‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 205 sur 227 · XXXI. — Paix entre les comtes de Toulouse 6* de Barcelone · texte numérisé non relu

XXXI. — Paix entre les comtes de Toulouse 6* de Barcelone

40 Enfin rien ne fait mieux connoître la qualité du serment que les comtes de Toulouse Se de Barcelone Se les autres princes françois peuvent avoir prêté à Alphonse VII, roi de Castille, lorsqu'ils l'allèrent trouvera Sara-

' Sandoval, Cronica del incl'ito emperador Alon- de Barcelone, 1. 2, c. 141 & sulv. c. i58. — Aguirre,

so VII, p. i55, édition de i6i5. Concil. Hhpanica, t. 3, p. 356.

' Marea Hispanica , p. 1282 & seq. 1288 & seq. ^ Pagi,ad ann. ii35, n. i.

I 294 & seq. 1 3 16 & seq. — Diago, Histoire des comtes ^ Marca Hispanica, p. 1 32 1.

niSTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIL 6()7 ~; T"

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gosse pour négocier la paix, entre lui 5v le roi R.amire, que ce que rapportent à cette occasion les historiens d'Aragon 8c de Catalogne. « Le comte de Bar- « celone , disent-ils', alors fort occupé des ahaires de Provence, se tenoit «( étroitement uni avec Alphonse, roi de Castille, son beau-frère, parce que « ses différends avec le comte de Toulouse commençoient à se renouveler. Ces « deux comtes étoient prêts à se faire la guerre, mais ils se réconcilièrent enfin « Se convinrent d'un traité. Le comte de Toulouse fit serment 6* hommage y « le 18 de septembre, au comte de Barcelone, promit de lui être fidèle & lo)al « allié &C de le servir contre tous les princes du monde, excepté contre le roi « de Castille. » Il est certain que les comtes de Toulouse ne furent jamais vassaux des comtes de Barcelone, Se que ceux-ci au contraire leur auroient plutôt dû l'hommage pour les comtés de Carcassonne & de Razès 5c le pays de Lauragais qu'ils prétendoient leur appartenir. Nous voyons cependant ici qu'on a pris pour un hommage ^ de la part d'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse , Vaillance qu'il contracta avec le comte de Barcelone au mois de septembre de l'an 1 184, Se le serment qu'il fit de ne pas lui ôter ses États, ni d'attenter à sa vie, 8vC., suivant la formule usitée dans ces siècles. L'auteur de la chronique d'Alphonse VII, roi de Castille, peut avoir donc pris pour un hommage un pareil serment fait à ce prince, la même année, par le comte de Toulouse.

Du reste, nous inférons de ce que nous venons de rapporter 1° que ce comte passa au delà des Pyrénées dès le mois de septembre de l'an ii34, soit pour s'opposer au progrès des infidèles après la bataille de Fraga, soit pour offrir sa médiation aux rois de Castille Se d'Aragon j 2° qu'ayant occasion de s'aboucher alors avec le comte de Barcelone, qui fut aussi un des médiateurs de la paix entre les deux rois, il conclut la sienne avec lui; 3<* que le comte de Barcelone avoit pris les intérêts du comte de Provence, son frère, auquel le comte de Toulouse avoit déclaré la guerre pour les raisons que nous avons déjà dites. Se qu'il avoit peut-être marché à son secours du côté de Provence; 4*^' que cette province fut le principal théâtre de la guerre ; 5° enfin que le cointe de Toulouse fit en même temps sa paix avec le comte de Provence Se le seigneur de Montpellier, 8<. consentit enfin au mariage du premier avec la jeune Béatrix , héritière du comté de Melgueil. Revenons à Ramire, roi d'Aragon.

XXXII. — Ramire, roi d'Aragon, donne sa fille unique en mariage, avec ses États, au comte de Barcelone 6- retourne dans le cloître.

Divers auteurs^ espagnols ont prétendu que ce prince ayant eu, en ii35, une fille de la reine son épouse, il eut une entrevue, le 24 d'août de la même

' Ziirita, Annales de la couronne d'Aragon, 1. i, ^ Mariana, Rerum Hhpan'icarum 1. lo, c. i6. —

c. 04. — Diago, Histoire des comtes de Barcelone, Diago, Histoire des comtes de Barcelone, c. izS 1. 2, c. I 2.3. & I 40.

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Éd. origin.

année, à Alaon, avec Alphonse, roi de Castille, à qui il promit cette fille en mariage pour son fils aîné 5 qu'Alphonse l'amena alors avec lui en Castille, qu'il la fit élever dans son palais, Sec, toutes circonstances également fabuleuses. Il est certain en effet que Ramire, quelque temps après la naissance de sa fille, la promit en mariage à Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone, & qu'il céda en même temps à ce prince le royaume d'Aragon. Voici comme un ancien auteur' rapporte cet événement : « Ramire ayant une fille unique de son mariage, dit cet historien , continua d'administrer ses Etats jusqu'à ( ce qu'elle fût parvenue à un âge nubile. Il assembla alors les principaux du royaume 6c leur dit : Dieu me pardonne 6* à vous aussi. J'ai fait ( une folie à laquelle vous m'ave-j^ contraint ^ mais celui qui est tombé ne < trouvera-t-il pas moyen de se relever, (y ce qui a été fait par une nécessité ( qui, selon vous, navoit point de loi, ne peut-il pas être réparé lorsque cette nécessité ne subsiste plus? Voilà que fai une fille, héritière du royaume ; ( qu'on la marie honorablement , 6* l'Etat sera en sûreté; que le moine reprenne donc l'observance de sa règle ^ qu'il apaise incessamment les remords de sa conscience. L'assemblée, ajoute cet auteur, s'opposa d'abord au dessein de Ramire 5 mais n'ayant pu le détourner de la résolution qu'il avoit prise, on promit sa fille au jeune fils du comte de Barcelone, avec le royaume d'Aragon. Alors ce roi, foulant aux pieds les honneurs du monde 8c ne pouvant plus résister aux remords dont il étoit agité, se dépouilla de la pourpre, reprit l'habit monastique Se changea son royaume pour le cloître. »

Il semble, suivant cet historien, que Ramire ne quitta le gouvernement d'Aragon que lorsque sa fille Pétronille étant nubile, elle épousa solennellement Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone, Se non pas, comme dit cet auteur, le jeune fils de ce prince ; en sorte que, n'étant née au plus tôt qu'en ii35, Ramire son père n'aura abdiqué la couronne, pour retourner dans le cloître, qu'en 11475 mais nous apprenons d'ailleurs la véritable époque 8c les circonstances de cet événement. Nous avons un acte par lequel « Ramire, roi d'Aragon, promet^, le 1 1 d'août de l'an 1 187, sa fille en mariage « au comte de Barcelone 8c lui donne en même temps, après sa mort, son " royaume en entier, de la même manière que Sanche, son père, 8c Pierre u 8c Alphonse, ses frères, l'avoient possédé, pour en jouir, même en cas que « sa fille vînt à décéder sans enfans avant ce prince. » On voit par là que Ramire n'avoit pas encore alors dessein d'abdiquer la royauté j ce qui paroît aussi par une autre clause du même acte, suivant laquelle ce prince se réserve le pouvoir d'augmenter dans la suite le domaine du comte de Barcelone, 8c Héclare qu'il veut être reconnu lui-même pour roi, seigneur iy père, tout le temps qu'il le jugera à propos, tant dans le royaume d'Aragon que dans les pays soumis au même comte.

' Guillaume de Neubrige, 1. 2, c. 10.

Marca Hispanica, p. 1284 & seq.

