‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 139 sur 234 · LXXVIII. —Plaid tenu à Narbonne · texte numérisé non relu

LXXVIII. —Plaid tenu à Narbonne

L'archevêque 8c le vicomte de Narbonne étoîent déjà réconciliés au mois de mars de l'an loiS, 8c ils tinrent^ alors ensemble dans cette ville un plaid où nous trouvons quelques circonstances remarquables au sujet du duel qui étoit alors en usage. Auger, abbé de Saint-Paul de Narbonne 8c ses chanoines avoient un différend avec un seigneur du pays pour quelque domaine j mais ne pouvant convenir des faits, ils résolurent de terminer leur querelle par le duel, 8c remirent, pour gage de bataille, entre les mains du vicomte Béranger, la somme de cinq cents sols. Le jour marqué pour le combat étant arrivé, le champion de l'abbaye de Saint-Paul, après avoir reçu la communion, étoit prêt à entrer en lice, quand l'archevêque Guifred, le vicomte Béranger, un autre vicomte nommé Richard , Bernard , abbé 8c tous les nobles du pays qui tenoient les assises, conseillèrent aux parties de s'accommoder par le partage du domaine qui faisoit le sujet de la contestation. Elles y consentirent d'abord 5 l'une voulut ensuite en venir au duel , mais enfin les juges les engagèrent à accepter l'accord projeté, ce qui termina le différend. Le vicomte Richard qui assista à ce plaid est sans doute le même que Richard I, vicomte de Millau, qui avoit quelque alliance avec le vicomte de Narbonne, par Senegonde de Béziers,sa femme. Quanta l'abbé Bernard, qui y assista aussi, il ne paroJt pas différent de Bernard, alors abbé de la Grasse. Auger étoit encore abbé de Saint- Paul huit ans après, qu'il fit une donation'* en faveur de Pierre, sous-diacre & écolâtre de l'église de Narbonne.

LXXIX. — Emmcy femme de Guillaume Taillefer^ comte de Toulouse, hérite

d'une partie de la Provence*

t.^i\ p?*i*58. Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, faisoit toujours sa principale résidence en Provence, ce qui paroît par la donation qu'il fit en 1024, avec

• Marca Hispanica, p, 489 & seq.j io35 & seq. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLIV

* Ihid, p. 433 < Archives de Saint-Paul de Narbonne.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII. 203 "l

An 1024

Erame', sa femme, d'une terre qu'ils avoient à Manosque, dans le comté de Sisteron, à Tabbaye de Saint-Victor de Marseille. La comtesse de Toulouse donna * la même année, avec son fils Pons, à celle de Saint-André du Mont- Andaon, une maison dans Avignon, à l'occasion de la cérémonie qu'on fit alors de la dédicace de l'église de Saint-Martin dans cette abbaye. Bertrand, son autre fils, souscrivit à l'acte.

Ces monumens sont autant de preuves qu'Emme hérita ^ d'une partie de la Provence après le décès du comte Rotbold, son père, dont nous ne trouvons plus rien depuis l'an 1008. Nous en avons une nouvelle preuve dans une donation^ que fit la même comtesse, au mois d'avril de l'an ici 5, de l'église de Saint-Pons, située dans le territoire du château de Favars, au comté de Fréjus , qui lui étoit échue par une hérédité légitime^ en faveur du monastère de Correns en Provence. Comme il est certain d'un autre côté que Guillaume III, comte de ce pays, vivoit encore après l'an 1024, on doit inférer de là qu'Emme, sa sœur, partagea avec lui la succession du comte Rotbold, leur père, laquelle comprenoit la moitié du comté de Provence situé entre l'Isère, les Alpes, la mer & le Rhône, à moins qu'une portion de^ ce pays ne lui ait été donnée pour sa dot quand elle épousa le comte de Toulouse. Elle acquit encore un nouveau droit sur cette moitié de la Provence par la mort du même Guillaume III, son frère, qui décéda sans enfans & dont elle fut héritière. Au reste, ce dernier posséda tout ce pays par indivis avec Guillaume II, son cousin, mort en 1018, & ensuite avec Geoffroi & Bertrand, fils & successeurs de celui-ci, lesquels étant alors foit jeunes, furent d'abord sous la tutelle de Gerberge, leur mère, & d'Adélaïde, leur aïeule. Cette dernière décéda en 1026, suivant une chronique^ du temps écrite par Arnoul , religieux de l'abbaye de Saint-André d'Avignon, auteur de plusieurs ouvrages.

