XXXIX. — Evêques du Fiiy. — Vicomtes de Follgnac
Quelque soin que les papes & les conciles se fussent donné depuis le pontificat de Grégoire VII pour rétablir les églises dans leur ancienne liberté £<. les mettre à couvert des entreprises de la noblesse, il y avoit cependant encore, au commencement du douzième siècle, divers diocèses qui gémissoient sous la tyrannie des seigneurs séculiers, entre autres celui du Puy.
Après la mort d'Aymar de Monteil, évêque de cette ville, décédé à Antioche le i^*" d'août de l'an 1098, son siège demeura' vacant jusques en 1102, que le clergé 8c le peuple du Vêlai, voulant lui donner un successeur, élurent d'un consentement unanime Pons, abbé de la Chaise-Dieu, qui fut le premier évêque du Puy de son nom. Ce prélat, qu'on fait de la maison de Tournon en Vivarais, sans aucune preuve, étoit alors déjà âgé. Il avoit d'abord embrassé la profession monastique^ à la Chaise-Dieu, dont il avoit été élu abbé en 1094. 11 avoit parfaitement bien soutenu la réputation de régularité que ce monastère s'étoit acquise. Il avoit assisté, en 1096, aux conciles de Plaisance 8c de Clermont 8c avoit contracté, en 1096, à Lyon, une amitié particulière avec S. Anselme, archevêque de Cantorbéry, qui se trouvoit alors dans cette ville 8c qu'il avoit ensuite amené dans son abbaye.
Pons, après son élection ^ à l'évêché du Puy, entreprit de réduire divers chevaliers de la ville qui avoient élevé des tours dans leurs maisons 8c s'en servoient comme d'autant de forteresses pour tyranniser les peuples. Il fut obligé pour cela d'avoir recours à la force 8c de faire la guerre à ces gentilshommes qui se soumirent enfin 8c se rendirent vassaux de l'église du Puy, moyennant la somme de dix mille sols du Puy qu'il leur distribua. Ce prélat mourut vers "^ l'an 1 1 1 2 , le 24 de janvier, 8c fut inhumé dans le prieuré ou monastère de Rochepaule en Vivarais, vers les frontières du Vêlai, qu'il avoit fondé avec ses parens, sous la dépendance de l'abbaye de la Chaise-Dieu. On y voyoit^son tombeau avant la destruction de l'église de ce prieuré par les calvinistes. Elle appartient aujourd'hui aux minimes 8c est dédiée sous l'invocation de saint Pons, qu'on croit être le même que notre évêque du Puy qui par conséquent aura été honoré d'un culte public.
Ce prélat étoit, à ce qu'il paroît, frère d'Auxiliende, mère de Pons, vicomte de Polignac. On a, en effet "5, une donation de ce dernier en faveur de l'abbaye de Pebrac en Auvergne, faite du consentement de Pons, évêque du Puy, son oncle j de sa femme 8c de son fils Armand. Le vicomte Pons ne marque pas le
' Hugo Flaviniacensis, Chronicon, p. 269. '' Mabillon, Acîa Sancîorum ord'inis Sanctl Fcnc-
' Mabillon, ad ann. 1094, n. lo."? j ad ann. 1 i 02, dicti, saec. 5, part. 2, p. 2 1 5. n. 47. — Gallia Christiana, nov. éd. t. 2, p. 33 1 & '^ Chabron, Histoire manuscrite des vicomtes de Po-
seq.j p. 703 8c seq. lignac, 1. 7, c. 6. — Gallia Christiana, nov. edit.
^ Voyez tome V, Chroniques, n. IV. t. 2, p. 469 & 707.
■* Uid.— Voyez tome IV, Note XXVIII, n. lo.
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l'.'d. ori^iii.
l. II. p. '3/1.
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nom de sa femme dans cet acte 5 mais nous l'apprenons d'une autre donation ' qu'il fit, en iio5, à l'abbaye de Conques en Rouergue, « avec Elisabeth sa « femme 8c leur fils Armand, de l'avis de l'évêque Pons & de Pons-Maurice, u ahbéf de l'église de Bains dans le Vêlai , à condition que si lui ou ses fils « avoient dessein d'embrasser l'état monastique, l'abbé h. les religieux de a Conques seroient obligés de les recevoir. » Il y eut depuis un prieuré conventuel à Bains, qui fut uni en 1622 au collège des jésuites du Puy.
Le clergé & le peuple^ du Vêlai élurent pour succéder à Pons I, évêque du Puy, Pons-Maurice de la maison de Montboissier en Auvergne, le même, à ce qu'il paroît, que l'abbé Pons-Maurice dont on vient de parler. Ce prélat, qui étoit oncle ou grand-oncle paternel de S. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, fut exposé à la contradiction de quelques envieux qui contestèrent la canonicité de son élection j en sorte qu'il fut obligé d'aller à Rome pour la justifier auprès du pape Pascal II. Pons, vicomte de Polignac, qui étoit peutêtre du nombre de ses ennemis, le suivit dans cette ville Si y mourut. Il est marqué dans une ancienne chronique ^ qu'il y fut inhumé avec beaucoup (Vhonneur. Les mémoires "^ de la maison de Polignac ajoutent qu'il décéda le 23 de septembre, & que le pape Pascal II le fit inhumer dans l'église de Saint-Jean de Latran. On vient de voir que ce vicomte laissa plusieurs fils. Nous ne connoissons qu'Armand IV, son aîné, qui lui succéda, & Héracle, qui fut prévôt de Brioude, dignité qu'il possédoit ^ en ii38. Quant à Pons II, évêque du Puy, il revint triomphant dans son diocèse, où il fut reçu avec de grandes démonstrations de joie 5 mais ses ennemis lui suscitèrent bientôt après de nouvelles affaires 8c lui firent une cruelle guerre, ce qui mit la désolation dans tout le pays.
XL. — Le comte Alphonse rétablit les abbés; séculiers de Moissac. — Le vicomte Bernard-Aton renotice à la dépouille des évêques de Carcassonne, — Viguerie inféodée de Bé-^iers.
Les grands vassaux du royaume ne ménagèrent pas davantage la liberté des églises, au commencement du douzième siècle, que les simples seigneurs. Le jeune Alphonse '^, peu de temps après son avènement au comté de Toulouse, rétablit entre autres, dans l'abbaye de Moissac, les abbés chevaliers ou sëcuXiQrs que ses prédécesseurs, touchés du préjudice qu'ils causoient à la régularité, avoient abolis. Les courtisans de ce prince, abusant de son extrême jeunesse , l'engagèrent dans cette démarche, comme il l'avoue lui-même dans une charte
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- '' Ch.7ihror\, Histoire manuscrite des vicomtes de Po-
inéro CCCXLIII. Z'^iic, 1- 7, c. 6.
' Voyez tome V, Chroniques, n. VI. — V'oyez ' Gallia Chrisiiana, nov. edit. t. 2, p. ^83.
aussi tome IV, Note XXVIII, n. lo. « Tome V, Chartes &. Diplômes, n. CCCCIII. —
' Voyez tome V, Chroniques, n. VI, Voyez aussi tome IV, Note L, n. 5.
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qu'il donna dans la suite pour tâcher de réparer le mal qu'il avoit fait en cela à ce monastère.
D'un autre côté, quoique le vicomte Bernard-Aton ne prît que la qualité de vicomte de Carcassonne, il s'attribuoit cependant les dépouilles de l'évêque Kd-origin. de cette ville, lorsque celui-ci venoit à décéder. C'est ce que nous apprenons par la renonciation qu'il fit, « le samedi 3 de mai ' de l'an iii3, avec sa femme « Cécile Se leurs fils Roger & Raimond,à ce droit Se à tous les biens qu'ils « avoient usurpés jusques alors sur l'église de Carcassonne, en faveur d'Arnaud « surnommé de Girone, évêque de cette ville. » Le vicomte Bernard-Aton déclare ensuite qu'il met les biens des évêques de Carcassonne, après leur décès, sous sa sauvegarde. Se promet de les remettre entre les mains de l'archidiacre qui les garderoit pour l'évêque futur.
Ce vicomte donna ^, au mois de juin de l'année suivante, avec sa femme Si ses deux fils, aux deux frères Loup & Bernard de Bé-^iers, le tiers de la justice de cette ville 5c des environs; il se réserva les deux autres tiers, avec celle des homicides 8c des adultères tout entière. Loup Se Bernard, son frère, qui exerçoient déjà la justice sur les juifs de Béziers, obtinrent ce tiers comme vicaires ou viguiers du vicomte Se lui en firent sans doute hommage. Le vicomte avoit encore son baile à Béziers pour rendre la justice en son nom ; en sorte que les viguiers jouissoient alors d'une partie du domaine de la ville par l'inféodation que les comtes ou les vicomtes leur en avoient faite. Cela donna occasion à la plupart de ceux qui possédoient ces vigueries inféodées, lorsque les noms propres furent mis en usage, de prendre le leur de ceux des villes & des lieux dont ils étoient viguiers.
XLL — Droits domaniaux des seigneurs de Montpellier sur cette ville.
Les seigneurs de Montpellier avoient aussi inféodé^ alors la viguerie de cette ville. Bernard-Guillaume qui la possédoit héréditairement, ayant dessein de faire le voyage de Jérusalem, partagea, en 11 18, ses domaines à ses trois fils 8c disposa entre autres de cette viguerie en faveur de Guillaume-Aymon qui étoit l'aîné. Les deux autres s'appeloient Gaucelin de Claret Se Raimond- Aymon. On a remarqué ailleurs qu'il paroît que les viguiers héréditaires de Montpellier étoient d'une branche cadette des seigneurs de cette ville. Ils s'allioient cependant avec de simples bourgeoises, comme on voit par un acte"^ de l'an iii3, suivant lequel Guillaume V, seigneur de Montpellier, étant en droit d'empêcher qu'aucun bourgeois de cette ville ne vendît ou n'aliénât ses biens en faveur d'un chevalier ou de l'église, ou qu'il mariât ses filles à des
' Cartula'ire du château de Foix. méro CCCLXIII. -Garicl, Histoire Je Montpellier^
^ Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- p. iSy. inéro CCCLXIV. "Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
^ Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- méro CCCLXIII.
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chevaliers, s'opposa au mariage de la fille d'un de ces bourgeois avec le même Guillaume-Aymon , 8c ne voulut y consentir qu'après avoir été dédommagé du préjudice que ce mariage causoit à son domaine, en ce qu'il faisoit passer les biens possédés par les bourgeois, 8c sur lesquels il avoit certains droits, dans les mains de la noblesse qui en étoit exempte.
XLIl. — Guillaume de Montpellier, le vicomte de Narbonne 0 plusieurs chevaliers de la Province vont à la conquête de Vile de Majorque sur les infidèles.
