XXXVIII. — Voyage de Louis d^Outre-mer en Aquitaine
An „., Les funestes divisions qui côntinuoient de régner en France armèrent les
principaux vassaux du roi Louis d'Outre-mer contre ce prince, qui après avoir été défait auprès de Laon en 941, se retira en Bourgogne dont les peuples lui demeurèrent fidèles. Il se rendit à Tournus^, sur la Saône, au mois de novembre, Se s'avança ensuite jusqu'à Vienne, où il fut reçu par Charles-Constan-
• Voyez tome IV, l^ote XXIII. 3 Voyez tome IV, Note XXIII.
' ^^'^- '' Mabillon, ad ann. 941, n. 26.
tin, son vassal, qui en possédoit le comté '. Les principaux seigneurs aquitains s'y rendirent ou y envoyèrent leurs députés, tant pour l'assurer de leur fidélité que pour lui offrir leurs secours. Nous ne doutons pas que Raimond-Pons, comte de Toulouse, ne fût du nombre, car Louis confirma^ alors à la prière de Henri, évêque de Langres, & de Gotescalc, évêque d'Anls o« du Puy, la fondation du monastère de Chanteuge, faite du consentement de Raimond, prince des Aquitains, qui est le même que Raimond-Pons, comte de Toulouse.
De Vienne le roi passa en Aquitaine 8c se rendit à Poitiers, où il confirma 3, le 5 du mois de janvier de l'année suivante, l'abbaye de Saint-Hilaire de cette ville, à la prière de Guillaume j comte 6- marquis, 8c d'Ebles, son frère, dans la possession de ses terres, dont quelques-unes étoient situées dans le Toulousain 8c le Carcasses. Louis, après s'être assuré "^ de la fidélité des Aquitains, reprit la route de France, où, par la soumission des chefs des rebelles, on vit enfin cesser les troubles qui agitoient depuis longtemps cette partie du royaume. Guillaume Tête-d'Étoupes, comte de Poitiers, dont il s'agit dans la charte de Saint-Hilaire, n'avoit donc alors que la simple qualité de comte 8c de marquis, 8c en effet, il n'obtint^ celle de duc d'Aquitaine qu'après la mort de Raimond- Pons, comte de Toulouse.
XXXIX. — Origine des vicomtes d^'Alhi, de Nimes & de Lautrec.
Ce dernier échangea^ vers le même temps le lieu de Saint-Sauveur de Brousse, situé dans le diocèse d'Albi 8c laviguerie de Lautrec, contre différens biens que le vicomte Aton possédoit dans la paroisse de Saint-Maurice en Rouergue, 8c dans la viguerie de Camarès. Aton, qui dans cet acte prend la qualité de vicomte par la grâce de Dieu 8c se dit fih de Bernard, donna à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières le même lieu de Brousse qu'il avoit reçu par cet échange, 8c un alleu qu'il avoit conservé dans la paroisse de Saint-Maurice en Rouergue. Sa donation est datée du mois d'avril de Van 942, la septième année du règne de Louis, dont on ne compte ici, par conséquent, le commencement du règne que depuis la mort de Raoul. On voit dans cet acte les souscriptions de Frotaire, évêque, 6» de Hugues, com^^. Celui-ci, ainsi qu'on l'a déjà remarqué, étoit cousin germain du comte de Toulouse; l'autre étoit*^ vraisemblablement évêque d'Albi 8c frère d'Aton, vicomte de la même ville, qui fit la donation dont on vient de parler, 8c qui, selon les apparences, avoit succédé dans cette vicomte à Bernard, son père, que nous ne croyons pas différent ^ de Bernard, vicaire ou vicomte d'Eudes, comte de Toulouse en 918.
' Frodoard, Chronicon, p. 606 &seq. — Mabillon, '' Frodoard, Chronicon, p. 606 & seq.
ad ann. 942, n. 84. ' Voyez tome IV, Note XVI.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n..LXX. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. LXXI.
