‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 157 sur 227 · L. — Autorité des comtes de Toulouse sur Vahhaye de Moissac · texte numérisé non relu

L. — Autorité des comtes de Toulouse sur Vahhaye de Moissac

L'abbaye de Moissac, en Querci, étoit alors soumise, comme celle de Sorèze, à l'autorité d'un seigneur séculier. Gauzbert^, qui s'en qualifioit ahhé laïque , confirma au mois de juin de l'an io63, entre les mains de Guillaume, comte de Toulouse, fils 8c successeur de Pons, l'union qui en avoit été faite à celle de Cluny. « Il déclare dans l'acte que si ce prince venoit à décéder sans ence fans légitimes, ses frères Raimond 8c Hugues, fils de Pons, 8c les fils que « ces derniers auroient d'un légitime mariage, lui succéderoient l'un après « l'autre dans l'exercice de l'autorité qu'il leur accordoit sur cette abbaye, « pour y maintenir l'observance régulière, 8c que si la postérité de ces comtes « palatins venoit à manquer, leurs successeurs dans le comté de Toulouse « jouiroient du même pouvoir, sans préjudice de celui des abbés de Cluny. » Gauzbert supposoit, ce semble, par cette clause, qu'il y avoit une substitution dans la maison de Toulouse en faveur des mâles, à l'exclusion des filles. Nous ferons ailleurs usage de cette remarque.

Il y avoit donc alors quatre abbés à Moissac, deux réguliers 8c deux séculiers. Les deux réguliers étoient Durand, évêque de Toulouse, qui en avoit le gouvernement immédiat, 8c S. Hugues, abbé de Cluny, qui en étoit comme le supérieur général 5 les deux séculiers étoient Gauzbert, qui prenoit la qualité d'abbé laïque de ce monastère 8c qui eut des successeurs dans cette dignité, 8c Guillaume, comte de Toulouse, qui y exerçoit la principale autorité en qualité de comte de Querci 8c de seigneur suzerain. Ce prince se trouva sans doute à la dédicace de l'église de cette abbaye, qui se fit sur la fin de la même

' Biduze, Misccllaneaj t. 4, p. 446. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXXI. méro CCXXII.

année' par Durand, évêque de Toulouse, son abbé, qui l'avoit fait rebâtir & qui tut assisté dans cette cérémonie par Austinde, archevêque d'Auch, £; six autres évêques d'Aquitaine ou de Gascogne.

LI. — Lettre de Roger 1^ comte de Foix, à S. Hugues, abhé de Clu

R.oger I, comte de Foix, exerçoit sur les monastères de son domaine une semblable autorité, mais il ne s'en servit que pour y établir la réforme. Il écrivit entre autres, avec la comtesse Amica sa femme, à S. Hugues, abbé de Cluny, une lettre^ pleine de religion pour lui donner, du consentement volontaire du comte de Toulouse, le lieu de Saint-Antonin, appelé communément Fréde- Lis, afin quily établît Vordre monastique. On ne voit pas que les pieux desseins de ce comte aient été exécutés 8<. que S. Hugues ait mis la réforme dans l'abbaye de Frédelas, aujourd'hui Pamiers. Ses domaines étoient encore en effet au commencement du siècle suivant ^ au pouvoir des comtes de Foix.

Outre le comté de ce nom, Roger I possédoit une portion de celui de Carcassonne dont "^ il fut le second comte de son nom. L'autre partie du Carcasses appartenoit à Roger III, son neveu à la mode de Bretagne & iîls du comte Éd. origin. Pierre-Raimond. C'est ce qu'on voit par un acte suivant lequel u le comte '^ '°^'

« Roger 5, fils de Rangarde, ou Roger III, promet au comte Roger, fils de la « comtesse Garsinde, ou à Roger II, de ne pas lui ôter la ville de Carcas- « sonne Se ses dépendances, les châteaux de Saissac, de Capendu, d'Arsens, « d'Alayrac, Rustiques, Villalier StCouffoulens, ceux du Puy, de Cabaret, &c., « Vévêché du comté de Carcassonne, les abbayes situées dans son étendue avec « leurs honneurs, & enfin les autres évêchés, abbayes, villes, châteaux, alleux, « fiefs 8c droits que ce dernier possédoit ou qu'il acquerroit dans la suite avec « son conseil. Roger III promet de plus au comte Roger, fils de Garsinde, de « le laisser paisible possesseur de la moitié de la Justice du comté de Carcas- « sonne, de le secourir envers &. contre tous, excepté contre Guillaume, comte « de Toulouse, Raimond, frère de ce prince, Pierre-Bernard, oncle du même (c Roger III, Rangarde, sa mère, & ses propres vassaux j de ne pas attenter ni « a sa vie, ni à ses membres, 6c de se déclarer enfin ennemi de ceux qui l'at- « taqueroient. » Cet acte, qui est très-intéressant, prouve la suzeraineté des comtes de Toulouse sur le comté de Carcassonne Se nous fait comprendre que quoique Roger I, comte de Carcassonne, eût disposé par son testament '^ de tout ce comté en faveur de Raimond, son fils aîné, aïeul de Roger III, il changea néanmoins quelque chose à cette disposition 5 à moins que Bernard, son fils puîné Se père de Roger I, comte de Foix, ne se soit emparé d'une

' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLV.

p. 865. — Gallia Christiana, noy. edit. t. i,p. i6i. ■• Voyez tome IV', Nofe XXII, n. 19.

— Conciles, t. 9, p. iiy.j. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

■' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu - méro CCXXIII.

méro CCXIV. « Ibid. n. CXXXVIII.

An I 06 3

344 HISTOIRE GÈNERALi; DE LANGUEDOC. LIV. XIV.

partie du même comté pendant la minorité de ses neveux, fils du comte Raimond, son frère. Quant à l'époque de cet acte qui n'est pas daté, on peut la fixer à peu près sur ce que d'un côté il est postérieur à la mort de Pons, comte de Toulouse, arrivée en 106 1, Si. que de l'autre Roger III étoit déjà décédé en 1067. Ainsi, comme ce dernier étoit déjà majeur dès le mois d'avril de ^^ j^^ l'an 1064 & qu'il gouvernoit alors ses domaines par lui-même, il fit sans doute vers ce même temps ce traité avec Roger I, comte de Foix, son parent.

