‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 192 sur 227 · XVI. — Plaid tenu à Montpellier · texte numérisé non relu

XVI. — Plaid tenu à Montpellier

Nous avons lieu de conjecturer que Pierre-Béranger de Fougères, dans le diocèse de Béziers, se mit sous les enseignes de Bertrand, comte de Toulouse, 8v qu'il passa la mer avec lui, car nous apprenons"^ qu'étant dans le dessein vers le même temps de faire le voyage de Jérusalem, où il alla effectivement £<. où il mourut, il fit une donation en faveur de l'abbaye de Saint-Guillem du Désert. Bernard-Raimond de Castelnau , son parent , fit quelque temps après le même voyage. La donation du premier donna occasion à divers plaids, dont le dernier, auquel Bertrand d'Ânduze présida, fut tenu à Montpellier en II 19.

XVII. — Départ de Bertrand, comte de Toulouse, pour la Terre Sainte.

Bertrand, comte de Toulouse^, après avoir disposé toutes choses pour son départ, se rendit à Saint-Gilles, où il se mit à la tête de son armée composée de quatre mille chevaliers pesamment armés. Il laissa sans doute en partant le gouvernement de ses États au jeune Alphonse, son frère, ou plutôt à un conseil qu'il établit pour les administrer au nom de ce jeune prince, car il paroît qu'il lui céda tous ses domaines d'Occident Se qu'à l'exemple de Raimond de Saint-Gilles, son père, il prit la résolution de s'établir en Orient Se d'employer le reste de ses jours à combattre contre les infidèles. Il emmena en effet avec lui Pons, son fils unique, âgé de dix à douze ans, & sans doute

■ Voyez Tome IV, Note LXXII , la Suite chro- " Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLXXXIII

nologique des évêques de Meiide. & suiv.

' Marca Hispanica, p. 1234. ' Albert d'Aix, Chronicon Hicrosolymitanum, 1. 1 1,

^ Mabillon, ad ann. 1 108, n. 69. c. 3 St. seq.

An 1 1 09

An I lop

Hélène de Bourgogne, sa femme. Bertrand fit embarquer ses troupes sur quarante galères ou vaisseaux qu'il avoit fait équiper St mit cent chevaliers armés dans chacun, sans compter les mariniers. Il fit voile ensuite vers le commencement ' de mars de l'an 1109 5t se rendit à Pise sur les côtes d'Italie, où une flotte de Génois & de Pisans, composée de soixante-dix grands vaisseaux ou galères Se de vingt autres moindres, l'attendoit pour le même dessein. Cette flotte étoit commandée par deux nobles Génois^, Ansaldus Se Hugues Ebrinus, qui se mirent volontiers sous la conduite de Bertrand, après lui avoir donné des assurances de leur fidélité & en avoir reçu de sa protection. L'armée navale partit ensuite^ 8c débarqua à Amiroth, ville de Grèce, située dans les États d'Alexis, empereur de Constantinople, Si peu éloignée de cette capitale.

XVIII. — Il va à Constantinople, fait serment à V empereur Alexis, arrive au port d' Antioche & se brouille avec Tancrède.

Les habitans du pays refusèrent d'abord de fournir des vivres au comte de Toulouse Si à ses troupes, ce qui obligea ce prince d'avoir recours à la force pour s'en faire donner. L'empereur, informé de son arrivée, l'envoya aussitôt prier par une ambassade solennelle de se rendre à sa cour pour y conférer ensemble, avec promesse de le traiter favorablement, d'avoir pour lui les mêmes égards qu'il avoit eus pour le comte Raimond , son père , & de lui donner le passage libre sur ses terres. Bertrand se rendit aisément à la demande Kd.ongiii. tl'Alexis, Si étant descendu le long du détroit de Constantinople, ou du bras Saint-Georges, avec quelques personnes choisies de sa suite, il se rendit au palais de ce prince, qui lui fit un accueil très-gracieux, lui donna des marques singulières de son amitié, 81 après avoir reçu de sa part le serment de fidélité, lui fit, en le renvoyant, des présens magnifiques.

Bertrand rejoignit ensuite la flotte, fit voile vers Antioche, où Tancrède commandoit en l'absence de Boémond, 81 aborda au port de Saint-Siméon, éloigné de deux milles de cette ville. Il fut à peine débarqué qu'il envoya quelques-uns des principaux de son conseil au premier, pour lui donner avis de son arrivée, le saluer de sa part 81 le prier de lui marquer une heure pour se voir. Tancrède reçut très-bien les envoyés de Bertrand j mais craignant quelque surprise de sa part, il se fit accompagner de toutes ses troupes Se se rendit aussitôt au port de Saint-Siméon. Son entrevue avec le comte de Toulouse se passa d'abord avec beaucoup de politesse de part Se d'autre; ils s'embrassèrent tendrement, demeurèrent toute la nuit ensemble 8<. se donnèrent réciproquement des marques d'une amitié sincère. Le lendemain Tancrède ayant demandé à Bertrand le sujet de son voyage, celui-ci le lui exposa avec franchise Si le pria en même temps de lui remettre cette portion d'Antioche

' Voyez tome IV, Note XLVII, n. i. ' Albert d'Aix, Chronicon Hierosolymitanum, 1. i ij

' Guillaume de Tyr, I. i i, c. 9. c. 3 & seq.

dont son père s'étoit assuré le premier, lorsque cette ville avoit été prise par les croisés. Tancrède acquiesça, ou fit semblant d'acquiescer à la demande de Bertrand j mais il exigea de lui qu'il l'aidât auparavant de toutes ses forces à reprendre la ville de Mamistra en Cilicie, que les Arméniens avoient livrée depuis peu à l'empereur Alexis. Le comte s'excusa sur le serment qu'il vcnoit de faire à ce prince j il offrit cependant d'aller assiéger Giblet sur les Sarrasins. Tancrède, peu content de cette offre, persista à demander à Bertrand son secours pour le siège de Mamistra, 5c celui-ci à le lui refuser pour cette entreprise, ce qui irrita tellement le premier, qu'il ordonna à l'autre avec menaces de se retirer au plus tôt de ses terres &. défendit qu'on lui fournît des vivres. Bertrand, obligé de se remettre en mer, fit voile avec toute sa flotte vers Tortose, ville dont Raimond de S. Gilles, son père, s'étoit autrefois rendu maître Se qui étoit alors au pouvoir de Guillaume-Jourdain, comte de Cerdagne.

XIX. — Accord entre Bertrand 6» Guillaume-Jourdain , comte de Cerdagne, sur la succession de Raimond de Saint-Gilles en Orient. — Siège 6' prise de Giblet 6* de Tripoli par le premier.

Guillaume-Jourdain, comte de Cerdagne, faisoit sa principale résidence' au château du Mont-Pèlerin; il avoit continué depuis la mort de Raimond de Saint-Gilles, son oncle. Se conformément aux dernières volontés de ce prince, le siège ou blocus de Tripoli ; ce qui ne l'empêchoit pas d'entreprendre quelquefois d'autres expéditions aux environs, soit pour conserver les places dont le même Raimond lui avoit confié la garde en mourant, 8c qu'on appeloit le pays de Camolla ou Camolta, soit pour étendre ses conquêtes. Il avoit signalé sa valeur entre autres depuis peu contre Hertoldin, roi ou gouverneur de Damas pour les infidèles, qui l'étoit venu harceler aux environs du Mont- Pèlerin. Guillaume ayant fait une sortie avec mille chevaliers pesamment armés, qui composoient toute son armée, avoit entièrement défait ce prince infidèle 8c remporté sur lui de riches dépouilles. Ce comte avoit été ensuite mettre le siège devant Archos, que Raimond de Saint-Gilles &c Godefroy de Bouillon n'avoient pu prendre dans la première croisade ; 8c comme il avoit coutume tous les ans de faire le dégât aux environs de cette place, la conquête lui en fut plus aisée ; car la garnison manquant de vivres, 8c se voyant d'ailleurs extrêmement pressée, avoit pris la fuite, après avoir soutenu le siège pendant trois semaines. Le comte de Cerdagne s'étoit saisi ensuite de cette ville, qui passoit pour imprenable, 8c avoit étendu de là ses courses jusques à Damas, 8c porté la désolation dans tout le pays.

La ville de Tortose ouvrit ses portes au comte Bertrand qui y trouva tous les rafraîchissemens dont son armée avoit besoin. Le lendemain il envoya

' Albert d'Aix, 1. 9, c. 5ojl. 11, c. i & suiv. — Francorum expugn. Hierosol. c. 5^. — Guillaume dç Foucher de Chartres, 1. 2, c. 38 & suiv. — Gesta Tyr, 1. 1 1, c. 2, 9 81 suiv.

An 1 109

An 1 109

au Mont-Pèlerin sommer le comte de Cerdagne de lui remettre le pays de Camolta, que son père, dont il était légitime successeur ^ héritier, avoit conquis avant son voyage de Jérusalem, & dont il avoit disposé en sa faveur. Guillaume-Jourdain répondit aux envoyés de Bertrand que c'étoit mal à propos qu'il lui demandoit la restitution de ce pays 5 que Raimond de Saint-Gilles, son oncle, le lui avoit donné avant sa mort, Se qu'il n'avoit cessé depuis de le ^Éd^. origin. défendre pendant quatre ans au péril de sa vie, ce qui l'avoit engagé dans de grandes dépenses. Prévoyant cependant que cette réponse ne plairoit pas à Bertrand, il assembla son conseil, 8c de l'avis de ceux qui le composoient, il envoya demander du secours à Tancrède, avec promesse de se rendre son vassal &c de tenir de lui tous ses domaines. Tancrède, qui craignoit lui-même que Bertrand ne fît quelque entreprise sur ses États, écouta favorablement les propositions de Guillaume, & ils convinrent d'aller à Tortose avec toutes leurs forces pour en chasser ce prince. Celui-ci, informé de leur dessein, se rembarqua &. arriva le troisième jour devant Tripoli, dont il forma le siège par mer Se par terre. Il envoya en même temps des ambassadeurs à Baudouin I, roi de Jérusalem, pour lui offrir ses services Se le prier de lui accorder sa protection contre Tancrède & le comte de Cerdagne, lesquels, après avoir refusé de lui rendre le domaine de son père qu'ils avoient envahi, s'étoient ligués contre lui Se avoient résolu de lui faire la guerre. Baudouin reçut fort bien l'ambassade de Bertrand, prit ses intérêts avec chaleur Se promit de l'aller joindre incessamment. En attendant, il envoya faire la déclaration suivante à Tancrède Se à Guillaume-Jourdain : « Bertrand mon confrère^ 0 chrétien comme moij « fils du comte Raimond, m'ayant demandé du secours pour tirer raison du « refus que vous faites de lui rendre les pays Se les villes qui avoient appartenu « à son père, je vais le joindre à Tripoli , de l'avis de toute l'église de a Jérusalem. Hâtez-vous donc de lui restituer au plus tôt, de même qu'à « Baudouin du Bourg, prince d'Édesse, Se à Gaucelin de Turbaysel, les places « que vous leur détenez injustement. Se prenez jour pour vous accorder avec « eux, afin d'établir entre vous une paix durable, sans quoi vous ne saunez ce vous soutenir contre les infidèles. »

Bertrand, en attendant' le secours du roi de Jérusalem, sans lequel il ne pouvoit espérer de forcer la ville de Tripoli à se rendre, alla assiéger Giblet, ville maritime de la Phénicie, qui avoit été autrefois au pouvoir du comte Raimond son père, Se que les infidèles avoient reprise. Il se mit à la tête de ses propres troupes Se attaqua cette place par terre, tandis que les Génois Se les Pisans avec leur flotte l'assiégeoient par mer. Les habitans, se trouvant hors d'état de résister, demandèrent bientôt à capituler. Se après avoir obtenu la permission de se retirer où ils voudroient avec leurs temmes Se leurs enfans, ils livrèrent la place aux Génois, ou plutôt à Bertrand, qui la céda à ces peuples, comme nous le verrons plus bas.

■ Guillaume de Tyr, 1. i i , c. 9.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. SSn

-' An 1 1 C;;^

Ce prince revint ensuite reprendre le siège de Tripoli. Il pressoit vivement l'attaque de cette ville depuis trois semaines, lorsque le roi de Jérusalem l'alla joindre à la tête de cinq cents chevaux Se d'un pareil nombre de fantassins'. Ces deux princes se donnèrent réciproquement de grandes marques d'amitié, Se le comte, conformément à sa promesse, prêta serment de fidélité au roi 8c se déclara son vassal. Tancrède St le comte de Cerdagne, informés de leur jonction, prirent alors le parti d'obéir aux ordres du dernier Se se rendirent bientôt après au camp devant Tripoli , de même que Baudouin du Bourg Se Turbaysel. Tous ces princes se réconcilièrent ensemble par l'entremise du roi Baudouin. Tancrède restitua à Baudouin du Bourg les places qu'il lui détenoit, Se les comtes de Toulouse Se de Cerdagne convinrent de l'accommodement suivant^. La forteresse d'Archos, que celui-ci avoit prise, lui demeura avec la ville de Tortose, leurs dépendances Se toutes les autres conquêtes qu'il avoit faites} le château du Mont-Pèlerin, les villes de Tripoli Se de Giblet Se leur dépendances. Se en un mot tous les pays qui avoient été soumis par Raimond de Saint-Gilles, furent adjugés à Bertrand, avec clause expresse que si l'un d'entre eux venoit à mourir sans enfans, l'autre lui succéderoit. Bertrand prit ensuite du roi de Jérusalem l'investiture de tous les domaines qui lui étoient échus par ce partage Se en fit hommage à ce prince. Le comte de Cerdagne, de son côté, se reconnut vassal de Tancrède pour les siens.