' Besly, Histoire des comtes de Poitou, p. 248 ' Voyez tome IV, Note XXI, n. 6.
& suiv. ^ Ibid. n. I & suiv.
An r;4I
An 942
An 942
t. II, p. 77.
C'est de ce même Aton que descendent les vicomtes héréditaires d'Albi, qui prenoient aussi la qualité de vicomtes d'Ambialet, château situé sur le Tarn à trois lieues au-dessus de la ville, parce que c'étoit le chef-lieu de leur domaine. Il y avoit donc dans l'Albigeois au milieu du dixième siècle deux vicomtes, savoir celle 4'Albi ou d'Ambialet, qui s'étendoit dans la partie septentrionale du diocèse, &. celle de Lautrec qui comprenoit la méridionale : ainsi Bernard, vicomte d'Albigeois au commencement du même siècle, aura eu vraisemblablement deux fils, l'un appelé Aton qui eut en partage la vicomte d'Albi ou d'Ambialet, Se l'autre Sicard qui fut vicomte de Lautrec.
Le premier épousa Diafronisse' qui fonda, ou du moins fit des biens considérables à l'église ou monastère de Beaumont, en Rouergue ; & comme nous savons d'ailleurs qu'Aton, son mari, possédoit des terres dans ce pays, que le Éd. origin. père de ce vicomte s'appeloit Bernard, &. que ses descendans firent plusieurs donations à cette église, dont ils se regardoient comme les fondateurs, nous conjecturons de là qu'Aton I, vicomte d'Albi, étoit proche parent de Bernard, qui fut vers le même temps vicomte de la partie méridionale du Rouergue, 8c de qui descendent les vicomtes héréditaires de Millau & de Gévaudan. Aton I eut deux fils, Bernard &. Frotaire; celui-ci fut évêque de Cahors, l'autre succéda à son père dans la vicomte d'Albi 8c posséda celle de Nimes qu'il acquit sans doute par son mariage avec Gauze ou Gauciane. Il transmit ces deux vicomtes à ses descendans, qui prirent longtemps après le surnom de Trencavel 8c devinrent encore plus puissans vers la fin du onzième siècle, lorsqu'ils eurent succédé à tous les domaines de la branche aînée des comtes de Carcassonne 8c de Razès de la seconde race.
XL. — Arnaud, comte de Carcassonne 6* de Ra-^ès. — Son origine.
Ceux-ci tiroient^, ce semble, leur origine d'Asnarius , comte de Comminges 8c de Conserans, qui vivoit au commencement du dixième siècle 8c qui eut deux fils, Arnaud 8c Roger, dont le premier lui succéda dans une partie du Comminges 8c l'autre dans le reste de ce comté. Arnaud augmenta considérablement son domaine par les comtés de Carcassonne 8c de Razès qu'il posséda certainement, 8c qui lui échurent, à ce que nous croyons, par son mariage avec Arsinde, probablement fille 8c héritière d'Acfred II, comte de Carcassonne 8c de Razès de la première race, lequel vivoit encore en 984. Arnaud posséda encore de grands domaines dans le Narbonnois 8c le Toulousain , entre autres toute la partie méridionale de ce dernier pays, vers les Pyrénées, sous l'autorité des comtes de Toulouse , que lui 8c ses successeurs reconnurent pour leurs suzerains.
Arnaud, Arsinde, sa femme, leurs fils b leurs filles^ donnèrent au mois d'avril de l'an 944 , à l'abbaye de Lézat 8c à l'abbé Adasius , l'église 8c la
' Voyez tome IV, Note XXI, n. i & suiv. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
' Uid.Note XXII. méro LXXIII.
