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' An I I ^1
LIV. — Révolte des habitans de Alontpellîer contre Guillaume VI, leur seigneur. — Alphonse, comte de Toulouse, les soutient £,• est excommunié.
Après la maison des seigneurs de Montpellier, la plus considérable de cette ville étoit celle des Aimons ou Aimoins, qu'on fait descendre ' de la même souche. Ces derniers possédoient divers droits à Montpellier, entre autres la viguerie aont ils faisoient hommage aux seigneurs, lesquels prenoient toujours un de cette famille pour leur lieutenant. Guillaume VI interrompit cet usage 8c nomma pour son viguier ou lieutenant une personne d'une autre maison. Les Aimons, irrités de cette préférence, résolurent de s'en venger, & Guillaume ayant voulu exiger, en 1141, des habitans de Montpellier un nouvel hommage & serment de fidélité, ils profitèrent de cette occasion pour soulever le peuple. La révolte alla si loin que Guillaume fut chassé honteusement de la ville 5c obligé de se réfugier au. château de Lates. Ce seigneur qui étoit fort lié d'amitié avec le pape Innocent II, qu'il regardoit d'ailleurs comme son suzerain, lui dépêcha aussitôt pour lui apprendre la rébellion de pj. origin
ses sujets, Se le prier d'interposer son autorité pour les faire rentrer dans leur devoir. Le pape répondit à Guillaume le 3 d'octobre de la même année ^ : il lui témoigne dans sa lettre une grande affection, le regarde comme un prince catholique 6* un fils spécial de S. Pierre, Se l'exhorte enfin à avoir patience. Il excommunia cependant les rebelles , entre autres ceux qu'on appelait consuls de Montpellier, 8c mit la ville en interdit, dont il n'excepta que l'administration du baptême pour les enfans Se celle du sacrement de pénitence pour les moribonds. 11 écrivit le i^"^ de janvier suivant à l'archevêque de I
1 ' 1 An I 142
Narbonne, à ses suffragans, à Guillaume, évêque de Mende, 8c à Humbert, évêque du Puy, pour leur ordonner de défendre à leurs diocésains d'avoir aucune communication avec ceux de Montpellier. Ces lettres nous apprennent qu'il y avoit alors des consuls dans cette ville, 8c c'est le plus ancien monument que nous ayons de ces magistrats municipaux dans Montpellier.
Innocent II écrivit peu de temps après aux mêmes prélats pour les engager à détourner Alphonse, comte de Toulouse, de soutenir les habitans rebelles de Montpellier, avec ordre, en cas de refus de la part de ce prince, de le déclarer publiquement excommunié 8c d'empêcher qu'on ne célébrât le service divin dans ses États. Le pape fait mention de cet ordre dans une autre lettre^ qu'il écrivit, le 1 1 de mars de l'an 1 142, à Guillaume de Montpellier, 8c dans laquelle il lui marque que l'exprès qu'il lui renvoyoit lui apprendroit ce qui avoit été résolu au sujet de l'évêque de Maguelonne. Nous inférons de cet endroit de la lettre'^ que ce prélat avoit embrassé le parti des rebelles; 8c en effet, le pape ne s'adressa pas à lui, comme il l'auroit du faire naturellement
' Gaùel, Séries praesulum Magalonensium, p, 180 ' Gariel, Séries praesulum Magalonensittm, z' édit.
& seq. 2*" édit. p. 1 82.
' Ibid. p. 181 & seq. * Gallia Christiana, t. 3, p. 070.
ni. 46
An 1 142 '
pour les excommunier. Les évêques de la Province, en conséquence des ordres qu'ils avoient reçus du pape, firent tout leur possible auprès du comte de Toulouse pour l'engager à cesser de favoriser cette rébellion 5 mais toutes leurs remontrances étant inutiles, ils prononcèrent enfin une sentence d'excommunication contre lui.
LV. — Guerres particulières dans la Province. — Accord entre Alphonse, comte de Toulouse, 6* Roger, vicomte de Carcassonne.
Ces divisions partagèrent presque toute la Province, dont les principaux seigneurs étoient d'ailleurs armés les uns contre les autres. Roger, vicomte de Carcassonne, &. Sicard, vicomte de Lautrec, entre autres, se faisoient ' la guerre, en 1141, au sujet de quelques domaines mouvans de l'abbaye de Saint-Benoît de Castres, que le dernier prétendoit lui appartenir par droit d'héritage, 8c qui lui demeurèrent par le traité de paix que ces deux vicomtes firent ensemble, au mois de septembre de la même année.