Le même seigneur de Montpellier, non content de s'être distingué par ses exploits dans la Terre Sainte durant la première croisade, se signala encore dans la guerre contre les Maures 8c les Sarrasins d'Espagne, maîtres des îles Baléares ou de Majorque 8c de Minorque, d'où ils infestoient toutes les côtes de la Méditerranée. Les Pisans' 8c les Génois entre autres souffroient beaucoup des fréquentes courses de ces pirates. Raimond-Béranger, comte de Barcelone, qui en étoit également incommodé, fit un voyage exprès à Gênes 8c à Pise, 8c engagea les peuples de ces deux républiques à joindre leurs armes avec les siennes pour aller attaquer les infidèles dans ces îles. Les Génois 8c les Pisans, alors très-recommandables par leur puissance sur mer, animés par ce prince 8c par leur propre intérêt, équipèrent une flotte de trois cents voiles 8c partirent du port de Pise le jour de Saint-Sixte, 6 d'août de l'an 11 14. Ils joignirent sur les côtes de Catalogne le comte de Barcelone, qui avoit fait armer un grand nombre de vaisseaux 8c y avoit embarqué un corps de troupes qu'il avoit rassemblées de toutes parts. Il avoit prié entre autres Guillaume de Montpellier, dont il connoissoit la valeur 8c l'expérience dans l'art militaire, de venir prendre part à cette expédition. Ce seigneur, ravi de trouver une nouvelle occasion de combattre contre les infidèles, se disposa à son départ Se fit un testament^, en présence de Gautier, évêque de Maguelonne, 8c de ses principaux vassaux, par lequel il pourvut à la baillie ou gouvernement de Montpellier 8c à la tutelle de ses enfans, s'il venoit à décéder durant cette guerre. Il disposa de cette ville 8c des autres biens qu'il tenoit de l'église de h'd. origin. Maguelonne en faveur de la même église, en cas que tous ses enfans vinssent à mourir avant l'âge de quatorze ans. Quant aux divers domaines qu'il avoit acquis, il donna entre autres, en alleu, dans le même cas, les châteaux de Frontignan, de Montbazon , de Montferrier, Sec, à ceux qui les tenoient en fief de lui. Il légua à Bernard d'Anduze, son frère, 8c aux enfans de ce seigneur, le château d'Omelas, avec les autres châteaux qu'il tenoit en fief des vicomtes de Béziers 8c de Narbonne 3, 8c donna à Decan de Posquières le châ-
' Chron'icon F'isan. Italia Sacra, nov. edit. t. lo, * Voyez tome V , Chartes & Diplômes, nu-
p. 01 & seq.j p. 127 St seq,; Scrlpîores rerum Ital. méro CCCLXV, t. 6. — Martène, ColUctio amplissima, t. i , p. ôSp. ' Ihid,
teau de Melgueil Se les autres biens qu'il tenoit en fief du comte de Melgueil. Il fit encore quelques autres legs à divers seigneurs j le tout, à ce qu'il paroît, en cas que ses enfans vinssent à décéder avant l'âge de quatorze ansj ce qui prouve qu'ils étoient alors mineurs. Nous apprenons par cet acte qu'outre le' domaine de Montpellier, que les seigneurs de cette ville tenoient en fief de l'église de Maguelonne, ils possédoient encore divers châteaux en alleu dans le diocèse, ce qui composa ce qu'on appela dans la suite la baronnie de Montpellier, dont la ville de Frontignan, située sur la côte, étoit le chef-lieu.
Guillaume, après avoir donné' ordre à ses affaires, s'embarqua avec cent chevaliers 8î. un corps d'infanterie sur vingt vaisseaux qu'il avoit fait équiper, 6<. fit voile vers la côte de Catalogne. Aymeri II, vicomte de Narbonne, fit armer de son côté un pareil nombre de vaisseaux 5c alla en personne joindre le comte de Barcelone, son frère utérin, 8<. prendre part à cette expédition. Raimond de Baux, beau-frère du même comte, marcha aussi à son secours avec sept vaisseaux. L'évêque de Barcelone, les comtes d'Urgel 6c de Cerdagne, 8c divers seigneurs du Roussillon, des diocèses de Béziers, de Nimes, de Maguelonne Se de toute la Province, s'empressèrent à l'envi de réunir leurs forces pour le même dessein.
Après la jonction de toutes ces troupes, la flotte mit à la voile vers Majorque ; mais elle fut à peine en pleine mer, qu'elle essuya une violente tempête qui la dissipa. La plupart des vaisseaux gagnèrent le port de Pise j Se comme ils avoient besoin de se radouber, 8c que la saison étoit déjà avancée, ils y passèrent l'hiver; les autres se rendirent dans le port de Barcelone. Quant aux troupes de débarquement, elles se partagèrent pour subsister plus commodément : une partie alla hiverner à Montpellier, à Nimes Se Arles, 8e le gros de l'armée demeura à Barcelone avec Guillaume de Montpellier. Toute la flotte Se les troupes s'étant rassemblées à la Saint-Jean de l'année suivante, on commença par assiéger l'île d'Iviça, qui se soumit le jour de Saint-Laurent, 10 d'août. On alla ensuite mouiller devant Majorque, le 24 du même mois. Se on entreprit aussitôt le siège de cette ville, qui se rendit enfin le 6 de février de l'an 11 16. Durant ce siège ^, Guillaume de Montpellier se distingua beaucoup par ses exploits, de même que Dalmace de Castries, brave chevalier du diocèse de Maguelonne, qui servoit sous ses enseignes. Celui-ci, dans une sortie que firent les ennemis, les repoussa avec force. Se il les avoit déjà obligés pour la plupart à rentrer dans la place, lorsque deux Maures des plus robustes vinrent l'attaquer. Il abattit d'abord l'un d'eux à ses pieds j mais l'autre lui ayant porté en même temps un coup de lance qui perça son bouclier, il fut mis hors de combat Se accablé bientôt après par une troupe d'infidèles, dont l'un lui coupa la tête d'un coup de sabre. Guillaume de Montpellier, informé de ce triste accident, ne put d'abord refuser ses larmes sur la perte d'un cheva-
' Chron'icon P'isan. Itaîia Sacra, t. lo. — Marra ' Chronicon Pisan. Italia sacra, nov. edit. t. i o,
H'ispanica, p. 646 &. yôj. — Chron'icon Mallcaccnse, p. i5: 8c seq. dans Labbe, t. 2, p. i3.
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lier qui avoit acquis son amitié & son estime. Résolu ensuite de venger sa mort sur-le-champ, il se met à la tête de cent chevaliers, donne sur les infidèles, les défait entièrement Se leur enlève la tête de Dalmace qu'il rapporte dans le camp.
Aymeri, vicomte de Narbonne, se signala aussi au siège de Majorque. Il anima également ses soldats 8c par ses discours 8c par ses exemples. Plusieurs chevaliers de la Province y donnèrent des preuves de leur valeur, entre autres Béranger de la Vérune. L'auteur contemporain ' qui a conservé la mémoire de leurs exploits 8c des autres troupes de la Province donne le nom de Goths aux peuples qui l'habitoient 8c les distingue des Catalans. Il donne aussi le nom de Catalogne à ta Marche d'Espagne. C'est le plus ancien monument que nous connoissions où on se serve de cette dernière dénomination. Un moderne t.^n" p"f"^. prétend ^ que le vicomte Bernard-Aton se trouva à l'expédition de Majorque, sur l'autorité de l'historien des comtes de Barcelone qui n'en dit rien.
Après la prise de l'ancienne ville de Majorque, l'armée chrétienne fit le siège de la nouvelle, qui se soumit enfin avec le reste de l'île le 3 d'avril de l'an 1 1 16. Le pape Pascal II, comblé de joie de l'heureux succès de cette conquête, écrivit ^ au commencement de mai de la même année au comte de Barcelone pour l'en féliciter. Guillaume de Montpellier, à qui la principale "^ gloire en étoit due, fit ensuite quelque séjour à la cour de ce prince, 8c il y étoit encore au mois^ de janvier de l'an 1 1 17.
XLIII. — Guillaume IX, comte de Poitiers ^ duc d' Aquitaine j & sa femme Philippe s'emparent du comté de Toulouse sur Alphonse-Jourdain.
Tandis qu'une partie de la noblesse de la Province combattoit contre les infidèles, l'autre étoit partagée entre le jeune Alphonse-Jourdain 8c Guillaume IX, comte de Poitiers, compétiteur de ce prince au comté de Toulouse. Nous avons parlé ailleurs des prétentions qu'avoit ce dernier, au nom de Philippe, sa femme, sur les domaines qui avoient appartenu à Guillaume IV, comte de Toulouse, père de cette princesse, 8c on a vu qu'il s'en étoit désisté; comme il étoit néanmoins ambitieux 8c entreprenant, il chercha querelle, quelque temps après la mort du comte Bertrand , à Alphonse son frère 8c dépouilla enfin du comté de Toulouse ce prince qui, à cause de sa jeunesse, étoit peu en état de se défendre. Nous ignorons la plupart des circonstances de cette révolution; nous savons seulement qu'elle arriva"^ en 11 14, 8c que le comte de Poitiers ne s'empara pas de Toulouse sans effusion de sang. Il est marqué, en effet, dans un ancien monument''', qu'il se donna alors un combat dans
< * Chronicon Pisan, dans Vltalia sacra, nov. edit. ^ Marca H'ispantca^ p, 1248.
t. 10, p. i5i & seq. ^ Voyez tome IV, Note L, n. 4.
' Besse, Histoire de Carcassonne, p. i 14. ' Garibay, Compend'tum historicum, édition d'An-
^ Martène, Collectlo ampUssima, t. i, p. ûSp. vers de iSyi, 1. 23, c. 7. — Voyez tome IV, Note L,
* Guillaume de Malmesbury, 1. 4, c. 2, p, 91. n, 4,
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cette ville, Se que Pierre, évêque de Pampelune, qui s'y trouvoit, ayant voulu pacifier les esprits, fut atteint d'un coup de pierre dont il fut blessé dangereusement 8c dont il mourut peu de jours après, le jeudi i5 df octobre.
Ce prélat ', sujet par sa naissance des comtes de Toulouse, étoit fils unique d'un seigneur de Rouergue, nommé Didon d'Andoque, qui l'avoit offert dans sa jeunesse à l'abbaye de Conques, où il avoit embrassé l'état monastique. Son mérite le fit élire évêque de Pampelune, en Espagne, en 1082, & voulant témoigner sa reconnoissance envers l'abbaye où il avoit reçu son éducation, il lui donna, en 1090 5c 1092, quatre prieurés de son diocèse. Il donna aussi une église ^ du même diocèse, sous le règne de Sancbe, roi de Navarre, à l'abbaye de Saint-Sernin de Toulouse. Après sa mort, son corps fut apporté à Pampelune 8c inhumé dans la cathédrale où sa mémoire est en vénération.
On peut inférer de ce que nous venons de rapporter, qu'une partie des Toulousains s'opposa à l'invasion du comte de Poitiers : il y a lieu de croire qu'ils supportèrent impatiemment sa domination ; car depuis la mort de Bertrand, comte de Toulouse, jusques à la jouissance paisible de ce comté par Alphonse, son frère, à peine trouve-t-on quelque acte qui nous apprenne le nom du comte qui dominoit alors dans le comté de Toulouse, contre l'usage ordinaire de ce siècle de marquer le nom des comtes dans la date des chartes. Nous ne sommes pas mieux instruits de ce que devint le jeune Alphonse pendant tout le temps que le duc d'Aquitaine 8c Philippe, sa femme, demeurèrent maîtres de la ville 5c du comté de Toulouse. Quelques historiens ^ ont voulu dire qu'il se retira en Espagne à la cour des rois de 'Castille ou d'Aragon, 8c qu'il implora leur protection pour son rétablissement dans le patrimoine de ses pères ; mais on ne donne aucune preuve certaine de ce fait , qu'on accompagne de plusieurs circonstances fabuleuses. Ce qui paroît de plus vraisemblable, c'est que les tuteurs de ce prince l'emmenèrent ou en Provence ou dans quelqu'un des autres domaines qui avoient appartenu à Raimond de Saint- Gilles, son père.
