‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 140 sur 234 · LXXXIII. — Union du comté de Gévaudan à celui de Rouergue · texte numérisé non relu

LXXXIII. — Union du comté de Gévaudan à celui de Rouergue

Hugues, comte de Rouergue & marquis de Gothie, augmenta considérablement son domaine dans la suite, car il hérita ' d'Etienne, comte de Gévaudan, mort sans enfens après Tan io33. Ce dernier étoit fils ou petit-fi'ls de Pons, comte du même pays, dont on a parlé ailleurs. Hugues lui succéda sans doute par droit de sang, car ils avoient,à ce qu'il paroît, une descendance commune.

LXXXIV. — Mort de Bernard iAndu-^e. — Origine de diverses maisons

de la Province.

Bernard, seigneur d'Anduze & de Sauve, au diocèse de Nimes, étoit déjà décédé à la fin de Tan 1029, lorsque Garsinde, sa veuve, fonda* le monastère de Saint-Pierre de Sauve, avec Bernard, son fils y £• Almeradeyfière de ce dernier, pour la rémission des péchés de Bernard, leur père. Guillaume, comte de Toulouse, le vicomte Aton, Béranger de Sauve (de ipso castro)^ Éléazar, son frère, Bermond de Sommières, Emenon de Sabran, Etienne de Gaïan, Pierre d'Andu-^e, Bernard, abbé, Pierre de Claret, Framald de Lèques 8c plusieurs autres seigneurs ou nobles du pays furent présens à cette fondation j sur quoi nous remarquerons : i^ qu'on voit ici lorigine de plusieurs anciennes familles de la Province, entre autres de celle de Sabran, château situé dans le diocèse d'Uzèsj io que quoique Bernard & ses fils fussent seigneurs d'Anduze, d'autres prenoient cependant le même surnom. On voit^ en effet, en 1087, un Bernard d^AnduY dont nous ignorons la généalogie. Tous ces différens seigneurs qui prenoient le surnom d'Anduze 8c de Sauve étoient peut-être de la même race 8c partageoient entre eux le domaine de ce château \ mais il est plus vraisemblable qu'ils n'y possédoient que quelques fiefs , ce qui leur aura donné occasipn d'en prendre le surnom. C'est ainsi que plusieurs familles nobles de la Province, dans ce siècle 8c les suivans, se surnommèrent de Toulouse, de Narbonne, de Béziers, de Carcassonne, 8cc., parce qu'elles possédoient des fiefe dans ces villes, ce qu'il est nécessaire d'observer pour ne pas confondre ces maisons avec celles des comtes 8c des vicomtes des mêmes villes, leurs suzerains } 3^ que les surnoms, dont l'usage avoit déjà commencé dans la Province à la fin du siècle précédent, y étoient déjà communs au commencement du suivant. Il est vrai que plusieurs seigneurs continuèrent encore de ne prendre que leur simple nom de baptême.

Garsinde, Bernard 8c Almérade mirenf* le monastère de Saint-Pierre de Sauve sous la dépendance de l'abbaye de Gellone ou de Saint-Guillem du Désert 8c de Gauzbert son abbé, à condition que les fils des nobles ou des pauvres, qui se présenteroient pour être religieux dans le premier, prendroient ^\^^^^^^\

■ Voyez tome IV, Ifote XXVI, n. 3 & suiv. ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n, CLXXX,

• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CLXIV. " IhU. n. CLXIV,

An 1029

An io3i

Vhabit monastique dans Vautre. Le monastère de Sauve fut fondé dans le château de ce nom; il fut soumis dans la suite à Tabbaye de Saint-Victor de Marseille dont il dépend encore. Il est à présent du diocèse d'Alais.

La maison d'Anduze avoit alors Tavouerie & le ' patronage sur les abbayes d'Aniane & de Saint-Guillem du Désert, ce qui fit sans doute* que Pons, abbé de la première, & Gausfred, abbé de l'autre, étant convenus de construire un pont sur l'Hérault, qui subsiste encore aujourd'hui, à une égale distance des deux abbayes, ajoutèrent que ce seroit du consentement de Vévêque Frédol, lequel étoit évêque du Puy 8c fils de Bernard d'Anduze.

Au reste, Seguin de Roquefeuil donna^, en 1082, plusieurs terxes qu'ilavoit dans les comtés de Lodève & du Rouergue, à l'abbaye de Saint-Guillem, 8t Rigaud'* de Solage, en Rouergue, vassal du comte Hugues 6» du vicomte Richard, ayant quitté sa femme 6* ses enfans, y prit l'habit monastique quelques années après.

LXXXV. — Le roi Robert fait un voyage dans la Province. — Sa mort,

La piété dont le roi Robert faisoit profession, & qui Tavoit ^ engagé en 1019 à entreprendre le pèlerinage de Rome, le porta aussi quelques années avant sa mort à visiter les lieux de dévotion les plus célèbres du royaume. Ce prince , qui dans cette occasion parcourut la Province d'une extrémité à l'autre, se rendit à Bourges^ au commencement du carême; & après avoir visité la cathédrale de cette ville, il alla à Savigny, en Auvergne, lieu fameux par le décès de saint Maïeul, abbé de Cluny, d'où il alla à Saint-Julien de Brioude & à V église de Sainte-Marie , qui ne paroit pas différente de la cathédrale du Puy. S'étant ensuite approché du Rhône, il se rendit à l'abbaye de Saint-Gilles, & vint à Toulouse visiter l'église de Saint-Saturnin. A son retour, il visita celles de Saint-Vincent de Castres en Albigeois , de Saint- Antonin & de Sainte-Foy, de Conques en Rouergue, 8c de Saint-Géraud d'Aurillac en Auvergne. Étant enfin retourné à Bourges , où il arriva le jour des Rameaux, il alla ensuite célébrer la fête de Pâques à Orléans, après avoir donné partout des marques de sa piété envers Dieu & de sa libéralité envers les pauvres. Ce prince, dont la vie fut presque toujours occupée de pareils exercices, mourut le 20 de juillet de l'an io3i & laissa la couronne à Henri, son fils, qu'il avoit déjà associé au trône, & qui étoit devenu l'aîné depuis la mort de Hugues qu'il avoit aussi associé & qui mourut le 27 de septembre de l'an 1026. Une donation "^ faite par Béranger, vicomte de Narbonne, à la cathédrale de cette ville le 7 de juin de Van 1082, la seconde année du

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Odoran, CAronicon. — Duchesne, t. 2^ p. ÔBç.

méro CLXXV. « Helgaud, Duchesne, t. 2, p. 76. — Mabillon,

' Ibii, n. CLXV. ad ann. io3i, n. pS.

