LXV. — Testament de Hugues, évêque de Toulouse
Enfin c'est de Raimond premier du nom 5, comte de Rouergue, qu'il s'agît^ dans le testament^ que fit Hugues, évêque de Toulouse, vers l'an 960, & dans lequel il le nomme avec Hugues, fils de ce prince, pour ses principaux exécuteurs testamentaires. Ce prélat, qui étoit d'une naissance très-distinguée, possédoit des biens considérables dont il disposa en partie en iaveur de son église cathédrale, des monastères de Saint-Sernin, de la Daurade 8c de Lézat dans son diocèse, & des pauvres. Il donna le château de Saissac, dans le diocèse de Carcassonne, à Roger, comte de cette ville, & à Arsinde, sa mère, 8c fit d'autres legs au premier. Comme la plupart de ses terres étoient situées dans la partie méridionale du diocèse de Toulouse , qui dépendoit alors du domaine des comtes de Carcassonne, cela nous donne lieu de croire qu'il étoit parent du même Roger. Il donna entre autres à sa cathédrale le lieu de Saintes-Puelles, dans le Lauragais; au comte Raimond, celui de Mazères, aujourd'hui une des principales villes du comté de Foix; à Bernard, évêque, que nous croyons
* Voyez tome IV, Note VIII, n. 23. — Voyez * C'est de Raimond, comte de Rouergue, qu'il aussi tome V, Chartes & Diplômes, n. XCIII. est ici question, ainsi que Ta reconnu dom Vaissete
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCIII. dans le n. 3 de la Note VIII du tome IV. [E. M.] • ^ Voyez tome IV, Note VIII, n. i3. « Voyez tome IV, Note XIX, n. 6.
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCIV. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XCV,
1 — ' — i54 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII.
An poo ~
être le même que Bernard , évêque de Conserans, qui vivott alors ' & avec lequel il étoit fort Hé, Talleu de Saint-Marcel qu'il substitue à Téglisc de Sainte- Marie jpairfcaf a, ou de la Daurade.
Hugues, évêque de Toulouse, possédoit aussi les lieux de Cîntegabelle& de Mérens, qui sont aujourd'hui deux petites villes, dont la dernière est chef d'une châtellenie du comté de Foix, 8c l'autre, située dans le diocèse de Mirepoix sur la rivière d'Ariége vers les frontières du même comté, dépend du Lauragais 8c a pris son nom d'une sainte dont on y conserve les reliques, mais sur laquelle on n'a rien de certain. Il est fait mention de cette sainte dans un acte* sans date, par lequel le même Hugues, évêque de Toulouse, donne à l'un de ses clercs , appelé Loup, l'église de Sainte-Marie où le corps de sainte Gabelle étoit inhumé , avec quelques autres églises voisines, situées dans le Toulousain , &» le ministériat ou district de sainte Gabelle. Loup ne devoit jouir de ces églises que pendant sa vie, & Hugues les substitua après sa mort à la cathédrale de Toulouse. Ce prélat fit bâtir un château à Cintegabelle, qui a donné l'origine à la petite ville de ce nom; quant à Loup, il fut d'abord ^ archidiacre 8c ensuite primicier ou prévôt de la cathédrale de Toulouse, 8c fit des biens considérables à l'abbaye de Saint-Michel de Cuxa, dans le Roussillon. Hugues, évêque de Toulouse, avec l'agrément duquel il fit cette donation, occupa ^ son siège depuis l'an 927 jusques en 972 8c survécut à Raimond I, comte de Rouergue 8c marquis de Gothie, qu'il avoit nommé pour l'un de ses principaux exécuteurs testamentaires,
LXVL — Testament de Raimond I, comte de Rouergue 6» marquis de Gothie.
Etendue de son domaine.
