LXX. — Voyage du roi Louis le Jeune au Puy
Louis ' , après avoir pris la croix pour la gloire de Jésus-Christ, se rendit au Puy, où on prétend^ qu'il arriva le 5 de mai. Il y confirma du moins durant son séjour, par un diplôme, en faveur de Pierre, évêque de cette ville, les chartes que les rois ses prédécesseurs avoient accordées à son église, savoir la donation de la ville d'Anis appelée le Puy, du château de Corneille & des autres droits énoncés dans ces chartes, sauf la domination royale, la justice ^ les coutumes du royaume. Le roi déclare que Pierre, évêque du Puy, lui avoit prêté le même serment de fidélité que les autres èvêques, ses prédécesseurs, lui avoient fait. Se que ce prélat avoit promis de lui remettre toutes les forteresses de la ville du Puy lorsqu'il se rendroit dans cette ville. îl défend ensuite, dans la vue de favoriser le pèlerinage de Notre-Dame du Puy qui étoit alors très-usité, de bâtir aucune nouvelle forteresse, d'exiger aucun péage &. d'exercer aucune violence, sans son consentement & celui de l'évêque du ^Éd. origin. p^^^ 5qJ^ ^^^^ |^ ville, soit dans les dépendances de l'église depuis le Rhône jusques à l'Allier, depuis Alais jusques à Montbrison, Se depuis Saint-Alban jusques au Puy. Il déclare enfin qu'ayant été obligé de demander une somme à ce prélat pour fournir aux frais de son prochain voyage de Jérusalem, cette demande ne pourroit tirer à conséquence. C'est là le premier subside que nous trouvons avoir été levé dans la Province par nos rois de la troisième race. Le diplôme est souscrit par les grands officiers de la couronne &. daté du Puy Vannée M. CXLVI , la dixième année du règne de Louis.
■ Gissey, Histoire de 'Notre-Dame du Puy, p. SSç. ' Le P. Odo de Gissey> Histoire de Notre-Dame du
— Gallla Chrlstlana, nov. edit. t. 2, Instrumenta, Puy, p. SSp. p. zSi.
LXXL — Guillaume VI j seigneur de Montpellier^ fait son testament 6* va servir en Espagne contre les Sarrasins.
La guerre qu'Alphonse VII, roi de Castille, avoit entreprise alors contre les infidèles d'Espagne, partagea la noblesse de la Province entre cette expédition & celle de la Terre Sainte. Ce prince, qui méditoit quelque action d'éclat, dans la vue de se procurer du secours', moyenna, au mois de novembre de l'an II 46, une suspension d'armes entre le roi de Navarre & le comte de Barcelone, qui se faisoient la guerre 8c qui promirent de marcher à son service. Il envoya, d'un autre côté, l'évêque d'Astorga à Guillaume IV, seigneur de Montpellier, aux Génois 8c aux Pisans pour les engager à équiper une llotte 8c à venir assiéger par mer la ville d'Almeria, en Andalousie, tandis qu'il l'attaqueroit par terre.
Le seigneur de Montpellier répondit favorablement à la demande du roi de Castille Se se prépara à l'aller joindre incessamment. Avant son départ, il fit un testament^, le mercredi onzième de décembre de Tan 11 46. Il laisse par cet acte un morceau de la vraie croix, avec plusieurs autres reliques qu'il avoit apportées de la Terre Sainte, à son retour de Jérusalem, à l'église de Sainte-Croix qu'il avoit fait bâtir dans la ville de Montpellier auprès de son palais; il donne un logement avec l'entretien dans le même palais au chapelain qu'il avoit établi pour desservir cette église. 11 fait quelques autres legs pieux 8c ordonne à Guillaume, son fils aîné, de s'accorder sur les différends qu'il avoit, tant avec Raimond, évêque de Maguelonne Se ses chanoines, qui avoient été chassés de Montpellier, qu'avec quelques autres personnes de la ville. 11 laisse la jouissance de tous ses domaines à Ermessinde, sa mère, 8c fait mention de cinq de ses fils. Il donne à l'aîné, qui s'appeloit Guillaume 8c qui fut le septième de son nom, la ville de Montpellier avec ses dépendances, 8c le château de Montferrier qu'il tenoit en fief du comte de Melgueil. 11 lègue à Guillaume, son second fils, la ville de Tortose en Espagne avec son territoire, qu'il avoit achetée Se reçue en fief du comte de Barcelone, le lieu de Castelnau, le village de Sauzet, la châtellenie de Melgueil, la part qu'il avoit à la monnoie de Melgueil, 8c enfin tous les fiefs qu'il avoit dans le diocèse de Suhstantion ou de Maguelonne^ excepté ce qu'il avoit donné à son fils aîné. Il ne laisse rien à Raimond, son troisième fils, qu'il déclare avoir offert à l'abbaye de Cluny pour y être religieux : celui-ci fut dans la suite abbé d'Aniane. Il destine à l'état ecclésiastique Bernard, son quatrième fils, avec ordre à son aîné de prendre soin de l'éducation de cet enfant jusques à l'âge de dix-huit ans, de lui faire apprendre les lettres, de pourvoir à sa subsistance, 8c en cas qu'il ne voulût pas être d'Église, ce qu'il laisse à sa
' Sandoval, Cronica del ind'ito emperador Alon- ' D'Achery, Spicilcgium, i" édition, t. 9, p. 140
so VII. — Ferreras, ann. 1146, n. 5; 1147, n. 4 8c seq.j & édition in-f", t. 3, p. 498. & seq.
