XXI. — Assemblée ou concile de Creixan
Ce dernier prend, en effet, la qualité de légat du siège apostolique dans les actes "7 d'une grande assemblée qui fut tenue le 5 de décembre de l'an 1182, à Creixan, dans son diocèse, à l'occasion de la dédicace de l'église de ce lieu. Les évêques Bermond ^ de Béziers, Raimond de Carcassonne Se Jean de Nimes y assistèrent avec lui. Se un grand nombre d'ecclésiastiques, de nobles 0 de non nobles. L'assemblée établit une sauvegarde [salvitatem) à Creixan, dont les évêques prescrivirent les limites par des croix qu'ils firent planter. Ces prélats prononcèrent en même temps anathème contre ceux qui donneroient atteinte à cette sauvegarde Se qui commettroient quelques désordres dans les bornes prescrites.
XXII. — Nouveau traité entre les deux vicomtes Roger 6* Raimond-Trencavel. — Le premier s'accorde avec le comte de Toulouse touchant Vévêché d'Alhi.
Les deux vicomtes Roger Se Raimond -Trencavel (qui se trouvèrent sans doute à cette cérémonie) passèrent ensemble un nouvel accord 9, le 2 de décembre de la même année, en présence d'un grand nombre de gentilshommes de la Province. Ils s'appelèrent par cet acte à la succession l'un de l'autre, s'ils venoient à mourir sans enfans. Se se donnèrent réciproquement des otages pour la sûreté de leur parole. Roger, qui étoit vicomte de Carcassonne, de Razès
■ Conciles, t. lo, p. 963 &. siiiv. — Bibliotheca ^ Garïel, Séries praesulum Magaîonensium , p. \ j \ ,
Sebus'tana, p, 44.3. " Pagi, ad ann. 1 xZi, n. 3 & 16.
'Pagi,adann. ii32,n. 1. '' Conciles, t. 10, p. 989.
^ Orderic Vital, p. 89.5. ' Archives de Téglise de Narbonne.
^ Acta. Innocenta II, apud Baron, ann. 1 132. ^ Tome V, Chartes 8c Diplômes, n. CCCCXXVI.
An I I 32
An I i3i
&(. d'Albi, reçut', au mois d'avril de la même année, l'hommage pour le château de Vintron en Albigeois. L'acte est daté de Carcassonne, où ce vicomte avoit fixé, à ce qu'il paroît, sa résidence ordinaire. Il s'accorda ^ la même année, par l'entremise d'Éléazar de Castries Se de Bernard de Canet, ses barons, avec Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, touchant Vévêché d'Albi 6" Vélect'ion de Vévêque que le comte lui donna en fief, excepté la justice qui appartenoit à tévêque. L'acte est souscrit entre autres par Humbert, évêque d'Albi 5 ce qui prouve que ce prélat, qui occupoit cet évêché dès l'an 11 26, en étoit encore possesseur en ii32, contre le sentiment de ceux^ qui admettent un Guillaume évêque d'Albi en 1127 Se 1 128.
XXin. — Mort de Bernard IV , comte de Melgueil. — Béatrlx, sa fille unique^
lui succède.
Guillaume de Montpellier fut présent à l'accord des deux vicomtes. Il avoit acquis alors une fort grande autorité dans le diocèse de Maguelonne, par la mort de Bernard IV, comte de Substantion ou de Melgueil, son beau-frère. Ce dernier se voyant attaqué, vers le commencement^^ de l'an ii32, d'une maladie mortelle, résolut de se consacrer entièrement à Dieu par la profession monastique, dévotion alors assez usitée, même parmi les plus grands princes. Il fit prier^ Guillaume, abbé de Saint-Chaffre en Vêlai, de lui envoyer quelques-uns de ses religieux pour être admis à cette profession. Le prieur Se deux autres furent choisis Se se rendirent auprès du comte, qui les fit entrer dans sa chambre avec la comtesse Almodis, son aïeule. Se Pons de Montlaur, Se là il se donna pour religieux à l'abbaye de Saint-Chaffre, ordonna qu'on y transférât son corps après sa mort, légua à ce monastère la somme de cinq mille sols melgoriens Se une rente annuelle de cent sols. Se décéda peu de temps après.
Ce comte donna diverses marques de sa piété Se de son amour pour le bien public. Il fit des donations*^ à l'abbaye d'Aniane Se'^ à l'église de Saint-Romain de Melgueil, Se renonça 8, en faveur des habitans du diocèse de Maguelonne, au droit de naufrage tant sur terre que sur mer. Il laissa de Guillemette de Montpellier, sa femme, qui lui survécut, une fille unique nommée Béatrix, t.^n p"!'"!. âgée 9 alors d'environ sept à huit ans. Il avoit déjà pourvu à sa tutelle par les divers accords '° qu'il avoit faits avec Guillaume de Montpellier, son beaufrère, qu'il en avoit chargé j ce qui fit que ce dernier prit l'administration
"Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCCCXVII. méro CCCCXCII, la y"" charte citée sous ce nu-
^ Ikid. n. CCCCXXV. méro.
J GalUa Christiana, t. 1,2^ édit. ^ jy-^^ ^ CCCCVIII.
^ Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 8. « Ibid. n. CCCCLXXVI.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 8.
méro CCCCXXVII. — Gallia Christiana, nov. edit. '° Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
t. 2, p. 766. méro CCCCVII 8<. n. CCCCXIX.
du comté de Mclgueil aussitôt après la mort de Bernard. Alphonse, comte de Toulouse, s'y opposa ' Se prétendit de son côté à la régie de ce comté, soit par des motifs d'ambition, soit pour mettre obstacle à celle de Guillaume, en qualité de proche parent de Béatrix, soit enfin pour les intérêts d'Almodis, sa tante, qui étoit exclue de la tutelle de cette jeune comtesse, son arrière-petitefille.
