XII. — Comtes de Comminges
Bernarde se retira sans doute, après la mort du vicomte Roger, son marî, auprès de Bernard, comte de Comminges, son père. On assure que ce dernier
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLXXXI. 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
» Uid. n. CCCCLXXXII. méro CCCCLXXXIII.
An I i5o '
tut tué', la môme année ii5o, auprès de Saint-Gauelens, & inhumé dans l'abbaye de Bonnefont qu'il avoit fondée. Bernard fut le quatrième^ comte de Comminges de son nom. On lui attribue aussi la fondation de l'abbaye de Feuillans dans l'ancien diocèse de Toulouse, & aujourd'hui dans celui de Rieux. Il laissa de Dias de Muret, sa femme, plusieurs enfans dont on a déjà parlé ailleurs. On prétend^ que Bernard, son fils aîné,, mourut jeune Se avant lui, & qu'Odon , son second fils, lui succéda immédiatement. Nous voyons cependant, en iiSy, un Bernard'^ comte de Comminges, auquel son fils Dodon avoit déjà succédé au commencement de l'an 1166. Il faut donc que le père du comte Dodon fût fils de Bernard IV, &. le cinquième comte de Comminges de ce nom. On veut aussi ^ que Roger, de qui on fait descendre les vicomtes de Conserans de la maison de Comminges, ait été fils de Bernard IV 5 mais d'autres '^ croient que ce Roger, premier vicomte de Conserans, n'étoit que petit-fils de Bernard IV.
XIII. — Traité entre Trencavel (S* le comte de Barcelone. — Le premier reconnoit la su-^eraineté de Vautre sur une partie de ses domaines , au préjudice du comte de Toulouse.
Dans le même temps que Raimond-Trencavel s'accorda avec Bernard-Aton,
son frère, sur la succession du vicomte Roger, leur frère, il fit un traité avec
le comte de Barcelone. Pour mieux comprendre ce qui y donna occasion , il
faut reprendre les choses de plus haut. Depuis que le vicomte Bernard-Aton
eut soumis'', vers l'an 1122, la ville de Carcassonne, que Raimond-Bé-
ranger III, comte de Barcelone, lui avoit enlevée par surprise, deux ans
auparavant, ce vicomte Si Roger son fils jouirent paisiblement de cette ville,
de son comté, de celui de Razès Si du pays de Lauragais, sur lesquels le
comte avoit des prétentions dont on a parlé ailleurs. Bernard-Aton Se son
fils, après avoir secoué le joug de ce prince, se maintinrent dans la possession
de tous ces pays, sous la protection d'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse,
avec lequel ils s'unirent très-étroitement Se qu'ils reconnoissoient^ pour leur
Éd. origin. suzcrain. Les diverses guerres que Raimond-Béranger III Se Raimond-Bét. II, p. 468. . ° ^ ° . ^
ranger IV, son fils Se son successeur, eurent à soutenir, tant en hspagne
contre les Sarrasins, qu'en Provence contre les seigneurs de la maison de
Baux, ne leur permirent pas de faire valoir leurs droits sur ces différens
pays. La mort d'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, protecteur de la
maison de Baux, Se les nouvelles victoires que Raimond-Béranger IV rem-
' Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de ' Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de
France, t. z, p. 63o. — Oïhenart, Notitia utriusque France, t. 2, p. 642.
Vasconiae, p. 52 1. * Oïhenart, Notitia utriusque Vasconiae, p. 52 1.
' Voyez tome IV, Note XXII, n. 28 8c siiiv. ' Voyez ci-dessus, livre XVI, numéros Lxviii
^ Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de 2i LXXV.
/rartfPj t. 2, p. 63o. *Duchesne, Recueil des historiens de France,
■♦ Tome V, Chartes & Diplômes, n. DVII. t. 4, p. 7 1 3 & 7 1 8.
HISTOIRE GLNLRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVII!. yg^
porta en 1148 sur les infidèles, par la prise de Tortose , ayant rendu ce dernier plus formidable, Raimond ' de Baux, mari d'Étiennette de Provence, tante maternelle de ce prince, l'alla trouvera Barcelone 8c lui demanda la paix. Le com.te de Barcelone 8c le jeune comte de Provence, son neveu, reçurent sa soumission. Se ce seigneur étant mort peu de temps après, ils se rendirent en Provence au mois d'août de l'an ii5o 8c convinrent d'un traité, au mois de septembre suivant, avec Étiennette, sa veuve, 8c ses fils, qui leur cédèrent toutes les prétentions qu'ils avoient sur cette partie de la Provence (|ui étoit échue à Raimond-Béranger III par le partage qu'il avoit fait de cette province avec Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse. En conséquence, la même Étiennette, Hugues de Baux, son fils aîné, 8c ses autres fils, prêtèrent serment de fidélité pour le château de Trinquetaille auprès d'Arles, à Raimond-Béranger IV, qui se qualifie dans l'acte comte de Barcelone, prince d'Aragon 6* marquis de Provence, 8c au jeune comte de Provence, son neveu.
Raimond-Béranger ayant terminé heureusement cette guerre, qui jusques alors lui avoit donné beaucoup d'embarras, tourna ses vues du coté de Raimond-Trencavel , frère Se héritier du vicomte Roger, 8c en cette qualité possesseur du Carcasses, du Razès 8c du Lauragais, 8c résolut de l'assujettir. Il ne paroît pas que Trencavel se soit mis en état de défense j 8c soit qu'il ne se sentît pas assez fort pour résister, soit qu'il eût alors quelque démêlé avec le jeune comte de Toulouse, son seigneur, il abandonna les intérêts de ce prince 8c se soumit entièrement au comte de Barcelone. Celui-ci, par un traité qu'ils firent ensemble à Narbonne^, au mois de novembre de l'an i ijo, lui donna en fief les villes 8c les pays de Carcassonne Se de Razès, le château de Laurag Se le Lauragais, 8c toutes leurs forteresses 8c dépendances, c'est-àdire tout l'ancien domaine de la maison de Carcassonne, que la vicomtesse Ermengarde, aïeule maternelle de Trencavel, avoit vendu en 1067 8c 1070 à Raimond-Béranger I, comte de Barcelone, bisaïeul de Raimond-Béranger IV. Trencavel fit ensuite hommage à ce dernier pour tous ces pays 8c pour celui de Termenois. C'est ainsi que les comtes de Barcelone, après avoir perdu depuis près de trente ans la suzeraineté qu'ils s'étoient acquise sur cette portion de la Province, la recouvrèrent enfin ; car pour le domaine utile ou direct, il paroît par divers monumens que Trencavel le conserva entièrement. Nous voyons en effet, entre autres, qu'il tint un plaid ^, assisté de Pons, évêque de Carcassonne 8c de plusieurs de ses vassaux, pour terminer les différends qu'avoient ensemble les seigneurs du château d'Auriac, en Lauragais, qui se faisoient la guerre. Ce vicomte s'allia quelque temps après 8c, à ce qu'il paroît, par l'entremise du comte de Barcelone, avec Roger- Bernard, comte de Foix, qui avoit succédé alors au comte Roger III, son père.
' Marca Hispan'ica, p. iSoy & seq. — Bouche, ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
Hïnoïre de Provence, t. 2, p. 124 & suiv. méro CCCCLXXXIX, le 1 3*' extrait cité sou» ce
» TomeV,Chartes&Diplômes,n.CCCCLXXXIV. numéro.
An I
XIV. — Mort de Roger 111 y comte de Foïx. — Roger-Bernard^ son fdsy lui succède ^ épouse Cécile, fille de Trencavel.
Quelques auteurs ' prétendent que Roger III , comte de Foix , mourut en 1144. Il est certain cependant qu'il vivoit encore au mois de novembre de l'année suivante, qu'il restitua^ à l'abbaye Saint-Volusien de Foix plusieurs droits dont il s'étoit emparé. Il est vrai que l'acte de cette restitution est daté de l'an 1144; mais il est évident qu'on doit le rapporter à l'an 1145, tant par l'épacte &c le concurrent, que par le pontificat d'Eugène III, qui y est marqué. On n'a d'ailleurs aucune preuve que Roger III soit mort avant l'an 1149. On raconte "^ à son sujet diverses fables auxquelles nous ne nous arrêterons pas.
