‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 116 sur 234 · III. — Comtes de Provence · texte numérisé non relu

III. — Comtes de Provence

On trouve encore alors une troisième comtesse nommée Arsinde; c'est la première femme de Guillaume I, comte de Provence, lequel, vers Tan 968, succéda dans ce comté avec son frère Rotbold, à Boson II, leur père. Guillaume I & Arsinde, sa femme, firent donation ' de la ville de Pertuis, dans le diocèse d'Aix, à Tabbaye de Montmajour*, au mois de juin de la quarantedeuxième année du règne de Conrad le Pacifique, c'est-à-dire de Tan 97g. Ce comte épousa en secondes noces Adélaïde, dont il eut Guillaume II, qui confirma^ cette donation & y souscrivit dans la suite avec sa mère.

IV. — Victoire de Roger I, comte de Carcassonne, sur Olîha Cahreta^ comte

de Cerdagne. — Comtes de Comminges.

Un moderne^ paroît confondre cette dernière avec la comtesse Adélaïde, que Roger I, comte de Carcassonne, avoit déjà épousée en 979, comme nous l'apprenons d'une donation^ qu'ils firent alors avec Raimond leur fils, du lieu de Corneillan, à l'abbaye de Saint-Hilaire, dans le diocèse de Carcassonne, dont Benoît étoit abbé. Parmi les souscriptions de cet acte on trouve celles d'un comte Arnaud, fils d'Adélaïde , & de Pierre, évêque 8c comte, qui, selon les apparences, étoient parens de Roger & de la même maison. Nous croyons^ que le premier étoit comte de Comminges en partie, 8c fils de Roger, frère d'Arnaud, comte de Carcassonne; que c'est de lui que descendent les comtes héréditaires de Comminges qui vivoient au douzième siècle, 8c que Pierre étoit son frère 8c évêque de Conserans. Le reste du Comminges étoit alors possédé, partie par le même Roger I, comte de Carcassonne, partie par Raimond son frère, dont il est fait mention en différens^ actes du pays. Ce dernier eut un fils nommé Bernard, lequel lui succéda dans la portion du Comminges qui lui étoit tombée en partage.

Roger I, comte de Carcassonne, fit deux ans après une nouvelle donation à l'abbaye de Saint-Hilaire, en reconnoissance du secours qu'il reçut de ce saint dans un extrême péril où il se trouva. Oliba Cabreta, fils puîné de Miron 8c petit-fils de Wifred le Velu, comtes de Barcelone, prince naturellement inquiet 8c querelleux, 8c maître ^ d'un grand domaine qui comprenoit les comtés de Besalu, de Berga 8c de Cerdagne au delà des Pyrénées, 8c ceux de Fenouillèdes, de Confiant 8c de Valespir en deçà de ces montagnes, s'étoit rendu ex-

' Voyez tome IV, Note XIV, n. 9 & suiv. ^ Voyez tome IV, Note Wll^ n. 28 & luir.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXV, ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXV,

la 1** charte citée sous ce numéro. la 1" charte citée sous ce numéro. — Voyez

' Voyez tome IV, Note XIV. tome IV, Note XXII.

^ Mahillon, ad ann. 978, n. 74. * Gesta Comitum Bareinonensium, c. 7. ^^Marca

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXV, Hispanica, p. 541. — liid» p. 1257. la 1^" charte citée sous ce numéro.

An 981

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. igS ^„ g,

trêmement redoutable à ses voisins. Il eut entre autres un différend avec le M\^l}^^0:

t. li| p. IIO»