Nous avons un testament ou codicille que ce prince fit^ vers le commencement de l'an 961, 8c qui est un égal monument 8c de sa piété 8c de ses richesses. Selon cet acte^, qui donne un grand jour à notre histoire, très-obscure dans ce siècle, il n'y eut aucune église un peu considérable, soit dans la Pro- Éd.jOrigîn. vînce, soit dans les pays voisins, à laquelle Raimond n'ait donné des marques de sa libéralité , ou pour mieux dire de sa magnificence. Il légua entre autres plusieurs alleux 8c châteaux à chacune de dix-huit cathédrales "7, presque toutes soumises à sa domination médiate ou immédiate, ou à celle de sa maison , 8c dans les diocèses desquelles il possédoit un grand nombre de terres. Il nomme celle de Sainte-Marie de Rodez la première, 8c lui fait de plus grands dons , parce que le Rouergue étoit son principal domaine. Il fait ensuite des donations à celles de Saint-Privat de Mende , Sainte-Marie du Puy, Saint-Etienne d'Agen , Sainte-Cécile d'Albi 8c Saint-Etienne de Cahors , dans l'Aquitaine ,
' Gallia Christiana, nov. edit. t. i, p. 1 127. ■* Voyez tome IV, Note XIX, n. 5.
• Catcl, Mémoires de l'hist. du Languedoc, p. SSy. * Ihid. Note VIII, n. 10 & suiv.
» Ibid. p. 856 & 860. — Mabillon, ad ann. 973, ^ Voyez tome V, Chartes & Dipl6raes , nu-
n. 99. — Voyez tome V, Chartes & Diplômes nu- méro XCVII. inéro Cil, la S*" charte citée sotis ce numéro, ' Ihid,
An 961
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII. i55
dont il se dîsoit prince } à celles des Saints Just & Pasteur de Narbonne , d'Uzès, de Viviers, de Nimes, de Lodève , de Saint-Pierre de Maguelonne, Agde, Béziers & Elne, dans la Septimanie ou Gothie, dont il possédoit le marquisat ou principauté avec le comte de Toulouse, son cousin , & enfin à celles de Saint-Etienne de Toulouse, de Saint-Nazaire de Carcassonne & de Saint-Félix de Girone.
Raimond légua aussi divers domaines à plus de cinquante autres églises, mais surtout à celles de Rouergue 8c de Querci qu'il nomme les premières, savoir : aux abbayes ou monastères de Conques, Saint-Amand de Rodez, Saint-Sauveur de Vabres, Saint-Antonin, Nant & Saint-Saturnin, auprès de Rodez, en Rouergue; de Figeac, Saint-Pierre de Marcillac, Saint-Audard, aujourd'hui Montauban; Saint-Pierre de Moissac & Sainte-Marie de Souillac, dans le Querci j de Saint-Pierre de Beaulieu, dans le bas Limousin; de Saint-Pierre & Saint-Géraud d'Aurillac & de Saint-Julien de Brioude, en Auvergne; de Saint- Bausilc, de Saint-Gilles & de Saint-Julien de Psalmodi, dans le diocèse de Niraes; de Saint-Sauveur d'Aniane, dans celui de Maguelonne; de Saint- Thibéry, dans celui d'Agde ; de Joncels, au diocèse de Béziers ; de Saint-Chinian, de Saint-Pons de Thomièrcs, Saint-Pierre de Caunes & de Saint-Paul, dans celui de Narbonne ; de Saint-Pierre de Roses, dans celui de Girone ; de Sainte- Marie de la Grasse & de Saint-Jean de Valseguier, aujourd'hui Montolieu, dans le diocèse de Carcassonne ; de Saint-Benoît & Saint-Vincent de Castres, de Saint-Michel de Gaillac, Saint-Eugène de Vieux & Saint-Salvi d'Albi, en Albigeois; de Saint-Sernin, de Sainte-Marie Fahricata, aujourd'hui la Daurade, dans la ville de Toulouse; de Notre-Dame de Sorèze, Saint-Volusien de Foix, Saint-Antonin de Frédelas, aujourd'hui Ramiers, & de Saint-Pierre de Lézat^ dans le Toulousain; de Saint-Pierre de Condom; d'Eisses 6c de Saint-Caprais d'Agen, en Agenois, 6c enfin de Saint-Orens d'Auch. Il fit des legs, outre cela, à diverses églises, entre autres à celles de Quarante, dans le diocèse de Narbonne, de Sainte-Martiane d'Albi, de Saint-Pierre 8c Saint-Géraud de Cairag, en Querci , 8cc. ; mais nous ignorons si ces dernières avoient alors titre d'abbaye, ou si elles étoient des monastères comme les précédentes.
