XXXIV. — Marquisat de Provence
On a expliqué ailleurs les droits de Raimond de Saint-Gilles sur la moitié de"" la Provence, dont il prit sans doute le titre de marquis pour se distinguer des descendans de Guillaume I, partagés en deux branches, qui s'en
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Voyez tome IV, Nofe XL, n. 4 8t suiv.
méro CCCLXVI, 4 Voyez tome IV, Sote VIII,
' Gaufridus Vosiensis, Chronicon, p. 304, — Fer- » Ibid. Notes XIV & XLI. reras, ann. io85, n. 6.
t. Il, p. 273.
An K
disoient comtes Si avoient droit à l'autre moitié. Il dominoit avec eux par indivis sur toute cette province qui s'étendoit depuis l'Isère jusquesà la mer, £<. depuis les Alpes jusquesau Rhône : ainsi le marquisat de Provence n'avoit pas encore des limites réglées. Il est certain, en effet, que Raimond de Saint- Gilles étendit également son autorité pendant sa vie sur la haute & la basse Provence. La première échut dans la suite à Alphonse, son fils, & composa le marquisat de Provence j & l'autre, qu'on nomma comté d'Arles ou de Provence, au comte de Barcelone, par le partage de cette province dont ces deux princes convinrent enfin en 11 20.
■7 ' On voit manifestement que Raimond de Saint-Gilles dominoit en 1089 ^^^"
la basse Provence, par le récit du différend ' qui s'éleva alors entre Aldebert, abbé de Lérins, &l le cardinal Richard, abbé de Saint-Victor de Marseille. Ces deux abbés s'en étoient d'abord rapportés à la décision de certains arbitres j mais le dernier, n'ayant pas voulu se soumettre à la sentence arbitrale, eut recours au comte Raimond afin qu'il la cassât de son autorité. Les parties convinrent cependant, du consentement de ce comte, de nouveaux arbitres qui rendirent leur jugement en présence ^ avec V approbation du même Raimond, comte de Saint-Gilles.
XXXV. — Entreprise de Béranger, évêque d'Ausone, sur la juridiction métropolitaine des archevêques de Narhonne.
Si la Gothie ou Narbonnoise première reprit son ancien lustre par rapport au temporel sous l'autorité de ce prince, elle en perdit une partie vers le même temps pour le spirituel par le rétablissement de la métropole de Tarragone, ce qui dépouilla les archevêques de Narhonne de la juridiction dont ils avoient joui paisiblement depuis le huitième siècle jusques alors, sur toute la Marche d'Espagne ou Catalogne. Les comtes de Barcelone & quelques évêques du pays avoient, à la vérité, fait quelques tentatives durant cet intervalle^ pour soustraire cette province à l'autorité métropolitaine des archevêques de Narhonne, mais tous leurs efforts avoient été inutiles. En dernier lieu, Raimond, comte de Barcelone, avoit eu dessein^ en 1017, à ce qu'il paroît, lorsque la mort le surprit, de rétablir l'archevêché de Tarragone, Se Raimond-Béranger I, son successeur, s'étant emparé des ruines de cette ville sur les Sarrasins en io5o, projeta de la réparer & d'y remettre l'archevêché. Ces projets étant demeurés sans exécution, les évêques de la Marche d'Espagne continuèrent de reconnoître la métropole de Narbonne jusques en 1089. Béranger, évêque d'Ausone, à qui le soin du diocèse de Tarragone avoit été confié, comme à l'évêque le plus voisin, depuis que ce pays avoit été enlevé aux infidèles, se mit alors en tête de rétablir l'ancien archevêché de cette ville, 8t il y réussit enfin.
' Gallia Chnstiana , nov. edit. t. 3, inrirum. ' Voyez livre XI, n. wwii.
p. 191 & 5ec|. — Pagij ;"1 ann, 1089, n. 12. ' Marca Hiipanica, p. 428.
