‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 143 sur 227 · VIII. — AssemhUe tenue à Urgel. — Comtes d,e Comm'inges · texte numérisé non relu

VIII. — AssemhUe tenue à Urgel. — Comtes d,e Comm'inges

La dépendance où étoit la Marche d'P'spagne, au onzième siècle, de la métropole de Narbonne, faisoit que les prélats & les seigneurs du pays & ceux de la Septimanie ou Gothie entretenoient entre eux une étroite liaison, 8c qu'ils tî^ii,p?T82. se trouvoient également aux conciles &. aux assemblées tenus dans les deux provinces. C'est ainsi que Guitred-^, archevêque du premier siège de la Narbonnoise. Se les évêques Héribald'Urgel, Bérangerd'Elne, Guifred de Carcassonne & Arnoul de Rota, se trouvèrent le 28 d'octobre de l'an 1040, avec les princes du pcrys, à la dédicace de l'église d'Urgel où l'on rétablit alors la vie commune ou canoniale parmi les chanoines.

Bernard, évêque de Conserans, se trouva aussi à cette assemblée 5 il étoit en même temps abbé de Lézat , dont il fit rebâtir ^ l'église avec le secours de plusieurs seigneurs 8<. autres personnes de piété du voisinage. Le nom de Ber~ nardus Raym.undi, qu'il prend dans l'acte, est une preuve "^ que son père s'appeloit Raimond, & nous ne doutons pas qu'il ne fût de la maison des comtes de Comminges & de Carcassonne, qui étoit la même 8c dans laquelle les noms de Bernard 8c de Raimond furent fort communs. Il est d'ailleurs certain que ces comités avoient l'avouerie de l'abbaye de Lézat. Ce Bernard est donc différent d'un autre évêque de Conserans de ce nom, qui vivoit vers l'an 10608c qui étoit frère d'Arnaud troisième du nom, comte en partie deComminges; car celui-ci étoit fils de Roger II, comte du même pays. Pépin ^ descendant de Raimond III, fils de Roger I, comte de Carcassonne, possédoit l'autre partie du comté de Comminges, lorsqu'il embrassa en 1089 la vie monastique dans l'abbaye d'Alaon au diocèse d'Urgel. Gelinde, sa fille, avoit épousé alors Asnarius Aton, seigneur de Tène, dans le même diocèse. Bernard, fils de Pépin, lui succéda 8c mourut à ce qu'il paroit sans postérité. Nous voyons du moins que son domaine fut réuni depuis à celui de l'autre branche des comtes de Comminges qui descendoient de Roger, oncle de Roger I, comte de Carcassonne.

■ GalUa Christiana , nov. edit. t. i, instrum. ^ Voyez tome IV, Note XXII, n. 34.

p. 6, col. 1. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

^ Marca Hifpanica, p. 1069 &. seq. méro CLXXXIII, la 2'^^ charte citée sous ce numéro.

' Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, n. CXCV. — Voyez tome IV, Note XXIÏ, n. 26 & suiv.

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IX. — Concile ou assemblée de Tuluies en Roiissillon. — Étallissement de la paix ^ la trêve de Dieu dans la province de Narbonne.

Les évêques Se les grands seigneurs de la Septimanie 8c de la Marche d'F.spagne s'assemblèrent à Tulujes en Pvoussillon, pour remédier au désordre Sià la confusion qui régnoient alors également &. dans l'Église 8c dans l'État. Le mal venoit principalement de la tyrannie des seigneurs qui vexoient impunément le clergé 8c le peuple, 8c qui s'étant arrogé le droit de venger leurs querelles par les armes, se faisoient une guerre implacable 5 en sorte qu'on ne trouvoit nulle part ni sûreté, ni asile, que le commerce étoit généralement interrompu 8c qu'on ne parloit dans tout le royaume que de meurtres, d'incendies, de rapines 8c de pillages. Plusieurs évoques, touchés de l'excès de ces maux, tâchèrent d'y apporter quelque remède. Le concile de Limoges de l'an io3i dressa', entre autres, des canons pour rétablir la paix 8c la tranquillité publique, 8c l'on fit de nouveaux efforts ^ en divers conciles tenus en 1034. Mais comme ces prélats n'avoient que des armes spirituelles à opposer à des abus si communs 8c si autorisés, 8c qu'ils n'étoient pas appuyés de l'autorité temporelle, la licence des mœurs continua toujours à faire de nouveaux progrès, jusqu'à ce qu'enfin quelques seigneurs plus religieux voulurent bien concourir au rétablissement de la paix. Ceux de la province ecclésiastique de Narbonne furent les premiers à donner l'exemple, 8c les comtes ^ & les vicomtes du pays tinrent pour cela une assemblée *^ en 1041, avec les évêques (y les abbés, dans les prairies de Tulujes, à trois milles de Perpignan.

