‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 213 sur 227 · I. — Étendue du domaine de Raîmond Vy comte de Toulouse · texte numérisé non relu

I. — Étendue du domaine de Raîmond Vy comte de Toulouse

AIMOND V n'avoit que quatorze ans lorsqu'il succéda à Alphonse- Jourdain, son père. Il hérita de tous ses domaines & se qualifia, comme

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lui, comte de Toulouse^ duc de Narhonne 6» marquis de Provence. En t.u, p. 461.

qualité de comte de Toulouse, il possédoit, outre le domaine soit direct soit

suzerain de tous les pays compris dans la province ecclésiastique de cette ville,

les comtés particuliers d'Albigeois, de Querci Se de Rouergue. Le duché de

Narbonne lui donnoit une autorité supérieure sur toute l'ancienne Septi-

manie, composée des diocèses de Narbonne, Béziers, Agde , Carcassonne,

Lodève, Maguelonne, Nimes 8c Uzès. Il possédoit de plus la plupart des

comtés particuliers de cette province, entre autres ceux de Narbonne 8<. de

Saint-Gilles. Enfin, sous le nom de marquis de Provence, il dominoit sur

tous les pays situés entre le Rhône, l'Isère, les Alpes & la Durance. Il est

aisé de juger par ce détail de la puissance de ce prince. Se qu'il pouvoit le

disputer aux plus grands vassaux de la couronne Se au roi même, dont le

domaine particulier étoit bien moins étendu.

On a vu ailleurs que les prédécesseurs de Raimond étendoient aussi leur Éd. origin, 1 r ^ 1. Il, p. 462.

domination sur l'Auvergne, le Périgord, le bas Limousin, l'Astarac, l'Agenois, le Vivarais, le Vêlai Se le Gévaudan. Il ne paroît pas qu'Alphonse, père de ce prince, ni lui, aient renoncé à leurs droits sur ces pays; leur autorité y fut cependant fort affoiblie, tant par les prétentions des comtes de Poitiers, ducs d'Aquitaine, que par le soin qu'eurent les évêques de Viviers, de Mende Se du Puy,de se servir de diverses conjonctures favorables pour étendre leur domaine

temporel dans leurs diocèses, dont ils acquirent enfin les comtés particuliers. L'évêque de Viviers profita entre autres de la minorité du comte Raimond V.

IL — Êvêques de Viviers. — Us se soumettent à l'autorité des Empereurs dont ils obtiennent divers privilèges.

Ce prélat, nommé Guillaume, se trouvoit proche parent de l'empereur Conrad III, qui, se prétendant héritier du royaume de Provence, possédé par l'usurpateur Boson, dominoit de l'autre côté du Rhône par la condescendance ou la foiblesse de nos rois, dont le droit sur cette ancienne portion de la monarchie étoit incontestable'. Les prédécesseurs de Conrad avoient borné leur autorité jusques alors à la gauche du Rhône; car quoique l'ancien royaume de Provence s'étendît en deçà de ce fleuve & comprît les diocèses de Viviers 5c d'Uzès, ces deux pays avoient été réunis à la couronne^, vers l'an 920, par les princes de la maison de Toulouse, qui en possédèrent les comtés particuliers jusques à la fin du onzième siècle, que Raimond de Saint- Gilles & Bertrand, son fils aîné, étoient encore maîtres de la ville & du comté de Viviers^. Durant l'absence de ces deux princes, qui moururent à la Terre Sainte, 8c les troubles arrivés dans la Province à l'avènement d'Alphonse- Jourdain au comté de Toulouse, les évêques de Viviers, qui avoient leurs vues, reconnurent la souveraineté des empereurs d'Allemagne. Enfin Alphonse étant mort aussi à la Terre Sainte en 1148, &. Raimond V, son fils, étant alors en bas âge, Guillaume I, évêque de Viviers, acheva dans cette circonstance ce que ses prédécesseurs avoient commencé, 8c tâcha non-seulement de ^^ f,e soustraire tout à fait de la dépendance des comtes de Toulouse, mais encore itk de s'ériger en seul seigneur de sa ville épiscopale. Il s'adressa pour cela à l'empereur Conrad, son parent, qui, ravi de trouver une occasion d'étendre son pouvoir à la droite du Rhône, lui accorda d'autant plus volontiers sa demande, qu'il ne lui en coûtoit rien de son domaine. Ce prince donna donc à Guillaume Se aux évêques de Viviers, ses successeurs, par un diplôme "^ daté ~^ de l'année 1149, l<i dixième de son règne, les droits régaliens sur cette ville, la monnoie 8c le péage sur les grands chemins 8c sur le Rhône, 8c enfin le château de Donzère, situé de l'autre côté de ce fleuve. Les évêques de Viviers ne se contentèrent pas de posséder, en vertu de cette concession, le domaine de leur ville épiscopale; ils prétendirent encore, dans la suite, étendre leur domination sur le reste de leur diocèse, ce qui occasionna de grands différends entre eux 8c les comtes de Toulouse. Enfin ces prélats se regardèrent depuis comme vassaux de l'Empire, jusqu'à ce que les rois Louis 8c Philippe le Bel les obligèrent à reconnoître leur souveraineté, comme nous le verrons ailleurs.