Roger-Bernard reçut "^ peu de temps après la mort du comte Roger III, son père, l'hommage des seigneurs de Mirepoix. Il restitua'' en 1149, à l'église de Saint-Antônin, à Raimond, évêque de Toulouse qui en étoit abbé, &l aux chanoines qui la desservoient , le village de Frédelas où elle étoit située, le château avec le village ancien & nouveau de Pamiers qui étoit tout auprès, & toutes les autres dépendances de l'abbaye, de la même manière que le Éd. origin. comte Roper son père en avoit fait restitution en son temps. Ro2:er-Bernard
se soumit ensuite, en cas d'infraction de sa part, à l'anathème dont les papes Urbain & Pascal II , & le cardinal Gautier, avoient frappé le comte Roger, son aïeul. D'un autre côté, Raimond, évêque de Toulouse, en qualité d'abbé de Saint-Antonin, pour empêcher ce comte & ses successeurs de s'emparer de nouveau du domaine de l'abbaye, leur donna avec ses chanoines la garde 5c la défense du château de Pamiers, du village de Frédelas & de tous leurs autres biens, avec la moitié des droits féodaux & de la justice, à quelques réserves près. Enfin Roger-Bernard lui prêta serment de fidélité à cette occasion. C'est là l'origine du paréage de la ville de Pamiers entre les abbés ou les évêques, leurs successeurs, 8c les comtes de Foix, qui l'observèrent régulièrement Se le confirmèrent dans la suite. Cet acte nous donne à peu près l'époque de la fondation de cette ville, laquelle a été formée dans sa naissance du village de Frédelas, du château de Pamiers 5c de deux villages voisins, qui, s'étant agrandis dans la suite, n'ont composé qu'un seul corps sous le nom de Pamiers.
L'alliance que Raimond -Trencavel contracta avec Roger-Bernard, comte de Foix, fut cimentée par le mariage de ce dernier avec Cécile, fille de l'autre 5c d'Adélaïde, sa première femme. Roger-Bernard, par un acte<^ daté
' Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de ■* Marcr,, Histoire de Béarn, p. 720.
France, t. 3, p. 843. — Marca, Histoire de Béarn, ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
p. 720. méro CCCCLXXVII.
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLXIII. "" Marca Hispanica, p. i3t i & seq. — Titres du
' Olhagaray, Histoire de Foix. château de Foix, caisses 4, 5, 17 & 22.
An 1 1 5 1
' An I I Ji
du II de juillet de l'année ii5i, la quatorzième du règne de Louis, donna d 'al)ord à Cécile, de l'avis du comte de Barcelone, son seigneur 6- son oncle, la jouissance du domaine qu'il jDossédoit dans le diocèse de Carcassonne & qui comprenoit les lieux d'Aisens, Alaiiac, Preixan St Foncian. Cet acte est souscrit, après le comte de Barcelone, par Béranger & Guillaume-Arnaud de Béziers, Pierre-Raimond de la Livinière, Artaud de Castelnau, Guillaume de Saint-Félix, Raimond-Aton d'Auterive, Raimond de Dun Se Guillaume de Saint-Sernin. Deux jours après, on passa le contrat de mariage par lec(uel Raimond-Trencavel donna en dot à Cécile, sa .fille, la somme de dix mille sols melgoriens, savoir cinq mille en deniers 6» cinq mille en sols ; les deux châteaux de Cintegabelle Se de Montaut, la part qu'il avoit au bois de Boulbonne, 8c tout le domaine qu'il possédoit depuis la colline d'Alsapans jusques à l'Ariége. II déclare en même temps, entre les mains 6* sous la foi du comte de Barcelone, son seigneur, que s'il vient à décéder sans enfans mâles légitimes, Cécile, sa fille, le comte de Foix 8c leurs enfans lui succéderont dans la ville de Carcassonne 8c le Carcasses, dans le Razès, dans tout le domaine du Toulousain qui dépendoit de Carcassonne 8c qui comprenoit le Lauragais, 8c dans la ville de Béziers 8c le Béderès. Enfin, par un acte séparé, Roger-Bernard assigne le même jour pour douaire à Cécile, sa temme, les châteaux de Ramiers 8c de Beaupuy, avec leurs dépendances, 8c la moitié de ses autres domaines; il donne, par le même acte, le comté de Foix au premier enfant mâle qui naîtra de ce mariage 8c déclare que s'il n'en a point, ni de quelque autre femme, les filles qu'il aura de Cécile hériteront entièrement de lui. L'acte est souscrit par Raimond de Durban 8c Raimond de Vergnole.
XV. — Le comte de Foix reconnoit le comte de Barcelone pour son seigneur.
Ces actes font voir i° que c'est sans aucun fondement qu'un généalogiste moderne ' donne pour femme à Roger-Bernard, comte de Foix, une prétendue Cécile de Barcelone, ne faisant ainsi qu'une seule personne de Ximène de Barcelone 8c de Cécile de Béziers, l'une mère de Roger-Bernard, 8c l'autre sa femme ; 2° que ce comte reconnoissoit alors celui de Barcelone pour son seigneur. Un historien^ catalan prétend que ces deux princes s'étoient brouillés auparavant au sujet de quelques châteaux; que le comte de Foix se défendit d'abord par la force contre le comte de Barcelone 8c le comte de Provence, son neveu, qui l'avoient attaqué ; qu'il fit enfin la paix avec eux au mois de mai de l'an ii5i; qu'il leur remit, par le traité qu'ils firent ensemble, les châteaux à!Eyras 8c de Foix; qu'il les prit ensuite en fief du comte de Barcelone, 8c qu'il donna à ce prince la somme de dix mille sols pour le dédommager des frais de la guerre. Cet auteur cite en général, pour preuve de ce
' Le P. Ange, Histoire gi'ncjlo^i^ue Jes pairs Je ' Dingo, Histoire des comtes de Barcelone, I. 2,
France, t. 3, p. 334. c. 161.
An I i5i
fait, un titre qui se trouve dans les archives royales de Barcelone, mais il auroit dû le rapporter, car nous avons lieu de douter de son exactitude. Il donne, en effet, le nom de Gui au comte de Foix, tandis qu'il est certain qu'il se nommoit Roger-Bernard. D'ailleurs il dit que cette guerre se passa en t.^n,p!'4'7o. Provence, où il paroît mettre le château de Foix; mais nous ne voyons pas que les comtes de Foix aient jamais possédé aucun domaine dans cette province. Tout ce qu'on peut donc conjecturer de plus vraisemblable sur ce témoignage, c'est 1° que Roger-Bernard aura marché en Provence au secours des seigneurs de la maison de Baux, contre le comte de Barcelone 8c le comte de Provence, son neveu, conjecture qu'on peut appuyer sur ce qu'il étoit vassal du comte de Toulouse, qui soutenoit ces seigneurs; 2° que le comte de Barcelone ayant assujetti Trencavel à la fin de l'an ii5o, il se sera attaché ensuite à soumettre à sa domination le comte de Foix, son neveu, 8t l'aura obligé, de gré ou de force, au mois de mai de l'an ii5i, à se déclarer son vassal, tant pour la partie du comté de Foix ' située depuis le Pas de la Barre jusques aux frontières d'Espagne, que pour les domaines qu'il possédoit dans le comté de Carcassonne.
XVI. — Ligue entre Er me n garde ^ vicomtesse de Narhonne, C- Raimond-
Trencavel.
Quoique le comte de Foix Se Raimond-Trencavel eussent reconnu le comte de Barcelone pour leur seigneur suzerain dans une partie de leurs domaines, au préjudice du comte de Toulouse, ils ménagèrent cependant ce dernier, comme il paroît par le serment^ mutuel que le comte Trencavel & Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, se firent au mois de juillet ii5i. Se par lequel ils promirent de s'entr'aider envers tous & contre tous, excepté contre le comte de Barcelone, le comte de Toulouse ^ de Saint-Gilles^ le comte de Rodez Se l'archevêque de Narbonne.
Ce serment nous fait comprendre que la vicomtesse Ermengarde administra toujours par elle-même ses domaines du vivant des deux maris qu'elle épousa successivement. Nous voyons d'ailleurs qu'elle rendoit alors la justice, comme il paroît en particulier par les assises^ qu'elle tint, au mois de décembre de l'an ii52, en présence de Guiraud de la Redorte, de Guiraud de Narbonne Se de plusieurs autres de ses vassaux, au sujet d'un différend qui étoit alors entre Raimond de Caune Se Ermengaud de Leucate : or elle étoit mariée en ce temps-là, puisque Guillaume de Durban Se ses fils lui promirent"^, l'année suivante, de tenir le château de Montferré d'elle Se de ses enfans, si elle en avoit quelques-uns.
' Voyez tome IV, Note XXII, n. iS. ' Archives de l'abbaye de Fontfrolde,
^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, rlu-
tnéro CCCCLXXXV. méro CCCCXCII, la 4*" charte citée sous ce numéro..
XVn. — Bernard-Aton, vicomte de Nimes, acquiert l'héritage de ses deux
sœurs Matheline 6* Pagane.
