XIII. — Ulveradej frère d' Eu de s j vicomte de Narbonne
Le vicomte Ulverade donna l'année suivante "^ à l'église de Saint-Paul de Narbonne 6* aux clercs qui la desservoient un alleu qu'il possédoit dans le comté de cette ville. On voit la souscription du même vicomte à une donation^ faite le 28 septembre de l'an 926 de plusieurs terres situées à Sigean, dans le diocèse de Narbonne, en faveur de la cathédrale de cette ville dont Agio étoit alors archevêque, suivant le même acte. Il est donc hors de doute que Ulverade étoit vicomte de Narbonne en 926 8c 926; mais comme il est constant*^ d'un autre côté qu'Eudes possédoit cette vicomte dans le même temps, nous conjecturons qu'ils étoient frères, 8c qu'il^Ma possédoientpar indivis ou en commun. On peut appuyer cette conjecture sur ce qu'il paroît'^ que Ulverade est le même que Wadalde élu évêque d'Elne ^ vers l'an 980, lequel conjointement avec Gauzbert, comte de Roussillon, fit une donation ^ en 981 à sa cathédrale « tant pour le repos de l'âme du comte Suniarius, « de sa femme Ermengarde, du comte Bencion 6» d'Almeradey évêque, que « pour celui de Francon, vicomte, de son épouse Arsinde ^ du vicomte Eudes. » Or, comme il est certain '° que Gauzbert, comte de Roussillon, étoit frère de Édj """'si^- fjencion, comte du même pays, 8c d'Almerade, évêque d'Elne, 8c qu'il est trèsprobable qu'ils étoient fils du comte Suniarius 8c d'Ermengarde , quoique
' Borrel, père de Richilde, était comte d'Ausone ' Voyez tome IV, Note XI, n. i & suiv.
& fils, en effet, de Wifred le Velu. Il avait épousé » Dom Vaissete commet ici une grave erreur :
Garsinde, qui mourut avant l'année pSô. Quant à Wadalde, évêque d'Elne, n'était point frère d'Eu-
lui, il mourut vers l'année 942. [E. M.] des, vicomte de Narbonne. Il était frère d'Elme-
=■ Voyez ci-dessus, livre XI, n. Lxxxvi, & Marca rade, évêque d'Elne, de Bencion & de Gauzbert,
Hispantca, p. 33, 38, 840. comtes de Roussillon, & fils de Suniaire II, aussi
3 Mabillon, de Re dlplomaùca, 1. 2, c. 20. — comte de Roussillon. S'il y avait parenté entre lui
Pagi, ad ann. 939, n. o. 8c la famille des vicomtes de Narbonne, ce ne pou-
■* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. L. vait être que par les femmes. [E. M.]
* J^f"i- ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LU.
« Voyez tome IV, Note XI, n. i & suiv. •» Marca Hispan'ica, p. 843 & suiv.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. io3
cela ne soit pas marqué ' dans l'acte, on peut dire^ qu'il ne l'est oas moins que Wadalde, évoque d'Elne, étoit iils du vicomte Francon Se d'Arsinde, son épouse Se par conséquent frère d'Eudes, vicomte de Narbonne.
XIV. — Mort d'Agio, archevêque de Narbonne. — Aymeric lui succède.
La charte de l'an 926 est souscrite aussi par la comtesse Gudinilde 6c la vicomtesse Richilde. Celle-ci n'est pas différente de la femme du vicomte Eudes, dont on a déjà parlé. L'autre étoit peut-être veuve de Raimond II comte de Toulouse Si marquis de Gothie, Sî. mère de Raimond-Pons, son successeur, à moins qu'elle ne soit la même que Widinilde, veuve de Wifred le Velu, comte de Barcelone, 8c vraisemblablement aïeule de ^ Richilde vicomtesse de Narbonne"^. Quoi qu'il en soit, cette charte prouve qu'Agio, archevêque de cette ville, vivoit encore au mois de septembre de l'an 926 Se que le prétendu Anno, qu'on ^ place sur le siège de cette métropole en 924, entre cet archevêque 5c Aymeric, n'est pas différent du premier, dont le nom a été altéré par les copistes.