An 944
terre de Saint-Ybars clans le pays de Foix, d'où l'on doit conclure qu'Arnaud étoit alors, &l même quelques années auparavant, comte de Carcassonne 8(. de Razès, puisque le pays de Foix dépendoit alors de ces comtés. Un moderne ' ajoute qu'Arnaud étoit fils d'un prétendu comte de Carcassonne, appelé Roger j qu'en 942, il fit un voyage en Provence ou dans le royaume d'Arles pour y prêter serment de fidélité au roi Louis d'Outre-mer, conjointement avec les comtes de Toulouse 8c de Gascogne, 8c les envoyés du comte d'Auvergne; mais tout cela^ est avancé sans preuves : nous ne connoissons aucun comte de Carcassonne du nom de Roger, avant la fin du dixième siècle, 8c il est certain que Louis d'Outre-mer n'alla point en Provence en 942 ^.
XLI. — Mort d^Aton, vicomte de Toulouse. — Adhémar lui succède.
Adasius gouvernoit encore l'abbaye de Lézat au mois de juillet de l'an 948, comme il paroît par une donation "^ faite alors à ce monastère, de l'église de Saint-Germier de Muret, au diocèse de Toulouse, ce qui donna lieu à la fondation d'un prieuré conventuel dans cet endroit, sous la dépendance de la même abbaye. Un seigneur nommé Radveus, qui donna cette église, l'avoit acquise d'un autre appelé Aton, qui paroît le même que le vicomte de Toulouse de ce nom dont on a déjà parlé, 8c qui vraisemblablement étoit alors déjà décédé. Adhémar ^ lui succéda dans la vicomte de Toulouse, 8c il étoit sans doute de ses parens, puisque les dignités étoient alors héréditaires, mais non pas son fils, car le même Aton mourut sans enfans.
L'abbé Adasius^ n'avoit que l'administration générale de l'abbaye de Lézat sous l'autorité de S. Eudes , abbé de Cluny, qui l'avoit choisi pour son coadjuteur dans le gouvernement des monastères de sa réforme, comme on l'a déjà remarqué. Nous trouvons, en effet, que Daniel étoit abbé particulier de Lézat, la neuvième année du règne de Louis d'Outre-mer, ou l'an 945. Une dame appelée Garsinde donna -^ alors à ce monastère l'alleu de Fustignac, dans le Toulousain 8c le territoire de Bouconne, 8c aujourd'hui dans le diocèse de Lombez, sur les frontières du Comminges. Cette dame est peut-être la même que Garsinde, femme de Raimond-Pons, comte de Toulouse.
XLII. — Entrevue de Louis d'Outre-mer avec Raimond-Pons, comte de
Toulouse.
Ce dernier alla en 944 à la rencontre du roi Louis d'Outre-mer, qui vint en Aquitaine avec la reine Gerberge, son épouse ; c'est ce que nous apprend un historien ^ du temps, qui assure que Louis eut alors une conférence avec
' De Vie, Comtes de Carcassonne, p. 55. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCVII.
' Voyez tome IV, Note XXII. « Voyez tome IV, Note XXIII, n. 3.
' IhU. . ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro LXXVI.
raéro LXXVII. — Mabillon, ad ann. 940, n. i3. " Frodoard, Chronlcon, p. 608.
An 944
An 944
i3o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII.
t. Il, p. 78.
Raimond, prince des Goths, 0 les autres seigneurs d'Aquitaine. Nous ignorons Éd. origin. le motif &. les circonstances de cette entrevue. Un historien moderne ' prétend que Louis entreprit ce voyage pour recevoir l'hommage de ces seigneurs ; mais il convient^ en même temps qu'alors les hommages des vassaux de la partie méridionale du royaume n'étoient qu'une pure cérémonie, à cause qu'ils s'étoient mis dans l'indépendance, dont nos rois les laissoient jouir tranquillement. Louis avoit d'ailleurs reçu auparavant l'hommage du comte de Toulouse & des seigneurs aquitains. Il faut donc que son voyage ait eu quelque autre motif plus important : nous croyons que les entreprises continuelles de Hugues le Grand 5c des autres principaux vassaux de France, jointes à un commencement de brouillerie^ prêt à éclater entre lui & Othon, roi de Germanie, l'engagèrent à passer la Loire, tant pour s'assurer du secours de Raimond-Pons Se des autres seigneurs du pays contre les rebelles de France, que pour faire diversion contre le roi de Germanie, qui avoit des liaisons"^ I
très-étroites avec Conrad le Pacifique, roi de la Bourgogne Transjurane 8c k de Provence, dont les Etats confinoient avec la Gothie. Louis, après cette % conférence, retourna en France où la guerre que ses vassaux continuèrent contre lui faillit à le renverser du trône. Comme Raimond I, comte de Rouergue, partageoit alors le marquisat de Gothie avec Raimond-Pons, comte de Toulouse, son cousin, nous ignorons lequel des deux s'aboucha avec ce prince. Il paroît cependant que ce fut le dernier, qui, outre qu'il étoit chef de sa famille, possédoit le duché d'Aquitaine avec le comté particulier d'Auvergne.