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liberté, de l'entretenir honorablement & de lui fournir des armes, des chevaux 8c des écuyers, sans pouvoir prétendre autre chose 5 car, ajoute-t-il, une hérédité peu considérable ne convient pas à un homme nohle. Enfin il donne à Gui, son cinquième fils, le château de Paulian avec ses dépendances dans le diocèse de Béziers, à condition que lorsqu'il aura atteint l'âge de vingt ans, le seigneur de Montpellier rachètera ce château pour la somme à laquelle il avoit été engagé Se payera cinq mille sols qui étoient dus pour cet engagement au comte de Barcelone. Il lègue de plus à Gui le château de Pouget dans le même diocèse.
Guillaume VI avoit trois filles dont l'aînée, appelée Guillemette, étoit alors mariée avec Bernard-Aton, vicomte de Nimes. Il ordonna à son fils aîné de payer le reste de la dot de celle-ci & le chargea de marier les deux autres, nommées Adélaïde 8c Ermessinde, lorsqu'elles seroient parvenues à un âge nubile, 8c de leur donner à chacune cent marcs d'argent, de beaux habits, un lit de drap, deux tasses d'argent du poids de six marcs 6 un palejroi. Adélaïde épousa' dans la suite, vers l'an ii56, Ebles III, vicomte de Ventadour,
^Éd, origin. lorsque ce vicomte eut répudié Marguerite de Turenne, sa première femme, pour cause de parenté. Il en eut entre autres un fils, appelé Gui, qui fut chanoine 8c prévôt de Maguelonne. Guillaume VI substitua ses fils l'un à l'autre, 8c à leur défaut il appela ses filles à sa succession. Il laissa tous ses enfans sous la tutelle d'Ph'messinde, sa mère, 8c sous l'autorité de Pons de Mataplane, son cousin, jusqu'à ce que Guillaume, son fils aîné, eût atteint l'âp-e de vingt ans. Ce dernier fut chargé alors du bail 8c de la tutelle de ses frères 8c de ses sœurs, jusqu'à ce que les premiers fussent parvenus au même âge, 8c que les autres fussent mariées. Enfin Guillaume VI assigna tous les revenus de son domaine pour le payement de ses dettes 8c ordonna de réparer le dommage qu'il avoit causé dans le temps qu'étant à la tête de ses vassaux, 8c à la suite du comte de Barcelone, il avoit fait la guerre dans les pays de Narbonne 8c de Carcassonne, 8c de payer le bois qu'il avoit tiré de la charpente de diverses églises lorsqu'il avoit assiégé Montpelli-er. Il défendit de mettre dans cette ville aucun juif pour baile, 8c y exempta les religieux de Cîteaux de toute sorte de leude. Il fit ce testament dans la même ville, 8c dans la maison où demeuroit Ermessinde, sa mère, en présence de Béranger, abbé de Lodève, de Pons de Mataplane, Bertrand d'Aymargues, Bermond de Sommières, Robert de Castries, Guillaume de Fabrègues, Pierre de Montferrier, Arnaud d'Omelas 8c plusieurs autres chevaliers.
Le seigneur de Montpellier fit ensuite équiper plusieurs vaisseaux, 8c s'étant
'^'' joint, l'année suivante^, à la flotte des Génois 8c des Pisans, il fit voile vers la côte de Catalogne^, où il rencontra le comte de Barcelone, qui de son côté avoit fait armer un grand nombre de navires. Toute cette flotte, composée, à
' GeofTioi du Vigeois, p. apr , 3o8. — Baliize,ff/i- * Sandoval, Cronlca del inclito emperador Alon-
to'ire géncalog. de la maison d'Auvergne, t. 2, p. i85. so Vil, p. ici). — • Ferreras, ann. 1 iij6, n. 5; 1 147, ' Voyez tome IV, Note XXXVII, n. 8. n. 4 & seq.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII. ySc;
ce qu'on assure, de mille bâlimens tant grands que petits, se rendit ensuite sur la côte d'Andalousie Se arriva, le i" d'août de l'an 1147, devant Almeria, dont elle entreprit le siège par mer. Alphonse, roi de Castille, qui s'étoit mis en campagne dès le printemps, 8c avoit déjà fait divers progrès sur les Sarrasins, l'assiégea par terre avec toutes les forces d'Espagne (|ui étoient venues à son secours. Un poëte du temps', qui nous a laissé la relation de ci siège, donne le titre de duc à Guillaume de Montpellier, avec l'épithète de grand; mais ce titre ne lui convenoit qu'autant qu'il ètoit à la tête d'une nombreuse noblesse françoise qui servit à ce siège sous ses enseignes. Comme les Sarrasins n'avoient rien négligé pour la défense de la place, qui ètoit d'ailleurs très-forte d'elle-même, l'attaque fut longue 5 mais enfin Almeria fut prise d'assaut le 17 d'octobre suivant. Le roi de Castille témoigna sa reconnoissance envers tous les seigneurs qui l'avoient secouru dans cette expédition, & n'oublia pas surtout Guillaume de Montpellier.