Le 27 du même mois', Ramire,qui prend toujours le titre de roi, confirma, dans le château de Gerb en Aragon, la donation qu'il avoit faite au comte de Barcelone de tous ses Etats, étant à Balbastro, en lui donnant sa fille , ratifia toutes les aliénations de son domaine qu'il avoit faites jusques alors &. jDromit de n'en plus faire de nouvelles à l'avenir, sans l'avis 6c la volonté de ce prince. Enfin, par un autre acte daté du i3 de novembre suivant, jRamire, roi d'Aragon, qui étoit alors à Saragosse, déclare^ « qu'étant mani- « feste qu'il avoit donné sa fille en mariage à Raimond, comte de Barcelone, « avec tous ses États, il ordonne à tous ses vassaux, de lui obéir comme à « leur roi 81 qu'il lui remet tout le domaine qu'il s'étoit réservé, en lui don- « nant auparavant son royaume 5c sa fille, à condition qu il possédera le tout u à son service 6* sous sa fidélité. » Depuis ce temps-là nous n'avons aucun monument qui tasse mention du roi Ramirej nous voyons seulement que Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone, son gendre, se qualifie prince d'Aragon^ en ii39. Se dans la suite jusques à sa mort : d'où il résulte que Ramire n'abdiqua pas, du moins entièrement, le gouvernement du royaume pour se retirer dans le cloître, aussitôt après qu'il eut promis sa fille en mariage au comte de Barcelone, comme quelques auteurs le prétendent. On pourroit croire qu'il fit cette abdication par l'acte du i3 de novembre de l'an iiSy, quoiqu'il paroisse qu'il se réserva seulement par cet acte une autorité supérieure à celle du comte. Comme on n'a cependant aucune preuve qu'il ait fait depuis usage de cette autorité, il est du moins très-probable qu'il retourna bientôt après dans le cloître.

Le comte de Barcelone s'abstint, pendant toute sa vie, de prendre le titre de roi & se contenta de celui de prince ou de marquis d' Aragon^ ^ avant 8c après la consommation de son mariage avec Pétronille, qu'il épousa solennellement^ à Lérida, en ii5i<5. Il régna cependant véritablement, au nom de

' Marca H'ispan'ica, p. 1285. l'érudit D. Joaquin Tragia ', dans son Mémoire

' Ibid. sur le règne de don Ramire II, & encore plus le

' Ibid. p. I 286 & seq. don que, le 1 i août 1 ! 87, étant à Balbastro, le mo-

^ Ibid. p. i3i9. — Voyez tome V, Chartes & Di- narque fît de dona Petronilla & de son royaume,

plômes, n. CCCCLII. au comte Béranger IV, sous certaines réserves',

' Zurita, Annales de la couronne d'Aragon, 1. 1, qu'il reproduisit dans un autre acte, fait à Ayerbe

c. 54. le 27 du même mois'; enfin, nous avons l'acte

* Il nous a paru nécessaire de rapporter ici ce d'abdication de la couronne & du royaume, par

que dit Bofarull sur le mariage de la fille du roi ce prince, en faveur du même comte, abdication

don Ramire avec le comte de Barcelone : qui eut lieu à Saragosse le i3 novembre de cette

« Par le décès de don Rannond Béranger III, année. Là, en présence des nobles aragonais, don

arrivé le 19 juillet ii3i,son fils aîné, don Rai- Ramire ordonna que l'on reconnût le comte comme

mond Béranger IV, hérita du comté, étant âgé de roi, & qu'on lui obéît en cette qualité, 8c bien que

seize ou dix-sept ans. En 1187, il accorda son ces documents historiques ne nous fassent point

mariage futur avec dona Petronilla , fille unique connaître les noms de la mère & de la fille, ni leur & héritière du roi d'Aragon don Ramire, surnommé le moine, & de dona Inès, de la famille des . Memorias de la Real Academia Espanola de la His-

comtes de Poitiers. toria, III, 169 & seq.

/^'^o. ^« -,,». .., . 1 j ' Archives royales d'Aragon, Varia 1, de Alfonse I, feud.

« Lest ce que prouvent plusieurs documents r \ p.

conservés dans les archives d',\ragon , publiés par 3 Idem, fol. 6, verso.

An 1 135

An 1 135 '

cette princesse, sur tout TAragon, qu'il transmit à ses descendans, lesquels s'en qualifièrent rois. Quant à Pétronille, elle se qualifia reine d'Aragon depuis l'abdication du roi son père. Elle prend ce titre en 1142 & ii52 dans deux donations que le comte de Barcelone, son mari, fit' alors avec elle à l'abbaye de la Grasse, & dans celle qu'elle fit, cette dernière année ^, du royaume d'Aragon, en faveur du comte de Barcelone, son mari 8c d'Alphonse, leur fils aîné dont elle venoit d'accoucher, ^amire sera donc retourné à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières pour y Éd. origin. reprendre les exercices du cloître, avant l'an 1142 5c au plus tôt à la fin de

t. II, p. 420. r 7^1

l'an iiSy, &. il aura régné par conséquent au delà de trois ans. Il paroît qu'il fut élu archevêque de Tarragone 8c évêque de Barcelone avant son abdication 5 car on voit la souscription suivante dans un ancien acte ^ de l'abbaye de Bagnols au diocèse de Girone : Moi Ramire, roi par la grâce de Dieu, 6- élu de Tarragone 6* de Barcelone^ j'accorde ^ je confirme ce qui est écrit ci-dessus. Oldegarius, qui possédoit ces deux évêchés, mourut le 6 de mars de l'an iiSy, &c Arnaud lui avoit déjà succédé dans celui de Barcelone le dernier de juin"^ de la même année. Il faut par conséquent que le roi Ramire ait été élu dans cet intervalle &c qu'il n'ait pas été sacré. Peut-être renonça-t-il de lui-même à l'épiscopat dans le dessein de retourner dans le cloître, ou il se retira bientôt après^. On a déjà vu, sur le témoignage d'un ancien historien, que ce prince, après avoir abdiqué la couronne, reprit l'habit monastique dans le même monastère d'où il avoit été tiré, c'est-à-dire^ dans celui de Saint-Pons de Thomières.

mariage, les preuves publiées par D. loaquinTragia, & celles que nous donnerons en témoignage de l'existence, mariage & noms de dona Inès & de sa fille dona Petronilla , sont si exactes qu'il nous paraît inutile d'insister à cet égard.

« On a dit que les épousailles du comte avec Petronilla furent convenues, pour l'avenir, par le roi don Ramire j & il le fallait bien, car la princesse n'avait encore que deux ans. En effet, don Alphonse le Batailleur était mort, ou pendant, ou peu de jours après la bataille de Fraga , en i i34, sans autre successeur naturel que don Ramire, son frère. Celui-ci ne put guère se marier avec Inès avant l'année ii35, & ce n'est même qu'en ii36 que l'on voit apparaître, pour la première fois, cette reine dans des actes du monastère de Saint-Jean de la Pena , que cite D. Joaquin Tragia. De là il résulte que Petronilla n'avait tout au plus que deux ans, le 1 1 octobre i i37, jour où le roi Ramire, son père, la donna pour femme au comte de Barcelone... Ce mariage ne fut consommé que vers la moitié de 1 I 5o, ou plutôt en i i5i ... D. Joaquin Tragia rapporte dans son Mémoire deux actes des Archives d'Aragon, portant l'ancienne date de l'ère espagnole I 189, qui correspond à l'an i i5i, & dans lesquels on lit : In illo anno quando Cornes Bar-

ckinonensis accepit filiam Ramiri Régis, conjuge sua. L'une de ces chartes est du mois de septembre & confirme notre opinion sur l'époque où la réunion des deux époux eut lieu. » [E. M.]

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéros CCCCLII & CCCCXCII.

^ Marca Hispanica, p. i3i4 & seq.

^ Ibid. p. I 170.

t lèid. p. 1283.

' Quelques historiens font vivre don Ramire jusqu'en i 147, & d'autres jusqu'en i i55. Ce prince s'était fait beaucoup d'ennemis & a été mal jugé par les historiens. Bien qu'Alphonse, son frère, eût légué tous ses Etats aux templiers & aux autres ordres religieux, il monta néanmoins sur le trône d'Aragon. Ce fut en vain qu'en prenant la couronne, il accorda des privilèges & des domaines immenses à la milice du Temple. La haine excitée par cette réserve se perpétua chez ceux qui se crurent dépouillés par lui, & peut-être même Ramire aurait-il péri par la main de ses ennemis, si, après avoir marié sa fille, il n'était rentré dans le cloître d'où les exigences de la politique l'avaient arraché malgré lui. [E. M.]

* Pagi, ad ann. i 137, n. z5.