LXXX. — Assemblée tenue à Fustignac^ dans le Toulousain. — Comtes de

Comminges. — Abbaye de Lombe-^.

Il parott que Guillaume Taillefer étoit encore absent de son comté de Toulouse en 1026, & il n'est rien dit de lui dans un plaid ^ qui fut tenu dans "aTToIT" le même comté au mois de mars de cette année, la trentième du règne de Robert. Aymeri , abbé de Lézat dans le Toulousain, avoit un différend avec Eudes, abbé de Simorre, dans le diocèse d'Auch, au sujet du monastère de Peyrissas dans le Comminges, que chacun d'eux prétendoit devoir dépendre de son abbaye. Ces deux abbés s'étant rendus à Toulouse convinrent de s'en rapporter au jugement de divers abbés & religieux. Les abbés Etienne de la Grasse, Oliba de Saint-Hilaire, Seniorellus de Sorèze 8c Richard de Saint-

• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLVI, * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CXLVT'. i'* charte citée sous ce numéro. ' Voyez tome IV, Note XIV, n. 17 & suiv.

* Ih'id, ^ Mabillon, ad ann. 1026, n. 96.

' Voyez tome IV, Note XIV, n. 17 & suit. ' Mabillon, Annal, ord. S, Benei. t. 3, p. 7' 1.

An 1026

Lizier en Bigorre, se rendirent pour cela, avec plusieurs de leurs religieux & les seigneurs du pays, dans le village de Fustignac, situé dans le Toulousain vers les frontières du Comminges. L'abbé de Lézat ayant prouvé devant rassemblée, à laquelle présidoit le comte Roger, qu'un nommé Asnarius avoit donné le lieu de Peyrissas à son abbaye, dont celui-ci avoit été religieux &, ensuite abbé, il fut maintenu dans sa possession.

Aymeri ', abbé de Lézat, reçut vers le même temps, au nom de son monastère, une donation^ de l'église Saint-Michel, située au lieu de Sansan, ianj le territoire de Toulouse 6» le ministériat de Savès. Aton , abbé de Sainte- Marie de Lombez, y souscrivit ; ce qui prouve que cette dernière abbaye, aujourd'hui évêché, située dans le même pays de Savès, subsistoit dès lors. C'est un des plus anciens monumens où il en soit fait mention.

Quant au comte Roger qui présida à l'assemblée de Fustîgnac, c'est le même 3 que Roger II, comte en partie de Comminges, lequel étoit vraisemblablement fils d'Arnaud II, comte de ce pays en 979 & de la race d'Arnaud I, comte de Carcassonne & de Comminges. Nous voyons en effet que les descendans de ce dernier possédèrent une partie du même comté de Comminges^ Roger II épousa Aldane & il possédoit déjà en 102 1 une portion de ce comté.

On peut mettre aussi au nombre des descendans d'Arnaud I, comte de Carcassonne Se de Comminges, Guillaume, qualifié marquis y qui vivoit sous le tà^otxgm. règne du roi Robert. Il avoit hérité ^ d'Amélius Simplicius, son père, du château de Mirabel dans le Toulousain, lorsqu'il restitua à l'abbaye de Lézat plusieurs églises & alleux qu'il avoit usurpés sur elle dans le même pays, entre autres la moitié de l'alleu de Blansac, dont il réserva la jouissance à ses fils Bernard ôcRaimond. Ce dernier^ se qualifia marquis comme son père, qualité qu'ils se donnèrent sans doute parce qu'ils possédoient la partie du comté de Comminges limitrophe du Toulousain.