' Voyez tome IV, Vote I, * Columfcl, Eplscopi Flyarienses , p. iio & seq.

" Ibid. Note XV, n. 3. édition de i66S.

' Tome V, Chartes ik Diplômes, rt. CCCXÏ.

Guillaume 1, évêque de Viviers, ne survécut' pas longtemps au privilège qu'il avoit obtenu de l'empereur Conrad : Thomas lui avoit déjà succédé trois ans après, comme il paroît par le cartulaire dans lequel il fit transcrire les anciennes chartes de son église, Se qui est daté de l'année 11 52, la quatorfième du règne de Conrad. Ce prince mourut^ le i5 de février de la même année. C'est de l'un ou de l'autre de ces évêques de Viviers, Se plus vaisemblablement du premier, qu'a voulu parler Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, dans une lettre-^ qu'il écrivit au pape Eugène III pour le prier de révoquer comme suspects Raimond de Montredon, archevêque d'Arles, 5c l'évêque de Viviers, qu'il avoit chargés d'examiner un différend qui s'étoit élevé entre les évêques de Nimes 8c l'abbé de la Chaise-Dieu, touchant la dépendance du monastère de Saint-Bausile de Nimes, avec ordre de lui faire ensuite leur rapport. « Ly'archevêque d'Arles, dit l'abbé de Cluny dans cette lettre, est « natif du diocèse de Nimes; il a été offert, dans sa jeunesse, à la cathédrale « de cette ville Se en a été chanoine. Ayant passé ensuite successivement à <t l'évêché d'Agde 8c à l'archevêché d'Arles, il a toujours embrassé avec chaleur <( les intérêts de l'évêque de Nimes. Quant à l'évêque de Viviers, il est véri- « tablement religieux de Cluny; mais outre qu'il a été longtemps voisin de u la ville de Nimes, avant que d'être évêque 5c depuis qu'il l'est, il est lié par « une étroite amitié &c par le sang avec l'évêque de cette ville. » Celui-ci, nommé Aldebert ou Albert, étoit fils de Raimond-Decan, seigneur d'Uzès 5c de Posquières. Pierre le Vénérable dit ensuite au pape qu'il espère que Sa

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VJ

Éd. origin.

' Les Bénédictins, sur la foi de Columbi [Episcopi Vivarienfes, p. 210 & suiv.) , ont commis ici une assez grave erreur au sujet des évêques ai Viviers. Ils placent sur le siège de cette ville Guillaume I, mort, à ce qu'ils affirment, en iiSoOu ii5i, 8c un Guillaume II cité comme évêque en i iô3, entre les uels vient se placer l'évêque Thomas II qui, avant le i5 février 1102, aurait fait recueillir & copi-r les chartes de son diocèse. On sait qu'à la fin de cette copie on lit :

« Ego Tliomaa episcopus exemplavï istud politicum de aliis vctustissimis chartulis, ijuas inveni m chartularto S. Vincentii, & nec tertiam partent potui exemplare, propter nimiam velustatem quà sunt consumptae ; anno XIIII régnante domino Conrado regc. »

De ce texte il résulte clairement que l'évêque Thomas écrivit le pouillé ou cartulaire de sa cathédrale la quatorzième année du règne de Conrad. Mais trois princes de ce nom ont régné successivement sur le Vivarais, savoir : Conrad le Pacifique, roi de Bourgogne, 937-998; l'empereur Conrad le Salique, comme roi de Bourgogne, de io32 à io38, & l'empereur Conrad III , roi des Romains, de 1 1 39 à 11 52. Quel est celui de ces trois princes auquel l'évêque Thomas fait allusion dans la phrase précitéel* Columbi, & après lui la plupart des historiens.