XXIV. — Traité entre Alphonse, comte de Toulouse 6* Guillaume de Montpelliery touchant le comté de Melgueil, pendant la minorité de Béatrix.
Le comte de Toulouse, voyant que Guillaume^ n'étoit pas d'humeur à lui céder volontairement l'administration du comté de Melgueil , mit des troupes sur pied & lui déclara la guerre. La crainte que diverses personnes de considération eurent des suites funestes de cette querelle les porta à s'entremettre pour la faire cesser dès son commencement. Alphonse &. Guillaume convinrent enfin, par leur médiation : i» que le premier jouiroit pendant six ans consécutifs du château de Melgueil & de la partie du comté de ce nom située entre les rivières de Vidourle Se de Lez , c'est-à-dire de la partie orientale du diocèse de Maguelonne ; 2° que si, durant ce temps-là, Alphonse faisoit fabriquer de la monnoie à Melgueil, elle seroit du poids Se de l'aloi marqués dans l'acte. Se que Guillaume retireroit trois deniers pour livre sur cette monnoie, conformément aux traités qu'il avoit faits là-dessus avec le comte Bernard ; 3» que Guillaume jouiroit de son côté, pendant le même terme de six années consécutives, du château de Montferrier Se de l'autre partie du comté de Melgueil j 4° qu'Alphonse Se Guillaume s'engageroient de ne rien aliéner du domaine de ce comté j 5° qu'après les six ans expirés, la jeune Béatrix, comtesse de Melgueil, se marieroit par leur conseil Se qu'ils lui restitueroient alors tout son domaine , à la réserve de ce que possédoit Vancienne comtesse de Melgueil, supposé que celle-ci fût en vie. Se à la réserve aussi de ce qui avoit été donné à Guillcmette, comtesse de Melgueil, sœur du même Guillaume, si elle vivoit dans ce temps-là j 6° que si Alphonse Se Guillaume ne pouvoient s'accorder entre eux sur le choix du mari qu'ils donneroient à cette jeune comtesse, ils s'en rapporteroient à l'arbitrage d'Arnaud, archevêque de Narbonne Se de Hugues, comte de Rodez ; 7° enfin que si Béatrix venoit à décéder avant son mariage , le château Se la monnoie de Melgueil appartiendroient alors entièrement à Alphonse, avec la partie du comté dont il devoit avoir la jouissance pendant six ans. Se le château de Montferrier avec l'autre partie du comté à Guillaume, qui seroit tenu d'en faire hommage à ce prince. Tels furent les articles de ce traité qui fut passé en présence de Raimond de Baux, de Raimond de Barjac, de Rostaing de Sabran, Hugues, comte de Rodez, Gauzbert Se Artaud, vicomtes, Sec. En conséquence, Alphonse promit par serment à
' Voyez toiT.e IV, Note XXXVI, n. 8. ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXXVIII.
An I i32
An 1 152
Guillaume de Montpellier de le protéger, de même que ses domaines « situés « depuis l'évêché d'Uzès jusques à la mer vers Saint-Gilles, 5c depuis le « Rhône Se les frontières du diocèse d'Uzès Se la mer jusques à l'Hérault, « envers tous Se contre tous, excepté contre Bernard d'Anduze Se Bernardce Aton, vicomte de Nimes. » Ces actes ne sont pas datés, mais ils doivent ' être de l'an i iSi.
XXV. — Guillaume de Montpellier promet Béatrix en. mariage à Béranger- Raimond, comte de Provence^ 6^ s'accorde avec lui touchant le comté de Melgueil.
Comme Guillaume avoit été forcé en quelque manière à conclure ce traité, il se mit peu en peine de l'exécuter Se chercha peu de temps après ^, sans la participation du comte de Toulouse, à marier Béatrix avec quelqu'un qui fût en état de la protéger Se de tenir tête à ce prince. Les liaisons étroites que lui Se son père avoient toujours eues avec la maison de Barcelone lui firent jeter les yeux sur Béranger-Raimond, comte de Provence, jeune prince âgé de dix-sept à dix-huit ans, Se frère de Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone. 11 lui promit Béatrix en mariage, lorsqu'elle seroit parvenue à un âge nubile 5 en attendant ils convinrent ensemble des articles suivans : 1° Béranger-Raimond'^, qui dans l'acte se qualifie comte de Gévaudan & marquis de Provence , confirme Guillaume dans la possession de tous les domaines dont Guillaume son père Se lui avoient joui durant la vie de Bernard IV, comte de Melgueil, père de Béatrix; 2° il approuve tous les accords que Guillaume avoit passés avec ce comte , entre autres la donation que celui-ci lui avoit t^/j- p""^'"^. ^'^'^^ ^^^ trois deniers pour livre sur la monnoie de Melgueil ; 3° il s'oblige de ne faire fabriquer cette monnoie que du poids Se de l'aloi exprimés dans l'acte ; 4° il assigne à Guillaume le château de Montferrand avec une partie du comté de Substantion Se de Melgueil dont il jouiroit en engagement après la mort de la comtesse Almodis, pour la somme de quinze mille sols melgoriens qu'il avoit prêtés à cette comtesse, Se dont les cinquante pesoient un marc d'argent fin ; 5° il lui promet de faire ratifier tous ces articles par Béatrix, fille de Guillemette, sœur du même Guillaume, lorsqu'elle aura atteint l'âge prescrit par les lois ^ 6^ supposé qu'après être parvenue à l'âge de douze ans accomplis Se l'avoir épousée, elle vînt à décéder sans enfans, il promet de donner alors en fief à Guillaume le château de Montferrand avec une partie du comté de Melgueil, de la même manière que la comtesse Almodis les possédoit; 7° il se réserva dans ce cas-là le château Se le reste du comté de Melgueil, à condition cependant que s'il venoit à mourir sans enfans, Guillaume en hériteroit ; 8° il s'engagea d'épouser une des filles du même Guillaume , si Béatrix venoit à décéder avant qu'elle eût atteint l'âge de douze ans ; 9° enfin il promet de
' Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 8. ' Voyez tome V, Chartes âc. Diplômes, nu-
' nid, méro CCCCXXIX.