Nous avons la preuve que Roger III , comte en partie de Carcassonne 81 vicomte de Béziers &. d'Agde, administroit lui-même ses États au mois d'avril de l'an 1064, dans un' acte suivant lequel « Gonthier, évêque d'Agde, &c Pons, « abbé, furent trouver alors ce comte 8c lui représentèrent que le monastère « de Saint-André, situé près des murs de cette ville, qu^il leur avoit donné, « étoit presque entièrement désert 5 que de tous les anciens biens qu'il possé- « doit autrefois 8c qui suffisoient pour l'entretien de trois cents religieux, il « restoit à peine de quoi en nourrir un seul, 8c que dans la vue d'y rétablir « l'ordre monastique, ils avoient engagé Durand, abbé de Saint-Victor de « Marseille 8c sa congrégation, à s'en charger, à cause de l'étroite amitié qui « étoit entre eux. Sur cela le comte Roger permit non-seulement à l'évêque « Gonthier 8c à l'abbé Pons de faire cette union, mais il l'autorisa de la ma- « nière la plus authentique, du consentement des principaux seigneurs 8c du « peuple du pays, de Rangarde, sa mère, 8c de Sybille, sa femme. » Roger III, comte de Carcassonne, étoit donc marié en ce temps-là, ce qui prouve encore qu'il avoit pris l'administration de ses domaines après avoir été quelques années auparavant sous la tutelle de la comtesse Rangarde, sa mère, ainsi qu'on l'a déjà vu. Au reste, l'abbé Pons, qui sollicita l'union de l'abbaye de Saint-André d'Agde à celle de Saint- Victor de Marseille, étoit sans doute abbé de la première, que le comte Roger III lui avoit donnée vraisemblablement en fief.

LII. — Mort de Roger 1, comte de Foix. — Pierre, son frère, lui succède

en partie.

Il y a lieu de croire que ce prince hérita ou prétendit hériter quelque temps après de l'autre moitié du comté de Carcassonne possédée par Roger I , comte de Foix, qui mourut sans enfans^ avant l'an 1067. Peut-être étoient-ils convenus par quelque traité de se succéder l'un à l'autre, au défaut de descendans mâles, dans la partie du comté de Carcassonne que chacun d'eux occupoitj ce qu'il y a de vrai^, c'est que d'un côté Roger III 8c ses héritiers prétendirent qu'après la mort de Roger I, comte de Foix, tout le comté de Carcassonne leur appartenoit, 8c que de l'autre Pierre, frère de ce dernier, ou du moins Roger, son neveu, lui succédèrent dans le comté de Foix, lequel passa à leur postérité. Ce comte Pierre, qui prend le surnom "^ de Bernard {FetrusBernardï)^

' Voyez t. V, Chartes & Diplômes, n. CCXXIV. s Voyez tome IV, Note XXI, n. 4?).

" Voyez tome IV, Note XXII, n. 19. '• Voyez tome V, Chartes Sk Diplômes, n. CCXLV.

An 1064

c'est-à-dire fils de Bernard, &. qui avoit eu , à ce qu'il paroît, le comté de Conserans en partage, est le même que Pierre-Bernard que Roger III appelle t'n.p'loii. son oncle dans un acte dont on a déjà parlé} il l'étoit en effet à la mode de Bretagne. *

LUI. — Vœu de Bernard, comte de Bigorre, à Notre-Dame du Puy.

Bernard, comte de Bigorre, qui étoit frère, à ce qu'il paroît, de R.oger I, comte de Foix, mourut à peu près vers le même temps. Il entreprit, en 1062, avec Clémence, sa femme ', un pèlerinage à l'église de Notre-Dame du Puy, oii il convoqua à son arrivée l'évêque & les chanoines, se recommanda à leurs prières, & par un esprit de piété Se de religion se voua avec son comté à cette église &. s'engagea de lui payer tous les ans, pour marque de son dévouement, tant pour lui que pour ses successeurs , la somme de soixante sols morlanois, comme une espèce de cens. C'est là la véritable origine^ de la prétendue mouvance du comté de Bigorre de l'église de Notre-Dame du Puy, sur quoi quelques auteurs ^ ont débité bien des fables. On croit "^ que Bernard Tumapaler, comte d'Armagnac, soumit vers ce temps-là son comté à la même église, 8c qu'à l'exemple du comte de Bigorre il s'engagea envers elle à lui payer une redevance annuelle. Artaud 5, comte de Pailhas"^, dans la Marche d'Espagne, 8c ses fils Artaud, Guillaume 8c Eudes, firent aussi quelques années après une donation à l'église du Puy. Tous ces actes prouvent que cette église étoit alors fort célèbre 8c qu'on y avoit une grande dévotion.

Bernard'', comte de Bigorre, unit au mois de novembre de l'an 1064 le monastère des SS. Félix 8c L/izier à l'abbaye de Cluny, en présence de Durand, évêque de Toulouse, 8c de plusieurs autres évêques. On ne trouve plus depuis aucun monument de ce comte, qui gouverna son domaine avec beaucoup de prudence Sv de sagesse 8c qui décéda sans doute bientôt après. Il laissa ^ un fils, nommé Raimond, de Clémence, sa première femme, 8c une fille, appelée Béatrix^, d'Étiennette qu'il épousa en deuxièmes noces après l'an 1062. Raimond, son fils, lui succéda dans le comté de Bigorre 8c mourut sans enfans. Il paroît'° qu'il eut quelque différend avec Arnaud III, comte de Comminges, qu'il ravagea son domaine 8c qu'il en fit ensuite réparation. Suivant cet acte le même Arnaud avoit " un frère nommé Roger, alors moine de Lézat. Béatrix,

' Marca, Histoire de Bcam, p. 810. — Gallla panlca, append. n. 288, & tome V, Catalogue des

Chrlstlana, nov. edit. t. 2, Instrum. p. 226. actes relatifs a l'abbaye de Cuxa. [E. M.]

' Marca, Histoire de Béarn, p. 807 & suiv. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

' Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, y éd. méro CCLXIV. p. 287, 406 & suiv. ' Baluze, Mlscellanea, t. 6, p. ^78 & seq. —

^ Marca, Histoire de Béarn, p. 809. Mabillon, ad ann. 1064, n. 65.

' Voyez sur Artaud, comte de Pailhas, & son fils * Marca, Histoire de Béarn, p. 809 & suiv. —

de même nom, une charte de l'année 1076, par la- Voyez tome IV, Note XXII, n. 16. quelle ils reconnaissent l'un & l'autre les torts ' Ibld.

qu'ils ont eus envers le monastère de Saint-Michel '° Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCLI.

Je Cuxa 8t cherchent à les réparer. — Marca Hls- " Voyez tome IV, Note XXII, n. 32 & suiv.

fille de Bernard, comte de Bigorre , épousa en 1078 Centule, vicomte de Béarn, S<. hérita de ce comté après la mort de son frère arrivée avant le mois d avril de Tan 1080. C'est ainsi que finit cette branche de la maison de Carcassonne. *

LIV. — Mort de Roger III, comte de C arc as sonne. — Ermengarde, sa sœur, lui succède dans la plus grande partie de ses domaines.

