souffletés les trois principales fêtes de l'année devant la porte de la cathédrale, pour avoir autrefois livré la ville aux Sarrasinsj mais, outre que cette Vie est remplie de fables 8c d'anachronismes^, il est faux d'ailleurs que les Sarrasins se soient jamais rendus maîtres de Toulouse. L'usage établi dans cette ville, au commencement du onzième siècle, de donner un soufflet tous les ans à un juif le jour de Pâques, a donc quelque autre origine que nous ignorons. Cette peine étoit déjà commuée*^ au commencement du douzième siècle en une leude ou péage que les juifs étoient obligés de payer dans le faubourg de Toulouse, au profit des chanoines de Saint-Saturnin, depuis la fête de tous les Saints jusques à celle de ce saint martyr qui tombe à la fin de novembre. Les juifs de Toulouse payoient aussi, sans doute par la même raison, sur la fin de ce siècle Se au commencement du quatorzième, une redevance de quarante-quatre livres de cire à la cathédrale de Saint-Etienne, qu'elle employoit pour le cierge pascal.

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CLXXVL

' Adhémar de Chabanais, p. 177.

' Comme dans toutes les villes du moyen âge, les juifs habitaient à Toulouse un quartier spécial marqué par la me de Saint-Remi, vulgairement Saint Remesy, celle de Joux-Aigues & un petit passage au milieu d'un massif de maisons près de cette dernière rue, & qui conduisait à un autre qui porte aujourd'hui le nom de Coq-d'Inde. On croit aue leur cimetière était en dehors des remparts

de la ville, dans l'espace situé entre la porte du Château & celle de Montgaillard. On a découvert en cet endroit, plusieurs pierres tumulaires chargées d'inscriptions hébraïques. L'usage de souffleter un juif à Pâques existait dans un grand nombre de villes & était pour ainsi dire un accessoire obligé des cérémonies de la semaine sainte. [E. M.j

^ Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, p. 517 8c suiv. p. 25o & suiv.

' lèid. p. 522 8c suiv.

« Ibid. p. 520

t.ll, p. l52.

An 1018 LXVIIL — Pierre, évêque de Toulouse, sert en Espagne contre les Sarrasins.

La comtesse" de Barcelone, pour soutenir la gaerre contre les Sarrasins fit

alliance avec un prince normand nommé Roger, à qui elle donna sa fille en mariage. Ce prince, que quelques auteurs^ confondent mal à propos avec Richard alors duc de Normandie, ayant équipé aussitôt une flotte, descendit sur les côtes de la Marche d'Espagne, fit une guerre implacable aux infidèles, en tua un grand nombre, leur enleva divers châteaux, 8c obligea enfin le roi à Éd. origin. demander la paix à la comtesse qui .la lui accorda, à condition qu'il lui payeroit un tribut annuel. Pierre, évêque de Toulouse, alla joindre le prince normand dans cette expédition Se prit part à ses victoires. Après que la paix eut été conclue avec les Sarrasins voisins de Barcelone, ce prélat s'embarqua avec Roger &. l'accompagna jusques à l'extrémité de l'Espagne. Ils y firent un jour une descente à la tête seulement de quarante hommes, avec lesquels ils attaquèrent cinq cents Maures qui s'étoient mis en embuscade, les enfoncèrent par trois fois, en tuèrent plus de cent, 8c remontèrent ensuite sur leurs vaisseaux. C'est ainsi que Roger, qui perdit dans cette occasion un frère naturel qui l'avoit suivi, retourna victorieux en Normandie.

LXIX. — Assemblée de Girone. — Nouvelle dédicace de l'église de Formiguera

dans le Capcir.

La comtesse de Barcelone, délivrée de la guerre des Sarrasins par le secours de ce prince, s'appliqua ensuite sans obstacle au gouvernement de ses États qu'elle administra avec beaucoup de sagesse. Elle 8c Béranger son fils, comte ^ marquis, assistèrent^ à une assemblée nombreuse que Pierre, évêque de Girone, son frère, convoqua dans sa ville épiscopale le 20 de novembre de l'an 1019, pour établir la vie commune parmi les chanoines de la cathédrale. Les évêques Deusdet de Barcelone, Ermengaud d'Urgel, Béranger d'EIne, Adalbert de Carcassonne , 8c Aton de Conserans , se trouvèrent à cette assemblée , avec Bernard, abbé de la Grasse, 8c plusieurs autres abbés 8c ecclésiastiques. Le pape Benoît VIII , Amélius d'Albi , Hugues d'Uzès, Etienne d'Apt, 8c divers autres évêques, souscrivirent quelque temps après à l'acte de cet établissement. Adalbert, évêque de Carcassonne, avoit assisté "^ deux ans auparavant, avec les évêques Ermengaud d'Urgel 8c Pierre de Comminges, à l'élection d'Aymeri, évêque de Rode ou de Ribagorça, qu'ils avoient consacré. Quant à Bernard, abbé de la Grasse, il avoit succédé à Etienne, qui possédoitj» encore cette abbaye en ioi5, ce qui montre que quoiqu'elle fût du nombre de celles dont Roger I, comte de

' Adhémar de Chabanais , p. 178. — Voyez ^ Marca Hispanica, -p. ioi6&seq.

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