LXXV. — Manichéens brûlés à Toulouse
L'église de France avoit alors peu de semblables pasteurs. Livrée à la simonie & à la licence des mœurs, elle eut encore le malheur d'être infectée vers le même temps par l'hérésie des manichéens , qu'une femme ^ venue d'Italie porta d'abord à Orléans, où elle séduisit plusieurs personnes tant ecclésiastiques que séculières. Elle répandit ensuite son venin en diverses provinces de France, surtout en Aquitaine & dans le Toulousain'* où ses disciples, qui mêloient aux erreurs de Manès les abominations des gnostiques, firent un grand nombre de prosélytes. Quelques modernes^ ajoutent « qu'on vit alors « aux environs de Toulouse un paysan qui portoit sur soi une poudre faite et d'ossemens d'enfens morts au berceau, avec quoi il faisoit tomber dans «i cette hérésie tous ceux à qui il trouvoit moyen d'en faire avaler. » Ces auteurs se fondent pour cette circonstance sur l'autorité d'Adhémar de Chabannes, historien contemporain; mais on ne trouve rien de semblable dans ^%^^Il^^l' sa Chronique^ : ce qu'il y a de certain, c'est que le roi Robert donna dans cette occasion des marques de son zèle pour la pureté 8c le soutien de la re- ""XÂTUT lîgion. Il fit assembler en 1022 un concile à Orléans, dans lequel treize de ces sectaires ayant été convaincus de leurs infâmes erreurs furent brûlés vifs 7. On fit souffrir la même peine à ceux qui étoient passés dans le Toulousain & les autres provinces. Quelques années après, Guillaume, comte de Poitiers & duc d'Aquitaine, assembla à Charroux, sur le même sujet, un concile auquel outre les évêques 8c les abbés, se trouvèrent tous les princes d* Aquitaine. Cependant malgré l'extrême sévérité dont on usa envers ces hérétiques 8c le soin qu'on prit de les exterminer , on ne put étouffer entièrement en France les semences de leurs erreurs. Elles se renouvelèrent dans le siècle suivant 8c donnèrent l'origine à l'hérésie des albigeois qui causa tant dé troubles dans la Province.
« Gall'ia Christiana, nov. edit. t. i, p. 35i. * Marca, Histoire Je Biarn, p. iSç. — La Failb,
• Voyez tome ï, livre IV, n. xxii. Annales de Toulouse, t. i, p. 7.5.
» Glaber, 1. 3, c. ^, -^ Spicilegium, t. 2, p. 670 * Labbe, i?îW. nova manusc, t. 2, p. 178.
3^ jçq, ' Pendant son séjour à Orléans, en 1022, le roi
-» Adhémar de Chabanais, p. 176 & suiv. — Robert donna plusieurs diplômes; ils sont datés de
Ouchesne, Recueil des historiens de France, t. ij, l'année où furent brûlés Ui hérétiques d'Orléans.