LXXII. — // sert au siège de Tortose, de même que la vicomtesse de
Narbonne,
Il paroît par deux chartes de Raimond-Béranger IV, comte de Barcelone, données durant le siège de Tortose, qu'il entreprit en 1148 sur les Sarrasins, que Guillaume VI, seigneur de Montpellier^, ses fils, Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, à la tête des troupes de sa vicomte. Se Béranger, abbé de la Grasse, oncle de cette vicomtesse, le secoururent dans cette expédition. Par la première^ de ces deux chartes, le comte de Barcelone, « en reconnoissance «( de ce ({ue les habitans de Narbonne avoient exposé leurs biens & leur vie « pour la défense de la foi contre les infidèles, leur donne dans Tortose, le <' 24 de septembre, une place appelée le Fondits^^ pour y établir leur com- <t merce, avec exemption de tous droits 8c péages tant par mer que par terre, « du consentement de Bernard, archevêque de Tarragone, 8c en présence des « consuls de Narbonne, de Béranger, abbé de la Grasse, 8c d'Ermengarde, «« dame de Narbonne. » Par l'autre charte^, Raimond-Béranger donne, au mois de novembre de la même année, à l'église de Gênes, une île de l'Ebre, voisine de Tortose, du consentement de Guillaume de Montpellier 6' de ses -fils, de Guillaume-Raimond, son sénéchal, 8cc., qui y souscrivirent.
Après la prise de Tortose^, que le comte de Barcelone soumit à la fin de l'an 1 148, ce prince donna un tiers de cette ville aux Génois pour reconnoître les services qu'il en avoit reçus. Il donna en même temps un autre tiers de Tortose à Guillaume de Moncade, son sénéchal, 8c se réserva l'autre. On
' Sandoval , Cronica del incîito emperador Alon- * Mot d'origine arabe, qui signifie le lieu, l'em-
so VII, p. 195. placement du marché.
' Voyez tome IV, Note XXXVII, n. 8. ^ Italia Sacra, nov. edit. t. 4, p. 862.
' Archives de Thôtel de ville de Narbonne, cais- '^ Zurita, Annales de la couronne d'Aragon, 1. 2,
son 5. c. 8. — Marca Hispanica, p. 499 8c seq.
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prétend que ce comte' avoit déjà disposé de cette ville 1 année précédente, en t5n.°p.'4"3 faveur de ce dernier, & on a déjà vu qu'il l'avoit donnée en fief, en ii36, à Guillaume de Montpellier, 81 que ce seigneur la légua, par son testament de l'an 1147, à Guillaume, son fils puîné. Ces divers actes paroissent se contredire; mais on peut les concilier', en supposant que le comte de Barcelone ne disposa que d'un tiers de Tortose en faveur de Guillaume de Montpellier, &, qu'ayant donné les deux autres à Guillaume de Moncade Si. aux Génois, il la leur partagea également. On vient de voir, en effet, qu'il donna à l'église de Gênes une île voisine, au mois de novembre de l'an 1 148, du consentement de ces deux seigneurs : preuve qu'il ne révoqua pas la donation qu'il avoit faite à Guillaume de Montpellier. On voit d'ailleurs que Guillaume, fils puîné de ce seigneur, prit dans la suite le surnom de Tortose, & qu'il jouit du domaine de cette ville.