ont prétendu que c'était l'empereur Conrad III; mais sî l'on se reporte à la chronologie, on ne peut trouver quatorze années de règne à cet empereur, à moins de prolonger sa vie & son règne jusqu'en I I 53, comme l'a fait Columbi ; mais ce prince était mort le i5 février 11 52, & d'ailleurs, en 11 53, le siège de Viviers était occupé par un évêque du nom de Guillaume. Or, comme il ne peut être question, dans les indices chronologiques de la Charta vêtus, de Conrad le Salique, dont le règne ne fut que de six ans, il faut donc reporter sous le règne de Conrad le Pacifique, avec M. Rouchicr, l'époque à laquelle a vécu son rédacteur. La quatorzième année du règne de ce prince, qui est resté cinquante-six ans sur le trône de Bourgogne & dont on a d'assez nombreuses chartes, correspond à l'année 95o. C'est à cette date, en effet, qu'il faut placer Thomas II, ainsi que l'a parfaitement établi M. le chanoine Rouchier, dans son Histoire religieuse, civile & po~ litique du Vivarais. Il résulte également de ce qui précède que Guillaume II , évêque de Viviers, qui vivait en 1 i53, n'est point différent de Guillaume I, cité pour la dernière fois par les Bénédictins en 1149. [E. M.]

' Pagi, ad ann. 1 i52, n. 3.

' Pierre le Vénérable, 1. 5, Epist. 4.

An

Sainteté maintiendra l'abbaye de la Chaise-Dieu dans l'autorité qu'elle avoit depuis si longtemps sur le monastère de Saint-Bausile, dont l'église Se les bâtimens ne sont devenus considérables, ajoute-t-il, que par les dépenses immenses qu'elle y a faites, étant réduit auparavant à une extrême pauvreté. Cet ancien monastère subsiste encore aujourd'hui sous la dépendance de l'abbaye de la Chaise-Dieu 5 mais depuis les ravages des calvinistes 6c l'introduction des commendes, il est dans un état encore plus déplorable que lorsqu'il fut uni à cette abbave.

Guillaume II avoit déjà succédé ', en 11 54, à Thomas II, évêque de Viviers, 6<. Raimond d'Uzès, frère d'Aldebert, évêque de Nimes, à Guillaume II, en 1157. L'empereur Frédéric I accorda un privilège aux. habitans de Viviers sous l'épiscopat du même R.aimond, qui reconnoissoit par conséquent la souveraineté de ce prince sur sa ville épiscopale 5 ce qui n'empêchoit pas qu'il n'eût des liaisons très-étroites avec le roi Louis le Jeune : il traite, en effet, ce roi de seigneur 6* d'ami, dans une lettre^ qu'il lui écrivit, vers l'an 1160, en faveur de l'abbaye de Tournus-sur-Saône, alors désolée^ par son abbé, qui s'étoit enfui après l'avoir ruinée. Raimond d'Uzès, évêque de Viviers, se qualifie dans cette lettre oncle du comte de Toulouse : ce prélat étoit par conséquent'^ frère de Faydide, mère de Pvaimond V, comte de cette ville.

III. — Assemblée de Bt-[iers. — Raimond V, comte de Toulouse y y termine ses différends avec Vahhaye de Montauhan.

Un des premiers soins de Raimond V, après avoir succédé à Alphonse- Jourdain son père, fut de gagner la bienveillance de ses principaux vassaux, pour les engager par là à ne rien entreprendre contre lui pendant sa jeunesse. Ce fut sans doute par ce motif qu'il jura^ solennellement à Roger, vicomte de Carcassonne, de n'attenter ni contre sa vie, ni sur ses domaines, Se de l'aider contre tous, excepté contre ses propres vassaux 8<. les frères de ce vicomte. Raimond fit ce serment dans une grande assemblée qui se tint à Béziers, dans l'église de la Magdelaine, le lundi 2 mai de l'an 1149, sous le règne du roi Louis qui étoit alors à Jérusalem, 8<. à laquelle se trouvèrent Rigaud, évêque d'Albi, Aldebert, évêque de Nimes, Pierre, évêque de Lodève, Bernard Pelet, comte de Melgueil, Sicard , vicomte de Lautrec, Sicard & Guillabert de Lauran, Richard de l'Ile, Bermond d'Uzès Se plusieurs autres seigneurs de marque.

Amélius, abbé de Saint-Théodard ou Saint-Audard de Montauban , assista aussi à cette assemblée Se passa alors une transaction*^ avec Raimond, comte

' Columbi , Episcopi Vivarienses, p, 211, édition * Voyez tome IV, Uote L, n. 14.

de 1668. — GaZZza CAnjfitfrta, nov. edit. t. 2, p. 335. 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

" Duchesne,'iîec£ie/7 des historiens de France, t. 4, méro CCCCLXXIV. p. 653. * Gall'ia Christiana, t. 3, p. 744. — Lebret, His~

^ Gallia Christiana, nov. edit. t. 4, p. 969. totre de Montauban, p. 5i & suiv.