LXVII. — Origine de Vabhaye de Saint-Antonin de Frédelas ou de Pamiers,
Nous avons parlé ailleurs de Torigine de la plupart de ces abbayes qui sont situées dans la Province; nous remarquerons ici seulement qu'il paroît que celle de Saint-Antonin de Frédelas, aujourd'hui Ramiers, étoit alors fondée depuis peu 8c qu'elle fut redevable de sa fondation ou à Arnaud, ou à Roger I, son fils, comtes de Carcassonne, dans le domaine desquels elle étoit située; c'est du moins le plus ancien monument que nous en ayons. Elle a donné naissance à la ville de Ramiers, 8c fut érigée en évêché sur la fin du treizième siècle par le pape Boniface VIII, qui démembra ce nouveau diocèse de celui de Toulouse.
t. II, p. 94,
An 5,6, i56 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XII,
LXVIII. — Parens de Raimond I dont il fait mention dans son testament,
Raîmond exerça aussi sa libéralité envers ses proches. Il légua à Berthe, sa femme', un grand nombre de châteaux 8c d'alleux ou de fiefs ^ qu'il substitue pour la plupart après la mort de cette princesse à diverses églises. Il lui donne entre autres les alleux qu'il avoit dans le diocèse de Nimes, & qu'il substitue après son décès à la cathédrale de cette ville 8c aux abbayes de Saint-Bausile 8c de Saint-Gilles; nous ferons bientôt usage de cette remarque. Il fait mention de cette princesse dans sept à huit autres endroits de son testament, dans lesquels il lui donne diverses terres, en particulier celles de Loupian 8c de Balaruc dans le Languedoc, pour en jouir, soit elle seule, soit conjointement avec Éd. origin. Raimond, leur fils. Il donne de plus à ce dernier sept châteaux , du nombre desquels sont Graulhet 8c Monestier en Albigeois, qu'il substitue à ses proches, en cas que le même Raimond son fils vînt à décéder ah intestat. Il donne encore à ce dernier 8c à Hugues, son autre fils, le château de Brassac en Albigeois, deux autres châteaux 8c plusieurs alleux dont il leur laisse la jouissance en commun pendant leur vie ; il lègue en particulier à Hugues deux alleux en Querci, le château de Parisot en Albigeois 8c divers autres biens, pour en jouir conjointement avec son frère Ermengaudj ce qui prouve que Raimond I, comte de Rouergue, eut trois fils de la princesse Berthe, sa femme : Raimond, Hugues 8c Ermengaud. Il fait aussi mention, en général, de quelques fils naturels qu'il avoit eus de la fille d'Odoin; il leur lègue le château d'Albin en Rouergue, avec cinq alleux dans ce pays, qu'il substitue après leur mort à sa fille naturelle, leur sœur.
Raimond fait mention dans son testament de ses jrères, de Hugues, son neveu, à qui il lègue cinq cents sols 8c plusieurs alleux, 8c de Raimond, frère de ce dernier : ces deux neveux du comte Raimond étoient fils sans doute du comte Hugues, son frère. Il dit un mot par occasion du comte Guillaume, son cousin, duquel il avoit acquis divers alleux dans le Rouergue, dont il disposa en faveur de la cathédrale de Rodez 8c des monastères de Saint-Amand 8c de Saint-Saturnin de la même ville. On prétend* que ce comte Guillaume est le même que Guillaume II, duc d'Aquitaine 8c neveu de Guillaume le Pieux, mort en 926; mais les temps ne sauroient convenir. Le comte Raimond, mari de Berthe, qui fit le testament dont nous parlons, étoit encore très-jeune en 926, 8c il ne succéda que dix ans après à Ermengaud, son père. On n'a d'ailleurs aucune preuve que Guillaume II, duc d'Aquitaine, ait rien possédé en Rouergue. C'est donc de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, qu'il s'agit ici, 8c ce prince étoit, en effet, cousin de Raimond I, comte de Rouergue. Il est vrai qu'il devoitêtre alors assez jeune j mais, comme il avoit succédé depuis plus de dix ans aux États de Raimond-Pons, son père, sous
' Voyez tome IV, Note VIII, n. lo & suiv, • Voyez tome IV, Note VIII, n. Si.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIL iSy "77^
radministration de Garsinde, sa mère, il pouvoît avoir aliéné quelques terres du Rouergue, ancien patrimoine de sa famille.