D'un autre côté, le même Roger étoit en différend, en 1 142, avec Pvoger III, comte ^ de Foix, Isarn de Dourgne, le vicomte Isarn, & Guillaume-Aton de Villemur, qui lui avoient enlevé divers châteaux. Il paroît qu'Alphonse, comte de Toulouse, protégeoit ces seigneurs Se qu'il s'étoit même ligué avec eux pour faire la guerre à Roger : c'est ce qu'on peut inférer d'un acte^ du 26 de juin de l'an 1142, suivant lequel Alphonse promet : 1° d'obliger le comte de Foix Se les trois seigneurs dont on vient de parler à rendre à ce vicomte les châteaux de Balaguier Se de Dourgne, à faire démolir le château neuf de Villemur Se à lui permettre de recevoir le serment de fidélité des habitans du château de Graulhet ; 2° de forcer le vicomte Isarn à lui rendre l'acte du serment qu'il avoit exigé des seigneurs 6* des chevaliers de Penne, sinon de leur faire la guerre à tous, jusqu'à ce qu'ils se fussent accordés là-dessus avec lui 5 3° de renoncer aux sermens de fidélité qu'il avoit reçus dans les lieux d'Avignonet Se de Brugnac en Lauragais ; 4° de faire jurer cette paix par ses harons ; 5° de l'aider envers tous Se contre tous, excepté contre ses vassaux de Toulouse 6» de Saint-Gilles. Ce traité est souscrit par Bernard de Canet qui en avoit été le principal entremetteur, par Hugues, comte de Rodez, Bernard, comte de Comminges, Sicard, vicomte de L-autrec, Pierre de Minerve, le vicomte Trencavel, frère de Roger, Rostaing de Posquières, Sec. Les châteaux de Dourgne, de Balaguier Se de Villemur étoient alors du diocèse de Toulouse. Le premier appartient aujourd'hui à celui de Lavaur, le second, à celui de Mirepoix, Se le troisième, à celui de Montauban. Quant à ceux de Graulhet Éd. origin, ^ cle Penne, ils sont situés en Albigeois: la situation du dernier sur les frontières du Rouergue nous donne lieu de conjecturer que le vicomte Isarn, qui l'avoit envahi sur Roger, étoit vicomte de Saint-Antonin.
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Tome V, Chartes &. Diplômes, n. CCCCLIV.
méro CCCCL, ' Ihid.
HISTJDIRE GÉNKRAIF, DE LANGUEDOC. LIV. XVII. 7 23 "";
' An I 142
LVÏ. — Renouvellement de la puerre. — Le vicomte de Carcassonne se lïarue avec le comte de Rode-^ contre le comte de Toulouse.
Ce traité ne fut pas exécuté, ou, s'il le fut, la paix ne fut que de peu de durée. Il est certain, en effet, que la guerre se renouvela bientôt après entre ces divers princes 5c seigneurs, comme il paroît en particulier par la ligue que formèreftt ensemble, au mois de novembre suivant', le vicomte Roger Se Hugues, comte de Rodez. Celui-ci promit alors à l'autre par serment « de <c le secourir fidèlement contre Alphonse , comte de Toulouse, de ne faire (( jamais ni paix ni trêve avec ce comte, sans sa participation, & de l'aider « contre tous, excepté contre Sicard de Lautrec & ses propres vassaux. « Roger fit, de son côté, le mcme serment au comte de Rodez, avec promesse de le secourir contre tous, excepté contre Raimond-Béranger, comte de Barcelone.
On voit par ces divers monumens qu'en 1142 la plupart des princes & des principaux seigneurs de la Province étoient armés les uns contre les autres; que les comtes de Barcelone Se de Rodez, le vicomte de Carcassonne Se, à ce qu'il paroît aussi, les vicomtes de Béziers Se de Nimes, ses frères, le vicomte de Lautrec Se le seigneur de Montpellier s'étoient ligués contre le comte de Toulouse, Se que ce dernier, de son côté, s'étoit ligué avec le comte de Foix Se le vicomte de Saint-Antonin. Nous verrons bientôt qu'Ermengarde , vicomtesse de Narbonne, entra dans la ligue du vicomte de Carcassonne pour se faire restituer sa vicomte que le comte de Toulouse lui détenoit.
LVII. — Le comte de Toulouse favorise la guerre que les seigneurs de Baux
faisoient au comte de Provence.
Le comte de Toulouse, pour se soutenir contre tant de puissances, continua de favoriser la rébellion des habitans de Montpellier contre leur seigneur, malgré l'excommunication dont les évêques de la Province l'avoient trappe pour cela par ordre du pape. Il aida aussi de toutes ses forces les seigneurs'de la maison de Baux qui étoient en guerre avec Béranger-Raimond, comte de Provence, frère du comte de Barcelone.
Pour mieux entendre le sujet de cette guerre dont Alphonse, comte de Toulouse, fut peut-être le promoteur, afin de donner de l'occupation aux comtes de Barcelone Se de Provence, ses ennemis, il faut se ressouvenir que Gilbert^, vicomte de Millau Se de Gévaudan, n'eut de son mariage avec Gelberge, comtesse de Provence, que deux filles. Douce Se Étiennette 5 que celle-ci épousa Raimond de Baux Se n'eut pour sa dot que quelques terres situées en Provence, lesquelles furent appelées dans la suite terres Baucenques, Se qu'enfin Douce hérita du comté de Provence Se de tous leurs autres domaines, lors-
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLV. ' Marca Hispanica, p. i3o6 & seq.
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qu'elle épousa, en 1112, Raimond-Béranger III, comte de Barcelone. Il ne paroît pas que Raimond de Baux se soit plaint de l'inégalité de ce partage durant la vie de Douce & du comte de Barcelone, son mari; mais quelques années après leur mort, lui 81 son fils Hugues prétendirent à la moitié du comté de Provence, déclarèrent la guerre à Béranger-Raimond, fils puiné & héritier de Douce, 8t furent soutenus par Alphonse, comte de Toulouse.
L'union qui étoit entre ce dernier Se les seigneurs de la maison de Baux paroît par divers monumens, entre autres par une charte de ce prince, qui, s'étant rendu ' avec son fils Raimond dans l'abbaye de Saint-André sur le Rhône, au mois de septembre de l'an 1142, y restitua en plein chapitre, en présence de Bertrand de Sabran, de Hugues de Baux h. de plusieurs autres seigneurs de Provence & de Languedoc, les biens qu'il avoit usurpés sur ce monastère, 5c confirma les donations que lui &c ses prédécesseurs y avoient déjà faites, moyennant deux mules du prix de trois cents sols, dont Guiraud, qui en étoit abbé, lui fit présent.