Il paroît que Bernard-Aton, vicomte de Nimes 8c d'Agde, ne prit aucune part aux liaisons de Trencavel, son trère, avec le comte de Barcelone 5c qu'il iît sa principale occupation du soin d'administrer' la justice 8c de conserver son domaine. Il donna en fief^ en 1149, de concert avec Aldebert, évoque de Nimes, les tables qui étoient devant la porte rouge de Notre-Dame de hiimes. Il fit diverses autres inféodations'^ les années suivantes 8c donna en fief, en ii5i, le péage du marché de Nimes, du consentement de Guillemette, sa femme. Il fit un échange'^, la même année, avec Hugues de Brodes, qui lui donna de son côté la moitié de la viguerie de Nimes. Pagane 8c Matheline, ses sœurs, lui cédèrent^, en iiSi, toutes leurs prétentions sur la succession de leur père. Guillaume de Randon, Pierre de Mercœur 8c quelques autres seigneurs du Gévaudan furent présens à la cession de Pagane, ce qui nous donne lieu de croire qu'elle étoit mariée dans ce pays 8c qu'elle n'avoit point d'enfans j l'autre fit la sienne en présence d'Aldebert 8c de Guillaume de Crussol, de Géraud de Bastet, tige de la maison des ducs d'Uzès, 8c de divers autres seigneurs du Vivarais. Matheline s'étoit remariée peut-être dans ce pays après la mort de Guillaume-Arnaud de Béziers, qu'elle^ avoit épousé en iio5. On^ prétend qu'elle épousa, au plus tard vers Van 11 29, Bertrand V de la Tour 8c qu'elle fut mère de Bernard V, seigneur de la Tour, né quelques années avant Van 1169, ce qui n'est pas possible, puisqu'il est certain que Matheline étoit déjà nubile en iio5. Elle mourut donc vraisemblablement sans enfans, de même que sa sœur Pagane.
XVIII. — Réunion du château de Mè-^e au domaine de Trencavel. — Comtes de Roussillon. — Vicomtes de Fenouillèdes.
Le vicomte Raimond-Trencavel recouvra de son côté, au mois de septembre de l'an ii52, une partie du domaine de sa maison par la vente ^ que lui fit Gérard ou Guinard de Roussillon^, son neveu, fils de sa sœur Trencavelle, pour la somme de cinq mille sols melgoriens, du château de Mèze dans la vicomte d'Agde, qui avoit été donné en dot à la même Trencavelle '° lorsqu'elle se maria, en i no, avec Gausfred, comte de Roussillon, père de Gérard. Cette
'TomeV, Chartes&Diplômes.n.CCCCLXXXIII. ^ Baluze , Histoire généalogique de la maison ' Trésor des chartes de Toulouse, sac i3, n. 9. d'Auvergne, t. 1, p. 267 & suiv. ' /ii'i. sac 14, n"» M, i5, i6&23. — Tome V, «Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- Chartes & Diplômes, n. CCCCLXXXVII. méro CCCCLXXXVIII.
^ Trésor des chartes de Toulouse, sac 21, n. 2. ' Ce comte de Roussillon est appelé Géraud dans
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- les textes que citent les Bénédictins, & non Gérard
méro CCCCLXXXVII. ni Guinard. [E. M.]
'^ lèid. n. CCCXLII. '" D'Achery, Sptcihgium^ t. 9, p. iSy.
Ail I 1 5i
An 1 16a
An 1 162
comtesse avoit donné', cinq ans auparavant, avec le même Gérard, son fils, ^Ed. origin. q^j sg qualifioît alors vicomte de Roussillon, à l'abbaye de Valmagne, dans le diocèse d'Agde, le droit d'avoir un bateau pour la pêche sur l'étang de Mèze. Cet acte pourroit faire croire qu'elle s'étoit alors retirée dans le château de ce nom avec son fils, & qu'elle étoit séparée du comte de Px^oussillon, son mari, qui la répudia^ sous le pontificat du pape Eugène III pour épouser une autre femme; mais il paroît que cette répudiation n'arriva que vers la fin de l'année ii5i ou le commencement de la suivante. Nous avons lieu d'inférer, en effet, que Gausfred vivoit encore en bonne intelligence avec Trencavelle au mois de juin de l'an ii5i, lorsqu'il fit donation^ entre-vifs, en faveur de son fils Gérard, de la ville de Perpignan 8c du fief qu'il tenoit du vicomte de Narbonne, & après sa mort, du comté de Roussillon, puisqu'il fit cette donation en présence de Raimond-Trencavel, son beau-frère. D'un autre côté, la vente que fit Gérard, au mois de septembre de l'an 1162, du château de Mèze, prouve, ce semble, que Trencavelle sa mère étoit alors séparée du comte son père. Quoi qu'il en soit, le pape Eugène III excommunia "^ Gausfred à cause de cette répudiation 5c le pape Adrien IV, successeur d'Eugène, frappa, vers l'an ii56, ce comte d'un nouvel anathème « pour avoir quitté sa femme « légitime 8c en avoir épousé une autre. Adrien déclare en même temps que « quand même la femme légitime de Gausfred viendroit à décéder, il ne lui (c seroit pas libre d'épouser l'autre, 8c que les enfans qu'il avoit déjà eus de « cette dernière étoient déchus pour toujours de l'hérédité de leur père. )>
On voit par là que Trencavelle vivoit encore en ii56. Nous ignorons l'époque de sa mort. Quant à celle du comte Gausfred, son mari, elle arriva le 24 de février^ de l'an 11 63. Il confirma quelque temps auparavant la donation qu'il avoit déjà faite de ses domaines en faveur de Guinard ou Gérard, son fils, qui après sa mort lui succéda dans le comté de Roussillon, nonobstant les prétentions des enfans que son père avoit eus de sa seconde femme. Au reste, Guinard prit sans doute le titre de vicomte du vivant de Gausfred, son père, à cause du château de Mèze, au diocèse d'Agde, qui appartenoit à sa mère ; car quoiqu'il se qualifiât vicomte de Roussillon, nous voyons que la vicomte de ce pays appartenoit alors à une autre maison, 8c nous trouvons un acte <5 du milieu du douzième siècle, dans lequel on fait le dénombrement des droits qui appartenoient au vicomte de Mè^' Or Guinard possédoit alors ce château, qui fut réuni en ii52, comme on vient de le voir, à la vicomte d'Agde dont il avoit été démembré.
Udalgarius, vicomte de Fenouillèdes^, fut présent à la donation que Gausfred, comte de Roussillon, fit en ii5i à son fils Guinard. Il eut^ deux fils,
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCLXXIII. « Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
' Marca Hispanica, p. 5o5. méro CCCCLXXXIX.
^ Ihid. p. i3i2 & seq. ' Marca Hispanica, p. i3i2.
^ Ibid. p. 5o5. ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXVIII, lo
' Ihid. p. 5o3 & 5ô3. dernier extrait cité sous ce numéro.
' ' An I I Ô2
Pierre 8c Arnaud, d'Ave sa femme, 8c fonda avec eux, en 1161, de quoi entretenir une lampe dans l'abbaye de Fontfroidej il vivoit encore en ii63. Il étoit fils sans doute d'un autre vicomte de Fenouillèdcs appelé aussi Udalgarius, qui se dit fils de la vicomtesse Matheline 8c qui offrit ', en 1143, avec la comtesse Norlcie, sa femme, leur fils Girbert à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières pour y être religieux.
XIX. — Trencavel & Sicard, vicomtes de Lautrec^ confirment la paix. Principaux vassaux du premier.
Raimond -Trencavel 8c Sicard, vicomte de Lautrec, confirmèrent^, en ii52, la paix que ce dernier avoit faite onze ans auparavant avec le vicomte Roger, frère du même Trencavel. Celui-ci étoit alors en différend avec plusieurs seigneurs de ses vassaux, en particulier avec Guillaume de Limoux, son ministre^ touchant la justice^ 8c les droits domaniaux de ce lieu, qui furent adjugés au vicomte par une sentence arbitrale. Raimond, évêque de Toulouse"^, rendit avec quelques gentilshommes, ses assesseurs, un pareil jugement vers le commencement de l'année suivante, au sujet des démêlés qui étoient entre le même vicomte Se un seigneur, nommé Hugues d'Escafré, 8c ses frères. 1° Ces seigneurs furent maintenus dans la justice civile du lieu d'Alzonnej la criminelle fut adjugée au vicomte. 2° Il fut dit que la ville ou village de Sorèze, qu'ils vouloient transférer ailleurs, subsisteroit au même endroit sous la protection du vicomte. 3° Ils furent condamnés à reconnoître tenir de lui le château de Roquefort. Enfin Raimond -Trencavel s'accorda^, vers le même temps, avec les seigneurs de Cabarés, au sujet du château de ce nom 8c de celui de Surdespine, par l'entremise de Pons, évêque de Carcassonne, de Éd. origin. Bernard de Canet 8c de quelques autres de ses sujets. ' ' '^''^^"
Ce vicomte reçut^, en ii52 8c iiSS, divers hommages, entre autres celui des seigneurs des châteaux d'Aniort 8c de Castelpor, dans le pays de Sault. Il dominoit aussi sur le pays de Chercorb, portion du diocèse de Mirepoix , comme il paroît par l'hommage ^ de Bernard de Congost, à qui il avoit donné un emplacement dans son château de Villefort pour y bâtir, à condition qu^il administrerait ce pays. Le même vicomte 8c Roger, son fils, reçurent .encore l'hommage de Sicard de Laurac^ pour le château de Montlandier en Albigeois j des seigneurs de Saissac^ pour celui de Verdun en Lauragais, 8cc. Pvaimond-Trencavel donna alors en fief le château d'Exalabre ou de Chalabre à Roger de Saint-Benoît '°, 8c celui de Verdale à Isarn de Puylaurens 8c à
■ Archives de l'abbaye de Saint-Pons. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nii- méro CCCCLXXXIX, la 6" charte citée sous ce
mero CCCCL. numéro & suiv.