> An io8p
Ce pfélat ' s'étant rendu à Rome, sous prétexte d'aller visiter les tombeaux des saints Apôtres, s'adressa au pape Urbain II, & lui ayant fait entendre ce qu'il voulut, il l'engagea à écrire, le i*'' de juin de l'an 1089, une lettre commune à Béranger, comte 6* marquis de Barcelone, à Ermengaud, comte d'Urgel, 5c à Bernard, comte de Besalu j à tous les évêques de la province de Tarragone 8c de Barcelone j aux vicomtes, 8c enfin aux autres seigneurs ecclésiastiques &c laïques du pays. Le pape leur marque que Béranger, évêquc d'Ausone, dont il fait un grand éloge, lui ayant représenté les privilèges que son église, qui étoit celle de Tarragone, avoit obtenus autrefois du Saint-Siège, il avoit résolu d'en relever la dignité. Dans cette vue, il les exhorte à rebâtir auparavant cette ville, pour la mettre en état d'avoir un siège épiscopal, 8c les charge de ce soin en compensation de la pénitence qu'ils dévoient faire pour la rémission de leurs péchés. Il persuade ensuite à ceux qui voudroient entre- Éd. origin. prendre le pèlerinage de Jérusalem ou tout autre, d'employer au rétablissement de l'église de Tarragone les dépenses qu'ils seroient obligés de faire dans ces voyages, afi-n, dit-il, que cette ville puisse servir de boulevard contre les Sarrasins. Il leur accorde la même indulgence qu'ils gagneroient en faisant ces divers pèlerinages, 8c promet de rendre après ce rétablissement à l'évêque d'Ausone 8c à l'église de Tarragone leur ancienne dignité, « sauf cependant, (( ajoute-t-il, la justice qui est due à l'église de Narbonne. Mais si l'arche- « vêque de cette ville ne peut pas prouver que la province de Tarragone est « soumise à son autorité en vertu d'un privilège du Saint-Siège, nous remeta trons alors celle de Tarragone dans ses droits, 8c nous accorderons le pallium ce à l'évêque Béranger. » Il leur enjoint enfin d'aider ce prélat de tout leur pouvoir pour le rétablissement de l'église de Tarragone.
On voit par cette lettre : i°que l'évêque d'Ausone fit entendre à Urbain que l'ancien archevêché de Tarragone avoit été uni à son église. En effet, Aton, son prédécesseur, avoit obtenu cette union en 971 du pape Jean XIII, mais il n'eut garde de lui faire remarquer que la bulle n'avoit pas^ eu son exécution par l'opposition de l'archevêque de Narbonne 8c des évêques de la Marche d'Espagne qui avoient refusé de recevoir 8c de reconnoître ce privilège subreptice j 2° que le dessein du pape ^ étoit de soumettre l'évêché de Tarragone, après son rétablissement, à l'autorité des archevêques de Narbonne comme à celle de son métropolitain naturel j mais la clause qu'il inséra dans la lettre 8c que l'évêque d'Ausone, qui avoit ses vues, lui inspira sans doute, en empêcha l'effet j car lorsque les églises de la Marche d'Espagne furent incorporées dans la province de Narbonne, ce n'étoit point l'usage qu'on '/adressât au pape, soit pour l'érection ou translation des évêchés, soit pour eur union à quelque autre province. L'autorité des conciles nationaux ou ]rovinciaux, 8c celle des princes temporels, avec le consentement des peuples, siffisoient pour cela. Ainsi l'archevêque de Narbonne n'étoit pas en état de
' Marca Hispanica, p. i i 84 & seq. ■* IbiJ. p. 468 8c 470. — Riiinart, Fita Urbani
Ibid. p. 4o3 & seq. papae II, n. 49, 65 8t seq.
An 1089 '
produire le privilège du Saint-Siège qu'on lui demandoit pour^prouver son autorité sur la Marche d'Espagne. Il n'avoit à opposer qu'une jouissance non interrompue de près de quatre siècles , jouissance qui sembloit mériter quelque attention , la demande du rétablissement de l'archevêché de Tarragone n'étant faite surtout, ni par le roi de France, souverain du pays, ni par les évêques de la province, ni par les peuples.