XLIV. — Le vicomte Bernard-Aton 6* quelques autres seigneurs du pays reconnoissent le comte 6* la comtesse de Poitiers,
Nous avons un acte "^ suivant lequel le vicomte Bernard-Aton prête serment de fidélité à la comtesse Philippe y pour tous les domaines que Guillaume^ comte de Toulouse , son père , avoit possédés^ 8c cela à raison des fiefs du Rouergue quil tenoit d'elle. La comtesse promet ensuite à son tour au vicomte de lui conserver -la vie, 8cc. Il résulte de ce monument : 1° que Philippe prétendoit que le Rouergue lui appartenoit, quoique son père ne l'eût jamais
' Cartula'ire de Vabhaye de Conques. — Mabillon, ^ Voyez tome IV, Note L, n. 5.
Analecta, t. 3, p. 87 ij 8c ad ann. iiio, n. 114. "* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
' Tome V , Chartes & Diplômes, n. CCCXXXIX. méro CCCLXVI.
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possédé, & que ce pays eût toujours été du domaine de Raimond de Saint- M
Gilles; 2° que le vicomte Bernard-Aton, l'un des plus puissans seigneurs de la "
t.'n'p^'ijs Province, abandonna, en 1 114, les intérêts du jeune Alphonse pour se déclarer en faveur de la duchesse d'Aquitaine, comme il avoit abandonné, en 1098, ceux de Raimond de Saint-Gilles pour la même princesse. Bernard-Aton fit ce serment à Toulouse, en présence de Léger, archevêque de Bourges, de Géraud, cvêque d'Angoulême, de Bertrand, évêque de Bazas, du chantre de l'église d'Angoulême, de l'archidiacre de celle de Bourges, de Robert d'Arbrissel Se de divers seigneurs ou princes séculiers, entres autres de Centule, comte de Bigorre, de Pons, vicomte de Caussade en Querci , d'Arnoult de Montgommeri, de Pons de Montpezat, Sec. Ce qui fait voir que le duc d'Aquitaine étoit bien accompagné lorsqu'il s'empara de Toulouse, Se que le bienheureux Robert d'Arbrissel, attaché depuis longtemps à ce prince 8c a sa femme, les suivit alors dans cette ville, comme il avoit déjà fait en 1098.
XLV. — Le bienheureux Robert d'Arbrissel fait un second voyage à Toulouse 6" fonde dans ce diocèse divers monastères de son ordre.
La réputation de sainteté où étoit ce personnage Se le talent qu'il avoit pour la parole contribuèrent sans doute beaucoup à gagner les Toulousains & les autres peuples de la Province au parti du duc & de la duchesse d'Aquitaine. Il profita lui-même de cette occasion pour étendre l'ordre de Fontevrault, qu'il avoit institué sous la règle de S. Benoît. En effet, la comtesse Philippe' lui donna en 11 14 la forêt d'Espeses, aujourd'hui l'Espinasse, située entre la Garonne & le petit Lhers, à deux lieues de Toulouse vers le nord-ouest, où il fonda un monastère de son ordre. Ce monastère a donné l'origine à quelques autres du même institut, qui furent fondés dans le diocèse de Toulouse, savoir : à ceux de Saint-Agnan, Longages, la Grâce-Dieu, Sainte-Croix de Volvestre 8c Notre-Dame de Bragairacj celui-ci avoit été d''abord fondé pour des filles, 8c dépendoit^, au milieu du onzième siècle, de l'abbaye de Moissac. Il fut détruit dans la suite 8c rétabli pour des hommes. Aymeri, qui en étoit prieur, le donna en 1122 à Pétronille, abbesse de Fontevrault, 8c lui promit obéissance, avec l'agrément d'Amélius, évêque de Toulouse, en présence de Guillaume, évêque de Lectoure, 8c de Béatrix, vicomtesse de Lomagne. Ce prieuré étoit situé dans cette partie du Toulousain dont on forma, au quatorzième siècle, le diocèse de Lombez, 8c subsistoit encore au milieu du treizième. Ceux de Saint-Agnan, de Longages, de la Grâce-Dieu 8c de Sainte-Croix de Volvestre subsistent encore de nos jours, savoir : les trois derniers dans le diocèse de Rieux 8c l'autre dans le diocèse de Montauban, à la gauche de la Garonne. Celui de Sainte-
■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ' Aymeri du Peyrat, Chronique manuscrite, à la
r.iéro CCCLXVII. — Cîypeum nasc. Fontebrald. ord. Bibliothèque nationale, fonds latin, numéro t. I, p. 147. — Voye;j tome IV, Note L, n. 4. 4991 a.
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Croix ', qui étoit déjà fondé en 1145, doit son origine aux évêques de Toulouse, Se sans doute à l'évoque Amélius dont on a déjà parlé. Les comtes de Toulouse, successeurs de Philippe 8c d'Alphonse-Jourdain, furent les protecteurs de tous ces monastères, de même que de celui de Fontevrault qui en étoit le chef.
XLVI. — Fondation des abbayes de Grandselve, de Vajal 6» d'Ardorel.
Il y avoit, en 11 14, un autre monastère dans le diocèse de Toulouse qui devoit son origine au bienheureux Robert d'Arbrissel, ou plutôt au bienheureux Gérard de Sales, son disciple, qui^ fonda au commencement du douzième siècle divers monastères en Aquitaine, sous la règle de S. Benoît 8c son institut particulier : c'étoit celui de Grandselve, où Gérard mit Etienne peur premier abbé, 8<. dont les religieux vécurent d'abord en ermites. Presque tous ces monastères furent unis dans la suite à l'ordre de Cîteaux, entre autres celui de Grandselve, qui est situé dans une solitude environnée de bois, à une lieue de la Garonne vers la gauche, dans cette partie du diocèse de Toulouse qui dépend aujourd'hui de la province de Guyenne. Les abbés de Fontdouce 8t de Tenaille, dans les diocèses de Saintes &l de Poitiers, disciples du bienheureux Gérard de Sales, fondèrent un autre monastère de leur institut, dans un lieu nommé Vajal, sur l'Ariége, dans le diocèse de Toulouse 8c le comté de Foix. Bertrand de Belpech ou de Beaupuy en fut le principal ^ bienfaiteur en 1120 8c 1 1 25. Ce monastère fut gouverné par des abbés particuliers jusques en 1 196, que les religieux, réduits à une extrême pauvreté, se soumirent, avec leur abbé, à celui de Boulbonne, de l'ordre de Cîteaux, situé dans le voisinage j en sorte qu'il n'y eut plus de religieux à Vajal depuis l'an 1224. Enfin Élie, abbé de Cadouin en Périgord, autre disciple du bienheureux Gérard de Sales, construisit'^ dans la Province un troisième monastère de cet institut, savoir celui d'Ardorel, situé en Albigeois, vers la frontière du Toulousain, à une demi-lieue
de la petite rivière de Tore. Cécile, femme du vicomte Bernard-Aton, en est Éd. oriçm ^ ' ' t. ]i, p. 376.
regardée comme la fondatrice. Le vicomte son mari 8c Roger leur fils autorisèrent, en II 24, avec Bertrand, évêque d'Albi, une donation considérable d'une partie de la forêt d'Ardorel que firent alors à ce monastère quelques seigneurs du pays. On prétend que Foulques, moine de Cadouin 8c premier abbé d'Ardorel, unit ce même monastère 5, vers l'an 11 33, à Tordre de Cîteaux j mais cette union est postérieure de plus de dix ans. L'abbaye d'Ardorel, qui étoit dans le diocèse de Castres, ayant été entièrement ruinée durant les
' Clypeum nasc. Fontehrald. ord'inis, t. 3, p. 261. ' Archives de l'abbaye de Boulbonne.
' Chronicon Malleacense, p. 218 & seq. — Mabll- * Gallia Cliristiana, nov. edit. t. r, p. 79 & seq.j
Ion, ad ann. ii i i, n. i 8 ; ad ann. 1 1 13, n. 63. — mstrum. p. 14.
Vie de Gérard de Sales dans Martène, Amplissima ^ Annales Cistcrc. ann. 1 i33, c. 8. Collectio, t. 6, p. 994.
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guerres de religion, les religieux se sont transférés à la Rode, qui est une de leurs dépendances, dans le diocèse de Lavaur, où ils ont bâti un nouveau monastère.
XLVII. — Fondation de Véglise ^ du prieuré de Saint-Antoine de Toulouse,
Toulouse étoit encore dans le trouble à la fin d'octobre de l'an 1 1 14, lorsque le duc d'Aquitaine, cherchant à pacifier cette ville par quelque spectacle de piété qui frappât les habitans, pria Amélius ', évêque de cette ville, d'indiquer une procession solennelle. Le prélat, entrant dans les vues du duc, manda tout le clergé de son diocèse, avec les reliques de leurs églises; 8c la procession, à laquelle il invita les évêques ses comprovinciaux, avec les abbés 8<. les principaux du pays, se fit le i^''de novembre. Odon, abbé de Lézat, s'y rendit entre autres, avec les reliques de S. Antoine, que son monastère prétendoit^ posséder, du moins en partie, 8c qu'on assuroit y avoir été transférées de Constantinople. Les religieux de Lézat, s'étant mis en marche, se joignirent en chemin avec ceux qui portoient la châsse de S. Ferréol, martyr. L'affluence du peuple qui, dans cette occasion, accourut à Toulouse fut si grande, qu'on se vit obligé de dresser des tentes hors la ville pour en loger une partie. On ajoute que Dieu opéra alors divers miracles par les reliques de S. Antoine j que le bruit en étant venu aux oreilles de Guillaume, duc d'Aquitaine, l'abbé de Lézat, craignant que ce prince ne les fît enlever, en confia la garde aux plus notables du pays, qui se firent un honneur de s'en charger; 8c qu'enfin, lorsqu'il fallut s'en retourner, on ne put jamais venir à bout de tirer la châsse de sa place, jusques à ce que l'évêque de Toulouse eût promis de donner à l'abbaye de Lézat le lieu où elle avoit été déposée, pour y construire une église sous l'invocation du saint.
Quoi qu'il en soit de cette merveille, il est certain ^ que Guillaume , comte de Toulouse 6" prince de la province de Poitiers, donna en l'honneur de saint Antoine, avec sa femme 6- son fils Guillaume, aux religieux de Lézat 8c à Odon, leur abbé, au mois d'août de l'an 1 1 15, un terrain situé dans les faubourgs de Toulouse, devant la porte du château Narbonnois, avec exemption de toute domination, 8c avec l'autorité 8c la justice sur tous ceux qui habiteroient cet endroit. L'acte est souscrit par Amélius, évêque de Toulouse, 8c par divers seigneurs du pays, entre autres Guillaume de Laurac, Gérard de Verfeil, Guillaume-Unaud de Lanta 8c Etienne de Calmont. Après cette donation, les religieux de Lézat firent bâtir en ce lieu une église sous le nom de Saint-Antoine, avec un prieuré conventuel dépendant de leur abbaye. L'un 8c l'autre furent détruits'^ en i355, durant la guerre des Anglois. Les religieux se transférèrent
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLXIX.
méro CCCLXVIII. ■* Catel , Mémoires pour l'histoire du Languedoc,
' Mabillon, ad ann. 1096, n. 43. p. 240 & suiv.
' An j 1 i5
bientôt après dans la ville, à la place de Salin, où ils construisirent une nouvelle église', que le prieur céda, en i58o, aux cordeliers de l'Ile-Jourdain, qui avoient été chassés par les religionnaires, 8t qui la desservent encore aujourd'hui.