La bonne intelligence ayant été ainsi rétablie parmi tous les princes, ils joignirent leurs armes contre la ville de Tripoli, qui se rendit enfin au roi Baudouin Se au comte Bertrand^ le lo de juin'^ de l'an iiog. Suivant la capitulation, les habitans obtinrent la liberté de se retirer Se d'emporter une partie de leurs effets. Quelques-uns aimèrent mieux rester dans la ville en Éd. oripin. payant un cens annuel au comte. C'est ainsi que cette forte place, après sept ans de siégej ou de blocus^, à compter depuis qu'elle avoit été investie par Raimond de Saint-Gilles, tomba enfin au pouvoir de son fils Bertrand. Celui-ci en fit hommage^ lige au roi de Jérusalem Se prit depuis le titre de comte de Tripoli qu'il transmit à ses descendans.

' Albert d'Aix, Chronicon Hierosolym'itanum,\, i i, de Mathieu d'Edesse, dans le Recueil des historiens

c. II 8c seq. des croisades, documents arméniens, tome i, p. 90.

' Ihid. — Guillaume de Tyr, 1. i i, c. 9. [E. M.]

' Les historiens ne sont pas d'accord sur la date ^ Voyez tome IV, Note XLVII, n. i & 2.

exacte de la prise de Tripoli. Ibn-Alathir, Aboul- 5 ;\près onze ans, au dire de Mathieu d'Edesse :

feda & Noveïri fixent le jour de la prise au lundi, « Cette même année, dit-il, la ville maritime de

I I de dsou'lhiddjé de l'an 5o3 (i*'' juillet i i 10). Tripoli fut prise. Après onze ans de siège les habi-

Ibn-Djouzi indique l'année 5o2 avec lemèmequan- tants, fatigués des assauts terribles & du blocus ri-

tième de dsou'lhiddjé (12 juillet 1109), & Guil- goureux qu'ils soutenaient, car Baudouin, roi de

laume de Tyr (XI, n. X), le 10 juin 1109. Ce fut à Jérusalem, & Bertrand, parent du grand comte de

Tancrède, et non au roi de Jérusalem, et à Bertrand Saint-Gilles, les pressaient vivement, les habitants

que la ville se rendit, selon la Chronique de Ma- appelèrent Tancrède, comte d'Antioche, & se don-

thieu d'Edesse; elle fut remise à Bertrand qui, en nèrent à lui. » [E. M.] retour, prêta hommage au roi, — Voyez Chronique 6 Poucher de Chartres, 1. 2, c. 43.

^^,,^^ 590 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVï.

XX. — Bertrand donne des marques de sa reconnaissance envers les Génois.

Ce prince, par reconnoissance pour les Génois, qui l'avoient aidé à faire une si importante conquête, donna' le 26 du même mois, à la cathédrale de Saint-Laurent de Gênes, en la personne de Guillaume Embriac & des autres principaux commandans de la flotte, la ville de Giblet 8c la troisième partie de Tripoli, en présence du roi de Jérusalem. Il accorda, outre cela, à ces peuples divers privilèges, en particulier une exemption de toute sorte de tributs dans ses terres depuis Nice jusques au port de Vénus, de même qu'aux Lombards qui seroient associés avec eux, concession qui occasionna dans la suite l'établissement d'un grand nombre de commerçans de ces deux nations dans la Province. Du reste, nous avons ici une preuve que Bertrand dominoit sur toute la côte de Provence, de Languedoc Se de Roussillon, & quoique, à l'exemple de son père, il ne prenne dans cette donation que le simple titre de comte de Saint-Gilles, nous savons d'ailleurs qu'il fut toujours reconnu pour comte de Toulouse après son départ, comme il paroît entre autres par un acte du mois de juillet de l'an^ 1109.

XXI. — Mort du comte de Cerdagne. — Bertrand lui succède dans les places

qu'il occupait en Orient.

Guillaume-Jourdain, comte de Cerdagne, décéda peu de jours après la prise de Tripoli. On raconte diversement les circonstances de sa mort. Un auteur contemporain ^ assure qu'ayant pris querelle, pour un vil intérêt, avec son écuyer, il le maltraita, 8c que celui-ci pour se venger lui tendit des embûches 8c lui décocha une flèche dont il lui perça le cœur. Un autre historien"^ très-célèbre, mais postérieur, prétend d'un autre côté qu'il s'éleva un grand différend pour un sujet très-léger entre les écuyers de ce prince 8c ceux du comte Bertrand, 8c que le premier étant monté à cheval pour aller les mettre d'accord, il fut atteint d'un coup de flèche dont il mourut. Cet auteur ajoute que quelques-uns soupçonnèrent le comte Bertrand de l'avoir fait périr, mais que jusques à son temps on n'avoit pu encore éclaircir la vérité de ce soupçon, ni découvrir l'auteur de la mort du comte de Cerdagne. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce prince étant décédé sans postérité, Bertrand lui succéda dans tous les domaines qu'il possédoit en Orient, conformément à l'accord dont on a déjà parlé. Son frère Bernard-Guillaume lui succéda, d'un autre côté, dans ceux d'Occident, qui comprenoient les comtés de Cerdagne, de Gonflant 8c de Berga au delà des Pyrénées, 8c le Capcir avec une partie du

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Albert d'Aix, 1. ii,c. i5.

méro CCCH. ^ Guillaume de Tyr, Historla hell'i sacr'i, 1, ii,

' lèid. c. p.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. 5ûi ~Z

Razès en deçà de ces montagnes, suivant le testament' aue Guillaume- Jourdain avoit fait en 1102, avant son départ pour la Terre Sainte.

XXII. — Bertrand marche au secours du roi de Jérusalem 6* le suit dans

diverses expéditions.

La flotte génoise ^ passa l'hiver dans les ports d'Orient & aida le roi Baudouin à faire le siège deBéryte^, ville importante delà Phénicie, située sur la mer entre Giblet 8<. Sidon. Ce prince l'assiégea par terre avec toutes ses forces, tandis que le comte Bertrand, qui lui avoit conseillé cette entreprise, l'attaqua

par mer avec la flotte. Ce siège, qui commença au mois de février de l'an 1110, ~~~

dura environ deux mois 8c demi, & la place se rendit enfin au roi de Jérusalem vers le 1 5 de mai de la même année. On accorda aux habitans la liberté de se retirer où ils voudroient j plusieurs d'entre eux en profitèrent j mais on prétend que le comte Bertrand 8c les Pisans égorgèrent tous les autres au nombre de vingt 8c un mille, contre la foi de la capitulation. Le roi Baudouin partit bientôt après pour Jérusalem, où il alla célébrer la fête de la Pentecôte, 8c où le comte le suivit à la tête de ses troupes. Ces deux princes reçurent alors un courrier de Baudouin du Boure: , au'une armée de Turcs "^ avoit Kdorigin.

f ... t. II, p. 356.

assiégé dans Edesse, à la sollicitation de Tancrède, son ennemi, 8c qui demandoit un prompt secours. Le roi" proposa cette expédition à Bertrand qui y consentit avec joie, donna ses ordres pour la sûreté de ses places 8c partit de Jérusalem avec lui au commencement de juin. Ils employèrent un mois entier dans leur marche 8c rassemblèrent en chemin plusieurs François 8c Arméniens, ce qui renforça leur armée, laquelle, à son arrivée aux bords de l'Euphrate, se trouva forte de quinze mille hommes. Le bruit de sa marche jeta une si grande terreur parmi les Turcs, que sans attendre les chrétiens, ils levèrent aussitôt le siège d'Edesse^.

Le roi Baudouin 8c Bertrand, ayant repris la route de Jérusalem, apprirent

' Marca H'ispan'ica. ^ p. 645, 1224 & seq. Schéref-Eddaula-Maudoud, fils d'AltOun-Tékïn ou

'Albert d'Aix, 1. 1 1 , c. i5 & suiv. — Foucher Altoun-Tasch , général des armées du sultan de

de Chartres, 1. 2, c. 40. — Guillaume de Tyr, 1. 1 i, Perse Mohammed (Daph'ar). [E. M.] c. i3 & suiv, • 'Mathieu d'Édesse dit bien qu'à l'arrivée des

' C'est-à-dire Bérouth. Guillaume de Tyr (XIII, II) chrétiens sur le territoire d'Édesse les Turcs levèrent

fixe la date de la prise de Bérouth au 27 avril I I 1 I , le siège, mais qu'après s'être retirés au delà de

deux ans après celle de Tripoli ; Foucher de Char- Khar'an, afin de les attirer dans un pays qui leur

très (c. 36) en 1 I 10. Suivant ce dernier historien, le était inconnu, ils revinrent sur leurs pas & for-

siège, commencé en février, dura soixante-quinze cèrent les chefs chrétiens à diviser leurs forces & à

jours, ce qui nous porte vers la fin d'avril. Ibn- se retirer vers Samosate sur les bords de l'Euphrate,

Alathir, Ibn-Djouzi & Elmakïn marquent à très- & qu'alors Maudoud put ravager tout le territoire

peu près la même date, Tannée 5o3 (3o juillet i i 09- d'Edesse sans rencontrer d'opposition, & extermina

19 juillet II 10). Mathieu d'Edesse affirme que la population de la ville & celle des campagnes,

tous les habitants furent passés au fil de l'épée & Ce ne fut donc qu'après avoir remporté un succès

que les Francs se gorgèrent de butin. Voyez la signalé que Maudoud s'en retourna à Khar'an , &

Chronique de Mathieu d'Edesse, p. 92. [E. M.j de là dans son pays, avec des masses de captifs &

■* Cette armée de Turcs était commandée par un butin considérable. [E. M.]

An 1 I I o

au mois d'août qu'un corps d'infidèles avoit assiégé la ville de Ptolémaïde. Ils hâtèrent leur marche, 8c le roi détacha une partie de son armée pour marcher au secours de cette place, tandis qu'il alla avec le reste au-devant de Magnus, frère du roi de Norwége, qui avoit débarqué à Jaffa à la tête de dix mille combattans. Il conduisit à Jérusalem ce prince du Nord, qui, après y avoir fait ses dévotions, lui offrit ses services. Baudouin les accepta, & s'étant rendu devant Sidon, ils formèrent ensemble le siège de cette place que Magnus attaqua par mer, &. le roi, avec Bertrand, par terre, & qu'ils obligèrent de se rendre au mois de décembre, après six semaines de siège. Le roi retourna ensuite à Jérusalem où il arriva le 21 du même mois, 8c le comte Bertrand alla faire sa résidence à Tripoli.

XXin. — Huitième concile de Toulouse,

Durant le cours de ces expéditions, le cardinal Richard, évêque d'Albano, légat du Saint-Siège, tint' un concile à Toulouse, peu de temps après la Pentecôte de l'an 11 10. Ce prélat que quelques auteurs- confondent mal à propos avec le cardinal Richard, abbé de Saint-Victor de Marseille, 8c ensuite archevêque de Narbonne, prit connoissance entre autres^, dans ce concile, des nouveaux différends qui étoient survenus entre l'abbaye de Moissac 8c celle du Mas-Garnier dans le diocèse de Toulouse. L'abbé de la dernière fut cité pour s'être soustrait à l'obéissance de l'autre 8c condamné à s'y soumettre. Sur le refus qu'il fit d'obéir, le légat écrivit après le concile à Amélius, évêque de Toulouse, qui y avoit assisté, pour lui ordonner de mettre l'abbaye du Mas- Garnier en interdit, jusques à ce que l'abbé 8c les religieux eussent donné des marques de leur soumission. Ceux-ci , soutenus par l'abbe de la Cluse en Piémont, dont ils se prétendoient dépendans, appelèrent de l'interdit au pape Pascal n. L'abbé de Cluny prit alors la défense de l'abbé 8c des religieux de Moissac qui lui étoient soumis, 8c envoya un mémoire à ce pape pour soutenir les droits de cette abbaye, à laquelle Pascal donna ^ enfin gain de cause.

Il est encore fait mention de ce concile de Toulouse dans une lettre ^ sans date que le cardinal Richard, évêque d'Albano, qui y avoit présidé, écrivit au même évêque de Toulouse, 8c dans laquelle il lui marque que le concile ayant adopté les décrets que le pape Pascal II avoit f*it dresser dans celui de Troyes. touchant les dîmes, les oblations 8c les autres biens ecclésiastiques possédés par les laïques, pour les obliger à les restituer à peine d'excommunication, il eût à faire exécuter ces canons à la rigueur, dans son diocèse, contre les usurpateurs des biens de la cathédrale. C'^st tout ce que nous avons pu recueillir de ce concile, qui fut le huitième de Toulouse.

• Chron'ic. S. Pétri Viv'i p. 763.— Conciles, t. 10, ^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLXI.

p. y66. '' Mnbillon, ad ann. 1 104, n. 83.

^ Chronicon Pisan. dans l'Italia sacra, nov. éd. '' Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc^

JçS

An 1 1 lo

XXIV. — Le vicomte Bernard- Aton marie sa fille avec le fils du comte de Roussillon. — Comtes de ce pays.

Le vicomte Bernard-Aton & Cécile sa femme marièrent ' leur fille Ermengarde, au mois de mai de Tan 1 1 io,avec Gausfred ou Gauzbert, fils de Guinard ou Gérard , comte de Roussillon , occupé alors à l'expédition de la Terre Sainte, Se lui donnèrent en dot divers fiefs, outre le château d'Abeillan dans le diocèse de Béziers, 8c celui de Mèze dans le diocèse d'Agde, dont elle devoit jouir après leur mort. Le vicomte déclare outre cela que s'il venoit à décéder sans enfans mâles, Gausfred &c Ermengarde, ou telle autre de ses filles que celui-ci épouseroit, au défaut d'Ermengarde, lui succéderoient dans tout ce qu'il possédoit dans les diocèses de Béziers St d'Agde, c'est-à-dire dans les deux vicomtes de ce nom 8c dans tous ses autres biens. Cette clause fait voir que ce n'étoit qu'une simple promesse de mariage, 8c on verra par ce que nous dirons dans la suite que Gausfred 8c Ermengarde étoient alors encore jeunes 8c que leur mariage ne s'accomplit que dans la suite.