' ' An I ii)p

de Toulouse, au sujet des différends que ce monastère avoit eus avec Alphonse- Jourdain son père, touchant la construction de la ville de Montauhan, îk qui n'a voient pu encore être terminés à cause du vovage ik de la mort de ce prince dans la Terre Sainte. Le comte Raimond céda par cet accord à Amélius Se à ses religieux la moitié du domaine & de la justice de Montauhan, dont il se réserva seulement le château ; il leur céda aussi les terres que l'ahhaye possédoit avant la construction de la ville, la moitié du lieu de Villemade St de toutes les autres terres 5c seigneuries situées au voisinage de ce lieu, entre le Tarn & l'Aveyron, Se la moitié de ces deux rivières. Il leur donna de plus toutes les églises qu'on bâtiroit dans la suite dans ce canton , Se exempta l'abbaye de tous droits Se devoirs envers lui Se ses successeurs, avec permission à l'abbé d'obliger les habitans de Montauhan qui avoient abandonné l'ancienne ville de Montauriol d'y revenir Se d'y demeurer pendant quinze ans sans être tenus de rien payer. Roger de Béziers, vicomte de Carcassonne, Sicard, vicomte de Lautrec, Sicard de Lauran Se deux autres seigr-eurs furent garants de cette convention, qui est datée de Béziers un vendredi du mois de mai de l'an 1149, Se (jui fut passée en présence de Bermond, évêque de cette ville, de Bermond d'Uzès, de Richard de l'Ile, Sec. Le comte de Toulouse fît un voyage la même année à Uzès Se y présida à un plaid ', tenu au sujet des démêlés qui s'étoient renouvelés entre l'évêque Se les seigneurs de cette ville.

IV. — Retour du vicomte Trencavel de la Terre Sainte. — Archevêques

de Narbonne,

Dans le temps de l'assemblée de Béziers, Raimond -Trencavel , vicomte de J^d ongin.

•11 .. • J 1 T- C • > -1 • t. II, p. 46+.

cette ville, netoit pas encore revenu cie la 1 erre bainte, ou il avoit accompagné^ le comte Alphonse-Jourdain. A son retour, il passa à Rome Se obtint, au mois d'octobre"^ de l'an 1149, du pape Eugène III la permission de faire construire une chapelle dans son palais, qui ne seroit pas sujette à l'interdit, à moins qu'il n'y eût de la faute de sa part ou des siens. Eugène écrivit là-dessus de Grotta-Ferrata, lieu situé auprès de Frascati, à Bermond, évêque de Béziers, Se le pria de permettre la construction de cette chapelle Se de la bénir, sauf les droits de son église.

Ce prélat étoit de la maison de Lèvezon ou Levenon, Se avoit succédé à Arnaud de Lèvezon, archevêque de Narbonne, son proche parent, qui étoit alors parvenu"* à une extrême vieillesse. Arnaud réforma^ le chapitre de Narbonne dont les chanoines , qui avoient embrassé la règle de Saint- Augustin, commençoient à déchoir de la ferveur de leur institut j il régla <^,

■ Manuscrit d'Aubays, n. 88. * Pierre le Vénérable, 1. 4, Epist. 1.

' Gaufridus, prior Vosiensis, dans Labbe, t. i 1 , * Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc,

» Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLXXIII, * Cartulaire de l église de Narhcnne. la 5'' charte Citée sous ce Ui-iméro.

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en 1149, un différend qui s'étoit élevé entre eux & le sacristain, au sujet des lits de ceux qui se faisoient inhumer dans le cimetière de la cathédrale : il adjugea ceux des clercs aux chanoines, &. ceux des laïques au sacristain. On prétend ' que le pape Innocent II lui écrivit, en 1 140, Se à l'évêque d'Elne, pour leur enjoindre d'empêcher que les barons de la province de Narbonne Se leurs officiers ne vexassent les ecclésiastiques 5 mais cette lettre est du pape Innocent IV, & non pas d'Innocent II. Ce n'est pas que les seigneurs séculiers ne maltraitassent l'église de Narbonne sous l'épiscopat d'Arnaud, comme il paroît en particulier par le différend qu'eut ce prélat^, en 1145, avec les châtelains de Sigean, ses vassaux, qui prétendoient qu'après la mort des archevêques les meubles Se les effets de ce château leur appartenoient.

