X. — Concile de Saint-Gilles. — Evêques de Viviers
Les décrets du concile de Tulujes touchant la paix Se la trêve de Dieu furent confirmés dans un ^ autre tenu ^ à Saint-Gilles le 4 du mois de septembre de l'année suivante. Raimbaud , archevêque d'Arles, &c Léger, archevêque de Vienne, s'y trouvèrent en personne, 8c Guifred , archevêque de la première Narbonnoise , seulement par ses députés qui siégèrent au-dessus de tous les évêques. Ceux-ci assistèrent à ce concile au nombre de dix-neuf, entre autres Frotaire de Nimes, Hugues d'Uzès 8c Bernard de Lodève, de la province de Narbonnej Guillaume d'Albi, de celle de Bourges, 8c Géraud de Viviers, de celle de Vienne. Les autres étoient des provinces d'Arles, d'Aix 8c d'Embrun.
Il nous reste trois canons de ce concile, dont le premier défend d'envahir les biens ecclésiastiques, le second d'attaquer les églises 8c d'exercer aucun acte d'hostilité à trente pas à la ronde, excepté celles où l'on avoit élevé des forteresses, ce qui étant conforme aux décrets du concile de Tulujes, nous porte à croire que les évêques de la Province qui n'y avoient pas assisté se trouvèrent Éd. origio à celui de Saint-Gilles avec ceux de Provence, pour établir la trêve de Dieu dans leurs diocèses. Le troisième canon défend à tous les chevaliers [militibus), grands ou petits, de porter les armes jusques à la fête suivante de Saint-Jean- Eaptiste.
Gérard, évêque de Viviers, qui se trouva au concile de Saint-Gilles, occupa ce siège du moins depuis"^ l'an loSy jusques en io55. On prétend qu'il mourut l'année suivante. Gebonard^ lui avoit déjà succédé sous le pontificat d'Alexandre II.
XI. — Différends entre Varchevêque 6- le vicomte de Narbonne.
Guifred, archevêque de Narbonne, après avoir présidé au concile de Tulujes, fut un des premiers^ qui en violèrent les décrets, 8c il ne se fit aucun scrupule d'avoir recours aux armes 8c d'employer la force durant les différends qu'il eut pendant tout son épiscopat avec Béranger, vicomte de Narbonne. L'envie de dominer fut la principale source de leur querelle 8c fit naître entre eux une longue guerre qui fut très-funeste au pays. Les vicomtes de Narbonne, à l'exemple des autres grands vassaux du royaume, s'étant arrogé depuis longtemps le droit de nommer à l'archevêché, prétendoient exercer la principale autorité sur cette ville après les comtes de Rouergue, marquis de Gothie, qui
■ Paqata, compensum pacis. — Voyez ce mot dans '' Columbi, Ep'tscopi Fivarienses, p. 206. — Ma-
du Cange, Glossaire. billon, ad ann. io55, n. 69.
' Conciles, t. 9, p. 1082 & suiv. 'Voyez tome IV, Note LXXIV, la suite chrono-
' Voyez tome IV, Note XXXIV. logique des évêques de Viviers. [E. M.]
Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXI.