LXIX. — Suite du testament de Raimond, — Adhémar, vicomte de Toulouse,
son exécuteur testamentaire.
Le comte Raimond fit plusieurs autres legs, en particulier à Deusdet, évêque de Rodez", à Bernard, évêque d'Albi, 6c à Frotaire, évêque de Cahors; à Pons, abbé de Saint-Amand de Rodez, à Gauzbert, abbé de Moissac, 6c à Ermengaud, abbé de Castres, avec substitution après leur mort en faveur de leurs monastères. Le dernier abbé avoit succédé à Durand^ qui vivoit en çSS. Celui-ci avoit réfuté un hérétique nommé Ulfald, qui enseignoit que lame périssoit avec le corps. Quant à Tabbaye de Saint-Amand de Rodez, ce n'est plus aujourd'hui qu'un prieuré conventuel dépendant de Saint-Victor de Marseille.
Entre les vassaux (fidèles) du comte Raimond 8c divers seigneurs à qui il fit des legs, on peut remarquer Guillaume-Garcias, le même, à ce que croit un habile critique^, que le comte de Fezensac de ce nom qui vivoit dans ce siècle; conjecture d'autant plus vraisemblable, que le comte Raimond substitue les deux alleux qu'il donne à Guillaume-Garcias, aux monastères de Saint-Pierre de Condom 8c de Saint-Orens d'Auch. Il lègue aussi quelques domaines à /îog^r, fils d^ Arnaud, comte de Carcassonne, 8c non pas de Foix, comme^ on l'a cru, car il n'y avoit pas encore alors de comtes de Foix : ce pays étoit cependant du domaine du même Roger, à qui Raimond donna l'alleu de Cariât {Carliagum) y aujourd'hui petite ville du diocèse de Pamiers, pour en jouir pendant sa vie, avec substitution après sa mort en faveur de l'abbaye de Saint-Anionin de Frédelas.
Raimond fait mention de trois vicomtes, savoir : de Rainaud, vicomte de Bé-^^ierSj qui tenoit de lui un alleu en fief} d^Amélius, vicomte de Carcassonne, qui , à ce qu'il paroît, étoit alors déjà décédé, 8c de qui il déclare avoir acquis divers alleux dans leNarbonnois 8c le Carcasses } &• d'Adhémar, vicomte de Toulouse. Il donne à ce dernier quatre alleux avec leurs églises 8c le nomme pour être l'un de ses exécuteurs testamentaires. De ces quatre alleux, il en substitue un au premier enfant mâle qu'auroit ce vicomte, qui par conséquent n'en avoit tfli!*p%. alors aucun; deux au monastère de Saint-Antonin en Rouergue, 8c non pas de Pamiers, comme l'a cru le P. Mabillon^, 8c à l'abbaye de Saint-Audard, qui est aujourd'hui la cathédrale de Montauban : il substitue le quatrième à l'église de Cairag en Querci. Il paroît par là que ces terres étoient situées dans ce pays, 8c par conséquent à la bienséance d'Adhémar. Aussi ce seigneur 8c les autres vicomtes de Toulouse, ses successeurs, avoient-ils le principal domaine^ dans ce pays, ce qui leur fit sans doute prendre dans la suite le titre de vicomtes
• Voyez tome IV, ffote VIÏI n. ii. *• Mabillon, de Re diplomatiea, p. SyS.
* Spîcilegium, 1. 7, p. 341. * Ihid.
' MabiUon, de Re diplomatiea, p. 673. ' Voyec tome IV^ Note XXXII.
An 961
i58 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. Xll.
de Brunîquel & de Monclar, châteaux du Querci situés vers les frontières de TAlbigeois & du Toulousain. On a déjà remarqué ailleurs qu'Adhémar ou Aymar avoit succédé dans la vicomte de Toulouse à Aton qui vivoit en 940.