An io65

Roger III qui en étoit le chef en qualité de descendant de Raimond, fils aîné du comte Roger I, confirma, au mois de juin de l'an loôS, en faveur de la cathédrale de Béziers, la donation ' que le comte Pierre-Raimond, son père, avoit faite à cette église en 1048. Il ne survécut pas longtemps, Se nous verrons bientôt qu'il étoit décédé en 1067^. Comme il n'avoit pas d'enfans de Sy bille sa femme, il fit Ermengarde, sa sœur, sa principale héritière ^ 5c elle lui succéda en effet dans la plupart de ses domaines qui comprenoient entre autres les comtés de Carcassonne & de Razès, Se les vicomtes de Béziers & d'Agde qu'elle apporta dans la maison de Raimond-Bernard, son mari, vicomte d'Albi &. de Nimes. Cette maison devint ainsi la plus puissante de la Province, après celle des comtes de Toulouse, qui vers le même temps réunit à son domaine les biens de la branche de Rouergue par la mort de Berthe, comtesse de ce pays & marquise de Gothie, ce qu'il faut reprendre de plus haut.

LV. — Mort de Berthe, comtesse de Rouergue, marquise de Gothie, 6'C.

On a déjà remarqué que cette princesse, qui avoit épousé dès l'an io5i Robert, fils aine de Guillaume V, comte d'Auvergne, hérita dès l'an loSç de tous les domaines qui avoient appartenu au comte Hugues, son père, h. que le premier se qualifioit'^ alors comte de Rouergue. Nous apprenons de plus, par une lettre que le pape Nicolas II écrivit^ à Robert, que ce comte dominoit sur le Rouergue au nom de sa femme à la fin de la même année ou au commencement de la suivante. Ce pape l'exhorte par cette lettre à restituer au monastère de Saint-Amand de Rodez les biens que Richard, abbé de Saint- Vannes de Verdun, auquel ce monastère étoit soumis, avoit engagés <5 en 1028 au comte Hugues, père de Berthe. Walleran, abbé de Saint-Vannes, parent de Robert, tid. origan, qui avoit sollicité cette lettre &c qui s'en étoit chargé, mourut ^ à son retour de Rome avant que de l'avoir rendue, le 26 de juin de l'an 1060. Elle nous apprend que ce comte, dans un voyage qu'il avoit fait peu de temps auparavant à Rome, s'étoit ouvert au pape Nicolas II du dessein qu'il avoit formé d'abandonner le siècle, dessein qu'il n'exécuta pas.

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXXV. ^ Hugues de Flavlgny, Chron'icon. — Labbe, Bi-

' Ib'id. n. CLXXXVIII. hliotheca nova manuscriptorum, t. 2, p. ipB.

3 Ib'id. n. CCXLVII. * Labbe, B'ihl. nova manuscr. t. 2, p. i83.

* Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver- ' Mabillon, Annal, ordinis sancti Benedicti, ad

Qne, t. 2, p. 07. aiin. 1060, n. 74.

t. II, p. 20Q

Robert posséda donc dès l'an loaç, au nom de Berthe, sa femme, le marquisat de Gothie, les comtés de Rouergue, de Narbonne, de Gévaudan & les autres domaines qui avoient appartenu à Hugues, père de cette princesse qui lut son héritière. Nous avons en eftet divers monumens qui nous apprennent que Robert & Berthe, sa femme, dominèrent conjointement sur ces différens pays depuis cette année jusques en io65.

Tel est le consentement qu'ils donnèrent' en 1060 ou 1062 avec Pierre évêque de Rodez, au rétablissement du monastère de Saint-Pierre de Clairvaux en Rouergue, situé entre les châteaux de Panât 6- de Cassaignes. Nous trouvons encore que Deusdet, abbé laïque ou séculier de Vabres, unit^ cette abbaye à la congrégation de Saint-Victor de Marseille, du consentement de son maître 6» de son seigneur Robert, comte de Rouergue 6* d'Auvergne, de sa femme Berthe 6" de la comtesse Richarde, aïeule de celle-ci. L'acte est daté du bourg ou village de Saint-Gilles, un mardi 12 de juin de Van 1062, indiction XIV, épacte xxvi, le dix-neuvième jour de la lune. L'indiction, la lettre dominicale, l'épacte & le jour de la lune, qui conviennent parfaitement ensemble, font voir qu'il y a faute dans l'année de l'Incarnation Se qu'il faut lire 1061 au lieu de 1062.

On doit dire la même chose d'un autre monument ^ daté du mois de novembre de l'an 1062, indiction xiv, suivant lequel le même Deusdet s'étant rendu à l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, « où S. Hugues, abbé de Cluny, « présidoit à une assemblée capitulaire, donna à cet abbé &. à ses successeurs « l'abbaye de Vabres, avec Vagrément de Robert, comte d'Auvergne, de Pierrea Béranger, évêque de Rode-^, 6* des comtesses Richarde 6- Berthe, pour la faire « gouverner régulièrement sous son autorité par Durand, moine de Cluny, « abbé de Moissac 8<. évêque de Toulouse, suivant les usages de Cluny. » Deusdet déclare qu'il fait cette donation tant pour la rémission de ses péchés que de ceux de ses parens, qui, par des traités simoniaques, avoient auparavant acheté V abbaye de Vabres dont ils avoient été abbés. L'union de ce monastère à la congrégation de Cluny n'eut pas lieu 8c il fut agrégé à celle de Saint- Victor de Marseille, suivant le premier projet. C'est ce que nous apprenons d'une lettre "^ que Durand, abbé de Saint-Victor, étant malade, écrivit au comte Robert pour l'informer que, conformément à sa demande, il envoyoit quelquesuns de ses religieux à Vabres afin de procéder à l'élection d'un abbé, avec promesse, s'il revenoit en santé, d'aller, selon ses ordres, le joindre à Narbonne au mois de septembre suivant. Durand, abbé de Saint-Victor, mourut bientôt après au mois de novembre de l'an 1064. On doit inférer de là : 1° que cette union fut consommée vers le milieu de la même année j 2° que Robert dominoit alors à Narbonne, au nom de Berthe, marquise de Gothie, sa femme. Du reste, l'union de l'abbaye de Vabres à la congrégation de Saint-Victor de

' Mabillon, ad ann. 1062, n. i23 ^ Aymar du Peyrat, Chronicon. — Baliize, Hts-

" Ihid. n. 124. — Gallia Christiank, nov. edit. to'ire généal. de la maison d'Auvergne , t. 2, p. 62. t. 1, p. 57 & seq. ^ Martène, Ampl. collect. t. i, p. 467.

An I 066

Marseille subsista ' jusques au commencement du quatorzième siècle que ce monastère fut érigé en évêché.