Gausfred succéda en iii3 à Guinard, son père, qui fut tué^ cette année à son retour de la Terre Sainte, Nous trouvons cependant en iii6 un^ Arnaud-Gausfredf comte de Roussillon ; mais ce dernier étoit , à ce qu'il paroît, fils de Gausfred, comte du même"^ P^ys» qui vivoit en 1069 8c par conséquent oncle paternel de l'autre Gausfred qui fut le troisième comte de Roussillon de son nom, 8c dont Arnaud fut apparemment le tuteur pendant sa minorité. Au reste, Ermengarde prit ordinairement le nom de Trencavelle depuis son mariage avec Gausfred.

ÉJ. origin.

t. II, p. 357.

XXV. — Bernard-Aton augmente ses domaines. — Il fait hommage à Vahhé de la Grasse pour certains fiefs . — Êvêques d^Albi,

Le vicomte Bernard-Aton ^ acquit, vers l'an 11 10, différens domaines dans l'Albigeois, entre autres le château de Penne, situé sur les frontières du Querci, qu'Adelgarius, évêque d'Albi, son frère Raimond 8c quelques autres seigneurs lui donnèrent en alleu 8c qu'ils reprirent ensuite de lui en fief. Nous apprenons par là qu'Adelgarius, évêque d'Albi au commencement du douzième siècle, étoit de la famille des seigneurs de Penne. Ce prélat, dont on fait mal à propos deux évêques d'Albi de même nom^, avoit succédé, sous le règne de Philippe I, c'est-à-dire au moins depuis l'an 1108, à Arnaud qui étoit de la maison '7 des seigneurs de Cessenon, au diocèse de Narbonne, 8c qui avoit été

' D'Achery, Spic'ileg'ium, t. 9, p. iSy. ' Marca Hispan'ica, p. 484.

3 Ihid. p. 485.

-• lh\d. p. 458.

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro CCCL.

^ Voyez tome IV, Note IX, n. 4.

' Gallia Christiana, nov. edit. t. i,p. 12 & seq.

An I I lo

An

auparavant chanoine de Béziers. Le pape l'avoit nommé à l'évêché d'Albi. Adelgarius son successeur donna à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières l'église de Saint-Remi de Lautrec, où on érigea depuis un prieuré conventuel qui a été sécularisé 8c changé en collégiale.

Le vicomte Bernard-Aton reçut', vers le même temps, les hommages ou sermens de fidélité des seigneurs des châteaux de Caissargues dans le diocèse de Nimes, d'Arifat dans l'Albigeois, de Villemur 5c de Mirepoix dans le Toulousain, d'Aniort dans le diocèse de Narbonne, aujourd'hui d'Alet, Sec. Ce vicomte possédoit outre cela divers fiefs dans le domaine de l'abbaye de la Grasse. C'est ce qui paroît en premier lieu par un engagement^ qu'il fit en 1 108 à Robert, abbé de ce monastère. Se à ses religieux, de l'albergue qu'il exigeoit sur divers villages de leur dépendance, moyennant trente livres d'argent pur du poids de C arc as sonne ^ Se en second lieu par l'hommage ^ qu'il rendit à l'abbé Léon , successeur de Robert , à la fête de l'Assomption de l'an II 10 qu'il avoit été célébrer dans cette abbaye, avec ses deux fils Roger 5c Trencavel, suivi de plusieurs nobles. Il prend le titre de vicomte de Carcassonne, dans ce dernier acte, 5c reconnoît en cette qualité tenir de l'abbaye de la Grasse divers châteaux, villages Se fiefs du Carcasses, du Narbonnois, du Minervois 8c du Razès. Il ajoute que lui Se les vicomtes de Carcassonne, ses successeurs, étoient obligés de se trouver à la Grasse pour y rendre le même hommage à chaque nouvel abbé, auquel ils dévoient tenir l'étrier lorsqu'il montoit à cheval pour faire sa première entrée dans Carcassonne 5c le défrayer alors, avec deux cents chevaliers de sa suite, dans le faubourg de Saint-Michel de cette ville. Le même vicomte se trouva avec plusieurs autres barons 8c divers prélats , entre autres Richard , archevêque de Narbonne , Amélius, évêque de Toulouse, Se Raimond , évêque de Carcassonne, à une assemblée'* ou plaid tenu le dernier de mars de l'an 11 10, dans lequel on condamna les deux frères Bernard Se Rémi de Canet à reconnoître l'archevêque de Narbonne pour leur seigneur.

XXVI. — Roger Ily comte de Faix, appelé à la succession de Bernard-Aton. — Rétablissement de V abbaye de Saint-Volusien y translation des reliques de ce saint.

Bernard-Aton avoit eu vers ce temps-là quelque différend^ avec Roger II, comte de Foix. Ce comte lui donna un certain nombre de ses vassaux pour otages de la paix qu'il conclut ensuite avec lui. Depuis ce temps-là Roger Se Bernard-Aton vécurent en bonne intelligence. Le dernier Se ses fils, par un acte<5 du mois de mars de l'an iiii, appelèrent l'autre Se ses enfans, en cas

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLXII. '' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLIII.

" Archives de Vabhaye de la Grasse. ' Ihtd. n. CCCLIV.

3 Tome V, Chartes 8c Diplômes, n. CCCLIII, « Ibid. n. CCCLIII.

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qu'ils mourussent sans postérité, à la succession de tout ce qu'ils possédoient dans le Razès, le Carcasses 8c le Toulousain, c'est-à-dire des domaines qu'ils tenoient de l'hérédité des anciens comtes de Carcassonne.

Roger II, comte de Foix', possédoit encore alors une grande partie des biens ecclésiastiques de son domaine, dont Roger son oncle & lui s'étoient emparés j malgré l'excommunication que les papes Urbain II & Pascal II, 8c le cardinal Gautier, évêque d'Albano , légat du Saint-Siège, avoient lancée contre lui pour l'obliger à les restituer. Nous comprenons par là que ce comte vécut excommunié pendant plus de seize ans, puisque le cardinal Gautier exerçoit sa légation^ en France en loçS. Roger, touché de repentir d'une conduite si peu chrétienne, restitua en 11 08 à l'abbaye d'Alet une partie de ses domaines, ainsi qu'on l'a déjà vu, 8c rétablit trois ans après celle de Saint- Volusien de Foix dans la possession de ses biens.

Cette dernière, qui dépendoit^ au neuvième siècle de celle de Saint-Thibéry au diocèse d'Agde, avoit été bâtie à l'occasion des reliques qu'on y conservoit de ^^^^ °'''|'^g S. Volusien, évêque de Tours, martyrisé dans le pays par les Visigoths ariens, sous le règne d'Alaric II. Elle portoit anciennement le nom de Saint-Nazaire, de celui de l'église où S. Volusien avoit été inhumé j mais on l'appela plus communément du nom de ce dernier saint. Elle reçut, au dixième siècle, divers"*^ bienfaits tant de la part des comtes de Toulouse, qui possédoient le haut domaine du pays, que de ceux de Carcassonne qui en avoient le direct; mais les comtes de Foix, descendans de ces derniers, s'étant emparés dans la suite de la plupart de ses biens, le relâchement s'y introduisit, 8c les moines se transformèrent en chanoines au onzième siècle. Il paroît qu'Amélius du Puy, qui en étoitabbé^ vers l'an iioi, conserva cette dignité après son élection à l'évêché de Toulouse 5 car en 1108 elle n'étoit gouvernée '^ que par un prieur. Il est du moins certain qu'elle ne fut pas fondée en 11 11 comme quelques-' auteurs le prétendent, mais c'est à cette année qu'il faut rapporter son rétablissement par Roger II, comte de Foix.

Suivant un mémoire^ dressé en 1468, ce comte, voyant que l'église de Saint-Nazaire, où on conservoit les reliques de S. Volusien, menaçoit ruine, résolut d'en faire construire une nouvelle. Dans ce dessein, il convoqua plusieurs évêques, entre autres Amélius de Toulouse, diocésain, 8c Raimond de Balbastro , outre un grand nombre de seigneurs séculiers du pays 8c du voisinage, 8c transféra les reliques du saint martyr le mercredi 18 janvier de l'an 1 1 1 1 , dans la chapelle de Notre-Dame de Montgauzi , auprès de Foix, où on les laissa en dépôt jusques à ce que la nouvelle église ayant été construite, on les y rapporta ; nous ignorons l'époque de cette dernière transla-

■ Voyez Tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- 'Voyez Tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCLV. méro CCCXXX , la 2" charte citée sous ce numéro. " Mabillon, ad ann. 1096, n. 2 & seq. « Ibid. n. CCCXLIX.

3 Voyez tome I, 1. V, c. xvii & 1. X, c. xlix. ^ Fie de saint Volusien. In- 12, Limoges, 1722.

* Tome V, Chartes & Diplômes, n, XCVII. « Ibid.

tion. Elle étoit déjà faite en 1 123, car on a une donation ' de cette année en faveur de V église ^ du monastère de Saint-Nai^aire , où étoit le corps de S. Volusien. Les chanoines qui Thabitoient avoient embrassé dès lors, ou du moins ils embrassèrent peu de temps après la règle de S. Augustin, laquelle y a toujours été depuis observée, surtout depuis le milieu du dernier siècle, que cette abbaye a passé aux chanoines réguliers de Sainte-Geneviève, qui la possèdent encore de nos jours. Roger II, comte de Foix, 8c ses successeurs l'enrichirent par leurs libéralités.

XXVII. — Le comte de Foix restitue à Vahhaye de Frédelas les biens usurpés. — Origine de la ville de Pamiers.

Ce comte, non content d'expier ses fautes passées par ce rétablissement, tâcha encore, au mois de juin de l'an 11 11, de réparer^ le mal qu'il avoit fait à l'abbaye de Saint-Antonin de Frédelas, dont il avoit jusques alors détenu injustement les domaines, que le comte Roger j son oncle paternel, 6* lui avoient usurpés, 6* que les comtes de Foix 6* de Carcassonne, leurs prédécesseurs, n avoient jamais possédés. Il rendit donc à ce monastère, à ses ahh es futurs, à Isarn qui en étoit prieur, 8c aux chanoines qui l'habitoient, le village de Frédelas, le château de Pamiers 8c l'abbaye de Saint-Antonin, 8c se désista de tous les usages injustes qu'il exigeoit dans ces lieux. Il fait le dénombrement des droits qui avoient appartenu anciennement à l'abbé de Frédelas 8c s'engage de faire une redevance annuelle en pain, vin, 8cc., à cette abbaye, le jour de la fête de S. Antonin. Le prieur Isarn 6» ses clercs, du consentement d'Amélius, évêque de Toulouse, 8c de Raimond, évêque de Balbastro, fils de V église de Saint-Antonin , donnèrent en même temps au comte, par reconnoissance, la garde du château de Pamiers, avec l'avouerie de l'abbaye, 8c lui accordèrent pour cela moitié de la justice, excepté celle des clercs, 8c divers autres droits. Roger jura, sur le corps de S. Antonin, d'observer tous ces articles, en présence des mêmes prélats 8c de plusieurs de ses principaux vassaux.

C'est là le plus ancien monument que nous ayons, où il soit parlé de Pamiers, qui ne fut d'abord qu'un simple château, situé auprès de l'abbaye de Frédelas. Nous croyons^ que Roger II l'avoit fait bâtir dans le fonds de ce monastère depuis son retour de la Terre Sainte , 8c qu'il lui donna le nom d'Apamea ou Apamia, en mémoire de la ville d'Apamée en Syrie , d'où il apporta des reliques, 8c peut-être celles de S. Antonin, martyr de cette ville; ce qui aura fait confondre ce saint avec S. Antonin, martyr en Aquitaine, 8c ancien patron de l'abbaye de Frédelas. Quoi qu'il en soit, il paroît du moins par cet acte qu'on conservoit en iiii, dans l'abbaye de ce nom, le corps d'un vî'Cp.^Èfg. ^' A.ntonin, martyr, soit que ce fût celui d'Apamée en Syrie, ou celui des

' Vie de saint Volusien. In- 12, Limoges, 1722, ' Tome V, Chartes & Dlplôm.es, n. CCCLV.

p. 125. ' Voyez tome II, Note XXXII.

Gaules. L'abbaye de Frédelas prit depuis le nom de Pamiers, du château situé au voisinage, & c'est aujourd'hui une ville considérable dont les successeurs de Roger II possédèrent la moitié du domaine en paréage avec les abbés, 8c ensuite avec les évêques leurs successeurs, après l'érection de cette abbaye en évêché, à la fin du treizième siècle '.

