XLIX. — Quator-{ième concile de Narhonne
Les évêques de la Province s'assemblèrent de nouveau, en 1140, pour un concile ^^ qui fut tenu dans la cathédrale de Narhonne. Arnaud, arclieveque de cette ville, y présida, &c les évoques Bernard (il faut lire Bermond) de Béziers, Raimond de Maguelonne, Raimond de Carcassonne, Raimond de Toulouse &. Udalgarius d'Elne y assistèrent. Ce dernier se leva en pleine assemblée & fit le récit des calamités auxquelles son diocèse étoit exposé par les courses fréquentes des pirates sarrasins, qui massacroient impitoyablement les habitans ou les emmenoient en esclavage , 8c demandoient actuellement cent jeunes filles pour la rançon des prisonniers qu'ils avoient faits. Il ajouta qu'il avoit promis aux infidèles de racheter ces captifs, mais que n'étant pas assez riche, il se recommandoit à la charité du concile. Les évêques, touchés de ce récit, ordonnèrent qu'on feroit une quête dans la Province j & pour engager les fidèles à donner plus libéralement, ils accordèrent à ceux qui participeroient à cette bonne œuvre, 8c qui auroient fait une véritable confession, la rémission plénière de leurs péchés, excepté des péchés publics.
L. — Accord entre Vévêque de Maguelonne 6* le seigneur de Montpellier.
Raimond, évêque de Maguelonne, s'accorda "^ au mois de septembre de la même année avec Guillaume VI, seigneur de Montpellier, sur plusieurs articles : 1° au sujet d'un château que ce seigneur avoit fait construire au bord de l'étang de Lates, qu'on nommoit pour cela le Palu [de palude) ^ 8c qu'il s'obligea de tenir en fief de l'église de Maguelonne 5 2° touchant les navires qui abordoient au port de Lates 8c qui dévoient payer un certain droit à cette église} 3° sur les vassaux de la même église qui alloient s'établir à Montpellier; 40 sur la justice des clercs, que Guillaume abandonna à l'évêquej 5° enfin sur le lieu de Montpellieret, au sujet duquel ils s'en tinrent aux accords précédens. Le seigneur de Montpellier a:quit^ en fief, la même année, de
' Voyez, tome VII de cette édition, la Note sur p. 494. — Voyez tome IV, Note LI, p. 227, col. 1.
les seigneurs de Lunel. ''Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
' Trésor des chartes de Toulouse, sac 2, n. 2. méro CCCCXLVIII.
' Conciles, t. 10, p. 1824. — Marca Hispanica, ' liid. n. CCCCXLIX.
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An 1 140
"": iiS HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.
An 1 140 '
Béranger-Raimondj comte de Melgueîl b marquis de Provence, le château de tfîi p'^^jo^ Paulian, situé dans le diocèse de Béziers &c dépendant du comté de Melgueil, pour la somme de dix mille sols melgoriens. Béranger s'engagea à faire ratifier cette vente par Raimond-Béranger, son frère, comte de Barcelone, h, par Béatrixy sa femme^ lorsqu'elle seroit en âge.
LL — Alphonse, comte de Toulouse, fait un nouveau pèlerinage à Saint- Jacques en Galice, — Il moyenne la paix entre les rois de Castille 6* de Navarre.
Le comte de Barcelone avoit fait alors sa paix avec Alphonse VII, roi de Castille, qui lui disputoit le royaume d'Aragon. Ces deux princes convinrent de cette paix dans une entrevue qu'ils eurent à Carion', au mois de janvier de l'an 1140. Le roi rendit au comte les villes de Saragosse 8<. de Tarragone 8c plusieurs autres places du voisinage dont il s'étoit emparé, à condition que ce dernier reconnoîtroit sa suzeraineté sur tous ces pays. Après cet accord, Alphonse se mit en armes contre Garcias IV, roi de Navarre, qu'il vouloit obliger aussi à devenir son vassal, & alla assiéger Pampelune. Garcias, après avoir pourvu à la défense de sa capitale, se mit de son ccké en campagne pour s'opposer au Castillan, l'attaqua le 14 d'avril suivant 8c remporta sur lui une victoire complète. Alphonse, honteux de sa défaite, leva de nouvelles troupes dans le dessein de faire une nouvelle irruption dans la Navarre, ce qui engagea Garcias à appeler le roi Louis le Jeune à son secours. Alphonse se préparoi t à cette expédition 8c avoit établi son quartier à Najara, sur les frontières des deux Etats, lorsque Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, son cousin germain , qui avoit entrepris un nouveau pèlerinage à Saint-Jacques en Galice, passa dans ce lieu à la mi-mai de la même année. Ce comte, également uni avec les deux rois, s'entremit aussitôt pour les pacifier 8c les obligea enfin à convenir d'une suspension d'armes jusques après son retour de Saint-Jacques. Il travailla alors, de concert avec divers prélats 8c seigneurs, à établir entre l'un 8c l'autre une paix solide, qui fut enfin conclue le 25 d'octobre suivant 8c cimentée par le mariage de Blanche, fille du roi de Navarre, avec Sanche, fils aîné du roi de Castille.