Enfin le comte Robert & Berthe, sa femme^, fille de Hugues, comte de Rouergue, voulant rétablir l'observance monastique dans l'abbaye de Saint- Amand de Rodez où elle étoit entièrement déchue, soumirent ce monastère à la même abbaye de Saint- Victor & le donnèrent à Bernard qui en étoit abbé. C'est ce que nous apprenons d'un ancien monument où il est marqué que cette union ne fut exécutée que plusieurs années après, à cause des guerres qui s'élevèrent dans le Rouergue. Il est aisé de conclure de là que Berthe vivoit encore en io65, puisque Bernard ne fut élu ^ abbé de Saint-Victor de Marseille qu'au mois de mai de cette année 5 8c comme il est certain que cette comtesse étoit déjà décédée au mois de décembre de l'an 1066, ainsi qu'on le verra bientôt, cela nous donne à peu près l'époque de sa mort. Cette mort arriva, selon les apparences, après celle de la comtesse Richarde, son aïeule, de laquelle nous n'avons plus rien après l'an 1061.

LVI. — Robert 11, comte d'yîuvergne, épouse en secondes noces Judith de Melgueil. — Il dispute au comte de Toulouse 0 à Raimond de Saint-Gilles, son frère, la succession de Berthe, sa première femme.

tfn,p"f"o. Robert, comte d'Auvergne, se remaria bientôt après 8c il avoit déjà épousé en secondes noces'^ dès l'an 1069 Judith, fille ^ de Raimond I, comte de Substantion ou de Melgueil 8c de Béatrix, 8c non pas de Pierre, comte de Melgueil 8c d'Almodis, comme le prétend un historien moderne*^. Judith devint veuve en ioo5 du comte d'Auvergne, auquel elle survécut longtemps, comme il paroît par une donation "^ qu'elle fit en faveur de l'abbaye de Cluny 8c de Pons, son neveu, qui en étoit abbé 8c qui ne fut élu qu'après l'an 1109. Elle ^ prit ensuite l'habit religieux dans le monastère de Saint-Pierre de Cornillon au diocèse de Grenoble, où l'on croit qu'elle fut inhumée 8c où son anniversaire est marqué au dernier jour d'avril.

Berthe, comtesse de Rouergue 8c marquise de Gothie, décéda sans postérité. Un de nos généalogistes ^ prétend que se voyant sans enfans elle donna le comté de Rouergue, vers l'an 1064, à Guillaume IV, comte de Toulouse, son cousin, ce qui fit, ajoute-t-il, que Raimond, frère de ce dernier, prit ensuite le titre de comte de Rouergue ; mais on n'a aucune preuve de cette disposition 8c il est plus vraisemblable que Berthe mourut ab intestat 8c que ces deux frères, qui recueillirent enfin toute sa succession, fondèrent leur droit sur la

' Gall'iaChristiana,Y\o-v. cà. t. i,instrum. p. 109. " Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver-

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- gne, t. ),p. 5o, & t. 2, p. 49.

méro CCLXXVII. ' Gallia Christiana, nov. edit. t. 4, p. i r34 & seq.

3 Gallia Cliristiana, nov. edit. t. i, p. 684. * Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver-

■* Baluze, Histoire généal. de la maison d'Auver- gne, t. 1, p. 64, & t. 2, p. 5p.

gne, t. I, p. 5o, & t. 2, p. 49. ^ Le P. Ange, Hist. généal. des pairs de France,

' Voyez tome IV, Note XXXV, n. i. t. 2, p. 635.

proximité du sang 8c peut-être encore sur quelque substitution réciproque faite entre leurs ancêtres. Berthe descendoit en effet en ligne droite d'Ermengaud ', comte de Rouergue 8c marquis de Gothie, fils puîné d'Eudes, comte de Toulouse j ainsi elle étoit parente au quatrième degré de Guillaume IV, comte de cette ville, 8t de Raimond de Saint-Gilles, son frère.

Il paroît cependant que ces deux princes ne furent pas d'abord paisibles possesseurs de tous les domaines qui avoient appartenu à Berthe ; que Robert, comte d'Auvergne, mari de cette princesse, leur disputa sa succession 8c tâcha de se maintenir du moins dans la possession du Rouergue 8c du Gévaudan j 8c que c'est ce qui causa les guerres qui s'élevèrent dans le premier de ces pays aussitôt après la mort de cette princesse 8c qui ne finirent^ que vers Tan 1079. Il est vrai que nous ne voyons pas, depuis cette mort, que Robert se soit qualifié comte de Rouergue comme auparavant 8c qu'il ait exercé quelque autorité sur ce pays 5 mais il est certain qu'il prit depuis le titre de comte de Gévaudan : or, comme ce dernier comté étoit du domaine ^ de Berthe, 8c que Raimond de Saint-Gilles le posséda dans la suite en qualité d'héritier de cette princesse, nous ne doutons pas que le comte d'Auvergne ne le lui ait disputé avec les autres pays qui avoient appartenu à sa femme, 8c que cela n'ait occasionné entre eux une guerre dont le Rouergue fut le principal théâtre.

LVII. — Raimond de Saint-Gilles succède aux domaines de la branche de

Rouergue.

Au reste, il y a lieu de croire que Raimond de Saint-Gilles soutint seul cette guerre contre le comte d'Auvergne. Nous voyons du moins qu'il recueillit presque toute la succession de Berthe, que Guillaume IV, comte de Toulouse, son frère, lui céda sans doute par quelque traité particulier. Raimond se qualifia"^ en effet, depuis l'an 1066, comte de Rouergue, de Narbonne, de Nimes, 8cc., comtés dont cette princesse avoit hérité de son père. Raimond de Saint-Gilles fit par là revivre en sa personne le titre de comte de Rouergue affecté à la branche cadette de sa maison, 8c il le prit ordinairement dans la suite jusques à son avènement au comté de Toulouse. Ce n'est donc pas par usurpation, comme quelques auteurs ont voulu le faire entendre, que ce prince se rendit maître du Rouergue^ 8c des autres domaines qui avoient appartenu à la comtesse Berthe, mais par un droit légitime qu'il avoit à sa succession.

C'est peut-être en qualité d'héritier de cette princesse que Raimond étendoit au mois d'août de l'an io65 son autorité sur l'Uzège. Ce prince étant alors 6

• Voyez tome IV, Note VIII. ''Voyez tomeV. Chartes8iDiplônies,n. CCXXIX,

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- CCXXXI, CCLII, CCLXVI, CCLXXV, &c.

méro CCLXXVII. s 7^;^.

' Voyez tome IV, A^ofe XXVI, numéros 6, 7 & «Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

suiv. méro CCXXVI.

An io65

An 1 o65

35o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.