^ Ihid. n. CCCCLXXXIX, la dernière charte ' Ibld.
citée sous ce numéro. s /^,^,
-• nid. la 2''. 9 [i,ij^
5 Ibid. la 9«. -o ii,ij la ,3,6,
An 1 102 ' -'
Pierre son frère. Ce dernier épousa ', en ii52, Dias de Fabersan. Il étoit fils, à ce qu'il paroît, de Gauzbert de Puylaurens, qui renouvela^ en 114g, à Pons de Dourgne Se à Alpbonse, son fils, le serment qu'il leur devoit pour le château de Puylaurens. ïsarn de Dourgne avoit^ en i i5i deux frères, nommés Begon & Pierre. Ce détail sert à nous faire connoître les principaux vassaux de Trencavel, dont la plupart l'aidèrent dans la guerre qu'il eut à soutenir contre Raimond V, comte de Toulouse.
XX. — Coutumes 6» capitouls de Toulouse, — Raimond, comte de cette ville, déclare la guerre à Trencavel 6» le fait prisonnier.
Ce comte, après avoir dissimulé pendant quelque temps la félonie du vicomte, résolut de la punir. Il écrivit d'abord"^ a Guillaume, évêque de Béziers, pour l'exhorter à ne pas permettre que Trencavel usurpât les droits de son église, avec promesse de lui accorder la même protection que ses prédécesseurs avoient accordée aux autres évêques, St une plus grande même s'il étoit possible. Il le prie enfin de l'avertir quand il auroit besoin de son secours. Raimond mit par là le clergé de Béziers dans ses intérêts} & pour gagner de plus en plus l'affection des Toulousains, il confirma ^ en ïi52 divers règlemens dressés par le commun conseil de la ville & du faubourg de Toulouse, avec ordre de les observer à perpétuité, sauf la fidélité du comte. Ces règlemens ont donné l'origine aux coutumes de Toulouse qui furent rédigées dans la suite. Ils regardent principalement la police, la nature des amendes qui dévoient être payées par ceux qui causeroient du dommage dans les biens d'autrui , Se enfin la justice criminelle 5 la civile est réservée au jugement du comte 6» de sa cour, de même que la punition du vol 8c des complots séditieux. On voit à la fin de ces règlemens les noms de six habitans de Toulouse qui se qualifient capitulaires {capitularii^^ de quatre autres qui sont appelés jugeSj &<. enfin de deux autres qu'on nomme avocats. C'est là le plus ancien monument que nous ayons où il soit fait mention des capitulaires de Toulouse, ou magistrats municipaux, qu'on appelle aujourd'hui capitouls, terme qui dérive, non pas du Capitole qu'on voyoit dans cette ville du temps des Romains, comme quelques-uns l'ont voulu faire croire, mais du mot latin capitulum, qu'on exprimoit par celui de capitol dans l'ancien langage du pays. On appeloit en effet capitulum^ l'assemblée des principaux bourgeois de Toulouse } 8c comme il y en avoit six d'entre eux qui présidoient à l'assemblée du commun conseil ou du chapitre de la ville 8c des faubourgs, on nomma ceux-ci capitularii , capitulares , ou domini de
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXCII , ' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. i 53,
la 3" charte citée sous ce numéro. 217 8c suiv.
' Trésor des chartes de Toulouse, sac 12, n. 2. ^ Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. iS S
' Ibid. sac 2, n. 2. 33. — Duchesne, Recueil des historiens de France,
■* Gallia Christiana, t. 2, p. 415. t. 4, p. 7 14, 71 8 & suiv.
An I i52
An 1 153
capitula, &. en langage du pays les capîtols. Leur fonction étoit la même que celle des autres magistrats municipaux des différentes villes de la Province, qu'on nommoit consuls'. Nous parlerons ailleurs de l'origine des uns h. des autres. Le nombre de ceux de Toulouse augmenta dans la suite jusques à vingt-quatre. Il est aujourd'hui réduit à huit.
Ceux qui prétendent^ que le nom des capitouls de Toulouse dérive de l'ancien capitole de cette ville citent, pour le prouver, un passage du traité que Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, écrivit vers l'an ii35 contre lés hérétiques pétrobrusiens qui avoient infecté cette ville de leurs erreurs, & dans lequel le saint abbé -^ semble parler du capitole de Toulouse 8c des sénateurs qui s'y assembloient j mais outre qu'on n'a aucune preuve que l'ancien capitole de Toulouse subsistât alors, 8c que Pierre le Vénérable parle ironiquement 8c en orateur, il est constant, par tous les anciens monumens"^ du temps, que l'assemblée des principaux habitans de Toulouse, au douzième Éd-origin. siècle, s'appeloit capitulum : ainsi ce passage prouve seulement que du temps de Pierre le Vénérable, c'est-à-dire vers le milieu du même siècle, cette ville étoit gouvernée par des magistrats municipaux.
Raimond V, résolu de se venger du vicomte Trencavel, lui déclara la guerre'', se mit en campagne, l'attaqua, le fit prisonnier le 10 d'octobre de l'an ii53, 8c le fit renfermer à Toulouse dans une étroite prison où il le tint longtemps. Il fit aussi prisonnier Guillaume VII, seigneur de Montpellier, 8c plusieurs autres chevaliers dont nous parlerons dans la suite; c'est tout ce que nous savons de cette guerre. Un auteur"^ prétend que « Trencavel, ayant entrepris « une course sur les frontières du comte, s'avança un jour si avant qu'il fut « jusques aux portes de Toulouse avec quelque cavalerie. Les chevaux, ajoute- « t-il, furent si las d'une si longue traite, qu'ils se rendirent au retour, 8c « furent cause de la perte de Trencavel 8c des siens ; » mais il n'apporte aucune preuve de cette circonstance. On pourroit croire que le comte de Barcelone marcha pour la défense de ce vicomte, son vassal, 8c qu'il fit la guerre au comte Raimond dont il étoit certainement alors ennemi, sur ce qu'avec les titres de comte de Barcelone 8c de marquis de Provence il prend celui de duc de Tou-
' Les Bénédictins se seraient montrés encore plus de combler cette lacune en publiant, au tome VII
affirma tifs sur Té tymologie vraie du nom àe Capitouls de cette édition, une étude d'ensemble exclusivement
s'ils avaient pu étudier sérieusement les archives fondée sur les documents originaux. [E. R.]
de l'hôtel de ville de Toulouse; mais la rareté des ^ Adrien de Valois, Notitia GalUarum , p. 620.
emprunts qu'ils ont faits à ce riche dépôt montre — Mabillon, Diplomatica, p. 33o.
surabondamment qu'on ne leur laissa pas la faculté ' Pierre le Vénérable, in Epistol. contra Petro-
de l'exploiter : plusieurs des privilèges dont la mu- brusianos, Magna Bibl. Patrum. Lugdun. t. 22,
nicipalité toulousaine se montrait le plus jalouse, p. 1162.
n'avaient rien à gagner à être dégagés de l'obscurité ■* Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 26 &
légendaire entretenue à dessein par le patriotisme 33. — Duchesne, Recueil des historiens de France,
trop complaisant des chroniqueurs officiels. t. 4, p. 714, 718 & suiv.
L'importante question des origines du consulat en * Catel, Histoire des comtes de Toulouse, chron.