C'est peut-être de ce dernier que le comte Raimond veut parler dans Tendroit de son testament ' où il lègue aux églises de Girone & d'Elne, & à Tabbaye de Saint-Pierre de Roses, Valleu de Perpignan quil avoit acquis d^Aton} car c'est sans aucun fondement quon prétend* que celui-ci étoit comte de Roussillon : on n'en trouve aucun de ce nom dans le dixième siècle, & leur succession est d'ailleurs assez connue. On pourroit croire aussi qu'il s'agit dans cet endroit d'Aton, vicomte d'Albi & de Nimes, dont on a déjà parlé. Quoiqu'il en soit, il s'ensuit de là que la ville de Perpignan, aujourd'hui la capitale du Roussillon, appartenoit à Raimond I, comte de Rouergue & marquis de Gothie. C'est un des plus anciens monumens où il soit parlé de cette ville, connue à ce que l'on croit ^ du temps des Romains, sous le nom de Flavius Ebusus^, & sous celui de Perpignan seulement depuis le dixième siècle.
Nous ne pourrions donner que des conjectures fort incertaines sur les autres vassaux du comte Raimond & divers seigneurs à qui il fait des legs dans son testament. Nous nous contenterons d'observer qu'il donne la part qu'il avoit au château de Gourdon dans le Gourdonnois en Querci, à Aymeric , à son fils Géraud & au fils de celui-ci, à condition que le dernier survivant d'entre eux donneroit cinq cents sols à Hugues, son neveu, si Raimond, de qui ils dévoient tenir ce domaine en fief, 8c qui est sans doute le même que son fils aîné , venoit à décéder. On voit ici l'origine des anciens seigneurs de Gourdon en Querci, terre considérable qui a aujourd'hui titre de marquisat.
Le comte Raimond nomme pour ses autres exécuteurs testamentaires Bernard 8c Raimond, fils de Humbert, avec leur mère, 8c il leur donne divers biens, ce qui semble marquer qu'ils étoient ses parens. Le premier est sans doute le même que Bernard, mari d'Adélaïde, dont le comte fait plus d'une fois mention dans son testament, à qui il lègue ou substitue plusieurs terres dans l'Albigeois, le Querci 8c le Rouergue, 8c qui n'avoit pas alors d'enfans. Enfin ce comte ordonne à ses exécuteurs testamentaires de distribuer tous ses biens meubles aux pauvres &c aux églises. Telles furent les dernières dispositions de Raimond premier du nom , comte de Rouergue , prince d'Aquitaine 8c marquis de Gothie, qu'on a jusqu'à présent ^ confondu avec Raimond-Pons, comte de Toulouse, son cousin ; faute dans laquelle on est tombé d'autant plus aisément, qu'outre que les monumens de ce siècle sont également rares 8c obscurs, ces deux princes possédoient par indivis le marquisat de Gothie 8c la plupart des autres domaines de leur maison. Au reste, quoique nous
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ^ Ceci est une erreur. Voir ce qui a été dit au méro XCVIII. sujet des origines de la ville de Perpignan, au
* Mabillon, de Re d'ipîomatica, p. 672. tome I, livres I & II. [E. M.]
* Marca Hispanica, p. 22. ' Voyez tome IV, Note VIII.
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ayons donné le nom de testament à l'acte dont nous venons de faire le détail, ce n'est toutefois proprement qu'un codicille , car le comte Raimond n'y fait guère que des legs pieux , & ne dit rien de ses comtés & de ses autres biens patrimoniaux qu'il transmit certainement à ses descendans, dont il ne parle dans cet acte qu'en passant & par occasion ; ainsi il aura fait sans doute un testament antérieur qui nous manque.
LXX. — Mort de Raimond /, comte de Rouergue &» marquis de Gothie.
Son fils Raimond II lui succède.