XLIII. — Conrad le Pacifique succède à Rodolphe IIj son père, dans le
royaume de Provence.
Conrad le Pacifique avoit succédé en 987, étant encore fort jeune, au roi Rodolphe II, son père, dans les royaumes de la Bourgogne Transjurane 8c de Provence. Othon le Grand, roi de Germanie, son tuteur, l'appela alors à sa cour où il le retint plusieurs années, mais non pas autant que quelques modernes l'ont prétendu. Conrad étoit ^ en effet de retour en Provence en 948, 8c il tint un plaid dans le Viennois, au mois de juin de la même année, la sixième de son règne.
On voit par là que ce prince étoit alors maître du Viennois, 8c par d'autres monumens, qu'il l'étoit aussi du Valentinois à la gauche du Rhôpe, 8c même du Lyonnois 8c du Forez en deçà de ce fleuve : or, comme Charles Constantin, comte de Vienne, avoit reconnu «^ la souveraineté de Louis d'Outremer, nous ne doutons pas que le principal motif du voyage que ce dernier
' Daniel, Histoire de France, t. i, p. 948. ' Gxùchenon, Bihliotheca Sehasiana, p. 239,269.
^ Ibid. p. 968. — Mabillon , Annal, ordinis sancti Benedicti, ad
' Frodoard, Clironicon, p. 608. ann. 943, n. 67 & 59.
■♦ Ibid. p. 610. 6 Frodoard, Chronicon, p. 606.
An
entreprit en Aquitaine, en 944, n'ait été aussi pour engager Raimond-Pons, comte de Toulouse Se le comte de Rouergue, son cousin, tous les deux marquis de Gothie 5c dont les Etats coniî noient avec le royaume de Provence, à le secourir, pour remettre le Viennois 8c le reste de ce royaume sous son obéissance. Ce fut sans doute alors que les marquis de Gothie étendirent leur domaine jusques au Rhône Se qu'ils soumirent à leur autorité le Vivarais Se l'Uzège, qui faisoient anciennement partie du même royaume, s'ils ne l'avoient déjà fait aussitôt après la mort de l'empereur Louis l'Aveugle.
Outre le royaume de Provence situé à la gauche du Rhône, que Conrad posséda en entier du vivant' même de Hugues, roi d'Italie, qui le lui avoit cédé, lui 5c ses successeurs régnèrent sur la Bourgogne Transjurane Se une partie de la Souabe, ce qui fit que pour marquer l'étendue de leur domination, ils se qualifioient ^ rois des Allemands ^ des Provences {Alemannorum seu Provinciarum)y ou seulement rois des Provences. Les auteurs contemporains leur donnent aussi le titre de rois de la Gaule -^ Cisalpine. On doit remarquer cependant que par le terme des Provences dont Conrad se disoit roi, il ne faut pas entendre la seule Provence proprement dite, comme le prétend "^ un critique qui suppose que cette province étoit alors divisée en comté de Forcalquier, à la droite de la Durance, Se en comté de Provence depuis cette rivière jusques à la mer , car cette division est fort postérieure ^ au dixième siècle, mais plutôt l'ancien royaume de Provence , possédé d'abord par Boson 6c ensuite par Louis l'Aveugle, son fils, divisé en deux duchés ou gouvernemens généraux, l'un du Lyonnois Se du Viennois, au nord de l'Isère, Se l'autre de Provence, entre cette dernière rivière Se la mer.
