‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 138 sur 234 · lE. M · texte numérisé non relu

lE. M

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LXXVI. — Entreprises de Guillaume j comte de Besalu &• de FenouïlUdes.

Guillaume, comte de Besalu & de Fenouîllèdes, moins religieux que son père, ne se contenta pas de disposer d une manière simoniaque des abbayes de son domaine, entre autres de celle de Saint-Martin de Lez, dans le dernier comté, qu'il donna " à Wifred, évêque de Carcassonne ; il usurpa aussi les biens ecclèsiatiques sans se mettre en peine de Texcommunication qu'il encourut à cette occasion.

L'abbaye de Roses ^ dans le comté d'Ampurias étoit une des plus vexées, soit par ce comte & quelques autres du pays, soit par leurs vassaux qui avoient envahi presque tous les domaines. Pierre, qui en étoit abbé & ses religieux, pour faire cesser ces entreprises & obtenir la restitution de leurs biens, implorèrent la protection du pape Benoît VIII qui ordonna aux usurpateurs de les rendre sous peine d'excommunication. Ceux-ci ne firent aucun cas des menaces du pape & déclarèrent même publiquement qu'ils ne lui obéiroient pas. Les évêques de la Province, à qui Benoît ordonna en même temps de tenir un concile pour obliger ces seigneurs à restituer à l'abbaye de Roses les biens qu'ils lui détenoient, n'exécutèrent guère mieux ses ordres, & de quatorze qu'ils étoient, il n'y eut que Guifred de Narbonne, qualifié évêque du premier siège, Oliba d'Ausone, Etienne d'Agde & Etienne d'Apt, évêque étranger, qui,s'étant rendus dans ce monastère au mois d'octobre de la même année pour la dédicace de l'église qui fut faite par le premier au nom de Pierre de Girone, évêque diocésain, déclarèrent excommuniés les usurpateurs. Il est remarquable que les comtes Hugues, Guifred & Guillaume, qui étoient les principaux, se trouvèrent à cette cérémonie & approuvèrent, avec Ermessinde, comtesse de Barcelone, qui y assista aussi, cette sentence d'excommunication que Deusdet, évêque de Barcelone, ratifia ensuite ; mais ces comtes continuèrent toujours leur usurpation, en sorte que les religieux de Roses se voyant réduits à la dernière indigence, la plupart furent obligés de se disperser pour subsister. L'année suivante, les autres étoient sur le point d'abandonner entièrement le monastère, lorsqu'ils écrivirent au pape une lettre dans laquelle ils lui font tout ce détail & le prient instamment d'engager par son autorité le comte Guillaume, surnommé le Fou, k rendre les biens qu'il avoit usurpés, & qu'il avoit déclaré que la crainte de l'excommunication ne lui feroit pas restituer. Ils lui demandent grâce en même temps pour le comte Hugues, qui avoit déjà donné des marques de repentir. Se ils prient le pape de se contenter de l'exhorter à continuer de bien faire. Enfin ils le supplient d'ordonner à tous les évêques de la Province, sous peine d'excommunication &(. de suspense, de chercher dans un concile les moyens de remédier à de si grands maux.

Le nom des comtés de Hugues, de Guifred &c de Guillaume n'est pas mar

' Archive» de Tarchevêché de Narbonne. ' Marca Hispanica, p. loS^ & seq.

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que dans cette lettre, mais on sait d'ailleurs' que le premier de ces comtes Tétoit d'Ampurias, le second de Cerdagne * & le troisième de Besalu & de Fenouillèdes. Ces princes ne vécurent^ pas toujours en bonne intelligence , & s*étant brouillés dans une occasion, Oliba, évêque d'Ausone, leur parent, se rendit arbitre de leur querelle qu'il termina par un accord, ainsi qu'il paroît par une lettre que ce prélat écrivit aux religieux de Ripoll dont il étoitabbé.

Différends entre ^archevêque 6» le vicomte de Narhonne apaisés par la médiation de Vévêque d^Ausone.

