‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificatives (volume 2)Chapitre 215 sur 227 · VIII. — Second mariage du vicomte Raimond-Trencavel · texte numérisé non relu

VIII. — Second mariage du vicomte Raimond-Trencavel

Ce vicomte avoit' en ce temps-là un fils nommé Pvoger, de Saure sa femme; Éd. origin. ce qui fait voir qu'il avoit perdu depuis quelque temps Adélaïde, qu'il avoit épousée en premières noces; il eut de celle-ci une fille, appelée Cécile, dont nous parlerons bientôt. On ignore également de quelle maison étoient ces deux femmes de Trencavel ; car c'est sans aucun fondement que les uns^ font la seconde de la maison de Toulouse, 8c que les autres ^ prétendent qu'elle étoit sœur d'Alphonse le Chaste y roi d'Aragon. Tout ce qu'on peut assurer, c'est que Saure étoit fille ou veuve d'un comte, puisqu'elle prend le titre de comtesse dans tous les actes, du vivant de Trencavel son mari, qui ne se qualifia jamais que vicomte, mais dont la maison étoit cependant aussi distinguée & aussi puissante que celle d'aucun comte du royaume. Ce vicomte &c Roger son frère comptoient"^, en effet, au nombre de leurs vassaux les vicomtes de Minerve & plusieurs autres seigneurs de marque, tels que ceux de Saissac & de Vintron.

IX. — Fondation des abbayes de Villelongue 6* de Rieunete, au diocèse

de Carcassonne.

Le vicomte Roger, frère de Trencavel, donna ^ au mois de juillet de l'an ii5o, à l'abbaye de Bonnefont, de l'ordre de Cîteaux , au diocèse de Comminges, tout ce qu'il possédoit dans le territoire de Compagne, avec le bois nécessaire pour y construire un monastère. Se plusieurs pâturages. Cette donation Se celle "^ que divers gentilshommes du pays avoient déjà faite, dès les mois de mai Se de juin de l'an 1149, à Bernard de Compagne, religieux de Bonnefont, donnèrent occasion à cette fondation, qui fut faite dans le diocèse de Carcassonne, entre les deux ruisseaux de Sor Se de Lampi , au pied de la montagne Noire, au voisinage de Saissac, vers les frontières du Toulousain. Isarn -Jourdain , seigneur de Saissac, fut un des principaux bienfaiteurs de ce nouveau monastère. Il étoit déjà décédé en ii52 ; il laissa de sa femme Guillemette trois fils, Isarn-Jourdain, Jourdain Se Guil-

'TomeV, Chartes & Diplômes, n.CCCCLXXXIX, 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, miles 1''% 7*" & 8* extraits cités sous ce numéro. méro CCCCLXXVIII , la 2*^ charte citée sous ce

' Besse, Histoire de Carcassonne, p. izS. numéro.

' Baluze, Histoire généalogique de la maison ^ /Aii. n. CCCCLXXVIII, la i"^' charte citée sous

d'Auvergne, t. i, p. 268. ce numéro. [Le donataire est Guillaume de Com-

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- pagne & non Bernard, comme le porte ici le texte.]

méros CCCCLXXI & CCCCLXXV. Archives de l'abbaye de Villelongue.

An j i5o /

laumeBernard, dont le dernier se fit religieux à Compagne en 1 158. Bernard, abbé de Valseguier ou de Montolieu, contribua aussi à la fondation de cette abbaye', dont les bâtimens étoient achevés à la fin de l'an ii5o. Elle étoit alors gouvernée par un prieur nommé Arnaud , lequel prenoit la qualité d'abbé au mois d'août^ de l'an ii5i. Un gentilhomme, nommé Bernard de Castillon, donna l'année suivante ^ au monastère de Compagne, en présence de Guillaume de Montpellierj moiney le village de Villelongue, qui en étoit distant de deux lieues vers le midi. La situation de ce village étant beaucoup plus commode, elle donna lieu aux religieux de s'y transférer bientôt après ; ce qui étoit déjà exécuté en ii65, commue il paroît par les donations que firent cette année Isarn-Jourdain, Bertrand de Saissac & quelques autres seigneurs à Pierre, abbé de Bonnefont, &. à Guillaume-Raim.ond , abbé de Saint-Jean de Villelongue. Telle est l'origine de cette abbaye, qui est de la filiation de Morimond, Se de la dépendance immédiate de Bonnefont. Celle de Rieunete, qui lui étoit soumise, fut fondée"^ pour des filles de l'ordre de Cîteaux, vers l'an 1162, dans le même diocèse de Carcassonne, vers les confins de celui de Narbonne, à deux lieues de l'abbaye de Saint-Hilaire Se à six de celle de Saint-Polycarpe. Le monastère de Rieunete ayant été ruiné au seizième siècle par les calvinistes, fut réuni à celui de Villelongue ; il en fut séparé, au milieu du dernier, Se transféré dans la ville de Carcassonne, où il subsiste encore aujourd'hui.