XXVIII. — Saint Raimond, évèque de Balbastro, natif du Toulousain.

Raimond, évêque^ de Balbastro, dont on vient de parler, étoit né au château de Durban, baronnie du comté de Foix, située sur les confins des diocèses de Toulouse 8c de Conserans. Suivant l'auteur contemporain de sa vie, il étoit d'une naissance illustre 8c appartenoit par le sang aux rois & aux comtes. D'où nous inférons qu'il descendoit des anciens comtes de Carcassonne, de Foix 8c de Comminges. Ses parens l'élevèrent d'abord pour les armes 5 mais ils l'offrirent bientôt après, dans l'abbaye de Saint-Antonin de Frédelas, où il apprit les lettres humaines 8c embrassa la vie canoniale. Ses vertus 8c ses talens, 8c surtout le don de la parole, lui acquirent dans peu une si grande réputation, que les chanoines réguliers de Saint-Sernin de Toulouse l'élurent unanimement pour leur prieur ou prévôt, vers l'an i loi. L'évêché de Balbastro, ville que Pierre, roi d'Aragon, enleva^ aux Sarrasins la même année, étant venu à vaquer, les chanoines de l'église de Rota, unie avec celle de Balbastro, jetèrent les yeux sur lui 8c l'élurent k son insu pour leur évêque, à la fin de l'an 1 104, dans le temps que des affaires particulières l'avoient engagé à faire un voyage au royaume d'Aragon. Il fit beaucoup de difficulté de consentir à son élection 5 mais le clergé, le peuple, 8c Alphonse I, roi d'Aragon, qui venoit de succéder depuis peu à Pierre, son frère, le pressèrent si fort, qu'enfin il se rendit à leurs instances 8c fut sacré par Bernard, archevêque de Tolède 8c ses comprovinciaux. Il gouverna depuis son diocèse avec une sagesse 8c une piété peu communes, 8c livra son corps à une austère pénitence. Il établit sa principale résidence à Balbastro 5 mais Etienne, évêque d'Urgel, prétendant que cette ville dépendoit de son diocèse, la lui disputa, 8c soutenu du crédit du prince, qu'il trouva moyen de mettre dans ses intérêts, il usa de voies de fait 8c l'en chassa à main armée. Raimond "^j obligé de céder à la force, sortit de Balbastro nu-pieds. Étant arrivé à une certaine distance de la ville, il s'arrêta 8c excommunia publiquement l'usurpateur de son siège, en présence d'une partie de son peuple qui l'avoit suivi 8c qui le regardoit comme son père. Il appela en même temps au pape Pascal II, qui avoit uni les deux évêchés de Rota 8c de Balbastro, 8c transféra sa résidence dans la première de

' Voyez, au tome VII de cette édition , une Note ^ Bollandistes, Juillet, t. 4, p. 123 & suiv. —

où se trouve résumé un travail important de M, de Voyez tome IV, Note XLVIII.

Rozière, membre de l'Institut, sur le paréage de la ' Marca Hispanica, p. 477.

yille de Pamiers. [E. M.] < Bollandistes, Juillet, t. 4, p. 1 26 & suiv.

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"1 5q8 histoire générale de LANGUEDOC. LIV. XVI.

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ces deux villes. Pascal II prit la défense de Raimond Se écrivit très-fortement à Févêque d'Urgel au sujet de son usurpation 5 mais il ne put rien gagner sur ce prélat, qui étoit appuyé du crédit du roi d'Aragon, irrité de ce que Raimond refusoit de le suivre, comme les autres évêques de ses Etats, dans ses guerres contre les chrétiens. On prétend' que ce prélat, depuis sa sortie de Balbastro, prit le titre d'évêque de Ribagorça, pays qui comprenoit cette ville 8c celle de Rota ; mais nous avons divers monumens ^ postérieurs qui prouvent qu'il continua de se qualifier évêque de Balbastro jusques à sa mort. Il fit plusieurs voyages en deçà des Pyrénées 8<. assista à divers conciles de France, entre autres à celui de Toulouse de l'an 1 1 19. Il étoit sans doute réconcilié, en 1 1 26, avec le roi d'Aragon, puisqu'il servoit^ alors dans une expédition que ce prince entreprit contre les Maures. La mortalité s'étant mise dans l'armée, il eut occasion d'exercer sa charité envers les malades. Il fut attaqué lui-même du mal contagieux dans la ville de Malaga, après une signalée victoire que ce roi remporta sur les infidèles auprès de cette ville, ce qui engagea ce saint prélat à retourner dans son diocèse. Il mourut en chemin, à Huesca, le 21 de juin de la même année, au milieu des chanoines de sa cathédrale de Rota, qui étoient venus au-devant de lui Se qui transférèrent son corps dans leur église. Les fréquens miracles qui s'opérèrent à son tombeau lui attirèrent bientôt après un culte public. On prétend que le pape Honoré II le mit au catalogue des saints.

XXIX. — Suite des expéditions de Bertrand, comte de Toulouse 6» de Tripoli, dans la Terre Sainte. — Il se ligue avec l'empereur Alexis contre T ancre de.

Bertrand, comte de Toulouse Se de Tripoli, après avoir conquis cette dernière ville sur les infidèles Se y avoir fixé sa demeure, se brouilla de nouveau avec t% ^'''''^^' Tancrède, qui avoit acquis alors une nouvelle autorité dans Antioche par la mort de Boémond, son oncle, prince de cette ville. Ce dernier, qui dans son voyage de France avoit épousé Constance, fille du roi Philippe I, étoit prêt à s'embarquer dans la Pouille pour aller reprendre le gouvernement de sa principauté, lorsque la mort l'enleva, au mois de février"^ de l'an iiii, ne laissant qu'un fils unique en bas âge, de même nom que lui. Tancrède se perpétua par là dans l'administration de la principauté d'Antioche, au nom de ce jeune prince : il médita aussitôt de nouvelles conquêtes, Se au lieu de tourner ses armes contre les infidèles, il assiégea^ Tortose sur le comte Bertrand, prit cette ville Se en donna le gouvernement à Guillaume, fils naturel

' Bollandistes, Juillet, t. 4, p. 126 & suiv. — * Du Cange, tJotae in Alexiai. p. 406. — Pagi,

Voyez tome IV, Nofc XLVIII. ad ann. iiii,n. 8.

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Foucher de Chartres, 1. 2, c. 43. — Albert d'Aix,

méros CCCLV, CCCLXX, CCCLXXVI, &c. 1. 11, c. 40. — Guillaume de Tyr, Hhtorïa bellï

^ Bollandistes, Juillet, t. 4, p. i25. sacri, 1. 1 1 , c. 16.

du duc de Normandie. Cette conduite devoit naturellement rendre Bertrand son ennemi irréconciliable. Celui-ci en usa cependant bien chrétiennement envers lui. Une armée de cent mille Turcs s'étant avancée jusques à Césarée • de Philippe, à une journée d'Antioche, menaçoit de faire le siège de cette dernière ville. Tancrède, se voyant hors d'état de résister, implora le secours des princes chrétiens. Baudouin, roi de Jérusalem, le comte Bertrand, l'évêque d'Albara 8c plusieurs autres se mirent aussitôt en marche', le joignirent 5i attaquèrent avec vingt-six mille hommes, qui composoient toute leur armée, celle des infidèles qu'ils mirent en fuite, le 29 de septembre de l'an iiiij ce qui délivra Tancrède d'un grand péril.

Bertrand ne put refuser quelque temps après de se liguer contre ce prince, avec l'empereur Alexis, qui avoit toujours en vue de remettre Antioche sous son obéissance. Ce dernier^, voyant que la mort de Boémond 5c les sujets que le comte Bertrand son allié avoit de se plaindre de Tancrède lui en fournissoient une occasion favorable, envoya sommer celui-ci de lui rendre cette ville, en vertu du serment qu'il lui avoit fait. Tancrède ne jugea pas à propos de répondre à cette sommation, ce qui fit résoudre Alexis de marcher en personne contre ce prince avec toutes ses forces. L'empereur, avant que de s'engager dans cette expédition, chercha à mettre dans ses intérêts Baudouin, roi de Jérusalem, 8c les autres princes françois qui occupoient diverses places aux environs d'Antioche. Il leur envoya des ambassadeurs, dont Emmanuel Butimite étoit le principal, avec ordre de débarquer d'abord à Tripoli pour conférer avec le comte Bertrand. Ces envoyés, à leur arrivée dans cette ville, ne manquèrent pas de rappeler au comte le souvenir de la constante fidélité que Raimond de Saint-Gilles, son père, avoit conservée jusques à sa mort pour l'empereur leur maître, 8c lui remirent une lettre de ce prince. Celui-ci marquoit à Bertrand « qu'il s'attendoit qu'il marcheroit sur les traces de son ce père, 8c qu'aussi fidèle envers lui, il tâcheroit d'égaler sa réputation} qu'ayant

' Mathieu d'Édesse raconte cette expédition avec là Maudoud, se dirigeant avec toutes les troupes

d'assez grands détails :« Maudoud, qui commandait perses vers Antioche, s'arrêta dans un lieu nommé

encore cette nouvelle expédition, vint attaquer la Scheïzar (ville de Syrie). Alors Tancrède réunit au-

forteresse de Thèlkuran & la prit. Il s'empara aussi tour de lui tous les Francs j il fut rejoint par le roi

de Kaudêthil, bourg de Mésopotamie, après quoi il de Jérusalem, Baudouin, par Bertrand, comte de

vint à Schênav, auprès de Mani, émir arabe. De là Tripoli, & Baudouin, comte d'Edesse. Les infidèles

il se dirigea sur le territoire d'Edesse, vers la for- & les chrétiens se rencontrèrent à Scheïzar, mais ils

teresse de Dchoulman, où des renforts considé- n'en vinrent pas aux mains j Maudoud se retira

râbles lui furent amenés par It grand émir Ahmed- furtivement dans son pays & les Francs rentrèrent

Yel (ém.ir de la ville de Meraga), par le sultan chez eux en paix. » L'issue de cette invasion est

Soukman-el-Kothby, & le fils de Boursoukh. Tous marquée, par Albert d'Aix, à la fin de septembre

ensemble marchèrent sur Edesse. Après avoir passé (le 29) (cf. Foucher de Chartres, ad annum 1 1 r i,

là quelques jours, ils se rendirent à Sèroudj, & ayant c. Sy). Kemâl-Eddin raconte que les confédérés mu-

franchi l'Euphrate, ils parvinrent devant la forte- sulmans étaient arrivés dans leur marche vers An-

resse de Telbaschar. Il y avait en ce moment dans tioche, à Ma'arrat-en-no'mân , le 29 de setfer ^o5

ses murs le comte Josselin. Les Turcs, qui étaient (14 septembre 11 11). Voyez Mathieu d'Edesse dans

nombreux, incommodèrent beaucoup les assiégés le recueil déjà cité, p. 96 & 97. [E. M.J par leurs assauts réitérés, mais ils échouèrent. De ' Anne Comnène, Alexiade^ 1. 14, p. 422 &suiv.

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« résolu de tirer vengeance des injures qu'il avoit reçues de Tancrède, il le « supplioit non-seulement de ne pas secourir ce parjure 8c ce rebelle, mais « d'engager, autant qu'il pourroit, les autres princes à ne pas prendre sa « défense 8c à demeurer dans l'alliance 8c la fidélité qu'ils dévoient à « l'Empire. »

Les ambassadeurs d'Alexis trouvèrent le comte de Tripoli très-disposé à faire tout ce que leur maître souhaitoit de lui. Ce comte les assura, en effet, qu'il étoit prêt à exposer sa vie pour l'empereur quand il seroit nécessaire, 8c que dès qu'il apprendroit que ce prince se seroit mis en marche vers Antioche, il iroit au-devant pour lui présenter ses respects 8c lui donner des preuves de sa fidélité. Les envoyés, persuadés de la sincérité des promesses du comte, en qui ils avoient une entière confiance, lui laissèrent en dépôt à leur départ, suivant l'ordre qu'ils en avoient reçu, une somme considérable qu'ils avoient prise en passant à l'île de Chypre, dans le dessein de la distribuer aux divers princes qu'ils pourroient engager à se liguer avec leur maître. Ils se rendirent ensuite au commencement du carême auprès du roi de Jérusalem, occupé alors au siège de Tyr, qu'il avoit commencé dès la fin de novembre ' de l'année précédente. Ce prince leur fit un très-bon accueil 8c les retint dans son camp jusques au dimanche de la Passion, qu'il fut obligé de lever le siège. Il les amena alors à Jérusalem 5 mais n'ayant pu rien conclure avec eux, il^ t^ii^^fô' ^^^ congédia, 8c les ambassadeurs reprirent la route de Tripoli après la fête de Pâques. Ils apprirent, à leur retour dans cette ville, la mort du comte Bertrand, laquelle arriva^ par conséquent vers la même fête,. qui tomboit, cette année 11 12, le 21 d'avril.

XXX. — Pons y fils de Bertrand y lui succède dans le comté de Tripoli 6 le domaine d'Orient y 6" Alphonse-Jourdain , son frère y dans le comté de Toulouse & le domaine d'Occident.

Ce sont là toutes les circonstances que nous avons pu recueillir de la mort de Bertrand, qui, à l'exemple de Raimond de Saint-Gilles son père, sacrifia son repos 8c ses États pour aller finir ses jours au service de la religion, contre les infidèles. Ce prince mourut âgé d'environ quarante-six ans, 8c ne laissa '^ qu'un fils unique nommé Pons, de sa seconde femme Hélène de Bourgogne, qu'il avoit épousée en 1095 8c qui lui survécut. Cette princesse se remaria quelque temps après avec Guillaume dit Talavas, comte d'Alençon 8c de Ponthieu , dont elle eut des enfans. Un ancien auteur^ donne cependant à entendre que Pons naquit du mariage de Bertrand avec la nièce de la princesse Mathilde qu'il avoit épousée en premières noces j mais il paroît qu'il se

' Albert d'Aix, 1. 12, c. 4 & 7. '^ Orderic Vital, t. i3, p. 897. — Albert d'Aix,

^ Anne Comnène, Alexiadcj 1. 14, p. 428 & 1. 12, c. 19.

suiv. 5 Guillaume de Malmesbury, 1. 4, c. 2. — Du

' Du Gange, Notae in Alexiad. p. 408. Gange, Notae in Alexiad. p. 408.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. 6oi "" !

