‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 172 sur 227 · p. 87. édit · texte numérisé non relu

p. 87. édit

~ An I 079

auteurs qui ont vécu dans ce siècle ont donné le nom de province de Saint- Gilles à la Narbonnoise première, mais ce sont des étrangers qui ne sont d'aucune autorité, 8t qui voyant que les comtes de Toulouse prenoient assez souvent le titre de comte de Saint-Gilles tout seul ont cru faussement que cette dernière ville étoit la capitale de leur domaine 8c qu'elle donnoit son nom à toute la Province : mais nous n'avons pas un seul monument domestique qui prouve qu'on ait jamais donné à la Septimanie ou au Languedoc le nom de province de Saint-Gilles.

CIL — Vie civile. — Chronologie. — Poids, mesures.

Un ancien historien', qui vers la fin du onzième siècle décrit les mœurs Éd.origin. des Provençaux f zes>X.-di-à\xe des sujets de Raimond de Saint-Gilles, repré- '' '^■^'^' sente ces peuples moins belliqueux que les François, mais plus laborieux 8c plus économes. Il ajoute qu'ils négligeoient l'ornement extérieur du corps 8c prenoient un soin particulier de leurs chevaux 8c de leurs équipages.

L'usage étoit déjà reçu en Languedoc avant la fin du onzième siècle de ne commencer l'année qu'à Pâques 5 mais cet usage n'étoit pas si général qu'on ne trouve plusieurs exemples du contraire, en sorte qu'on compta indifféremment le commencement de l'année pendant tout ce siècle 8c le suivant, ou depuis la Nativité de Jésus-Christ 8c le 1" de janvier, ou depuis l'Incarnation 8c le jour de Pâques. On sera peut-être surpris de la diversité de cet usage durant un si long intervalle j mais outre les preuves incontestables que nous en avons dans les chartes du pays 8c que nous ne manquons pas de faire observer dans l'occasion, on voit par le témoignage d'un historien^ qui vivoit vers la fin du douzième siècle, qu'il y avoit alors une grande variété pour marquer le commencement de Vannée, qu'il ny avoit rien de stable là-dessus , 6» quun chacun le comptoit comme il le jugeoit à propos, soit depuis la Nativité, soit depuis Pâques. De là vient que les historiens 8c les auteurs des chroniques qui ont écrit dans ces siècles ne sont pas uniformes pour la chronologie j que les uns suivent la première manière de compter 8c les autres la seconde. Il faut convenir cependant que l'usage de commencer l'année à l'Incarnation ou à la fête de Pâques devint peu à peu plus commun 8c qu'enfin il étoit généralement observé dans la Province au treizième siècle. On y conservoit encore dans le onzième celui de dater quelquefois les chartes de l'ère espagnole ^.

■ Gesta Tancredi, c. 6\. prince ou par celles du gouvernement des abbés des

' Gervas-Dorobern. Chron. ad ann. i 170. différents monastères dont ces chartes émanent.

3 Bien que l'on ait des exemples de l'emploi On trouve encore au onzième siècle dans les

de l'ère de l'Incarnation dans le midi de la France chartes du Languedoc des exemples de l'ère d'Espa-

dès le huitième siècle, ce n'est cependant qu'à gne. Cette ère, on le sait, date de la conquête de

partir du onzième siècle qu'on en voit l'usage l'Espagne par Auguste. Elle commence trente-huit

devenir général. Beaucoup de chartes de cette épo- ans révolus avant la naissance de Jésus-Christ,

que néanmoins ne sont datées que des années du Elle fut en usage dans les actes dès le septième sie-

An 1079

Les diverses villes de la Province avoient ' différens poids 8c différentes mesures dans ce siècle & au commencement du suivant; on peut rapporter l'origine de cette variété aux diverses dominations qui s'établirent dans le royaume à la fin de la seconde race.

cle, & on continua de s'en servir plutôt que de de l'Incarnation. Les royaumes de Castille, d'Ara-

celle de l'Incarnation pour les conciles, les ins- gon & de Valence suivirent bientôt son exemple;

truments publics, &c., dans les provinces de Nar- mais le Portugal en maintint l'usage jusqu'au quin-

bonne & d'Arles, & ce n'est qu'à la fin du douzième zième siècle. [E. M.j

siècle qu'elle fut tout à fait abandonnée en Lan- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numc-

guedoc. Le premier coup lui fut porté par la métro- ros CCXLI, CCCLX.

pôle de Tarragone, qui adopta de préférence l'ère

Page 1