Agio mourut peu de temps après j Se en effet, outre qu'il n'est plus fait mention de lui dans aucun ancien monument, Aymeric, son successeur immédiat, écrivit '^ conjointement avec Hugues de Toulouse, Réginald de Béziers, Se les autres évêques, ses comprovinciaux, au pape Jean X qui étoit déjà déposé à la fin '7 de juin de l'an 928. Ils demandoient par leur lettre le pallium en faveur du même Aymeric, élu archevêque de Narbonne après la mort d'Agio , Se excusoient ce prélat de ce que, suivant l'ancienne coutume, il n'avoit pu aller le recevoir lui-même à Rome, ni y envoyer ses députés, soit parce que , pour satisfaire à son devoir, il n'avoit pu abandonner le pays, que les Hongrois avoient entièrement ravagé les années précédentes, soit parce que les chemins de Narbonne en Italie n'étoient pas encore libres, à cause que les Sarrasins occupoient toujours les passages des Alpes, Se qu'enfin la route d''Allemagne l'auroit obligé à un trop grand détour. Le pape, dans sa réponse, après avoir témoigné à ces prélats la part qu'il prenoit aux maux qui affligeoient leur province, consent qu Aymeric use du pallium en certaines festivités de l'année, telles que Pâques, Noël, Saint-Jean- Baptiste, l'Assomption de la Vierge , la Dédicace de son église. Se à la consécration d'un évêque. Hugues, évêque de Toulouse, avoit succédé à Armand après l'an^ 922.
' Marca Hispanica, p. 385. * Gallia Christiana, nov. edit. p. SyS.
' Voyez tome IV, Note XI, n. 5, ^ Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc,
^ Voyez tome IV, Note XI. p. 56o & suiv. 778 & suiv. — Histoire des comtes
^ Richilde était fille de Borrel, comte d'Ausone, & de Toulouse, p. 88. — Voyez tome IV, Note VU,
de Garsinde. morte avant 936. Elle était pe'tite-fiUc n. 3.
de Wifred le Velu. — Voyez tome II, Note addi- ' Pagi, ad ann. 928, n. 1 & seq.
tionnelle à la Note LXXXVII. [E. M.j * Mabillon, ad ann. 918, n. 24.
An 926
An iji6 "
XV. — Mort de Guillaume II y duc d'Aquitaine, 6- d'Acfredj sonjrere b son
successeur.
Il est remarquable que tous les actes de la Province, pendant la prison de Charles le Simple, sont datés des années du règne de ce prince : preuve certaine que les peuples de Languedoc lui demeurèrent fidèles après que Raoul se fut emparé de toute l'autorité. Les Aquitains étoient également portés en sa faveur j Se si Guillaume II, leur duc & comte d'Auvergne, se soumit à ce dernier, ce fut par force plutôt que par inclination. Aussi ne demeura-t-il que fort peu dans le parti de Raoul 5 8c il ne le vit pas plus tôt occupé en France, tant contre les Normands que contre les Lorrains, qui refusoient également de le reconnoître pour roi , qu'il secoua le joug de son obéissance & se mit en liberté.
Raoul, dans le dessein de punir l'infidélité' de ce duc, assembla une puissante armée composée de François 8c de Bourguignons, 8c s'avança vers la Loire. Il commença par le siège de Nevers, où le frère de Guillaume s'étoit jeté, 8c l'ayant forcé à se rendre 8c à lui donner des otages , il passa en Aquitaine 8c marcha contre ce duc, qui, n'osant lui résister, prit la fuite. Heureusement pour Guillaume, les Hongrois, ayant fait cette même année une nouvelle irruption en deçà du Rhin, obligèrent Raoul de décamper y^n 027 pour aller s'opposer à leurs entreprises. Le duc d'Aquitaine, délivré par là des armes de ce prince, continua jusques à sa mort, qui arriva entre les mois d'avril 8c d'octobre ^ de l'année suivante, de soutenir le parti de Charles le Simple. Guillaume II, par son testament^, donna diverses terres à l'abbaye de Saint-Julien de Brioude dont il étoit abbé séculier. Godescalc, évêque du Puy, qui fut son principal exécuteur testamentaire, s'étant rendu quelque ui°pll33' temps après dans le château de Polignac avec ses autres collègues, ordonna la délivrance des legs faits par ce duc à la même abbaye, par un acte daté du règne de Raoul, ce qui prouve que ce prince étoit toujours reconnu dans le Vêlai.
Guillaume deuxième ou troisième du nom'^, duc d'Aquitaine, mourut sans enfans. Acfred, son frère, lui succéda dans ce duché, 8c à ce qu'il paroît dans ses autres dignités, savoir 5 dans les comtés d'Auvergne 8c de Vêlai. Il prenoitla qualité de comte avant la mort de son frère, 8c nous avons lieu de croire qu'il étoit pourvu des comtés de Brioude 8c de Talandes, qui faisoient partie de l'Auvergne, 8c du comté de Gévaudan^, Nous savons du moins qu'il possédoit^ de
■ Frodoard, Chron'icon, p. 597. le premier étant Guillaume, frère du duc Gérard.
' Ib'id. — Mabillon, ad ann. 927, n. 84. — Voyez [E. M.]