An I I 32
ratifier cet acte lorsqu'il sera parvenu à un âge compétent, c'est-à-dire sans doute à l'âge de vingt-cinq ans. Béranger Se Guillaume promirent ensuite solennellement de s'entr'aider contre tous pour l'exécution de ce traité, 8c le dernier n'excepta que Raimond d'Anduze. Plusieurs gentilshommes firent de part Se d'autre la même promesse au bas du traité Se s'en rendirent garants. En conséquence de cet accord, Béranger-Raimond prit dès lors le titre de comte de Melgueil avec celui de comte de Provence, comme il paroît par divers actes, quoiqu'il n'ait épousé' Béatrix que longtemps après. Quanta la qualité de comte de Gévaudan, que ce prince se donne dans le même acte, on a déjà remarqué ailleurs^ qu'il ne possédoit proprement que la vicomte de ce pays avec celle de Millau en Rouergue, vicomtes dont il réunissoit le titre sous celui de comte de Gévaudan.
On voit par cet acte que Béranger-Raimond avoit établi sa résidence en deçà des Pyrénées dans les domaines que Raimond-Béranger III, comte de Barcelone, son père, lui avoit laissés en partage. Cela paroît encore par une donation qu'il fit, en ii32, en faveur de l'abbaye de Lérins^ Se dans laquelle il se qualifie comte de Melgueil 6* marquis de Provence. Il donna, au mois d'avril de l'an ii33, étant alors à Millau, capitale de ses domaines"^ du p^^ , ,33 Rouergue Se du Gévaudan, une maison de cette ville à l'abbaye de Saint- Guillem du Désert qu'il prit sous sa protection.
XXVI. — Le comte de Toulouse se met en armes du côté du Rhône. — Il confirme les privilèges de Vahhaye de Saint- André.
Il paroît qu'Alphonse, comte de Toulouse, irrité du traité que Béranger- Raimond Se Guillaume de Montpellier avoient conclu ensemble à son préjudice, leur déclara la guerre. Nous verrons du moins bientôt qu'il étoit en armes du côté de la Provence quelque temps après, Se il est certain qu'en 1 133 il fit un voyage dans ce pays. Il se rendit alors à l'abbaye de Saint-André sur le Rhône Se confirma les donations'' que ses prédécesseurs avoient faites en faveur de ce monastère, entre autres celles de la montagne ou puy d'Andaon, où l'abbaye est située. Se du village voisin qui porte aujourd'hui le nom de Villeneuve. Alphonse accorda divers autres privilèges à l'abbaye de Saint-André Se fixa les limites de ses dépendances. La charte est souscrite de sa part par Pvostaing de Sabran, Pierre- Amicus y son fils, Se plusieurs autres seigneurs j Se de celle des religieux par Guiraud de Pujaut, abbé de Saint-André, Bernard de Roquemaurc, sous-prieur, Pierre de Sabran, doyen. Sec. On voit enfin que le comte de Toulouse étoit en armes du côté du Rhône, l'année suivante, par
' Voyez tome IV', >/ore XXXVI, n. 8. ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
* Ibid. n. i3 Scsuiv. méro CCCCXXX , la S*" charte citée sous ce nu-
' Vincentius Barrali, Chronologia Sanctorum &■ méro.
aliorumvirorum illustrium & abbatum sacrae insulae ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
Lcrincnsis. Liigduni, Rigaud, lôi.'J. In-^". méro CCCCXXXI.
An 1 ii3
le récit de ce qui se passa au sujet d'un concile qui fut tenu alors à Montpellier & dont voici l'occasion.
XXVIL — Dîfférens plaids tenus dans la Province. — Concile de Montpellier.
Béranger', évêque d'Agde, après avoir donné, vers la fin du onzième siècle, à l'abbaye de Saint-Thibéry, l'église de Bessan, située sur l'Hérault, dans son diocèse, en fit une nouvelle donation quelques années après en faveur de l'abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne. Ce prélat étant décédé, les religieux de ce dernier monastère s'adressèrent à Bernard, son successeur, qui les mit en possession de cette église. Ceux de Saint-Thibéry, qui en avoient joui jusques alors, s'y opposèrent 8c furent maintenus dans leur jouissance par un ^Éd^. origin^ jugcmcnt rcndu dans un plaid tenu à Cabrils , en présence de Bertrand, archevêque de Narbonne, Se par conséquent avant l'an iio6. Nonobstant cette décision, les religieux de la Chaise-Dieu renouvelèrent leurs prétentions sur l'église de Bessan sous l'épiscopat d'Aldebert, évêque d'Agde qui succéda à Bernard vers l'an 1 121 Si qui les condamna, avec Arnaud, archevêque de Narbonne, Se Jean, évêque de Nimes, dans un autre plaid assemblé k Corbian. Ils appelèrent de ce jugement, ce qui engagea Arnaud, archevêque de Narbonne, à assembler, vers la fin de l'an 1 1 29, à Loupian dans le diocèse d'Agde, les évêques Aldebert d'Agde, Jean de Nimes, Pierre de Lodève Se Raimond de Maguelonne, avec xAugier, abbé de Saint-Sauveur de Lodève, Raimond, archidiacre d'Agde, Se plusieurs autres ecclésiastiques, pour terminer ce différend. Etienne, abbé de la Chaise-Dieu, Se Arnaud, abbé de Saint-Thibéry, qui étoient présens, défendirent leurs droits par le ministère de leurs avocats. Se l'assemblée donna encore gain de cause au dernier. Les religieux de la Chaise-Dieu en appelèrent alors au pape.