^ Ibid. n. CLXIX, la 2' charte citée sous ce nu- ' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLXIX,

méro. la t***^ charte citée sous ce numéro.

* nu. n. CLXXIV.

7 An io3i

roi Henri, paroît supposer que ce prince fut reconnu dans le pays quelque temps avant la mort du roi son père.

S'il en faut croire un ' auteur du quinzième siècle, « le roi Robert ou le « roi Henri (car il ne marque pas le nom) fit tenir un parlement à Toulouse a en io3i, où assistèrent l'archevêque de Bourges, le comte Eudes, Amélius, « évêque d'Albi, Guifred, évêque de Carcassonne, deux abbés, deux chevaa liers, deux jurisconsultes & un scribe ou greffier, dont il rapporte les noms; « lesquels, après avoir fait serment sur les saints Évangiles, rendirent divers tt arrêts & statuèrent entre autres : i^* que quand les vicomtes & les viguiers tt ordonneroient le gage du duel 8c que la partie condamnée à l'accepter en tt appelleroit au comte, elle auroit la liberté après le jugement de ce dernier a d'en appeler au roi ou à son parlement, à raison de Vhommage} 2^ que le « comte de Toulouse, qui prétendoit la dîme sur celle que levoit l'évêque de a cette ville, fourniroit des preuves de son droit au prochain parlement; « 3^ que les officiaux ecclésiastiques seroient soumis aux ordonnances des « gens du parlement; 4<> que la guerre qu'avoient feiit naître les différends « qui étoient entre Béranger, vicomte, & Guifred, archevêque de Narbonne, « seroit suspendue ; 5° qu'on payeroit les anciens péages & que les vicaires ou « viguiers supprimeroient les nouveaux. »

Comme tous les prélats dont il est fait mention dans l'acte de ce parlement vivoient en io3i & que vers le même temps Béranger, vicomte de Narbonne, étoit en différend avec Guifred, archevêque de cette ville, cela pourroit donner quelque poids au témoignage de cet auteur , qui déclare à la tête Éd. origin. de son ouvrage qu'il avoit puisé dans les anciens monumens ; mais nous avons des raisons qui nous persuadent que tout ce qu'il dit de ce prétendu parlement tenu en io3i n'est qu'une fable, & en effet, le terme de parlement dont il se sert pour signifier une cour de justice, celui d^ arrêt, 8c plusieurs autres qu'il emploie, n'étoient point encore alors en usage 8c ne le furent que longtemps après. Il se contredit d'ailleurs, car il suppose que dans ce parlement, où assista Guifred, évêque de Carcassonne, qui effectivement vivoit alors, on y agita une affaire qu'avoit -ffz/afr^ , évêque de cette ville, contre Hugues de Gaigo &• Arnoul de Saissac, seigneurs du diocèse. Ce qu'on peut donc inférer de plus vraisemblable du récit de cet auteur, c'est qu'en io3i le roi, en qualité de souverain, envoya des commissaires à Toulouse pour y tenir en son nom les assises 8c y rendre la justice; 8c que les prélats 8c les seigneurs dont il rapporte les noms furent chargés de cette commission.

* Chronique de Bardin. — Voyez tome VIII de être de quelque utilité pour ce qui regarde les

cette édition. La Chronique dite de Bardin, à laquelle temps modernes, mais elle est remplie de fables

les Bénédictins se reportent ici, est un document pour l'époque ancienne. Ce n'est qu*en i3o2 que

apocryphe, ou plutôt une compilation faite de tou- Ton peut faire remonter Torigine du Parlement de

tes pièces à la fin du seizième siècle ou au commen- Paris j celui de Toulouse est beaucoup plus mo-

cement du dix-septième. Cette compilation peut derne. [E. M.]

An io3i

LXXXVI. — Concile de Limoges, —^Èvêques du Puy &• de Mende — Vicomtes de Polîgnac. — Le comte Pons excommunié pour s^être marié du vivant ie sa première femme .

Quoi qu'il en soit, Amélîus, évêque d'Albi, assista au mois de' novembre de la même année à deux conciles de sa province, dont l'un fut tenu à Bourges le premier de ce mois & l'autre à Limoges dix-huit jours après, & auxquels Aymon, archevêque de Bourges, présida. Les évêques de la première Aquitaine, à la réserve de celui de Rodez dont le siège étoit vacant, s'y trouvèrent tous. De ce nombre furent, outre celui d'Albi, Etienne deuxième du nom, du Vêlai ou du Puy, & Raimond de Mende. On prétend * que ce dernier transféra en io36 de Javoux, ancienne capitale du pays, à Mende, les reliques de S. Privât. A l'égard d'Etienne, évêque du Puy, il étoit de la maison ^ de Mercœur en Auvergne & avoit succédé depuis peu à Frédol d'Anduze. Il obtint, en io5i, du pape^ Léon IX, tant pour lui que pour ses successeurs, le privilège de se servir du pallium^ &^ donna une église de son patrimoine, située près du château de la Fare dans le Vivarais, au monastère de Saint- Pierre du Puy. Armand^ troisième du nom, vicomte de Polignac, souscrivit^ à cette donation, ainsi qu'à une autre que fit à ce monastère Heldegarius, prévôt de la cathédrale du Puy, sous l'épiscopat du même prélat, qu'on ne doit pas confondre avec un autre Etienne de Mercœur, qui, après avoir été prévôt de l'église du Puy, devint évêque de Clermont en io5i. Ils étoientfils de deux frères de S. Odilon, abbé de Cluny.