XLIV. — Comtes 6* vicomtes d'U-^ès. — Origine de la ville du Pont-Saint-Esprit.
Le Vivarais Se l'Uzège ne dépendoient donc plus du royaume de Provence sous le règne de Conrad le Pacifique. Nous avons en effet une donation ^ faite par un prêtre nommé Licérius, la sei-;^ième année du règne de Louis d' Outre-mer ^ en faveur de l'abbaye de Cluny, du village d'Alherne, dans le pays d'U-^èsy pour Vâme du comte A mairie, de la comtesse Ermen garde ^ du comte Bermondy son seigneur. L'acte est souscrit par le vicomte Tructaldus, ce qui fait voir qu'au milieu du dixième siècle le diocèse d'Uzès étoit gouverné par un comte Se un vicomte. Nous ne trouvons depuis aucun monument qui nous fasse connoître leurs successeurs 5 mais nous ne doutons pas qu'après la mort de Bermond, comte d'Uzès, qui vraisemblablement étoit fils d'AmalricSed'Ermengarde, Se successeur immédiat du premier, ce comté n'ait été uni 7 au domaine de Raimond I, comte de Rouergue Se marquis de Gothie qui le possédoit,à ce qu'il paroît, vers l'an 961,
Éd. origin.
t. II. p. 79.
Voyez tome IV, Note XII.
Ruffi, Dissertation, p. lo & suiv.
Frodoard, Chronicon, p. 6io.
^Pagi, ad ann. pSy, n. 5.
5 Voyez tome IV, Note XIV.
® Acta Sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 5,
' Vayez tome IV, Note XV, n. a. ^
An 944
i32 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII.
clans le temps de sa mort, & qui le transmit à Raimond de Saint-Gilles & aux autres comtes de Toulouse ses successeurs , lesquels furent certainement ' comtes particuliers d'Uzès. Le même Raimond de Saint-Gilles, ou quelqu'un de ses prédécesseurs, inféodèrent sans doute le domaine qu'ils avoient à Uzès aux anciens seigneurs de cette ville, dont nous parlerons dans la suite, Se dont nous ne pouvons faire remonter^ l'origine que vers la £n du onzième siècle. ^^ 5 On voit encore que le diocèse d'Uzès composoit un comté particulier au mi-
lieu du dixième siècle, dans une donation^ qu'un archevêque nommé GérRudy dans le dessein de se retirer à Cluny pour y vivre sous la discipline de saint Aymar, abbé, fit en 946, à cette célèbre abbaye, des biens qu'il tenoit de son père dans le comté d'U-^ès & la viguerie de Caisson {Caxlonense^^ 8<. dont il avoit fait un échange avec son frère. Géraud donna entre autres l'église de Saint-Saturnin, située à la droite du Rhône, où l'acte fut passé 5 il se qualifie seulement évêque dans sa souscription, de même que Rostaing, qui signa après lui. Se ils ne marquent ni l'un ni l'autre le nom de leur siège; mais il paroît certain"^ que le premier étoit archevêque d'Aix, Se l'autre évêque d'Uzès.
C'est donc ce Géraud, archevêque d'Aix, natif de la ville ou du diocèse d'Uzès qui, ayant renoncé à sa dignité pour embrasser la vie religieuse dans le monastère de Cluny, donna lieu par cette donation à la fondation du prieuré de Saint-Saturnin du Port, dont la ville du Pont-Saint-Esprit bâtie depuis au même endroit tire son origine. Il est en effet hors de doute que l'église de Saint-Saturnin, donnée par ce prélat à l'abbaye de Cluny, est la même que celle du prieuré du Saint-Esprit qui en dépend aujourd'hui Se qui est voisine de Saint- Paulet de Caisson, de la viguerie duquel elle dépendoit au dixième siècle. On sait d'ailleurs^ que le prieuré ou monastère de Saint-Saturnin sur le Rhône subsistoit déjà en 969. Quant au nom de Saint-Esprit, ce n'est que depuis la fin du treizième siècle que cette ville l'a pris, du célèbre pont qui y fut bâti alors sur le Rhône ^.