Languedoc & particulièrement dans la capitale de la p. i6o. — Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes,
province est, sans contredit, un des points les plus n. CCCCXCIII.
négligés de l'oeuvre de dom Vaissete. Nous essaierons * Andoque, Histoire du Languedoc, p. 291.
louse^j dans une donation qu'il fit en ii53 à l'église de Nicej mais il paroît que c'est une faute de copiste. Se qu'on a lu Toulouse au lieu de Tortose. Nous savons, en effet, que Raimond-Béranger IV se qualifia^ marquis de Tortoscy depuis qu'il eut conquis cette ville en 1148 sur les Sarrasins. Quoi qu'il en soit, il est du moins certain^ que Hugues, comte de Pvodez, promit à ce prince, au mois de février de l'an ii53, en présence de Raimond de Canillac 5c de quelques autres seigneurs, de l'aider envers tous &. contre tous, 8<. nommément contre le comte de Saint-Gilles (S* de Toulouse, qui par conséquent étoit alors son ennemi.
XXL — Mort de Hugues , comte de Rode-^, — Partage de ses domaines
entre ses fils.
An 1 164
Nous ignorons quelle fut la suite de cette promesse : il paroît seulement que le comte de Rodez n'y survécut pas longtemps 5 car nous n'avons plus rien de lui après l'an ii54, qu'il restitua"^, avec Ermengarde sa femme & Hugues leur fils, à l'abbaye de Saint-Guillem du Désert, une partie de l'église de Creixel en Rouergue. Hugues fut le premier comte de Rodez de son nom. Il étoit vassal du comte de Toulouse pour le comté de Rodez St la vicomte de Lodève , 8c du comte de Barcelone, dont il étoit proche parent, pour une partie du Carladois. Il laissa^ trois fils d'Ermengarde sa femme, savoir: Hugues II, qui lui avoit déjà succédé en 1 159 dans le comté de Rodez 5 Hugues, qui fut évêque de cette ville depuis environ l'an 1164, jusque vers l'an 1210; Se Richard qui eut pour son partage une partie de la vicomte de Carlad, avec celle de Lodève. Ermengarde, veuve de Hugues, vécut encore longtemps après lui } elle se donna^^ avec tous ses biens, en 1170, à l'abbaye de Nonenque en Rouergue, où elle prit sans doute l'habit religieux.
XXII. — Testament de Trencavel durant sa prison à Toulouse. — Il obtient
sa délivrance.
Trencavel étoit encore en prison à Toulouse au mois d'avril de l'an 1154. Ce vicomte craignant ou d'y mourir, ou du moins de n'en pas sortir sitôt, fit alors son testament*^. Il choisit sa sépulture dans le monastère de Cassan, au diocèse de Béziers, où il fonda un anniversaire. Il fait des legs aux hospitaliers Se aux templiers de Jérusalem Se ordonne de réparer les dommages qu'il avoit causés à leurs maisons. Se aux églises, durant sa chevauchée en Roussillon. Il défend d'exiger dans ses domaines d'autres leudes Se usages que ceux qui
' Gallia Christ'iana, nov. edit. t. i , p. 429. France, t. 4, p. 697. — Gallia Chr'istiana,r\oy , eA'n.
* Marca H'tspanica , p. i3o3 & seq. t. i, instrumenta, p. 5i.
' Ibld. p. 3i5. * Gallia Christiana, nov. edit. t. i, instrumenta,
^ Martène, Thésaurus anecdotorum, t. i, p. 435. p. 288.
* Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXCIIi.
An I I j.^
étoient déjà établis du temps de Bernard-Aton , son père. 11 lègue à Cécile, sa fille aînée, femme du comte de Foix, les châteaux, de Balaguier &. de Clieicorb, le pays de Chercoib, cincj mille sols melgoriens, &c. Il donne à sa . seconde fille, dont il ne marque pas le nom, vingt mille sols melgoriens, ses habits 8<. quelques domaines, à condition qu'elle épousera Guillaume tie Montpellier^ sinon il ne lui donne que dix mille sols Se ses habits, 5c prie le comte de Barcelone de la marier avec Hugues, fils de Hugues, comte de Rodez, ou avec quelque autre, du conseil de Bernard d'Anduze, de Guillaume de Montpellier Se de ses vassaux. Il dispose en faveur de Pvoger, son fils, de tous ses domaines, dont il veut que sa femme soit dame 6* seigneuresse, tant qu'elle vivra, ajoute-t-il, en viduité, avec ses en/ans 6* les miens : preuve que les deux filles de Trencavel étoient de son premier mariage avec Adélaïde. 11 uii°p.^ij'^ ordonne que si sa femme veut se retirer, on lui rende ou son douaire [sponsalitiiim) , ou deux cents marcs d'argent avec ses habits Se une partie des meubles, à son choix. Il laisse l'administration de ses domaines, pendant la minorité de son fils, à divers seigneurs, savoir : la ville de Béziers Se le Bédérès à Guillaume-Arnaud de Béziers Se Aymar de Murviel , pour les gouverner avec le conseil de Béranger de Béziers j la ville de Carcassonne Se le Carcasses à Bernard de Canet le fils, Guillaume de Saint-Félix Se Bernard Pelapoul , avec ordre à eux d'agir du conseil de Bernard de Canet le père; l'Albigeois Se les domaines du Toulousain Se du Comminges, à Isarn de Dourgne, Hugues de Cessenon Se Guillaume-Aton de Curvale. Il substitue ses deux filles à son fils Roger, à qui il ordonne d'être fidèle ami de Guillaume de Montpellier, qui a été fait prisonnier, ajoute-t-il , à cause de moi, Se de l'aider envers tous Se contre tous, excepté contre le comte de Barcelone. Il ordonne aussi à son fils de vivre en amitié avec Bernard d'Anduze ; il le met sous la protection d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, sa cousine, Se sous celle du comte de Barcelone, avec sa femme, ses enfans Se ses vassaux j enfin il charge le même comte de Barcelone de l'éducation de son fils Se du soin de le faire chevalier. Trencavel fit ce testament en présence de Bernard d'Anduze, de Guillaume deTortose, frère du seigneur de Montpellier, de Hugues Se Bernard de Cessenon, d'Aymar de Murviel, Gaucelin de Claret, Pierre de Puylaurens, Raimond de Termes Se plusieurs autres seigneurs dont la plupart étoient ses vassaux; ce qui prouve qu'ils avoient été faits prisonniers avec lui.
Le comte de Toulouse délivra enfin Trencavel; mais il en coûta cher à ce dernier, qui pour sa rançon fut obligé de lui payer la somme de trois mille marcs d'argent , de lui céder ' diverses places Se de le reconnoitre pour suzerain dans tout le reste de son domaine. Trencavel étoit déjà sorti de sa prison ^ au mois de mai de l'année suivante, lorsqu'il engagea à Béranger de Béziers une partie du domaine de cette ville, sans doute pour payer une partie de sa
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
méro DXXXVIII, la S"- citée. — Guillaume de méro CCCCXCIX , le 2' extrait cité sous ce nu- Neubrige, Historia rerum Angltcarumj 1. 2, c. io. méro.
rançon. Guillaume de Tortose obtint aussi sa liberté vers le même temps, car nous avons un acte' de lui de Tan 1 154, par lequel nous apprenons qu'il étoit alors hors de prison.
XXIII. — Mariage de Raimond V^ comte de Toulouse^ avec Constance, sœur
unique du roi Louis le Jeune.
L'alliance que Raimond V, comte de Toulouse, contracta en ii54 avec le roi Louis le Jeune, dont il épousa la sœur, nommée Constance, ne contribua pas peu à le faire respecter davantage par les grands vassaux de la Province, qui, comme on vient de le voir, s'étoient ligués presque tous contre lui avec le comte de Barcelone; elle lui fut aussi très-utile pour le maintenir dans la paisible possession de ses États, co'ntre les entreprises de Henri II, roi d'Angleterre, qui, ayant épousé alors depuis deux ans Éléonor, duchesse de Guyenne, après que le roi Louis le Jeune, qui en avoit eu deux filles, l'eut répudiée, réveilla quelques années après les prétentions des ancêtres de cette princesse sur le comté de Toulouse 8c porta la guerre dans le pays. Constance, dans le temps qu'elle épousa Raimond V, comte de Toulouse, étoit^ veuve d'Eustache de Blois, qui avoit été associé, en iiSi, à la couronne d'Angleterre par le roi Etienne, son père, 8c qui étoit mort sans enfans le lo d'août de l'an ii53. Elle avoit épousé Eustache dès le mois de février de l'an 1140, ou 1141 suivant notre manière de compter; ainsi elle étoit beaucoup plus âgée que le comte de Toulouse, son second mari, qui en 11 54 n'avoit que vingt ans. Elle conserva toujours le titre de reine après ce second mariage, suivant l'usage de ce temps-là, parce que son premier mari avoit été couronné roi, &<L non pas seulement parce qu'elle étoit sœur de roi, ainsi que quelques auteurs l'ont avancé. Ce mariage combla les Toulousains de joie : ils^ firent une entrée magnifique à leur nouvelle comtesse, 8c les chevaliers du faubourg célébrèrent ses noces par des joutes 8c des tournois, avec ceux de l'Ardenne, qui est une grande campagne située aux environs de Toulouse.