La question de l'apostolat de S. Martial fut agitée avec beaucoup de chaleur dans le concile® tenu à Limoges; elle en fit le sujet principal, & Engelric 5*, chanoine du Puy, y disputa vivement entre autres en faveur de ce saint. Cet ecclésiastique avoit un frère nommé Théotard qui fut aussi chanoine du Puy, comme il parolt par le Traité sur cet apostolat, qu'Adhémar de Chabannes leur avoit dédié, & à plusieurs autres, trois ans auparavant '**. Cet auteur donne à Engelric le titre de grammairien, ce qui signifie homme de lettres dans le langage de ce siècle.

Le second jour du concile, les religieux de l'abbaye de Beaulieu, dans le bas Limousin, représentèrent par leurs députés que le comte de Toulouse s'étant emparé de leur monastère, l'avoit donné en bénéfice au comte de Périgord, qui l'avoit ensuite donné lui-même au vicomte de Comborn , 8c que ce dernier en avoit disposé en faveur d'un séculier qu'il y avoit établi pour abbé, sous prétexte que Bernard, son oncle", moine de Solignac Se ensuite évêque

' Conciles, t. 9, p. 863 & suit.

* GaUia Christiana, nov. edit. t. I,, p. 89. ' Voyez tome IV, Note XXVIII, n. 7.

^ GaUici Christiana, nov. edit. t. 2, p. 698.

* Voyez tome V, Chronique^, n. IV.

^ Voyez tome IV, Note X, n. 4.

^ Voyez tome V, Chi'oniques, n. IV.

• Conciles, t. 9, p. 869 & suiv.

' lèiii. p. 870 & suiv.

•• Mabillon, Annal, ord. S, Ben, t. 4, p. Jij & seq.

" V'oycz tome IV, Note VIII, n. 42 & suiv.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC, LIV. XIII. 271 ""^Tj^

de Cahors, Tavoit été auparavant. Ils demandèrent en conséquence qu'on leur donnât un abbé régulier 6c qu'on chassât le séculier qui avoit été mis malgré eux. Sur cette demande, les pères du concile firent citer le clerc séculier qui possédoit l'abbaye de Beaulieu, & qui, suivant les actes, étoit aussi distingué par ses excellentes qualités que par sa naissance. Cet abbé, qui se nommoit Hugues de Comborn, étoit sans doute frère du vicomte dont on vient de parler, puisqu'il étoit fils ' d'un frère du même Bernard, évêque de Cahors. Il se présenta à l'assemblée, &c s'étant mis à genoux, pour être jugé suivant les canons, il s'avoua coupable Se donna volontiers sa démission. Le concile ordonna qu'on éliroit à sa place un abbé régulier, dont les pères & Guillaume, duc d'Aquitaine, renvoyèrent la bénédiction à l'évêque de Limoges. On conserva cependant à Hugues la charge de défenseur ou d'avoué de l'abbaye^.

On examina ensuite la conduite de quelques seigneurs d'Aquitaine, qui, if jî °*".*f gj.

après avoir été excommuniés par leurs évêques, avoient été à Rome pour se

faire absoudre par le pape. Engelric, chanoine du Puy, exposa entre autres:

« que Pons y comte df Auvergne, avoit été excommunié quelques années aupa-

« ravant par Etienne, évêque de Clermont, parce qu'il avoit abandonné sa

« femme légitime pour en prendre une autre; que ce prélat ayant refusé de

« lever l'anathème, à moins que Pons ne réparât sa faute, ce comte avoit été

ce demander à Rome son absolution au pape, qui sur son seul exposé la lui

« avoit accordée 5 que l'évêque s'en étant plaint au pape, ce dernier s'étoit ex-

« cusé sur ce que ce prélat ne lui avoit rien mandé du sujet de lexcommuni-

« cation du comte , 8c avoit déclaré en même temps que cette absolution étoit

« nulle & subreptice. Sur cet exposé, le concile la regarda de même. » Nous

nous sommes arrêtés sur ces circonstances, parce qu'il nous paroît^ que ce Pons,

comte d* Auvergne y n'est pas différent de Pons, fils de Guillaume Taillefer,

comte de Toulouse. Il pouvoit prendre alors la qualité de comte d'Auvergne,

pour se distinguer de son père qui vivoit encore 8c qui s'étoit réservé la

suzeraineté sur les comtés d'Auvergne 8c de Velaî, dans le temps qu'il les avoit

cédés aux vicomtes de Clermont, ainsi que nous l'avons expliqué ailleurs. Nous

voyons en effet que Pons, fils du même Guillaume Taillefer, prenoit déjà la

qualité de comte dès le commencement du onzième siècle, 8c, comme il étoit

né vers l'an 990, il peut fort bien s'être marié vers l'an 1020 8c avoir abandonné

quelque temps après sa première femme pour en prendre une autre 5 ce qui

aura donné lieu à son excommunication, que l'évêque de Clermont aura lancée

vers l'an io25. On doit ajouter à cela que Pons, comte de Toulouse, fils de

Guillaume Taillefer, ne fut pas scrupuleux sur l'article du mariage; nous

avons du moins des preuves certaines qu'il répudia Almodis de la Marche, sa

dernière femme.

On dressa enfin, dans le concile'^ de Limoges, divers canons contre la simonie 8c le concubinage des prêtres, contre les seigneurs qui usurpoient les

' Mabillon, ad ann. io3f, n, 45. * Voyez tome IV, Uote XVII, n. 6 Scsuiv.

* Jbii, ^ Conciles, t. q, p. 9o3 & suiv.

An io3i

An io32

biens ecclésiastiques, tyrannisoient les peuples, & se faîsoient entre eux une guerre cruelle; on résolut de mettre tout le pays en interdit, jusqu'à ce que la paix, la justice & la sûreté publique y eussent été rétablies. Les évêques' des autres provinces tâchèrent aussi dans divers conciles de remédier à ce désordre qui régnoit également partout, mais le mal avoit jeté de si profondes racines, que tous leurs soins furent inutiles.