LXXIII. — Guillaume VI, seigneur de Montpellier, emhrasse Vétat monastique. — Son fils Guillaume Vil lui succède.
Peu de temps après ^ cette expédition, le seigneur de Montpellier qui avoit perdu alors Sybille, sa femme, embrassa la profession monastique dans l'abbaye de Grandselve, au diocèse de Toulouse, 8c il avoit déjà quitté^ le monde au mois de juillet de l'an 1149. ^^ seigneur, qui étoit alors dans la force de l'âge, avoit acquis une grande réputation, soit par ses exploits militaires, soit par les services importans qu'il avoit rendus au pape Innocent II & au Saint-Siège. Il donna, avant sa retraite, diverses marques de sa piété. Il fonda "^ entre autres, hors de Montpellier, conjointement avec Ermessinde, sa mère h. Sybille, sa femme, un hôpital pour les lépreux auprès du pont de Lez, 5c un prieuré^ ou monastère de l'ordre de Cluny dans un lieu appelé Sauzet, situé auprès de la môme rivière. Il fonda ce monastère à condition qu'on ne construiroit en ce lieu ni ville, ni village, ni forteresse, 8c qu'il seroit uniquement habité par les religieux. Ce fut peut-être dans cette occasion que Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, entreprit le voyage de Montpellier dont il parle dans une de .ses lettres^. Innocent II, qui avoit prié Guillaume de fonder ce monastère, en confirma la fondation par une bulle datée du 28 d'avril de l'an n38. Le prieuré de Sauzet, qui étoit sous l'invocation de saint Maurice, a été détruit durant les guerres des calvinistes &c uni depuis à la collégiale de Sainte-Anne de Montpellier. Enfin Guillaume VI exerça sa libéralité, en iiSç, envers^ l'hôpital de Saint-Guillaume de cette ville, de concert avec Sybille, sa femme,
' Pagi, ad ann. 1148, n. 18. ^ Gcit\c\,Senes praesulum Magalonensium, -p. i63
' Voyez tome IV, Note XXXVII, n. 8. & seq. — Idée générale Je la ville Je Montpellier,
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- part. 2, p. 97. — Bihliotheca Cluniacensisj p. 1404.
méro DXXV, ^ Pierre le Vénérable, 1. 1, Epist. 3o.
^ Garicl, Séries pracsulum Magalonensium, p, 168 ' Go.risl, Séries praesulum Magaloncnsium^ p. i 26.
& seq.
' " An j iij7
&L fît rebâtir l'église de Notre-Dame. On remarque que tous les souverains de l'Europe' qui vivoient en i63o descendoient de lui par les femmes. Quelques auteurs l'ont qualifié comte de Montpellier, mais c'est mal à propos, car ni lui, ni ses prédécesseurs 8<. ses descendans, ne prirent jamais que le simple titre de seigneurs de cette ville, ce qui n'empêche pas que leur maison ne fût en très-grande considération &. aussi distinguée que celle de divers comtes qui vivoient alors.
LXXIV. — Mission de S. Bernard dans la Province contre les hérétiques
henriciens.
L'abbaye de Grandselve étoit unie depuis fort peu de temps à Tordre de Cîteaux, quand Guillaume de Montpellier y embrassa l'état monastique. Cette union fut faite à l'occasion du voyage que saint Bernard entreprit dans le Toulousain, pour tirer de l'erreur ceux, de ce pays qui avoient eu le malheur de se laisser séduire par un hérétique nommé Henri, qui couroit depuis longtemps les provinces de France. Cet imposteur avoit apostasie de la profession religieuse Se étoit, à ce qu'on croit^, originaire d'Italie, d'où vinrent tous ces restes de manichéens qui infectèrent comme lui les Gaules durant le onzième &. le douzième siècles. IP portoit une longue barbe, & marchoit nu-pieds; il imposoit aux simples par un extérieur extrêmement négligé, une piété apparente, une modestie affectée 8c des discours étudiés, & ne manquoit ni d'esprit ni d'éloquence. Il dogmatisa d'abord à Lausanne, en Suisse, 5c vint, en II 16, au Mans, d'où il fut chassé honteusement. Il passa ensuite à Poitiers 8c à "^ Bordeaux, d'où il fut également obligé de se retirer. Il se réfugia alors en Dauphiné 8c en Provence, 8c s'y associa avec un autre hérétique, nommé Pierre de Bruys, qu'il regardoit comme son maître. Leurs principales erreurs^ consistoient à rejeter une grande partie de l'Écriture sainte 8c le baptême des enfans. Ils ne vouloient ni autels ni églises matérielles, refusoient d'honorer la croix, soutenoient qu'il n'y avoit point de sacrifice de la messe, que les évêques 8c les prêtres ne consacroient pas le corps 8c le sang de Jésus-Christ 8c qu'enfin il ne falloit pas prier pour les morts : leur cœur étoit aussi corrompu que leur esprit, 8c ils menoient en particulier une vie très-débordée. Ils ^Éd. origin parcoururent ensemble ces deux provinces 8c y semèrent leurs erreurs; ce qui excita le zèle de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny. Ce saint abbé écrivit aux évêques du pays pour les exhorter à les chasser de leurs diocèses.
Ces prélats, animés par ses exhortations, s'élevèrent fortement contre les deux imposteurs 8c les obligèrent enfin, par l'autorité des princes, à quitter le pays Se à passer le Rhône. Pierre de Bruys 8c Henri se retirèrent alors à
' Henriqiiez, Meiioîogiuni Cisterciense. ^ S. Bernard, Ep'ist. 241.