LVIII. — Nouveau traité de paix entre Alphonse , comte de Toulouse , 6* Roger, vicomte de Carcassonne. — Le premier rend la vicomte de Narbonne à Ermengarde. — Premier mariage de cette vicomtesse.
Le comte Alphonse fit la paix quelque temps après avec Roger, vicomte de Carcassonne, Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, 8c quelques-uns des seigneurs de la Province ligués contre lui. Roger fut le seul qui stipula avec ce comte dans le nouveau traité^, qui fut moyenne par le même Bernard de Canet qui avoit négocié^ le précédent. 1° Alphonse promet de rendre la ville de Narbonne à Ermengarde 8<. de renoncer au serment de fidélité qu'il avoit exigé des habitans de cette ville 6- du Narbonnois j il est dit que cette vicomtesse feroit jurer, de son côté, l'observation de la paix qu'elle avoit conclue avec ce comte, par quarante chevaliers de Narbonne; son mari, par vingt Éd.origin. autres chevaliers; Roger de Béziers, par un pareil nombre, de Carcassonne 8c de Razès; Trencavel 8c Raimond-Etienne, par vingt chevaliers des diocèses de Béziers 8c d'Agde ; Se enfin Pierre de Minerve, Guillaume Se le vicomte Sicard , par vingt autres; le tout par l'autorité de Bernard de Canet. 2° Le comte de Toulouse promet au vicomte Roger de lui rendre le château d'Arifat; de lui remettre le serment de fidélité qui lui avoit été prêté pour le château de Brugnac; de faire démolir les fortifications qu'il avoit faites à Candeil; de lui faire restituer, s'il étoit possible, les châteaux de Balaguier 8c de Dourgne, sinon de déclarer la guerre à ceux qui s'en étoient emparés; d'obliger le vicomte Isarn à reconnoître qu'il tenoit de Roger le château de Graulhet, 8c à lui remettre le serment de fidélité qu'il avoit exigé des seigneurs Se des
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Tome V, Chartes &. Diplômes, n. CCCCLVÎ.
méro CCCCXXXI, la 3"" charte citée sous ce numéro. ' Hid. n. CCCCLIV.
' . An I i^z
chevaliers de celui de Penne, ou de faire la guerre à ce vicomte en cas de refus; d'engager Guillaume-Aton à démolir le nouveau cliâtcau qu'il avoit construit à Villemur; de donner la liberté, sans rançon, à Gaillard de Fanjaux Se à quelques autres prisonniers; de faire rendre ce que les habitans de Lavaur avoient reçu de Jourdain de l'Ile; 5c enfin d'obliger le vicomte Sicard à s'accorder avec lui, par l'arbitrage de Bernard, comte de Comminges, au sujet de la destruction de Molandier. 3° Il promet au même vicomte Roger de lui donner soixante mille sols melgoriens 8t d'obliger Sicard à lui faire hommage pour les châteaux d'Avignonet 8c de Castelnaudary, comme ce seigneur avoit fait auparavant au vicomte Bernard-Aton , son père; 4° de faire observer la paix dans les châteaux que Roger possédoit dans le Toulousain 8c l'Albigeois, lorsqu'il la feroit observer dans les siens propres; 8c en cas d'infraction de la part des gens de Roger, ou de refus de la sienne de faire rétablir la paix dans l'espace de quarante jours, il se réserve le pouvoir de les y obliger, comme dans son domaine. 5° Alphonse se désiste, en faveur de Roger, de la demande qu'il lui faisoit du château neuf d'Albi. 6° Il promet de rendre à Trencavel , vicomte de Béziers, le château de Lunas, ou ce que ce dernier avoit donné pour ce clrâteau , ou enfin la dot qu'Austorge avoit donnée à sa sœur; 7° de rendre à Bernard-Aton, vicomte de Nimes, le serment de fidélité qu'il avoit reçu à Bernis, 8c de ne plus en recevoir à l'avenir. S° Enfin le comte de Toulouse promet de demeurer au pouvoir de Bernard de Canet jusqu'à ce qu'il eût rendu la ville de Narbonne, 8c de se soumettre, quant à l'exécution des autres articles, à la médiation 8c au jugement de Bernard, comte de Comminges, de Trencavel, du vicomte Sicard 8c de Guillaume de Brulhan; 8c au défaut de quelqu'un des quatre, de s'en rapporter au jugement de Bernard de Canet, ou de Pierre de Pepieux; avec promesse que si Roger venoit à mourir, le traité auroit la même force envers les vicomtes Trencavel 8c Bernard-Aton, ses frères. Nous avons déjà parlé ailleurs de la situation de la plupart des châteaux ' dont il est fait mention dans ce traité. Quant à ceux de Lavaur, Castelnaudary, Molandier, Lunas 8c Bernis, les deux premiers sont assez connus; le troisième est situé dans le Lauragais 8c le diocèse de Mirepoix; le quatrième, dans le diocèse de Béziers; 8c enfin le dernier, dans celui de Nimes.
Ce traité n'est pas daté ; mais la ligue formée au mois de novembre de l'an 1142, entre le vicomte de Carcassonne 8c le comte de Rodez, contre le comte de Toulouse, fait voir qu'il est postérieur à cette époque, 8c nous verrons bientôt qu'il est antérieur au mois de février de l'année suivante. Il y est fait mention, d'ailleurs, du mari d'Ermengarde de Narbonne. Or cette vicomtesse ne se maria que le 21 d'octobre de Tan 1142. Elle épousa alors un comte espagnol, nommé Alphonse, dont on ignore la maison 8c auquel^, par le contrat de mariage, elle fit donation de la vicomte de Narbonne dont ils joui-
' Voyez ci-dessus, n. lv, p. 722, ' Catel, Mém. pour Iftist, du Languedoc, p. 58<j,
An 1 142
roient en commun, pendant leur vie, & qui passeroit ensuite à leurs enfans. Au défaut de ceux-ci, Ermengarde appelle à sa succession ses proches. Pierre de Minerve est le plus qualifié des témoins qui souscrivirent à cet acte.