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trompe. Quoi qu'il en soit, le jeune Pons ne succéda à Bertrand son père que dans ses États d'Orient, où il l'avoit suivi, c'est-à-dire dans le comté de Tripoli qui étoit l'une des quatre principautés établies en ce pays par les princes chrétiens j il y fixa son séjour, 8t le transmit à ses descendans. Ce comté s'étendoit depuis un ruisseau ' situé entre les villes de Maraclée Se de Valenia jusques à un autre ruisseau qui coule entre les villes de Giblet Se de Bérythe. Pons abandonna ainsi tous ses droits sur les domaines que son père avoit possédés en Occident, Se qui comprenoient entre autres le duché de Narbonne, le comté de Toulouse Se le marquisat de Provence, en faveur d'Alphonse-Jourdain , son oncle paternel , qui étoit moins âgé que lui Se qui étoit demeuré en France.

XXXL — Origine des grands prieurés de Saint-Gilles 6* de Toulouse

. de V ordre de Malte.

Quelques auteurs^ attribuent à Raimond IV, comte de Toulouse, la fondation du grand prieuré de Saint-Gilles de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem ou de Malte 5 mais il paroît qu'on doit la rapporter plutôt au comte Bertrand, son fils. Il est du moins certain que l'hôpital ou commanderie de Saint-Gilles subsistoit déjà dès l'an 1112, dans le temps de la mort de ce dernier j ce qui nous donne occasion de développer ici l'origine de cette maison, la plus ancienne de l'ordre de Malte en deçà de la mer.

Les fréquens pèlerinages que les chrétiens faisoient depuis longtemps à Jérusalem engagèrent, au milieu du onzième siècle, quelques marchands d'Amalfi, dans le royaume de Naples, à fonder, par un esprit de charité, un hôpital auprès du Saint-Sépulcre, pour y loger les pauvres Se les pèlerins. Cet hôpital fut construit auprès d'une église nommée Sainte-Marie la Latine, desservie par des religieux bénédictins. Il fut d'abord administré par des séculiers qui se consacrèrent à cet exercice de charité, sous l'obéissance de l'abbé de Sainte-Marie. Les chrétiens ayant pris Jérusalem en 1099, le roi Baudouin I Se les autres princes croisés, touchés du soin qu'on prenoit des pèlerins Se des malades dans cet hôpital, l'enrichirent par leurs libéralités. Se quelques-uns d'entre eux lui donnèrent des domaines considérables en Europe. Gérard ou Géraud , qui en étoit principal hospitalier, fit bâtir alors , sous l'i-nvocation de S. Jean-Baptiste, une nouvelle église à laquelle il joignit un grand hôpital. Se tous les autres bâtimens qu'il crut nécessaires. Il engagea en même temps ses frères à s'obliger par des vœux solennels au service des pauvres Se des pèlerins. Se leur donna l'habit religieux. Le pape Pascal II approuva cet institut 3 le 1 5 de février de l'an iii3, par une bulle suivant laquelle il confirme Gérard instituteur 6- prieur (praepositus) de Vhôpital de Jérusalem, dans l'au-

' Guillaume de Tyr, 1. i6, c. 29. ' Bosio, Histoire de Malte, t. 1, 1. 2, p. 47 &

' Naberat, Privilèges de l'ordre de Malte, p. 7. suiy.

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torité qu'il exerçoit déjà sur sept autres hôpitaux, dont le premier est celui du bourg de Saint-Gilles. Ce dernier hôpital subsistoit par conséquent dès le commencement de l'an iii3; & en effet, Raimond-Béranger III, comte de Barcelone & de Provence, lui accorda un privilège' dès l'an 11 12. La commodité du port de Saint-Gilles sur le Rhône, alors extrêmement fréquenté par les pèlerins qui alloient à Jérusalem, ou qui en revenoient , engagea sans doute Raimond de Saint-Gilles, ou Bertrand son iils, dont on connoît le zèle Se les exploits pour la délivrance de la Terre Sainte des mains des infidèles, à fonder en ce lieu , qui dépendoit de leur domaine , un hôpital pour les mêmes pèlerins & à en confier l'administration aux frères hospitaliers de Saint- Jean de Jérusalem. Telle a été^ l'origine de cette première maison de l'ordre t.'^n, p"f62. ^^ ^^Ç^ ^^ ^^ mer, que les successeurs de ces princes ^ comblèrent de bienfaits dans la suite.

Plusieurs gentilshommes d'entre les maisons les plus qualifiées de la Province embrassèrent le nouvel institut des hospitaliers de Jérusalem dès son commencement. Aton , archevêque d'Arles '^, fait mention entre autres de Pierre d'Anduze Se de Pons de Montlaur, dans la donation qu'il fit, vers l'an II 17, de l'église de Saint-Thomas, à S. Jean-Baptiste ^ à Vhôpital du Saint-Sépulcrej aux pauvres de cet hôpital, à Béraud (ou Géraud), hospitalier^ 6» aux autres frères. Cette donation a donné l'origine à la commanderie de Trinquetaille , située dans un faubourg d'Arles. Bernard , successeur d'Aton, confirma^, en 1 129, la fondation de l'hôpital de Saint-Thomas, en faveur de S. Jean-Baptiste y de l'hôpital du Saint-Sépulcre y des pauvres y d'Étienne- Raimond y hospitalier ^ 6» de ses confrères.

Cet Etienne-Raimond est peut-être le même que Raimond du Puy, maître de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, qui, après avoir succédé vers l'an 1121 à Gérard ou Géraud, dressa des statuts particuliers pour les hospitaliers Se les engagea dans la profession des armes pour la défense des pèlerins Se des lieux saints contre les infidèles. Cette profession donna un nouvel éclat à l'institut, qui fit depuis de grands progrès dans toutes les provinces de la chrétienté , mais surtout dans celle de Languedoc , qui , outre les deux grands prieurés de Saint-Gilles Se de Toulouse, les seuls de la langue de Provence, la première de l'ordre, renferme diverses commanderies très-anciennes Se a donné un grand nombre de chevaliers de distinction Se plusieurs grands maîtres à l'ordre. Au reste, la langue de Provence fut ainsi nommée dans cet ordre, non de ce que les hospitaliers s'établirent d'abord dans la Provence proprement dite, mais parce que le lieu de Saint-Gilles, où ils fondèrent leur première maison en Occident , étoit compris ^ alors , ainsi que tous les autres domaines des comtes de Toulouse situés des deux côtés du Rhône, dans ce qu'on appeloit dans ce temps-là la Provence en général. Ainsi c'est proprement

' Archives du grand prieuré de Saint-Gilles. ^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLXXIV.

' Naberat, Privilèges de l'ordre de Malte, p. 28. ' Gallia Christiana, nov. éd. t. i, insîrum. p. 57.

' Ibid. p. 19 & 33. * Voyez dans ce volume, livre XIV, n. ci.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. 6o3

An 1 1 iz

à ces comtes, &. aux principaux seigneurs de Languedoc, que l'ordre de Malte doit son premier lustre.

Il paroît qu'il n'y avoit encore en iiSy, à Saint-Gilles, qu'un simple hôpital pour la réception des pèlerins qui s'y embarquoient pour la Terre Sainte. Bertrand, abbé de Saint-Gilles, donna ' du moins alors à Raimond, maître de l'hôpital de Jérusalem, la permission d'y bâtir un oratoire, avec un clocher. Il paroît aussi que les templiers avoient dans ce temps-là une maison dans le même lieu. Pierre, abbé de Saint-Gilles^, accorda en effet, en iiSç, à Robert, maître du Temple, un droit appelé le sertalage ^ 8(. Bernard, successeur de cet abbé, donna, le 28 de janvier de l'an ii55, un jardin aux frères de la milice du Temple de Saint-Gilles. Ce dernier consentit, le 28 de janvier de l'année suivante, à l'acquisition que les mêmes chevaliers du Temple firent d'une maison à Saint-Gilles 5 enfin il est fait mention ^ dans divers autres monumens des frères du Temple de Saint-Gilles.

Quant aux hospitaliers de cette ville , ils étoient gouvernés, en "* ii5o, par un prieur nommé Arnaud. Guiscard exerçoit la même fonction en ^ 1160, &. Gausfred ^ en ii65. Le successeur de ce dernier prenoit le titre de commandeur, comme on voit par les privilèges que Raimond V, comte de Toulouse, accorda, en 1177''', à l'hôpital de Jérusalem, aux pauvres qui y demeuraient 6* à fière Pierre Galterii, commandeur (praeceptor) du même hôpital de Saint- Gilles , ô' aux autres frères de cet hôpital. Il y avoit donc alors une communauté d'hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Saint-Gilles. Ils étoieni gouvernés, en 1181, par^ Odin, qui prend le titre de prieur de Vhôpital de Saint-Gilles. Suivant une sentence arbitrale ^ qui fut rendue en 1222 entre l'abbé de Saint-Gilles Se les hospitaliers du même lieu, ceux-ci étoient alors au nombre de vingt-deux, sous la conduite d'un prieur qui étoit leur chef Se leur supérieur, de même que de toutes les autres maisons des provinces voisines, qui composoient ce qu'on appeloit le prieuré de Saint-Gilles. Le commandeur étoit la seconde personne de la maison Se avoit tout le gouvernement en l'absence du prieur 5 mais son emploi ne s'étendoit pas au dehors Se ne duroit ordinairement qu'un an. Il y avoit, outre cela, un prieur de l'église qui étoit le chef des prêtres qui la desservoient. Celui-ci se qualifioit indifférem-ment prieur de l'église, ou prieur des clercs. Enfin la quatrième dignité de la 1. 11" "pî^w. maison de Saint-Gilles étoit celle de trésorier 5 cet officier faisoit la recette de tous les revenus Si en rendoit compte au prieur. Il y avoit d'autres emplois subalternes, mais qui n'étoient pas dignités, comme celui de sénéchal^ lequel n'est nommé que dans son rang de profession. 11 faisoit les fonctions de

' Archives de l'abbaye de Saint-Gilles. * Gallia Christiana , nov. edit. t. i , p. 288.

* Cartula'ire du grand prieuré de Saint-Gilles. ' Voyez tome VIII, Chartes & Diplômes, nu- ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXXIII. méro XXVI.

* Bouche, Histoire de Provence, t. 2, p. 127. * Gallia Christiana, nov. éd. t. I, instrumenta, ' Catel , Mémoires pour l'histoire du Languedoc, p. 47.

p. l'jo, » Archives du grand prieuré de Saint-Gilles.

An I

maître d'hôtel 8c avoit soin de faire les provisions de la maison. Celle-ci avoit un sceau particulier différent de celui du prieur. On voit ce sceau pendant à la transaction, 8c on y lit ces mots autour : S. conventus hospitalis S. Egidii. Tels ont été les commencemens du grand prieuré de Saint-Gilles d'où dépendent aujourd'hui cinquante commanderies, tant dans la province de Languedoc que dans celles de Dauphiné 8c de Provence. Les autres commanderies de la langue* de Provence , au nombre de vingt-deux, sont en Languedoc, Gascogne 8c Guyenne, sous la dépendance du grand prieuré de Toulouse.

Ce grand prieuré doit son origine à Amélius, évêque de Toulouse, qui accorda', en 11 20, aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, l'église de Saint-Remi où ils s'établirent. Ce prélat permit^, l'année suivante, à Gérard, prieur de Vhôpital de Jérusalem, d'acquérir des biens-fonds tant ecclésiastiques que laïques dans son diocèse j preuve que ce premier grand maître de l'ordre ne mourut pas en 1118^, comme on le prétend communément. Comme Amélius '^, évêque de Toulouse, étoit frère de Ficrre-Raimond du Puy, seigneur de considération dans la partie méridionale du diocèse de Toulouse, il est fort vraisemblable^ que Raimond du Puy, second grand maître de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem , étoit proche parent de ce prélat 8c de sa maison.

Raimond, évêque de Toulouse"^, permit, en 11 60, à Bernard d'Azillan, prieur de l'hôpital de Saint-Remi de Toulouse, 6- à ses frères , à la prière du pape Adrien IV 8c de Guiscard, prieur de Vhôpital de Saint-Gilles, d'avoir un cimetière auprès de l'église de Saint-Remi , « à condition qu'on n'y enterreroit « que ceux qui seroient véritablement frères de cet hôpital 8c qui portece roient sans feinte des croix sur leurs habits, ceux qui portoient leurs armes « 8c que le vulgaire appeloit écuyers, leurs bergers, 8cc. » Nous trouvons enfin que Bernard d'Azillan, prieur de l'hôpital de Saint-Remi de Toulouse, prenoit aussi , en n58, la qualité de recteur'^ de cette maison. Elle fut érigée en grand prieuré l'an i3i5, sans doute à l'occasion de l'union qui fut faite vers ce temps-là des biens de l'ordre des templiers à celui de Saint-Jean de Jérusalem, qui par là s'agrandit extrêmement. Les premiers ^ avoient une maison à Toulouse, qui fut unie à celle de Saint-Remi des hospitaliers, laquelle porte depuis longtemps le nom de Saint-Jean. Parmi les commanderies de la Province, une des plus anciennes est celle de Capestang, au diocèse de Narbonne, qui subsistoit en iii5, 8c à laquelle Ermengaud-Romieu fit alors une donation. Revenons à Bertrand, comte de Toulouse 8c de Tripoli.

' Archives du grand prieuré de Saint-Gilles. ® Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc,

' Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc ^ p. 207 & suiv.j p. 882 & suiv.

p. 879. ^ Ibid. p. 21 o.