' Mabillon, Praefalio in operibus S. Bcntardi, l 6. ' Pierre le Vénérable , Bibliotheca Clun'iacensîs,
^ Mabîllon, Analecta, t. 3, p. 3 12. p. 1 i i 8 & seq. — Fita S, Bernardi, 1. 3, c. 6,
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Saint-Gilles; les habitans se saisirent du premier & le firent brûler tout vif, en punition de ce qu'après avoir ramassé un grand nombre de croix, il y avoit mis le feu, 5c de ce qu'il avoit fait cuire 5c mangé de la viande le vendredi saint, 5l invité le peuple à e,n manger avec lui. Henri, son disciple, auroit sans doute subi le même sort, s'il n'eût pris la fuite. Il se retira dans la Septimanîey où avec les erreurs de son maître il enseigna les siennes propres. Il s'arrêta surtout à Toulouse, d'où il répandit ses dogmes pernicieux dans la Gascogne 8<. dans les pays circonvoisins, soit par lui-même, soit par ses disciples. Pierre le Vénérable marque ces circonstances dans le traité qu'il adressa aux évêques de Provence 5c de Daupbiné, pour réfuter les erreurs de cet apostat. Il témoigne, dans cet ouvrage, une vive douleur' de ce qu'une ville aussi consi- / dérable, aussi policée 5c aussi éclairée que Toulouse, s'étoit laissée séduire par un tel imposteur.
Le pape Eugène III, qui arriva en France^ pour prêcher la croisade, vers la fin du carême de l'an 1147, instruit du progrès que faisoit dans le Toulousain 5c aux environs la secte de Henri, en fut alarmé. Il nomma aussitôt le cardinal Albéric, évêque d'Ostie, légat du Saint-Siège, avec ordre de se rendre sur les lieux pour y combattre les hérétiques. Ce cardinal pria Geoffroi, évêque de Chartres, quelques autres prélats, 5c saint Bernard, abbé de Clairvaux, dont il connoissoit le zèle 5c les lumières, de l'accompagner dans cette légation.
Le saint abbé étoit alors de retour d'Allemagne, d'où il venoit de prêcher la'croisade. Il assista, le 16 de février de la même année, à l'assemblée que le roi Louis le Jeune tint à Étampes, au sujet de son prochain départ pour la Terre Sainte, 5c dans laquelle Suger, abbé de Saint-Denis, fut nommé régent du royaume. Il se trouva ensuite, à la fête de Pâques, au concile que le pape tint à Paris contre les erreurs de Gilbert de la Poirée, 5c se rendit enfin dans son monastère. Il comptoit s'y délasser de ses travaux, lorsqu'il reçut la lettre d'Albéric, qui le pressoit de se joindre à lui dans sa mission. Les infirmités dont il étoit actuellement accablé auroient pu lui servir d'excuse légitime, mais les besoins de la religion 5c l'empressement que l'église de Toulouse témoignoit depuis longtemps de le voir, le déterminèrent enfin à répondre au désir du légat. Il se mit en chemin pour aller à sa rencontre 5c crut devoir annoncer son arrivée par une lettre qu'il écrivit^ ^Alphonse, comte de Toulouse 6» de Saint -Gilles. Il expose d'abord à ce prince son extrême étonnement des ravages que l'hérétique Henri faisoit dans ses Etats, « où on voyoit, dit-il, les « églises sans peuple, le peuple sans prêtres, 5c les prêtres sans ministère. On « ne célèbre pas les fêtes, continue-t-il, les hommes meurent sans sacremens, <( 5c on refuse le baptême aux enfans. Un homme qui enseigne des choses si « contraires à Dieu peut-il venir de Dieu? On dit cependant qu'il a un « grand nombre de sectateurs; quel aveuglement! C'est ce qui m'engage.
' Pierre le Vénérable, Bihliotheca CluniacensiSj '' V'ita S. Bernardi, 1. 3, c. 6.
p. 1123. ^ S. Bernard, Epist. 241.
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t. II, p. 4 ^5.
quoique très-infirme, a venir clans vos cantons secourir les peuples, puisque personne n'ose s'opposera l'erreur, & que l'hérétique, après avoir été chassé du reste de la France, ravage le troupeau de Jésus-Christ sous votre autorité. Je vous laisse, prince illustre, à juger si cela vous fait honneur. Il n'est pas toutefois surprenant que ce rusé serpent vous ait trompé, car il affecte un extérieur de piété j mais apprenez qui il est : c'est un apostat qui, après avoir quitté l'habit religieux, a repris les moeurs du siècle; il est retourné comme un chien à son vomissement, &. n'osant demeurer parmi ceux qui le connoissent, il s'est mis à courir le monde. Il a commencé par mendier, & s'est mis ensuite à faire trafic de la parole de Dieu, car il est homme de lettres; 81 quand après son entretien il peut extorquer de l'argent des simples, il l'emploie au jeu ou avec des femmes de mauvaise vie. Informezvous, si vous le souhaitez, de quelle manière il est sorti de Lausanne, du Éd.onpiti. Mans, de Poitiers 5c de Bordeaux; il n'oseroit y retourner, car il y a commis des actions infâmes. Quel fruit peut-on espérer d'un pareil arbre? Tel est le sujet de mon voyage. Je ne l'ai pas entrepris de moi-même, mais par une vocation légitime Se par un mouvement de compassion pour l'Eglise. Si on peut arracher cette épine 8c ce mauvais germe du champ du Seigneur, tandis que l'un 8c l'autre sont encore foibles 8c naissans, on en sera redevable aux soins des saints évêques qui sont avec moi 8c au puissant secours que vous voudrez bien nous accorder. Parmi ces prélats est l'évêque d'Ostie, légat du Saint-Siège, homme recommandable par ses travaux apostoliques. Il est de votre intérêt, prince illustre, de le recevoir avec honneur, de même que ceux qui l'accompagnent, 8c de faire en sorte, suivant le pouvoir qui vous a été donné d'en haut, que le travail que ces grands hommes viennent entreprendre, principalement pour vous 8c pour vos sujets, ne demeure pas sans fruit. »
Saint Bernard fut reçu ' dans tous les lieux où il passa , comme un ange envoyé du ciel ; aussi Dieu fit-il connoître sa mission par une infinité de merveilles. L'empressement du peuple à lui demander jour 8c nuit sa bénédiction fut si grand qu'il en étoit accablé. Geoffroi , alors moine, 8c depuis abbé de Clairvaux, qui l'accompagnoit, le témoigne expressément dans la vie de cet abbé 8c dans la relation de leur voyage qu'il envoya à ses confrères; il leur marque que le saint, après être parti de Clairvaux, étoit tombé malade au voisinage de Poitiers, ce qui ne l'avoit pas empêché de continuer son chemin par Bordeaux, Bergerac, Périgueux, Sarlat 8c Cahors.