An 1066

dans le monastère de Saint-Saturnin sur le Rhône, aujourd'hui le Pont-Saint- Esprit, donna à S. Hugues, abhé de Cluny, l'abbaye de Goudargues située dans ce pays, laquelle avoit été soumise anciennement à celle d'Aniane. Raimond fit cette donation pour le bien de son âme, de ses prédécesseurs, de son père Se de sa mère, de son frère i^ de sa sœur, ^c, Se céda en même temps à l'abbaye de Cluny toutes les coutumes justes ou injustes dont ses prédécesseurs ou lui-même avoient joui jusques alors sur le monastère de Goudargues. Éd. origin. Raimond de Saint-Gilles avoit succédé dès le mois de novembre de l'an

1066 dans la plupart des domaines qui avoient appartenu à la comtesse Berthe, sa cousine; preuve que cette princesse étoit alors déjà décédée. C'est ce qui paroît par un ' acte suivant lequel Almodis, comtesse par la grâce de Dieu, ^ Raimond, son fils, très-noble comte de Rouergue, de frimes (,■ de Narhonne, donnent pour le soulagement du comte Pons, pour la rémission de leurs péchés Se le salut de leurs vassaux, l'abbaye de Saint-Gilles k S. Hugues, abbé de Cluny Se à ses successeurs. Almodis Se son fils Raimond se réservent en même temps les usages Se les coutumes qu'ils avoient sur le domaine de cette abbaye, avec promesse de ne plus vexer dans la suite ni l'abbé ni les religieux dont ils laissent la conduite Se le gouvernement aux abbés de Cluny, qui, ajoutent-ils, auront autorité sur eux, conformément à la règle de Saint- Benoît. Ils déclarent enfin que l'abbaye de Saint-Gilles est un alleu de Saint- Pierre, qu^ils tenoient de la libéralité du pape de Rome Se qu'ils donnent à l'abbé Hugues, sauf la fidélité à VEglise romaine 6» au pape. Se à condition de payer à cette Église un cens annuel de dix sols. Cet acte fut passé dans l'église de Saint-Bausile, près de Nimes, en présence de Raimbaud, archevêque d'Arles Se vicaire de l'Église romaine , des évêques Durand de Toulouse, Hugues d'Uzès, Rostaing d'Avignon Se Bertrand de Maguelonne, des abbés Bernard de Saint-Victor de Marseille, Frotard de Saint-Pons de Thomières Se Bernard de Vabres; de Pons-Gérard, vicomte de Girone, de Guillaume de Sabran Se d'Emenon, son frère, de Rostaing de Posquières, de plusieurs autres seigneurs séculiers Se en dernier lieu d'Adèle, comtesse de Substantion, qui y donna son approbation 6* son consentement (yolente ^ laudante). On voit par là : 1° que l'union de l'abbaye de Saint-Gilles à la congrégation ou ordre de Cluny fut faite dans une assemblée provinciale tenue dans le monastère de Saint-Bausile de Nimes 5 2° que Bertrand, évêque de Maguelonne, avoit succédé dès lors à Arnaud, son prédécesseur immédiat. Se qu'ainsi le dernier n'a pas occupé ce siège jusques en 1078, comme on le prétend^; 3° que Raimond, comte de Substantion ou de Melgueil, étoit alors décédé Se que Pierre ^ son fils Se Béatrix sa femme lui avoient succédé sous la tutelle ou administration de la comtesse Adèle, sa mère"^.

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- '' Voyez k. Cùxm^iin, Maguelonc sous ses évêques

méro CCXXXI. ^ & ses chanoines ; étude historique & archéologique,

' Voyez tome IV. Note LXIII, Evêques de Ma- d'après les documents originaux, avec pièces justifi-

0uelonne. cativcs inédites, &c., &c. Montpellier, 1869. i vol.

' Voyez tome IV, Note XXXV], n. 3 & 4. in-.j".

An 1066

LVIII. — Pierre, comte de Suhstantîon, épouse Àlmod'is de Toulouse.

Ce dernier épousa' vers le même temps Almodis , fille de Pons, comte de Toulouse 8t d'Almodis de la Marche, sa femme, 8c sœur de Guillaume IV comte de cette ville, &l de Raimond de Saint-Gilles. Il est fçrt vraisemblable qu'Almodis, comtesse de Barcelone, mère de ces deux princes, qui jouissoit alors, ainsi qu'on vient de le voir, du domaine de Saint-Gilles, en donna une partie à Almodis, sa fille, en la mariant au jeune comte de Substantion, 8c que c'est pour cette raison qu'Adèle, aïeule de ce comte, consentit à l'union de l'abbaye de Saint-Gilles à Tordre de Cluny : il ne paroît pas d'ailleurs que cette abbaye ait jamais été soumise à l'autorité des comtes de Substantion. IDu reste, comme Almodis, mère de Raimond de Saint-Gilles, possédoit alors conjointement avec lui le domaine de Saint-Gilles, nonobstant le mariage qu'elle avoit contracté avec le comte de Barcelone du vivant de Pons, comte de Toulouse, son mari, c'est une preuve que ce dernier lui avoit assigné ce même domaine pour son douaire.

LIX. — Almodis, comtesse de Barcelone , fait un voyage à Toulouse. — Guillaume IV, son fils, épouse Mahaud ou Mathilde en premières noces.

Le mariage d'Almodis de Toulouse avec Pierre, comte de Substantion, fut sans doute un des principaux motifs qui engagèrent la comtesse de Barcelone, mère de cette princesse, à faire un voyage en deçà des Pyrénées. Elle se rendit peu de temps après à Toulouse, où elle confirma^, avec Guillaume, comte de cette ville, son fils, l'abbaye de Moissac 8c Durand, son abbé, dans la possession du lieu ou village de Saint-Pierre de Cuisines, que le comte Pons, son mari, avoit donné auparavant à ce monastère. On assure^ que cette confirmation est de l'an 1067 ; elle est donc du commencement de l'année, puisque Almodis avoit rejoint "^ le comte de Barcelone, son mari , dès le mois de mars de la même année.

On établit depuis un prieuré conventuel ou monastère dépendant de l'abbaye de Moissac au village de Saint-Pierre de Cuisines, qui se trouvoit situé'' alors hors des murs de Toulouse 8c qui est renfermé depuis longtemps dans Éd. ongin. son enceinte. Les comtes de Toulouse avoient coutume d'assembler dans l'église de ce prieuré, qui est paroissiale, les habitans de la ville quand ils avoient quelque affaire à leur proposer. Ce prieuré est uni depuis l'an 1607 à la Chartreuse de Toulouse qui en est voisine.

' Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 3 & 4. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

'TomeV, Chartes & Diplômes, n. CCXXXII. méro CCXXXVI.

Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p, 122 ' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 122

£i siiiv. — Mémoires de l'histoire du La'nguedoc, & suiv. — Mimoircs de l'histoire du Languedoc,

p. 2i3 8t suiv. p. 2,3 £1 sLiiv.