comte Roger. On ignore le sujet de leur querelle, mais il paroi t que ce fut à Toccasion du comté de Razès que leurs prédécesseurs avoient possédé ' anciennement en commun & qu'ils avoient partagé vers la fin du neuvième siècle. Peut-être qu'Oliba, qui descendoit en ligne droite des anciens comtes de ce pays, disputa sa portion à Roger qui étoit d'une famille différente. Quoi qu'il en soit, le premier, ayant déclaré* la guerre à l'autre, s'avança dans le pays à la tête d'une armée & y fit le dégât. Roger, de son côté, s'étant mis en défense, marcha à la rencontre d'Oliba, qui l'attaqua le premier avec autant de fierté que de valeur. Le comte de Carcassonne, ne pouvant soutenir le choc 6c se voyant sans ressource, eut recours alors à Dieu & lui demanda la victoire par l'intercession de S. Hilaire, en qui il avoit une très-grande confiance. Il eut à peine achevé sa prière que, ranimant son courage & faisant un dernier effort pour repousser ses ennemis, il les mit en fuite & les poursuivit vivement. Il ramena ensuite ses troupes sur le champ de bataille, &c vit avec étonnement que, parmi le grand nombre de morts &c de blessés qui étoient restés sur la place, il n'y en avoit aucun des siens. On lui rapporta en même temps qu'on avoit aperçu S. Hilaire marcher à la tête de ses troupes & combattre en sa faveur: pénétré d'une vive reconnoissance envers son saint libérateur, il donna bientôt après à l'abbaye de Saint-Hilaire plusieurs alleux situés dans le Carcasses, conjointement avec Adélaïde son épouse, &c Raimond &c Bernard leurs fils, dont le dernier n'étoit pas encore baptisé, ainsi qu'il est marqué dans l'acte daté du mois d'août, la vingt-septième année de Lothaire. Roger y «xpose le motif de sa donation de la manière que nous venons de le rapporter, & anathématise ensuite, suivant le style & l'usage du siècle, tous ceux, soit rois, soit comtes, soit évêques ou abbés, (yc, qui usurperoient les biens qu'il donnoit à ce monastère. Il fit quelque temps après un voyage de dévotion à Rome ^ avec Adélaïde, sa femme Se, à ce qu'il paroh, Raimond, son fils; 6c s'étant adressé au pape Benoit VII, il obtint une bulle qui confirme cette donation.

V. — Guerre entre les comtes de Toulouse &» de Carcassonne. — Le dernier

fait sa paix avec Oliba Cabreta,

Nous voyons que Roger eut aussi quelque démêlé avec Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, 8c qu'il le vainquit^ par l'intercession de S. Hilaire dans une guerre qu'ils eurent ensemble, ce qui l'engagea à faire de nouvelles libé-. ralités au monastère de ce saint évêque } mais nous ignorons l'époque 8c les circonstances de cet événement. Le comte de Toulouse s'étoit peut-être ligué avec celui de Cerdagne contre Roger, 8c celui-ci les aura attaqués 8c vaincus dans la même occasion.

• Voyez ci-dessus, livre XII, n. LV. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXVI méro CXVIII. & CXXXIV. ' Ibid. n. CV.

Un habile ' historien est persuadé que Roger & Oliba firent ensuite la paix, & que par leur traité le premier céda à l'autre le Capcir qui taisoit alors partie du comté de Razès, & qui en dépendoit du moins à Ja fin du neuvième siècle. Il ajoute, ce qui est fondé sur les anciens monumens, que le Capcir fut depuis uni au comté de Cerdagne, 8c possédé par Oliba & ses successeurs. On pourroit dire aussi que Roger céda par le même traité à Oliba le pays de Saut, de Donazan & de Pierrepertuse , qui anciennement étoient compris aussi dans le comté de Razès, s'il ne paroissoit* plus vraisemblable que tous ces domaines étoient déjà entrés dans la maison de Barcelone vers la fin du neuvième siècle avec le comté de Fenouillèdes, 8c que cette maison, qui possédoit auparavant par indivis, avec les comtes de Carcassonne, l'ancien comté de Razès dont ces pays dépendoient alors, le partagea avec eux. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Oliba, qui avoit hérité du comté de Fenouillèdes des comtes de Barcelone ses parens, transmit^ avec ce comté le Capcir, le Donazan & les pays de Saut 8c de Pierrepertuse à ses descendans.