Ermengarde avoit une sœur, nommée Ermessinde, qui se maria environ dix ans après avec un autre seigneur espagnol , nommé Manrique de Lara, comte de Molina ', lequel se rendit aussi recommandable par sa valeur 8<. ses exploits, qu'il l'étoit par sa naissance. Ce seigneur fut successivement gouverneur de Tolède 8c de plusieurs autres villes considérables d'Espagne, 8c alfère-^
Éd.origin. major d'Alphonse VII, roi de Castille, dignité qui répond à celle de connétable. L'historien de la maison de Lara prétend qu'Ermessinde partagea avec sa sœur la vicomte de Narbonne , mais il n'en donne aucune preuve : nous voyons au contraire qu'Ermengarde se qualifia toujours seule vicomtesse de Narbonne jusques à la fin de ses jours 8c que, se voyant sans enfans, elle déclara pour ses héritiers ses neveux, fils d'Ermessinde, laquelle demeura toujours au delà des Pyrénées, avec le comte Manrique, son mari.
Il y a lieu de croire qu'Ermengarde rentra dans la possession de la vicomte de Narbonne aussitôt après la conclusion du traité de paix tait entre le comte de Toulouse 8c le vicomte de Carcassonne, 8c que le premier exécuta fidèlement ses engagemens. Nous voyons, en effet, que s'étant élevé peu de temps après quelque difficulté^ entre eux au sujet de la restitution du château neuf d'Albi, du nouveau bâtiment de Bruniquel 8c du lieu de Bessède, dans le Lauragais, Bernard, comte de Comminges, le vicomte Trencavel 8c Sicard de Lauran, arbitres nommés dans le même traité, décidèrent ce nouveau différend au mois
^j^ 1 1 3 de février de l'an 1143. Le comte de Foix 8c quelques autres seigneurs furent présens à ce jugement.
Le lieu de Bruniquel, dont on vient de parler, étoit différent du château de ce nom situé en Querci, sur les frontières de l'Albigeois. Le vicomte Roger l'avoit fait bâtir^ depuis peu, dans un lieu appelé anciennement Verdun '^, 8c l'avoit donné en fief à quelques seigneurs qui lui en firent hommage en 1141 j il dépendoit du château d'Ambialet ou de la vicomte d'Albi, 8c le vicomte en partageoit la seigneurie avec l'abbé de Sorèze.
' Salazar y Mardones, Historia de la casa de Lara, difTérentes appellations est établie par le cadastra
1. 3, c. I. de Sorèze, fait vers le milieu du dernier siècle : ce
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- cadastre énumère, parmi les biens de la commu-
méro CCCCLVI, la 2^ charte citée sous ce numéro. nauté, « une grande partie de terres hermes & ro-
' Ibid. n. CCCCLI, la i""*^^ charte citée sous ce nu- chers, dont partie inaccessibles, masures & anciens
méro. vestiges de la ville de Pechv'erd, appelée, suivant
'' Ce château de Bruniquel, ainsi appelé du nom les anciennes chroniques latines, Verd'in'ius, au lieu
de la montagne où il était situé, avait été construit dit à prescrit Bruniquent. » Détruits en 1210 par
sur l'emplacement d'un château plus ancien, dési- Simon de Montfort, le château & la ville de Puy-
gné dans les actes sous le nom de Verdun, Verdinius, vert sont restés depuis lors abandonnés. Voyez, sur
appellation que le peuple rendait par celle de Pech- cette ancienne ville, la Notice historique sur Sorèze
vert, en français Puyveit , qui n'est dans le fond & ses environs, par J.-A. Clos. — Toulouse, 1840.
qu'une version de Verdunius. La synonymie de ces In-8". [E. M J
LIX. — Guillaume VI, seigneur de Montpellier, reprend cette ville sur les
hahitans rebelles.