An 1066

Guillaume IV, comte de Toulouse, confirma ' de nouveau cette donation en faveur de Hunaud, abbé de Moissac, de qui il reçut pour cela soixante sols. L'acte, qui fut passé en présence de Géraud, évêque de Cahors, est souscrit par la comtesse Mathilde, femme de ce prince. L'on conclut de là^ qu'il l'avoit déjà épousée dès l'an 10675 mais cette nouvelle confirmation doit être postérieure, puisque Hunaud ne fut élu abbé de Moissac qu'à la fin^ de l'an 1071. On n'a donc pas de preuve "^ que Guillaume fût marié avec Mathilde avant cette dernière année. Il est aussi fait mention ^ de cette comtesse dont on ignore la maison, dans une donation que Guillaume, son époux, fit avec elle Si Isarn, évêque de Toulouse, en faveur de l'hôpital de Saint-Raimond.

LX. — Accord entre Raimond de Saint-Gilles 6' l'archevêque de Narhonne.

On voit, par ce que nous avons dit, que Raimond de Saint-Gilles avoit déjà pris possession du comté de Narbonne dès la fin de l'an 1066, en qualité d'héritier de Berthe, comtesse de Rouergue, sa cousine. Cela paroît d'ailleurs par un accord '^ qu'il fit vers le même temps avec Guifred , archevêque de cette ville, suivant lequel ce prince, qui se qualifie comte de Rouergue, « promet (( d'aider ce prélat contre les évêques de la province qui s'étoient fait ou qui « se feroient sacrer dans la suite sans sa participation 5 de lui rendre les murs , « les tours 5c les forteresses de Narbonne, depuis la tour Carrée, près la porte « Royale, jusques à la porte Mauresque ; d'obliger Raimond Béranger &. ses fils, « de même que Garsinde, Bernard &: l'évêque Pierre, ses fils, à les lui rendre « 8c à le laisser jouir de la moitié des péages, des lods. Sec, hors de la ville, « lesquels appartenoient à l'archevêque suivant les diplômes de nos rois ; de le « faire jouir paisiblement tant du siège archiépiscopal des SS. Just & Pasteur, « situé dans l'enceinte de Narbonne, que de tout ce qui appartenoit à l'arche- « vêque au dehors de cette ville ; de lui donner en £e{ par amitié [per druda- « riam) la troisième partie de ce qu'il acquerroit par les plaids (per placitum) « dans l'étendue du comté de Narbonne, & enfin de faire ratifier cet accord « par la comtesse sa femme. » Par un autre acte, Raimond promit avec serment à Guifred de le laisser paisible possesseur de tout le domaine de son archevêché &c de l'aider contre tous ceux qui s'y opposeroient. Il paroît certain que le traité que ce prélat Se les fils de Béranger, vicomte de Narbonne, conclurent au mois d'octobre de l'an 1066 Se dont nous parlerons bientôt, fut une suite de ces actes qui ne sont pas datés, ce qui nous fait connoître à peu près leur époque. On a encore une semblable -^ promesse sans date de Raimond de Saint- Gilles à Guifred, suivant laquelle il s'engage d'obliger le vicomte Béranger,

' Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes , nu- ^ Catel, Histoire des comtes de Toulouse^ p. 121.

méro CCXXXII. « Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 121. méro CCLIV.

3 Voyez tome IV, NoteW\, n. 10. ' Catel, Histoire des comtes de Toulouse^ p. 27

^ Voyez tome V, Chartes &Diplômes,n.CCLXVI, & suiv.

An 1066

Garslnde, sa femme 6- ses enfans, à laisser ce prélat paisible possesseur du domaine de l'archevêché de Narbonne.

Il y a lieu d'inférer de ces divers monumens que Béranger, vicomte de Narbonne, partageoit alors son autorité avec ses fils sur cette ville; il paroi t d'ailleurs qu'il se démit avant sa mort de sa vicomte en leur faveur, ce qu'il faut reprendre de plus haut.

LXI. — Béranger, vicomte de Narbonne, dispose de cette vicomte en faveur de ses fils, qui s'accordent enfin avec Guifred, archevêque de cette ville, 6- lui font hommage.

Ce vicomte 8c sa femme Garsinde furent présens, lorsque au mois de mai ' de l'an 1060, les exécuteurs testamentaires d'un nommé Raimond Udalgarii engagèrent aux chanoines de Saint-Paul de Narbonne, pour cent quarante sols de deniers de Narbonne, le bourg quil avoit possédé dans le bourg de cette ville. Le même vicomte 81 Garsinde, sa femme, donnèrent^ quelques domaines en 1064 8«c io65 au monastère de Saint-Michel de Montlaurès situé dans le diocèse de Narbonne, 8c au mois d'avril de l'an 1066, conjointement avec Raimond-Béranger, leur fils, un droit de pêche aux chanoines de Saint-Paul, en présence de Matfred qui en étoit abbé. Béranger ordonna en même temps par le dernier acte, que si quelqu'un venoit à envahir ce droit sur l'église de Saint-Paul, un de ses proches, prince de Narbonne, eût à le reprendre, moyennant douze deniers qu'il donneroit à cette église.

Comme ce vicomte, qui avoit déià épousé Garsinde de Besalu dès l'an 10 16, Éd. origin.

. 1, . . ' t. Il, p. 2l3.

étoit fort âgé au mois d'avril de l'an 1066, cela le détermina sans doute à se démettre bientôt après de sa vicomte en faveur de ses fils. Il est certain en effet, d'un côté, qu'il vivoit encore au mois de février de l'an 1067, 8c que de l'autre, Bernard , son fils , prenoit la qualité de vicomte de Narbonne 8c exerçoit son autorité dans cette ville au mois d'octobre de l'année précédente. Nous avons la preuve de ce dernier fait dans l'accord^ que le même Bernard fit alors avec Guifred, archevêque de cette ville, au sujet de leurs différends, par l'entremise de Raimond, comte de Saint-Gilles, de Raimond, comte de Besalu (ou plutôt de Cerdagne), des évêques Durand de Toulouse, Raimond d'Elne 8c Béranger de Girone, 8c enfin de Bernard de Minerve 8c de quatre autres seigneurs. L'archevêque se plaignoit de ce que le vicomte lui détenoit son siège archiépiscopal avec la moitié de la ville du côté du nord 8c les autres domaines de son église. Les arbitres adjugèrent au premier cette moitié de Narbonne qui s'étendoit depuis la porte Royale jusques à la porte Acaire [Âquaria), avec les murs 6 le Capitole situé du même côté , où l'on permit à l'archevêque ^ de

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCXV, la 2^ charte citée sous ce numéro. méro CCXXX. — Catel, Mémoires Je l'histoire du

Ibid. n. CCXXVIII, la 2* charte citée sous ce Languedoc^ p. bÙ2..

numéro. ■« Catel, Mémoires de l'hist. du Languedoc, p. 58i.