XLV. — Hugues, roi d'Italie, détrôné. — Il se ligue avec Raimond I, comte de Rouergue 6* marquis de Gothie, pour remonter sur le trône.
Manassés , archevêque d'Arles, tint une conduite bien opposée à celle de Géraud, archevêque d'Aix. Il ne cessa de scandaliser l'Église par son ambition Se sa simonie. Non content de l'archevêché d'Arles, qu'il avoit obtenu par le crédit de Hugues, son oncle, alors simple duc de Provence Se depuis roi d'Italie, il le suivit au delà des Alpes Se envahit successivement les évêchés de Trente, de Vérone Se de Mantoue , qu'il posséda conjointement avec cet
■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, ann. loçS '' Voyez tome IV, Note XXIV.
£t I 172. ' Acta Sanctorum ordinis sancti Bsnedict'i, saec. 5,
^ Voyez tome IV, Note LU. p. 764.
'Voyez tome V, Chartes & Diplôines , nu- " Par les religieux d'un ordre hospitalier dont il
mcroLXXIV. — Voyez tome IV, iVofe XXIV. sera pailé dans la suite. [E. M.]
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i33
An pij5
t. II, p. 80.
archevêché. Enfin il porta ses vues sur celui de Milan, 8c pour l'obtenir, il iit perdre au roi Hugues la couronne d'Italie, malgré tous les efforts de ce prince pour se soutenir sur le trône par le secours de Raimond, comte de Rouergue 8c prince de Gothie, ce qui nous engage à parler ici 8c de l'origine 8c des suites de cette révolution.
Hugues, on n'en peut disconvenir, avoit de grandes qualités ', mais il avoit aussi de grands défauts : dur 8c impérieux dans le gouvernement 8c déréglé dans ses mœurs, il se rendit extrêmement odieux aux principaux seigneurs de ses Etats. Béranger, marquis d'Ivrée, l'un des plus considérables, forma d'abord le dessein de le détrôner 5 mais ses intrigues furent découvertes, ce qui l'obligea de se réfugier en Allemagne. Il revint^ en Italie peu de temps après 8c trouva moyen de gagner l'archevêque Manassés, sous la promesse de lui donner l'ar- éd. origin. chevêche de Milan. Il engagea ainsi ce prélat à lui livrer une forteresse dont il étoit le maître 8c à trahir le roi Hugues, son parent 8c son bienfaiteur. Manassés n'omit rien pour grossir le parti du marquis, 8c prit si bien ses mesures qu'il fit entrer dans la révolte la plupart des villes 8c des grands de la Lombardie. Dans cette extrémité, Hugues se rendit à Pavie, capitale de ses Etats, d'où il envoya Lothaire, son fils, à Béranger 8c aux autres conjurés qui étoient assemblés à Milan, pour les supplier de déférer la couronne à ce jeune prince puisqu'ils le jugeoient lui-même indigne de la porter. Après cette humiliante démarche, Hugues sortit de Pavie, avec tous les trésors qu'il put emporter, dans le dessein de se retirer auprès de Conrad, roi de Bourgogne. Il n'exécuta pas toutefois sa résolution, sur l'assurance que les conjurés lui firent donner, qu'ayant élu 8c couronné à Milan le roi Lothaire, son fils, il pouvoit rester en Italie 8c continuer même à y régner avec lui.
Hugues ne fit pas beaucoup de fond sur les promesses des factieux j il vit bien que la crainte qu'ils avoient qu'en se retirant d'Italie avec toutes les richesses qu'il avoit ramassées, il ne s'en servît pour se procurer le secours des Bourguignons 8c des autres peuples des Gaules, 8c qu'il ne vînt ensuite avec eux leur faire la guerre, les avoit uniquement engagés à le prier de demeurer en Italie ; aussi résolut-il de prendre ses sûretés. Il feignit cependant de se rendre à leur demande, 8c ayant recommandé à Béranger son fils Lothaire, qu'il laissa en Italie, il passa en deçà des Alpes vers la fin^ de Tan 946 8c arriva avec ses trésors en Provence où "^ il avoit encore diverses terres, mais dont il n'étoit alors ni duc, ni souverain, quoi qu'en disent quelques modernes.