XLVIII. — Le duc d'Aquitaine excommunié. — Philippe de Toulouse , sa jemmey meurt religieuse à Fontevrault.
Guillaume IX, duc d'Aquitaine, sa femme Scieur fils Guillaume étoientdonc encore à Toulouse au mois d'août iii5, ce qui prouve manifestement que lorsque ce prince fut excommunié^, en 1 1 14, ce ne fut point pour avoir répudié sa femme légitime, comme divers auteurs^ l'ont avancé, & encore moins pour avoir enlevé la femme de son frère, ainsi que le prétendent quelques autres"^, sans aucune autorité. Guillaume fut sans doute alors frappé d'anathème pour avoir persécuté l'évêque de Poitiers qui lui reprochoit sa vie scandaleuse. Nous savons, en effet, qu'il fut^ excommunié sous le pontificat de Pascal II, pour avoir persécuté VEglise. Les mêmes auteurs prétendent encore que ce fut Géraud, évêque d'Angoulême, qui, en qualité de légat du Saint-Siège, excommunia Guillaume en 1 1 14; mais cela n'est pas vraisemblable, puisqu'on a déjà ^^^^ °''§'"vu que ce prélat étoit à Toulouse, la même année, à la suite de ce prince, 8c par conséquent en liaison d'amitié avec lui.
On assure^, d'un autre côté, que Guillaume répudia Philippe de Toulouse pour épouser Hildegarde, qui eut le même sort en 11 19. Mais comme le pape &. le concile de Reims, tenu la même année, reconnoissoient'^ cette dernière pour légitime , c'est une preuve que le duc d'Aquitaine ne répudia pas la première, 81 que celle-ci étoit déjà décédée avant le mariage de ce prince avec Hildegarde. Un moderne ^ prétend que Philippe, touchée des prédications du bienheureux Robert d'Arbrissel qu'elle entendit à Toulouse, le suivit à Fontevrault 8c qu'elle y prit l'habit religieux : nous ne voyons pas que cet instituteur soit demeuré à Toulouse jusques au mois d'août de l'an 1 1 15, que cette princesse y étoit encore 5 ainsi il n'y a aucune apparence qu'elle l'ait suivi. Ce qu'il y a de vrai, c'est que quelque temps avant sa mort elle prit l'habit de l'ordre de Fontevrault, soit, suivant les uns^, dans cette même abbaye, soit, selon les autres '°, dans le monastère de rEspinasse,au diocèse de Toulouse, qu'elle avoit fondé, 8c qu'elle décéda le 28 de novembre, ainsi qu'il est marqué dans le
' La chapelle qui a remplacé cette église fait au- ' Geoffrol du Vigeois, 1. i, ep. 9.
aujourd'hui partie d'un couvent de femmes & est * Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de
placée sous le vocable de S. François de Sales. France, t. 2, p. 620.
^ Chronicon Malleacense, p. 218. ' Orderic Vital, 1. 12, p. 867.
^ Hauteserre, Rerum Aquit. 1. 10, c. i3. — Cly- ^ Clypeum nasc. Fontebrald. ordinis, t. i , p. 39.
peum nasc. Fontebrald. ordinis, t. 2, p. 197. * Ibid.
^ Baillet, Vies des Saints, 10 février, p. ti^3. — '" Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de
Gervaise, Vie de Suger, 1. 6, p. 10. France^ t. 2, p. 620.
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nécrologe du monastère de Fontaines du même ordre. Nous ne savons pas l'année précise qu'elle embrassa l'état monastique ; car ce ne peut avoir été en 1126 ou 1127, après le décès du duc son mari, comme on l'a avancé', pour les raisons que nous avons déjà dites. On doit ajouter à cela que nous n'avons aucun monument qui prouve que Guillaume fût maître de Toulouse, ou du moins qu'il y fût reconnu pour comte, & que Philippe sa femme ait vécu après l'an 11 15. Nous croyons donc que cette princesse embrassa l'institut de Fontevrault vers l'an 11 16, qu'elle mourut peu de temps après, & avant le mariage du duc son mari avec Hildegarde, que ce prince avoit déjà épousée solennellement en troisièmes noces l'an 11 19, 8c que la retraite 8c la mort de Philippe, jointes aux déréglemens de Guillaume, contribuèrent beaucoup à détacher les Toulousains du parti de ce prince, qu'ils chassèrent enfin de leur ville.
XLIX. — Assemblée tenue à Cassan, dans le diocèse de Béyers. — Origine
d'Atony archevêque d'Arles.
Il se tint^ une assemblée célèbre dans la Province, au mois d'octobre de l'an iii5, pour la consécration de l'église du monastère de Cassan au diocèse de Béziers. Les archevêques Richard de Narbonne 8c Aton d'Arles y assistèrent, avec les évêques Arnaud de Béziers, Gautier de Maguelonne, Bernard d'Agde, Jean de Nimes, Arnaud de Carcassonne 8c Raimond de Balbastro, 8c il s'y trouva un grand concours de personnes de considération' de l'un 8c de l'autre sexe.
On prétend qu'Aton^, archevêque d'Arles, étoit de la maison des vicomtes de Béziers 5 mais on n'en donne point de preuve, 8c nous n'en avons trouvé aucune dans un grand nombre de titres de cette maison que nous avons vus. Ce ne peut être donc qu'une conjecture fondée sur le nom de ce prélat, fort usité dans la maison de ces vicomtes. On pourroit appuye-r cette conjecture sur ce qu'Aton fit de fréquens voyages dans la Province, où on le trouve souscrit dans plusieurs actes. Mais nous sommes persuadés "^ qu'il n'étoit qu'allié des vicomtes de Béziers, qu'il étoit de la maison des vicomtes de Bruniquel , 8c neveu par sa mère de Richard de Millau, archevêque de Narbonne. Ce dernier, qui se dit parent [consanguine us) 8c ami de Bernard- Aton, vicomte de Béziers ■'', avoit en effet, en 11 12, un neveu^ appelé Aton; enfin Aton, archevêque d'Arles, vécut dans une très-grande union avec Richard, archevêque de Narbonne, 8c passa une partie de sa vie auprès de lui. Le crédit qu'avoit celui-ci en Provence, où il avoit été abbé de Saint-Victor de
• Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de ^ Voyez tome IV, Note XXXIII, n. 7.
France, t. 2, p. 620. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nw-
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méio CCCXLVI,
méro CCCLXX. *= Ihid. n. CCCLVIII.
"* GaZZia C/zris/i'ana, t. I , p 5i j & nov. éd. p. SSp.
^ An 1 1 15
Marseille, 8c où Douce, sa petite-nièce, étoit comtesse d'Arles, aura beaucoup contribué sans doute à faire élire Aton, son neveu, arcbevêque de cette ville.
L. — Les évêqiies de Viviers reconnaissent les empereurs d'Allemagne.
Léger, évêque de Viviers, assista ' de son côté, en 1 1 15, à un concile assemblé dans l'abbaye de Tournus en Bourgogne. Ce prélat est qualifié légat du Saint-Siège dans un ancien^ monument de son église, où il est marqué qu'il la fit réparer &c qu'il l'enrichit de diverses reliques que ses prédécesseurs avoient recueillies. Il donna 3, en 1112, les églises du mandement de Saint- A-uban au prieuré de Ruons, de l'ordre de Cluny, situé dans son diocèse, par un acte daté du règne de Vempereur Henri. Il semble parla que Léger reconnoissoit alors ce prince pour son souverain, mais du moins on n'en peut tirer ^ii^^%\ aucune conséquence pour le pays, car nous voyons que Philippe I, roi de France, dominoit sur le Vivarais en 1096"^, Si nous avons une^ transaction passée cette année entre Guillaume, abbé de Saint-Chaffre Se les seigneurs de Mézène dans le diocèse de Viviers, en présence du même Léger, & datée du règne du roi Philippe. Comme ce prélat exerça sa légation dans la province de Vienne, qui pour la plus grande partie dépendoit du royaume de Provence, uni alors avec l'Empire, ce fut sans doute la raison pour laquelle il reconnut la souveraineté de l'empereur Henri. Il paroît, en effet, que Léger est le premier évêque de Viviers qui ait regardé les empereurs d'Allemagne pour ses souverains, démarche dont ses successeurs profitèrent pour leur agrandissement, ainsi que nous le verrons dans la suite.
LL — Concile de Saint-Gilles. — Anciens comtes de Ra-:^ès.
Un autre légat du Saint-Siège dont nous ignorons le nom tint, en iii5, à Saint-Gilles sur le Rhône, un concile dans lequel on agita un différend qui étoit alors entre les abbés de la Grasse Si d'Alet, touchant l'abbaye de Saint- Polycarpe, que chacun prétendoit devoir être de sa dépendance. C'est tout ce que nous trouvons de ce concile, dont il est fait mention dans une bulle*^ que le pape Pascal If donna, à la fin du mois de novembre de l'an 11 16, Si par laquelle il adjuge le monastère de Saint-Polycarpe à l'abbaye d'Alet, « confor- « mément à la donation que le comte Guillemond lui en avoit faite du temps « de l'empereur Charles, à la restitution qu'elle en avoit reçue du comte « Raimond, sous le règne du roi Philippe, Si à la confirmation de la comtesse « Ermengarde. » Pascal ajoute « que ce monastère n'avoit jamais été tiré de
• Conciles, t. 10, p. 8o5. * Voyez ci-dessus, livre XV, n. LVi. ' Colinnbi, Episcopi Vivarienses, p. 207 & seq, ' Colurabi, Ep'iscopi Vivarienses, p. 207 & seq. 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCLVI, la z*" charte citée sous ce numéro. méro CCCLXXII.
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—. "T 63o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVI.
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« cette dépendance par aucun jugement ecclésiastique, mais seulement parla « violence 8c par l'autorité des puissances séculières. » Cette bulle confirme les conjectures que nous avons données' ailleurs touchant l'origine du comte Béra, fondateur de l'abbaye d'Alet, &. fait voir qu'il n'est pas différent^ du comte de Barcelone de ce nom, qui vivoit au commencement du neuvième siècle, puisqu'il est certain que celui-ci eut un fils appelé Willemond. Le comte Willemond qui, sous le règne de Charlemagne, unit l'abbaye de Saint- Polycarpe à celle d'Alet, aura donc succédé, avant l'an 814, dans le comté de Razès où ces deux abbayes sont situées, à Béra, comte de Barcelone, son père, qui s'en sera démis en sa faveur. Nous avons parlé ailleurs ^ de Raimond II, comte de Razès, dont il est fait mention dans cette bulle. Quant à Ermengarde, c'est improprement qu'elle y est qualifiée comtesse^ car, quoiqu'elle fût de race comtale 5c héritière du comté de Razès, elle ne le posséda cependant qu'en titre de vicomte, ainsi qu'on l'a déjà vu. Au reste, il paroît"^ que l'abbaye de Saint-Polycarpe dépendoit de celle d'Alet à la fin du douzième siècle j mais elle devint indépendante dans la suite Se l'est encore aujourd'hui.
LU. — Béranger de Narhonne, ahhé de la Grasse.