LXXXVII. — Entreprise de V archevêque d^Auch sur la juridiction de celui

de Narbonne dans la Marche d'Espagne,

Quelques évêques de la Province s'assemblèrent* au mois de janvier de lan io32,pour la dédicace de l'église de Notre-Dame de Ripoll, qu'Oliba, évêque d'Ausone, qui en étoit abbé, avoit fait bâtir de nouveau. Les évêques Wifred ou Guifred deCarcassonne, Amélius d'Albi, Béranger d'Elne deuxième du nom. Se Guadald de Barcelone, assistèrent à cette cérémonie à laquelle se trouvèrent aussi plusieurs seigneurs du pays, entre autres Guifred, comte de Cerdagne, & Guillaume, comte de Besalu. L'acte qui en fut dressé fut souscrit dans la suite par divers évêques absens, & par d'autres qui ne furent élus que quelque temps après. Guifred de Narbonne, Bernard de Conserans & Pierre de Girone, furent du nombre des premiers. On voit le nom d'Arnaud, évêque de Toulouse, parmi les autres.

Guadald avoit été élu, à ce qu'on prétend^, évêque de Barcelone en 1029, du consentement d^Oton, archevêque d'Auch; mais il y a lieu de douter, sinon des circonstances, du moins de l'époque de cette élection, car Guadald étoit déjà évêque de Barcelone en 1027, qu'il^ assista à un concile tenuàAusone. Ce qu'il y a de vrai, c'est que si ce prélat s'adressa à l'archevêque d'Auch pour coofimier son élection, il falloit qu'il doutât de sa canonicité, puisqu'il dtelinoit la juridiction de l'archevêque de Narbonne, son métropolitain. Aussi remarque-t-on ^ que quand les évêques de la Marche d'Espagne étoient élus contre les règles, ou qu'ils vouloient s'arroger une autorité indépendante de l'archevêque de Narbonne, ils avoient recours, pour se faire ordonner, aux archevêques d'Auch, métropolitains de la Navarre Se de l'Aragon depuis l'invasion des Sarrasins. On en a déjà vu quelques exemples.

LXXXVIIL — Le royaume de Bourgogne 6* de Provence passe aux empereurs d'Allemagne, — Comtes de Valentinois. — Henri I^ roi de France y reconnu dans le Vivarais,

ta, orîgin. La partie orientale de la Province se ressentit sans doute des troubles qui agitèrent la Provence après la mort de Rodolphe le Fainéant, roi de Bour-

' Conciles, t, 9, p. 910 & suiv. — MabiUon,ad ^ Diego, Hlst.des comtes Je Barcelone,!, 2fC.33,

ann. io33, n. 17. * Marca Hispanica, p. 434.

* Marca Hispanica^ p. io5o & 1293. ^ Pagii ad ann. io32, n. 4.

An io3^

gogne & de Provence, qui mourut sans enfens le 6 de septembre de Tan io32. Il avoit disposé auparavant de tous ses États en faveur de l'empereur Conrad le Salique, son beau-frère, ou plutôt de Henri, fils de ce prince, son neveu. Depuis cette donation, les empereurs d'Allemagne prétendirent la souveraineté sur les pays situés entre les Alpes & le Rhône 5 mais leur autorité n'y fut jamais bien considérable & Conrad eut beaucoup de peine à s'y faire reconnoître. Il rencontra un dangereux concurrent en la personne d'Eudes, comte de Champagne, qui lui disputa cette couronne, en sorte qu'il fut obligé d'assiéger la ville devienne', qui se soumit enfin à son obéissance. Eudes s'étant désisté dans la suite de ses prétentions, Conrad fit couronner roi de Bourgogne Henri, son fils, en io38..

Quant k la Provence, il y eut, après la mort de Rodolphe, une espèce d'interrègne dont les comtes de ce pays profitèrent pour affermir leur autorité. Nous voyons, en effet, que l'acte * d'union qui fut faite alors en faveur de Gautier, abbé de Saint-Gilles, du monastère de Saint-Eusèbe d'Apt à cette abbaye, située dans le comté de Nimes (/ la vallée Flavienne, est daté du mois de mars, Dieu régnant (y dans Vattente d'un roi. Il paroît^ d'ailleurs que l'empereur Conrad n'étoit pas encore reconnu dans cette province en io35.

Il Tétoit déjà en io37 dans le diocèse & comté de Valence, selon la date d'une donation^ que fit alors Adhémar, comte de Valentinois, à l'abbaye de Cluny, avec sa femme Rotilde & ses fils, Pons, évêque de Valence, Hugues, Lambert, &c., pour l'âme du comte Lambert, son père 5 mais il paroît, d'un autre côté^, que la partie du Valentinois qui est en deçà du Rhône étoit soumise dans ce temps-là avec le Vivarais à Henri I, roi de France. C'est ce que nous inférons de deux donations datées régnant le roi Henri. Par la première, un seigneur^ du Vivarais donne, vers l'an 1043, l'église de Saint-Hilaire, dans le territoire de Pradelles, à l'abbaye de Saint-Guillem du Désert} par l'autre, Geilin, comte de Valentinois & successeur d'Adhémar, ses fils Odon, évêque, Arbert, Rostaing, Hugues & Conon,& Ave, sa femme, donnent à l'abbaye de Saint-Chaffre l'église de SaintnBarthélemy, située dans la partie du diocèse de Valence qui est en deçà du Rhône. Il est vrai qu'on peut rapporter également cette date au règne de Henri, roi de Bourgogne; mais, comme ces actes sont postérieurs à l'an 1039, que ce prince succéda dans l'empire à Conrad le Salique son père, on n'auroit pas manqué de lui donner la qualité d* empereur.

LXXXIX. — Mort d'Aton II, vicomte d'Alhi £• de Nimes. — Bernard III,

son fils, lui succède.

Aton n, vicomte d'Albi & de Nimes, mourut de mort violente les premières années du roi Henri. Il périt, à ce qu'il paroît, par les mains d'un seigneur

' Hugo Flaviniac Chronicon, * Mabillon, ad ann. io32, n. i ' Ibii. ad ann. io35, n. 6.