«' Ramire, dit encore Roderic de Tolède, Se ajDrès lui un auteur catalan ' quia « écrit à la fin du treizième siècle, ayant marié sa fille au comte de Barcelone, « se rendit à son monastère, y reprit l'habit monastique &. y finit ses jours. » Quelques Espagnols modernes^ prétendent cependant que ce prince, après avoir quitté le gouvernement du royaume d'Aragon, se retira dans l'église de Saint-Pierre d'Huesca, où il vécut, ajoutent-ils, en religieux suivant la règle de Saint-Benoît, 8c mourut le 6 d'août de l'an 1147; mais ils ne donnent aucune preuve de ce fait. Un autre Espagnol-^ qui a écrit en dernier lieu paroît douter que Ramire ait repris l'habit monastique après son abdication, car, selon lui, ce prince se retira alors dans l'église de Saint-Pierre d'Huesca, ou il mena, ajoute-t-il, une vie particulière avec les clercs qui la desservaient ; mais cet écrivain ignoroit sans doute que l'église de Saint-Pierre d'Huesca étoit"* alors un prieuré conventuel dépendant de l'abbaye de Saint-Pons, 8c qu'elle étoit desservie par des religieux de ce monastère. Ainsi quand même Ramire se seroit retiré dans ce prieuré après son abdication, ce qui n'est pas certain, il y aura repris l'habit monastique. C'est tout ce que nous avons pu recueillir de plus authentique au sujet de ce prince, qui après avoir professé la vie monastique dans la Province, pendant plus de quarante ans, 8c avoir été promu k la dignité sacerdotale, monta sur le trône 8c se maria, par un exemple des plus singuliers, 8c qui par un autre exemple presque également rare, abdiqua volontairement la couronne pour aller reprendre ses anciens exercices. Nous passons sous silence quelques autres actions que certains historiens lui attribuent 8c qui n'ont aucun fondement, entre autres un trait de cruauté qui ne feroit pas honneur à sa mémoire, s'il étoit aussi vrai qu'il est fabuleux. On prétend que Ramire, se voyant fort méprisé de ses peuples, tant à cause de son âge avancé que de sa profession monastique, résolut de se venger de ce mépris; qu'il consulta là-dessus l'abbé de Saint-Pons de Thomières, lequel, pour toute réponse, amena les envoyés de ce prince dans le jardin du monastère, prit un coutelas, 8c sans mot dire coupa en leur présence la tête de tous les arbustes qui s'y trouvèrent. Sur cette réponse muette, ajoute-t-on, Ramire assembla les États d'Aragon 8c fit périr quinze des principaux seigneurs de l'assemblée j mais il est inutile de s'arrêter davantage à cette fable, reconnue pour telle ''* par d'habiles critiques du pays. Nous n'en aurions pas même fait mention , si elle n'avoit été adoptée par un des plus célèbres historieiis*^ d'Espagne.

' Gesti com'ituw Barànortensium, apud Marcam — Chronologie des ahhés de Saint-Pons, p, i8. —

Hispanicam, p. 049 & seq. Voyez aussi tome IV, Note sur l'abbaye & évêché

' Mariana, Rerum Hispanicarum 1. 10, c. 16. — de Saint-Pons deThomières. [E. M.] Diago, Histoire des comtes de-Ban.jlone, 1. 2, c. 140. * Z'irita , Annales de la couronne d'Aragon , 1. i,

• Ferreras, ann. 1 i!^7, n. 8. c. 55. — Ferreras, ann. !i36, n. 9.

^ Voyez dans ce voliiii-ie, Ii\ re XV, n. L\ix, p. 5o3. ^' Mariana, Rerum Hispanicarum 1. 10, c. 16.

An 1 135

An ,,35 702 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.

XXXIII. — Les comtes de Toulouse, de Foîx, de Comminges, i^c, assistent

au couronnement d'Alphonse Vil, roi de Castille.

Un fameux critique ' donne à entendre, sur l'autorité de la chronique d'Alphonse VII, roi de Castille, qu'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, les comtes de Barcelone, de Foix Se de Comminges, le seigneui-de Montpellier, & divers autres princes François & espagnols, après avoir moyenne la paix entre ce roi 8c celui d'Aragon, suivirent le premier dans ses Etats 8c se trouvèrent à Léon lorsqu'il s'y fit couronner empereur d'Espagne, le jour de la Pentecôte 26 de mai de l'an 1 135 5 mais cela n'est pas clairement exprimé dans les extraits qu'on nous a donnés de cette chronique en langage espagnol. Il y est marqué^ seulement « qu'Alphonse VII, roi de Castille, ayant assemblé t.ij p^'l'"!. " ^^^ États généraux de son royaume à Léon, les prélats 8c les grands propo- « sèrent de le couronner empereur parce qu'il étoit seigneur universel de « toute l'Espagne, 8c que le roi de Navarre, quelque roi maure, les comtes « de Barcelone 8c de Toulouse, 8c divers autres ducs de Gascogne 8c de France « étoient ses tributaires 8c se reconnoissoient pour ses vassaux. » Nous avons déjà dit ce qu'on doit penser de ce prétendu vasselage, ce qui n'empêche pas que le comte de Toulouse, ceux de Barcelone, de Foix 8c de Comminges, 8c le seigneur de Montpellier, parens ou alliés d'Alphonse VII, n'aient pu assistera cette cérémonie j cela est d'autant plus vraisemblable, qu'outre que nous n'avons aucune preuve que ces princes fussent alors en deçà des Pyrénées, on a déjà vu qu'ils étoient peu de temps auparavant au delà de ces montagnes occupés à pacifier le pays.

XXXIV. — Béranger-Raïmond, comte de Provence, épouse Béatrîx, comtesse de Melgueîl, 6- se lie plus étroitement avec Guillaume de Montpellier.

Guillaume de Montpellier repassa en France en ii35 pour assister au mariage qui fut célébré solennellement, cette même année, entre la jeune Béatrix, comtesse de Melgueil , sa nièce 8c sa pupille, laquelle avoit^ atteint alors l'âge de douze ans, 8c Béranger-Raimond , comte de Provence. Arnaud, archevêque de Narbonne, négocia la conclusion de ce mariage par ordre du pape Innocent II 8c fut présent au nouvel accord"^ que ce comte passa à cette occasion avec Guillaume de Montpellier. Suivant cet acte, Béranger-Raimond 6" sa femme Béatrix confirmèrent, en faveur de Guillaume, tous les articles dont ils étoient convenus^ auparavant avec lui, entre autres le droit qu'ils lui avolent accordé de percevoir trois deniers pour livre sur la monnoie de

' Pagi, ad ann. i i35, n. 42 & seq. ' Voyez tome IV, tJote XXXVI, n. 8.

"Sandoval, Cronica del inclito emperaJor Alon- ■* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

so VII, p. 69 & suiv. de l'édition de 1 600 j 8c p. 1 56 méro CCCCXXX V.

& suiv. de l'édition de i6i5. ' Voyez ci-dessus, n. xxv.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII. yoB

Melgueil. Ils jurèrent en même temps d'observer fidèlement ces articles Se d'aider ce seigneur envers tous 8t contre tous, excepté contre Bernard d'Anduze, le comte de Barcelone, Raimond-Trencavel, vicomte de Bcziers 5c d'Agde, 8<. leurs propres vassaux, avec promesse de ratifier ce serment lorsqu'ils seroient parvenus l'un 8c l'autre à un^ âge compétent. Guillaume, de son côté, leur promit par serment d'être fidèle observateur des mêmes articles 5c de les secourir contre tous ceux qui voudroient leur ôter le comté de Melgueil, excepté contre ses frères^ Bernard d'Anduze 5c ses enfans, 6c Raimond-Trencavel 8c ses vassaux. Léger, évêque d'Avignon, Raimond de Baux, Guillaume-Raimond, sénéchal de Barcelone, Raimond d'Anduze, Pons de Bermond [Pondus Bremundï) de Sommières, Raimond de Castries, fils de Pons de Montlaur^ Bernard de Sauve, 5c plusieurs autres seigneurs du pays furent présens à ces actes.

L'alliance que Guillaume de Montpellier contracta avec le comte de Barcelone par le mariage de la comtesse de Melgueil, sa nièce, avec le frère de ce prince, les unit encore plus étroitement. Le comte de Barcelone, pour attacher de plus en plus ce seigneur aux intérêts de sa maison, lui donna en fief, à la fin de l'an ' ii36, la ville 5c le diocèse de Tortose, pour en jouir lui 6c sa postérité après qu'il en auroit fait la conquête sur les infidèles, à condition de le servir dans toutes ses guerres.