XXIV. — Voyage du roi Louis le Jeune dans la Province à son retour d'Espagne. — Il accorde un diplôme à l'église de Maguelonne.
Louis le Jeune se rendit à Toulouse vers la fin de la même année. Il rêve-
noit alors d'Espagne où il avoit été faire un pèlerinage à Saint-Jacques en
Galice"^. Si nous en croyons quelques historiens espagnols, ce voyage de
dévotion servit de prétexte à ce prince pour couvrir le dessein qu'il avoit de
Éd. origin. s'instruire par lui-même, en passant, s'il étoit vrai que la reine Constance,
' Tome V, Chartes &. Diplômes, n. CCCCXCII, ' Catel , Mémoires pour l'histoire du Languedoc,
le 6* extrait cité sous ce numéro. p. 127 & i36.
'Voyez ci-dessus, livre XVII, n. lu, p. yzS. ■* Voyez Tome V, Chartes & Diplômes, nu-
— Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de méro CCCCXCIV. — Voyez tome IV, Note LUI. france, t. i , p. yS.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII. 7q5 ~T ~
I } An I la^
qu'il avoit épousée après avoir répudié Éléonor, n'étoit que fille naturelle d'Alphonse VII, roi de Castille, ainsi qu'on le lui avoit rapporté} mais nos meilleurs critiques' font voir l'absurdité d'un pareil motif. Louis s'arrêta à Toulouse^ à son retour, St s'étant rendu dans le chapitre de Saint-Sernin, il y donna une charte, du conseil 6* de la volonté de Raimond, comte de Toulouse, en présence des citoyens ^ des bourgeois, par laquelle il confirma les privilèges accordés à la cathédrale de cette ville, à l'église de Saint-Sernin 8c à celle de la Daurade par Charlemagne {Carolus Magnus)jSon prédécesseur. Ces dernières paroles ont donné lieu, sans doute, d'attribuer à Charlemagne la fondation de l'église 8c du monastère de Saint-Sernin j mais il s'agit ici du roi Charles le Chauve qui donna, en effet, un diplôme^, en 848, en faveur de ces trois églises. Louis le Jeune alla de Toulouse à Castres'^, pour honorer les reliques de saint Vincent, martyr. Durant son séjour dans cette ville, il arriva un funeste accident. Le seigneur de Capendu, chevalier de mérite, du diocèse de Carcassonne, que le roi honoroit de sa bienveillance, fut poursuivi 8c assassiné cruellement par trois de ses ennemis, devant la maison où ce prince étoit logé. On s'employa aussitôt auprès de lui pour obtenir la grâce des meurtriers. Louis l'accorda enfin, à condition qu'ils expieroient leur crime par la pénitence 8c qu'ils prendroient l'habit monastique dans l'abbaye de Castres. Ce prince prit ensuite la route du bas Languedoc, 8c ayant ^ passé à Maguelonne, il se rendit dans le chapitre de la cathédrale 8c y confirma les privilèges de cette église en faveur de Raimond, évêque de Maguelonne. Louis fit expédier quelques jours après la charte qui est datée du lieu d'Arsac, le mercredi des Cendres, 9 de février de Van 1 155. On voit par là que le notaire qui a expédié ce diplôme commençoit l'année à la Nativité de Jésus-Christ. Nous ne connoissons pas bien la situation du lieu d'Arsac où cette charte fut donnée : il ne devoit pas être éloigné de Maguelonne, car nous trouvons*^ alors une ancienne famille de ce nom aux environs. L^ouis confirma "^ cette charte en 1161 Se donna alors de plus aux évêques de Maguelonne le droit d'exercer la justice civile 8c criminelle dans leur domaine, de même qu'aux barons 8c châtelains, vassaux de cette église, dont les principaux étoient Guillaume de Montpellier, Raimond-Pierre de Ganges, Pierre de la Vérune 8c les seigneurs de Vie.
XXV. — Accord de Raim.ond, comte de Toulouse 6* d'Alphonse, son frère, avec Vévêque de Carpentras. — Maison de Sahran.
Il y a lieu de croire que Raimond, comte de Toulouse, accompagna le roi de France, son beau-frère, dans son voyage de Languedoc. Nous voyons, en effet, que ce comte étoit du côté de Maguelonne en ii52, 8c qu'il passa alors
' Pagi, ad ann. ii56, n. ii. 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
' Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXCIV. méro CCCCXCV.
* Tome II, Chartes & Diplômes, n. LXIII. * Voyez à la table sous le nom A'Arsae.
" D'Achery, Spicilegium, t. 7, p. 343. ' Tome V, Chartes & Diplômes, n. ÇCCCXCV.
An,, 55 79^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XVIII.
un accord au pont de Vidourle, sur les frontières de ce diocèse Se de celui de Nimes,avec Pvaimond, évêque de Carpentras. Par cet acte Pvaimond reconnut', du conseil de ses barons, tant en son nom qu'en celui d'Alphonse, son frère, que la moitié de Carpentras appartenoit de tout temps à l'évêque, auquel il promit de taire rendre la leude ou péage que les habitans de Montélimar avoient usurpée sur son église, suivant le serment que les témoins avoient prêté à la cour du comte Alphonse, son père. Il déclara enfin qu'il ne permettroit pas qu'on élevât aucune tour à Carpentras sans le consentement de l'évêque. Le comte donna pour caution de sa promesse Guillaume de Sabran, Géraud Amici, son frère , Richard de l'Ile, Hugues de Baux & Bermond de Posquières, qui étoient sans doute les barons de ce prince, dont il parle au commencement de l'acte, & qui firent serment de l'observer. Le comte de Toulouse s'étant rendu peu de temps après à Carpentras, y confirma cet accord.
Géraud Amici fit une branche de la maison de Sabran, établie dans le bas Languedoc & en Provence. Il épousa^ en ii52 Galburge, fille de Guillaume- Rainon du Caylar, & lui constitua pour douaire autant qu'elle en apportoit en dot, suivant l'autorité de la loi romaine. Il paroît qu'elle étoit veuve, en ii65^ lorsqu'elle engagea à Rainon du Caylar, son oncle, pour la somme de dix mille sols melgoriens, les droits qu'elle avoit sur le lieu ou village de Galdanenque 6c sur les châteaux de Châteauneuf 5<. de la Tour. C'est peutêtre la même que Galburge, qui, en 1169, fit hommage^ à Uzès avec Hugues d'Ussel, son fils, à Raimond, comte de Toulouse, pour les châteaux d'Ussel, de Saint-Laurent Se de Roche-Colombe. Géraud ou Guiraud Amici fut père, ^Ed^. orighK à QQ qu'il paroît, d'un autre Guiraud Amici, de la maison de Sabran, lequel épousa Alix"^, fille de Bertrand I, comte de Forcalquier, dont il eut Guillaume de Sabran. Ce dernier se qualifioit, en 1209, comte de Forcalquier, comme héritier de sa mère, au préjudice de Garsinde, héritière de ce comté. Celle-ci eut de Rainon de Sabran, son mari, Garsinde de Sabran, qui épousa en iiçS Alphonse II, comte de Provence, Se unit par ce mariage le comté de Forcalquier à celui de Provence. Guillaume de Sabran, fils de Géraud Amici, avoit en 1209 un frère qui s'appeloit Géraud Amici.
XXVI. — Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, renonce à la dépouille des archevêques de cette ville après leur mort.
Ermengarde, vicomtesse de Narbonne , se trouva à Montpellier lorsque le roi Louis le Jeune y passa au commencement de l'an 11 55, comme il paroît par la renonciation^ solennelle qu'elle fit alors à l'usage où étoient les vicomtes
' Gallia Christ'iana, nov. edit. t. i, instrumenta, ^ Trésor des chartes de Toulouse, sac 7, n. 6.
p. 148. ■• Ruffi, Dissertation sur les comtes de Forcalquier.
' Tome V, Chartes &. Diplômes, n. CCCCXCII , ^ Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc,
la 2^ charte citée sous ce numéro. — Trésor des p. 590 & suiv. — Baluze, Notae in concord. Marcae
chartes de Toulouse, sac 12, n. i5. Hispanicae, 1. 8, c. 18, nov. edit.
de Narbonne, ses prédécesseurs, de s'emparer des biens des arcbevêques de cette ville après leur mort. Ermengarde fit cette renonciation en faveur de Pierre, archevêque de Narbonne, qui en reconnoissance lui donna la somme de deux mille sols melgoriens, de l'avis d'Aldebert, évêcjue de Nimes, de Pierre, évêque de Lodève, Artaud, évêque d'FJne, Bertrand, abbé de Saint-Gilles, & de Pons 8c Roger, archidiacres de Narbonne. L'acte qui fut passé en présence de Pons d'Arsac , de Pons de Montlaur, de Bermond de Castries 8t de plusieurs autres gentilshommes du pays, est daté de Montpellier le samedi, i5 de janvier de l'an ii55, régnant le roi de France, qui revenoit alors de Saint-Jacques : preuve qu'il appartient à l'an 11 55, suivant notre manière de compter, 8c non à l'an ii56, selon l'ancien style, comme le prétend un de nos historiens'. Ermengarde prêta serment de fidélité^ le même jour à l'archevêque de Narbonne, lui fit hommage 8c donna une déclaration de toutes les usurpations des vicomtes, ses prédécesseurs, sur l'église de cette ville.