L'abbaye de la Grasse se dédommagea de cette perte par les bienfaits qu'elle reçut de Raimond-Béranger III, comte de Barcelone, qui, dans le dessein de réformer le monastère de Saint-Pierre de Gallicant, situé sous les murs de ^j^ jjj Girone, en accorda^ l'administration, le 20 janvier de l'an 11 17, à Béranger, abbé de la Grasse, son frère, Se à ses successeurs, avec pouvoir d'y envoyer un abbé 8c des religieux soumis à leur autorité 8c à leur juridiction. L'acte est daté de Girone Se souscrit, après le comte, par Raimond-Béranger, Raimond 8c Bernard, ses fils, la comtesse Douce, sa femme, Béranger-Bernard, son sénéchal. Sec. On voit par là que ce prince avoit, en 11 17, trois fils de Douce, comtesse de Provence, sa femme.
Béranger de Narbonne étant alors fort jeune avoit été élu depuis peu abbé de la Grasse. On a vu, en effet, qu'il étoit encore enfant en iio3, lorsque le vicomte Aymeri I, son père, l'offrit à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières, où il avoit pris l'habit monastique, Se nous verrons dans la suite qu'il parvint, en ii56, à l'archevêché de Narbonne. Nous inférons de là que le crédit du comte de Barcelone Se d'Aymeri II, vicomte de Narbonne, ses frères, contribua beaucoup à son élection. On l'accuse <5 d'avoir été, l'année suivante, par un esprit d'ambition, dans le diocèse de Girone, où, soutenu de toute l'autorité du prince, il s'empara à main armée du monastère de Saint- Félix de Guixols, sans le consentement de l'abbé 8c des religieux, 8c malgré
' Voyez tome II, Note XCI, n. 2. ■• Mabillon , ad ann. 1 1 29, n. 1 29.
' Voyez tome IV, Note XXII n. 24. * Marca Hispanica, p. 1248 & seq.
' Ihii- ^ Ihid. p. i25i & seq.
t. Il, p. 379.
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l'évêque Se son chapitre j ce qui engagea ce prélat k jeter l'interdit sur tous les Kd. oriein. domaines qui, dans son diocèse, dépendoient de Tabbaye de la Grasse, 8c à porter cette affaire à Rome. Il paroît cependant que l'évêque de Girone la perdit, puisque l'abbaye de Saint-Félix de Guixols dépendoit ' de celle de la Grasse sous le pontificat du pape Grégoire IX.
Béranger de Narbonne, abbé de la Grasse, soumit aussi à son autorité 8c à celle de ses successeurs l'abbaye de Saint-André de Sureda, dans le diocèse d'EIne, que Gausfred, comte de Roussillon, sa femme Trencavelle, 8c leur fils Guinard lui donnèrent^, le i3 de mai de l'an iiSç. Enfin cet abbé augmenta considérablement le domaine de son monastère par le retrait'^ qu'il fit de divers biens aliénés. Il transigea entre autres là-dessus, en 11 28, avec Raimond 8c Guillaume de Termes, fils d'Olivier.
LUI. — Fin des comtes de Cerdagne. — Leur domaine est uni à celui des
comtes de Barcelone.
Bernard-Guillaume, comte de Cerdagne, fut un des bienfaiteurs de l'abbaye de la Grasse, à laquelle il unit"^ celle de Saint-Martin de Canigou, fondée par le comte Guifred, son trisaïeul. Raimond, comte de Barcelone, la comtesse Douce, sa femme, Raimond -Se Béranger, leurs fils, qui étoient encore alors à la mamelle, se trouvent souscrits à l'acte avec Bernard-Béranger de Pierrepertuse. Le comte de Cerdagne mourut^ sans postérité trois ans après. Raimond- Béranger III, comte de Barcelone, lui succéda comme son plus proche parent, étant tous les deux de la même maison. Par là les comtés de Cerdagne 8c de Berga au delà des Pyrénées, celui de Confiant, le Capcir Se une partie du Razès en deçà de ces montagnes, furent réunis au domaine des comtes de Barcelone.
LIV. — Douzième concile de Narhonne. — Nouveaux dijjerends entre ^archevêque de cette ville ^ le vicomte.
Il paroit que Richard, archevêque de Narbonne, tint dans cette ville un concile de sa province l'an 1 1 17, 8c que ce fut durant cette assemblée qu'Aton, archevêque d'Arles, 8c les évêques Arnaud de Béziers 8c Arnaud de Carcassonne terminèrent par un accord, en qualité d'arbitres, le différend qu'il avoit avec Hugues, abbé de Saint-Paul. Il est du moins certain que cet abbé s'obligea, par cet accord *5, à ne vendre ni engager les biens de son église 8c à
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Bernard de Montfaucon, Diarium /raZ/cam^ p. 7
méro CCCCXLIV. Si seq.
=" Ihii. n. CCCCXLVII. s Marca Hispanica, p. 540.
* Archives de l'abbaye de la Grasse. *" Tome V, Chartes &. Diplômes, n. CCCLXXIII.
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ne pas pourvoir aux bénéfices sans le consentement & la volonté de l'archevêque.
Richard avoit alors un différend bien plus considérable avec Aymeri II, vicomte de Narbonne. Celui-ci lui avoit véritablement rendu hommage pour ce qu'il tenoit de l'église de Narbonne; mais il formoit plusieurs difficultés sur la nature & le détail des divers fiefs qu'il avoit reconnus. L'archevêque, qui de son côté se croyoit lésé, fit proposer' au vicomte de s'en rapporter à la décision de leurs amis communs Se des principaux du pays. Mais Aymeri, loin d'accepter cette proposition, s'empara des biens de l'église de Narbonne. L'archevêque employa auprès de lui ses amis particuliers, les barons du pays, les évêques, les abbés, les vicomtes 6* les chevaliers , pour l'engager ou à se désister de ses prétentions, ou à en venir à un jugement définitif. Le vicomte ne voulant écouter aucune proposition, Richard prit enfin le parti de l'excommunier 8c se mit aussitôt en lieu de sûreté pour éviter sa vengeance ; mais il eut le malheur de tomber entre les mains des gens du vicomte qui se saisirent de sa personne, le maltraitèrent extrêmement 8c l'enfermèrent dans une étroite prison; en sorte que pour recouvrer sa liberté, il fut obligé d'acquiescer à toutes les demandes d' Aymeri 8c de se réconcilier avec lui. Leur réconciliation ne fut pas cependant de durée. Le vicomte s'empara bientôt après de la leude du vermillon 8c de la justice des vassaux de l'église de Narbonne. L'archevêque, ne pouvant tirer raison de ces entreprises, dressa alors une espèce de manifeste pour le laisser à la postérité. Richard expose, dans cet écrit qui a passé jusques à nous, tous les griefs que lui 8c son église avoient contre les vicomtes de Narbonne, 8c appuie la vérité des faits qu'il avance sur le témoignage d'Aton, archevêque d'Arles, de Jean, évêque de Nimes, Sec.
LV. — Accord entre le vicomte Bernard-Aton ^ Aymeri II, vicomte
de Narbonne.
Aymeri II, vicomte de Narbonne, avoit vers le même temps un autre différend^ avec le vicomte Bernard-Aton, au sujet du sel dont le premier empêchoit le transport 8c la vente dans le domaine de l'autre. Les deux vicomtes s'accordèrent enfin, le lundi 12 de février de Van 11 17. Aymeri 8c Ermengarde, sa femme, promirent solennellement à Bernard-Aton, à Cécile, sa femme, 8c à leurs fils Roger 8c Raimond de ne plus défendre ce commerce.
ui.ïï's'o. ^^ ^^^^ ^^ ^^^ ^^^^ ^^^^ ^°^^ ^^^ l'usage de compter le commencement de l'année à Pâques n'étoit pas encore alors généralement observé dans toute la Province.
On voit par divers monumens que le vicomte Bernard-Aton augmenta
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes St Diplômes, nu-
méro CCCLXXV. méro CCCLXXI, la i'*' charte citée sous ce numéro.
considérablement son domaine. Il acquit, en iii5', une partie de la ville de Limoux qui lui fut vendue en alleu. Guillaume de Margon lui donna aussi en alleu, & à sa postérité, la moitié du château de Loupian, dans le diocèse d'Agde. La dame d'Ornesons , dans celui de Narbonne, lui fit donation, en 1116, de tous les biens qu'elle avoit dans les comtés de Narbonne, Carcassonne, Razès, Roussillon, Béziers Se Agde, 8c lui rendit hommage pour le château d'Ornesons. Déodat de Boussagues lui donna en alleu, en 11 17, le château de ce nom, dans le diocèse de Béziers. Enfin ce vicomte toucha une somme considérable, en 11 18, de Raynon du Caylar, dans le diocèse de Nimes, Se de Guillaume, son frère, pour quelques droits qu'il leur accorda.
LVI. — Neuvième concile de Toulouse. — Bernard-Aton j'ait son testament 6" va servir en Espagne contre les Sarrasins. — Etendue de son domaine.
Tous ces actes sont autant de preuves de la capacité de Bernard-Aton pour le gouvernement. Ce vicomte ne se rendit pas moins recommandable par ses exploits militaires : non content d'avoir été servir dans la Terre Sainte contre les infidèles, il résolut en 11 18 de marcher au secours d'Alphonse I, roi d'Aragon, qui faisoit la guerre aux Maures d'Espagne. Ce dernier, dans le dessein d'assiéger la ville de Saragosse sur ces infidèles, envoya solliciter du secours dans les provinces de France^ voisines de ses États, 8c employa pour l'obtenir, à ce qu'il paroît, l'autorité du pape Gélase II, lequel avoit succédé à Pascal II le 24 de janvier de la même année. Nous voyons du moins qu'on tint^ un concile à Toulouse en 11 18, dans lequel on confirma l'expédition d'Espagne. Nous ne trouvons rien autre chose de ce concile qui fut le neuvième de Toulouse. Il y a lieu de croire que Raimond, évêque"^ de Balbastro, qui étoit dans le pays au mois de février de l'an 11 18, assista à ce concile qui se tint au commencement de l'année : Bernard-Aton, qui ne se détermina sans doute à partir pour l'Espagne qu'après sa tenue, fit en effet son testament le 7 de mai de l'an 11 18.
Ce vicomte, étant sur son départ pour l'Espagne y dispose de ses domaines par cet acte^, de l'avis de plusieurs nobles (y gens de loi qu'il avoit convoqués. Il fait quelques legs pieux en faveur de l'abbaye de la Chaise-Dieu 8c laisse la jouissance de tous ses biens à Cécile, sa femme, pendant tout le temps qu'elle le jugeroità propos. Il donne à Roger, son fils aîné, après la mort de cette dame : 1° les vicomtes de Carcassonne 8c de Razès Se les domaines du Toulousain qui en dépendoientj 2° le pays de Termenois Se tout ce qu'il possédoit dans la vicomte de Narbonne en qualité de seigneur de Carcassonne 8c de
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Chronicon Malleacense, àans Lahhe, -p. ziç.
méro CCCLXXI, la i™ charte citée sous ce numéro. ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, uii-
" Ferreras, Histoire d'Espagne , ann. i i i8, n. 5 méro CCCLXXVI.
& suiv. 5 Ihid. n. CCCLXXVII.