Arnaud ^ étoit dans le dessein de se démettre de l'archevêché de Narbonne à la fin de ses jours, de se retirer à Cluny Se d'y embrasser l'état monastique, pour vaquer plus à loisir aux exercices spirituels; mais il n'exécuta pas ce dessein. Il fit son testament"^, le mercredi 28 de septembre de l'an 1149, Se choisit sa sépulture dans l'église de Saint-Paul où il fonda un anniversaire. Il en fonda un autre dans sa cathédrale Se fit de grands biens à ces deux églises. Il donna le château de Monteil à Arnaud, archidiacre, son neveu. Se légua ses Sarrasins, c'est-a-dire les esclaves qu'il avoit de cette nation, à l'évêque de Béziers. Il laissa tout le reste de ses domaines à son successeur Se mourut deux jours après.

Pierre, abbé de Saint-Gilles, lui succéda. Il possédoit depuis l'an iiSi cette abbaye dont il soutint les intérêts après son élévation à l'archevêché de Narbonne, par le témoignage ^ qu'il rendit avec Raimond, évêque d'Apt, au mois d'octobre de l'an ii5i, comme ayant été présens lorsque le comte Raimond, sur son départ pour Jérusalem, céda à ce monastère tous les droits qu'il prétendoit sur la ville de Saint-Gilles. Aldebert, évêque de Nimes, Se les principaux habitans de Saint-Gilles, parmi lesquels il y en a deux qui se qualifient consuls, furent présens à ce témoignage, suivant lequel il paroît que l'archevêque de Narbonne Se l'évêque d'Apt qui le rendirent étoient déjà religieux de cette abbaye dès l'an loçS.

Pierre, peu de temps après son élection à l'archevêché de Narbonne, eut un différend ^ avec les abbés de la Grasse Se de Saint-Pons qui mettoient des curés dans les paroisses de leurs dépendances, sans sa participation. Se communiquoient avec ceux qu'il avoit excommuniés. Le pape Eugène III, à qui il en porta ses plaintes, écrivit diverses lettres à ces deux abbés Se leur ordonna de se conformer, touchant le premier article, aux canons du concile de Clermont, tenu sous le pontificat d'Urbain II. Quant au second, il leur défendit de recevoir ceux qui avoient été excommuniés par l'archevêque. Eugène étendit cette

' Aguirre, Concilia Hispanica, t. 3, p. 348. ^ Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc,

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- p. 787.

méro CCCCLXIV. «Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLXXXVI.

^ Pierre 1« Vénérable, 1. 4, Epist. i, * Conciles, t. 10, p. 1846 & suiy.

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défense à tous les religieux du diocèse de Narbonne 5t confirma ', en 1 153, les privilèges de cette église en faveur du même archevêque, qui obligea, en 1 155, le seigneur de Fonjoncouse, son vassal, à se départir du droit qu'il avoit usurpé de s'emparer des meubles 6c du revenu de ce château pendant la vacance du siège archiépiscopal.

V. — Ermengarde , vicomtesse de Narbonne , épouse en secondes noces

Bernard d'Andu-^e.

Comme Pierre, archevêque de Narbonne, se ànfils de Syhille dans quelques actes, un auteur^ conjecture de là que ce prélat étoit frère de Pierre (il devoit dire de Bernard) d'Anduze, qui se dit aussi fils de SyhilUy &. qu'Ermengarde, t.'^n p"*'"5. vicomtesse de Narbonne, épousa en secondes noces. Cette conjecture, qui paroît fondée, prouveroit que la vicomtesse Ermengarde, après avoir perdu le comte Alphonse, son premier mari , qu'elle avoit épousé en 1142 & dont elle n'eut point d'enfans, s'étoit déjà remariée avec Bernard d'Anduze dès l'an 1145. Il n'y a pas lieu de douter, en effet, que cette dame, qui de même que ses prédécesseurs avoit beaucoup de part à l'élection des archevêques de Narbonne, n'ait favorisé celle de Pierre, abbé de Saint-Gilles j ce qu'elle aura fait à cause de leur alliance, laquelle aura été par conséquent antérieure. Quoi qu'il en soit, il est certain du moins que cette vicomtesse épousa le seigneur d'Anduze, comme il paroît par un hommage^ sans date, rendu « à « Bernard d'Anduze, fils de Sybille, S(. à Ermengarde, vicomtesse de Nar- « bonne, sa femme. » On prétend "^ que Bernard étoit fils de Raimond II d'Anduze, 8c petit-fils de Bernard dont il est fait mention dans le testament^ de Guillaume V, seigneur de Montpellier, de l'an 11 14.

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