XXXV. — Le duc d'Aquitaine abandonne le parti de Vantipape Anaclet.

L'union étroite que le seigneur de Montpellier conserva avec Innocent II lui fut également favorable. Ce pape donna ordre ^ à Arnaud, archevêque de Narbonne, son légat, d'autoriser par sa présente l'accord de ce seigneur avec le comte de Provence. Guillaume, de son côté, prit avec chaleur les intérêts d'Innocent contre l'antipape Anaclet, que toute la France abandonna, à la réserve de Guillaume^, comte de Poitiers 5c duc d'Aquitaine, qui toujours séduit par Gérard, évêque d'Angoulême, persistoit à le reconnoître, quoique la plus grande partie du clergé 5c de la noblesse de ses États se fussent déclarés pour Innocent. Josselin, évêque de Soissons, 5c S. Bernard, abbé de Clairvaux, firent à la vérité une tentative, en ii3i, pour tâcher de ramener le duc 5c le prélat à l'obéissance de ce pontife; mais tous leurs soins furent inutiles. Guillaume, obstiné plus que jamais, n'en persécuta que plus violemment ses sujets catholiques. Enfin S. Bernard fit de nouvelles tentatives, en ii35, avec Geoffroi , évêque de Chartres, légat en Aquitaine : ils allèrent trouver le duc à Parthenay en Poitou, 5c leurs soins furent si heureux, qu'enfin ils le ramenèrent à l'unité.

' Marca H'ispan'ica, p. I281 & seq. * Ernaldus , Vita sancti Bernardi , 1. 2, c. 6

' Tome V, Chartes & Diplôme., n. CCCCXXXV, 8c seq. la 2*' charte citée sous ce numéro.

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An 1 135 ' "

XXXVL — Premiers étahlissemens de Vordre de Cïteaux dans la Province, Conversion de Pons de Lara-^e.

Le saint abbé de Clairvaux s'étoit attiré par sa science Se par sa piété une si grande réputation, qu'il étoit regardé comme l'arbitre des affaires les plus uu,%]%22. épineuses de l'Église & de l'État, ce qui ne contribua pas peu à étendre son ordre, qui étoit une réforme de celui de Saint-Benoît, laquelle avoit commencé à la fin du onzième siècle. Cet ordre étoit alors déjà établi dans la Province, ainsi qu'il est marqué dans la vie de Pons de Laraze, fondateur du monastère de Salvanès en Rouergue, écrite par un auteur contemporain.

Pons ' étoit un chevalier à qui le château de Laraze, dans le diocèse de Lodève, dont il étoit seigneur, avoit donné le surnom. Il se rendit également recommandable par son esprit, sa valeur & ses richesses, sous le règne du roi Louis le Gros 8c l'épiscopat de Pierre, évêque de Lodève 5 mais il abusa de ses talens Se se servit de son château, qui étoit très-fort, pour exercer une infinité de brigandages &c faire la guerre à ses voisins qu'il rançonnoit sans miséricorde. Dieu lui fit la grâce de le toucher 5c de lui inspirer la résolution de quitter le monde Se de faire pénitence de tant de crimes. Dans ce dessein il obtint d'abord le consentement de sa femme, qu'il mit, avec une fille qu'il avoit, dans le monastère de Drinant, où elles prirent l'habit religieux. Se auquel il donna la plus grande partie de ses biens. Il avoit encore un fils unique qu'il consacra à Dieu par la profession monastique, dans l'abbaye de Saint-Sauveur de Lodève. Il vendit ensuite les biens qui lui restoient, Se ayant fait assembler un jour, au village de Pegairolles, ses créanciers Se ceux à qui il avoit causé quelque dommage, il les satisfit Se distribua le reste aux pauvres.

Ce seigneur, après avoir mis ordre à ses affaires, gagna six de ses amis ou de ses voisins, qui, touchés de ses discours, résolurent de se retirer avec lui. De ce nombre étoit un chevalier nommé Alzarran. Pons, suivi de ses six compagnons, se mit en chemise Se nu-pieds. Se se faisant fustiger par un homme qui le traînoit avec un lien de fagot qu'il avoit au col, il se fit conduire ainsi à Lodève, le dimanche des Rameaux, devant l'évêque, qui, après la procession du jour, l'attendoit avec tout son clergé sur un échafaud qu'on avoit dressé exprès au milieu de la place; il se prosterna aussitôt devant ce prélat Se lui présenta un papier où il avoit écrit sa confession qu'il fit lire publiquement, tandis qu'on continuoit de le fustiger. Un spectacle si touchant tira les larmes des yeux de tous les assistans Se fit de si fortes impressions sur plusieurs pécheurs qui étoient présens, qu'ils résolurent de se convertir. Le jeudi saint au soir, Pons Se ses associés abandonnèrent leur patrie. Ils ne prirent chacun pour tout équipage qu'un méchant habit, un bâton Se une besace. Se commencèrent leur pèlerinage nu-pieds. Ils prirent le chemin de l'abbaye de

' Baluze, Mïscellanea, t. 3, p. 2o5 & seq,

An I I 3')

Saint-Guillem du Désert, où ils arrivèrent le lendemain, jour du vendredi saint. Ils y trouvèrent un grand nombre de chevaliers 8c beaucoup de peuple des environs qui étoient accourus pour y adorer le morceau de la vraie croix dont Charlemagne avoit fait présent à cette abbaye, dans le temps de sa fondation. Raimond-Pierre de Ganges, seigneur du voisinage, s'y rencontra 5c engagea les pèlerins à venir passer la fête de Pâques avec lui dans son château, situé dans les Cévennes, à l'extrémité du diocèse de Maguelonne. Pons 8<. ses compagnons en partirent le lendemain, prirent la route de Saint- Jacques en Galice, 8c firent tout le voyage en demandant l'aumône. Ils consultèrent différentes personnes de piété en chemin, entre autres l'archevêcjue de Compostelle, qui leur conseilla de se retirer dans quelque lieu désert 8c d'y vivre du travail de leurs mains. A leur retour ils visitèrent le Mont Saint- Michel, Saint-Martin de Tours, Saint-Martial de Limoges 8c Saint-Léonard, 8c arrivèrent enfin à Rodez. Adhémar, évêque de cette ville, prélat distingué par sa piété, qui connoissoit depuis longtemps, à cause du voisinage, la naissance 8c le mérite de ces pénitens, les obligea à loger chez lui. Le comte de Rodez, qui avoit toujours été lié d'une amitié très-étroite avec Pons de Laraze, alla le trouver aussitôt à l'évêché 8c lui offrit un endroit de son domaine pour s'y retirer avec ses compagnons j mais ce dernier le remercia de ses offres. Pons 8c ses associés se rendirent peu de temps après à Camarès, lieu situé dans les montagnes du Rouergue , 8c environné de bois. Arnaud du Pont, qui en étoit seigneur, leur donna aux environs un terrain désert qu'on nommoit Silvanés , 8c qu'ils appelèrent Salvanés. Après avoir défriché ce terrain, ils y construisirent de petites huttes où ils firent leur demeure 8c s'attirèrent*, par leur vie pénitente, le respect 8c la vénération des peuples de t.'^n °p'*^'"3 tous les diocèses voisins.

Plusieurs autres solitaires s'étant joints à eux, ils résolurent quelque temps après de fonder en ce lieu un monastère dans les formes 8c d'embrasser l'institut de Cîteaux, ou celui des chartreux. Pons, indéterminé sur le choix, prit le parti d'aller lui-même à la grande Chartreuse, dans le dessein de s'en rapporter à la décision du bienheureux Guigues, qui en étoit prieur, 8c de ses religieux. On lui conseilla d'embrasser la réforme de Cîteaux 8c de s'adresser pour cela à l'abbaye de cet ordre la plus voisine de Salvanés : c'étoit alors celle de Mazan en Vivarais. Pons y passa à son retour, 8c s'étant rendu au chapitre, il offrit la maison de Salvanés à Pierre, abbé de Mazan, qui l'accepta volontiers, reçut au noviciat 'Pons 8c ses compagnons, 8c après les avoir revêtus de l'habit monastique au bout d'un an, 8c leur avoir donné pour premier abbé l'un d'entre eux nommé Adhémar, les renvoya à Salvanés. C'est ainsi que fut fondée, en ii36, cette abbaye qui est aujourd'hui du diocèse de Vabre 8c située vers les frontières de l'Albigeois 8c du diocèse de Béziers. La sainteté de ces premiers religieux parut avec tant d'éclat, que plusieurs chevaliers de mérite y changèrent leur ceinture militaire contre l'habit religieux. D'un autre côté, les princes 8c les seigneurs tant voisins qu'étrangers y firent des dons considérables. Nous en avons entre autres plu-

An 1 136

An 1 136

sieurs qui furent' faits à ce monastère, au douzième siècle, par les vicomtes de Béziers 8c de Carcassonne, les seigneurs de Roquefeuil , de Peyre, de Vintron, d'Olargues, de Montlaur, &c.

