‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 167 sur 227 · XCII. — Concile de la province de Narbonne tenu à Girone · texte numérisé non relu

XCII. — Concile de la province de Narbonne tenu à Girone

De Besalu, l'évêque d'Oloron se rendit à Urgel, où Ermengaud , surnommé de Gerp, comte de cette ville, 8c sa femme Lucie le reçurent très-bien &l l'engagèrent de travailler à la réforme des monastères de leur domaine. Ce légat tint^ l'année suivante un nouveau concile à Girone, où six évêques de la province de Narbonne se trouvèrent, savoir : Béranger de Girone, Béranger d'Ausone, Raimond d'Elne, Raimond de Rota ou Rode, Pierre de Carcassonne &t Humbert de Barcelone, outre Foulques, archidiacre d'Urgel, au nom de l'évêque de cette ville. Se Guillaume, évêque de Comminges. S. Bertrand, de la maison de l'Ile-Jourdain dans le Toulousain, ne succéda donc pas à ce dernier en 1073 comme on le prétend. On fit treize canons dans ce concile contre la simonie 5c le concubinage des clercs, contre leurs fils auxquels on interdit l'exercice des armes, contre les mariages incestueux, Sec. Le onzième canon ordonne que les églises qui auroient été consacrées par des simoniaques, ou à prix d'argent, seroient consacrées de nouveau, 8c que les clercs qui avoient reçu l'ordination en donnant une somme, ou des mains d'un évêque simoniaque, seroient réordonnés /7<^r un évêque catholique. U ordination n est pas

' De Vie, Histoire de Carcassonne ^ p. 60. ^ Catel , Mcnioirci de l'histoire du Languedoc ,

' Ibid. p. 61 . p 780.

'Voyez tome IV, Note LXIV, la suite chrono- ^ Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2,

logique des évêques de Carcassonne. [E. M.] c. 71.

'' Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, ' Conciles, édit. Hardouin, t. ir, p. 167J 8c

C 71. suiv.

An 1078

"^TiT^ ^^9^ HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.»

réitérée par rapport à ces clercs, ajoute le canon, mais la consécration est donnée, parce que rien navoit précédé qui pût être approuvé. Tel étoit alors le sentiment commun. Enfin il est marqué dans le dernier canon que comme on ne pouvoit ôter entièrement les églises aux laïques, il ne leur étoit pas permis du moins de recevoir les oblations des messes 8c des autels & les prémices, Se l'on fait défense de rien donner pour le droit de sépulture Se de baptême.

Le comte de Besalu ne se contenta pas d'avoir chassé les abbés simoniaques de ses États Se ) d'en avoir fait élire de légitimes j il travailla' de plus à la réforme de leurs monastères. Dans cette vue, il donna en 1078 ceux de Campredon dans le diocèse de Girone, d'Arles dans le Valespir Se le diocèse d'EIne, Se de Saint-Pons surnommé Vallosa , dans le Fenouillèdes Se le diocèse de Narbonne, à S. Hugues, abbé de Cluny, pour les agréger à sa congrégation, ce qu'il fit entre les mains de Hunaud, abbé de Moissac, son cousin. Le comte déclare dans l'acte qu'il avoit racheté le second de ces monastères, pour deux cents onces d'or, de Guifred, archevêque de Narbonne Se d'un seigneur séculier, qui le tenoient de lui en fief. Il avoit racheté aussi le dernier, pour cent onces d'or, des mains de Pierre, vicomte de Fenouillèdes, qui l'avoit acquis en Jief&i auquel il relâcha un village des dépendances de ce monastère pour en jouir pendant sa vie. Il supprima en même temps tous les mauvais usages que lui ou ses prédécesseurs avoient établis dans ces trois monastères. Il rétablit ^ au mois de mars de la même année, de concert avec la comtesse Ermengarde, sa femme, celui de Saint-Etienne de Bagnols qui étoit situé dans son comté de Besalu au diocèse de Girone Se étoit presque abandonné. L'acte est souscrit par Amé, évêque d'Oloron, légat du Saint-Siège, Se par Frotard, abbé de Saint-Pons de Thomières, son collègue dans la légation.