XXVIJ. — Légation du cardinal Hyacinthe dans la Province. — Comtes ou princes d'Orange de la maison de Montpellier. — Origine des comtes de Valentinois.
La vicomtesse Ermengarde céda, en ii54, à Ricuin ■^, abbé de Quarante 8c à ses chanoines, les droits qu'avoit Raimond-Gaucelin sur le château d'Arzil- 1ers. Cet abbé nous est connu d'ailleurs par un échange "* qu'il fit avec les chanoines de la cathédrale de Narbonne, 8c dont il obtint la confirmation d'Hyacinthe, cardinal-diacre, légat du pape^ Anastase IV dans la province de Narbonne Se en Espagne. Les lettres de ce légat sont datées de cette ville le dernier de mars de l'an ii54, la première année du pontificat d' Anastase^.
Adrien IV, successeur de ce pape-', confirma, au mois d'avril de l'an 11 55, les privilèges de l'église de Maguelonnej ce qu'il fit sans doute d'autant plus volontiers, qu'il avoit été auparavant simple clerc dans l'église de Saint-Jacques de Melgueil dans ce diocèse. Il avoit embrassé ensuite l'institut des chanoines réguliers dans l'abbaye de Saint-Ruf, auprès d'Avignon, dont il avoit été abbé. Il écrivit au commencement de son pontificat à l'archevêque de Narbonne, à ses suffragans 8c à Raimond, évêque de Maguelonne, une lettre par laquelle il met sous la protection du Saint-Siège Guillaume de Montpellier, avec tout son domaine, 8c charge ces prélats de défendre, de même que ses vassaux, le château de Castries 8c les autres terres de Guillaume de Tortose, son frère, « qui pour la rémission de ses péchés avoit entrepris le voyage de Jérusalem, « où il avoit résolu de demeurer un an entier. »
' Fleury, Histoire ecclésiastique, I. 70, n. 17. '' Cartulaire de la cathédrale de "Narbonne.
' Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc, '' Pagi, ad ann. 1 i55, n. 10.
p. 090 & suiv. — Archives de la vicomte de Nar- ^ Ihid.
bonne. ' Gariel, Séries praesulum Magalonensium, p. 1 o3
' Archives de l'abbaye de Quarante. & seq.
An I i55
An 1 155
An 1 156
Le château de Castries appartenoit à Guillaume de Tortose par Ermessinde, sa femme, fille &. héritière' de Dalmace, seigneur de ce château. Ermessinde étant enceinte, en i iSy, fit son testament peu de jours avant sa mort & institua son mari héritier. Ce dernier fit le sien ^ au mois d'octobre de la même année. Il choisit sa sépulture au monastère de Sauzet, de l'ordre de Cluny, situé auprès de Montpellier; 8<. comme il n'avoit pas d'enfans, il fit héritier Guillaume, seigneur de Montpellier, son frère, tant pour le château de Castries que pour ses autres domaines. Il mourut sans doute bientôt après : il étoit certainement décédé ^ en 1161, lorsque Gui, son frère, disputa sa succession à leur aîné. Guillaume de Tortose mourut dans la maison des templiers de Montpellier, où il avoit pris l'habit de leur ordre.
Guillaume d'Omelas, oncle paternel de ce seigneur, mourut avant lui & fit son testament "^ au mois de mars de l'an 11 56. Il avoit deux filles qui s'appeloient Tiburge ; l'une étoit mariée avec Aymar, seigneur de Murviel, dans le diocèse de Béziers, Se l'autre étoit veuve de Gausfred de Mornas, seigneur ^Éd. origin. provcnçal. Il légua à la première le château de Montbazen dans le diocèse de Maguelonne, outre ce qu'il lui avoit déjà donné en dot, & lui substitua Sicard & Raimond-Aton de Murviel, ses petits-fils. Il donna à l'autre le village de Murviel dans le diocèse de Maguelonne, & la somme de mille sols melgoriens qu'il chargea son fils Raimbaud de lui payer lorsqu'il seroit fait chevalier. Il fit ce dernier son héritier, lui donna les châteaux d'Omelas, de Popian, du Pouget, de Frontignan, Sec, Se tous ses autres domaines, le mit sous la protection de Guillaume, seigneur de Montpellier, son neveu, Se chargea ce dernier de le faire chevalier. Il donna l'usufruit d'un village à Ermessinde, sa mère. Se laissa la jouissance de tous ses biens, pendant treize ans, à Pierre- Raimond de Montpeyroux pour payer ses dettes. Il choisit sa sépulture dans l'abbaye d'Aniane, à laquelle il légua le domaine de Flex, que Bernard, son frère, avoit donné à ce monastère. Guillaume d'Omelas mourut peu de temps après. Se il étoit déjà décédé au mois de mai suivant*^.
Ce seigneur ne marque pas dans son testament le nom de sa femme; mais on sait d'ailleurs^ qu'elle s'appeloit Tiburge Se qu'elle étoit fille Se héritière de Raimbaud, comte d'Orange. Il eut encore de cette comtesse un autre fils, nommé Guillaume; ce dernier partagea avec Raimbaud, son frère, la seigneurie ou comté d'Orange après la mort de Tiburge, leur mère, qui fit son testament en ii5o Se qui, étant morte peu de temps après, fut inhumée dans l'église abbatiale de Saint-Florent d'Orange, où on voyoit'^ son tombeau avant que les religionnaires l'eussent détruit. Guillaume 8, fils aîné de Guillaume d'Omelas Se de Tiburge d'Orange, se maria Se eut un fils Se une fille, auxquels
* Gar'iel, Séries praesulum Magalonens'ium,:^, IÇ'J * Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes, rtU-
& seq. méro DI.
' D'Achery, Spicilegium, t. 9, p. 148. * Ihid. — Voyez terne IV, Note XXXVII, n. 10.
^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. DXXVI. ' La Pise, Généalogie des princes d'Orange, p. 61.
^ Ibid. n. DI, la !"■ pièce citée sous ce numéro. * \'^oyez tome IV, Note XXXVII, n. 10.
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il partagea la moitié de la seigneurie d'Orange qui lui étoit échue. La dernière, nommée Tiburge, donna sa jDortion aux hospitaliers de Jérusalem; l'autre, appelé Guillaume, eut un fils, nommé Raimbaud, qui mourut sans enfans 8t donna aussi sa quatrième partie d'Orange aux mêmes hospitaliers. Quant à Raimbaud, fils puîné de Guillaume d'Omelas Se de la comtesse Tiburge, il quitta le nom d'Omelas 5t prit' le surnom d'Orange. Il engagea, en 1 168, à Guillaume de Montpellier, son cousin, tout son domaine d'Omelas, situé dans les diocèses de Béziers & de Maguelonne, pour la somme de quatre mille sols melgoriens; mais il le retira sans doute bientôt, puisqu'il l'engagea^, en 1171, à Aymar de Murviel, son beau-frère, pour la somme de dix mille deux cents sols melgoriens. Il mourut sans enfans, vers l'an iiyS, à Courteson, dans la principauté d'Orange'^, 8<. partagea par son testament tous ses domaines entre ses deux sœurs. Il donna sa portion d'Orange Se des terres qui en dépendoient à Tiburge, veuve auparavant de Guillaume de Mornas, Se alors femme en secondes noces de Bertrand de Baux, fils puîné de Raimond Se d'Étiennette de Provence, Se à leurs enfans, ses neveux, qui succédèrent ainsi à leur mère dans la moitié de la seigneurie d'Orange. Guillaume de Baux, qui étoit l'aîné, recueillit cette moitié Se fut le premier qui se qualifia prince d'OrangCy par la concession des empereurs d'Allemagne, rois de Provence. Ses successeurs trouvèrent moyen de réunir à leur domaine toute cette principauté. Raimbaud laissa la seigneurie d'Omelas Se tout le domaine qu'il avoit en Languedoc à Tiburge ou Tiburgette, son autre sœur, femme d'Aymar de Murviel, Se à leurs fils, ses neveux. Raimond-Aton de Murviel, l'un d'entre eux, jouissoit en effet, en 1187, de cette seigneurie Se en fit donation alors en faveur de Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, de qui il la reprit en fief, comme nous le dirons ailleurs.