Raimond premier du nom, comte de Rouergue 8c marquis de Gothie, que ^ Luitprand qualifie prince des Aquitains 8c que divers ^ auteurs confondent mal à propos avec Ra^mond-Pons, comte de Toulouse, son cousin, eut à peine
■ Luitprand, 1, 5. ' Luitprand, 1. 5, c. 14.
' Ibid. c. 12 & suiv. ^ Voyez au sujet de ce Raimond, comte de Roue;-
^ Frodoard, Chronicon , p. 620. — Pagi , ad gue, tome IV, la Note VIII sur la filiation de la
ann. 946, n. i. maison de Toulouse St ses différentes branches.
'' Voyez tome IV, Note XII. [E. M.j
T" i34 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII.
été informé de l'arrivée de ce prince au voisinage du Rhône, qu'il fut le trouver pour lui offrir de le conduire en Italie à la tête d'une armée Se d'y combattre Béranger. Le roi Hugues accepta volontiers la proposition de Raimond, 81 fit avec lui un traité que ce dernier jura d'observer fidèlement moyennant la somme de mille mines que l'autre lui compta. Si qui montoit à celle de mille cinq cent soixante marcs d'argent, chaque ' mine pesant une livre romaine Se quatre drachmes.
L'historien contemporain qui parle de ce traité fait comprendre qu'il y fut présent. Il ajoute que les promesses de Raimond prêtèrent à rire {Nos omnes cachinno ajfecit^) aux Italiens qui étoient à la suite du roi Hugues, à cause du peu de cas qu'ils faisoient de la parole des Aquitains. Il convient cependant qu'ils étoient en état de secourir ce prince, de la mort duquel il parle aussitôt, sans marquer s'il rentra en Italie, ni nous instruire des suites "T Z du traité qu'il avoit conclu avec Raimond ; mais nous apprenons d'un autre auteur^ du temps, que Hugues repassa en Italie l'année suivante Si. qu'il y fut de nouveau reconnu pour roi, d'où nous inférons que Raimond passa les monts avec lui Se qu'il l'aida à remonter sur le trône. Le nouveau règne de ce prince ne fut pas long '^ 5 il fut obligé bientôt après de se «retirer encore en deçà des Alpes, Se il mourut la même année dans le monastère de Saint-Pierre de Vienne sur le Rhône, qu'il avoit fondé avant son avènement à la couronne d'Italie, Se où il prit l'habit monastique quelque temps avant sa mort^. On y voit encore son épitaphe.
XLVI. — Mariage de Raimond I, comte de Rouergue, avec Berthe, nièce du
roi Hugues.
Hugues légua, par sa dernière disposition, toutes les richesses^ qu'il avoitap-
portées avec lui d'Italie Se plusieurs terres considérables qui lui restoient tant
en Provence que dans la Gothie ou Septimanie à Berthe, sa nièce, princesse
d'une rare beauté, fille de Boson, son frère consanguin, marquis de Toscane,
Se de Wille sa femme. Elle étoit alors veuve de Boson premier du nom, comte
d'Arles, Se elle se remaria peu de temps avant ou après la mort du roi Hugues,
son oncle, avec Raimond, prmcf des Aquitains, dont Luitprand parle avec
beaucoup de mépris Se avec lequel ce roi avoit fait le traité dont on a déjà
parlé. Nouvelle preuve que Raimond suivit ou conduisit Hugues en Italie
Éd. origin. Dour le rétablir sur le trône. Ainsi ce dernier lui aura donné sa nièce en mat-ii, p- 81. '. .• 1 j • - , ,
nage, ou par un article de ce traite, ou en recompense de ses services.