An 10^2
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en possédoient le comté particulier. Pour mieux affermir leurs prétentions 8<: n'être pas troublés par les archevêques qui auroient pu les leur disputer, ils avoient soin, quand le siège épiscopal venoit à vaquer, de ne faire tomber l'élection que sur quelqu'un de leur maison , ou du moins sur des personnes dont ils étoient bien assurés. On a déjà vu que lorsque le vicomte Raimond & Béranger, son fils, firent élire le jeune Guifred leur allié, ils eurent' la précaution d'exiger de lui un serment, par lequel il leur promit de leur conserver leur droit i mais dès que ce prélat fut parvenu à un âge plus avancé^, soit par esprit de domination, soit par zèle pour les intérêts & la liberté de son église, il se mit peu en peine d'exécuter ses promesses &. chercha à se soustraire de la sujétion où les vicomtes avoient réduit ses prédécesseurs. Béranger de son côté résolut de ne pas céder, 8c chacun se mit en armes pour soutenir ses droits. Guifred leva des troupes, aliéna une partie des terres de son église pour les soudoyer 8c en donna une autre partie à divers capitaines qu'il engagea à son service, 8c qui les possédèrent dans la suite comme leurs propres alleux. Ce ne fut pas le seul dommage que ce prélat causa à son église. Après la mort d'Eribald, évêque d'Urgel, arrivée avant le mois d'août^ de l'an 1042, il n'omit rien"^ pour faire élire à sa place Guillaume, son frère, 8c voyant qu'il ne pouvoit réussir qu'à force d'argent, il promit de donner cent mille sols. Pour faire cette somme, il remit les croix, les reliquaires, les vases sacrés 8c l'argenterie de l'église de Narbonne à des orfèvres juifs, qui allèrent les trafiquer en Espagne. Il vendit ensuite les livres de cette église, les ornemens des autels, 8c réduisit enfin ses ecclésiastiques à la mendicité. Non content de ces démarches simoniaques, le désir de réussir dans ses projets 8c de s'attirer la protection de la comtesse d'Urgel qui avoit alors l'administration de ce comté pendant la minorité de son fils, le porta jusquesà se rendre son vassal 5, démarche qui lui attira le mépris 8c la haine de toute la noblesse. Un ^ célèbre critique qui n'a pas bien compris les termes employés dans l'ancien monument où l'on rapporte cette circonstance, prétend que Guifred entretenoit un mauvais commerce avec cette comtesse j mais c'est sans fondement.
Xn. — Septième 6- huitième conciles de Narbonne.
Quelque temps après l'archevêque Guifred parut se repentir d'une conduite si peu épiscopale. Il convoqua un concile à Narbonne, 8c là, en présence de Raimbaud, archevêque d'Arles, de divers prélats, du vicomte de Narbonne 8c de plusieurs seigneurs du pays, il quitta l'habit militaire dont il s'étoit revêtu 8c déclara anathème tant contre lui-même s'il venoit à le reprendre, que contre les autres évêques de la province qui suivroient les armes 5 mais peu fidèle à sa promesse, il reprit bientôt après le métier auquel il avoit renoncé 8c re-
■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXI. '' Commendavit se man'ihus ai comitissam Ur-
* Ihid. ë<-'^l'- — Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Marca Hhpanica, p. 441 & seq. méro CCXI.
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXI. '' P'ig'» ^"1 ann. 1077, n. i3.
An
commença la guerre contre le vicomte. Nous tirons tous ces faits d'une plainte
que ce dernier porta contre lui quelques années après ' 5 Se quoiqu'il soit assez
vraisemblable que lanimosité qui régnoit entre eux ait engagé le vicomte à •
les exagérer pour rendre odieux son adversaire, on nesauroit cependant discon- 1% ""foc
venir que l'archevêque ne fût coupable sur plusieurs chefs ', 8c nous verrons
dans la suite qu'il fut excommunié comme simoniaque par deux papes & divers
conciles.
Ce prélat tint deux conciles à Narbonne en 1043: l'un, qui fut le septième de ^n 10 3 cette ville, le 17 du mois de mars", Se l'autre, qui fut le huitième, le i" d'août. Comme Raimbaud, archevêque d'Arles, assista k celui-ci &c non pas à l'autre c'est une preuve que ce fut dans le huitième concile de Narbonne que Guifred déposa les armes, ainsi que nous venons de le rapporter. Sept évêques ses comprovinciaux, outre Bernard de Conserans, se trouvèrent avec lui au septième, savoir : Pierre de Girone, Oliba d'Ausone, Guifred de Carcassonne, Béranger d'Elne, Guislabert de Barcelone 5c Guillaume d'Urgel. Ces prélats, sur les plaintes d'Oliba, évêque d'Ausone Se des religieux de Cuxa dont il étoit abbé, lancèrent l'excommunication contre les usurpateurs des biens de ce monastère situés dans les comtés de Fenouillèdes 8c de Roussillon'^. Ils exceptèrent cependant de l'anathème Guillaume, comte de Besalu 8c de Fenouillèdes, Raimond, comte de Cerdagne, leurs fils 5c les frères du dernier, quoiqu'ils fussent aussi coupables que les autres, dans la vue de les engager par ce ménagement à se déclarer les protecteurs de l'abbaye. Ils prient en même temps leurs confrères absens 6- les comtes du pays de vouloir confirmer les actes du concile j ce qui fit qu'Arnaud de Maguelonne, Hugues d'Uzès, Frotaire de Nimes, Hugues de Toulouse, Bernard de Lodève, Etienne d'Apt, Pierre de Cavaillon, Raimbaud d'Arles, 8c quatre autres évêques dont le siège n'est pas marqué, savoir : Pierre, Bernard, Arnaud 8c Guillaume, y souscrivirent peu de temps après. Le dernier est sans doute le même que Guillaume, évêque d'Agde, qui assista au huitième concile de Narbonne.