Le comte de Toulouse, après avoir fait sa paix avec le vicomte de Carcassonne & la vicomtesse de Narbonne, songea à se réconcilier avec l'Église Se à se faire relever de l'excommunication dont il avoit été frappé, à l'occasion de la querelle des habitans de Montpellier contre leur seigneur, qu'il avoit favorisée. Ces habitans, également las de vivre dans l'anathème, eurent recours à Guillaume, archevêque d'Arles' 8c légat du Saint-Siège, le prièrent instamment de lever l'excommunication, firent serment de se soumettre à son jugement touchant leurs différends avec leur seigneur, Se lui donnèrent divers otages pour la sûreté dedeur promesse. Ce prélat, touché de leur demande, leur donna enfin l'absolution, à condition cependant qu'ils se présenteroient devant lui un certain jour qu'il leur marqua, pour entendre leurs raisons 81 porter ensuite un jugement définitif; mais ils manquèrent à leur parole Se ne comparurent pas au jour indiqué. Guillaume IV, seigneur de Montpellier, dépêcha aussitôt au pape Innocent II, pour se plaindre de ce procédé. Le pape écrivit en conséquence à l'archevêque d'Arles le i^'" de janvier de l'an ii43; lui ordonna d'excommunier de nouveau les consuls Se les habitans rebelles de Montpellier, de remettre incessamment cette ville en interdit Se de défendre à ses diocésains de communiquer avec eux Se de leur donner aucun secours; il lui permit cependant d'absoudre ceux qui se soumettroient. Guillaume chercha en même temps à joindre les armes temporelles aux spirituelles pour soumettre ses sujets rebelles. Il implora^ pour cela la protection du comte de Barcelone, son allié, des Génois Se de divers seigneurs de la Province. Le premier donna ordre à un corps qu'il envoyoit en Provence pour soutenir le comte, son frère, dans la guerre qu'il avoit contre les seigneurs de la maison de Baux, de marcher en passant au secours de Guillaume; les Génois lui envoyèrent quatre galères armées, avec des troupes de débarquement ; Se entre les seigneurs de la Province, Rouscellin de Lunel le secourut à la tête de ses vassaux. Après la jonction de ces diverses troupes, Guillaume assiégea là ville de Montpellier, qui se défendit avec beaucoup de vigueur pendant longtemps; mais enfin les habitans manquant de vivres Se souffrant une cruelle famine, ils furent obligés de se rendre. Guillaume rentra ainsi dans la possession de cette ville dont il étoit chassé depuis deux ans. Pour témoigner sa reconnoissance envers les Génois qui l'avoient aidé à la soumettre, i" il leur restitua la somme de mille marcs d'argent qu'il leur avoit enlevée auparavant sur leurs galères; 2° il leur accorda le droit de bourgeoisie à Montpellier, avec divers privilèges, Se un emplacement pour les marchands de leur nation,
' Qax'icX, Séries praesulum Magalonens'ium , p. i83 — Ziirita, Annales de la couronne d Aragon, 1. 2,
& seq. c. 5. — Gariel , Séries pracsulum Magalon. p. i8.î
^ Annales Genuenses, Script, rer. Ital. t. 6, p. 261. & seq. — Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXC.
An I r^^
Éd. oiigiii. appelé le Fundique de Bruni de Toulouse; 3° il les exempta de tous impôts 5c t. II, p. 4J0. » ' •* , ■' i^ i
péages clans son domaine.
Nous comprenons par diverses lettres du pape Célestin II , qui succéda le 25 de septembre de l'an 1143, à Innocent II, que la ville de Montpellier ne se soumit que vers ce temps-là à Guillaume, son seigneur. Ce pape, dans une lettre qu'il écrivit ' le 8 de décembre suivant à Arnaud , archevêque de Narbonne &. à ses suffragans, leur parle en ces termes : « Guillaume de Mont- (( pellier ayant recouvré cette ville dont la plupart des habitans lui avoient « fait serment de fidélité, ainsi que vous devez en être informés, j'ai appris « que quelques-uns des rebelles, entre autres les Aimons, se sont retirés dans « vos diocèses, qu'ils y causent du trouble Si se préparent à une nouvelle « guerre contre ce seigneur ; ayez donc soin d'avertir vos diocésains de ne « leur donner aucun secours, excommuniez ceux qui seront désobéissans à « ces ordres 8<.,qui recevront les rebelles & mettez en interdit tous les lieux « où ces derniers se retireront. »
Célestin II écrivit, deux jours après, à Guillaume pour le féliciter de ce qu'il avoit réduit la ville de Montpellier, l'assurer qu'il trouveroit en lui la même protection que ses prédécesseurs lui avoient accordée. Se l'exhorter à gouverner son peuple dans la justice Si dans l'équité. Il écrivit aussi en même temps à Pierre, abbé de Saint-Gilles, Se lui marqua que Guillaume de Montpellier lui ayant fait savoir par ses envoyés qu'il se disposoit à faire bâtir une chapelle neuve dans son château de Montpellier, il eût à se transporter dans cette ville pour y recevoir, au nom de l'Église romaine, la donation du lieu où l'on devoit construire cette chapelle, y établir un cens annuel. Si payable à sa personne Si aux papes ses successeurs, y poser la première pierre, Si avoir attention que Guillaume pourvût honorablement les clercs qui dévoient la desservir. Cette chapelle fut nommée Notre-Dame du Château, à cause du lieu où elle fut construite 5 elle subsiste encore, dans le palais des anciens seigneurs de Montpellier, Si sert à la chambre des comptes Si aux autres cours de justice.
LX. — AlpJionse, comte de Toulouse, est absous de son excommunication.
Cependant Alphonse, comte de Toulouse, fit quelques démarches auprès de l'archevêque de Rouen, légat du Saint-Siège Si de l'évêque de Saint-Paul Trois-Châteaux, pour obtenir l'absolution de son excommunication. C'est ce qui paroît par la lettre^ que le premier de ces deux prélats lui écrivit en ces termes :
« Hugues, archevêque de Rouen, légat du Saint-Siège apostolique, à « Alphonse, très-noble comte de Toulouse, duc de Narbonne, marquis de « Provence; tout ce que nous pouvons Si devons vous mander de bon.
^ Ga.ïit\, Séries praesulum Magalonensiunij p. 184 * Giiibert de Nogent , Opéra, édit. d'Achery,
& seq. p. 688.