Quant ^ à Pons de Laraze, il choisit l'état de frère convers, afin d'avoir plus de liberté de pourvoir aux besoins Se à la subsistance de ses frères, & mourut en odeur de sainteté. Guiraud, troisième abbé de Salvanés^, mort en 1161, fonda pour des filles le monastère de Nonnenque, qui subsiste encore dans le diocèse de Vabre vers les frontières de celui de Lodève.

On voit par ce que nous venons de dire que l'abbaye de Mazan en Vivarais est une des plus anciennes de l'ordre de Cîteaux. Elle fut fondée"^ par saint Jean, abbé de Bonneval au diocèse de Vienne, Se ensuite évêque de Valence, lequel y envoya quelques-uns de ses religieux, avec Pierre qui fut leur premier abbé, 5c parvint à une sainteté éminente. Quelques auteurs-^ rapportent la fondation de cette abbaye à l'an 11195 mais^^il paroît qu'elle est postérieure de deux ou trois ans"^. Quoi qu'il en soit, il est certain que c'est la plus ancienne abbaye de l'ordre de Cîteaux dans la Province. Ce lieu s'appeloit anciennement le Mas d'Adam {JVlansus Adam). Les seigneurs du voisinage donnèrent le fonds pour la construction du monastère qu'ils dotèrent richement. Il est situé dans une solitude, au milieu du diocèse de Viviers, à quatre lieues d'Aubenas vers le nord-ouest. Les abbayes de Toronet Se de Sinanque en Provence sont ses filles. La dernière, qui est du diocèse de Cavaillon Se qui fut fondée en 1148, fonda elle-même, en ii52,celle8 de Chambon au diocèse de Viviers, située dans les Cévennes, vers les frontières du Gévaudan.

Les quatre abbayes de filles de Mercoire, en Gévaudan, de Bellecombe, de Sauvebénite^ et de Clavas, en Vêlai, doivent aussi leur origine à l'abbaye de Mazan Se sont de sa filiation. La seconde, située à quatre lieues du Puy Se à deux lieues d'Yssengeaux, étoit déjà fondée en 1 148. On n'a aucun monument de la troisième avant l'an 1228. Elle est s-ituée sur les frontières du Vêlai, du Forez Se de l'Auvergne, à huit lieues du Fuy. Les comtes de Forez en sont les principaux fondateurs. On voit dans l'église le tombeau de la bienheureuse Marguerite, religieuse de ce monastère, laquelle y est en grande vénération. Enfin la quatrième, située dans une vallée étroite, sur les frontières des diocèses du Puy Se de Vienne, à trois lieues d'Annonay, dans la paroisse de Riotord, subsistoit aussi au treizième siècle.

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * A. Manrique, Annales Cistcrcîenses. Liigclun.

méros CCCCLXXII & DXLIII. 1 642-1 649, adann. 1119, c. 8, & ii22,c. 2.

' Baluze, Miscdlanea, t. 3, p. 200 &. seq. ' Voyez, au tome IV, la Note sur l'abbaye de

* Voyez tome IV la Note sur l'abbaye de Sal- Mazan.

vanés. ' A. Manrique, Annales Cistercienses, ad ann.

^ Vita S. Johann'ts, Valentln. episcopi, Martène, iiôi, c. 6, n. 9. Thésaurus anecd. t. 3, p. 1694. " Voyez tome IV les Notes sur les abbayes de

* GiUii Chr'tstiana, t. 4, p. 094, Mercoire, de Bellecombe Si de la Sauvebénite.

' ' An I 1 36 XXXVI L — Fondation de V abbaye de Valmagne.

Plusieurs anciens monastères furent unis à l'ordre de Cîteaux au douzième siècle : tels furent entre autres ceux d'Ardorel , au diocèse de Castres, &. de Valmagne ', dans celui d'Agde. Ce dernier, qui est situé sur la grande route de Languedoc, fut fondé ^ en 1 138, sous la dépendance de l'autre 8c l'institut du bienheureux Géraud de Sales. Foulques, abbé d'Ardorel, y envoya alors de ses religieux pour y établir la régularité. Raimond-Trencavel, vicomte de Béziers, &. sa fem.me Adélaïde en furent les principaux bienfaiteurs, avec Guillaume d'Omelas, frère de Guillaume VII, seigneur de Montpellier, &c divers cheva- f^iX^t^L liers du voisinage. Elle reçut encore une donation considérable 3, en 11 47, de Trencavelle, comtesse de Roussillon, du vicomte Raimond-Trencavel son frère, de Géraud son fils, Se de la vicomtesse Cécile sa mère.

Les abbayes d'Ardorel & de Valmagne embrassèrent l'institut"^ de Cîteaux, vers l'an ii5o, du consentement de l'abbé de Cadouin leur supérieur. C'est ce qui paroît en particulier par une lettre-"* que Rigaud, évêque d'Albi, écrivit quelques années après à Jean, abbé d'Ardorel, & à ses religieux, dont quelques-uns vouloient quitter cet institut. Ce prélat leur marque que c'étoit à leur prière & à celle de Guillaume, qui étoit alors leur abbé, qu'il avoit écrit à Cîteaux pour établir cet ordre parmi eux, ce qui avoit été exécuté du consentement de l'abbé de Cadouin St de l'avis de son chapitre 8c des princes du pavs, savoir : de Roger, de Trencavel, d'Ermengaud de Vintron 8c de plusieurs autres nobles, Rigaud avoit succédé dans l'évêché d'Albi à Hugues, qui, au mois de février de l'an 1 138, fit la cérémonie"^ de lever de terre le corps de saint Guillaume, fondateur de l'abbaye de Gellone.

XXXVIII. — Mort de Guillaume X, duc d'Aquitaine. — Êléonor, sa fille 6 son héritière, épouse le roi Louis le Jeune. — Etendue de ce duché.

Guillaume X, comte "^ de Poitiers 8c duc d'Aquitaine, après sa réconciliation avec l'Église, se ligua avec Geoffroi V, comte d'Anjou, 8c marcha à son secours pour soumettre la Normandie. Il fit tant de ravages dans cette province 8c y commit tant d'excès, que pour les expier il résolut de faire un pèlerinage à Saint-Jacques en Galice. Avant son départ, il disposa de ses domaines en faveur d'Éléonor, sa fille aînée, car il n'avoit pas d'enfans mâles, 8c destina

' Voyez tome IV les 'bJotei sur les attayes d'Ar- ' Gallia Christiana, nov. edit. t. i, instrum.

tlorel & de Valmagne. p. 202.