^ Ibid, ad ann. loSy, n. 90.

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro CLXXXIII, la 4* charte citée sous ce numéro.

' Mabillon, ad ann. 966, n. io3.

t. Il, p. i65.

nommé Géraud', de ses frères & de leurs fils, qui, pour réparation de sa mort, donnèrent en alleu la portion qu'ils avoient aux châteaux de Cahusac & de Berens en Albigeois, 8c divers autres domaines à Frotaire, évêque, & à ses frères Bernard & Segarius, fils de ce vicomte, 61 leur en firent* hommage. Aton II avoit hérité^, comme on Ta remarqué ailleurs, de Bernard II, son père, 8c de Gauciane, sa mère, des vicomtes d'Albi &c de Nimes. Il possédoit aussi plusieurs terres 8c alleux dans le Toulousain, entre autres le château de Dourgne, aujourd'hui du diocèse de Lavaur, dont les seigneurs lui promirent^ fidélité, & â Frotaire son fils. Il acquit ^, en 1028, une sixième partie du château d'Auriac, qui est un ancien titre de baronnie dans le Lauragais. Ce vicomte est sans doute le même qu'Aton à qui Ermengaud, comte d'Urgel, donna ^ un alleu la trente 8c unième année du règne du roi Robert, ou Tan 1027, en échange d'un autre qu'Aton avoit donné à Guillaume, vicomte de Castelbon.

Aton II, vicomte d'Albi 8c de Nimes, laissa donc trois fils, Frotaire, Bernard 8c Segarius, de Gerberge, sa femme. Le premier, qui, à ce qu'il paroît, étoit l'aîné, fut élu de son vivant évêque de Nimes, 8c il avoit déjà succédé^, dès Tan 1027, dans cet évêché, à Géraud d'Anduze. Il posséda par indivis avec le vicomte Bernard III, son frère, les vicomtes d'Albi 8c de Nimes, 8c les autres &. orîgin^ domaines de leur maison, 8c reçut avec lui les hommages^ pour les châteaux de Vintrou en Albigeois, de Dourgne, de Villemur, de Lavaur, de Saint-Félix dans le Toulousain, 8cc. Leur pouvoir commun sur le domaine qui avoit appartenu à leur père paroît encore par un acte^ suivant lequel Amélîus, évêque d'Albi, le même Frotaire, évêque de Nimes, Bernard-Aton, son fière, proconsul de Nimes &• prince d^Albi, firent construire un pont dans cette dernière ville, sur la rivière de Tarn, de l'avis de Géraud, évêque de Rodez, de Bernard, évêque de Cahors, des seigneurs du pays &• des citoyens &» bourgeois d'Albi, Le terrain sur lequel ce pont fut bâti appartenoit à Anselme, abbé de Saint- Salvi 8c à ses chanoines, à qui ces seigneurs donnèrent les émolumens du nouveau pont. On verra encore ailleurs d'autres preuves de l'autorité commune de ces deux frères sur les domaines de leur maison. Frotaire eut de plus l'avouerie des abbayes de Castres, de Sorèze, de Saint-Salvi d'Albi, 8cc.

XC. — Raimond, comte de Ra'^ès. — Mort de Bernard, comte de Conserans &• de Foix. — Partage de ses domaines entre ses fils.

Arnaud, comte de Razès, décéda aussi les premières années du règne du roi Henri; car Raimond, son successeur, qui paroît être son fils, donna '^ le 18

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CLXXII. • Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-

— Voyez tome IV, Note XXII, n, 12. méro CLX.

■ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ' liiJ, n. CLXI.

méro CLXXIII. • IbU. n. CLXXIII.

> Voyez tome IV, Note XXIÎ, tî. 1 1 & siiiv. » IhiJ. n. CLXXIV.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLIX. " IBid, n. CLXIX, la 3« charte citée sous ce nu-

• nid. n. CLXIII. méro. — Voyez tome IV, Note XXII, n. ^4.

An io3a

d'août, la quatrième année du règne de ce prince, un alleu de ce pays à Tabbaye de Saint-Hilaire & à Oliba, son abbé, pour son âme 8c celle de sa femme Béliarde 8c en reconnoissance de la victoire qu'il avoit remportée au château de Razès, par l'intercession de ce saint, sur un seigneur nommé Arnaud-Gibert qui lui faisoit la guerre pour venger la mort de son fils, que le même Raimond avoit peut-être tué.

On doit rapporter ' à peu près au même temps la mort du comte Bernard, fils puîné de Roger I, comte de Carcassonne, qui avoit eu pour son partage ^ le comté 8c Vévêché de Conserans, avec le pays de Foix 8c plusieurs autres domaines du Toulousain, auxquels il avoit ajouté le comté de Bigorre par son mariage avec ^ Garsinde, fille ou sœur Se héritière de Garcias-Arnaud, comte de ce pays. Bernard eut de cette dame trois fils 8c deux filles. Il partagea ses domaines à ceux-là, nommés Bernard, Roger 8c Pierre. Le premier, qui paroît avoir été Taîné, lui succéda ^ dans le comté de Bigorre qu'il transmit à ses descendans. Le second ^ eut en partage les châteaux de Foix, de Castel pendent, de Roquemaure, de Lordat, 8c plusieurs autres terres dans la partie méridionale du Tou» lousain, en sorte qu'il hérita du pays de Foix dont il fut le premier comte de son nom ^. Le dernier prit aussi le titre de comte 8c le fut peut-être de Conserans : il est du moins certain qu'il eut ^ pour sa part plusieurs domaines dans le Toulousain, entre autres la partie méridionale du diocèse de Mirepoix.

Les deux filles de Bernard, comte de Conserans 8c de Foix, se nommoient Gilberge 8c Stéphanie ou Étiennette. La première^, qui étoit d'une rare beauté, épousa au mois d'août de l'an io36 Ramire, roi d'Aragon, qui lui assigna pour son douaire le château d'Athèrez : l'autre épousa la même année à Barcelone, où elle demeuroit alors auprès d'Ermessinde, sa tante, comtesse douairière de cette ville, Garcîas, roi de Navarre 8c frère de Ramire, roi d'Aragon 9. Elle mourut en io58.