X. — Le vicomte Roger fait son testament 6* meurt sans enfans,

La donation que le vicomte Roger fit à l'abbaye de Compagne fut une des dernières actions de sa vie. Il tomba malade^ peu de temps après, à Fanjaux, Se y fit son testament, le vendredi onzième d'août de l'an ii5o, en présence de Pons, évêque de Carcassonne, Se de plusieurs de ses vassaux. Il avoit été marié deux fois : la première "5, avec Adélaïde, sœur de Baudouin, seigneur de Pons en Saintonge, Se la seconde, avec Bernarde, fille de Bernard IV, comte de Comminges, qu'il avoit épousée en iiSg Se qui lui survécut. Comme il n'avoit point d'enfans d'aucune de ces deux femmes, il laissa tous ses domaines'^, qui consistoient principalement dans les vicomtes de Carcassonne, de Razès Se d'Albi, à Raimond-Trencavel , son frère, vicomte de Béziers Se d'Agde. Il choisit sa sépulture parmi les chevaliers du Temple, sans désigner l'endroit où il vouloit être inhumé. Il restitua quelques domaines dont il s'étoit emparé à l'église de Carcassonne, Se le village de Casillac à l'abbaye de la Grasse } il abolit le droit qu'il levoit sur le sel 6- d'autres mauvais usages

' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLXXV, * Archives de l'abbaye de Rieunete.

la 3* charte citée sous ce numéro. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

* Gallia Chr'tst'iana, nov. edit. t. i, p. i i i5. méro CCCCLXXXI.

'TomeV,Chartes& Diplômes, n.CCCCLXXVIII, « Voyez tome IV, Note XXII, n. 9.

la 3*^ charte citée sous ce numéro. ' Tome V, Chartes &. Diplômes, n. CCCCLXXXI.

An I I 5o

que lui ou son père avoient établis, 8c ordonna k Raimond-Trencavel , son tJ-oriRin.

r V 1 1 1 . t. Il, p. 407

rrere, de rendre au comte de Foix quelques villages, à la charge que ce dernier lui payeroit la somme de sept mille sols melgoriens, pour laquelle il les avoit engagés, & lui feroit justice au sujet de la ville de Mirepoix qu'il lui détenait injustement. Enfin il charge le même Trencavel de donner à la vicomtesse Bernarde, sa femme, la somme de dix mille sols melgoriens, avec la moitié de ses meubles, excepté l'or & l'argent, & de lui rendre sa dot, à condition qu'elle renonccroit à ses droits sur les châteaux qui lui avoient été assignés pour son douaire. Le vicomte Roger mourut' le lendemain, 12 d'août, à Fanjaux. Raimond-Trencavel, son frère, exécuta fidèlement sa volonté ik restitua à l'abbaye de la Grasse le village de Casillac, par un acte ^ daté du mardi 17 de janvier de Van ii5o, & par conséquent de l'an ii5i suivant notre manière de compter.

XI. — Raimond-Trencavel 6» Bernard-Atonj frères de Roger, s'accordent sur sa succession. — Domaine de ces vicomtes.

La disposition testamentaire de Roger causa de la division entre les deux frères Raimond-Trencavel, vicomte de Béziers, St Bernard-Aton, vicomte de Nimes. Le dernier, qui avoit été exclu de la succession , prétendit y avoir part. Enfin les deux frères s'accordèrent 3, le i3 de novembre de l'an ii5o, par l'entremise de Rigaud, évêque d'Albi, 8c de quelques seigneurs. R.aimond- Trencavel céda à Raimond la ville d'Agde 8c toute la partie du diocèse de cette ville située à la gauche de l'Hérault, 8c se réserva le reste du diocèse. Il lui donna de plus la somme de trente mille sols melgoriens, à raison de quarante-sept sols 8c demi par marc d'argent. Moyennant cette cession, Bernard- Aton renonça, en faveur de Trencavel, à toutes les prétentions qu'il avoit sur la succession de leur père 8c de leur frère Roger. Ils convinrent en même temps : 1° qu'on ne fabriqueroit aucune monnoie dans le diocèse d'Agde, 8c que celle de Béziers y auroit cours 5 2° qu'ils se succéderoient l'un à l'autre en cas que l'un des deux vînt à décéder sans enfans légitimes. Enfin, après s'être promis par serment de s'entr'aider envers tous 8c contre tous 8c d'exécuter fidèlement cet accord, ils se donnèrent de part 8c d'autre des otages 8c vécurent depuis en bonne intelligence. Le domaine de Trencavel fut réduit par là aux vicomtes de Carcassonne, Razès, Béziers 8c Al bi, 8c Bernard-Aton eut pour sa part celles de Nimes 8c d'Agde.

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