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXLI. * Acta Sanct. ordinis sancti BeneJict't, saec. IV,

^ Ihid. n. CCCCLXXIII , la y charte citée sous part. 1, p. 556. ce numéro. ' Orderic Vital, 1. 1 3. — Suger, Vita Ludo'

^ Ihid. n. CCCCLXV. — Voyez aussi tome IV, yicl FI, p. 320 & seq. — Chronlcon Mauriniacvnce,

Note IX, n. 5. dans Duchesne, t. 4, 1. 3.

de la donner en mariage au roi Louis le Jeune, que le roi Louis le Gros son père avoit associé au trône. Guillaume fit cette disposition, non pas par le testament supposé que quelques-uns ' ont donné sous son nom , mais par quelque autre acte^. Il se mit ensuite en chemin, &c après son arrivée à Compostelle,ou du moins aux environs, il fut attaqué d'une violente maladie An 1137 dont il mourut'"^ le vendredi saint, 9 d'avril de l'an 11 87. Il fit faire serment, avant sa mort, à ceux qui l'accompagnoient d'exécuter sa volonté touchant le mariage de sa fille avec le roi Louis le Jeune. Son corps fut inhumé devant le grand autel de l'église de Saint-Jacques. Telle fut la fin de ce prince. Toulousain de naissance, qui se rendit aussi fameux par son attachement au parti de l'antipape Anaclet, &: par les maux qu'il fit à l'Église, à cette occasion, qu'il l'est devenu depuis par les fables que divers auteurs, qui l'ont confondu avec Guillaume IX, son père. Se avec deux saints de môme nom, "ont inventées sur son sujet* Ce duc, qui descendoit en droite ligne "^ de Bernard II, marquis de Gothie &. comte de Poitiers dans le neuvième siècle 5, mourut âgé d'environ trente-huit ans, après avoir été marié deux fois. Il ne lui restoit plus que deux filles du premier lit. Eléonor, l'aînée, hérita de tous ses domaines, ainsi qu'on l'a déjà dit 5 Se Alix ou Perronelle, la cadette, épousa dans la suite le comte de Vermandois. Raimond, prince d'Antioche, frère de Guillaume, continua la postérité.

Le roi Louis le Gros n'eut pas été plutôt informé de la mort Si des dernières dispositions de ce prince, qu'il fit partir le roi Louis le Jeune, son fils, accompagné d'une cour superbe, pour aller épouser la duchesse d'Aquitaine Se prendre possession de cette portion de la monarchie. Louis le Jeune arriva le 3o de juin à Limoges. Alphonse, comte <^ de Toulouse, qui ignoroit que ce prince dût aller dans cette ville, s'y rencontra par hasard, à l'occasion de la fête de Saint-Martial qu'il y étoit venu célébrer Se qui tombe ce même jour. Louis se rendit de là à Bordeaux, où il épousa solennellement Éléonor, laquelle fut couronnée reine de France. Il fut ensuite couronné lui-même duc d'Aquitaine, à Poitiers, le 8 du mois d'août suivant. Ce duché, qu'il réunit pour un temps à la couronne par son mariage avec Éléonor, comprenoit alors les comtés particuliers de Poitou Se de Limousin, avec l'autorité suzeraine sur le reste de la province'^ ecclésiastique de Bordeaux ou Aquitaine deuxième 5 il comprenoit aussi la Novempopulanie ou province d'Auch, c'est-à-dire le duché de Gascogne Se les comtés particuliers de Bordeaux Se d'Agen, qui avoient été unis au domaine des comtes de Poitiers, vers le milieu du onzième siècle, par le mariage de Brisque, qui en étoit héritière, avec Guillaume V, duc d'Aqui-

' Gervaise, Vie de Suger, 1. 6. p. 19 & suiv, ■♦ Voyez tome II, Note LXXXVII.

' Besly, Histoire des comtes de Poitou, c. 87, ' Voyez à ce sujet la note additionnelle de la

p. 137. — Hauteserre, Kerum A(juitanicarum 1. 10, Ncte LXXXVII, t. II de cette édition. c. 17. — Pagi, ad ann. ii36, n. i3. '' Geoffroi du Vigeois, dans Labbe, Btbliotheca

' Orderic Vital, 1. i3. — Suger, Vita Ludo- manuscr. p. 304. yici VI. ' Ernaldus, Vita S. Bemardi, 1. 2, c. 6,

HISTOIRE tJÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII. 700

' / An I 1 37

taine, bisaïeul du père d'Eléonor. Ce dernier possédoit aussi la partie de la «td-origin.

ouraine située a la gauche de la Loire.

On voit par ce détail, pris d'un auteur ' du temps, que les comtes de Poitici . n'avoient aucun pouvoir sur la plupart des pays qui composent l'Aquitaine première, ou province ecclésiastique de Bourges. En effet, les comtes de Toulouse, qui jouissoient eux-mêmes de l'autorité ducale, dominoient alors sur la plus grande partie de cette province, savoir ; sur l'Albigeois, le Rouergue, le Querci , le Vêlai Se le Gévaudan. De là vient que quekjues auteurs, pour distinguer ces deux portions de l'ancienne Aquitaine, donnent le nom de Guyenne à celle dont les comtes de Poitiers se qualifîoient ducs j mais ce nom n'a pas été en usage avant le treizième siècle. Nous nous en servirons cependant dans la suite pour désigner les domaines dont Éléonor hérita & qui furent unis à la couronne d'Angleterre.

KXXIX. — Mort du roi Louis le Gros, — Louis le Jeune^ son filsy fait un voyage au Puy. — Fondation de cette ville. — Comtes de Vêlai, — Évêques du Puy. — Vicomtes de Lautrec.

Le roi Louis le Jeune fut obligé de quitter le Poitou 8<. de revenir incessamment en France, sur la nouvelle qu'il reçut du décès du roi Louis le Gros, son père, qui mourut le i^*^ d'août de l'an iiSy, & qui lui avoit déjà cédé le gouvernement du royaume durant une maladie qu'il avoit eue quelque temps auparavant. Louis le Gros est le premier de nos rois de la troisième race que nous trouvons avoir exercé quelque acte d'autorité dans la Province. Un auteur^ qui a écrit au milieu du quatorzième siècle prétend qu'il fit tenir un parlement, en 11 22, dans l'abbaye de Saint-Benoît de Castres, Se qu'Alphonse, comte de Toulouse, y fut ajourné pour rendre hommage de ce comté; mais tout cela paroît avancé sans preuve^. Il est certain seulement que ce roi donna des chartes en faveur des églises de Maguelonne Se du Puy. La date n'est pas marquée dans la première "* de ces deux chartes, par laquelle Louis confirma l'église de Maguelonne dans la possession de ses domaines. Celle qu'il donna en faveur de Humbert^, évêque du Puy, qui l'étoit allé trouver en ii34, est datée d'Orléans & souscrite par les principaux officiers de la couronne. Par ce dernier diplôme, Louis accorde à Humbert la cité d'Anis ou du Puy, avec le château de Corneille, les droits de péage, de monnoie, de justice, &c. Nous remarquerons, à cette occasion : 1° que cette charte est la première que nous ayons de nos rois de la troisième race pour la Province, comme celle de

' Ernaldus, Fita S. Bemardi, 1. 2, c. 6. — P-'g', le fait dont il est ici question. Nous verrons, plus

ad ann, iiSy, n.«2i. tard, que le parlement de Toulouse ne peut pas

'' Chroni<]ue de Bardin. remonter au delà des premières années du quator-

' La Chronique de Bardin, à laquelle les Béné- zième siècle. [E. M.J dictins font allusion, est un monument apocryphe ■• GalUa Christiana, t. i, p. 67 1.

qui ne peut avoir aucune autorité, notamment pour ■■ Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXXXIII.

An I loy '

Lothaire, donnée en ()55 pour la même église, est la dernière de ceux de la seconde, 8<l que nous n'avons aucune preuve que ces princes aient exercé quelque autorité sur ce pays durant tout cet intervalle 5 2° que le Puy n'est qualifié que bourg dans la charte de Lothaire Se que Louis lui donne, dans la sienne, le titre de cité. La ville du Puy a donc été construite entre la fin du dixième siècle & le commencement du douzième} 3° enfin que, quoique ces chartes accordent toute l'autorité Se la juridiction à l'évêque sur le bourg ou la ville du Puy, il n'y est cependant rien dit du comté de Vêlai. Ce pays eut, en effet, encore longtemps ' après des comtes particuliers Se ne fut pas sitôt uni au domaine de l'église du Puy. Il appartenoit alors, à ce qu'il paroît, aux comtes de Tripoli en Syrie, descendus de Raimond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, qui firent donation "", en ii32 Se 1142, des domaines qu'ils possédoient dans le pays, au même Humbert, évêque du Puy.

Sous l'épiscopat de ce prélat, qui mourut en 1144, son église ^ reçut de grandes libéralités de divers seigneurs, entre autres d'Isarn, vicomte de Lautrec, de Bégon de Caraman, Pierre de Panât, Bernard-Isard de Mirandol Se Hugues-Ermengaud de Vintron, Sec. Ce dernier donna, en ii35,à l'église du Puy la paroisse Se le village de Cuzolas, du consentement de Hugues, évêque d'Albi Se de Sicard, vicomte de Lautrec. Nous conjecturons que celui-ci, qui fut le quatrième vicomte de Lautrec de son nom Se qui vivoit "* encore en 1 157, étoit fils d'Isarn dont on vient de parler, lequel fut le troisième vicomte de Lautrec de ce nom.