XCI. — Accord de Roger ly comte de Foix, avec Pierre , évèque de Gironey

son oncle paternel. — Etendue de leur domaine.

Roger I, comte de Foix, après la mort du comte Bernard son père, fit un accord *° avec Pierre, évêque de Girone, son oncle paternel, pour se succéder l'un à l'autre en cas de prédécès ; ils convinrent que les enfans que Roger auroit d*un légitime mariage lui succéderoient, 8c que Pierre, qui seroit leur tuteur,

■ Voyez lomc IV, tfote XXII, n. 17.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-» inéro CXXXVIII.

» Voyez tome IV, Uote XXII, n. i5.

^ Ihid, n. 14 & suiy.

* Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, n. CLXX.

* Voyez au tome VII de cette édition la Note relative à la Chronologie des comtes de Foix, où nous ayons apporté quelques modifications aux faits avancés par les Bénédictins. [E. M.]

^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXLV & CCXCIII. — Voyez tome IV, Note XXII, n. 20 & suir.

• Voyez tomcV,Chartes&Diplôraes,n.CLXXVI, la 6^ charte citée sous ce numéro. — Martinez, H'ist, Pinnat. 1. 2, c. 34. — Marca, Histoire de Béarn^ p. 709 8c 8o5. — ■ Voyez tome IV, Note XXII, n. 17.

^ Ferreras, ad ann. io58.

Voyez tome V| Chartes 8c Diplômes, n. ,CLXX.

to

An 1004 '

auroit radministration de leurs biens. Ils partagèrent leurs domaines en deux lots : la ville 8c le comté de Carcassonne, avec les alleux du comté, le château & le pays de Queille, plusieurs autres terres ou alleux du Toulousain, la moitié du bois de Bolbonne & le château de Saissac dans le Carcasses composèrent le premier, dont il paroi t que Pierre étoit déjà en possession. Ce prélat excepta de ce lot & se réserva Vévêché de Carcassonne £» l'honneur de Vépiscopat ;\t% abbayes du Carcasses avec leurs honneurs ; la maison ou château qu'il avoit dans Carcassonne avec ses dépendances; l'église de Saint-Marcel, qui servoit, ce semble, de chapelle au même château ; ses officiers, savoir : son chambellan, son intendant {dispensator)^ son sénéchal, son houteiller ou échanson, avec leurs biens, c'est-à-dire les fiefs attachés à leurs charges ; Vabhaye de Camon Éd.origin. située dans le pays de Queille, & le château de Dun dans le Toulousain ; & enfin Vhonneur de Vévêché de Toulouse 8c celui des abbayes de ce pays. Roger devoit lui succéder dans tout le reste , en cas qu'il lui survécût, 8c le posséder de la même manière que Bernard, son père, le lui avoit donné en partage.

On mit dans le second lot : 1° les châteaux de Foix, de Castel pendent, de Roquemaure 8c de Lordat, situés dans la partie méridionale du Toulousain vers les frontières d'Espagne ; 2® l'autre moitié du bois de Bolbonne avec les vigueries &• les honneurs de comte que Pierre 8c Roger possédoient dans ce pays, dont on prescrit les limites, savoir depuis la montagne appelée Puy-Maurin, qui sépare la Cerdagne ou l'Espagne du comté de Foix 8c de la Gaule, 8c depuis Saurat sur les frontières du Conserans d'un côté , jusques à Bolbonne en deçà de l'Ariége de l'autre. Pierre se réserva dans ce lot, ainsi qu'il avoit fait dans l'autre, les abbayes du pays, entre autres celles de Foix, de Frédelas ou Pamiers 8c du Mas-d'Azil, avec leurs honneurs 8c dépendances, 8c quelques terres 8c alleux.

Nous avons deux actes ' relatifs à ce partage. Par l'un, « le comte Roger « prête serment à Pierre, évêque, son oncle, &• promet de lui être fidèle comme c( un vassal à son seigneur, pour la part que ce prélat avoit à la ville de Car- « cassonne, à ses forteresses 8c aux châteaux de Foix 8c de Queille ; avec pro- « messe de le laisser jouir paisiblement de Vévêché de Carcassonne 8c des terres « qui en dépendoient, des abbayes de Saint-Jean de Vahiger^ ou de Monto- « lieu, de Vernasone ou de Saint-Chinian, de Saint-Etienne de Cabardez, de « Saint-Pierre de Cannes, de Sainte-Marie de la Grasse, de Saint-Hilaire, de c( Saint-Antonin de Frédelas 8c de Saint-Volusien de Foix, de leurs dépen- « dances, 8c enfin de toutes les villes, terres 8c châteaux qu'il possédoit ; » par l'autre, il lui prête seulement serment de fidélité pour les châteaux de Foix, Castelpendent, Dun, Chercorb, Bareilles, la ville de Carcassonne 8c ses forteresses, le château de Saissac, 8c pour le reste de son domaine. Comme ces différens actes qui sont très-intéressans pour notre histoire n'ont point de date, 8c qu'ils sont assez obscurs par eux-mêmes, nous croyons devoir leséclaircir par les réflexions suivantes :

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLXXI.

An 1084

i^ On a vu ailleurs ' que Roger I, comte de Carcassonne, disposa par son testament de tout ce comté en faveur de Raimond, son fils aine, qui laissa des enfensj nous trouvons cependant ici que Pierre, son troisième fils, auquel il navoit donné que les abbayes de son domaine, posséda outre cela une partie du même comté : il faut donc ou que Roger I ait fait quelque changement dans ce testament, ou que par une autre disposition il ait laissé à Bernard 8c à Pierre, ses fils puînés, une partie du comté de Carcassonne, à moins que ceux-ci ne s'en soient emparés sur leurs neveux dans le temps de leur minorité.