' Philander in Vitruv. s Guichenon, BihUotheca Sehusiana. — Ruffi,
' Luitprand, 1. 5, c. 14. Dissertation sur les comtes de Forcalquier, Sic. ' Frodoard, Chronicon, p. 610. « Luitprand, 1, 5, c. 14. — Voyez tome V, Char-
'' Léo Ostiensis, \. 4, c. 64. — Pagi, ad ann. 945, tes & Diplômes, n. XCII & XCVIII. n. 2.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i35 "T
An 947 XLVII. — Cinquième Concile de Narbonne.
Le même Raimond, qui, comme nous l'avons déjà fait remarquer, étoit comte de Rouergue & possédoit par indivis avec Raimond-Pons, comte de Toulouse, son cousin germain, le marquisat de Gothie, fut sans doute un des grands de la Province qui assistèrent au concile tenu dans Téglise cathédrale des SS. Just &. Pasteur de Narbonne, le 27 de mars de l'an 947 5 car suivant les actes' qui nous restent de ce concile, les principaux seigneurs du pays y délibérèrent avec les évêques sur les moyens de rétablir la discipline ecclésiastique dans laProvince. Aymeri, archevêque de Narbonne, 8c les évêques Rodoalde de Béziers, Gisande de Carcassonne, Dacbert d'Agde 8c Pons de Maguelonne se trouvèrent à cette assemblée avec un abbé nommé Alexandre, 8c confirmèrent l'élection que le clergé 8c le peuple d'Elne venoient de faire de Riculfe pour leur évêque, à la place de Wadalde mort depuis peu. On prétend^que les évêques de la Province tinrent un concile la même année à Fontaines, dans le diocèse d'Elne; mais c'est un fait^ certainement supposé. Le dernier éditeur"^ des Conciles, qui a adopté les fautes de ses prédécesseurs, auroit pu s'en apercevoir 8c faire mention de celui de Narbonne dont il ne dit pas un mot.
XL VIII. — Boson II succède à Boson I dans le comté de Provence.
Boson I, comte de Provence 8c premier mari de Berthe, laquelle épousa en secondes noces Raimond I, comte de Rouergue, mourut sans doute sans postérité. Nous savons du moins qu'un autre seigneur de son nom, qui se dit fils ^ ÂTTIs" de Rotbold, lui succéda dans ce comté 8c qu'il en étoit déjà possesseur au mois d^octobre de la dou-:^ième année de Conrad, roi des Allemands 6* de Provence, c'est-à-dire l'an 948, comme il paroît par un acte'^ d'échange que fit alors Manassés, archevêque d'Arles. Quelques auteurs prétendent que Rotbold, père de Boson II, fut aussi comte de Provence, mais on n'en voit''' aucune preuve. D'autres veulent que ce dernier ait pris le titre de roi 8c qu'il ait régné en Provence depuis l'an 925, ce qu'ils n'appuient que sur des monumens supposés, d'où ils tirent aussi l'épiscopat de Rangefridus, évêque d'Avignon, qu'on dit avoir été auparavant moine 8c abbé de Saint-Gilles, au diocèse de Nimes. Un moderne s a enfin avancé que le roi Hugues, à son retour d'Italie, vers la fin de l'an 946, donna à Boson II le duché ou comté de Provence à titre bénéficiaire, ou comme il s'explique, à vie & sous Vhommage, 8c que ce prince étant décédé, Conrad le Pacifique confirma le même Boson ^ dans le gouvernement
■ Capltulalres, t. 2, p. 684 Si. smy. — Marca H'is- ' Voyez tome IV, NoteXlV, n. 10 & suiv.
pan'ica, p. 890 & seq. ® Gallia Ckristiana, nov. edit. t. i , p. io3. —
' Conciles, t. 9, p. 621. Mabillon, ad ann. 948, n. 12.
^ Marco. Hispanïca, p. 869 & seq. — Voyez ' Voyez tome IV, Note XIV, n. 10 & suiv.