^ Pagl, ad ann, 1120, n. 25. * Archives du grand prieuré de Saint-Jean de

■• Voyez ci-dessus, n. xiv, p. 58i Si suiv. Toulouse. ' Voyez tome IV, Note LV, n. 2,

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. 6o5

An 1112

XXXII. — Exploits.de Pons de Toulouse, comte de Tripoli. — Sa mort.

Après la mort de Bertrand, les ambassadeurs' d'Alexis étant arrivés dans Tripoli demandèrent à Pons la restitution du trésor dont ils avoient confié la garde à Bertrand, son père, 8c qui avoit été mis en dépôt dans le palais épiscopal j mais l'évêque de Tripoli qui étoit, à ce qu'il paroît , le principal tuteur de ce jeune prince, fit difficulté de le rendre. Les envoyés, alarmés de ce refus, parlèrent alors en ces termes à ceux qui composoient le conseil du comte Pons : « Si vous persistez, leur dirent-ils, à ne pas vouloir nous rendre ce «( trésor, vous n'êtes pas de vrais serviteurs de l'empereur, & vous dégénérez « de la fidélité du comte Bertrand 8c du comte de Saint-Gilles, son père. Au « reste, vous n'avez plus aucun secours à attendre de l'île de Chypre, & vous « pouvez compter de mourir bientôt de faim. » Ils joignirent les caresses aux menaces} mais voyant que les unes 8c les autres étoient également inutiles, ils consentirent enfin de laisser à Pons la portion du trésor qui avoit été destinée pour le comte son père, à condition que ce prince prêteroit serment de fidélité à l'empereur. Pons ayant accepté cette condition , les ambassadeurs lui donnèrent une certaine somme en or 8c en argent, outre divers meubles 8c habits précieux, 8c s'embarquèrent avec tout le reste.

Le jeune comte de Tripoli cultiva l'amitié de Tancrède, prince d'Antioche. Celui-ci , de son côté ^, lui témoigna beaucoup d'affection , 8c étant tombé malade à l'extrémité, il l'appela à sa cour 8c lui conseilla d'épouser, après sa mort, Cécile sa femme, fille naturelle du roi Philippe I 8c de Bertrade Éd. orîgin. d'Anjou. Ce mariage s'accomplit en effet, après le décès de Tancrède, arrivé le 1 6 de décembre ^ de l'an 1112. Un ancien historien '^, qui fait un fort grand éloge de Pons 8c qui l'appelle l'émule de la gloire de ses ancêtres j assure que Tancrède ordonna à ce prince d'épouser sa veuve, parce qu'il avoit conçu de grandes espérances de s'a valeur. Le portrait que tous les anciens font de Pons est des plus avantageux j il se rendit surtout recommandable par ses exploits. Il marcha vers Tibériade, au mois de juillet ^ de l'an iii3, au secours de Baudouin, roi de Jérusalem, qui, par son imprudence, avoit été battu par les

' Anne Comnène, Alex'iade, p. 428 & sulv. comme cet auteur, d'après un bruit qui avait cir-

" kXhexx. à^Pi^i-K^Chronicon H'iero$olymitanum,\. 12, culé sans doute parmi les historiens orientaux, que

c. 8. — G\i'û\7i\nne àtTyr, H'istor'ia helli sacrlfl, i\, Tancrède mourut empoisonné par le patriarche

c. i8. — Foucher de Chartres, dans Bongars, 1. 2, d'Antioche. Ce siège était alors occupé par Bernard

c. 45. de Valence, ancien évêque d'Arta en Epire, qui le

'Mathieu d'Edesse, qui fait un grand éloge de conserva jusqu'en 1129. Il avait suivi à la croi-

Tancrède, fixe sa mort au 18 du mois de mareri sade, en qualité de chapelain, le légat Adhémar de

(5 décembre). « Ce jour-là, dit-il, périt empoi- Monteil, évêque du Puy. [E. M.] sonné le plus grand de tous les fidèles, Tancrède, * Guillaume de Malmesbury, 1. 4, c. 2, p. 86.

comte d'Antioche} il mourut à Antioche & fut ' Albert d'Aix, 1. m, c. ii & 19. — Foucher de

inhumé dans la principale église de cette ville, à Chartres, 1. 2, c. 4? & 5i. — Guillaume de Tyr,

Saint-Pierre. » Le chronographe Samuel d'Ani & Historia hell'i sacri , I. 1 1 , c. 18 & 23. — Gautier,

Guiragos, historien du treizième siècle, affirment Bellum Antiochcnum, p. 444*

An 1 1 12

infidèles. Le comte de Tripoli, quoique beaucoup plus jeune que ce prince, prit la liberté de lui représenter la faute qu'il avoit faite & l'aida à la réparer. Roger, fils de Richard, qui avoit succédé à Tancrède, son cousin germain, dans le gouvernement de la principauté d'Antioche, étant menacé, en iii5, d'une armée de Turcs, appela Pons à son secours. Celui-ci se mit à la tête de deux cents chevaliers 8c de deux mille fantassins & se joignit à Baudouin, roi de Jérusalem. Ces princes ayant rencontré les ennemis, ils les dissipèrent bientôt. Ce fut au retour de cette expédition que le roi Baudouin ayant pris avec lui à Antioche Cécile , veuve de Tancrède, il la mena à Tripoli & la maria avec le comte, conformément aux dernières volontés du même Tancrède. Les noces furent célébrées avec beaucoup de pompe 8c de magnificence.

Pons marcha de nouveau ',en 11 19, au secours de Roger, prince d'Antioche, qu'une armée formidable de Turcs avoit assailli 8c qui eut le malheur de périr avant l'arrivée de ce prince. Celui-ci 8c Baudouin II, roi de Jérusalem, vengèrent bientôt après la mort de Roger 8c défirent entièrement les infidèles dans une bataille qu'ils leur livrèrent. Pons , qui commandoit l'aile droite à la tête des Provençaux, fit dans cette occasion des prodiges de valeur. Ses troupes ayant été mises en fuite , il soutint presque seul tous les efforts des ennemis, jusqu'à ce que ses soldats s'étant ralliés, il chargea de nouveau les infidèles 8c contribua par là au gain de la bataille qui fut néanmoins trèssanglante pour les chrétiens.

Ce prince se brouilla, en 11 22, avec Baudouin II, roi de Jérusalem, qu'il refusoit de reconnoître pour seigneur suzerain du comté de Tripoli. Ce dernier se mit en armes pour l'obliger à faire à son égard le devoir de vassal , 8c le comte s'étant mis de son côté en état de défense, les deux armées étoient prêtes d'en venir aux mains , lorsque les principaux officiers les engagèrent à faire un accord, suivant lequel Pons reconnut enfin le roi pour son seigneur. Ce comte se trouva, en 11 24, au siège de Tyr, durant lequel il se distingua autant par sa modestie que par sa bravoure. Il y donna l'ordre de chevalerie à un jeune seigneur que le prince d'Édesse envoyoit au camp, avec la tête d'un général turc qu'il avoit défait, pour encourager les chrétiens à continuer cette entreprise. Elle réussit suivant leurs souhaits j 8c après la prise de Tyr, le comte de Tripoli, qui avoit eu beaucoup de part à cette conquête, fit arborer son étendard sur l'une des tours. Ce prince rendit des services signalés, au mois de juin de l'an 11 25, au roi de Jérusalem 8c gagna alors avec lui sur les infidèles une bataille, dans laquelle il combattit à l'aile gauche. Au mois^ de mars de l'an 1127, il assiégea Raphania, ville située dans la province d'Apamée, au voisinage du mont Liban, sur les confins de son comté de Tripoli, 8c la soumit à sa domination en dix-huit jours de siège, avec le secours

' Guillaume de Tyr, Histor'ia belU sacri, 1. 12, p. 457 & seq. — Histor'ia Hlerosolymltana, p. 614. C. 9 & seq. j c. 17; 1. i3, c. 7 & seq. — Foucher '' Guillaume de Tyr, H'istoria. bell'i sacri, 1. i3,

(.le Chartres, dans Bongars, 1. 3, c. 4 & suiv.5 c. 19 8126. — Foucher de Chartres, dans Bongars,

c. 1 o, 3i , 34 & 42. — Gautier, Belîum A ntiochenum, 1. 3,c. 5i.

' An 1 1 iz

du roi de Jérusalem. Au mois de décembre de l'an ii3o, il se mit en marche pour le siège de Damas, que les chrétiens ne purent cependant entreprendre. Tels furent les premiers exploits de Pons, comte de Tripoli, fils unique de Bertrand, comte de Toulouse. On voit par là que ce prince ne céda en rien à la gloire que ses ancêtres s'étoient acquise par leur valeur & qu'il fit un honneur singulier à la province de Languedoc qui lui avoit donné la naissance.

Pons fit quelque temps après la guerre à Foulques , comte d'Anjou & roi de Jérusalem, son beau-frère, dont il avoit épousé la sœur utérine. Voici ce qui donna occasion à cette guerre. Baudouin II, roi de Jérusalem", qui mourut au mois d'août de l'an ii3i, ne laissa que deux filles : l'aînée avoit épousé le même Foulques, qui, à cause de cette alliance, succéda alors à ce prince dans le royaume de Jérusalem j la seconde, nommée Alix, avoit été ma- /f^ ""Sj'Jj riée au jeune Boémond, prince d'Antioche, qui fut tué la même année dans une rencontre, ne laissant de son mariage qu'une fille unique nommée Constance qui étoit alors en bas âge 8c qui lui succéda. Alix, princesse fort ambitieuse , ne pouvant se résoudre à céder le gouvernement d'Antioche aux tuteurs de sa fille, employa toutes sortes d'intrigues pour s'approprier cette principauté & se ligua dans cette vue, aussitôt après la mort de son mari, avec le comte de Tripoli qu'elle trouva moyen de mettre dans ses intérêts. D'un autre côté, le roi Foulques prit le parti de la jeune Constance, sa nièce, Se ayant pénétré les desseins d'Alix Se de Pons, comte de Tripoli , il se mit en marche Se prit la route d'Antioche pour y aller donner ordre aux affaires de sa jeune pupille. Foulques étant arrivé sur les confins du comté de Tripoli , Pons lui refusa le passage sur ses terres Se leva des troupes pour soutenir le parti d'Alix. Ce comte fit fortifier entre autres les deux châteaux d'Anican Se de Rugia que Tancrède, premier mari de sa femme, lui avoit donnés en mourant Se qu'il possédoit au nom de cette princesse. Il fit de là la guerre à Foulques, qui, de son côté, lui livra bataille avec toutes ses forces du côté de Rugia. La victoire fut longtemps disputée ; mais enfin le roi obligea le comte de plier Se de prendre la fuite, après avoir laissé un grand nombre de morts sur le champ de bataille Se un plus grand nombre de prisonniers. Ces deux princes se réconcilièrent cependant bientôt après par l'entremise de leurs amis communs.

Le comte Pons^ tourna quelque temps après ses armes contre les infidèles, qui de leur côté lui firent une cruelle guerre. Le prince d'Alep, à la tête d'une armée formidable, le tenoit assiégé dans le château de Montferrand, situé sur une élévation auprès de Raphania, lorsque le roi Foulques s'étant mis en marche pour aller au secours d'Antioche menacée par les Turcs, Se passant à Tripoli, la comtesse sa sœur le pria avec tant d'instance d'aller secourir son

• Guillaume de Tyr, Historla. bclli sacri^ 1. i3, ' Guillaume de Tyr, Historia belli sacri , 1. 14,

c. 27 } 1. 14, c. 4 &. seq. c. 4 & seq.

An 1 1 12

mari, que ce prince ne put lui refuser ce service. Foulques rassembla toutes les milices du comté de Tripoli , les joignit aux siennes & s'avança vers Montferrand : les ennemis, informés de ses approches, abandonnèrent aussitôt le siège de cette place. Pons ne put cependant éviter de tomber dans la suite entre les mains des infidèles & de devenir la victime de leur fureur. Bezauge, prince de la milice de Damas', s'étant mis en campagne en iiSy pour faire une irruption dans les États de Tripoli, le comte, instruit de sa marche, appela à son secours un corps de Syriens auxiliaires du mont Liban, qui furent cause de sa perte. Ces peuples, qui étoient d'intelligence avec les ennemis, lui persuadèrent d'aller à la rencontre de Bezauge au-dessous du château du Mont-Pèlerin 81 de lui livrer bataille. Pons attaqua avec beaucoup de valeur l'armée ennemie; mais durant l'action les Syriens le trahirent 8c le livrèrent aux infidèles qui lui firent souffrir une mort des plus cruelles. Presque tous les chevaliers qui étoient à son service périrent avec lui dans cette occasion : ils étoient venus la plupart de la Province dans la Terre Sainte avec le comte Bertrand, son père, ou avoient marché dans la suite à son secours. Géraud, évêque de Tripoli, fut du nombre des prisonniers; mais ayant eu la précaution de ne pas se faire connoître, il fut échangé quelque temps après contre un simple captif.

Pons laissa deux fils de Cécile, sa femme ^, savoir : Raimond, qui lui succéda dans le comté de Tripoli, &. Philippe, qui vivoit en 1142. Raimond, quoique encore jeune dans le temps de la mort de son père, en tira bientôt raison 8c se vengea 3 de la trahison des Syriens. Il rassembla le reste des chevaliers qui étoient à Tripoli 8c les joignit à un corps d'infanterie; il se rendit ensuite au mont Liban 8c en emmena prisonniers tous ceux qui avoient été complices 8c de la défaite 8c de la mort de son père, avec leurs femmes 8c leurs enfans, 8c les ayant tous conduits à Tripoli, il leur fit expier leur crime par divers supplices. Ce sont là, dit un auteur contemporain"^, les premières marques de valeur qu'a données ce jeune comte ; ce qui lui a attiré, ajoute-t-il, l'amitié 8c l'estime de toute le monde. Nous aurons occasion de parler ailleurs de la suite de ses actions. t^ii'°'^'^366 ■^^ reste, il paroît que Pons, comte de Tripoli, posséda en Occident quelques domaines de la succession de Bertrand, comte de Toulouse, son père. Nous avons, en effet, une donation^ par laquelle ce prince, qui se qualifie Pons des comtes de Saint-Gilles, donna, en 1 132, avec Cécile, sa femme 8c Raimond, son fils, du conseil de ses barons, à l'église du Puy, tous les domaines qu'il avoit dans le comté de Vêlai. Robert III, comte d'Auvergne, qui reçut cette donation au nom de l'église du Puy, étoit allé sans doute alors servir sous ce prince.