XCIII. — Divers plaids tenus dans la Gothie 0 le diocèse d'Agde. — Mat-

fred III, évêque de Béi^iers.

Cet abbé repassa la même année en deçà des Pyrénées, Se fut un de ceux qui présidèrenl alors à un plaid ^ tenu dans la Gothie Se le diocèse d'Agde, dont voici le sujet. L'abbaye"^ de Conques possédoit dans ce diocèse un lieu Édit. ongiii nommé Palais, sur lequel Bermond, surnommé d'Agde, seigneur du voisinage, exigeoit divers droits qu'il avoit usurpés. Etienne, abbé de Conques, ayant porté ses plaintes de cette usurpation devant Raimond, comte de Rouergue, Se Ermengarde, vicomtesse de Béziers, seigneurs dominans du pays, ceux-ci tinrent différens plaids pour terminer cette affaire; mais les parties n'ayant pu s'accorder, elles s'en rapportèrent à la décision de Matfred, évêque de Béziers, de Frotard, abbé de Saint-Pons, Se de plusieurs seigneurs du pays qui rendirent

' Marco. Hispanica, p. 462 & i 168. ■* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

» Ibid. méro CCLXXV.

3 Mabillon, ad ann. 1077,11. 19.

An I07P

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y I An 1078

leur jugement. Sur le refus que fit Bermond de l'exécuter, le comte Raimond, pour l'y obliger, ravagea ses domaines, ruina ses maisons & le dépouilla des biens qu'il possédoit auprès de Palais, dont il donna la possession k l'abbé de Conques. Enfin Bermond étant décédé peu de temps après, Pierre, son fils, reconnoissant l'injustice de son père Se craignant de perdre tous ses domaines, s'accommoda avec l'abbaye de Conques, par le conseil du comte 5c de la vicomtesse Se abandonna entièrement à ce monastère tous les droits que son père avoit exigés injustement à Palais & dans ses dépendances, moyennant cinq cents soh de Bé-^iers que l'abbé lui donna avec la viguerie du même lieu qu'il reçut en fiej\ Se qui consistoit dans la moitié des droits seigneuriaux sur certains biens. L'accord fut passé le jeudi 21 de juin, ce qui prouve que ce fut en 1079.

Matfred, évêque de Béziers', dont il est fait mention dans cet acte, fut le troisième de son nom. Il avoit succédé^ dès le mois de janvier de l'an 1077 à Béranger, après -^ avoir été auparavant chanoine de la cathédrale Se ensuite abbé de Saint-Aphrodise. Quant à Bermond Se à Pierre, son fils, il paroît qu'ils étoient de la maison d'Anduze, mais nous ne saurions marquer précisément leur descendance : peut-être que le premier étoit fils"^ puîné d'Almérade, fils aîné de Bernard, seigneur ou marquis d'Anduze qui vivoit au commencement du onzième siècle.

On voit par ce que nous venons de rapporter que Raimond, comte de Saint- Gilles Se de Rouergue, jouissoit en 1079, en qualité de marquis de Gothie , de la suzeraineté sur les vicomtes de Béziers Se d'Agde, Se que la vicomtesse Ermengarde, veuve de Raimond-Bernard, vicomte d'Albi Se de Nimes, les possédoit sous son autorité. Ce prince étoit donc alors paisible possesseur des domaines qui avoient appartenu à Berthe, comtesse de Rouergue , sa cousine, Se Robert II, comte d'Auvergne, s'étoit désisté par conséquent de ses prétentions sur la succession de cette princesse, sa première femme. Nous apprenons, en effet, d'ailleurs^ que la guerre Se les troubles qui agitoient le Rouergue depuis la mort de Berthe étoient entièrement apaisés en 1079 lorsque Pons, évêque de Rodez, unit l'abbaye de Saint-Amand de cette ville à la congrégation de Saint-Victor de Marseille. Il est encore fait mention <^ de ces troubles dans la Vie manuscrite de S. Gauzbert, qui, après avoir embrassé la vie érémitique dans le Vêlai, fonda sous le pontificat du pape Grégoire VII, pour des chanoines réguliers, le monastère de Montsalvi dont il fut le premier abbé Se qui n'est aujourd'hui qu'une prévôté située dans le diocèse de Saint-Flour sur les confins de l'Auvergne Se du Rouergue. Il est rapporté dans cette Vie «que « la vingtième année du règne du roi Philippe, ou l'an 1079, Robert étant