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Termes j 3° la vicomte de Béziers, excepté quelques châteaux qu'il réserve pour Raimond Trencavel, son fils puîné 5 4^ le fief du seigneur de Muret, dans le diocèse de Toulouse, celui du seigneur de Bruniquel, dans le Querci, 6c ce qu'il avoit dans le Minervois 5 5° les châteaux de Capestang & de Cessenon dans le diocèse de Narbonnej 6° les abbayes de Caunes Se de Valseguier ou de Montolieu, le village d'Alsau, 8c enfin toutes les acquisitions qu'il avoit faites dans ces domaines, avec défense au même Roger d'y en faire de nouvelles sans le conseil de Raimond, son frère. Il laisse à ce dernier : 1° la vicomte d'Albi Se ce qui dépendoit du château d'Ambialet, qui en étoit le chef-lieu, tant dans le Rouergue, que dans le Querci, le Toulousain Se le Narbonnois ; 2° la vicomte d'Agde avec le château de Pézénas , Se tous les domaines qu'il avoit depuis l'Hérault jusques au Rhône j 3° ce qui devoit lui revenir dans le comté de Melgueil; 4° la vicomte de Nimes avec ses dépendances; 5° le château de Lunas Se l'abbaye de Joncels dans le diocèse de Béziers; 6° les fiefs de Bernard d'Anduze, de Bernard Pelet Se de Guillaume de Montpellier, Se enfin toutes les acquisitions qu'il avoit faites dans ce pays, où il défend au même Raimond d'en faire de nouvelles sans l'avis Se le consentement de Roger, son frère aîné. 11 lègue à l'un Se à l'autre en commun les châteaux de Boussagues, de Castelnaudary Se de Saint-Félix, Se en cas que la vicomtesse, sa femme, voulût vivre séparée de ses deux fils, il lui donne les trois vicomtes de Béziers, d'Agde Se de Nimes, le Termenois, le éd- origin. château de Cessenon Se quelques autres domaines, tout le pays situé entre les rivières d'Agout Se de Tore, Se le village de Burlas. Tel est le testament que fit alors le vicomte Bernard-Aton : il en changea les dispositions dans la suite en faveur de Bernard-Aton, son troisième fils, dont il ne dit rien dans cet acte. Nous apprenons par là quelle étoit l'étendue de son domaine. Se qu'outre six grandes vicomtes, il possédoit encore en différens pays des terres très-considérables j en sorte qu'il dominoit directement ou indirectement sur le tiers de la Province, sans parler des provinces voisines. C'est là le plus ancien monument que nous ayons vu où il soit fait mention de la ville de Castelnaudary, aujourd'hui capitale du Lauragais, pays qu'Ermengarde, mère de Bernard-Aton , avoit vendu autrefois avec les comtés de Carcassonne Se de Razès au comte de Barcelone , Se dont ce vicomte s'étoit remis en possession.
LVII. — Réforme de Vahhaye de Sorè-^e. — Mariage d'Ermessînde, fille du vicomte Bernard-Aton. — Expéditions de ce vicomte en Espagne.
On voit encore que Bernard-Aton dominoit alors sur le Lauragais, par le soin qu'il prit, au mois de mai de l'année suivante, de réformer' l'abbaye de Sorèze, située dans ce pays. Ce vicomte, se reprochant sa négligence envers les
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCLXXX.
églises de son domaine, résolut de rétablir la régularité dans cette abbaye, qui étoit devenue toute séculière, Se la soumit à Roger, abbé de Moissac, & à ses religieux, qui ordonnèrent que les comtes de Toulouse n'auroient aucun domaine sur elle j mais seulement le vicomte Bernard 8c sa postérité.
Ce vicomte, dans son testament, ne fait mention d'aucune de ses filles, quoique nous sachions' qu'il en avoit plusieurs. On a parlé ailleurs des deux, aînées, dont l'une avoit déjà épousé Guillaume-Alfaric de Béziers, Se l'autre le comte de Roussillon. Bernard -Aton en avoit .une troisième, nommée Ermessinde, qu'il maria en 1121 avec Rostaing, fils de Decan, seigneur de Posquières, dans le diocèse de Nimes. Il fit ce mariage conjointement avec Cécile, sa femme. Se du conseil de leurs fils Roger, Trencavel & Bernard. Il donna à Ermessinde pour sa dot les châteaux de Marguerites, de Cauvisson 8c de Beauvoisin dans le même diocèse, Se quelques autres domaines, à condition que Rostaing les tiendroit en fief 6- à tous honneurs de lui Se de celui de ses fils en faveur duquel il en disposeroit. Il donna de plus à Ermessinde un Juif (S* un bourgeois de Béliers avec leurs possessions. Bernard-Aton qui, dans l'acte, prend le titre de vicomte de Nimes, Agde 8c Béziers, se réserva la justice sur cesdomaines, supposé que son gendre, sa fille Se leur postérité ne voulussent ou ne pussent pas la rendre : preuve que les seigneurs particuliers l'exerçoient alors dans leurs terres.
Bernard-Aton ne différa pas sans doute après son testament de partir pour l'Espagne, où Alphonse, roi d'Aragon, s'étant mis en campagne, prit au mois de juin de la même année le château d'Almudabar, situé aux environs de Saragosse, forma ensuite le siège de cette ville Se remporta une victoire complète, le 6 de décembre, sur les Sarrasins qui lui avoient livré bataille. Ce prince se rendit cinq jours après maître de Saragosse Se fit diverses autres conquêtes sur les infidèles. Bernard-Aton prit part sans doute à ces expéditions; car il est certain qu'il partit pour l'Espagne Se qu'il étoit absent de la Province en 11 18, comme il paroît par la donation^ que Guillaume de Termes 8c ses frères firent alors en faveur de la vicomtesse Cécile, sa femme, de ce vicomte Se de ses fils, de ce qui leur appartenoit au château de Termes.
LVIII. — Arrivée 6* séjour du pape Gélase II dans la Province. — Origine
de la ville d'Alais.
Le pape Gélase II écrivit ^ d'Alais en Languedoc, le 10 de décembre de la même année, aux chrétiens qui étoient occupés au siège de Saragosse, tant pour approuver le choix qu'ils avoient fait d'un évêque de cette ville qu'il leur renvoyoit après l'avoir consacré, que pour les exhorter à continuer leur entreprise. Ce pape avoit été obligé d'abandonner l'Italie 8c de se réfugier en
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- " Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLXXVIII.
méro CCCLXXXVIII. ^ Çoncila, t. 10, p. 820.
An 1118
France pour éviter la persécution de l'empereur Henri V, dont les différends avec le Saint-Siège au sujet des investitures continuoient toujours. Gélase partit' de Pise au commencement de novembre de l'an iii8 & débarqua à Saint-Gilles sur le Rhône, où il étoît déjà arrivé le 7 du même mois, suivant une bulle qu'il accorda alors en faveur de la primatie de Tolède. Pons de Melgueil , abbé de Cluny, qui l'accompagnoit, après l'avoir quitté à Pise, l'avoit devancé pour venir en France annoncer son arrivée & porter les t^u °"^382 peuples à lui faire la réception qui convenoit à sa dignité; il vint ensuite le rejoindre à Saint-Gilles avec un nombreux cortège. Comme le pape & les cardinaux qui étoient avec lui manquoient de tout, il leur fit divers présens &. leur fournit pour sa part trente chevaux pour leurs équipages. Hugues, abbé de Saint-Gilles, &. sa communauté, n'omirent rien de leur côté pour bien recevoir ce pontife : ils le défrayèrent avec toute sa cour pendant un assez long séjour qu'il fit dans leur monastère, lui firent des présens 8t. lui fournirent dix chevaux. Plusieurs évêques^, abbés Se seigneurs séculiers s'empressèrent d'aller à Saint-Gilles pour offrir leurs services St. leur bourse à Gélase, qui dédia alors aux environs de cette abbaye les églises de Sainte-Cécile de Stagel ou Tavels, de Saint-Sylvestre de Tillan, & de Saint-Etienne de Tornac, dont il prescrivit les limites par des pierres qu'il fit planter. Pendant son séjour à Saint-Gilles, S. Norbert^, fondateur de l'ordre de Prémontré, vint lui demander l'absolution de la faute qu'il avoit commise d'avoir reçu le diaconat St. la prêtrise dans une seule ordination, contre la disposition des canons. Le pape conçut une très-grande estime de cet homme apostolique St. lui permit de prêcher partout Tt-vangile.
Gélase, après avoir demeuré quelque temps à Saint-Gilles, s'embarqua St. se rendit par mer dans l'île de Maguelonne, où il donna, le dernier de novembre"^, une bulle en faveur de l'abbaye de la Grasse. On doit remarquer que cette bulle, quoique datée de l'an 11 19 St. de l'indiction XH, appartient cependant certainement à l'an 11 18, parce que ce pape, de même que quelques-uns de ses prédécesseurs St. de ses successeurs, suivoit ordinairement^ le calcul pisanj ce qu'un auteur*^ qui a écrit depuis peu n'a pas compris. Suger'^, alors moine St. ensuite abbé de Saint-Denis, envoyé par le roi Louis le Gros, vint à Maguelonne offrir au pape les services St. le secours de ce prince. « Maguelonne, dit Suger à cette occasion, est une petite île où Gélase étoit a arrivé par mer. St. où l'on voit une ville qui à peine suffit pour loger « l'évêque St. son chapitre 5 elle est cependant très-forte St. très-importante à « cause des fréquentes courses des pirates sarrasins. » Le pape reçut très-
' Pandiilphus, Fita Gelasii papae II, — Epist. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
Hugonis Cîuniacensis, Biblioth. Cluniacensis^ p. 555. méro CCCLXXIX.
— Cajetari, Notae in Pandulph. p. i 06, ï 20, & seq. ^ Cajetan, Notae in Pandulph. p. 100. — Pagi> ^d
— Falco, monachus, Chronicon. ann. 1118, n. 12 & seq.
" Falco, monachus, Chronicon. * Gervaise, Vie de Suger, 1. 3, p. 99.
' Vie de S. Norbert, Bollandistes, 6 juin, p. 821. ^ Suger, Vita Ludovici Crassij p. Sop. -
HTSTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XVL 63 7
gracieusement cet ambassadeur &. accepta volontiers les offres du roi, qui lui donna rendez-vous pour une entrevue à Vézelai en Bourgogne.
Les fatigues que Gélase avoit essuyées durant son voyage altérèrent sa santé', Se il tomba malade à Maguelonne. Pons, abbé de Cluny, qui ne le quittoit pas, lui conseilla de se faire transporter à Mauguio ou Melgueil, sur la côte, à deux lieues de Maguelonne vers le nord-est, dans le domaine de sa famille, où il prit un si grand soin de lui, que ce pontife recouvra bientôt ses forces Si. fut dans peu en état de continuer sa route. On a déjà vu qu'il étoit arrivé à Alais sur le Gardon, à huit lieues de Mauguio, le 10 de décembre, & qu'il y avoit consacré Pierre, nouvel évêque de Saragosse. Nous apprenons d'ailleurs^ qu'il étoit encore dans cette ville deux jours après, 8c que Richard, archevêque de Narbonne, les évoques Gui, de Lescar, Géraud, d'Angoulôme, Pierre, de Saragosse, Se Pons, abbé de Cluny, l'y avoient suivi. Ce sont là les plus anciens monumens que nous connoissions d'Alais, autrefois du diocèse de Nimes, Se aujourd'hui ville épiscopale. Il paroît qu'elle ^ appartenoit alors à Raimond Pelet, ou à Agnès, sa femme.