' Guillaume de Tyr, Historla hellï sacr'i , 1. 14, ' Guillaume de Tyr, Historia bell'i sacri , 1. 1-4,

c. 23. — Orderic Vital, 1. 1 3, p. 9 1 2. c. 23.

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nti- ■* Ihid.

méro CCCCLIII. 5 jorne IV, Chartes & Diplômes , n. CCCCLIII.

An 1112

XXXIII. — Union du comté de Fenouillèdes au domaine des comtes de Barcelone. — Vicomtes de Fenouillèdes.

On ignoroit encore dans la Province, au mois de juin de l'an 11 12, la mort de Bertrand, comte de Toulouse, comme il paroît par l'histoire des différends qui se renouvelèrent vers ce temps-là entre le vicomte Bernard-Aton 8c Raimond-Béranger III, comte de Barcelone, au sujet de la ville de Carcassonne dont le premier s'étoit emparé sur l'autre. La guerre que Raimond- Béranger avoit eue à soutenir contre les infidèles ne lui avoit pas permis jusques alors de tirer vengeance du vicomte : il avoit été occupé d'ailleurs de deux affaires de conséquence qui lui donnèrent occasion d'étendre sa domination en deçà des Pyrénées, ce qui le rendit plus formidable à ses ennemis 8c le mit plus en état de se venger de Bernard-Aton. La première fut la succession des comtes de Besalu 8c de Fenouillèdes qu'il recueillit, 8c l'autre, son mariage avec l'héritière de Provence.

Raimond-Béranger avoit épousé' en premières noces, l'an 1104, Marie Rodriguez, dont il avoit eu une fille, qu'il promit^ en mariage, au mois d'octobre de l'an 1107, à Bernard III, comte de Besalu. Celui-ci, en considération de ce mariage, déclara le comte de Barcelone son héritier pour les comtés de Besalu, de Ripoll, de Valespir, de Fenouillèdes ô' de Pierrepertuse , Se pour tous ses autres domaines, s'il venoit' à décéder sans postérité 5 ce qui arriva, en effet, vers le commencement^ de l'an 11 11. Bernard III, comte de Besalu, fut inhumé avec ses ancêtres dans le monastère de Ripoll. On prétend qu'il jouit de ce comté 8c de celui de Fenouillèdes pendant soixante ans de suite; mais quoiqu'il soit décédé dans un âge assez avancé, il ne posséda pas cependant si longtemps ces comtés, 8c il paroît"^ certain qu'on l'a confondu avec le comte Bernard II, son oncle paternel.

Après sa mort, Raimond III, comte de Barcelone, prétendit lui succéder dans tous ses domaines, en vertu de la donation dont on vient de parler; mais Bernard, comte de Cerdagne, qui étoit plus proche parent du comte de Besalu, lui disputa cette succession 8c se saisit^ de diverses places qui en dépendoient. Il s'accommoda cependant bientôt après avec le comte de Barcelone 8c lui céda tous ses droits par un acte du 8 de juin de l'an iiii. Par là Raimond-Béranger réunit à son domaine le comté de Fenouillèdes 8c le pays de Pierrepertuse en deçà des Pyrénées, que ses ancêtres avoient donné en partage aux comtes de Besalu, leurs cadets, 8c étendit sa domination sur divers pays situés au delà de ces montagnes.

Le pays de Fenouillèdes eut cependant encore longtemps après des vicomtes particuliers. Cette vicomte appartenoit alors à Arnaud-Guillaume, dont il est

' Marca Hispan'ica, p. 1229.

' Ibid. p. I 23o & seq.

' Ihtd. p. 481 & 544.

^ Voyez tome IV, Note XXVII, n. 9.

^ Marca Hispanica^ p. 481 & 1235.

—; 6io HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI.

fait mention ' dans un acte de l'an 1102, & qui se dit^ fils de Fierre-UdalgerU, vicomte de ce pays, dans une fondation qu'il fit dans l'abbaye de Saint-Martin de Lez. Ce Pierre, qui vivoit en 1078^, descendoit de Guillaume-Arnaud, vicomte de Fenouillèdes , lequel fit"^ une donation à la même abbaye la huitième année du règne du roi Robert, ou au commencement du onzième siècle. Il est assez vraisemblable que ces vicomtes avoient une origine commune avec les vicomtes de Castelnau 8c de Tazo dans le Roussillon &. le Valespir, ou du moins que les uns 8t les autres étoient proches parens. Nous trouvons 5, en effet, le nom de Gm\\a.umQ-Udalgerii parmi ces derniers.

XXXIV. — Le comte de Barcelone épouse Douce, héritière du comté de Provence f des vicomtes de Millau, de Gévaudan, Oc.

Raimond-Béranger III, comte de Barcelone, augmenta encore considérablement son domaine par son mariage avec Douce, qu'il épousa^ en secondes noces au mois de février de l'an 11 12, la quatrième année du règne de Louis \e Gros. Douce étoit fille & héritière de Gilbert, vicomte de Millau, de Gévaudan, 8c en partie de Carlad, 8c de Gerberge, comtesse d'Arles ou de Provence. Celle-ci, qui étoit alors veuve de Gilbert, donna d'abord à Douce, sa fille, t'^n°p'^367 ^^ i^'^du même mois, u tous les domaines qu'elle avoit ou qu'elle devoit avoir, c( savoir : le comté de Provence, de Gévaudan 8c de Carlad, 8c tous les biens « du comté de Rouergue dont elle avoit hérité, soit de ses parens, soit par c( la donation que lui en avoit faite Gilbert, son mari 8c père de Douce. » L'acte est souscrit par quelques seigneurs , entre autres par Ollabert de Canillac. Deux jours après, Gerberge donna sa fille en mariage au comte Raimond-Béranger, avec tous ses biens 8c ceux de Gilbert, son mari, pour les posséder eux 8c leur postérité, nommément la Provence, c^est-à-dire ce qu'elle y avoit ^ le comté de Gévaudan, la vicomte de Carlad, 6* tous les biens dont elle Jouissait dans le Rouergue 6* qui avoient appartenu au comte Gilbert ^ domaines qui lui étoient échus, soit par la succession de ses parens, soit par la donation du même Gilbert son mari. Enfin Douce, environ un an après son mariage avec le comte de Barcelone, donna à ce prince, le i3 de janvier de l'an II 12, ou de l'an iii3 suivant notre manière de compter, tous les droits qu'elle avoit, tant par son père que par sa mère, sur la Provence, le comté de Rouergue 8c ailleurs; ce qu'elle fit en présence de Raimond de Baux, Decan de Posquières Se divers autres seigneurs. Ces monumens demandent quelques réflexions pour l'intelligence de divers points de cette histoire.

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCXXXIV, la 2*^ charte citée sous ce nu- méro CCCXXXIV, la i ■■'' charte citée sous ce numéro. mérOj & numéro CCCXLI, la 2'' charte citée sous ce

* Archives de l'archevêché de Narbonne. numéro.

3 Voyez dans ce volume, livre XIV, n. xcii. " Marca Hispanua , p. 481 8c seq.j p. 646, 1287

■* Archives de l'archevêché de Narbonne. & seq.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV, XVL 6i i

1° On voit par ce que nous venons de dire que Gilbert, vicomte de Millau, de Gévaudan , & en partie de Carlad de son chef, Se comte de Provence par Gerberge sa femme, étoit mort au mois de février de l'an 1112. Il vivoit' encore vers l'an 1107 8c consentit^, au mois de mars de l'an iio3, avec son frère le comte Richard, à l'union de l'abbaye de Saint-Sauveur de Sévérac en Rouergue, fondée auparavant pour des filles, par Gui de Sévérac, à l'abbaye de Saint-Chaffre en Vêlai j union qui fut faite par Déodat, seigneur de ce château, descendant de Gui par Ermengarde sa femme Se par leurs fils. On ne doit donc faire aucun fond sur un auteur ^ du treizième siècle, qui fait mourir Gilbert en 1090, non plus que sur une circonstance qu'il rapporte touchant le mariage de Douce Se qui est entièrement fabuleuse, savoir : que Raimond- Béranger, comte de Barcelone, s'étant battu en duel par deux fois pour soutenir l'honneur de l'impératrice soupçonnée d'adultère. Se qu'ayant toujours été victorieux, l'empereur, pour le récompenser de ses services, lui fit épouser Douce, du consentement de Tiburge, mère de cette princesse, qui pour sa dot lui donna le comté de Provence. Il paroît seulement fort vraisemblable que Richard, archevêque de Narbonne, oncle paternel de Gilbert, ayant par sa dignité de grandes relations avec le comte de Barcelone, moyenna le mariage de Douce, sa petite-nièce, avec ce prince. Quant à Richard, il survécut longtemps à son frère Gilbert. On a déjà remarqué'^ ailleurs que le premier acquit d'abord en engagement le comté de Rodez de Raimond de Saint-Gilles, ou de Bertrand son fils. Alphonse-Jourdain, frère Se successeur de ce dernier dans le comté de Toulouse, aliéna entièrement dans la suite ce comté en sa faveur, à la charge de l'hommage ; mais nous ignorons l'époque précise de cette aliénation. Ce qu'il y a de certain, c'est que Richard prenoit déjà en II 12 la qualité de comte de Rode-^, comme il paroît^ par une charte, suivant laquelle il confirma alors, avec son fils Hugues, 6* ses chevaliersj la donation que son père Béranger, Bernard, ahhé de Saint-Victor de Marseille, ^ les vicomtes Hugues i^ Raimond, tous trois fier es du même Béranger^ avoient faite autrefois à cette abbaye d'un monastère situé dans le Rouergue.

2° Il y a lieu de croire que Gerberge, que certains auteurs appellent mal à propos"^ Tiburge, étoit décédée dès le commencement de l'an iii3, lorsque Douce sa fille fit donation de tous ses biens au comte de Barcelone, son époux : ainsi ce dernier aura joui dès lors de tous les domaines que sa femme lui apporta en mariage. Depuis ce temps-là Raimond-Béranger III Se ses descendans étendirent leur domination : 1° sur le comté d'Arles, c'est-à-dire sur la moitié de l'ancien comté de Provence, situé entre l'Isère Se la mer, qu'il posséda par indivis avec le comte de Toulouse, qui avoit droit sur l'autre moitié, jusques en 1 1 25, que ces princes convinrent enfin d'un partage de cette

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCXLVI. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

" Mabillon, ad ann. i io3, n. 66. m'-ro CCCLVJ, la 3'' charte citée sous ce numéro. ^ Labbe, Bihliothcca nova manuscr. t. i, p. 353. " Ruffi , Dissertation sur les comtes de Provence,

■* Voyez tome IV, Note XLII, n. 4 & suiv. p. 33 & suiv.

An 1112

An 1 1 12

Éd. oriciii.

t. Il, p. 36.S.

province; 2° sur les vicomtes de Millau en Rouergue 8c de Gévaudan, & sur une partie de celle de Carlad en Auvergne. Au reste, c'est mal à propos que quelques auteurs' donnent le titre de comté à la dernière de ces vicomtes; 8c c'est improprement^ que Gerberge de Provence donne le même titre à la seconde, dans la donation qu'elle en fit à Douce, sa fille.

3° Quelques modernes donnent à Gilbert la qualité de comte de Rodez; d'autres^ le font descendre des comtes de cette ville, ou le qualifient"^ comte de Millau, 8c lui donnent pour grand-père paternel Richard, vicomte de Carlad en Auvergne; les uns 8c les autres se trompent, ou du moins ne parlent pas exactement : 1° Richard, frère de Gilbert, fut^ le premier de sa maison qui prit la qualité de comte de Rodez 8c qui posséda le domaine de cette ville; 2° Gilbert ne fut jamais que vicomte de Millau, ainsi que ses ancêtres : ceux qui lui donnent le titre de comte de Rodez ont été trompés sans doute sur ce que Gerberge ayant donné à Douce '^, sa fille, les biens qu'elle avoit dans le comté de Rouergue ou de Rodez, 8c qui provenoient de l'hérédité de Gilbert, son mari, ils ont cru que ce dernier avoit été comte de cette ville, ce qui est très-faux. Quelques-uns'^ supposent enfin que Gilbert étoit fils de Pierre, vicomte de Carlad, 8c d'une prétendue comtesse de Millau; mais ils sont excusables en ce que, dans le temps qu'ils ont écrit, l'origine de Douce, comtesse de Provence, n'étoit pas encore bien connue, ou du moins assez développée; mais il n'y a plus lieu de douter que cette princesse ne fût fille de Gilbert de Millau 8c de Gerberge de Provence; que Gilbert ne fût frère de Richard, premier comte de Rodez, 8c qu'ils ne fussent fils l'un 8c l'autre de Béranger II, vicomte de Millau 8c de Gévaudan, 8c de Nobilie, héritière de la vicomte de Carlad. Douce avoit une sœur, nommée Étiennette, qui avoit épousé^ auparavant Raimond de Baux, laquelle avoit eu pour sa dot quelques terres en Provence. Plusieurs historiens ont prétendu que Faydide, femme d'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, étoit aussi sœur de Douce ; mais nos meilleurs critiques ont fait voir que c'est une fable. Nous connoissons d'ailleurs ^ la véritable origine de Faydide : cette comtesse étoit de l'ancienne maison d'Uzès.

' Ruffi, Dissertation sur les comtes de Provence, p. 35. — Pagi, ad ann. iii2,n. lo.

^ Voyez tome IV, Note XXVI, n. 14.

^ Riiflî, Dissertation sur les comtes de Provence, p. 33.

■* Baluze, Marca Hispanica, p. 482.