Les Toulousains reçurent saint Bernard dans leur ville avec beaucoup de respect et de vénération, 5c il y fut toujours traité avec honneur pendant tout son séjour, qui ne fut pas long. Il prêcha tous les jours publiquement. Il ne trouva que quelques tisserans qui fissent profession des erreurs de Henri,
' Fita s. Bernardi , 1. 3, c. 6. — Geoffroi c. i7&seq. — S. Bernard, £>iît. 242. — Mabillon, d'Auxerre, Epist. — Vita S. Bernardi, 1. 6 j 1. 7, Praejatio in operibus S. Bernardi, l 6.
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Si. qu'on nommoit ariens; mais cet hérétique y avoit un grand nombre de fauteurs secrets, même parmi les principaux habitans. Le légat l'ayant fait citer avec ses sectateurs devant son tribunal, ils prirent aussitôt la fuite 8<. se cachèrent en divers endroits. Leurs protecteurs, voyant qu'ils n'osoient se montrer, promirent alors de les abandonner. Enfin saint Bernard fit si bien, tant par ses discours que par les merveilles que Dieu opéra par son ministère, qu'il délivra entièrement la ville de Toulouse de l'hérésie. Les chevaliers promirent de chassera l'avenir les hérétiques, que le légat excommunia publiquement, de même que tous leurs fauteurs, avec défense de recevoir ni les uns, ni les autres, soit en témoignage, soit en jugement. Saint Bernard logea à Toulouse, avec sa suite, dans le monastère de Saint-Sernin, occupé alors par des chanoines réguliers. Il guérit miraculeusement un d'entre eux appelé Bernard, qui exerçoit la médecine St qui étoit attaqué d'une paralysie depuis sept mois. Ce chanoine, par reconnoissance, suivit le saint à Clairvaux, où il se fit religieux; il devint ensuite abbé de Valdeau dans le Toulousain.
Le légat & saint Bernard continuèrent leur mission dans le Toulousain £<. les pays voisins, & parcoururent diverses villes ou châteaux, surtout ceux que Henri avoit le plus infectés de ses erreurs. Le saint abbé faisoit usage partout du talent de la parole que Dieu lui avoit donné : il instruisoit les simples, fortifioit les foiblcs, rappeloit les errans & confondoit les obstinés; en sorte que rien ne lui résistoit : partout il étoit écouté avec avidité 8c avec fruit, &. partout il avoit la consolation de voir abjurer l'erreur. 11 prêcha entre autres à Verfeil {Viridefoliuni) ^ oh) suivant l'auteur de sa Vie, étoit le siège de Satan. C'est une petite ville qualifiée alors château, située à quatre lieues de Toulouse vers le levant. Il y avoit cent maisons' de chevaliers qui favorisoient tous l'hérésie. Saint Bernard, comptant que s'il pouvoit gagner ces gentilshommes, il lui seroit aisé de convertir tous les autres, prêcha dans l'église; mais les principaux en sortirent dès qu'il eut commencé sa prédication, S<. à leur exemple le reste des auditeurs en fit autant. Le saint se rendit alors dans la place publique où il continua à prêcher. Les chevaliers se cachèrent aussitôt d'un côté & d'autre, & il ne resta que le petit peuple. Les premiers revinrent ensuite au sermon Se firent tant de bruit par leurs clameurs, qu'on ne Éd. origin. pouvoit ricu entendre, ce qui engagea enfin saint Bernard à se retirer, après avoir secoué la poussière de ses souliers Si donné sa malédiction au château : « Anathème , dit un auteur^ du milieu du treizième siècle, qui eut son effet ; {' car tous ces chevaliers, qui étoient auparavant très-riches, moururent par « divers accidens dans une extrême pauvreté; & j'en ai vu, ajoute-t-il , un (c à Toulouse, dans ma jeunesse, âgé de cent ans, qui étoit le principal « seigneur de Verfeil, réduit à la dernière misère. » On prétend^ que le saint, en sortant de ce lieu, se retira dans un endroit du voisinage appelé
' Giiillaumc de Puylaurens, Chronicon, c. i. ' La Faille, Abrège des Annales de la ville de
* Ibid. Toulouse, c. 6, p. 97.