LU. — Expédition du roi Louis le Jeune contre le comte de Toulouse,
Alphonse-Jourdain, après avoir repassé les Pyrénées, fit un voyage du côté du Rhône 8c se rendit la même année à l'abbaye de Saint-André d'Avignon, en faveur de laquelle il accorda alors ^ une charte, en présence de Raimond 8c de Hugues de Baux, de Rostaing de Sabran 8c de divers autres seigneurs de
' Sandoval, Cronica del incUto emperador Alon- ' Voyez tome V, Charles & Diplômes, nu-
îo VIL — Pagl, ad ann. i 140, n. 22 & seq. méro CCCCXXXI.
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Provence 8c du bas Languedoc. Il fut obligé bientôt après de revenir dans sa capitale, sur le bruit des préparatifs que le roi Louis le Jeune faisoit contre lui. Ce roi mit, en effet, une armée sur pied au printemps de l'an 1141, 8t s'étant ,y^^ , avancé jusques à Toulouse, il entreprit le siège de cette ville. C'est tout ce que nous apprend de cette guerre un historien ' qui écrivoit alors, & qui nous en laisse ignorer 8c les motifs 8c les circonstances. 11 fait seulement entendre, dans un autre endroit^, que l'expédition ne fut pas heureuse pour Louis. Un auteur anglois^, qui a écrit un peu plus tard, prétend que ce prince demandoit à Alphonse, au nom d'Éléonor, sa femme, héritière d'Aquitaine, la restitution du comté de Toulouse que Guillaume IX, comte de Poitiers, aïeul de cette reine, pour fournir à ses dépenses, avoit engagé, dit-il, à Raimond de Saint- Gilles, père d'Alphonse, Se que Guillaume X, père d'Eléonor, avoit négligé de retirer. Mais cet historien ajoute quelques autres faits dont la fausseté peut faire douter de la vérité de ce prétexte. Il dit que le comte Alphonse , qui n'avoit aucune bonne raison à opposer à Louis, s'appliqua uniquement à défendre ses Etats contre ce prince, 8c qu'il trouva enfin moyen de l'apaiser en faisant épouser à son fils Constance, sœur de ce roi 8c veuve d'Eustache, comte de Blois. Or il est certain, d'un coté"^, que le roi Louis le Jeune répudia Eléonor le 18 de mars de l'an ii52, 8c que, de l'autre, Constance sa sœur n'étant devenue veuve qu'au mois d'août de l'an ii53, elle ne peut avoir épousé Raimond, fils d'Alphonse, qu'après cette répudiation 8c plusieurs années par conséquent après la mort d'Alphonse. Louis n'avoit donc plus aucune prétention sur le comté de Toulouse dans le temps de ce mariage.