2^ Il semble que la portion de la ville & du comté de Carcassonne qui fut mise dans le partage dont on vient de parler & qui en comprenoit la moitié, comme nous le verrons ailleurs, étoit d abord échue à Bernard, puisqu'il est marqué que ce comte Vavoit léguée pour sa part à Roger, son fils; ainsi le même Bernard aura été comte en partie de Carcassonne. Il paroît cependant que Pierre, évêque de Girone, son frère, possédoit de son chef une portion du même comté, outre celle dont il étoit actuellement en possession dans le temps qu'il fit ce partage avec le comte Roger, son neveu, & dont il jouissoit à cause sans doute que ce dernier étoit sous sa tutelle.

3<> On peut encore prouver que Roger I, comte de Carcassonne, changea la disposition de son testament, en ce qu'il donna par cet acte à Raimond, son fils aîné, le droit qu'il avoit sur les pays de Queille 8c de Chercorb, en vertu de l'accord qu'il avoit fait avec Eudes, comte de Razès, son frère ; car l'évêque Pierre 8c le comte Roger, son neveu, possédoient ces deux pays *, suivant le même acte de partage 8c les sermens que ce dernier fit en conséquence. On pourroit même conclure de là qu'Arnaud, fils d'Eudes, comte de Razès, étoit mort sans postérité dans le temps de ce partage, puisqu'une partie de ses domaines étoit occupée alors par ses cousins ; mais peut-être y eut-il quelque nouvel accord entre eux, selon lequel Arnaud , ou son fils Raimond, cédèrent ces deux pays aux autres.

4® Comme Roger, qui prit^ le titre de comte de Foix, survécut à Pierre Éd. orîgîn. évêque de Girone, son oncle, c'est une preuve qu'il lui succéda dans tous les ' domaines énoncés dans leur partage, conformément à cet acte, 8c par conséquent dans une partie du comté de Carcassonne. Quant aux autres domaines que ce prélat se réserva 8c qui ne furent pas compris dans le partage, ses autres neveux en héritèrent sans doute après sa mort, avec le même Roger I, comte de Foix.

5° On pourroit inférer que Pierre étoit évêque de Carcassonne dans le temps de ce partage, de ce qu'il s'y réserve Vévêché de cette ville avec ^honneur de Vépiscopat ; mais outre qu'il est certain que ce prélat^ occupa le siège épiscopal de Girone depuis l'an loio jusques en io5o qu'il mourut, nous avons^

'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro CCXIX.-— Voyez tome IV, ATofe XXII, n. 19.

méro CXXXVIII. * Voyez tome IV, ^ote XXX, n. 5.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLXX. * Voyez tome IV, Note LXIV, la suite chrono-

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- logique des eTeques de Carcassonne. [E. M.]

An io34

dailleurs la succession des évêques de Carcassonne pendant cet intervalle. L'on doit donc entendre par tévêché de Carcassonne 6» Vhonneur de fépiscopat, que Pierre se réserva, le droit de patronat sur cette église & de suzeraineté sur les domaines qui en dépendoient. C'est ainsi que le comte Roger I, père de ce prélat, disposa par son testament ' de tévêché de Conserans en faveur d'Adélaïde, sa femme, & que le même Pierre se réserva Vhonneur de Vévêché de Toulouse, c'est-à-dire le droit d'avouerie &de suzeraineté sur les terres dont l'église de cette ville jouissoit dans le comté de Foix, & sur les autres domaines de la maison de Carcassonne situés dans ce diocèse.

On doit en dire de même des diverses abbayes que Pierre possédoit & que le comte, son père, lui avoit léguées, car nous avons également la suite de leurs abbés pendant sa vie ; on a déjà vu en effet qu'Etienne étoit abbé de la Grasse 8c Oliba de Saint-Hilaire en 1026. Il est encore fait mention de ce dernier dans un acte de déguerpissement donné en faveur de son monastère, dans un plaid ^ tenu en Roussillon le mardi 16 de mars de Van io35 (ou de l'an io36 suivant notre manière de compter le commencement de l'année), la quatrième année du roi Henri. Etienne étoit encore abbé de Montolieu vers l'an io36, suivant un acte de restitution ^ qui fut fait alors à son monastère, dans un plaid tenu à Toulouse par un chevalier [miles) nommé Bernard Odalric, en présence des bons hommes, tant nobles que paysans (rusticorum).

XCII. — Abbayes de Camon & de Saint-Etienne de Cabarde-:^. — Comté de

Conserans.

69 Aux huit abbayes énoncées dans le premier hommage rendu par Roger à l'évêque Pierre, son oncle, on doit en ajouter deux autres que ce dernier se réserva expressément par le partage, savoir celles de Camon 8c du Masd'Azil. La première, située au voisinage de la rivière de Lhers, dans la partie méridionale du diocèse de Mirepoix, n'est plus aujourd'hui qu'un prieuré conventuel sous la dépendance de l'abbaye de la Grasse. Parmi les autres, nous ne connoissons que par ces seuls monumens celle deSaint-Étienne de Cabardez; elle devoit appartenir au diocèse de Carcassonne, puisque le pays de Cabardez, situé vers les frontières du Toulousain, en fait partie.

70 Enfin il n'est rien dit dans l'acte de partage entre l'évêque Pierre 8c le comte Roger, son neveu, du comté 6* de Vévêché de Conserans, que Roger I, comte de Carcassonne, avoit légués par son testament^ à Bernard, son fils, père de Roger, comte de Foix. Nous conjecturons de là que le même Bernard disposa du comté de Conserans en faveur de Pierre, son autre fils, qui, comme nous l'avons remarqué, prit le titre de comte^. Il est vrai qu'il paroit que les

• Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes , nu- ' Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes , numéro CXXXIX. méro CLXXVI, la y* charte citée sous ce numéro.

* Ihid, n. CLXXVI, la 5' charte citée sous ce nu- ^ IhU, n. CXXXVIII.

méro. * Voyez tome IV, Note XXII, n. 20.