aujourd'hui !e bourg Saint-Bernard à cause de cet événement. Le saint abbé trouva dans sa mission' quelques autres chevaliers également prévenus en faveur de Henri, moins par attachement pour ses erreurs, que par la haine qu'ils avoient conçue contre le clergé j ce qui les portoit à écouter avec plaisir les railleries que cet hérétique faisoitdes ecclésiastiques. Ils promirent tous de ne plus le protéger, attendu qu'il avoit refusé de comparoître Se d'entrer en conférence, Se que pour l'éviter, il fuyoit devant le légat Se alloit de château en château. Ce prélat prononça alors une sentence contre lui Se ses sectateurs, Se eut soin de faire connoitre au peuple, pour le désabuser, le débordement de sa vie.
Saint Bernard, après avoir parcouru le Toulousain, passa à Saint-Paul sur l'Agout, entra dans l'Albigeois Se arriva à Albi , la veille de Saint-Pierre. Le légat l'avoit précédé de deux jours dans cette ville, dont presque tous les habitans avoient embrassé l'hérésie de Henri ou la favorisoient ouvertement, en sorte que c'étoit la ville du pays la plus infectée. Aussi le légat y fut-il très-mal reçu. Lorsqu'il fut au voisinage, le peuple alla par dérision au-devant de lui, monté sur des ânes Se au bruit des tambours j ce prélat ayant voulu célébrer la messe après son arrivée, à peine se trouva-t-il trente personnes dans l'église pour l'entendre. Le saint abbé étant arrivé trois jours après, les habitans le reçurent au contraire avec de grandes démonstratrons de joiej mais il étoit si prévenu contre eux, qu'il fut sur le point de refuser l'accueil qu'ils lui lirent. Le lendemain, jour de Saint-Pierre, il prêcha dans la cathédrale, Se il s'y trouva tant de monde que cette église ne pouvoit le contenir. Le saint parla ainsi à ce peuple : « J'étois venu pour semer, mais j'ai trouvé le champ rempli « d'une mauvaise semence ; cependant, comme vous êtes raisonnables, je vais « vous montrer l'une Se l'autre semence, afin que vous sachiez à quoi vous en « tenir. » Il commença par le sacrement de l'autel. Se parcourut ainsi tous les points contestés. Il exposa sur chacun ce que les hérétiques enseignoient Se ce que la foi exige des fidèles. Il demanda ensuite à ses auditeurs quelle des deux doctrines ils vouloient choisir : ils répondirent tous unanimement qu'ils détestoient l'erreur Se reconnoissoient avec joie la parole de Dieu Se la vérité catholique. « Faites donc pénitence, reprit saint Bernard, vous tous qui « avez été infectés de l'hérésie. Se soumettez-vous à l'Eglise; levez au ciel la «' main droite pour marque de votre retour. » Tous généralement la levèrent, Se le saint finit son sermon.
Ce détail, rapporté par un témoin oculaire, nous donne lieu de croire que le^ habitans d'Âlbi se convertirent sincèrement; ainsi nous ne saurions adopter la remarque d'un historien célèbre de nos jours ^ qui fait dériver le nom d'albigeois, qu'on donna dans la suite a ces hérétiques, du grand nombre d'entre eux qui se trouvoient alors dans la ville d'Albi. Il nous paroît, au con-
' VitaS. Bernard'i,\.'i,c.6. — Geoffroi d'Aunerre, ' Fleuri, Histoire ecclésiastiquej 1. 69, n. 25.
Ep'ist.
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traire, qu'on doit rapporter l'origine de ce nom à la condamnation qui fut faite, plusieurs années après, dans le concile tenu à Lombers en Albigeois, des sectaires qui avoient renouvelé les erreurs de Henri, non-seulement dans ce pays, mais encore dans une grande partie du Languedoc & de la Guyen-ne.
Saint Bernard ' parcourut les principales villes & plusieurs châteaux du domaine du comte de Toulouse, 8c il demeura dans le pays tout le temps qu'il crut nécessaire pour ramener les hérétiques. Geoffroi , son disciple, qui l'accompagnoit , avoue néanmoins qu'il y avoit un si grand nombre d'erreurs qu'il auroit fallu une mission plus longue pour les extirper entièrement j mais, ajoute-t-il, le saint abbé ne peut plus soutenir un si pénible travail : il appréhende d'ailleurs d'être trop longtemps absent de son monastère. Geoffroi écrit ensuite aux religieux de Clairvaux que saint Bernard, sur les lettres qu'il Éd. origin. avoit rcçucs de ce monastère, s'y rendroit incessamment, 6<. qu'il comptoit y arriver peu de temps après l'octave de l'Assomption. Le saint abbé, à son retour, reprit la même route qu'il avoit tenue en venant dans le pays, & repassa par^ Sarlat. Tel fut le voyage de cet homme apostolique dans la Province, où il eut le bonheur de ramener alors à la foi ceux qui s'en étoient écartés j mais malgré tous ses soins, l'hérésie des henriciens y demeura cachée comme le feu sous la cendre, &<. elle s'y renouvela si fortement quelques années après, qu'elle y causa enfin une extrême désolation.