' J An I 1^3
« Dieu ayant placé votre illustre personne clans une dignité éminente ik « vous ayant donné la probité en partage, vous devez tâcher de lui plaire, « puisque vous tenez de lui l'une Se l'autre Se qu'il les a en sa main. Votre (( Libéralité nous a écrit de venir à votre rencontre à Lyon, à Vienne ou à « Valence ; nous choisissons cette dernière ville, si vous le trouvez bon, 8c nous <i nous y trouverons, Dieu aidant, suivant votre demande, le 7 de mars. Nous « espérons que vous agirez de bonne foi , ainsi que vous l'avez promis à notre « vénérable frère l'évêque de Trois-Châteaux, Se à nous-même par votre lettre. «( Hâtez-vous, illustre prince Se seigneur, de vous réconcilier avec l'Église, «i votre mère, afin de croître toujours en honneur. Adieu. »
Il y a lieu de croire que le comte de Toulouse tint sa parole Se qu'il reçut l'absolution, à Valence, au jour marqué.
LXI. — Accord entre AlphonsCj comte de Toulouse^ 6* les archevêques d'Arles,
touchant la terre d'Argence.
Alphonse ' avoit depuis longtemps un différend avec les archevêques d'Arles, au sujet de la terre d'Argence, qui comprend la partie du diocèse d'Arles qui est en deçà du Rhône. Ces prélats se plaignoient de ce que les comtes de Toulouse qui possédoient depuis longtemps le domaine de cette terre y avoient usurpé divers droits sur eux. Enfin Alphonse s'accorda là-dessus, le 2 de septembre de l'an 1143, avec l'archevêque Raimond de Montredon. 1° Il lui rendit, de l'avis de quelques-uns de ses barons^ savoir : de Raimond de Baux, de Hugues son fils, de Rostaing de Sabran, Raimond de Melac, Bermond d'Uzès, Gaucelin de Claret, Pierre de L>ambesc Se Arnaud de Raimond, les dîmes des nouvelles terres du territoire d'Argence, l'île du bois comtal. 2° Il reconnut qu'il devoit tenir en fief de l'église d'Arles tout ce que lui Se ses vassaux possédoient dans ce territoire. Se en faire hommage à ce prélat, qui de kj- origin. son côté le lui donna en fief. Alphonse fit serment en même temps à l'archevêque d'Arles de lui on erver le temporel de son église. Ces actes furent passés à Fourques sur le RI ône.
LXII. — Mort de Béranger-Raimond, comte de Melgueil 6* de Provence. Son fils lui succède sous l'autorité du comte de Barcelone,
L'union qui régnoit alors entre Alphonse, comte de Toulouse, Se les seigneurs de la maison de Baux, nous donne lieu de croire que le premier tavorisoit toujours les autres dans la guerre qu'ils avoient entreprise contre Béranger-Raimond, comte de Provence. Celui-ci étoit, de son côté, en guerre avec les Génois que ces seigneurs avoient peut-être appelés à leur secours.
■ Ga-ha. C/tristtunji, nov. edit. t. i , p. J6oj instrum. p. 97. — Tome V, Chartes & Diplômes, n.CCCCLVU.
1 73o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.
An 1 144 /
Béranger-Raimond, ayant médité une expédition contre ces peuples, s'étoit embarqué' en 1 144, lorsqu'une galère de Gênes alla l'attaquer dans le port de Melgueil. Durant le combat, un arbalétrier génois tira si adroitement sur ce prince, qu'il le fit tomber roide mort.
Béranger-Raimond ne laissa qu'un fils, nommé Raimond-Béranger, qui étoit alors en bas âge Se qu'il avoit eu de Béatrix, comtesse de Melgueil, sa femme. Ce jeune prince lui succéda dans le comté de Provence, dans les vicomtes de Millau 8c de Gévaudan, dans une partie de celle de Carlad. Il naquit sans doute dans le comté de Melgueil, ou le diocèse de Maguelonne j car Béranger-Raimond, son père, faisoit sa résidence ordinaire dans ce pays, Se nous ne voyons pas que Béatrix, sa mère, en soit jamais sortie. Cette comtesse se remaria bientôt après avec Bernard Pelet, seigneur d'Alaisj ce qui fit que le comte de Barcelone, oncle paternel du jeune comte de Provence, le prit sous sa tutelle, l'amena à sa cour, où il le fit élever. Se continua la guerre contre les seigneurs de la maison de Baux. Il prit d'abord^ sur eux la ville d'Arles, qui s'étoit déclarée en leur faveur. Se dont il fit démolir une partie des tours Se des fortifications, leur enleva la plupart de leurs châteaux Se obligea enfin les principaux vassaux du comté de Provence à lui faire hommage Se à lui prêter serment de fidélité, dans une grande assemblée qu'il tinta Tarascon, au mois de février de l'an 1146. On prétend qu'il envoya alors des ambassadeurs à Alphonse, comte de Toulouse, pour l'engager à prendre, conjointement avec lui, la tutelle du jeune comte de Provence, Se à faire la guerre aux seigneurs de Baux; mais cela n'est fondé que sur un titre manifestement ^ supposé. Ce qu'il y a de vrai, c'est que cette guerre, qu'il termina enfin heureusement, l'obligea de faire un assez long séjour en Provence, dont il se qualifia comte durant la minorité de son neveu. Se même pendant toute sa vie. Il fut aussi reconnu par les vassaux de la vicomte de Gévaudan, Se on a les sermens"^ prêtés en 1100 par Guiraud de Peyre Se quelques autres seigneurs du pays « à Raimond-Béranger, comte de Barcelone, fils de la comtesse « Douce, Se à son neveu Raimond-Béranger, fils de la comtesse Béatrix, avec « promesse de les défendre Se de leur conserver les châteaux de Grèzes, « Baldasse, Montrodat, Moreire Se Maurcastel. »
Béranger-Raimond, comte de Provence Se de Melgueil, mourut peu de temps après ^ que Guillaume VI, seigneur de Montpellier, eut soumis cette ville. Se par conséquent vers le commencement de l'an 11 44. Il paroît, d'un autre côté, que le pape Luce II croyoit encore ce comte en vie, le 29 de mars de l'an 1144, lorsqu'il écrivit^ à Raimond, évêque de Maguelonne, pour lui
' Gaffari, Annales Genuenses, Script, rer. Ital. ^ Trésor des chartes de Toulouse, sac 3, n. 53;
t. 6, p. 261. — Marca Hispanica, p. 697. sac 1 1, n. 96.