Innocent II étant venu dans la Province l'année suivante, Arnaud, abbé de Saint-Thibéry, le pria de confirmer cette sentence 5 mais le pape jugea à propos de soumettre cette affaire à un nouvel examen qu'il renvoya à Bernard, archevêque d'Arles, légat du Saint-Siège^ Se k Pierre, évêque de Viviers. Ces deux prélats s'assemblèrent pour cela k Nimes. L'abbé de Saint-Thibéry comparut devant eux 5 mais l'abbé de la Chaise-Dieu ayant refusé de les reconnoitre pour ses juges, le pape confirma la sentence rendue k Loupian. Raimond, archidiacre de Béziers, qui fut élu évêque d'Agde peu de temps après, somma Arnaud, archevêque de Narbonne, avant que de recevoir la consécration de ses mains, de mettre k exécution cette sentence confirmée par le pape Se fit assigner devant lui les religieux de la Chaise-Dieu pour les obliger k s'y conformer. Sur ces entrefaites, Arnaud, abbé de Saint-Thibéry, étant venu k mourir, Adhémar, son successeur, inquiété par ces religieux, implora la protection de Gui, cardinal-diacre, que le pape Innocent II avoit
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXXXIV.
HISTOIRE Gî:NÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII. 68
) An II 33
nommé son légat dans la Province. Celui-ci écrivit fortement vers l'an ii32,à Arnaud, archevêque de Narbonne, légat de l'Eglise romaine, 8c à Raimond, évêque d'Agde, qu'il chargea de faire exécuter cette sentence Se de protéger l'abbaye de Saint-Thibéry. Comme néanmoins ceux de la Chaise-Dieu pressoient de leur côté Innocent d'en venir à un nouveau jugement, ce pape nomma Hugues, archevêque de Rouen, légat du Saint-Siège, pour ouïr les parties 8c porter une sentence définitive.
Ce prélat fit citer les abbés de la Chaise-Dieu 8c de Saint-Thibéry pour se
trouver, le 3 de novembre de l'an 1 184, à Montpellier, où il avoit indiqué une ^
assemblée d'évêques. L'abbé delà Chaise-Dieu, se défiant de la justice de sa cause, envoya un exprès à Tarascon pour s'excuser, sous divers prétextes, auprès de l'archevêque de Rouen, de se rendre à l'assemblée. Ce prélat lui répondit qu'il n'admettoit pas de pareilles excuses Se quil s'exposoit beaucoup plus lui-même pour obéir au pape, devant passer au milieu des ennemis 6- des embûches qu'Alphonse lui avoit dressées en divers endroits. Hugues arriva cependant à Montpellier au jour marqué, Se il y trouva Bernard, archevêque d'Arles, Se Arnaud, archevêque de Narbonne, légat du Saint-Siège, c{ui s'y étoient rendus avec plusieurs évêques 8c autres personnes ecclésiastiques. Le nom de la plupart de ces prélats nous est inconnu ; nous savons seulement que les évêques Raimond d'Agde, Raimond de Maguelonne , Pierre de Lodève 8c Guillaume d'Orange assistèrent à ce concile de Montpellier avec Pierre, abbé de Saint-Gilles. Adhémar, abbé de Saint-Thibéry, s'y présenta, mais l'abbé de la Chaise-Dieu n'y comparut pas, ni personne de sa part. L'archevêque de Rouen fit toutes les informations nécessaires. Se après avoir interrogé successivement l'évêque d'Agde 8c son clergé, l'archevêque de Narbonne, les évêques de Maguelonne Se de Lodève, 8c tous ceux qui pouvoient être informés du fait, il rendit un jugement favorable à l'abbaye de Saint- Thibéry 8c écrivit au pape Innocent II pour lui rendre compte de ce qu'il avoit fait. Cette affaire ne fut cependant entièrement terminée que cinq ans après, dans un autre concile qui fut tenu à Uzès. Nous nous sommes peut-être un peu trop étendus là-dessus j mais, outre qu'on voit par ce récit quel étoit i.^n *p'^'"'. alors l'ordre judiciaire dans les matières ecclésiastiques, nous apprenons en même temps la succession de plusieurs de nos évêques. Se qu'il y avoit alors en France un grand nombre de légats du Saint-Siège : il s'en trouva trois, en effet, à l'assemblée ou concile de Montpellier. Au reste, nous ignorons les motifs qui engagèrent Alphonse, comte de Toulouse, à dresser des embûches à l'archevêque de Rouen ; il paroît seulement que le voyage que ce prince fit au delà des Pyrénées, vers le mois de septembre de l'an ii34, mit ce prélat dans une entière liberté d'aller à Montpellier 8c d'y tenir le concile.
An 1 184
XXVIIL — Mort d'Aymen Ily vicomte de Narhonne. — Le comte de Toulouse s'empare de cette vicomte sur Ermen garde, sa fille 6* son héritière.