Au reste, dans toute cette relation, il n'est rien dit d'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse. Un moderne ^ prétend cependant que ce prince regardoit Henri comme un saint, qu'il lui avoit donné sa confiance, 5c qu'il l'abandonna enfin lorsque saint Bernard eut guéri le chanoine paralytique de Saint- Sernin. Il ajoute que le saint abbé, après avoir désabusé le comte, lui persuada de prendre la croix, &c.; mais on a déjà vu qu'Alphonse s'étoit croisé longtemps auparavant, 8c il y a tout lieu de croire, supposé qu'il fût alors à Toulouse, qu'il y reçut le cardinal Albéric 8c saint Bernard avec toute sorte d'honneurs. Il pouvoit être alors dans cette ville, car nous verrons plus bas qu'il ne partit au plus tôt pour la croisade que vers la fin d'août de l'an 1147.
Quant à Henri, le religieux de "^ Clairvaux qui a fait la relation du voyage de saint Bernard assure que cet hérétique fut pris 8c conduit enchaîné devant l'évêque j qu'il demanda d'aller à Clairvaux pour y expier sa vie passée par la pénitence 5 que saint Bernard lui donna des lettres de recommandation pour être reçu dans le monastère, mais qu'il manqua de parole 8c persista dans ses erreurs. Un auteur postérieur^ dit, d'un autre côté, que Henri, après avoir été pris, fut conduit par l'évêque, à qui il avoit été remis, 8c qui étoit sans doute celui de Toulouse, au concile de Reims tenu au commencement de l'an 11485 qu'ayant été convaincu d'hérésie en pleine assemblée, le pape
' Fita. S. Bcrnardi, 1. 3, c. 6. ^ Vka S. Bernardi, 1. 3, c. 6, n. y.
' Ibid. 1. 3, c. 6, n. 7. ' Albéric de Trois-Fontaines, Chronicon, ad ann.
' Langlois, Histoire des croisades contre les albi- ' ' 49 > dans le t. 11 du Recueil des historiens de
geois, 1. I, p. 4, II, i3. France.
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Eugène III, qui y présidoit, lui fit grâce à la demande du même évoque, & se contenta de le condamnera une prison où il mourut peu de temps après. Quoi (ju'il en soit, ce concile fît un canon ' contre les hérétiques de Gascogne iS* de Provence 5c leurs fauteurs. Arnaud, archevêque de Narbonne, v assista^.
Peu de temps après le retour de saint Bernard à Clairvaux, Bertrand, abbé de Grandselve, au diocèse de Toulouse, l'alla voir dans ce monastère 8<. lui rendit un témoignage avantageux: de la pureté de la foi des Toulousains, de leur aversion pour les hérétiques Se de leur attachement pour sa personne. Le saint abbé en témoigna sa joie à ces peuples par une lettre qu'il leur adressa^ 8<. dans laquelle il leur parle ainsi : « Le séjour que j'ai fait chez vous a été court, mais il n'a pas été inutile j car, après avoir fait connoître la vérité tant par mes paroles que par des prodiges, on a découvert les loups qui sous la peau de brebis ravageoient votre troupeau. C'est pourquoi je vous exhorte à persévérer &<. à ne pas vous lasser, jusqu'à ce que vous les :< ayez entièrement chassés de vos cantons. » Il dit ensuite : « Qui me pro- ( curera le moyen de vous aller voir encore unç fois? J'en ai une très-grande envie, 5<. quoique infirme, je compterai pour rien la peine du voyage. Cependant soyez fermes dans le Seigneur, continuez comme vous avez commencé, obéissez à votre évêque Se à vos autres supérieurs ecclésiastiques, exercez l'hospitalité Se la charité envers les pauvres. Je vous exhorte surtout, ainsi que je vous le disois lorsque j'étois présent, à ne recevoir chez vous aucun prédicateur qui n'ait une mission légitime. Je vous recommande l'abbé de Grandselve, porteur de cette lettre. Se sa maison qui a été associée depuis peu {nuper) à notre ordre, Se en particulier à l'église de Clairvaux. Faites voir dans la personne de cet abbé Se des saints qui demeurent avec lui, le progrès que vous avez fait par nos exhortations dans les œuvres de miséricorde ; faites-leur éprouver la même affection que vous avez pour nous, S<. regardez comme fait à moi-même tout le bien que vous voudrez bien leur faire. »