An 1060 "

faire construire une porte, qu'on croit être celle qu'on nomma depuis la porte Bisbale ou épiscopale. Ils accordèrent de plus à ce prélat la moitié de la leude ou péage tant par terre que par eau, avec plusieurs autres droits, moyennant une somme qu'il paya au vicomte Bernard-Béranger, lequel lui prêta en conséquence serment de fidélité contre tous, excepté nommément contre Ra'imond, comte de Saint-Gilles, son seigneur, 8c Ermengaud de Casouls. Ce dernier, comme nous l'apprenons d'ailleurs', étoit seigneur de la tour Mauresque de Narbonne.

Un auteur^, qui prétend que cet accord fut fait entre Béranger, vicomte de Narbonne, 8c Guifred, archevêque de cette ville, reprend Catel d'avoir dit que ce fut entre le vicomte Bernard 8c ce prélat; mais il est certain que Catel qui avoit vu l'acte n'a rien avancé que de conforme à la vérité ^j or, comme il est constant, ainsi que le premier de ces deux auteurs en convient, que le vicomte Béranger vivoit encore après la date de cet acte, il s'ensuit qu'il se démit de la vicomte de Narbonne en faveur de ses fils Raimond 8c Bernard quelque temps avant sa mort. On a d'ailleurs'^ un pareil accord réglé par les mêmes arbitres, entre Raimond-Béranger, vicomte de Narbonne, 8c Guifred, archevêque de cette ville, auquel le même Raimond prêta serment de fidélité, avec promesse réciproque de se secourir contre leurs ennemis, excepté contre Raimond de Saint-Gilles 6» Ermengaud de Casouls.

Cette exception, 8c la part que Raimond de Saint-Gilles prit aux différends qui étoient entre l'archevêque 8c les vicomtes de Narbonne, ont donné lieu à un de nos historiens^ de conjecturer que le prélat appela le comte en paréage pour la ville de Narbonne, conjecture absolument frivole; car il est constant que Raimond de Saint-Gilles tiroit son droit sur le comté de cette ville, de même que sur le marquisat de Gothie , de celui qu'il avoit à la succession de Berthe, comtesse de Rouergue, sa cousine, ce que cet auteur a ignoré. Il est vrai toutefois que Guifred, archevêque de Narbonne, 8c Raimond de Saint- Gilles furent toujours très-unis, 8c que c'est proprement à la protection du dernier que l'autre fut redevable de ce que les vicomtes de NarlDonne reconnurent enfin sa suzeraineté, pour ce qu'ils possèdoient dans cette moitié de la ville de Narbonne dont nos rois avoient donné le domaine aux prédécesseurs de ce prélat. Au reste , il paroît que Béranger lui-même fit hommage à l'archevêque Guifred pour cette moitié de Narbonne, ainsi que ses deux fils Raimond 8c Bernard.

On a en effet un acte^ suivant lequel Raimond, vicomte, fils de Richarde, fait hommage à Guifred, archevêque de Narbonne, comme à son seigneur, pour la moitié de cette ville, depuis la porte Royale jusques à la porte Mauresque, 8cc. Sur quoi il est bon de remarquer que dans cet acte, qui est sans date, les

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Catel, Histoire des comtes de Toulouse, -p. ij.

méro CCXXX, la 2*' charte citée sous ce numéro. ' Ihid,

' Besse, Histoire de Narhonne, p. 2^8, 25() Bisinv. ''"Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

' Voyez tome V, Chartes &Dipljmes,n. CCXXX. méro CCXXX, la z'' charte cit^esous ce numéro.

An ioj6

copistes ont fait visiblement une faute sur le nom du vicomte de Narbonnc, car on n'en trouve aucun du nom de Raimond qui ait été fils de Richarde. Il faut donc lire ou Béranger,fih de Richarde, ou Raimond, fils de Garsinde • cet hommage aura donc été rendu à Guifred , archevêque de Narbonne, en conséquence de l'accord de l'an 1066. Nous en trouvons' un semblable rendu ,'-jj "^'S'"vers le même temps à ce prélat par Pierre, troisième fils de Béranger 8c de Garsinde^ qui aura eu par conséquent pour son partage une portion de la vicomte de Narbonne, & qui s'en qualifia en effet vicomte dans la suite. On a cru devoir entrer dans ce détail, tant pour l'importance de la matière que pour la tirer de l'obscurité où elle a été jusques ici.

LXIL — Mort de Béranger, vicomte de Narbonne. — Domaine temporel des archevêques de cette ville.

Nous avons dit que Béranger, vicomte de Narbonne, vivoit encore au mois An 1067 de février de l'an 1067 : c'est ce qu'on voit par un acte^, suivant lequel a le « vicomte Béranger (8c non pas Bernard, comme le suppose un auteur-^,) 6» sa u femme Garsinde donnent en engagement à Raimond-Béranger, leur seigneur, <( par la grâce de Dieu comte 6* marquis de Barcelone, 8c à la comtesse sa (( femme, un fief appelé Ozor qu'ils tenoient de lui, avec le château deSolterre, M pour la somme de cent cinquante onces de mancuses^ d'or de Barcelone du « poids de Narbonne, que ce comte 8c cette comtesse leur avoient prêtée. » Cet acte est daté du lundi 5 de fievrier, la huitième année du règne du roi Philippe; ce qui convient parfaitement, en comptant le commencement du règne de ce prince depuis son association au trône en io5g. « Il est souscrit par Raimond- « Béranger, Pierre-Béranger 8c Bernard-Béranger, fils du vicomte 8c de la « vicomtesse; Matfred, abbé de Saint-Paul, Guillaume de Montpellier, Pierre u Amélius de la porte Royale [de porta regia), 8cc. » Ce dernier avoit pris ce surnom d'une porte de Narbonne ainsi appelée, sur laquelle il y avoit une tour ou château qu'il tenoit sans doute en fief de l'archevêque ou du vicomte de cette ville.

Il paroît que Béranger, vicomte de Narbonne , vivoit encore au mois de mars de l'an"^ 1067. Il n'est plus ensuite fait mention de lui, 8c il mourut sans doute bientôt après dans un âge extrêmement avancé, après avoir possédé plus de cinquante ans cette vicomte , dont il avoit hérité de Raimond I, son père.

Quelques années avant sa mort, le pape Alexandre II lui écrivif^ une lettre dans laquelle il le loue beaucoup d'avoir protégé les juifs qui demeuroient sur

'Voyez tome V, Chartes &. Diplômes, nu- * Voyez ci-après, p. 364.

méro CCXXX, In 2"' chart2 citée sous ce numéro. 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro CCXXXVII,

méro CCXXXITI. '^ Conciles, t. 9, p. 11 0 }.

'Catel, Mémoires de Ihist. du Languedoc, p. 58o.