Suivant cette lettre, Oliba étoit alors à Narbonne où il s'étoit rendu pour accorder l'archevêque Guifred, son neveu, avec le vicomte Béranger, mari de Garsinde, sa nièce. Ce prélat réussit dans sa négociation, & ayant persuadé à l'archevêque & au vicomte de mettre leur différend en arbitrage, il marque qu'il n'attendoit plus que l'arrivée de la comtesse de Rouergue pour terminer cette affaire. Cette lettre, qui est sans date, fut écrite vers Tan loiS, ce qui montre clairement qu'au commencement du onzième siècle les comtes de Rouergue dominoient dans Narbonne; 8c en effet, il paroît d'ailleurs qu'ils possédoient le marquisat de Gothie, avec le comté particulier de cette ville. La comtesse de Rouergue dont nous venons de parler étoit donc la même que Richarde, veuve de Raimond II, comte de Rouergue, laquelle avoit encore alors l'administration des États de Hugues, son fils.

C'est sans doute à l'époque de cette réconciliation entre l'archevêque & le vicomte de Narbonne qu'on doit rapporter un acte sans date, dont un des historiens'* de la Province, qui l'ayoit vu, fait mention en ces termes : « Bé- « ranger, vicomte de Narbonne, ayant fait sa paix avec l'archevêque Guifred & <t avec le père 8c les frères de ce prélat, fit serment à Raimond, frère aîné du même archevêque 8c fils de Guifred, comte de Cerdagne, d'être son fidèle ami 8c de ne rien attenter contre sa personne, ni contre les domaines possédés par le comte son père, excepté pour cause de forfaiture, 8c en ce cas il s'oblige de ne pas violer son serment, à moins que le même Raimond ne lui fît pas satisfaction dans l'espace de soixante jours depuis qu'il l'en auroit averti ; îl déclare que pour lors il se regarderoit comme dégagé de son serment. Le vicomte fit serment en même temps à l'archevêque de lui garder la paix 8c de faire la guerre à tous ceux qui la romproient. »

ce

ce

éd. origin.

t. II, p. lb^,

* Marco. Hispaniea, p. 482 8c seq.

^ Wifred ou Guifred, comte de Cerdagne, était le second fils d^Oliba Cabreta : il n'était point parent de Hugues, comte d'Ampurias. Celui-ci était frère de Guilabert ou de Guislabert I, comte de RoussîUon & de Gausfred, comte de Roussi lion après lui. Oliba, évêque d*Ausone, avait été moine & ensuite abbé de Ripoll. Il était frère de Guifred, cointedeCerda|;ne, 8cde Béran|;er, évêque d'Elne. Les

auteurs de VArt de vérifier les dates ont fixé la mort de Guifred à Tannée io25, mais à tort; il mourut en io5o, — Voyez son rouleau mortuaire, publié par M. Léopold Delisle : Rouleaux des morts du neu' vième au ^uin^ième siècle, publiés pour la Société de l'Histoire de France. 1 vol. in-8, 1867. [E. M.]

^ Marca Hispanica, p. 1026.

^ Catel, Mémoires pour l'histoire du Languedoc^ p. 53o & suiv.

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Oliba^ évêque d'Ausone, contribua aussi peut-être à l'accord que fit' Ermessînde, comtesse de Barcelone, avec le comte Béranger, son fils, au mois d'octobre de Tan loiS, Cette princesse voyant que l'administration, quelle avoit la liberté de conserver pendant toute sa vie, de tous les domaines de la maison de Barcelone gênoit extrêmement le prince, son fils, alors déjà marié avec Sancia, fille de Sanche, comte de Castille, lui céda à certaines conditions trente des principales places de ses États, avec leurs dépendances, entre autres la ville de Barcelone. On * conjecture qu'un évêque nommé Pierre, qui fut le principal médiateur de ce traité, est le même qu'un évêque de Toulouse de ce nom qui vivoit alors ; mais il est bien plus vraisemblable que c'étoit Pierre de Carcassonne, évêque de Girone 8c frère de la même comtesse de Barcelone.

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