' Voyez tome IV, Note LVIII, la suite chrono- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nulogique des évoques de Béziers. [E. M.] méro CCLXXVII.

' Gallia Christ'tana, nov. edit. t. 2, p. 4.31. " Bonal, Hist. manusc. des comtes de Rode^, 1. i,

^ Andoque, Histoire de Béliers, p. 53. c. 20. — Bibliothèque Impériale, fonds français

* Ibid. n. 2638. — Bollandistes, t. 6, mai, p. 723 & suiy.

3q8 histoire GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.

« comte d'Auvergne, & Raimond) comte de Rouergue , une grande émeute « s'étant élevée à Rodez, S. Gauzbert se rendit dans cette ville pour apaiser (c le tumulte ; que le comte Raimond lui donna en reconnoissance l'abbaye de (( Saint-Amand de Rodez pour y établir des chanoines réguliers de son insti- « tut j mais que n'ayant pu réussir, Hugues, évêque de Die Se légat du Saintce Siège, donna cette abbaye aux religieux de Saint-Victor de Marseille' . » Ce qui convient très-bien avec la date ^ de cette dernière donation qui fut faite à la fin de la même année.

Guillaume, comte de Toulouse, & Raimond de Saint-Gilles, son frère, dominèrent paisiblement depuis sur presque toute la Province : époque remarquable de l'agrandissement de leur maison. Nous finirons ce livre par cette époque, après avoir ajouté quelques remarques sur les mœurs & le gouvernement des peuples du pays durant le onzième siècle.

XCIV. — Gouvernement 6* mœurs des peuples de la Province durant le on-^îème siècle. — Autorité des ducs, des comtes 6* du clergé.

Ed. origin. Les grands vassaux du royaume, qui étoient déjà parvenus à une autorité

'^'^'*' presque souveraine à la fin du dixième siècle, lorsque le roi Hugues Capet monta sur le trône, s'y. maintinrent pendant tout le siècle suivant, & le pouvoir suprême qu'ils s'arrogèrent contribua également au renversement de la discipline ecclésiastique St aux désordres de l'État : ce qui causa un changement total dans le gouvernement. La plupart d'entre eux s'érigèrent en tyrans, &t ne reconnoissant presque d'autres lois que celles que leur ambition & leur avarice leur dictoient, ils n'épargnèrent ni le sacré , ni le profane. L'Eglise surtout souffrit beaucoup de leurs vexations j sous prétexte de patronat, ils soumirent 3 les évêchés, les abbayes & les autres bénéfices ecclésiastiques à leur domaine, s'emparèrent de leurs biens, 81 s'étant rendus maîtres des élections, ils ne promurent aux principales dignités de l'Église que leurs proches'^, ou des personnes riches dont ils exigeoient des sommes considérables, sans se mettre en peine si les élus avoient la capacité & les qualités requises par les canons. De là cette simonie presque universelle qui fit tant de ravages en France durant ces deux siècles & dont on rougissoit si peu que les comtes trafiquoient publiquement les évêchés 8c les abbayes de leur domaine. Se en disposoient par testament comme de leur patrimoine. Ce désordre dura dans la Province Se dans le reste du royaume jusques au pontificat de Grégoire VII, qui rétablit enfin la plupart des églises dans leur ancienne liberté en procurant celle des élections.

Après de si grands abus , on ne doit pas être surpris si l'ignorance Se la

^ '^om\. Histoire manuscrite des comtes de Kode-{, 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

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