An 1067

ses terres &. d'avoir empêché qu'on ne leur ôtat la vie. Ce pontife écrivit, à ce qu'il paroît', dans les mêmes termes à Guifred, archevêque de Narbonne. Ce fut à roccasion^ d'une croisade qui se forma en France vers l'an io65 contre les Maures d'Espagne, &. durant laquelle les croisés firent mourir sans miséricorde tous les juifs qu'ils rencontrèrent sur leur route. Alexandre , qui désapprouva extrêmement cette conduite, marque dans sa lettre au vicomte de Narbonne la différence qu'il falloit mettre entre les juifs qui vivoient tranquillement dispersés en différens pays Se les Sarrasins ou mahométans qui persécutoient les chrétiens. Nous apprenons par là que cette armée de croisés entra en Espagne du côté de Narbonne.

Comme Béranger, vicomte de cette ville, se qualifioit quelquefois proconsul^ cela a donné lieu à un moderne^, qui n'a pas compris que ce terme signifie vicomte dans les chartes des onzième 5c douzième siècles, de s'imaginer que Béranger avoit exercé l'autorité proconsulaire des anciens gouverneurs de la Narbonnoise du temps des Romains j qu'il avoit usurpé la seigneurie de Narbonne ou l'autorité comtale & même la ducale, 8c en un mot quil tranchoit du souverain. Cet auteur se contredit cependant, car il convient que du vivant du même vicomte, Hugues, comte de Rouergue, Se après lui Raimond de Saint-Gilles, furent comtes particuliers de Narbonne. Toute la preuve qu'il donne de la prétendue usurpation de l'autorité souveraine par le vicomte de Narbonne, se réduit à quelques sermens que lui firent divers comtes 8c vicomtes de la Province Se des pays voisins Se qu'il qualifie hommages ^ mais ces sermens alors fort en usage entre les différens seigneurs ne sont que de simples promesses de s'entr'aider en cas de guerre, ou de se conserver réciproquement leurs domaines, ce qui n'emporte aucun vasselage"^. Nous trouvons en effet de pareils sermens faits par les suzerains à leurs vassaux. Béranger n'eut donc dans Narbonne d'autre autorité que celle que les vicomtes ses prédécesseurs y avoient exercée. Ils s'y étoient emparés à la vérité d'une partie des droits Éd. origin. régaliens, de même que les autres principaux seigneurs du royaume; mais ils reconnurent toujours la suzeraineté des comtes de Toulouse ou de Rouergue qui possédoient le marquisat de Gothie Se le comté particulier de Narbonne, Se nous n'avons aucune preuve que les vicomtes de cette ville aient jamais prétendu user d'un pouvoir absolu Se indépendant.

Il peut se faire aussi que Béranger ait empiété sur les droits de l'archevêque Guifred, Se qu'il ait non-seulement refusé de reconnoître ce prélat pour son suzerain, pour ce qu'il possédoit dans le domaine de l'église de Narbonne, mais qu'il ait encore voulu dominer sur lui. Se ce fut en effet, à ce qu'il paroît, la principale source des longs différends qu'ils eurent ensemble; mais enfin le vicomte Se ses fils furent obligés de se soumettre à l'archevêque, de lui prêter serment de fidélité Se de le reconnoître pour leur seigneur. C'est ainsi que

• Conciles, t. 9, p. 1 1 54. 3 Besse, Histoire des comtes de Narhonne, p. 233,

' Jiii. p. Il 38. — Pagi, ad ann. 1062, n. iij 241,249. 1069, n. 19. 4 uicL^

' An 1067

l'archevêque Guifred &. Raimond de Saint-Gilles partagèrent la suzeraineté sur la ville Se le comté de Narbonne dont chacun posséda une partie : le premier en vertu de la donation que Pépin le Bref St les rois de France ses successeurs avoient faite à son église de la moitié des droits domaniaux de ce comté, & l'autre en qualité de comte particulier de Narbonne Se de successeur des anciens ducs de Septimanie ou marquis de Gothie. Il faut remarquer cependant que, quoique Guifred fondât sa suzeraineté sur cette donation de nos rois, il paroît qu'il fut le premier archevêque qui en jouit; car nous ne trouvons pas que les vicomtes aient jamais rendu aucun hommage à ses prédécesseurs , mais depuis Béranger la plupart des successeurs de ce vicomte se reconnurent vassaux des archevêques pour ce qu'ils tenoient dans le domaine de l'église de Narbonne, nonobstant les nouveaux différends qui s'élevèrent entre eux Se dont nous parlerons dans la suite.

LXin. — Partage entre Raimond ^ Bernard , fils de Béranger, vicomte de Narbonne. — Étendue de leur domaine.

Béranger lafssa à sa mort, de Garsinde de Besalu sa femme, trois fils: Raimond, Bernard Se Pierre. Le dernier étoit évêque de Rodez depuis environ l'an io52. Les deux autres, qui étoient mariés depuis longtemps Se avoient des enfans, confirmèrent le partage que leur père leur avoit fait de son vivant, ou convinrent du moins d'un nouveau après sa mort. L'acte ' qui en fut dressé est au nom de Bernard (quoique le puîné), lequel « céda à Raimond , son « frère, Se à Bernard Pelet, fils de celui-ci : i" la moitié de la ville de Narbonne, « des places, châteaux, tours Se murailles, avec les usages, censives Se autres « droits seigneuriaux qui en dépendoientj la moitié des juifs Se du bourg. Se « en un mot la moitié de tout ce que Raimond leur aïeul Se sa femme Richarde, « Béranger leur père Se Garsinde leur mère, avoient possédé à Narbonne, « ou d'autres pour eux; 2° la moitié de tous les usages, rentes Se autres droits « qui avoient appartenu à leurs ancêtres, tant sur la mer que sur les étangs, « entre autres le. droit de naufrage; 3° la moitié du droit qu'ils avoient dans « l'élection des archevêques de Narbonne; 4° la moitié de tous les fiefs, rentes <( Se seigneuries que leurs prédécesseurs avoient possédés ou par eux-mêmes ou « par d'autres dans le comté de Narbonne, à la réserve du château neuf Se « de ses appartenances; 5° la moitié de tout ce qui avoit été au pouvoir de « Pvaimond leur aïeul , de sa femme Richarde, de Béranger leur père Se de « leur mère Garsinde, dans les comtés de Béziers, Lodève, Albi Se Nimes, « dans les lieux de Beaucaire 6* d'Argence , dans les comtés de Roussillon, « de Girone Se de Razès, dans la châtellenie de Pierrepertuse, dans es comtés « de Carcassonne Se de Gévaudan 6- en Vévêché du pays. Se enfin dans le « comté de Rouergue. A la fin de l'acte Bernard déclare qu'en cas que Bernard

' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc , p. 682.

(( Pelet vînt à décéder sans enfans, il dispose de tout ce qu'il lui avoit donné « en faveur de Raimond, son frère, ou des autres enfans de ce dernier. »

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