XXVII. — Union de Vahhaye de Moissac à l'ordre de Cluny
Ce prince concourut d'un autre côté à la réforme de l'abbaye de Moissac. Le comte Guillaume Taillefer, son père, avoit aliéné l'avouerie de ce monastère en faveur de Gauzbert, sur laquelle il s'étoit seulement réservé la suzeraineté. Pierre, alors abbé de Moissac, Se ses religieux, firent d'abord quelque difficulté de se soumettre à cet avoué; mais enfin ils s'accommodèrent^ avec lui Se le reconnurent en 1042 pour leur ahhé chevalier ou séculier. Ils lui cédèrent en même temps un droit appelé captennium'^^ tant sur une partie de la ville de Moissac que sur diverses dépendances de l'abbaye , pour lequel il s'obligea de leur faire hommage , en sorte qu'il étoit vassal des comtes de Toulouse pour l'avouerie, Se de l'abbé régulier Se des religieux de Moissac pour les biens qu'ils lui cédèrent afin d'obtenir sa protection. Il la leur accorda dans la suite Se se démit "^ de son avouerie en faveur de Pons, comte de Toulouse, 6- de Guillaume son fils, ses seigneurs, pour en jouir après sa mort, à condition qu'ils ne pourroient ;a7nazj- la vendre ni V engager à aucun clerc ou laïque; qu'eux Se leurs successeurs auroient toujours la protection du monastère. Se qu'ils le Feroient gouverner par un abbé régulier sous l'autorité de l'abbé de Cluny, ce que Pons Se son fils promirent solennellement.
Gauzbert, dans le temps de cette cession , avoit déjà commencé d'établir la réforme à Moissac. S. Odilon , abbé de Cluny, ayant fait un voyage ^ en Querci en 1047, ce seigneur, joint à l'évêque de Caliors Se aiix principaux du pays, le pressèrent extrêmement de se charger du soin de ce monastère où il ne restoit presque plus de régularité. Le saint abbé leur refusa d'abord leur demande ; mais il se rendit enfin Se laissa en partant, à Moissac, quelques-uns de ses religieux, entre autres Durand de Dôme, Auvergnat de naissance, qu'il leur donna pour supérieur ou abbé, avec l'agrément de Pons, comte de Toulouse, Se des seigneurs du voisinage.
Pons, après avoir acquis, par la cession de Gauzbert, une autorité immédiate sur cette abbaye, voulut exécuter ses promesses. Il se rendit donc dans le mo-
' Gallia. Christiana , nov. edit. t. i, p. 683. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
' Voyez tome IV, -Note XXXII, n. 5. — Baluze, méro CCXXII.
Hist. Tutel, p. 49 & seq. ^ Aimery du Peyrat , Chronique manu.sc. Bibl.
^ Voyez du Cange, Glossaire. Imp. fonds latin, n. 4991 A.
nastère, Se là, du consentement d'Almodisy sa femme , 6* des princes d'Aquitaine, ses sujets, entre autres de Bernard, évêque de Cahors, 8c du même Gauihert, abbé, il fit dresser un acte' solennel, suivant lequel il déclare « qu'il soumet « à l'abbaye de Cluny, en présence de S. Hugues, qui en étoit abbé, le mo- « nastère de Moissac, que lui Se les comtes de Toulouse ses prédécesseurs avoient « tenu en fief des rois de France, ou, suivant une autre leçon, des abbés ré- M guliers qui le gouvernoient. Pons défend à ses parens Se à ses successeurs de « rien changer à cette disposition, soit après sa mort, soit après celle du prince (t Gau-^bert, qui après lui étoit le défenseur du monastère de Moissac dont il « étoit appelé abbé, Se en cas qu'on y apportât quelque changement, il veut « que le pape Se le roi de France, chargés aussi de la défense de cette abbaye, « en prennent connoissance. » L/acte est daté de l'an io53, le mardi iour^ de Kd, origin.
, ' t« II, p. 102.
la fête de Saint-Pierre, patron des deux abbayes de Cluny Se de Moissac. XXVin. — Pons répudie Almodis, sa femme, qui épouse le comte de Barcelone,
Cette date prouve que Pons, comte de Toulouse, vivoit encore alors en bonne intelligence avec Almodis, sa femme. Ils^ se séparèrent bientôt après, Se elle épousa vers la fin de la même année Raimond-Béranger premier du nom, comte de Barcelone, qui étoit déjà veuf d'Elisabeth. Nous trouvons l'époque de ce nouveau mariage d'Almodis dans l'acte"^ par lequel le comte de Barcelone, son époux, lui assigne pour douaire le 4 de novembre de la vingt-sixième année du règne du roi Henri, ou de l'an io56, la troisième année de leur mariage, la ville 6» Vévêché de Girone, avec toutes les abbayes qui en dépendoient. Se tout ce que la comtesse Ermessinde, son aïeule, avoit tenu dans les comtés d'Ausone Se de Barcelone. Raimond-Béranger dispose en même temps de tous ces domaines en faveur des fils qu'il auroit d'Almodis, Se en cas qu'il n'en eût qu'une fille, il veut que son fils du premier lit, ou celui de ses proches qui seroit comte de Barcelone, donne cinquante mille sols, c'est-à-dire mille onces d'or, à cette fille j preuve que les mâles de la maison de Barcelone, même des branches collatérales, avoient droit de succéder à ce comté à l'exclusion des filles 5. Ce prince différa tout ce temps à assigner ce douaire, tant à cause que suivant^ les lois des Visigoths en usage dans la Catalogne, les maris ne pouvoient le faire qu'un an après leur mariage, que parce que la comtesse Ermessinde, son aïeule, avoit auparavant l'administration de tous ses biens.
Deux anciens historiens font mention de ce mariage d'Almodis, mais ils ne sont pas tout à fait d'accord sur les circonstances. L'un"^ des deux, qui la dépeint comme une femme déréglée, fait entendre qu'après avoir abandonné son
• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CC. ■• Marca Hispan'ica, p. i i 09 & seq.
' Voyez tome IV, Note XXXII, n. 4. ' Ihld.
' Diego, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, * Ibid. p. iio5.
c. 40. — Bahize, Marca Hispan'ica, p. 448 & seq. — ' Guillaume de Malmesbury, 1. 4. Voyez tome IV, Note XXXII,
An io53
premier mari pour épouser le comte de Toulouse, elle se sépara elle-même de ce dernier pour se marier au comte de Barcelone. L'autre ' , dont le témoignage paroît plus sûr, prétend que Pons la donna lui-même à celui-ci, ce qui marque une répudiation de sa part. Ce qu'il y a de vrai^, c'est que cette princesse épousa non-seulement le comte de Barcelone du vivant de Pons, comte de Toulouse, son second mari, quoi qu'en disent quelques généalogistes modernes qui ont avancé le contraire, mais aussi du vivant de Hugues, seigneur de Lusignan, qu'elle avoit épousé en premières noces. Ce dernier ne mourut^ en effet que le 8 octobre de l'an 1060, qu'il fut tué dans son château de Lusignan, où Gausfred, duc d'Aquitaine, l'avoit assiégé. Son fils, du même nom, qu'il avoit eu d'Almodis, lui succéda. Cette dame eut des enfans du comte de Toulouse, qui, à ce qu'il paroît, ne prit point d'autre femme après l'avoir répudiée. Elle en eut aussi du comte de Barcelone son troisième mari.