/ 7 An 1 034

descendans de Raimond, comte de Carcassonne, frère aîné de Bernard, avoient quelques prétentions en 1070' sur le pays de Conserans, & qu'ils les cédèrent alors à Raimond-Béranger, comte de Barcelone , avec les autres domaines de leur maison , ce qui a donné lieu sans doute à quelques auteurs^ d'avancer ^Tf/f le comté de Conserans fiit ôté par Raimondy comte de Carcassonne^ à son frère Bernard, 6» quil passa ainsi aux rois d'Aragon, comtes de Barcelone. Mais i® les droits que les descendans de Raimond, comte de Carcassonne, cédèrent au comte de Barcelone en 1070 8c que nous expliquerons ailleurs plus en détail, comprenoient^ non-seulement ce quiavoit appartenu à Raimond , mais encore tout ce qui avoit été du partage de ses frères, c'est-à-dire tout le domaine de Roger I, comte de Carcassonne, leur père; ce qui ne prouve nullement que Raimond ait ôté le comté de Conserans à Bernard, puisque celui-ci & ses successeurs avoient joui du comté de .^iT®"^lg Foix & des autres pays du Toulousain compris dans la même cession. D'ailleurs le Conserans pouvoit avoir appartenu à Raimond, soit par une nouvelle disposition de Roger I, cpmte de Carcassonne, son père, soit par quelque accord fait entre ses descendans 6c ceux de Bernard, son frère j 2® nous ne voyons pas, malgré la cession faite aux comtes de Barcelone, que ceux-ci aient jamais eu des prétentions sur le Conserans, 8c il n'est rien dit de ce pays dans la fameuse transaction "^ passée en i258 entre Jacques I, roi d'Aragon 8c le roi S. Louis, par laquelle le premier cède à lautre tous les anciens domaines de la maison de Carcassonne que ses prédécesseurs avoient acquis 8c dont il fait une longue énumération. Il paroît^ au contraire que les comtes de Foix dominoient en 11 25 sur le Conserans. Nous croyons donc plus vraisemblablement que Pierre, frère de Roger I, comte de Foix, eut le comté de Conserans en partage, 8c que Roger II, son fils 8c son héritier, qui succéda à Roger I dans le comté de Foix, comprit ces deux comtés sous le titre de comte de Foix qu'il se donna, ce qui fit disparoître celui de comte de Conserans. Ce qu'il y a de certain, c'est que les comtes de Foix successeurs de Roger II possédèrent une partie du Conserans, 8c que le reste, qui en faisoit la plus grande partie, fut ui)i au domaine des comtes de Comminges, lesquels étoient de la même maison, 8c dont une branche posséda le Conserans au douzième siècle sous le titre de vicomte.

XCITI. — Comtes de Comminges.

Il faut distinguer ^ Roger I, comte de Foix, d'avec un autre comte de ce nom qui vivoit vers le même temps, 8c qui étant tombé malade au château

•Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéros CCXLVII & CCLXVIII. méros CCXLVII & CCLVIII.

» Marca, Histoire de Béarn, 1. 8, c. lo. — Des- ^ Baluze, Marca Hispanica, p. 1444 & seq.

cription historique &• géographique de la France,, 1. 2, * Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes, n. CGC.

p^ 202. ' Voyez tome IV, "Note XXII, n. 28 & suiv.

de Caselas dans le Comminges', fit une donation à labbaye de Saînt-Pîerre de Lézat & à labbé Guiraud pour son âme 8c celle d'Eudes, son frère. La charte, qui est sans date, est souscrite par Arnaud, son fils, & Bernard, évêque de Toulouse qui vivoit* en io35. Ce Roger possédoit une partie du comté de Comminges avec quelques alleux dans le Toulousain, & Tavouerie ou patronat sur Tabbaye de Lézat. Il fut le second comte de Comminges de son nom, & outre Arnaud, son fils^, qui lui succéda, il en eut un autre nommé Bernard, qui étoit déjà évêque de Conserans & abbé de Lézat en 1048. Quant à Eudes, son frère, qui paroît avoir été son aîné, il posséda aussi une partie du comté de Comminges & le transmit à ses descendans'* qui réunirent enfin tout ce comté à leur domaine vers le commencement du douzième siècle.

XCIV. — Partage entre Guillaume 6* Pierre, fils de Raimond I, comte de

Carcassonne, après la mort de Garsinde, leur mère.

L'autre partie du comté de Carcassonne appartenoit vers Tan 1084 à Guillaume & k Pierre, fils de Raimond I, comte de cette ville, 8c de Garsinde de Béziers, laquelle fait mention de l'un & de l'autre dans une donation ^ qu'elle fit à l'abbaye de Conques en Rouergue au mois d'août, sous le règne du roi Henri. Cette comtesse, qui étoit alors veuve en secondes noces de Bernard d'Anduze, donne avec ses fils Pierre, Guillaume (y Bermond, à cette abbaye l'église & le village de Vairac dans le paysd'Agde,^<?nr elle avoit hérité de ses parens, tant pour son âme & pour celles de son père Guillaume, de Bernard son seigneur (c'est-à-dire son mari) 6* de Raimond, son fih, que pour Guillaume, Pierre 6» Bermond, ses fils ^ sur quoi il faut remarquer : 1° qu'elle distingue ici les trois derniers qui vi voient alors 8c qui souscrivirent à la charte dans le même ordre, des autres qui étoient déjà décédés ; 2° qu'elle avoit eu Raimond 8c Bermond^ de Bernard d'Anduze, son second mari, 8c Guillaume 8c Pierre, de Raimond I, comte de Carcassonne, qu'elle avoit épousé en premières noces.

Cette princesse mourut sans doute bientôt après. Nous n'avons plus du moins aucun monument qui en fasse mention. Après sa mort ses deux ïls du premier lit partagèrent entre eux sa succession 8c celle du comte Raimond, leur père j ils héritèrent entre autres des vicomtes de Béziers 8c d'Agde, qui leur avoientété substituées^, à ce qu'il paroît, par le testament du vicomte Guillaume, leur aïeul maternel 8c père de Garsinde, leur mère ; en sorte que Bermond, leur frère utérin, fils de Bernard d'Anduze, n'y eut aucune part. Ces deux vicomtes échurent à Pierre qui prit la qualité de comte, soit parce qu'il

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