LXIV. — Origine de la ville de Beaucaire
Ce partage qui nous fait connoître l'étendue du domaine de Béranger, vicomte de Narbonne, est le plus ancien monument que nous trouvons où il soit parlé de Beaucaire, ville considérable, située à l'extrémité de la Province sur la rive occidentale du Rhône, dans le diocèse d'Arles, Se dépendante pour u\hv-^2x6. le temporel de celui de Nimes. On peut aisément prouver' par là que cette ville n'est pas différente de l'ancien château d'Ugernum,que le même Béranger, vicomte de Narbonne, possédoit certainement. Il est fort vraisemblable que Pons, comte de Toulouse, après avoir assigné % vers l'an 1087, pour le douaire de Majore son épouse, la terre d'Argence qui comprenoit la ville de Beaucaire Se qui, à ce qu'il paroît, faisoit partie du comté de Saint-Gilles, la donna ensuite en fief à Béranger, vicomte de Narbonne. Les^ successeurs de celui-ci l'inféodèrent eux-mêmes aux seigneurs d'Anduze.
Les comtes de Toulouse tenoient ce pays des archevêques d'Arles, comme l'on voit par divers monumens, entre autres par un accord"^ que Raimond de Saint-Gilles fit vers l'an 1070 avec l'archevêque Aycard, suivant lequel il restitua à ce prélat l'église de Sainte-Pasque avec ses dépendances, à la réserve de ce qu'il avoit donné pour réparer l'enceinte du château de Beaucaire^. Raimond restitua^ aussi par cet acte à la cathédrale d'Arles toutes les terres qu'elle avoit à Jrgence, telles que Raimbaud, archevêque de cette ville, les avoit possédées autrefois"^, la troisième partie du château de Foulques &. la moitié de celui d'Albaron, quand il en serait le maître ^ il promit enfin de rendre à l'archevêque Aycard la moitié de la leude ou péage qu'on exigeoit sur les bateaux qui montoient ou descendoient le Rhône, s'il venait à le recouvrer à Arles sur Bertrand, comte de cette ville, qui en jouissoit. Nous concluons de ces dernières paroles : 1° que Raimond de Saint-Gilles dominoit ou prétendoit dominer du vivant de Guillaume, comte de Toulouse, son frère, sur la moitié de la Provence, qui par conséquent lui étoit échue pour son partage, ou pour mieux dire qu'il avoit eue par son mariage avec sa première femme j 2° qu'il avoit alors quelque démêlé avec le comte Bertrand, qui, sous le titre de comte d'Arles, possédoit l'autre moitié de cette province dont il avoit hérité^ de Geoffroi, son père 5 3° qu'enfin Raimond avoit des droits sur la basse Provence Se qu'ainsi tout ce pays étoit encore alors possédé par indivis, tant par ce prince que par les descendans de Guillaume I, comte de Provence.
' Voyez tome IV, Note XXXVIII. 5 Voyez tome IV, Note XXXVIII, n. 5.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- '^ Voyez tome V, Chartes &. Diplômes , nu-
méro CLXXIX. méro CCLII.
3 Ibid. n. CCCCII. ' Voyez tome IV, Note XLI.
'' Ibid. n. CCLII. 8 Ibid. NotcXlV, n. 24 & suiv.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV. 35o
^ ' ' An 1067
Pour revenir au partage que firent entre eux les deux fils de Béranger, vicomte de Narbonne, la plupart des domaines que ce dernier avoit possédés dans les différens comtés énoncés dans cet acte, provenoient sans doute des dots que lui 6c ses ancêtres avoient reçues de leurs femmes. Les anciens vicomtes de Narbonne se seront alliés par consé((uent avec les comtes de Rouergue, de Barcelone, de Girone, de Besalu 8c de Carcassonne, les vicomtes de Béziers, d'Albi, de Gévaudan, de Millau, Sec.