Ce prince étoit déjà décédé le 7 de septembre de l'an 961. C'est ce qui paroît par une donation ' que la comtesse Berthe &» le comte Raimond, son fils, firent le même jour à l'église cathédrale de Nimes , des lieux d'Aymargues 8c de Tîllan, dans le comté de cette ville vers la côte de la mer, dont elle se réserva l'usufruit j or, on a déjà remarqué que le comte Raimond I, son mari , disposa en sa faveur, & de leur fils Raimond, des alleux du diocèse de Nimes, tiC?^^'. pour en jouir leur vie durant, avec substitution en faveur de la cathédrale de cette ville. La donation de Berthe est donc une exécution du testament de son mari, qui, par conséquent, devoit être alors déjà décédé j aussi n'en parle-t-elle pas dans sa donation. Quant aux circonstances de sa mort, nous apprenons d'un ancien auteur^ qu'il fut assassiné sur le chemin de Saint-Jacques en Galice , où il avoit entrepris un pèlerinage. Le peu de monumens qui nous restent de ce prince ne nous permettent pas de décider ici si sa personne ôc ses moeurs furent aussi méprisables que Luitprand le veut faire entendre. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il donna diverses marques de piété & de religion, soit dans sa dernière disposition, soit dans les voyages de dévotion qu'il entreprit à Rome & à Saint-Jacques en Galice. Nous avons déjà parlé de ses enfans légitimes & naturels.
Raimond II, son fils aine, du nombre des premiers, lui succéda à l'âge d'environ douze à treize ans, sous l'autorité de Berthe, sa mère, dans le comté de Rouergue & dans une moitié du marquisat de Gothie & des comtés d'Albigeois & de Querci qu'il posséda comme son père, conjointement avec Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, son cousin; en sorte qu'on vit alors deux princesses gouverner au nom de leurs fils tous les Etats de la maison de Toulouse , savoir : Garsinde, mère de ce dernier, & Berthe, mère de Raimond II, comte de Rouergue. La qualité de comte que prend Hugues, frère de ce dernier, nous fait comprendre^ qu'il eut quelque comté en partage. On ignore si Ermengaud, leur frère, prit aussi la même qualité; il paroît que ces princes^ eurent un quatrième frère, nommé Pons.
• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.XCVIH. ^ Voyez tome IV, Note VHI, n. 21 & sui?.
■ Voyaz tome V, Chroniques, n. III. * Ihid*
An 961
LXXI. — La comtesse Berthe 6» le comte Raimond, son fils , bienfaiteurs de
la cathédrale de Nimes.
Berthe survécut longtemps au comte, son mari. Elle se qualifie, en divers actes , Berthe d*un nom illustre &» humble comtesse par la grâce de Dieu; 8c son fils Raimond comte illustre {înclitus com^j),dans la donation ' qu'ils firent le 7 septembre, la huitième année de Lothaire, ou l'an 96 1, à la cathédrale de Nimes. Elle ordonne par cet acte, supposé que ses proches vinssent à dépouiller l'église de Nimes des biens qu'elle lui donne, que ces domaines appartiendroient dès lors au podestat {ad ipsam potestatem de Nemauso) de cette ville. II s'ensuit, ce semble, de ces termes, que Nimes jouissoit alors de son ancienne liberté 8c que cette ville étoit gouvernée par des magistrats municipaux, car le mot potestas signifie ici apparemment la même chose que celui de podestat^, dont on s'est servi dans la suite pour désigner les principaux magistrats municipaux des villes de Provence, d'Italie 81 de Languedoc^. Quoi qu'il en soit, Berthe 8c Raimond II, son fils, confirmèrent^ quatre ans après cette donation, par un acte dans lequel cette princesse ajoute qu'après sa mort un prêtre, qu'elle nomme, auroit la régie des biens qu'elle avoit donnés à la cathédrale de Nimes, sous les ordres 8c au nom du chapitre , à qui il seroit comptable, 8c qu'enfin, si quelqu'un venoit à s'emparer de ces mêmes biens, ils reviendroient à Raimond, son fils, s'il avoit des enfans; sinon ils seroient unis au domaine du vicomte de Nimes. Raimond II , comte de Rouergue, n'étoît donc pas marié ou du moins il n'avoit pas d'enfans en 965; aussi paroît-il , par cette donation, qu'il étoit encore alors sous la tutelle de Berthe , sa mère.
LXXII. — Prise de la ville de Vienne par Conrad le Pacifique sur le roi
Lothaire.