■■ Bouche, Histoire de Provence, t. 2, p. 1 23 & ' Zurita, Annales de la couronne d'Aragon , 1. 2,
suiv. — Diago, Histoire des comtes de Barcelone , c. 5. — Diago, Histoire des comtes de Barcelone, 1. 2,
' Bouche, Histoire de Provence, t. 2, p. 122. ® Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLIX.
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ordonner d'engager le comte de Melgueil 81 les autres seigneurs qui dct.enoient les biens que Bernard, comte de Melgueil, avoit légués par son testament à l'abbaye de Saint-ChaFFre en Vêlai, à les restituer, ou de les excommunier en cas de refus. On peut fixer- par là à peu près l'époque de la mort de ce prince, que les auteurs' provençaux font décéder en 1145. Son corps fut inhumé dans l'église de la commanderie de Trinquetaille, auprès d'Arles, de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
LXIII. — Alphonse, comte de Toulouse, /ait un voyage en Espagne 6- moyenne la paix entre les rois de Castille 6* de Navarre.
Alphonse, comte de Toulouse, fit en 11 44 un voyage en Espagne, où ^ il négocia la paix entre Alphonse, roi de Castille, son cousin germain, 5c Garcias, roi de Navarre, qui s'étoient brouillés à l'occasion de la guerre que le dernier avoit faite l'année précédente au comte de Barcelone 8c prince d'Aragon, beau-frère de l'autre. Le comte de Toulouse les fit convenir d'un traité qui fut cimenté par le mariage du roi de Navarre, alors veuf d'une première femme, avec Urraque, fille du roi de Castille. Les noces furent célébrées à t.^u'.°p!^43ii. Liéon, le 24 juin de la môme année, avec beaucoup de pompe Se de magnificence.
LXIV. — Alphonse, comte de Toulouse, fonde la ville de Montauban.
Le comte de Toulouse, qui assista sans doute à cette cérémonie, étoit de retour dans ses États au mois d'octobre suivant, qu'il fonda la ville de Montauban. On a dit ailleurs que S. Théodard ou Audard, archevêque de Narbonne, fut inhumé, à la fin du neuvième siècle, dans une abbaye fondée par ses ancêtres sous l'invocation de saint Martin, à l'extrémité du Querci, sur les frontières du Toulousain, 8c située au confluent de la petite rivière de Tescou avec le Tarn. Cette abbaye, qui fut réformée dans le onzième, 8c soumise à celle de la Chaise-Dieu, prit depuis le nom de Montauriol, d'un village voisin qui en dépendoit. La beauté de sa situation inspira à Alphonse, comte de Toulouse 8c de Querci, le dessein de fonder une ville tout auprès 8c à la droite du Tarn. Il en fit tracer l'enceinte 8c donna avec Raimond de Saint-Gilles, son fils, un lundi du mois d'octobre de l'an 1144, une charte^ pour régler les droits que les habitans de la nouvelle ville leur payeroient, 8c à leurs successeurs"^. Alphonse marque dans cet acte qu'il a imposé à cette ville le nom
' Bouche, Histoire Je Provence, p. i i 5 & i i38. ■* Comme origine, la ville de Montauban se rat-
' Sandoval , Cronica dcl inclito cmpcrador Alon- tache à la classe des villa neuves. Créée par un
50 yil, p. 180. — Ferreras, ann. 1144, n. 2 & seq. seigneur puissant, sur un terrain à lui apparte-
' Manuscrit de Colbert, n. 1067, aujourd'hui nant, la ville neuve ne tardait pas à acquérir une
fonds latin, n. 6009. — Catel , Mémoires pour population nombreuse, grâce aux franchises accor-
l'histoirc du Languedoc, p. 3z3 81 suiv. dces aux habitants parla charte de création ou aux
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de Montauban, nom qui dérive de sa situation sur une élévation & du grand nombre de saules qui croissent aux environs, 8c qu'on appelle alba en langage du pays. Ce prince établit entre autres droits sur les nouveaux habitans de Montauban douze deniers d'acapte pour chaque maison qui auroit six astades^ (sorte de mesure) de large 8c douze de long, 8c non pas pour chaque espace de terre qui auroit six stades de contenance y ainsi que l'a traduit un moderne^. Le comte régla aussi les droits qu'il auroit pour la justice dans la nouvelle ville. Telle est l'origine de Montauban, origine sur laquelle les protestans ^ ont débité bien des fables. Cette ville s'est depuis fort agrandie, 8c elle renferme aujourd'hui dans son enceinte l'ancienne abbaye de Saint-Martin 8c de Saint-Théodard, qui lui a donné naissance 8c qui fut érigée en cathédrale au quatorzièine siècle. Elle est présentement l'une des plus belles 8c des plus considérables de toute la Guyenne, 8c la résidence du commandant de cette province. Comme le Tarn fait en cet endroit la séparation de la Guyenne 8c du Languedoc, la partie de Montauban qui est à la gauche de la rivière 8c qui est jointe à l'autre par un pont est dans les limites de cette dernière province. Aussi l'évêque, dont le diocèse, à la réserve de la partie de la ville qui est à la droite du Tarn, est un démembrement de celui de Toulouse, assiste-t-il aux États de Languedoc.