Nous ignorons en particulier les noms de la plupart de ceux qui assistèrent à ce concile. Nous savons seulement que Guifred, archevêque de Narbonne, y présida 8c qu'entre les seigneurs séculiers Gausfred, comte de Roussillon, Guillaume, son fils, Pons, comte d'Ampurias, Guillaume, comte de Besalu, Raimond, comte de Cerdagne, 8c Gauzbert, vicomte de Castelnau, s'y trouvèrent. On y fit divers règlemens pour interdire, sinon pour toujours, du moins pour certains temps de l'année 8c certains jours de la semaine, les guerres particulières 8c tout acte d'hostilité. On défendit : 1° de commettre aucune violence dans les églises où l'on n'avoit pas élevé des châteaux ou des forteresses, dans les cimetières 8c les autres lieux sacrés 8c à trente pas à la ronde, à peine d'être puni comme sacrilège 5 2° d'attaquer les clercs qui marchoient sans armes, les religieux, les religieuses 8c les veuves ; 3° de saisir les jumens 8c les poulains qui étoient au-dessous de six mois, les vaches, les ânes, 8CC.5 4° de brûler les maisons des paysans 8c des clercs qui ^'j*,- °''R'g"portoient les armes 5 5° on ordonna que celui qui, dans le terme de quinze jours, ne répareroit pas le dommage qu'il auroit causé en contrevenant aux

' Conciles, t. 9, p. 90.3. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXCV.

' Glaber, 1. 4, c. 5. — Pjgi, ad nnn. io34, n. 1 — Marc;i, Concordantia, cà. 1704, p. 433 St seq. El seq. " Voyez tome IV, Note XXXI.

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règlemens de l'assemblée, seroit condamné à une double amende en faveur de l'évêque ou du comte qui feroit exécuter ces décrets; 6° enfin on établit la trêve de Dieu, pour être observée par tous les chrétiens: i" depuis le coucher du soleil du mercredi jusquesà son lever du lundi de chaque semaine de l'année; 2° depuis le premier jour de l'Avent jusques à l'octave de l'Epiphanie ; 3° depuis le lundi avant le carême-prenant, jusques à lundi d'après l'octave de la Pentecôte, & enfin pendant certaines têtes de l'année, les Quatre-Temps,&c., sous peine à ceux qui violeroient la trêve de réparer au double le dommage ou de se justifier dans la cathédrale par Vépreuve de Veau froide. Quanta celui qui tueroit quelqu'un pendant la trêve, il devoit être condamné à un exil perpétuel. On fit vers le même temps de pareils règlemens ' dans une assemblée tenue en Aquitaine Se ensuite dans divers conciles assemblés dans les autres provinces Se les royaumes voisins. Telle fut l'origine de la trêve de Z)zVw, ainsi appelée soit parce que les jours de la semaine marqués pour l'observer étoient consacrés aux mystères de la passion & de la résurrection de Jésus-Christ, soit parce qu'on prétendit que Dieu l'approuva par des punitions exemplaires qu'il exerça sur ceux qui l'avoient violée. Comme le mot de trêve ^ dérive de l'espagnol tregua, cela confirme qu'on est redevable de son premier établissement au concile de Tulujes tenu sur les frontières d'Espagne.

Les évêques^ Se les chapitres furent chargés parce concile d'en faire observer les canons, avec pouvoir de juger les violateurs de la paix Se de la trêve de Dieu Se de les excommunier ; mais le mal avoit jeté de si profondes racines, qu'on trouva beaucoup de difficulté à faire exécuter ce décret, ce qui engagea les évêques à tenir dans la suite des assemblées diocésaines, soit pour confirmer la trêve, soit pour ajouter aux décrets qui l'établissoient. De là vient la différence que nous trouvons en diverses copies qui nous restent"^ des actes de l'assemblée ou concile de Tulujes , tirées des archives des églises de Narbonne, d'Elne, d'Ausone Se de Girone. Il paroît même qu'on fut obligé d'abréger le temps de la trêve Se de la réduire par semaine, dans le diocèse d'Elne, depuis le samedi au soir jusques au lundi matin, suivant les actes d'une assemblée tenue ^ dans ce diocèse en 1047, à laquelle Oliba, évêque d'Ausone, présida à la place de Béranger, évêque d'Elne, qui, étant allé en pèlerinage à la Terre-Sainte, lui avoit confié le gouvernement de son diocèse pendant son absence. On statua*^ de nouvelles peines contre les infracteurs dans divers conciles généraux ou particuliers qui furent tenus dans ce siècle ou dans les suivans. Toutes les peines canoniques n'étant pas suffisantes pour faire observer la paix Se procurer la tranquillité publique, on se vit enfin obligé dans la suite d'employer la voie des armes. On leva des troupes Se l'on établit des impositions pour les entretenir ;

' Glaber, 1. 5, c. i, p. 55. — Hugo Flaviniac. p. ii38 & seq. — Voyez tome V, Chartes & Di-

Chron'icon. — Labbe, Bibl.nova manusc. t. i, p. 187. plômes, n. CLXXXVI.

^ Du Gange, Glossaire. — Pagi, ad ann. 1041, '' Marca, Concord. éd. 1704, p. 435 & seq. —

n. 6. Voyez tome IV, Note XXXI, n. 2.

^ Marca, Concord. éd. 1704, p. 433 & seq. * Marca , Concord. 1. 4,0. 14. — Pagi , ad

^ Marca, Concord. ibid. — Marca Hispanica, ann. 1034, n. 2 j 1041, n. 8.

An

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ce qui donna dans nos provinces l'origine à l'établissement de la pe-^ade ^ jàom nous parlerons dans la suite.

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