Au reste, tous ces différens pays ont toujours feit partie du diocèse de Narbonne jusques au commencement du quatorzième siècle, que le comté de Fenouillèdes, le Capcir, le Saut 8c le Donazan en furent séparés, pour composer le nouveau diocèse d'Alet dont ils dépendent encore aujourd'hui. Le Capcir 8c le Donazan sont situés sur les frontières d'Espagne ou du diocèse d'Urgel, 8c sont soumis aujourd'hui pour le temporel à l'intendance de Roussillon. On parle le langage catalan dans le premier qui a environ quatre lieues d'étendue du M\ °r^ç": midi au nord 8c autant du levant au couchant. 8c renferme une douzaine de paroisses. Le Donazan est au nord du Capcir 8c a trois lieues d'étendue de chaque côté; il comprend neuf bourgs ou villages. Le pays de Pierrepertuse, situé sur les frontières de celui de Fenouillèdes, dépend encore aujourd'hui du diocèse de Narbonne. Quant au pays de Saut, il est au couchant de celui de Fenouillèdes 8c au nord du Capcir 8c du Donazan; il a six lieues du couchant au levant 8c deux du midi au nord, 8c comprend dix-huit paroisses. Il fait partie du Languedoc, de même que celui de Pierrepertuse, 8c a eu autrefois des vicomtes.

VI. — Oliba Cabreta prend Vhabit monastique au Mont-Cassin. — Partage

de ses domaines entre ses fils.

Oliba Cabreta répara quelques années après d'une manière bien édifiante le scandale qu'il avoit donné , tant par les désordres de sa vie que par l'abus de son autorité. L'abbaye^ de Cuxa, située dans le comté de Confiant, portion du diocèse d'Elne, qui étoit du domaine de ce prince, avoit acquis

* Marea Hispanica, p. 86 & seq. * Petrus Damianus, VitaS, Romualdi, c. 2 &5. —

■ Voyez ci-dessus, livre XII, n. lv. Bollandistes, févr.t. 2, p. 108 & suir,'-^ A cta Sanc^

^ Marca Hispanica, p. 1029. — 'Spicilegium, t. 6, torum ordinis saneti Benedicti, saec. 5, p. 874 81 se^.

p. 432. — Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, — Voyez tome IV, liote XXVII,

n. CLI.

alors une sî grande réputation de régularité sous le gouvernement de Tabbé Guarin, dont on a déjà parlé ailleurs , que plusieurs illustres personnages y étoient venus d'Italie se ranger sous sa discipline. Les principaux furent le célèbre S. Romuald, qui fonda dans la suite Tordre des camaldules, le B. Pierre Urseole, duc de Venise, Marin & Jean Gradenigo, lesquels vécurent pendant quelques années auprès de Guarin , dans la retraite &c la pratique de toutes les vertus chrétiennes & religieuses. Le comte Oliba, touché de leur exemple, alla un jour visiter S. Romuald dans sa cellule 8c lui raconta en particulier, 6c comme en confession, toutes les actions de sa vie. Le saint, incapable de flatter les pécheurs dans leurs crimes, lui dit nettement qu'il n'y avoit de salut à espérer pour lui qu'en abandonnant le monde 8c en se retirant dans un cloître pour y faire pénitence. Le comte, surpris d'une décision qui lui parut trop sévère, répliqua que jamais ses confesseurs ne lui avoient parlé de cette manière , 8c ayant h\t entrer dans la cellule quelques évêques &c abbés qui l'avoient accompagné, il leur proposa 1 avis que S. Romuald venoit de lui donner ; ils l'approuvèrent tous d'un commun accord 8c avouèrent que la crainte seule les avoit empêchés de lui parler avec la même liberté. Oliba, après les avoir feit retirer, convint avec le saint qu'il iroit au Mont-Cassin sous prétexte de pèlerinage 8c qu'il s'y consacreroit à Dieu par la profession monastique.

S. Romuald ayant été obligé bientôt après de repasser en Italie pour soutenir la conversion de son père qui, après avoir abandonné le siècle, étoit prêt à s'y rengager, confia la conduite du comte de Cerdagne à l'abbé Guarin, à Marin 8c à Jean ôradenigo, qui accompagnèrent ce prince au delà des Alpes. Pierre Urseole étoit alors déjà mort à Cuxa, en odeur de sainteté. Oliba ayant mis ordre à ses affaires &c cédé ses biens 8c ses dignités à ses fils, se mit en chemin en 988' suivi de quinze mulets chargés de ce qu'il avoit de plus précieux. A son arrivée au Mont-Cassin, il congédia tous ses gens 8c embrassa l'état monastique dans ce célèbre monastère, où il mourut en* 990. Il laissa quatre fils d'Ermengarde sa femme, qui après sa retraite eut l'administration de ses domaines. Béranger^, qui paroît avoir été l'aîné, succéda vers l'an 990 à Suniarius, dans l'évêché d'Elne, 8c mourut au commencement du onzième siècle. Bernard^, le second, fit la branche des comtes de Besalu 8c eut en partage le comté de ce nom situé dans le diocèse de Girone, celui de Valespir dans le diocèse d'Elne 8c enfin celui de Fenouillèdes avec le pays de Saut 8c de Pierrepertuse, dans le diocèse de Narbonne. Oliba, qui étoit le troisième, prit d'abord la qualité de comte, 8c si nous en croyons un moderne 5, il succéda à son père dans les comtés de Termes 8c de Fenouillèdes; mais outre qu'il est certain que ce dernier comté fut du domaine de Bernard , son frère, on n'a aucune preuve que le Termenois