Le comte de Toulouse entreprit ce voyage à l'occasion d'une révolution qui venoit d'arriver en Espagne 5 ce qu'il faut reprendre de plus haut. Alphonse I, roi d'Aragon ', résolu de continuer la guerre contre les Maures, assiégea sur eux, en ii33, la ville de Fraga , située sur la rivière de Cinca vers les frontières de ses Etats. Les approches de l'hiver ne lui ayant pas permis de poursuivre cette expédition, il la reprit l'année suivante & appela à son secours divers princes françois, entre autres Centule, comte de Bigorre, Gaston, vicomte de Béarn 8c Aymeri, vicomte de Narhonne. Les infidèles s'avancèrent de leur côté pour faire lever le siège, ce qui obligea le roi d'Aragon à sortir de ses lignes 8c à marcher au-devant d'eux pour leur présenter la bataille. Les deux armées en vinrent aux mains le mardi, 17 de juillet^ de l'an 1 184, entre l'Ebre 8c la Sègre, 8c les chrétiens eurent le malheur d'y être entièrement défaits. Le comte de Bigorre, les vicomtes de Béarn 8c de Narhonne 8c plusieurs autres seigneurs de marque y demeurèrent sur la place, avec presque toute l'armée du roi Alphonse, lequel trouva avec bien de la peine son salut dans la fuite ^. On prétend"^ qu'Aymeri, vicomte de Narlionne, dont on vient de parler, étoit le quatrième de son nom 8c qu'il avoit succédé depuis peu à Aymeri III, son père, que nous appelons Aymeri II, parce que nous ne mettons pas au nombre des vicomtes de cette ville le prétendu Aymeri I, père de S. Guillaume de Gellonej mais il n'est pas certain que le
' Orderic Vital, 1. i3, p. 898 & suiv.
" Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc , p. 587.
' Alphonse d'Aragon, surnommé, el Batallador, voulant étendre les frontières de son royaume jusqu'à la Méditerranée & devenir le maître de la navigation de l'Ebre, résolut de s'emparer, en i 134, de la ville de Tortose, située à l'embouchure de ce fleuve dans la mer. Il réunit autour de lui les plus braves guerriers, & c'est ainsi que de nombreux chevaliers français vinrent se ranger sous ses bannières. Mais avant d'entreprendre la conquête de Tortose, il fallait s'emparer de quelques villes situées dans l'intérieur & dont les garnisons gênaient les approches de cette ville importante. Mequinenza fut d'abord emportée d'assaut; mais Lerida & Fraga offrirent des obstacles plus sérieux. L'armée chrétienne mit le siège devant cette dernière ville. Les habitants se défendirent avec courage : ils auraient peut-être succombé si les Walis musulmans n'étaient venus à leur secours; Yahia ben Gania, qui commandait à Lerida, accourut avec de nombreuses troupes levées à Murcie & à Valence. Néanmoins le siège continua, & Alphonse
jura publiquement de prendre cette forteresse ou de mourir. Selon les usages du moyen âge, vingt des plus illustres vassaux de ce prince se rendirent cautions de sa promesse & prêtèrent le même serment. On avait fait venir dans le camp des évêques & de nombreux religieux qui avaient apporté des reliques des saints protecteurs de l'Espagne. Deux fois les Sa.-rasins qui venaient pour délivrer la place furent vaincus & mis en fuite. Les habitants de Fraga, n'espérant plus de délivrance par la force des armes, offrirent de rendre la ville, mais Alphonse ne voulut point leur accorder ce qu'ils demandaient comme gage & récompense de leut soumission à ses armes. Ils résolurent alors de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. On tendit une embuscade aux Aragcnais qui tombèrent dans le piège & furent vaincus. Alphonse mourut sur le champ de bataille, ou peu de temps après avoir vu la défaite de son armée. Suivant la chronique ro~ mane de Montpellier, il aurait été fait prisonnier à cette bataille. « En l'an mcxxxiv, fou lo desbarat de Fraga, 8*. fou près lo rei d'Aragon. » [E. M.]
■* Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc, p. 585.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII. 6qi "l ~
y An I i3^
Vicomte de Narbonne qui fut tué à la bataille de Fraga ne soit pas le môme qu'Aymeri II. La suite des dernières actions de celui-ci, que nous allons rapporter, pourra fournir là-dessus quelque éclaircissement.
Ce vicomte donna en engagement', en 1126, avec Ermengarde, sa femme, Se leur fils Aymeri, aux chanoines de Saint-Just de Narbonne, tout ce qu'il possédoit dans le terroir de Fourques auprès du Rhône, pour la somme de cinq cents sols melgoriens. Il épousa depuis une seconde femme nommée Ermessinde, 8t il étoit déjà marié^ avec elle au mois de janvier de l'an ii3o, comme il paroît par le bail à fief des moulins d'Abunhan qu'il fit alors avec elle. Se avec son fils Aymeri 8c ses autres enfans. Aymeri II, après avoir passé quelque temps à la cour de Pvaimond-Béranger III, comte de Barcelone, son frère utérin, dont il fut exécuteur testamentaire, étant de retour à Narbonne au mois de novembre de l'an 11 33, fit un testament^ par lequel il fonda un anniversaire dans la cathédrale de cette ville, du consentement 6* en prés-ence de Béranger, ahbé de la Grasse, son frère. Nous avons enfin un hommage"* rendu le 9 de juin de l'an ii34, à Aymeri de Narbonne, fils de Mahaud; ce qui prouve que c'est du même Aymeri qu'il est parlé dans un acte^ du 6 d'avril de la même année, par lequel la vicomtesse Cécile Se ses fils Roger Se Raimond-Trencavel confirment la donation que le vicomte Bernard-Aton leur père avoit faite d'une partie du château de Montserré dans le Narbonnois, à quelques seigneurs qui leur promirent de les aider contre Aymeri de Narbonne 6» les vicomtes de cette ville. Nous n'avons plus aucun acte où il soit fait mention de ce vicomte, ni d'Aymeri son fils. Se nous ignorons si ce dernier lui succéda, en effet, comme on le prétend. On ne peut savoir par conséquent si ce fut le père ou le fils qui fut tué à la bataille de Fraga, le 17 de juillet de l'an II 34; mais nous croyons pour deux raisons que ce fut le père : la première, parce que celui-ci vivoit encore le g de juin de la même année; la seconde *5, parce qu'Ermengarde, fille d'Aymeri II, déclare avoir hérité de son père de la vicomte de Narbonne j elle lui aura donc succédé immédiatement, Se Aymeri son frère sera mort avant lui.