= Voyez tome IV, Note XLII, n. 4 & suiv.

" Marca Hispanica, p. li3j.

' Ruffi, Dissertation sur les comtes de Provence, p. 33 & suiv. — Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de France, t. 2, p. 6()6. — Voyez tome IV, Notes XXV & XXVI.

* Pagi, ad ann. 1 1 i 2, n. 1 1.

" Voyez tome IV, Note L, n. i5.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI. 6i3 "T

XXXV. — Le comte de Barcelone déclare la guerre au vicomte Bernard-Aton au sujet des comtés de Carcassonne 6- de Ra-^ès. — Il se ligue avec le vicomte de Narhonne, son frère utérin.

Raimond-Béranger ÏII se qualifia', depuis son mariage avec Douce, par la grâce de Dieu marquis de Barcelone ^ des Espagnes, comte de Besalu 6» de Provence, titres sous lesquels il désigna tous ses domaines anciens 8c nouveaux, tant en deçà qu'en delà des Pyrénées. Ils comprenoient, par rapport à la Province, la vicomte de Gévaudan, dont le château de Grèzes étoit le chef-lieu, le comté de Fenouillèdes, 8c le pays de Pierrepertuse vers les Pyrénées. Ce prince avoit outre cela des prétentions sur les comtés de Carcassonne 8c de Razès, 8c sur le pays de Lauragais, possédés alors par le vicomte Bernard- Aton, auquel il déclara la guerre aussitôt après son mariage avec Douce, pour l'obliger à lui rendre ces domaines.

Dans cette vue, il assembla^ une armée considérable, au printemps de l'an II 12, après s'être assuré du secours de divers princes voisins. Aymeri II, vicomte de Narbonne^, son frère utérin, entre autres, embrassa ses intérêts Se abandonna ceux de Bernard-Aton avec lequel il s'étoit ligué auparavant. Aymeri promit solennellement au comte : 1° « de le maintenir dans tous ses (i domaines 8c de l'aider contre tous, tant pour le château de Fenouillet 8c le « pays de Fenouillèdes, que pour le château 8c le pays de Pierrepertuse ; 2° de K lui remettre ce dernier château toutes les fois qu'il en seroit requis, 8c de « faire le même serment de fidélité à ses fils 8c à ses successeurs; 3° de le « secourir 8c de lui être fidèle, 8c à ses fils, pour la ville de Carcassonne 8c les « pays de Carcasses 8c de Razès, 8c de faire la guerre avec lui, 8c sans lui, au « vicomte de Béziers, à sa femme 8c à ses fils, 8c à tous ceux qui entrepren- « droient de l'en déposséder. « Nous inférons de cet acte que Raimond- Béranger, pour engager à son service le vicomte de Narbonne, son frère, lui donna en fief le château 8c le pays de Pierrepertuse. Nous voyons cependant, dans la suite, des seigneurs particuliers de ce château qui devinrent par là les arrière-vassaux des comtes de Barcelone. Bernard-Béranger de Pierrepertuse donna "^j en iiio 8c en iii3, avec Béatrix sa femme, aux religieux de Lamourguier de Narbonne, la dîme de la paroisse de Saint-Christau.

La manière dont le vicomte de Narbonne s'exprime dans cet acte en parlant de la comtesse Mahaud , sa mère (qui fui flius Mahaltis/beminae), hit assez un\°p'.^j6q. entendre qu'elle étoit alors déjà décédée; ainsi ce traité, qui est sans date, doit être postérieur au mois d'avril de l'an iiii que Mahaud^ vivoit encore, 8c antérieur au mois de juin de l'an 1 1 1 2 que le comte de Barcelone fit sa paix

■ Marca Hhpan'tca^ p. 1247. ■* Archives du prieuré de Lnmour^uier de la ville

'Voyez tome V, Chroniques, n. VI. — Voyez de Narbonne.

aussi tome IV, Note XLVI. ■' Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc,

' Marca Hispanica, p. 1223. p. 53(;.

"777777" 6i4 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI.

An 1 1 12 '

avec le vicomte Bernard-Aton, comme nous le verrons bientôt. Ceci peut servir à fixer à peu près l'époque de la mort de Mahaud. On prétend' qu'elle se retira en Catalogne, quelques années avant son décès, & qu'elle fonda dans cette province deux monastères de fillesy savoir : celui de Saint-Daniel aux environs de Girone, sous la règle de Saint-Benoît, où elle mourut, dit-on, saintement, & celui de Val-Marie de l'ordre de Saint-Bernard^ dans la vicomte de Cabrera} mais il est certain que l'ordre de Saint-Bernard ou de Cîteaux ne passa en Espagne que longtemps après la mort de Mahaud. Un auteur^ célèbre prétend que cette princesse vivoit encore en 1121, & qu'elle donna alors à l'abbaye de Saint-Pons l'église de Lacaune en Albigeois : ce fut^ le vicomte Bernard-Aton qui donna cette église à l'abbaye de Saint-Pons, le i^'' de mai de l'an 11 18. Il est vrai que le 27 de novembre 1121, une dame nommée Maralde & ses deux fils, Étienne-Dadon Se Auger, donnèrent à la même abbaye toutes leurs prétentions sur l'église de Lacaune; mais cette Maralde n'étoit pas vicomtesse de Narbonne.

XXXVI. — Le vicomte Bernard-Aton se ligue avec le roi d'Aragon.

Le vicomte Bernard-Aton, informé des préparatifs que le comte de Barcelone faisoit contre lui, se mit de son côté en état de défense. Ne pouvant avoir recours à Bertrand, comte de Toulouse, seigneur suzerain de ses domaines, entre autres du comté de Carcassonne qu'on lui disputoit, à cause de l'absence de ce prince, occupé alors aux guerres d'outre-mer, il implora la protection d'Alphonse I, roi d'Aragon, à qui il donna "^ en alleu la ville Se le pays de Razès, qu'il prit ensuite de lui en fief. Alphonse promit de sa part au vicomte : 1° de l'aider contre tous ceux qui entreprendroient de le troubler dans la possession de ce pays; 2° de lui donner douze mille sols en monnoie courante lorsqu'il seroit attaqué. Le vicomte prêta ensuite serment de fidélité à ce prince. Si en particulier pour le pays de Razès, envers tous Si contre tous, excepté contre le comte de Toulouse ^ de Rouergue.

XXXVII. — Paix entre le comte de Barcelone 6* le vicomte Bernard-Aton. — Le premier laisse Vautre paisible possesseur des comtés de Carcassonne ^ de Rajès.

Raimond-Béranger, comte ^ de Barcelone, après s'être disposé pour la guerre contre Bernard-Aton, passa les Pyrénées vers le mois de mai de l'an 11 12 Se

' Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2, ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

c. 79. méro CCCLVII.

' Mabillon, ad ann. 1 io3, n. 68. ' Voyez tome V, Chroniques, n. VI, &. Chartes

' Chronologie des ahbés & des évèqucs de Saint- & Diplômes, n. CCCLVIII.

Pons, p. 20.

An 1111

s'avança vers Carcassonne, où ce vicomte l'attendoit de pied ferme. Les deux

armées étoient en présence Se prêtes à combattre, lorsque Richard, archevêque

de Narbonne, allié de ces deux princes, 8c plusieurs seigneurs des deux camps

s'entremirent pour les accommoder 8c les firent convenir d'un accord. Les

articles furent signés le 8 de juin de l'an 11 12. i» Le vicomte, pour satisfaire à

la demande que le comte lui faisoit des comtés de Carcassonne 8c de Razès,

lui donna en alleu douze châteaux de son domaine qu'il reprit en fief, 8c pour

lesquels il lui prêta serment de fidélité. Ces châteaux étoient ceux de Boisse-

son, d'Ambialet 8c de Curvale en Albigeois 5 de Roqueserière 8c de Castelnau

dans le Toulousain j du Caylar 8c de Cauvisson dans le diocèse de Nimes j de

Pézénas, de Mèze 8c de Saint-Pons de Mauchienne, dans le diocèse d'Agde ; 8c

enfin du Pouget 8c de Mercoirol dans celui de Béziersj 2° on convint que

lorsque l'un ou l'autre pourroit engager le comte de Toulouse à donner à celui

de Barcelone la ville de Carcassonne avec ses dépendances, ce dernier les don-

neroit alors au vicomte, qui, en vertu de cette donation, reprendroit en alleu

la moitié de chacun des douze châteaux ci-dessus marqués; 3° le vicomte donna

à Raimond-Béranger quinze mille sols melgoriens, pour le dédommager,

sans doute, des frais de son armement 8c fit ratifier le traité par la vicomtesse

Cécile, sa femme. En conséquence, le comte de Barcelone, par un acte du

lendemain, 9 de juin, abandonna entièrement au vicomte le Carcasses & le

Ra-^ès 8c lui promit par serment de le laisser paisible possesseur de tous ses

domaines. On voit par là que le comte renonça à toutes ses prétentions sur ces

deux comtés 8c qu'il se contenta en échange de la simple suzeraineté sur douze '

châteaux du vicomte situés en divers autres pays. On ne doit faire donc aucun

fond sur une circonstance rapportée dans un monument' postérieur 8c adoptée

par les historiens^ de Catalogne, savoir : que par cet accord « Bernard-Aton,

« tant pour lui que pour sa postérité, se rendit vassal du comte de Barcelone

« 8c de ses successeurs pour la ville 8c le comté de Carcassonne, avec promesse ,^,'!- °"Ç,'"-

« de le servir, suivi de ses chevaliers, en vertu de cet hommage, dans les guerres « qu'il auroit. » Mais le contraire est marqué expressément dans l'acte, 8c quoique le vicomte s'y déclare vassal du comte pour les douze châteaux dont on vient de parler, il convint néanmoins qu'il ne le deviendroit pour Carcassonne, que lorsque le comte de Toulouse, qui en étoit seigneur suzerain, auroit donné ce comté au comte de Barcelone. Bernard-Aton conserva par cette clause le droit du comte de Toulouse sur le Carcasses, ce qui lui servit de prétexte pour se maintenir dans l'indépendance du comte de Barcelone, par rapport à ce pays. Il ne continua cependant de le posséder qu'en titre de vicomte, de même que le Razès^ dont il n'est rien dit dans cet acte, 8c que ce vicomte avoit donné en alleu au roi d'Aragon ; mais il ne paroît pas que le dernier ait conservé longtemps la suzeraineté sur ce comté.

' Voyez tome V, Chroniques, n. VI. ' Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2,

An 1 1 iz

6i6 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV XVI.

XXXVIII. — Réconciliation entre ^archevêque 6- le vicomte de Narhonne.

Raimond-Béranger III, comte de Barcelone, s'entremit sans doute à son tour pour mettre d'accord Richard, archevêque de Narhonne, grand-oncle de Douce, sa femme, Sî. Aymeri II, vicomte de cette ville, son frère utérin. Nous voyons du moins que l'archevêque Se le vicomte de Narhonne avoient suspendu leurs différends touchant le domaine & la justice de cette ville, au mois' d'octohre de l'an 1112, lorsqu'ils aholirent, de concert entre eux 6* les autres barons du pays, la coutume qui s'étoit introduite sur les côtes de la mer, tant dans leurs dépendances que dans le reste de la Province, de s'emparer du déhris des vaisseaux qui faisoient naufrage. L'archevêque, le vicomte & les barons du diocèse de Narhonne, touchés du préjudice que cette coutume faisoit aux négocians, ordonnèrent qu'à l'avenir tout ce qu'on pourroit sauver du naufrage appartiendroit au maître du vaisseau, de quelque nation qu'il fût, ou à ses héritiers. L'archevêque déclara en même temps excommuniés tous ceux qui contreviendroient à ce règlement. Quant aux vaisseaux des Sarrasins qui feroient naufrage, il fut marqué dans l'acte que la moitié du débris appartiendroit à l'archevêque, 5c l'autre moitié au vicomte.

L'un 8c l'autre terminèrent enfin leurs différends 6c se réconcilièrent parfaitement le 26 de novembre suivant^, par l'entremise de plusieurs personnes de considération, entre autres de Hugues, abbé de Saint-Paul. Il est marqué dans l'accord qu'ils passèrent alors : 1° que l'archevêque auroit la justice de tous les clercs de Narhonne 8c du diocèse, de tous les laïques qui avoient leur demeure dans le domaine de l'église cathédrale 8c de celle de Saint-Paul, 8c des vassaux de ces deux églises ; 2° que le vicomte auroit de son côté la justice de tous les crimes d'adultère 8c d'homicide qui se commettroient dans la ville 8c le bourg de Narhonne, 8c que les coupables seroient jugés à la cour du vicomte, en présence de l'archevêque ou de son haile ^ 3° ce prélat se réserva tout le reste de la justice dans son domaine, au dedans 8c au dehors de Narbonne 5 4° ils convinrent de remettre à des arbitres, /«m de Vune 6* de Vautre cour, les autres différends qu'il avoient touchant les tours 8c les maisons de la ville, avec promesse de la part de Richard de ne pas faire la guerre au vicomte 6- de ne pas V excommunier pour ces dijjerends. Nous verrons dans la suite que ce prélat ne tint pas sa parole, 8c que s'étant brouillé de nouveau avec Aymeri, il eut recours à l'anathème contre lui, ce qui excita de grands troubles dans le diocèse. Au reste, ce dernier étoit alors déjà marié, ou se maria bientôt après 5 car il engagea en 1 1 142, avec Ermengarde, sa femme, à l'abbaye de la Grasse, le village du Lac dans le diocèse de Narbonne, pour soixante-huit livres d'argent fin du poids de Narbonne, 8c vingt-cinq onces d'or.

' Tome V, Chartes 8t Diplômes, n. CCCLIX. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

' Ibid. n. CCCLX. méro CCCLXIII, la 2*" charte citée sous ce numéro.

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