Il est fait mention du même Raimond-Guillaume , marquis très-puissant, dans un acte "7 suivant lequel Aton, abbé du Mas-d'Azil & de Lézat, & les religieux de ce dernier monastère, voyant que les seigneurs séculiers s'emparoient impunément de leurs biens, eurent recours à sa protection 8c firent un traité avec lui par lequel ils lui cédèrent la jouissance de la moitié de toutes les terres qu'il leur feroit restituer, de celles qu'on leur donneront, 8c des biens qu'Aymeri, leur abbé, leur avoit fait donner. Ce même marquis présida quelques années après 8, 8c sous le règne du roi Henri, à un plaid dans lequel Bernard, évêque de Conserans 8c abbé de Lézat, n'ayant pas des preuves littérales d'une dona-

• Voyez, tome IV, la Note LXXXIV relatiTe à ♦ Voyez le Cartulaire de Vahhaye de Lé^aU

l'abbaye de Lézat. [E. M.] * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numé-

" CartuUire de l'abbaye de Uiat, aujourd'hui à la ros CXLVIII, CLVIII, CXCIV. — Voyez tome IV,

Bibliothèque Impériale, fo«ds latin n. 9189. Une Note XXII, n. 27.

copie de ce Cartulaire existe aussi dans la collection • Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

Doat, où elle forme trois Tolumes. [£. M.] — méro CXCIV.

Mabillon, ad ann. ioo3, n. 44. ^ Ibid. n. CLXVII.

» Voyez tome IV, Note XXII, n. 29. • Ibid. n. CXCIV.

tîon qui avoit été faite à ce monastère, demanda le droit jugement &• la manifestation de Dieu; ainsi on ordonna le duel entre deux champions qui n'eussent Jamais combattu. Ce prélat étoit frère ', à ce qu'il paroît, d'Arnaud II & fils de Roger II, comtes en partie de Comminges. Pierre, évêque probablement de ce pays, Se plusieurs seigneurs séculiers, entre autres Guilabert de Laurag, assistèrent à ce plaid. Il ne parott pas que le marquis Raimond-Guillaume ait laissé de postérité, & son domaine, qui s'étendoit sur les frontières des comtés de Foix Se de Comminges, fut sans doute réuni à celui des comtes de ces pays, ses parens.

LXXXL — Pierre, évêque de Girone, comte de Carcassonne en partie.

Êvêques d'Albi.

Pierre, évêque de Girone, qui étoit de la même maison, possédoit déjà en 1027 la moitié du comté de Carcassonne; c'est ce qu'on voit par divers monumens, entre autres par un acte de la fin de cette année, suivant lequel ce prélat, pour satisfaire * aux ordres du comte Roger, son père, ^ de la comtesse Adèlàide, sa mère, donna à l'abbaye de Mallast ou de Montolieu^ & à Etienne qui en étoit abbé, l'alleu de Ventenac, dans le comté de Carcassonne, dont il se réserva l'usufruit. Il se chargea en même temps de traiter tous les ans la communauté le jour de Saint-Jean-Baptiste, patron de l'abbaye.

L'année suivante, le même prélat se rendit en Aquitaine, oii il assista^, le 17 du mois de novembre, à la dédicace de l'église de Saint-Martial de Limoges, avec dix autres évêques, du nombre desquels étoient Amélius d'Albi, Foulques de Carcassonne^, Arnaud de Rodez, & Deusdedit deCahors. Les ducs d'Aquitaine 8c de Gascogne & plusieurs seigneurs des deux provinces se trouvèrent à cette cérémonie, à l'occasion de laquelle on leva de terre le corps de S. Martial pour l'exposer à la vénération des fidèles. Amélius, évêque d'Albi , avoit succédé à Amblard qui occupoitce siège ^^ en 998} il est qualifié prélat respectable par ses mœurs &» par son âge dans les actes ^ du concile tenu à Limoges en io3i. Il possédoit encore l'évêché d'Albi en 1040 qu'il assista^ à la dédicace de l'église de Vendôme.

Pierre, évêque de Girone, peu de temps après celle de l'église de Saint- Martial, fit un voyage à Rome, où il offrit ^ au mois d'avril de l'an io3i, au pape Jean XIX, de racheter à ses dépens trente captifs des mains des Sarrasins, s'il vouloit lui donner la permission d'user du pallium douze fêtes de l'année. Ce pontife, qui avoit fort à cœur la délivrance des chrétiens esclaves, lui accorda volontiers, à cette condition, ce privilège personnel.

■ Voycr tome IV, Note XXII, n. 34. * Voyeï, tome IV, la Note LXIV sur les évcques

• Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CLXII. de Carcassonne. [E. M.]