Quoi qu'il en soit, celui qui fut tué à la bataille de Fraga fut le dernier
vicomte de Narbonne de sa race, dont il ne resta plus que la même Ermen- Éd.origin.
' i 1 ^ t. Il, p. 413.
garde Se Ermessinde, qui étoient certainement filles d'Aymeri II, Se alors dans un âge peu avancé; l'aînée, qui se maria en 1 142, ne mourut en effet qu'en 1197. Celle-ci étoit sûrement fille d'Ermengarde, première femme d'Aymeri II; mais il paroît qu'Ermessinde, sa sœur, étoit fille d'Ermessinde que ce vicomte avoit épousée en secondes noces vers l'an 11 3o; ce qu'on peut appuyer, tant sur son nom, que sur ce qu'elle ne se maria que vers l'an ii52.
' Catel, Mémoires pour l'histoire du. Languedoc, ^ Voyez tome V, Chartes & Diplôinei , nu-
p. 585. méro CCCCXXXII.
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXVIU. s /i;^. la z' charte citée sous ce numéro.
' Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc, ^ Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2,
"^TTIsT" ^9^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.
Du reste, nous n'avons aucune connoissance de ce qui se passa dans la vicomte de Narbonne pendant leur minorité, jusque vers l'an 1143, qu'Alphonse- Jourdain, comte de Toulouse', rendit cette ville à Ermengarde. Nous inférons de là que ce comte se saisit de Narbonne d'abord après la mort du dernier Aymeri, soit par droit de suzeraineté &. comme protecteur de la jeune Ermengarde 8c de sa sœur, soit dans le dessein d'unir cette vicomte à son domaine. En effet, Alphonse en étoit maître en iiSg; car il donna ^ alors en fief les moulins d'Abunhan, qui, comme on l'a déjà vu, dépendoient en ii3o du domaine^ d'Aymeri IL Venons maintenant aux suites de la bataille de Fraga, qui engagèrent ce comte, après s'être assuré de la vicomte de Narbonne, à passer au-delà des Pyrénées.
XXIX. — Le prince Ramîrej moine de Salnt-Pons de Thomlères, est placé sur
le trône d'Aragon.
Quelques Espagnols modernes prétendent qu'Alphonse I, roi d'Aragon, après la perte de cette bataille, rallia les débris de son armée, Se qu'ayant rassemblé d'autres troupes, il se mit en état d'empêcher les Sarrasins de profiter de leur victoire Se leur livra un nouveau combat dans lequel il fut défait Se tué, le 7 de septembre de la même année j mais un historien contemporain"^ nous apprend au contraire que ce prince s'étant retiré dans ses États après la perte de la bataiile de Fraga, le chagrin qu'il en eut fit une si forte impression sur lui, qu'il tomba malade Se mourut huit jours après. Nous savons d'ailleurs'^ qu'il décéda le 7 de septembre.
Alphonse mourut sans postérité Se laissa par son testament les chevaliers du Temple héritiers de tous ses États, qui comprenoient les royaumes de Navarre Se d'Aragon. Les peuples de ces deux royaumes, sans avoir égard à cette disposition, s'assemblèrent après sa mort pour élire un autre roi à sa place j mais ne pouvant s'accorder, ils se séparèrent sans rien conclure. S'étant ensuite rassemblés en particulier, les Navarrois à Pampelune, Se les Aragonois à Jacca, les premiers élurent Garcias IV, qui étoit de la race royale. Se les autres, Ramire, frère puîné d'Alphonse Se religieux de l'abbaye de Saint-Pons de Thomières, au diocèse, de Narbonne, depuis*^ l'an 1098. Ramire avoit été promu au sacerdoce; mais il est faux'^ qu'il ait été successivement abbé de Sahagun Se évêque de Burgos, de Pampelune Se de Balbastro, comme quelques modernes^ l'ont avancé. Il est certain, en effet, suivant le témoignage de tous les anciens historiens 9, dont quelques-uns sont contemporains, qu'il
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Catel, i^ùf. ^e5 comfei ie T'ouZou^e, p. 92 & suiv.
méro CCCCLVI. ' Pagi» ad ann. 1 134, n. 29, 3i & seq.
^ Ibid. n, CCCCXLVII. ' JMariana, Kerum Hhpanicarum 1. 10, c. i5, &c.
' Ibid. n. CCCCXVIII. 9 Orderic Vital, 1. i3, p. 895. — Guillaume da
* Orderic Vital, 1. i3, p. 893 & suiv. } p. 900. Neubrige, 1. 3, p. 14. — Gesta comitum Barcinonen*
' Pagi, ad ann. 1134, n. 29, sium, c. 21, apud Marcam Hispan'icam, p. 547.
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fut tiré immédiatement de l'abbaye de Saint-Pons pour monter sur le trône d'Aragon.
« Après la cérémonie de son couronnement qui se fit à Huesca, dit un « de ces auteurs', les grands du royaume l'obligèrent à se marier, 8c il « prit pour femme la sœur du comte de Poitiers dont il eut une fille, à « laquelle on donna le nom de Pétronille, 5c dans la suite celui d'Urraque. « Il la donna en mariage à Raimond-Bérange'r, comte de Barcelone, &c dès « qu'elle fut nubile, il retourna à son monastère qu'il avoit enrichi pendant « son règne par le don qu'il lui fit de plusieurs terres 8c églises situées dans « l'Aragon 8c la Navarre, que cette abbaye possède de nos jours j en sorte que « par le mariage d'Urraque avec le comte de Barcelone, le royaume d'Aragon « entra dans la maison de ce comte 8c fut depuis uni à ses États. » Telles sont les circonstances du règne de Ramire rapportées par Roderic, archevêque de Tolède, qui acheva d'écrire son histoire en 1248, la trente-troisième année de son épiscopat, 8c qui par conséquent est presque contemporain. Ce prélat ajoute que Ramire fut heureux dans la guerre, doux, modéré 8c libéral. Dans un autre endroit^, il fait mention en peu de mots des guerres que ce prince eut à soutenir contre Alphonse VII, roi de Castille, qui lui disputa la couronne d'Aragon, 8c contre Garcias, roi de Navarre. Divers historiens ajoutent plusieurs autres circonstances. La liaison qu'elles ont avec notre histoire nous engage à les examiner 8c à entrer dans quelque détail au sujet du règne de t'^ff ^"^'"é ce prince.