* Voyex tome IV, Note XXVII. *• Marca Hispaniea, p. 1029 & seq.

* Gesta comit, Sarcinon, Marca Hispaniea, p. 641. ^ Besse, Histoire des évé^ues de Carcassonne, p. 83

* Voyez tome IV, Ifote XXVII, n. 4. & »uiv.

An 981 ^9^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC, LIV. XIIL

ait jamais eu titre de comté 8c qu'il ait appartenu à Oliba Cabreta ou à sa postérité. D'ailleurs, tout ce que cet auteur rapporte est si embrouillé, si rempli de fables, d'anachronismes & de conjectures hasardées, qu'on n'y peut faire aucun fond- Ce qu'il y a de vrai, c'est qu Oliba ', fils d'Oliba Cabreta, prit l'habit monastique dans l'abbaye de Ripoll, & qu'en 1009, il fut élu abbé de ce monastère qui étoit alors fort célèbre. On y possédoit entre autres reliques celles de S. Audalde, martyr, qui y avoient été transférées ^ du tl^i.p'îu^é. diocèse de Toulouse, sous le règne du roi Lothaîre. Oliba fut aussi élu la même année abbé de Cuxa, & en 1019, éyêque d'Ausone ou de Vie dans la Marche d'Espagne. Il conserva cet évêché avec ces deux abbayes dont il fut véritablement le père, jusques à sa mort arrivée en 1047. Guifredou Wifred,le dernier des fils d'Oliba Cabreta 3, a donné l'origine aux comtes de Cerdagne j il eut en partage le comté de ce nom , dans le diocèse d'Urgel, avec le Capcir & le Donazan en deçà des Pyrénées. Il eut outre cela le comté de Berga, qui dépendoit du diocèse d'Ausone, 8c le comté de Confiant dans celui d'Elne. Ermengarde, mère de ces princes, avoit encore sans doute en 994 l'administration de tous leurs domaines, car elle présida alors à un plaid tenu^ dans le Valespir, avec Béranger, évêque d'Elne, son fils y Tote, sa bru, femme de Bernard, comte de Besalu, le vicomte Oliba, & les autres seigneurs du pays, ses vassaux. Enfin, la même Ermengarde & le comte Bernard, son fils, firent une donation, la sixième année du règne du roi Hugues Capet, en feiveur de l'abbaye de Saint-Martin de Lez, dans le pays de Fenouillèdes. Nous avons cru devoir entrer dans ce détail pour faire connoître les descendans d'Oliba Cabreta, qui, outre qu'ils étendirent leur domaine dans la Province, eurent part dans la suite à divers événemens de notre histoire.

VII. — Le roi Lothaire se rend en Auvergne. — Troubles de ce pays*

^^ g^ Le roi Lothaire fit un voyage en Auvergne en 982, avec la reine Emme,

sa femme, comme il paroît par la date de deux diplômes^ qu'il accorda alors en iaveur des abbayes de Saint-Pierre de Roses & de Ripoll dans la Marche d'Espagne. Le mariage du jeune Louis , son fils , qu'il avoit associé au trône trois ans auparavant, & qui épousa^ vers ce temps-là Blanche, fille d'un seigneur ou comte d'Aquitaine, fut peut-être le motif principal de ce voyage. Lothaire peut aussi y avoir été engagé par quelques troubles qui s'élevèrent alors, à ce qu'il paroît, en Auvergne. Nous apprenons en effet d'une ^ lettre du fameux Gerbert, écrite vers ce temps-là à Géraud,abbé d'Aurillac, qu'un seigneur nommé Hugues Raymundi, ou fils de Raimond, avoit fait quelque entreprise sur ce pays.