' Voyez, tome IV, la Note LXXXVII relative à * Gallia Christiana, nov. edit. t. i, p. lo.

l'abbaye de Montolieu. fE. M.] ' Conciles, t. 9, p. 886 & 892.

^ Gaufridas prior yoùensis. — Labbe, Biil, nova • liid, p. 988 & suiv.

wnanusc, t. 2, p. 283. * Marca Hïspanica, p. 1044.

An ioz6

An 1027

An 1028

■ i66 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIII.

LXXXII. — Hugues, comte de Rouergue ^ marquis de Gothie, gouverne par lui-même, — Bourg de Narbonne.

Hugues, comte de Rouergue & marquis de Gothie, gouvernoit déjà ses États par lui-même sous l'épiscopat d'Arnaud, évêque de Rodez, S*, du temps d'Odalrîc, abbé de Saint-Martial de Limoges, c'est-à-dire après l'an loio, que celui-ci ' fut élu, & avant l'an io3o, que l'autre étoit déjà décédé*. Cet abbé fonda en etïet^, sous l'épiscopat du même Arnaud, l'église de Rieupeyroui au diocèse de Rodez, avec un monastère 8c un hôpital, en présence de Hugues, comte de Rouergue, de l'abbé de Saint-Amand de Rodez Se des nobles du pays. Il est aussi &it mention de ce même comte dans une ancienne chronique*, dont l'auteur rapporte « que l'Europe étant désolée en loiH par une B cruelle famine, Richard, abbé de Saint-Vannes de Verdun, engagea au 0 comte de Rouergue, pour une somme considérable qu'il distribua aux Il pauvres, l'abbaye de Saint-Amand de Rodez qui dépendoit de son mo- « nastère, ce qui servit de prétexte à ce comte pour s'emparer des biens de cette « abbaye dont il jouit; en sorte qu'étant décédé avant que de s'être payé sur « les revenus de la somme qu'il avoit prêtée, ses successeurs continuèrent B d'en jouir après lui. » Aussi voit-on que Robert^, comte de Rouergue ii successeur de Hugues, possédoit encore en io6o l'abbaye de Saint-Amand de Rodez Sx. ses dépendances.

Nous avons une preuve bien claire que le même Hugues, comte de Rouergue, dominoit sur la Septimanieou Gothie £k le comté particulier de Narbonne, dans la donation* qu'il fit le iS de mars de la première année du règne du roi Henri, ou de l'an io3ï, à la communauté des chanoines de Saint-Paul de Narbonne, d'un fief qu'il avoit au-dessus du bourg de Saint- Paul de cette ville, & qui étoit de son propre droit ô- alleu, car ce prince, qui se qualifie comte par la grâce de Dieu, ordonne que si quelqu'un venoit à usurper ce domaine, le comte de Narhonne qui seroit alors ait soin de le faire restituer. L'acte est souscrit après Bernard-Raimond, abbé de Saint-Paul £(. divers seigneurs, par la comtesse Richarde, mère du comte Hugues, Se par une dame appelée Foy. Cette dernière étoit femme de ce prince, ainsi que nous l'apprenons d'ailleurs'. Il y a lieu de conjecturer* qu'elle étoit fille de Guifred, comte de Cerdagne. Au reste, cet acte est une preuve que l'abbaye de Saint-Paul, anciennement située hors des murs de Narbonne, étoit renfermée alors dans ce qu'on appeloit le bourg, qui est contigu à la cité ou ancienne ville, dont il est séparé par l'Aude.

' MabiIlon,ad ann. ioid, n. S3. > Labbe, Bihl. nnva mina.se. t. i, p. [83 & Mq.

■ Ctntilti, I. 3, p. SUS. — Mabillon, ad ann. 1060, n. 74.

> ZonaiX^Hhtvlrtmanuscrhtittttmtes de Rouer- ■ Tome V, Chart« St Diplémcs, n. CLXVm.

[ue, 1. i.c. 8. ' Voyei lome IV. Note VIII, n. îi.

* Hugo FUoinUc. Chnnicen. — Labbe, Bihl. • Balvtf, Hiitoire généal. it U mahen J-Àarci-

""'"'""'«•'■ i,p. 'Sî. f«r,t. I, p. 43 & lui».

An

' An 1028

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