Quelques auteurs assurent que le mariage de Ramire avec la sœur du comte de Poitiers se fit par dispense du pape : le cas étoit trop hors des règles pour ne pas la demander. Les uns disent que cette dispense fut accordée par l'antipape Anaclet, parce que le comte de Poitiers, dont Ramire épousa la sœur, étoit sous son obéissance, 8c les autres, par le pape Innocent II. Ceux-ci paroissent beaucoup mieux fondés; car, outre que Ramire 8c les Aragonois ne reconnurent que ce dernier, il n'est pas vraisemblable qu'en s'adressant à l'antipape ils eussent voulu s'exposer au risque de voir casser un mariage qui leur étoit important 8c déclarer illégitimes les enfans qui en proviendroient. Un auteur du temps^ fait entendre d'ailleurs que ce prince se maria avec la permission d'Innocent II.
Il n'y a pas lieu de douter que la femme de Ramire ne fût fille de Guillaume IX, comte de Poitiers 8c duc d'Aquitaine, 8c de Philippe de Toulouse, 8c, par conséquent, nièce à la mode de Bretagne d'Alphonse-Jourdain, comte de cette dernière ville ; mais les auteurs ne conviennent pas de son nom. Tous les Espagnols l'appellent Agnès j d'autres'^ la nomment Mathilde, sur l'autorité d'un historien du temps ^ qui ajoute qu'elle étoit alors veuve d'Aymeri ,
■ Roderic de Tolède, 1. 6, c. i & 2. ^ P^gi, ad ann. 1 134, n. 35.
' Ih'iâ. 1. 7, c. 7. 5 Robert du Mont, ad ann. i iSj.
' Robert du Mont, ad ann. 1 169. — Pag' > ad ann. 1134, n. 29, 34 & seq.
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vicomte de Thouars. Il y a lieu de croire qu'elle prenoit Tun 81 l'autre nom, conformément à l'usage assez ordinaire dans ces siècles. Guillaume, vicomte de Thouars, fils de cette princesse du premier lit, l'appelle Agnès dans un titre de ' l'an 1 189.
Ramire étoit déjà reconnu pour roi d'Aragon dès le mois d'octobre de l'an ii34, comme il paroît par une charte^ qu'il donna alors à Balbastro, & dans laquelle il se qualifie roi 6» prêtre 6<. non pas roi & évêque, comme quelques-uns l'ont avancé.
XXX. — Les comtes de Toulouse y de Foix 6" de Comminges, le seigneur de Montpellier, (S'C, vont à Saragosse 6- moyennent la paix entre les rois de Castille (y d'Aragon.
Une ancienne chronique latine 3, composée par un Espagnol anonyme, contemporain d'Alphonse VII, roi de Castille, rapporte, à ce qu'on prétend, que ce prince se mit en armes bientôt après l'élection de Ramire, sous prétexte qu'elle n'étoit pas valable & qu'il n'étoit pas capable de régner, Se que pour ces raisons le royaume d'Aragon lui appartenoit de droit. Alphonse VII, ajoute cette chronique, après avoir soumis la partie de l'Aragon située à la droite de l'Ebre, passa ce fleuve, se rendit à Saragosse à la minovembre (d'autres disent à la mi-décembre) de l'an ii34, Si fut reçu dans cette ville Se reconnu pour souverain sans aucune opposition. Raimond- Béranger, comte de Barcelone, Roger, comte de Foix, Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse Se de Saint-Gilles, Ermengaud, comte d'Urgel, Miron, comte de Pailhas, Se plusieurs autres princes Se seigneurs de Castille, d'Aragon Se de France, allèrent alors trouver ce prince à Saragosse. Le roi Ramire se rendit aussi dans cette ville, consentit à lui en laisser la possession Se lui fit hommage pour le reste de ses Etats. Le roi de Castille fit ensuite de grandes libéralités à tous ces princes : il donna la ville de Saragosse au comte de Barcelone; diverses seigneuries avec un vase d'or du poids de trente marcs, plusieurs chevaux de prix Se de riches bijoux au comte de Toulouse; des terres jusques au Rhône à tous les grands seigneurs de Gascogne, Se des bijoux d'or Se d'argent, avec des chevaux, à Guillaume de Montpellier. Tous ces princes se rendirent ses feudataires Se lui jurèrent obéissance. Il donna en même temps l'ordre de chevalerie à plusieurs fils de ducs Se de comtes de France qui se rendirent aussi ses vassaux Se auxquels il fit des présens magnifiques. « Tel est l'extrait de cette chronique, suivant la traduction espagnole qu'on en a donnée; sur quoi l'auteur"* qui le rapporte remarque qu'on peut comprendre par là quelle étoit alors la grandeur Se la
' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 474- ^ Sandoval, Cronica del inclito emperador Alon~
' ZwrxtdL, Annales de la couronne d' Aragon, 1. i , so VU, c. 27, édition de 1600. c. 53 & suiv. '• Ibid.
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magnificence du roi de Castille, Se que ses États s'étendoient depuis les extrémités de l'Océan jusques au Rhône.