Celui-ci fut^ composé de dix-sept évêques, partie de la province de Narbonne, partie de celle d'Arles, dont la plupart avoient assisté au précédent. Ils prononcèrent anathème contre tous ceux qui usurperoient les biens de l'église d'Edre, dans le diocèse de Carcassonne , qu'un seigneur nommé Raimond Hugonis 5c Senegonde,sa femme, avoient fait rebâtir dans le dessein d'y établir des chanoines ou des moines, 8c qu'ils avoient ensuite fait consacrer par Pierre, évêque de Girone, Guifred de Carcassonne 8c Bernard de Conserans.
' Voyez tome IV, Note XXXV. nous en a conservé la copie. (Armoires de Baluie,
' Baluze, Not. in concil. Narb. p. 9. t. 1 17, f. 109.) Une autre copie de ce même acte se
' Martène, Thésaurus anecd. t. 4, p. 83 & seq. trouve dans la collection Moreau, t. 21, p. 141.
* L'acte d'excommunication lancé par les évê- — Voyez, tome V de cette édition, le catalogue des
ques qui prirent part au septième concile provin- actes relatifs à labbaye de Saint-Michel de Cuxa.
cial de Narbonne était transcrit dans le grand Car- JE. M.]
tulaire de Saint-Michel de Cuxa, f" i5. Baluze ^Martène, Thésaurus anecd. t. 4, p. 83 & seq.
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XIII. — Pierre, comte de Carcassonne, va en pèlerinage à Saint-Jacques. Il obtient la restitution d'une partie de ses domaines.
Pendant la paix qui avoit été conclue au huitième concile de Narbonne entre l'archevêque Se le vicomte de cette ville, Pierre-Raimond, comte en partie de Carcassonne Se vicomte de Béziers Se d'Agde, entreprit le pèlerinage de Saint-Jacques en Galice, comme il paroît par la donation' qu'il fit le 29 de septembre de l'an 1048, peu de temps avant son départ, à la cathédrale de Béziers, d'un domaine situé auprès des murs de cette ville, qui avoit été vendu du consentement de la comtesse Garsinde, sa mère. Il étoitde retour dans le pays au mois de mars de l'an 1046, « lorsqu'une dame^ nommée Garsinde se dessai- « sit en sa faveur de tous les alleux 6" les fiefs qui avoient appartenu à Guilcc laume, vicomte de Béziers Se d'Agde, Se à Garsinde, sa fille , mère de ce « comte, à la réserve du château de Mèze, de la troisième partie de ceux de « Florensac, de Pvovignac, de Saint-Pons de Mauchiens, de Vairac Se de « quelques autres lieux du diocèse d'Agde. » Nous ne connoissons pas bien la dame qui fit ce délaissement, à moins qu'elle ne soit la même que Garsinde^, femme de Rainald II, vicomte de Béziers Se d'Agde, qui sera par conséquent parvenue à une extrême vieillesse, puisqu'elle étoit déjà"^ veuve en 96g. Elle peut avoir conservé la jouissance de ces domaines, soit pour son douaire, soit depuis la mort de Garsinde, petite-fille de Rainald II Se mère du comte Pierre- Raimond.