Au reste, Raimbaud, fils de Guillaume d'Omelas Se comte ou seigneur d'Orange, n'est pas différent de Raimbaud d'Orange dont il est parlé en divers endroits d'un recueil manuscrit '^ des vies Se des ouvrages des anciens poètes provençaux, écrit vers le milieu du treizième siècle. Se dans lequel il est placé au rang des mêmes poètes. On y voit quelques pièces de sa façon, mais sa vie n'y est pas décrite comme celle de plusieurs autres. Jean de Nostradamus en parle fort au long^ dans ses vies des poètes provençaux Se il le dit « seigneur de Courteson, bon chevalier, vaillant aux armes Se bien estimé «( en la poésie provençale ; » mais on ne peut pas faire beaucoup de fond sur ce qu'il rapporte; car outre que l'ouvrage de cet auteur est un tissu de fables Se d'anachronismes, il fait mourir Raimbaud en 1220, Se disant ensuite Éd't- origin. qu'il tut exilé aux îles d'Hyères par Raimond, comte de Provence, il le fait
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'La Vise, Généalogie des princes d'Orange, f. 61
méro DI , la S*" pièce citée sous ce numéro. — & suiv. — Voyez tome IV, Ai^ofe XXXVII, n. 10.
D'Achery, Spicilegium, t. 8, p. 1 10. ^ Manuscrit de la Bibliothèque du roi, n. 7225,
" Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- aujourd'hui fonds français, n. 854.
méro DI, la 3'' pièce citée sous ce numéro. ' Nostradamus, Vie des poètes provençaux, p. 94.
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rappeler de son exil par Marguerite de Provence, fille de ce comte, lorsquelle fut reine de France. Or Marguerite de Provence n'épousa S. Louis qu'en 1234. Le même auteur attribue à Raimbaud un traité intitulé la Maestria d'amour\
Suivant le recueil manuscrit dont on vient de parler, la comtesse de Die, femme de Guillaume de Poitiers, se rendit amoureuse de Raimbaud d'Orange 8c fit des vers à sa louange : c'est tout ce qu'on rapporte d'elle à la tête de ses poésies. Jean de Nostradamus^ parle plus au long de cette comtesse, mais à son ordinaire d'une manière fabuleuse. Il assure que, « vivement touchée de « la mort de Guillem Ademar, gentilhomme de Provence, qu'elle avoit aimé, « elle ne se voulut jamais marier & qu'elle se rendit religieuse à Saint-Honoré « de Tarascon, où elle mourut de douleur la même année 1193. » On vient de voir cependant, par un témoignage bien plus certain, qu'elle épousa Guillaume de Poitiers, qui acquit par ce mariage le comté de Diois &(. le transmit à sa postérité avec celui de Valentinois.
Au reste, nous sommes persuadés que ce seigneur n'est pas différent de Guillaume de Peiteus ou de Poitiers [de Pictavo)^ l'un des principaux barons de la Province, dont il est fait mention dans plusieurs titres"^ du pays, mais surtout du diocèse de Narbonne, depuis l'an 1146 jusques en ii63. Nous croyons encore qu'il étoit fils naturel de Guillaume IX, comte de Poitiers Se duc d'Aquitaine, qui l'aura eu durant le séjour qu'il faisoit à Toulouse vers l'an iii5. Voici sur quoi nous fondons nos conjectures. 1° On ne connoît'^ pas l'origine de Guillaume de Poitiers premier du nom, comte de Valentinois, qui mourut avant l'an ii8g. 2° Nous ne connoissons pas non plus les ancêtres de Guillaume de Poitiers, établi dans la Province au douzième siècle, &. nous ne trouvons avant lui aucun seigneur de ce nom dans le pays. 3<^ Il est certain^ que ce dernier étoit d'une noblesse très-distinguée. 4*' On sait assez le penchant qu'avoit pour les femmes Guillaume IX, comte de Poitiers. 5° Enfin les temps s'y rapportent parfaitement. Guillaume de Poitiers, tige des comtes de Valentinois &. de Diois, sera donc né en Languedoc & après un assez long séjour dans cette province, il se sera établi le long du Rhône par son mariage avec l'héritière de ces deux comtés, alliance que Raimond V, comte de Toulouse, seigneur suzerain du Valentinois 8c du Diois, en qualité de marquis de Provence, aura sans doute favorisée. Il est, en effet, très-probable que le comte Pvaimond donna en cette qualité, vers l'an ii65, l'investi-
' Voyez, au tome VII de cette édition, la Note sur les troubadours à la cour des comtes de Toulouse.
' Nostradamus, Vie des poètes provcrK^aux, p. 47. — Voyez sur la foi qu'on doit ajouter aux récits de Jean de Nostradamus, la Note sur les troubadours à la cour des comtes de Toulouse, tome VII de cette édition.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéros CCCCLXIV, CCCCLXXXIII, CCCCLXXXV, la i""'' charte citée sous ce numéro; CCCCXCIl, la ^' charte citée sous ce numéro, DIX, DXXX ,
DXXXVIII, la 4" chaite citée sous ce numéro, 8t DXLI, la 2'" charte citée sous ce numéro. — Marca Hispan'ica, p. 5o5 & i3i8.
■* Le P. Ange, Histoire généal. des pairs de France, t. I , p. I 86 & suiv.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéros CCCCLXIV, CCCCLXXXIII, CCCCLXXXV, la 1'''' charte citée sous ce numéro; CCCCXCIl, la 4*' charte citée sous ce numéro, DIX, DXXX, DXXXVIII, la 4*" charte citée sous ce numé.o, & DXLI, la 2'' charte citée sous ce numéiO.
ture de ces deux comtés à Guillaume j nous savons du moins ' qu'il en investit en 1 189, après la mort de ce seigneur, Aymar, son fils & son héritier. Revenons à la maison de Montpellier.
XXVIII. — Mariage de Guillaume Fil, seigneur de Montpellier, avec
Mathilde de Bourgogne.
Guillaume VII, seigneur de Montpellier, se maria l'année de la mort de Guillaume d'Omelas, son oncle paternel. On a déjà vu que le vicomte Raimond-Trencavel lui destinoit pour femme, en ii54, une de ses filles, mais ce mariage n'eut pas son exécution. Se Guillaume épousa^, deux ans après, Mathilde, fille de Hugues II, duc de Bourgogne, & de Mathilde de Turenne, & sœur d'Eudes II, duc de Bourgogne. Guillaume assigna d'abord, par un acte daté de Montpellier le 25 de février de l'an ii56, pour le douaire de son épouse, les châteaux de Montferrier 8c de Pignan, les bains de Montpellier Se divers autres droits de son domaine, sous la garantie de Guillaume de Tortose, son frère, de dix-huit autres seigneurs ou gentilshommes du pays, du vicomte Raimond-Trencavel Se de Bernard d'Anduze. Peu de temps après, le seigneur de Montpellier alla au Puy au-devant de Mathilde, qu'il épousa dans cette ville, en présence de Henri, évêque d'Autun, frère de cette princesse, de Geoffroi, évêque de Langres, & des évêques de Châlons-sur-Saône Se de Maguelonne. Bernard d'Anduze, Hugues, comte de Rodez, Bernard-Aton , vicomte de Nimes, Se son frère Raimond-Trencavel assistèrent à cette cérémonie Se promirent par serment de garantir le douaire de cette princesse. Guillaume de Montpellier jura en même temps, avec quelques-uns de ses vassaux, de ne la répudier, pour quelque sujet que ce pût être, qu'après une sentence définitive rendue par l'archevêque de Lyon 5 il ajouta quelques domaines k son douaire, entre autres le droit qu'il avoit sur les Juifs de Montpellier. Mathilde, après son mariage avec Guillaume de Montpellier, t.^n,°p.'4j. se qualifia toujours duchesse, à cause de sa naissance, suivant l'usage du siècle.
Il y a lieu de croire que les comtes de Barcelone Se de Provence se trouvèrent à Montpellier dans le temps de ce mariage. Le premier^ accorda, en effet, par une charte datée de cette ville au mois de mars de l'an ii55, à l'abbaye de Valmagne, une exemption de péage, tant dans ses terres que dans celles du comte de Provence, son neveu : or cette charte doit appartenir à l'an II 56, suivant notre manière de compter; car nous en avons une autre '♦, datée de Montpellier au mois d'avril de l'an ii56, par laquelle Raimond- Béranger, comte de Provence, Se son neveu Raimond-Béranger, comte de Melgueil, de Provence 6* de Millau, exemptent de péage, dans la ville de
' Duchesne, H stoire de la maison de Valois. ^ Tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCCXCVIÏ,
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- la i"""" charte citée sous ce numéro, méro D. •♦ Ihid. la 2*.