Le comte Alphonse, en fondant Montauban, porta préjudice à l'abbaye de Saint-Théodard ou Audard. Pour peupler la nouvelle ville "^ il obligea les vassaux de ce monastère, entre autres ceux du village de Montauriol , à quitter leurs habitations pour s'y aller établir j il chagrina l'abbé 8c les religieux qui s'y opposoient, les chassa de leur maison 8c menaça de les traiter avec la dernière rigueur. Il fit construire deux châteaux dans le fonds de l'abbaye, 8c un troisième dans un terrain qu'il avoit vendu depuis peu à ce monastère. Albert, qui en étoit abbé, pour se mettre à couvert de ces menaces, prit le parti d aller s'en plaindre au pape, 8c s'étant ménagé des lettres de recommandation de plusieurs évêques du pays, il les remit à Eugène III qu'il rencontra à Viterbe. Ce pontife, touché de ses plaintes, écrivit, le 23 de juin de l'an 1145, à Arnaud, archevêque de Narbonne 8c à Raimond, évêque de Toulouse, 8c les chargea d'ordonner de sa part au comte de laisser en paix l'abbé 8c les religieux de Saint-Audard, de démolir les châteaux qu'il avoit fait bâtir dans leur fonds, de réparer les dommages qu'il leur avoit causés 8c d'abolir les mauvaises coutumes qu'il avoit établies dans leur monastère 8c dans ses dépendances. En cas de refus de la part de ce prince de satisfaire en quarante jours à tous ces articles, il leur enjoint de mettre la ville 8c le diocèse de Toulouse
faibles redevances auxquelles ils étaient soumis. ' Du Cange, Glossaire.
Cette institution aida puissamment au développe- ' Le Bret, Histoire de Montauban, 1. i , c. 8, p. 47.
ment & à l'élévation des classes moyennes dans les ' Ibid. p. 84 & suiv.
villes, en établissnn t une sorte de concurrence entre * Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc,
les seigneurs & un abaissement relatif des redevances p. 882. — Le Bret, Histoire de Montauban, l, 1,
féodales. (E. M.J c. 8, p. 33 & 96.
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en interdit, avec ordre à eux de le taire observer exactement, St défense expresse d'y exercer aucune fonction ecclésiastique, excepté l'administration ilu baptême Se du sacrement de pénitence aux moribonds. Le pape déclare enfin qu'il ne pourra s'empêcher d'excommunier le comte, s'il persiste à désobéira ses ordres. Nous ignorons la suite de cette affaire; apparemment qu'elle fut suspendue par la nouvelle croisade dans la([uelle Alphonse s'engagea quelque temps après. Elle ne fut terminée, en etfet, qu'après sa mort.
LXV. — Le vicomte Roger renonce à la dépouille des évêques d'Alhi. Mariage du vicomte de Nimes, son frère.
Le vicomte Roger, plus religieux envers l'église d'Albi, renonça ' en 1144} Éd ongin. entre les mains de Rigaud, évêque de cette ville, à l'usage dans lequel les vicomtes ses prédécesseurs avoient été jusques alors de s'emparer de la dépouille des évêques qui venoient à décéder. On voit par divers hommages* qui furent rendus à ce vicomte, la même année ou les suivantes, qu'il dominoit sur les châteaux de Lauran dans le Narbonnois, de Cabarez 8c de Surdespine dans le diocèse de Carcassonne, de Montaut, de la Roche d'Olmes, de Lavaur 8c de Saint-Félix dans le Toulousain, de Sénégas, de Gaillac, de Bérens, de Montaigu 8c de Cahuzac en Albigeois. L'autorité qu'il exerçoit sur ce dernier pays paroît encore par un plaid qu'il y tint vers le même temps 8c auquel assistèrent avec lui Bernard, comte de Comminges, Rigaud, évêque d'Albi, Bernard de Canet, Guillaume Mancip, Guillaume-Hunaud de Lanta, Pons de Dourgne 8c Elie de Lautrec. Cette assemblée prit connoissance d'un différend qui s'étoit élevé entre les divers seigneurs des châteaux de la Salvetat Se de la Bastide en Albigeois, de Lavaur 8c de Verfeil dans le Toulousain, qui, après s'être fait la guerre, avoient choisi pour arbitre Sicard, vicomte de Lautrec. Roger confirma, avec toute sa cour, le jugement que ce dernier avoit porté là-dessus.
Bernard-Aton, vicomte de Nimes, frère de Roger, avoit déjà épousé, dès le
mois de mars de l'an 1 145, Guillemette, fille aînée de Guillaume VI, seigneur " ' M^ de Montpellier, comme il paroît par un acte ^, suivant lequel il donna en fief à quelques seigneurs les usages 8c les leudes du marché de Nimes 8c la moitié des droits des foires qu'il avoit résolu d'établir dans cette ville pendant huit jours, à la Saint-Martin. Ce titre 8c quelques autres de l'an 1144"* font mention des droits seigneuriaux dont ce vicomte jouissoit à Nimes 8c dans le diocèse. Il vendit, cette dernière année, au peuple de la même ville, pour la somme de mille sols monnoie de Saint-Gilles, les pâtis qui étoient aux environs. Il est parlé dans cet acte des consuls de Nimes.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, rtu- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
méro CCCCLX , 1.1 2*" charte citée sous ce numéro. méro CCCLXI, la 2*= charte citée sous ce numéro. * Ihtd, la 4* charte citée sous c« numéro, 8c suiv. ^ Ihid. la i '" charte citée sous ce numéro.