Le roi Louis le Jeune fit, en ii38, un voyage au Puy, où il célébra la fête de l'Annonciation de la Vierge. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, fait mention de ce voyage dans une lettre ^ qu'il écrivit à S. Bernard, au mois de mai de cette année *^, Se dans laquelle il marque qu'il avoit été trouver le roi au Puy, où. ce prince tenoit sa cour, la dernière fête de la Vierge, pour lui ¥A^ origin^ demander la confirmation de l'élection d'un de ses religieux, que le chapitre de Langres avoit choisi pour son évêque.

XL. — Nouvelle ligue entre Alphonse, comte de Toulouse, 6- les trois vicomtes,

fils de Bernard-Aton.

Il ne paroît pas qu'Alphonse, comte de Toulouse, ait assisté à la cérémonie du mariage de l'héritière d'Aquitaine avec le roi Louis le Jeune, quoique cette princesse fût sa proche parente. Peut-être que les prétentions qu'elle avoit sur le comté de Toulouse firent que ce comte s'empressa beaucoup moins de prendre part à une alliance qui pouvoit un jour lui causer du trouble, ce

' Voyez tome IV, Note XVII, n. 12 & suiv. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nii •

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méros CCCCL & DVII.

méro CCCCLIII, la i'''" charte citée sous ce nu- ' Pierre le Vénérable, 1. 1, Epître 29.

'"^■'O- * Gallia Christiana, nov. edit. t. 4, p. Syo 8t seq.

J Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. SSy. — Vita S. Bernardi, 1. 4, c 1 j 1. i 1, c. 7, n. 47.

An r 1 38

qui arriva, en effet, quelques années après. Alphonse s'unit de nouveau, vers le même temps, avec les trois vicomtes, fils de Bernard-Aton , 8c promit par serment', au mois de janvier de l'an ii38, de leur conserver leurs domaines envers tous Se contre tous, excepté contre ses propres vassaux. Il s'engagea par cet acte à leur faire prêter un pareil serment par Raimond, son fils, lorsqu'il seroit parvenu à un âge plus avancé : ce prince, né en 11 84, n'avoit^ encore alors que quatre ans. Alphonse acquit ^ la même année, pour la somme de onY cent cinquante sols, monnoie de Saint-Gilles, le château de Bernis, qu'une dame, nommée Galburge, lui vendit en alleu 6c reprit ensuite en fief, à condition que les successeurs mâles de ce prince le posséderoient préférablement aux filles.

XLL — Domaine de ces trois vicomtes.

Roger, l'aîné des trois fils du vicomte Bernard-Aton, se qualifioit, cn^ 1 136, comte de Carcassonne Se de Razès, Se vicomte d'Ambialet, comme il paroît par la sauvegarde qu'il accorda, le lundi 24 de février de cette année, à l'abbaye de Cannes. Il s'engagea par cet acte à ne pas faire la guerre à ses ennemis dans le district du monastère, ce qu'il promit en présence de Pierre, abbé de Cannes, de tout le peuple de ce lieu 6c de six de ses barons qui servirent de caution, savoir: Bernard de Canet, Isarn 6c Jourdain de Saissac, Pierre de Lauran, Bernard de Tresmals, viguier de Carcassonne, 6c Guillaume-Roger d'Aragon. Le titre de comte de Carcassonne 6c de Razès, que Roger se donnoit alors, nous donne lieu de croire que Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone, qui avoit des prétentions sur ces deux comtés, en étoit entièrement dépouillé 6c qu'il n'y possédoit aucun domaine. On peut confirmer cette conjecture par la donation-^ que le même Roger fit, au mois de mai de l'an ii38, à Arnaud de Corneillan, du château de Calamont qu'il faisoit construire dans son comté de Ra-^ès, pour le tenir en fief de lui 6c de ses enfans, Se à leur défaut, du vicomte Raimond-Trencavel , son frère. Dans cet acte Se dans plusieurs autres Roger se qualifie simplement Roger de Bé-^iers. Il reçut*^, en ii36, conjointement avec la vicomtesse Cécile, sa mère, l'hommage des seigneurs du château d'Hautpoul dans le Toulousain, Se en 1 13/ Se les années suivantes, en son nom, celui des seigneurs des châteaux de Cabarez, Lavaur, Saint-Félix, du Caylar de Lauragais , de Roquefort, Termes, Auriac , Penne, 6cc. Armand, vicomte de Bruniquel, fut présent à ce dernier hommage, qui est de l'an 1139. Roger échangea cette année, en présence^ de la vicomtesse Cécile, sa mère, la terre de Villeneuve qu'il donna en alleu à

An I i38

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ^ Martène, Thésaurus anecdotorum, t. i, p. 385

méro CCCCXXXVIII. s Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXLII.

' V^oyez tome V, Chroniques, n. V. * Ihid.

5 Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' GaUla Chr'tstiana , nov. edit. t. i, Irutrum

méro CCCCXL. p. 14 & seq.

An ii38 '

l'abbaye d'Ardorel, pour celle de Cambon, que Gauzbert de la Valette avoit donnée à cette abbaye. Il accorda en même temps aux religieux de ce monastère la liberté de posséder en alleu tout ce qu'ils avoient acquis ou qu'ils acquerroient dans la suite des chevaliers, ses vassaux.

Le vicomte Raimond-Trencavel, frère puîné de Pvoger, acquit ' de son côté, en 1 138, différens biens qui lui furent vendus en /m/zc-aZZ^w à Marseillan, dans le diocèse d'Agde. Nous avons encore^ un acte sans date par lequel Rostaing de Posquières, de la maison d'Uzès, promet de donner ce qu'il avoit à Mèze &. quelques autres biens du diocèse d'Agde à celui de ses fils, Pierre ou Rostaing, qui épouseroit une des filles du même vicomte ; mais nous ne savons pas si ce mariage s'accomplit. Peut-être que la parenté qu'il y avoit entre eux y mit obstacle ; car Rostaing de Posquières avoit épousé^, en 1121, Ermessinde, sœur du même Raimond-Trencavel, dont il avoit eu ces deux fils. Cet acte prouve que Raimond-Trencavel avoit alors des enfans. Nous savons d'ailleurs que sa femme s'appeloit Adélaïde "^ 5c qu'il étoit déjà marié avec elle en iiSy. Ce vicomte fait encore mention de sa femme, dont il ne marque pas le nom, dans un acte^ de l'an 1 142, par lequel il remet, en faveur Éd. origin. Je l'abbé &l des religieux de Saint-Thibéry Se des habitans de ce lieu, les

t. II, p. 427. ^ D -^ '

chevauchées qu'il demandoit à ces habitans, avec la justice 6- les finances, & se réserve seulement la connoissance des crimes d'homicide & d'adultère.

Quanta Bernard-Aton, troisième frère de Roger, il donna^ en fief, en 1 138, différens biens dépendans de la vicomte de Nimes qui lui étoit échue en partage. Il vendit trois ans'^ après, à Rainon, seigneur ^ d'Uzès en partie, à Guillaume-Rainon, qui étoit vraisemblablement fils de ce dernier, h. à leurs chevaliers & vassaux, pour la somme de cinq cents sols de Saint-Gilles Se trois cents sols melgoriens, les pâtis qui étoient dans le territoire du Caylar Se de Saint-Sylvestre de Teillan , au diocèse de Nimes. L'acte est souscrit entre autres par Bermond du Caylar.

XLII. — Alphonse , comte de Toulouse, renonce à la dépouille des évêques

de cette ville.

Alphonse, comte de Toulouse, non content de s'être uni plus étroitement avec les vicomtes de Carcassonne, de Béziers Se de Nimes, chercha à se concilier de plus en plus l'amitié de l'évêque Se du peuple de Toulouse. Il renonça solennellement^, la même année ii38, en faveur de ce prélat, au droit dont les comtes de Toulouse ses prédécesseurs avoient joui auparavant, de se saisii

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- * Baluze, Histoire gênéalog. de la maison d'Au-

méro CCCCXLIII. vcrgne, t. 2, p. 489.