Les différentes guerres que le roi Lothaire eut à soutenir du côté de France ne lui permirent pas de continuer la conquête du royaume de Provence que son père avoit commencée, 8c donnèrent à Conrad le Pacifique, roi de Bourgogne, le temps de reprendre sur lui les places qu'il avoit perdues 8c de s'en assurer la possession. Ce dernier s'empara entre autres de la ville de Vienne, que Charles Constantin, qui en possédoit le comté, avoit soumise au roi Louis d'Outre-mer en 951. Peut-être que Lothaire avoit dessein de la remettre sous son obéissance, lorsqu'il fit, en 961, un voyage en^ Bourgogne, durant lequel
• Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- personne ou d'une communauté. On le trouve emméros XCVIII & C. ployé dans la charte XCXVIII pour signifier le do-
* Du Cange^ Glossaire, maine de la cathédrale & celui de la 'ville de Nimes. ' L'explication que les Bénédictins donnent ici [E. M.]
du mot potestas n'est pas exacte. Ce mot signifie ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. C«
proprement le domaine, Tensemble des biens d'une ' Frodoard, Chronicon, p. 621»
les principaux prélats & seigneurs d'Aquitaine allèrent à sa rencontre. Conrad demeura cependant le maître de Vienne , & il étoit dans cette ville au mois de décembre de Tan 963, suivant un diplôme ' par lequel il confirma alors 1 abbaye de Montmajour dans la possession des biens que Boson, comte d^ Arles, lui avoit restitués.
LXXIII. — Oliha Cahreta succède à Sunified, comte de Barcelone, son frère, dans le comté de Fenouillèdes, (/c. — Abbaye de Saint-Paul de Fenouillèdes,
An 963
On a déjà remarqué que , suivant le testament de Sunifred , comte de Barcelone, ce prince possédoit le comté de Fenouillèdes en deçà des Pyrénées. Ce prince , par cet acte*, qui est un monument de sa piété 8c qui est daté du I" d octobre de la douzième année du règne de Lothaire, ou de Tan g65, donna divers domaines à la plupart des églises de la Marche d'Espagne 6c de la Septimanie, entre autres aux cathédrales de Saint-Just de Narbonne, de Saint-Nazaire de Carcassonne & de Sainte-Eulalie d'Elne; aux monastères de Sainte-Marie d'Arles, de Saint-Germain de Cuxa 8c de Saint-André de Sureda, dans le Roussillon; à l'église 8c aux chanoines de Saint-Paul de Narbonne ; à l'abbaye de Notre-Dame d'Orbieu ou de la Grasse au diocèse de Carcassonne , 8c enfin aux monastères de Saint-Martin de Lez 8c de Saint- Paul dans le comté de Fenouillèdes.
Cette dernière abbaye dont nous ne connoîssons pas bien l'origine, étoit située dans un lieu appelé ^ anciennement Monisaten, au confluent des deux ruisseaux TAgly 8c la Boussonne. Elle dépendoit autrefois de celle de Cxixa, dans le Roussillon , 8c fut depuis sécularisée 8c érigée en collégiale ; elle a donné naissance à une petite ville, qui est Tune des principales du pays de Fenouillèdes, compris aujourd'hui dans le diocèse d'Alet.
Sunifred, comte de Barcelone, disposa par son testament du comté de Fenouillèdes en faveur d'Oliba Cabreta, comte de Cerdagne, son frère, 8c mourut deux ans après "* sans enfans. Oliba auroit dû lui succéder aussi dans le comté de Barcelone comme son plus proche héritier j mais ce dernier comté passa après sa mort, on ne sait comment, sur la tête de Borrel , comte d'Urgel, leur cousin germain, qui le transmit à ses descendans avec la plupart des autres domaines de la maison de Barcelone. Oliba hérita^ cependant de Sunifred, son frère, des comtés de Confiant 8c de Valespir, dans le diocèse d'Elne, 8c de celui de Besalu^ dont ce dernier avoit hérité lui-même de Wifred , leur frère, mort sans enfans vers l'an 954. Nous aurons encore occasion de parler ailleurs d'Oliba Cabreta , qui étendit par là sa domination sur une partie de la Province} il entreprit "^ un voyage à Rome, en g68,
Éd. origin.
t. II, p. 97.
' Mabillon, ad ann. 963, n. 7.
* Marca Hispanica, p. 885 & seq.
' Ihid, p. 954.
* Ihid, p. 402.
S Voyez tome IV, fiote XWII, n. 5.
* Marca Hispanica, p. SgS.
' Ibid, p. 400, 893 & seq.
An 965