LXVII. — Juifs de Toulouse
L'historien qui rapporte l'entreprise des Sarrasins sur la ville de Narbonne, fait mention quelques lignes auparavant d'un fait singulier qui arriva vers le même temps à Toulouse. Il raconte* «qu'Aymeri , vicomte de Rochechouart, « ayant fait un voyage dans cette ville, accompagné de Hugues, son chapelain, « celui-ci fut chargé de faire la cérémonie de donner un soufflet à un juif à la « fête de Pâques, comme il avoit toujours été d'usage. Il ajoute que le coup fat si violent, qu'il fit tomber par terre la cervelle 6c les yeux du juif, qui expira sur-le-champ, & que la synagogue de Toulouse enleva de la cathédrale de Saint-Étienne pour l'inhumer dans son cimetière^ ^). Ce fait, qui prouve qu'il y avoit alors un grand nombre de juifs à Toulouse, semble confirmer celui qui est rapporté par^ l'auteur de la Vie de S. Théodard, archevêque de Narbonne, savoir que l'empereur Oiarlemagne avoit condamné de son temps les juifs de Toulouse à être souffletés les trois principales fêtes de Tannée devant la porte de la cathédrale, pour avoir autrefois livré la ville aux Sarrasins; mais, outre que cette Vie est remplie de fables 8c d'anachronismes^, il est faux d'ailleurs que les Sarrasins se soient jamais rendus maîtres de Toulouse. L'usage établi dans cette ville, au commencement du onzième siècle, de donner un soufflet tous les ans à un juif le jour de Pâques, a donc quelque autre origineque nous ignorons. Cette peine étoit déjà commuée^ au commencement du douzième siècle en une leude ou péage que les juifs étoient obligés de payer dans le feubourg de Toulouse, au profit des chanoines de Saint-Saturnin, depuis la fête de tous les Saints jusques à celle de ce saint martyr qui tombe à la fin de novembre. Les juifs de Toulouse payoient aussi, sans doute par la même raison, sur la fin de ce siècle 6c au commencement du quatorzième, une redevance de quarante-quatre livres de cire à la cathédrale de Saint-Étienne, qu'elle employoit pour le cierge pascal.
• Voyez tome V, Chartes & Dipl6mes, numéro CLXXVI.
* Adhémar de Cbabanai», p. 177.
' Comme dans toutes les villes du moyen &gc, les juifs habitaient à Toulouse un quartier spécial marqué par la rue de Saint-Remî, Tulgairement Saint Remesy, celle de Joux-A.i|;u«s 81 un petit passage au milieu d^un massif de maisons près de cette dernière rue, & qui conduisait à un autre qui porte aujourd'hui le nom de Coq-d'Inde. On croit aue leur cimetière était en dehors des remparts
de la TÎIle, dans l'espace situé entre la porte du Château & celle de Montgaîllard. On a découvert, en cet endroit, plusieurs pierres tumulaires chargées d'inscriptions hébraïques. L'usage de souffleter un juif à Piques existait dans un grand nombre de Tilles & était pour ainsi dire un accessoire obligé des cérémonies de l^semaine sainte. [£. M.] ^ Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc , p. 517 & suiT. p. iSo 8c suir.
' Ihid. p. 522 & SUIT.
' Hid. p. 520
qiiës, souscrivirent <juelque temps après à l'acte de cet'établissemeht. Adalbert,
Dnne, avoit assisté!^ deux ans ^.aupar^vànt^ avec ïes évêqùes
An 1010
LXVIII. — Pierre, évêque de Toulouse y sert en Espagne contre les Sarrasins,
La comtesse ^ de Barcelone, pour soutenir la gaerre contre les Sarrasins, fit alliance avec un prince normand nomi?ié Roger? à qui elle donn^ sa fille en mariage. Ce prince, que quelques auteurs^ confondent niai à propos avec, Richard alors duc de Normandie, ayant équipé aussitôt une flotte^ descendit sur les côtes de la Marche d^Espagne, fit une guerre implacable aux infidèles,, en tua un grand. nombre, leur enleva divers châteaux, & obligea enfin. le roi à Éd. orîgin. demander la paix à la comtesse qui la lui accorda, à condition qu'il lui payeroit un tribut annuel. Pierre, évêque de Tpulouse, alla, joindre le prince çormand dans cette expédition & .prit part à ses victoires. Après que la paix eut été conclue avec les Sarrasins voisins de Barcelone, ce prélat s*emb^^rqua avec Roger & l'accompagna jusques à l'extrémité de l'Espagne, Jls/y firent un jour une descente à la tête seulement de quarante hçmmes, avec lesquels, ils attaqvîèrènt cinq cents Maures qui s'étoient mis en embuscade, les enfoncèrent pa\* trois fois, en tuèrent plus de cent, & remontèrent ensuite sur leurs vaisseaux. G'«st ainsi que^Roger^qui perdit dans cette occasion un frère naturel qui l'avoif suivi, retourna victorieux en Normandie.
LXIX. ^- Assemblée de Girone, — Nouvelle dédicace de Véglise de Formiguera
dans le Capcîr. . ,
La Comtesse de Barcelone, délivrée de la guerre des Sarrasins par le.secpur3 dç ce prince, s'appliqua ensuite sans obstacle au gouvernement de se^. États qu'elle administra 's^vec beaucoup de sagesse, Elle&Béranger son fils, comte 6». marquis y assistèrent^ à une assemblée nombreuse que Pierre, évêque de Girone, son frère, convoqua dans sa ville épiscopale le 20 de novembre^de ra,n 1019, pour établir la vie commune parmi les chanoines de la cathédrale. Les évêques Deusdet de Barcelone, Ermengaud d'Urgel, Béranger d'Elne, Adalberj: de Carcassonne , 8c Aton de Conserans , se trouvèrent à cette assemblée , avec Bernard, abbé de la Grasse, &(. plusieurs autres a^bbés & ecclésiastic^ues. Lç pape Benoît VHI,Amélius d'Albi, Hugues d'Uzès, Etienne d'Apt, & divers autres évê-.
souscrivirent é,yêq,ue de Carcasson;
Ermengaud d'Urgel & Pierre de Commînges, à l'élection d'Aymeri, évêque de R6de où'de Rîbagprça, qu*il.s. avoient consacré. Quant à Bernard, abbé de la Grasse, il avoït succédé à Étiénné, qui,possédoit/ encore cette abbaye en ioi5i, ce qui montre que quoiqu'elle fût du^ nombre descelles dont Roger I, comte de
' Adhémar de Chabanais , p. 178. — Voyez ^ Marca Afiipan/ctf^ p. 1 016 & seq.