Gélase alla d'Alais au Puy"^ en Vêlai, 8<. étant revenu du côté du Rhône, il se rendit dans l'abbaye de Saint-André, vis-à-vis d'Avignon, 8c en dédia ^ l'église dont on venoit d'achever le bâtiment. Il fit cette cérémonie le i3 de décembre^, passa ensuite ce fleuve 8c donna une bulle à Avignon''', le 16 de ce mois. Il étoit quatre jours après à Orange, où il confirma 8, à la demande des archevêques de Narbonne 8c d'Arles qui étoient à sa suite, en faveur d'Arnaud, abbé de Caunes, les privilèges de ce monastère, fondé par l'empereur Charles 6» le ministère du comte Milon. Il donna le même jour^ une autre bulle en faveur de Pierre, abbé de Saint-André du Mont-Andaon sur le Rhône, dont il avoit consacré l'église de ses propres mains dans le temps qu'il étoit dans les Gaules : preuve bien authentique que tous les pays situés à la droite du Rhône appartenoient alors entièrement à la France, 8c que les empereurs d'Allemagne ne portoient leurs prétentions, au sujet du royaume de Provence, que jusques au bord oriental de ce fleuve. Nous en trouvons une nouvelle t.^u'p.'jsi. preuve dans la donation '° que Raimond, évêque d'Uzès, fit un jeudi du mois de juin de l'an 11 21, régnant le roi Louis, à l'abbaye de Saint-Gilles, de l'église de Chambonas dans son diocèse, en présence de Bertrand, prévôt de sa cathédrale, de Raimond, abbé de Saint-Privat, 8c de plusieurs autres. Le pape continua sa route vers Lyon, mais il ne tint " pas de concile à Vienne, comme quelques auteurs l'ont prétendu. A son arrivée à Mâcon, il fut attaqué d'une
' B'ihl'iotheca Clun'tacensis, ■ç. 555. * Gallia Christianet, nov. edit. t. i, p. SyS.
* Marca, Histoire de Béarn, 1. 5, c. 32. — Pagi, ' Conciles, t. lo, p. SzS.
ad ann. i 1 18, n. 19. * Capitulaires, t. 2, p. iSSy.
s Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCLXXXIV la 1" charte citée sous ce nu- méro CCCLXXIX , la 2" charte citée sous ce numéro, méro.
^ Pandulphus, p. 100. "> Archives de l'abbaye de Saint-Gilles.
' Mabillon, ad ann. 1087, n. 84. " Pagi, ad ann. 1119, n. i.
An 1 1 19
pleurésie, Se s'étant fait transporter aussitôt dans l'abbaye de Cluny, il y décéda le 29 de janvier de l'an 11 19.
LIX. — Le pape Callixte 11 vient dans la Province 6- tient le dixième concile
de Toulouse.
Gui, archevêque de Vienne, qui prit le nom de Callixte II, fut élu à la place de Gélase par les cardinaux qui se trouvèrent à Cluny. Pierre, chanoine de l'église du Puy, succéda à Gui dans l'archevêché de Vienne. Le nouveau pape fut couronné dans cette dernière ville le 9 de février suivant, 8c demeura en France' le reste de l'année. Il fit^ quelque temps après un voyage au Puy, d'où il écrivit, le 16 d'avril, à l'archevêque de Cologne pour l'inviter à un concile qu'il avoit indiqué à Reims. Il se rendit de là au monastère de Sauxillanges dans le Forez, Se y donna, le 10 de mai, une bulle ^ en faveur de l'abbaye de Tournus. Il s'approcha ensuite du Rhône, Se étant arrivé à Saint-Gilles, il y confirma"^, vers la fin du mois de juin, en faveur de Raimond, abbé d'Alet, les privilèges de ce monastère, fondé par le comte Béra, Si. duquel dépendoient alors les abbayes de Saint-Paul de Valolas ou de Fenouillèdes sur le rivage de l'Agli [Aquilinum)^ de Saint-Polycarpe Se de Saint-Papoul. Callixte II vint peu de temps après à Maguelonne , où il défendit, par une bulle ^ datée du 28 de juin, à Hugues, abbé Se aux religieux de Saint-Gilles, d'aliéner les biens de leur monastère, surtout le trésor de l'église, excepté dans les trois cas permis par les canons.
Ce pape, dans le dessein de tenir un concile à Toulouse, continua sa route vers cette ville, passa à Montpellier Se arriva à Béziers le i" de juillet^. Le concile de Toulouse, qui fut le dixième de cette ville, commença "^ le 8 du même mois de juillet. Callixte y présida en personne. Huit cardinaux^ dont deux étoient évêques, trois prêtres Se trois diacres s'y trouvèrent. Il est remarquable que Richard , archevêque de Narbonne , qui y assista Se qui avoit été promu au cardinalat sous le pontificat du pape Grégoire VII, n'est pas compris ni dans les actes, ni dans les souscriptions, dans le nombre des cardinaux; ce qui prouve que l'usage de ce siècle étoit que lorsqu'un cardinal, prêtre ou diacre, parvenoit à l'épiscopat, il cessoit dès lors d'être cardinal, à moins qu'il n'eût un évêché dans l'étendue de la province de Rome. Aussi voyonsnous que Richard ne prit plus le titre de cardinal depuis qu'il fut parvenu à l'archevêché de Narbonne. On voit aussi dans les actes du même concile les simples évêques souscrire avant les cardinaux-prêtres. Il y eut sans doute un
. ' Voyez tome IV, Note XLIX. « Voyez tome IV, Note XLIX.
' Martène, Collectïo amplissima, t. i, p. 65i. ' Ihid.
' Conciles, t. lo, p. 842. * Conciles, t. 10, p. 856 & suiv. — Voyez tome V,
^ Voyez tome IV, Note XLIX. —Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLXXXII, la 3' bulle
Chartes 8t Diplômes, n. CCCLXXXII. citée sous ce numéro. * Voyez tome V, iiid.
/ An imj
grand nombre de prélats qui y assistèrent j car il est marque ' que les archevêques, les évêques 6- les abbés de la Provence y de la Gothie , de la Gascogne , de V Espagne ^ de la Bretagne citérieure , s'y trouvèrent; mais nous ignorons le nom de la plupart, & les anciens monumens qui nous restent ne font mention, entre ceux de la province de Gothie ou de Narbonne, que de Ricliard qui en étoit le métropolitain, d'Arnaud de Carcassonne 8t de Gautier de Maguelonne; & parmi les abbés, de Béranger de la Grasse, Pons d'Aniane 8c Raimond d'Alet. Quant à ceux des autres provinces, les arcbevêques d'Arles, d'Aix, de Tarragone & d'Aucli, les évêques Raimond de Balbastro, Béranger de Girone, Gui de Lescar, Haton de Léon 8c Grégoire de Bigorre y assistèrent aussi. On prétend^ que Raimond de Lodève s'y trouva j mais on n'en donne aucune preuve, 8c il est même incertain s'il y avoit alors à Lodève un évêque de ce nom.
On dressa divers canons dans ce concile. L'un des plus remarquables est le troisième, qui ordonne « aux fidèles de chasser de l'église 8c aux puissances « séculières de réprimer ceux qui, sous une apparence de religion, condam- « noient le sacrement du corps 8c du sang de Jésus-Christ, le baptême des « enfans, le sacerdoce 8c les autres ordres ecclésiastiques, 8c les mariages lé- « gitimes. » Ce canon regarde un reste de ces manichéens qui, s'étant introduits en France cent ans auparavant, s'étoient conservés principalement^ t^n°p,'^8i. dans les provinces septentrionales; mais toutes les précautions de ce concile ne purent empêcher ces hérétiques de se perpétuer dans le royaume 8c d'y donner la naissance , avant la fin du siècle , à l'hérésie des albigeois qui fut si funeste à la Province.
LX. — Dîjjerends entre les abbayes de la Grasse 6* d'Alet, entre celles d'Aniane ^ de la Chaise-Dieu , ^ entre les églises de Saint-Etienne 6- de Saint-Sernin de Toulouse.
Le 14 de juillet, septième"* jour du concile, le pape y termina les différends qui s'étoient renouvelés entre les abbayes de la Grasse 8c d'Alet, touchant la dépendance de celle de Saint-Polycarpe, laquelle demeura soumise à la dernière. La bulle que Callixte fit expédier en conséquence est souscrite par divers cardinaux 8c évêques, 8c en dernier lieu par Bernard-Aton , vicomte de Béziers, 8c Centule, comte de Bigorre; ce qui prouve que le premier étoit dès lors de retour de l'expédition d'Espagne 8c qu'il se trouva , avec divers autres princes séculiers, à ce concile. Le i5 de juillet on y décida^ un autre différend qui s'étoit élevé entre les abbayes d'Aniane 8c de la Chaise-Dieu.
' Pagi, nd ann. 1 1 19, n. 7, ■• Tome V, Chartes & Diplôines, n. CCCLXXXII,
' Plantavit, Chronolog'ta praesulum Lodovens'tum. la 2*" bulle citée sous ce numéro.-
— Gallia Christiana, t. 2, p. 672. ^ D'Achery, 5/>i'ci7eg;«7n, t. 6, p. 20. — Conciles,
^ Guibert de Nogent, 1. 3, c. 16. t. 10, p. 856 8c suiv.
An 1 1 ip f
Lorsque le pape Gélase avoit passé quelque temps auparavant à Clermont en Auvergne, en allant au même concile de Toulouse, les religieux de la Chaise-Dieu furent le trouver dans cette ville pour se plaindre de ce que Pascal II, son prédécesseur, avoit adjugé le monastère de Goudargues, dans le diocèse d'Uzès, à l'abbaye d'Aniane , prétendant qu'il étoit de leur dépendance. Aton, archevêque d'Arles, qui étoit présent, appuya leurs prétentions 8c soutint que ce monastère appartenoit à son église, qui l'avoit donné à l'abbaye de la Chaise-Dieu sous un cens annuel. Callixte ajourna ce prélat à Montpellier pour y défendre son droit, &. après y avoir écouté ses raisons, il lui donna la provision, sauf le droit de l'abbaye d'Aniane, dont la discussion fut renvoyée au concile de Toulouse. Les députés de cette abbaye ayant comparu au concile y produisirent leurs titres. Se l'archevêque d'Arles le sien, qui étoit une donation faite à ses prédécesseurs par Louis l'Aveugle, roi de Provence. Callixte nomma alors huit cardinaux, deux archevêques, quatre évêques St deux abbés pour examiner cette affaire Sî. en faire leur rapport au concile, qui jugea unanimement que la donation du monastère de Goudargues faite à l'église d'Arles par Louis l'Aveugle étoit nulle, & donna gain de cause à l'abbaye d'Aniane. Le pape renouvela en même temps les privilèges de cette abbaye, par une bulle datée du même jour. Après ce jugement, l'archevêque Aton renonça à ses prétentions sur le monastère de Goudargues, /7ar /^ bâton pastoral qu'il tenoît en sa main, 8t Callixte en donna l'investiture à Pons, abbé d'Aniane, par le même bâton. Le lendemain, 16 de juillet', le pape, assisté de l'archevêque de Tarragone Se de l'évêque de Balbastro, consacra l'autel de Saint-Augustin dans l'église de Saint-Sernin de Toulouse.