* Marca Hîspanica, p. 1297. — Voyer tome IV, ^ Marca Hispanica , p. 948 & seq. — Voyez NoteXXVUy n. 6 & suir. tome IV, Note XXVII, n. 4.

* Voyez tome IV, Note XXVII, n. 8. ' Marca Hispanica., p. 410, 929 & scq.

' Spicilegium, t. 6, p. 432 & seq. ' Adhém. deChabanais,p.i67,— Glabcr, l.i»c. 3.

' Gerbertj Eplst, 35.

Cet Hugues pourroit bien n'être pas différent de Hugues, fils de Raimond, comte de Rouergue de la maison de Toulouse, qui depuis la mort de Raimond- Pons avoit été dépouillée du comté d'Auvergne. Or, comme ce comté entra ' vers ce temps-là dans la maison des vicomtes de Clermont, il paroît assez vraisemblable que les Auvergnats secouèrent le joug des comtes de Poitiers auxquels Louis d'Outre-mer les avoit assujettis, & qu'ils reconnurent alors de nouveau les princes de la maison de Toulouse pour leurs seigneurs, jusqu'à ce qu'enfin ceux-ci donnèrent en fief le comté d'Auvergne aux vicomtes de Clermont, du consentement de Lothaire, qui se sera rendu ainsi dans le pays pour le pacifier.

VIII. — Guillaume^ comte de Toulouse, s*empare de Vabhaye de Beaulieu dans

le Limousin^ &» la donne en fief,

Raimond I, comte de Rouergue*, eut un fils, un frère & un neveu nommés Hugues. Nous conjecturons que les vicomtes deComborn dans le Limousin tirent leur origine du dernier, & que c'est de lui qu'a voulu parler un historien^ contemporain, quand il a dit que Hugues, Vun des principaux seigneurs i^ Aquitaine y acquit par les droits de la guerre Vabhaye de Beaulieu dans le bas Limousin, dont Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, s'étoit emparé, suivant les actes ^ du concile de Limoges de l'an io3i.

On a déjà remarqué que, dans le dixième siècle, les grands vassaux, sous prétexte de patronat, se rendirent maîtres de la nomination aux évêchés 8c aux abbayes, qu'ils regardoient comme des fiefs mouvans de leur domaine , & qu'ils exercèrent sur les monastères une autorité despotique en qualité d'abbés laïques. Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, ne fut pas plus religieux en cela que les autres princes de son tempsj 8c soit qu'il prétendît quelque droit sur l'abbaye de Beaulieu, située vers les frontières du Quercî dont il possédoît le comté, 8c à laquelle ses ancêtres avoient fait du bien, soit pour quelque autre raison que nous ignorons, il s'en saisit à main armée 8c la donna en bénéfice au comte de Périgord, qui la donna lui-même à Hugues, vicomte de Coraborn ; en sorte que ce dernier la tint en arrière-fief du comte de Toulouse.

Ce vicomte eut un fils^ appelé Bernard , qui, après avoir pris l'habit monas- Éd. ongin. tique dans l'abbaye de Solignac en Limousin , alla dans celle de Fleuri-sur- Loire pour y étudier les belles-lettres, sous la discipline du célèbre Abbon qui en fut depuis abbé. Le vicomte Hugues rappela quelque temps après son fils Bernard, lui procura l'abbaye de Solignac, 8c enfin vers l'an 988, celle^ de

* VoyejB tome IV, tfote XVII, n. 7. ' Aimoin , Vtta S, AhhonU, — Acta Sanctorum

* Ihid. Note VIII, n. 40 & suiv. ordin, sancti Benedicti, saec. 6, part, i, p. 46.

' Aimoin, VitaS.Ahhonis, — Acta Sanctorum or^ * MabiUon, Annales ordinis sancti Benedicti, ad

dinis sancti Benedicti, saec. 6, part. 1, p. 45. ann. 983, n. 35. — Voyez tome IV, Note VIII,

* Conciles, t. 9, p. 898. n. 40 & suiv.

BeauHeu qu'il avoit obtenue du comte de Pérîgord; ce qui nous donne à peu près Tépoque de l'usurpation de cette dernière par Guillaume Taillefer.

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