Quelques modernes ont ajouté diverses autres circonstances qui ne sont pas mieux fondées. Un-"» entre autres a fait un vrai roman de l'expédition du roi Louis le Jeune contre Alphonse, comte de Toulouse. « La jeune reine Èléonor <* qui avoit l'esprit ex.trêmement'^ avancé, 5c plus qu'une fille de quinze ans ne « l'a ordinairement, dit cet écrivain, avoit déjà sollicité fortement son époux c( de retirer le comté de Toulouse des mains d'Alphonse, qui le lui retenoit, uii°p!^3{. « disoit-elle, injustement, 8c qui faisoit partie de la succession de ses pères. K Cette ouverture plut extrêmement à Louis : il vit que ce comté étoit à sa « bienséance, 8cc. Il fit examiner le droit de sa femme dans son conseil, 8c on « trouva effectivement qu'il n'étoit point chimérique, 8cc. Alphonse fut donc «< sommé de la part du roi de rendre ce comté, comme appartenant à sa femme. « Et comme il répondit qu'il lui avoit été vendu par son jrère aîné, 8c non " pas engagé, on lui déclara la guerre. Suger n'étoit point de cet avis j non- « seulement il voyoit que le droit étoit douteux, parce que le Toulousain «' taisoit paroître un contrat de vente en bonne forme, 8cc. j mais les pressantes t' sollicitations d'une jeune épouse, qui sait employer adroitement 8c les larmes
' Orderic Vital, 1. i3, p. 923. ■• Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de
' Ihid. p. 924. France, t. i, p. yS & suiv. ' Guillaume de Neubrige, Historia rerum Angli- ' Gervaisé, Vie de Suger, 1. 6, n. 6.
clrum, 1. ?, c. I -. 6 Ibid,
An,,^i r~o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII.
« Se les caresses pour obtenir ce qu'elle souhaite, sont un puissant charme. « Louis ne put y résister. Suger pour cette fois ne fut point écouté, Sec. » Il est inutile de s'arrêter davantage sur toutes ces circonstances dont l'auteur n'a d'autre garant que son imagination. Il auroit dû au moins éviter de se contredire} car il prétend, d'un côté, que le comté de Toulouse fut engagé à Raimond de Saint-Gilles par le comte Guillaume IV, son frère. Se il fait dire, peu de lignes après, à Alphonse, qu'il lui avoit été vendu par son frère 6» non pas engagé.
Enfin si nous en croyons un nouvel historien' d'Angleterre, le roi Louis le Jeune entreprit de faire revivre les droits de la maison de Poitiers sur le comté de Toulouse, au nom d'Éléonor, son épouse, après la mort du duc Guillaume, son beau-père, contre Raimond V, comte de Toulouse, en faveur duquel il se désista enfin de ses prétentions après une longue négociation ; cette affaire ayant été terminée, ajoute cet historien, par le mariage du comte avec Constance, sœur de Louis. Mais cela ne peut regarder la guerre que ce roi entreprit, en 1141, contre Alphonse, père de Raimond, comme le même auteur le donne à entendre. Se Louis ne peut s'être désisté de ses prétentions sur le comté de Toulouse dans le temps du mariage de sa sœur avec Raimond, puisqu'on vient de voir que ce mariage ne se fit qu'en ii54. Se que Louis étoit alors séparé d'Éléonor : si ce roi se désista donc de ses prétentions sur le comté de Toulouse, ce dut être en 1141, en faveur d'Alphonse, Se non en ii54,en faveur de Raimond.
LUI. — Le comte de Toulouse accorde divers privilèges aux hahitans
de cette ville.
Alphonse, heureusement délivré des armes du roi Louis le Jeune, témoigna, après le départ de ce prince, sa reconnoissance^ envers les hahitans de la ville Se du faubourg de Toulouse qui l'avoient aidé à se défendre. Il leur accorda un privilège, tant en son nom que de toute sa postérité, de pouvoir vendre librement leur vin sans payer aucun usage. Se à ceux de la campagne de ne payer qu'un denier par saumée. Il permit aussi aux Toulousains de prendre le sel où ils voudroient sans rien payer, excepté ceux qui en faisoient commerce, qu'il chargea de donner un certain droit. L'acte est daté du mois de novembre de l'an 1141, sous le règne de Louis, roi de France ^ ce qui fait voir que l'expédition que ce roi avoit entreprise contre Alphonse ne diminua rien de la soumission que ce dernier lui devoit.
Le comte de Toulouse étoit alors brouillé de nouveau avec le comte de Barcelone, Se il favorisa ouvertement la révolte des hahitans de Montpellier contre Guillaume VI, leur seigneur, allié de ce prince y ce qu'il faut reprendre dé plus haut.
' p. de Rapin-Thoyras, Histoire d'Angleterre, ^ Catel, Mémoires pour l'histoire du Lanouedoc ,