Sur la fin^ du concile, Aicard, prévôt de la cathédrale de cette ville, demanda, au nom de son chapitre : 1° la restitution de l'église ou prieuré de Saint-Jean A'Amantianis dans le diocèse de Toulouse, laquelle lui fut accordée; 2° que l'église de Saint-Sernin, située dans le faubourg de Toulouse, fût déclarée dépendante de la cathédrale. Pour prouver cette dépendance, il s'appuyoit sur une charte impériale (c'est-à-dire, sans doute, sur un diplôme de l'empereur Charles le Chauve) & sur une bulle du pape Jean qu'on lut en plein concile. Les clercs de Saint-Sernin soutinrent, de leur côté, qu'ils n'étoient pas obligés de discuter cette affaire avec l'évêque de Toulouse & son chapitre, attendu que leur église appartenoit à S. Pierre. Le pape leur demanda alors qui est-ce qui avoit donné cette église à ce saint? Ils répondirent que c'étoient eux-mêmes. Le pape répliqua : Mais des clercs rassemblés de divers endroits à qui le fonds n'appartenoit pas, pouvoient-ils en disposer? D'autres affaires étant survenues, le pape fut obligé de renvoyer à son départ la décision de celle-là, mais il partit de Toulouse sans l'avoir jugée. Les chanoines de la cathédrale, qui l'avoient fort à cœur, le suivirent jusques à Fronton, lieu situé à trois lieues de Toulouse vers le nord, dont il dédia l'église.
' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. iSy. ^ Catel, Mém. pour l'hist. du LanguedoCj p. 877.
" An I I ip
Le lendcniain Callixte étoit résolu de confirmer les privilèges de l'église de Saint-Serniii, lorsqu'Amélius, évoque de Toulouse, Se le prévôt de la cathédrale, en étant informés, y formèrent opposition, ce qui l'engagea à différer, cette confirmation. Le troisième jour après son départ de Toulouse, il arriva à l'abbaye de Saint-Théodard dans le Çiierci, aujourd'hui Montauban. Le lendemain les chanoines de Saint-Etienne 8<. de Saint-Sernin se rendirent à ^^,°"^'"; son audience pour avoir la décision de leur différend. On lut les titres sur lesquels chacune des deux églises se fondoit, entre autres la bulle que le pape Urbain II avoit donnée, dans le concile de Nimes, en faveur des chanoines de Saint-Sernin qui en faisoient leur principal appui. Le pape, qui avoit assisté à ce concile dans le temps qu'il étoit archevêque de Vienne, déclara alors qu'Urbain ne s'étoit rendu qu'aux instances du comte Raimond ; que l'intention de ce pontife avoit été que l'évêque de Toulouse jouît d'une partie du revenu de l'église de Saint-Sernin, 8c que celui qui possédoit alors cet évêché en avoit joui, en effet, jusques à sa mort. Callixte ordonna ensuite à Raimond , abbé de Saint-Sernin 8c à ses clercs de répondre} mais ceux-ci ayant demandé du temps, il renvoya les parties & les ajourna à Vienne pour la fête de la Vierge appelée Hypapante. Amélius, évêque de Toulouse, ayant négligé de se rendre à la citation, les chanoines de Saint-Sernin se maintinrent dans leur exemption. On trouve ici pour la première fois un abbé de Saint-Sernin, depuis que cet ancien monastère avoit passé aux chanoines réguliers, lesquels jusques alors n'avoient été gouvernés que par un prévôt ou prieur. Raimond, que les uns' appellent Raimond-Guillaume, 8c les autres^ Guillaume-Raimond, avoit possédé lui-même cette dernière dignité 8c avoit été élevé depuis peu à celle d'abbé.
LXI. — Départ du pape de Toulouse. — Il tient un concile à Reims y où. Aton f évêque de Viviers y se distingue. — Successeurs de ce prélat.
Nous avons deux brefs -^ de Callixte II , datés de l'abbaye de Saint-Théodard le 20 de juillet, l'un en faveur de Béranger de Narbonne, abbé de la Grasse, pour confirmer ce monastère dans la possession de l'église de Notre-Dame de Valières, 8c l'autre pour exhorter Jussoline, dame de condition {illustris j'oemina), 8c ses fils Pierre Sicard 8c Raimond de Pérignan , patrons de cette église, à la protéger. Comme ce pape donna une bulle à Toulouse, le 17 de ce mois, en faveur de la même abbaye'^ de la Grasse, c'est une preuve qu'il partit ce jour-là de cette ville, qu'il consacra le lendemain l'église de Fronton 8c qu'il arriva le 19 à l'abbaye de Saint-Théodard. Il se rendit de là à Cahors, où il dédia ^ le maître-autel de la cathédrale le 27 du même mois de juillet.
' Catel, Mêm, pour l'h'nt. du Languedoc, p. 264. ^ Archives de l'abbnye de la Grasse.
' Gallia Christiana, t. 4, p. 812. * Catel, Histoire des comtes de Toulouse,'^. 178; &
' Baluze, Miscellanea, t. 2, p. 192 & seq. Mémoires pour l'histoire du Languedoc, p. 877.
An 1 1 19
Callixte II passa ensuite en France &. arriva à Paris au commencement d'octobre'. Il vint de là à Reims, où il avoit convoqué un nouveau concile qui s'ouvrit le i g de ce mois, &. dans lequel on renouvela les décrets touchant la paix 8c la trêve de Dieu. Aton ou Hatton, évêque de Viviers, qui s'y trouva, se distingua beaucoup par son éloquence^ 8c sa capacité, 8c fut l'un des prélats du concile qui s'entremirent pour ménager la paix entre le pape 8c l'empereur. Hildegarde, comtesse de Poitiers, y comparut ^ 8c se plaignit de ce que son mari l'avoit répudiée pour épouser Maubergeon, vicomtesse de Châtellerault. Le pape ayant demandé si le comte de Poitiers étoit là présent pour se défendre, l'évêque de Saintes Se quelques autres prélats d'Aquitaine tâchèrent d'excuser son absence, en disant qu'une maladie l'avoit obligé de s'arrêter en chemin. Callixte accorda alors un délai à ce prince pour venir se présenter devant lui , défendre sa cause ^ reprendre sa femme légitime y ou subir V excommunication pour l'avoir répudiée. Ces termes, tirés d'un auteur contemporain, prouvent évidemment que Philippe de Toulouse, seconde femme légitime de Guillaume IX, comte de Poitiers 8c duc d'Aquitaine, étoit alors décédée, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, sans quoi Hildegarde n'auroit pu passer pour femme légitime de ce prince.
Nous n'avons plus aucun monument d'Aton , évêque de Viviers. Jaucerand ou Gaucerand lui avoit succédé "^ en 1124. Etienne de Gluiras fit une restitution à l'abbaye de Saint-Chaffre, avec le consentement de ce prélat 8c celui de Gui de Montaigu, son neveu, 8cc. On trouve-^ un Jaucerand ou Gaucerand , évêque de Viviers depuis l'an ii33 jusques en 11465 mais ce dernier doit être différent de l'autre, puisque Pierre, évêque de Viviers^, fut élu archevêque de Lyon en ii3i. Celui-ci étoit Bourguignon de naissance 8c proche parent de l'évêque de Nimes. Il avoit été moine de Cluny, 8c Pierre le Vénérable , abbé de ce monastère'', en faisoit beaucoup de cas. Il mourut en iiSg à la Terre Sainte, où il avoit été envoyé légat par le pape Innocent II.
LXII. — Retour du pape dans la Province. — Prétendue prîmatîe des archevêques de Vienne sur toute Vancienne Narhonnoise.
Éd.orisin. Callixtc II, après avoir tenu le concile de Reims, alla trouver à Gisors^ le
t. II, p. 3S6. ' ' 1 • 1 • 1 T-<
roi d'Angleterre, pour le porter à conclure la paix avec le roi de France. De
An M20 là il retourna du côté du Rhône, 8c il étoit déjà arrivé à Vienne au commencement^ de février de l'an 11 20. De cette ville il se rendit à Valence, où il
' Conciles, t. 10, p. 833. ' Gallia Chrîstiana, t. 3, p. 1181.
' Orderic Vital, 1. 12, p. 858. — Conciles, t. 10, " Ihid. nov. edit. t. 4, p. 1 1 i5 & seq.
p. 87,5. ' Pierre le Vénérable, 1. 2, epist. 2 & 18,
3 Orderic Vital, 1. 12, p. 859. ' Orderic Vital, 1. t2, p. 864.
■* Gallia Christiana, nov. éd. t. 2, p. 766. " Baluze, Miscellanea, t. 2, p. 196.
TÎISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVL 648
étoit ' le 22 & le 25 du même mois. Il y confirma les privilèges de l'église de Vienne, dont il avoit été auparavant archevêque, & lui accorda la primatie sur les sept provinces des Gaules qui faisoient un corps séparé sous le règne, de l'empereur Honoré, & qui comprenoient l'ancienne Narbonnoise avec l'ancienne Aquitaine, he pape, pour éviter les difficultés que l'archevêque de Vienne auroit pu rencontrer de la part des archevêques de Narbonne 8c de Bourges, qui se disoient primats, l'établit légat du Saint-Siège dans ces provinces , ce qui donna occasion dans la suite aux archevêques de Vienne de se qualifier /?n772^fi- des primats ^ mais ils ne purent^ jamais jouir d'un privilège si nouveau &. si extraordinaire, 8c qui n'étoit fondé d'ailleurs que sur des actes supposés; en sorte qu'ils furent obligés de se contenter du vain titre de primat.
Par la même bulle, Callixte confirma à l'église de Vienne ses six suffragans, du nombre desquels étoit l'évêque de Viviers. Quelques auteurs^ prétendent que ce dernier évêché 8c celui de Die furent alors tirés de la métropole d'Arles pour être unis à celle de Vienne; mais il paroît qu'ils étoient soumis depuis longtemps à cette dernière, 8c le pape le fait assez entendre lui-même dans sa bulle. Nous voyons, en effet, que sous le pontificat de Pascal II, l'église de Viviers n'étoit"^ pas de la province d'Arles. Callixte soumit aussi à l'église de Vienne plusieurs églises 8c monastères du diocèse, entre autres celle de Sainte-Marie d'Annonay, monument le plus ancien que nous connoissions où il soit fait mention de cette ville, située à l'extrémité de la Province vers les frontières du Forez. Elle est la capitale du haut Vivarais, 8c la principale de la partie du diocèse de Vienne qui est en deçà du Rhône.
Nous apprenons d'un, procès-verbal qui fut dressé en 1407, 8c qui se trouve dans les archives de l'église de Viviers, que Callixte II dédia solennellement la cathédrale de Saint-Vincent de cette ville le 27 de février de tan 11 17; mais il y a erreur pour la date de l'année, car ce pape n'étoit pas encore alors élu. Il fit donc cette consécration ou le 27 de février de l'an 11 19 ou le même jour de l'année suivante, qu'il se trouvoit aux environs du Rhône. Le pape ayant résolu de partir bientôt après pour l'Italie retourna à Montpellier^, d'où il alla à Saint-Gilles 8c de là en Provence. Il passa enfin les Alpes 8c arriva à Rome le 3 de juin de l'an 11 20. Il confirma, au mois d'avril *5 de l'an II 23, les privilèges du monastère de Saint-Sauveur de Chirac en Gévaudan, 8c au mois de septembre suivant, ceux de l'abbaye de Saint-Sauveur de Lodève en faveur d'Augier qui en étoit abbé.
' Conciles, t. lo, p. 83o & 847. ■* Gallia Chr'istiana , nov. edit. t. i, Instrumentaj
^ Marca, de Primat, n. 122 & seq. — Pag» » ad P- 'Si.
ann. 1 120, n. 4 & seq. — Fleury, Histoire ecclé- ' Pandulphus apud Baronium, ad ann. 1 120.
siasti^ue, l. 6j, n. 1 5. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nii-
'Marca, de Primat, n. 122 & seq. — Fleury, méro CCCXCIV, la i"" bulle citée sous ce numéro. Histoire ecclésiastique, 1. 67, n. i5.
An 1 120
An 1 1 20
An 112]