' Ibid. n. CCCCXXIII. ' Ibid.

> Ibid. n. CCCLXXXVIII. s Voyez tome IV, Note LU.

"• Ibid. n. CCCCXLIII, ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

' Ibid. n. CCCCLI. méro CCCCXXXIX.

de la dépouille des évoques après leur mort. Alphonse fit cette renonciation en présence de tout le peuple de Toulouse, asseinblé un dimanche dans la cathédrale de Saint-Etienne, pendant la célébration de la messe matutinale ou de paroisse, 8c en présence de Bernard, comte de Commingcs, Rog^^r, comte de Foix, Gautier, vicomte de Terride, 8c plusieurs autres seigneurs. Le comte de Toulouse fait mention de ses vigiiiers dans cet acte, 8c de ses hailes {bajulorum) dans un autre de l'année suivante'. Les premiers avoicnt l'administration de la justice, 8c les autres le soin de ses domaines.

XLIIL — Vicomtes de Gîmoe-^ ou de Terride.

Gautier est le plus ancien vicomte de Terride dont nous ayons connoissance. Nous trouvons ensuite un Arnaud-Gauzbert, fils du vicomte de Terride, qui, en 1166, fit une donation^ en faveur de Belleperche. Cette vicomte s'étendoit dans le pays de Gimoez, ainsi appelé de la rivière de Gimone qui l'arrose, 8c comprenoit la portion la plus occidentale du diocèse de Toulouse à la gauche de la Garonne, vers le confluent de ce fleuve avec le Tarn. Ce pays dépend aujourd'hui du diocèse de Montaubanj ses vicomtes se qualifloient indifféremment vicomtes de Gimoez ou de Terride, château qui étoit le chef-lieu de leur domaine^.

XLIV. — Roger Illy comte de Foix, fonde la commanderie de Ville-Dieu pour les templiers 6* renonce à ses droits sur Vahbaye de Léjat.

Roger III, comte de Foix, signala sa piété, en 1 136, par la fondation"* d'une maison de l'ordre des chevaliers du Temple, auxquels il donna en franc-alleu, de concert avec la comtesse Ximène, sa femme, le lieu de la Nogarède, situé aux environs de l'Ariége, 8c qu'il voulut qu'on nommât à l'avenir Ville-Dieu. Arnaud de Bedos 8c Raimond de Gaure, frères de la milice du Temple, recurent au nom de leur ordre cette donation, qui fut faite entre les mains d'Amélius, évêque de Toulouse. C'est la plus ancienne commanderie de l'ordre des templiers que nous trouvons avoir été fondée dans la Province. Cet ordre militaire, qui avoit été établi à Jérusalem ^ en 11 20 8c dont la règle fut approuvée huit ans après au concile deTroyes, en posséda depuis plusieurs autres très-considérables dans ce pays.

Quelque temps après, le comte de Foix accorda sa protection à l'abbaye de Lézat, située<5 dans l'étendue de son domaine 8c alors exposée aux pillages

' Voyez toiTie V, Chartes & Diplômes,, nu- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro CCCCXLVII. méro CCCCXXXVII.

' Archives de l'abbaye de Relleperche. ' P^g'» ^d ann. 1118, n. 22.

* Voyez, tome VII de cette édition, la Note sur * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

les vicomtes de Gimoez S*, de Ternde. méro CCCCXLIV.

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"^TTilà^ 7 M HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.

&. aux vexations, soit des grands du pays, soit des étrangers. Guillaume, qui en étoit abbé, convoqua, du consentement de sa communauté, au mois d'avril ^j^ j j3 de l'an iiSç, du temps d'Alplionse, comte de Toulouse, 6* de Vévêque Amé- Uu9, les princes 6* les nobles du pays, savoir : le même Roger, comte de Foix, Bernard, comte de Comminges, 8c les seigneurs de Benque, d'Auterive, de Beaumont, de Marquefave 8c de Montaut, défenseurs du monastère, 8c leur remontra l'état pitoyable où il étoit réduit par les courses des brigands. Pour y remédier, tous ces seigneurs furent d'avis de ceindre de murailles le lieu de Lézat 8c d'y faire bâtir un château. Le comte de Foix voulut bien renoncer en cette occasion à tous les droits qu'il avoit sur l'abbaye j ce que le comte du Comminges 8c les autres seigneurs firent aussi, à son exemple, avec promesse de ne pas se faire la guerre dans les limites de l'abbaye 8c de ses dépendances, t^ii p'^'^'o"8 Entre ces dernières étoit le prieuré de Saint-Béat, au diocèse de Comminges, où on possédoit' encore alors les reliques de ce saint 8c celles de saint Privât, comme il paroît par l'acte de leur translation faite en ii32 par Roger, évêque de Comminges. Ce prélat prenoit le surnom^ de Nur j il étoit frère de Bernard de Montaut, qui, en 1 148, offrit son fils Eudes dans la cathédrale de Toulouse pour y être chanoine régulier.

XLV. — Mariage de Roger, vicomte de Carcassonne, avec Bernarde, fille de Bernard, comte de Comminges,

Le domaine du comté de Comminges, partagé auparavant en différentes branches^, étoit alors réuni sur la tête de Bernard dont on vient de parler. Ce comte avoit épousé Dias, fille 8c héritière de Godefroy, seigneur du château de Muret, au diocèse de Toulouse, 8c vassal pour ce château du feu vicomte Bernard-Aton. Il avoit de sa femme, au mois de mai de l'an ii3g, trois fils, nommés Bernard de Comminges, Roger 8c Odon de Samatan, 8c une fille appelée Bernarde. Il donna alors celle-ci"^ en mariage à Roger, vicomte de Carcassonne, de Razès 8c d'Albi , avec les châteaux de l'Ile 8c de Caselas dans le Comminges. Godefroy, aïeul de Bernarde, lui donna de son côté le château de Muret dont il avoit déjà disposé en faveur de sa fille Dias, 8c qu'il !4

avoua devoir tenir en fief de Roger. Il fit cette donation à condition que si ce dernier mouroit sans enfans de Bernarde, le château de Muret reviendroit ":i^' au comte de Comminges. Celui-ci appela en même temps Roger, son gendre, tant à la succession de son comté qu'à celle des châteaux de Muret 8c de Samatan que sa femme lui avoit apportés en mariage, en cas qu'il vînt à décéder sans enfans mâles j mais Roger étant mort lui-même sans postérité, ces deux châteaux, situés dans le Toulousain, demeurèrent dans la maison de

■ Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXXX , ' Voyez tome IV, ^■lote XXII, n. 26 & suiv.

In i"" chnrte citée sons ce numéro. ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

' Gallia Chrlstiana, nov. edit. t. 1, instrum. méro CCCCXLV, p. 176, col. 2.

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Comminges &. furent unis au comté de ce nom. Ils ont donné le leur à deux petites villes qui sont l'une Se l'autre capitales de deux châtellenies très-considérables du comté de Comminges. La dernière appartient aujourd'hui au diocèse de Lombez. Bernard, comte de Comminges, & son fils Odon ' donnènèrent^, en 1140, quelques domaines, situés à Muret, à l'abbaye de Lézat & à Aton qui en étoit abbé.

XL VI. — Vicomtes de Saint-Antonln.

On vient de voir qu'Amélius étoit encore évêque de Toulouse au mois d'avril de l'an iiSç. Raimond lui avoit déjà succédé^ en 1140, ce qui peut servir à fixer à peu près l'époque des coutumes de la ville de Saint-Antonin, située sur les frontières du Rouergue, du Querci Se de l'Albigeois j car, suivant l'originaH qui est au trésor des chartes du roi, ces coutumes furent données par Isarn, Guillaume-Jourdain Se Pierre, vicomtes de cette ville, de l'avis d'Aymar, évêque de Rodez, mort avant^ l'an 1144, Se de Raimond, évêque de Toulouse, dont le surnom étoit de Lautre"^. Les trois frères Isarn, Guillaume-Jourdain Se Pierre jouirent par indivis de la vicomte de Saint- Antonin jusques en ii55, qu'ils en firent le partage"^. Il paroît qu'ils avoient un quatrième frère 5 car on trouve, dans une donation^ faite en ii34 par les chanoines de Saint-Antonin, la souscription d'Isarn Se de Sicard, vicomtes^.

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