Pour juger plus sûrement de ces faits Se de leurs circonstances, il seroit à. souhaiter que les historiens d'Espagne qui en font mention, Se qui sur ce fondement prétendent que les comtes de Toulouse 6c de Barcelone firent en cette occasion hommage de leurs États à Alphonse, roi de Castille, nous eussent donné le texte même de la chronique, ce qu^ils n'ont pas encore fait} car il est à craindre qu'ils n'aient altéré la force des termes en les traduisant. Éd.ongin.
nf' ] A 1/ 111- • . '• "• P-4'7-
Mais quand même 1 auteur de la chronique auroit avance que ces comtes se rendirent alors vassaux du roi de Castille, on devroit taire peu de fond sur son témoignage. Se nous avons lieu de croire qu'il aura pris pour un hommage le serment qu'ils peuvent avoir fait alors à ce prince de lui être fidèles, de n'attenter ni à sa vie ni à ses domaines, Sec, serment que les grands se faisoient fréquemment entre eux, dans ce siècle, Se qui n'emporte aucun vasselage. Voici sur quoi nous nous fondons.
1° Il est certain d'abord que l'auteur de la chronique n'est pas exact, suivant le témoignage même de ceux qui s'appuient' le plus sur son autorité Se qui avouent que, selon d'autres mémoires, Ramire n'alla point à Saragosse trouver le roi de Castille, Se que ne se sentant pas assez fort pour lui résister, il se retira dans les montagnes de Sobrarbe. Cet auteur paroît d'ailleurs se contredire : il dit^ d'un autre côté que plusieurs prélats Se seigneurs, entre autres Oldegarius, archevêque de Tarragone , les comtes de Barcelone, d'Urgel , de Toulouse, de Foix, de Pailhas Se de Comminges, avec le seigneur de Montpellier, s'entremirent pour accommoder les deux rois. Se que les ayant fait convenir d'un traité, Ramire s'engagea, tant pour lui que pour ses successeurs, à tenir en fief du roi de Castille les villes Se les châteaux du royaume d'Aragon dont ce dernier s'étoit saisi. Se qu'il lui remit j en quoi il n'y a rien que de vraisemblable Se qui ne soit conforme à ce que rapporte un historien d'Aragon sur de bonnes preuves. « Ramire 3, obligé de s'enfuir de Saragosse aux ap- « proches d'Alphonse, roi de Castille, dit cet historien, se retira dans les « montagnes au château de Montclus, où il demeura jusques au mois de février « de l'année suivante, Se continua de se qualifier roi d'Aragon, de Sobrarbe Se M de Saragosse. Il ajoute, sur l'autorité de Roderic"^ de Tolède, que le roi de « Castille ayant pris sur Ramire plusieurs places au delà de l'Ebre, ces deux « princes s'accordèrent enfin après une longue guerre ^ que le dernier s'engagea « à tenir en fief de l'autre toutes ces places dont il fit hommage 5 que cette « mouvance dura jusques au siège de Cuenca , Se qu'Alphonse IX, roi de « Castille, la remit alors à Alphonse II , roi d'Aragon. »
Nous croyons donc, sur ces différens témoignages, qu'Alphonse VII, roi de
■ Sandoval , Cronica del inclito cmperaior Alon- ' Zurita, Annales de la couronne d' Aragon, i. I,
so VII, c. 27, édition de 1600; & édition de 161 5, c. 54.
p. i55. ■• Roderic de Tolède, 1. 7, c. 7.
' Ibïd. p. i52 vers. & i55, éd. i6i5 & 1634.
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Castille, prétendant succédera la couronne d'Aragon à l'exclusion de Pv.amire, lui fit la guerre Se lui enleva diverses places, entre autres Saragosse , capitale du royaume d'Aragon 5 qu'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, cousin germain du premier, les comtes de Barcelone & de Foix, ses beaux-frères, les comtes de Pailhas & de Comminges, Guillaume de Montpellier, Se plusieurs autres seigneurs de France qui avoient passé en Espagne après la perte de la bataille de Fraga pour s'opposer aux progrès des infidèles, négocièrent la paix entre les deux rois; que les soins qu'ils se donnèrent, pour la faire réussir au gré du roi de Castille, engagèrent ce prince, qui étoit naturellement généreux Se magnifique, à les combler de présens. Se que, pour une plus grande sûreté du traité qui venoit d'être conclu par leur médiation, ils firent serment à ce roi de lui conserver ses domaines, de ne pas attenter à sa vie. Sec, sans cependant lui rendre aucun hommage.
2° L'un des plus célèbres historiens d'Espagne' convient, en effet, que les comtes de Barcelone ne reconnurent la suzeraineté du roi de Castille que pour la principauté ou le royaume d'Aragon qui passa dans leur maison par le mariage de Pétronille, fille unique de Ramire, avec Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone. Aussi voyons-nous, par la date d'une foule de monumens, que non-seulement les comtes de Toulouse, de Foix Se de Comminges Se les seigneurs de Montpellier continuèrent depuis de reconnoître la souveraineté de nos rois, mais encore les comtes de Barcelone^, de même que les peuples de Catalogne, contre le sentiment d'un critique moderne^, qui, faute d'y faire attention, a avancé le contraire. Il paroît même que Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone, reconnoissoit, en 11 07, le roi de France pour son suzerain en Aragon, puisqu'il date une de ses chartes"* iu château de Morel en Aragon, le i3 de mars de Vannée iiSy, la vingt-deuxième du règne de Louis le Jeune. 3° On peut ajouter que si les comtes de Toulouse, de Foix Se de Com- Éd. origin. minges. Se le seigneur de Montpellier eussent reconnu la souveraineté des rois de Castille, il en resteroit quelques traces dans les chartes ou les monumens du temps; mais bien loin d'en trouver quelqu'un, nous voyons, par les titres magnifiques dont ces rois aimoient à se parer, qu'ils prétendoient dominer à la vérité sur l'Aragon Se la Navarre , mais non pas en deçà des Pyrénées.