‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 145 sur 234 · CI. — Comtes de Cerdagne · texte numérisé non relu

CI. — Comtes de Cerdagne

La mort de Béranger, comte de Barcelone, tué durant la guerre qu'il avoit en- ^ff^ JJ'^ein. treprisedans le comté de Cerdagne, fut peut-être un des motifs qui engagèrent

* Baluze, Marea Hispanicaj p. io65 & seq.

* Jhid. p. 438 & 542.

> nid. p. 1068.

^ Baluze, Marea Hïspaniea, p. 446 8c seq. 5 Voyez tome II, ATotrLXXXVII.

^ ConciUss t. 9, p. 938.

An io36

Guifred, comte de cedernier pays, à se retirer du monde. Nous savonsdu moins qu'il embrassa la vie monastique en io36, dans le monastère de Canigou, quil avoit fondé dans la vallée ou comté de Gonflant *. Ge prince, qui suivit en cela l'exemple d'Oliba Gabreta son père, possédoit aussi les comtés de Gonflant 8c de Berga , avec divers domaines en deçà des Pyrénées , qui anciennement avoient fait partie du comté de Razès. Il avoît épousé en premières noces Guisle dont il eut plusieurs^ enfans & qui mourut vers Tan 1018. Guifred se remaria avec Elisabeth, qui vivoit ^ encore au mois de novembre de Tan io35, lorsqu'il fit son testament. Il donna par cet acte'* le comté de Gerdagne, avec le château de Son 6» la terre de Ra-^ès, qui en dépendoient & qui comprenoient le Donezan & le Gapcir dans le diocèse de Narbonne , le comté de Gonflant & ce qu'il possédoit dans le Roussillon, à Raimond, son fils aîné du premier lit. Il disposa en faveur de Bernard, l'aîné du second, du comté de Berga, de sa Marche & des châteaux de son domaine jusques à la Sègre. Il lui substitua Béranger son autre fils du second lit, &à tous les deux Raimond leur aîné, qu'il leur donna pour tuteur pendant douze ans, à compter depuis la dernière fête de Pâques. Il légua à Guifred, archevêque de Narbonne, son autre fils du premier lit, un alleu dans le comté de Gonflant, avec son église, & une autre église dans le comté de Gerdagne. Il donne seulement quelques châteaux, églises ou fiefs à Ardouin & Guillaume, ses fils du premier lit, & lègue à Foy, sa fille, divers domaines, outre ceux qu'il lui avoit donnés pour son héritage^ ce qui prouve qu'elle étoit alors mariée. Il est assez vraisemblable que c'est la même que Foy, alors femme de Hugues, comte de Rouergue & marquis de Gothie. Le comte de Gerdagne ordonne déplus, par son testament, que Bernard du château de Sony & après lui le fils ou le neveu de ce dernier, qui auroient ce château, tiendroit l'église de Molig en fief de Béranger, son fils, auquel il donne le pays des montagnes^ avec les villages de Crucem &» de Richiy situés le long de la rivière d^Aude & leurs dépendances^ c'est-à-dire une partie du pays du Donezan où est situé le château de Son, duquel une ancienne maison a tiré son nom. Il donne enfin à sa seconde femme, qu'il établit aussi tutrice de leurs deux fils Bernard & Béranger, la jouissance des biens qu'il avoit légués à ce dernier 8c le domaine du château de Livia, à condition qu'elle demeureroit en viduité.

Ge comte avoit fait quelques mois auparavant ^ de grandes libéralités à l'abbaye de Ganigou, où après avoir pris l'habit religieux, il vécut dans la pratique exactede la règle, depuis l'an io36 jusques à son décès, arrivé au mois de juillet de l'an io5o 8c non de l'an loiS comme l'a marqué ^ un auteur du treizième siècle. Après sa mort les religieux du monastère le recommandèrent^

• Baluze, Miscellaneaj t. 2, p. Sop. ^ Spicîlegium, t. 6, p. 482 8c seq. — Marca His-

■ Marca Hispanica, p. 1 019 8c seq. — Voyez, au panlca, p. 439. tome V, le Catalogue des actes de l'église d'Elne & ' Baluze, Marca Hispanica, p. 1060 8t seq.

de Vahhaye de Cuxa. • Ibid. p. 543.

^ Marca Hispanica, p. 1060 8c seq. ' Ihid, p. 1094 8c leq.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XllI. 287 "777^

aux prières des fidèles, par une lettre circulaire dans laquelle ils font un grand éloge de sa personne*. Ils disent entre autres que son mérite étoit connu en Italie, dans la Gaule 8c en Espagne} qu'il setoit distingué dans la milice & avoit tenu dans le monde un' rang très-considérable, & qu'enfin ayant renoncé à ses richesses & à ses dignités, il avoit abandonné généreusement sa femme 6c. ses enfans pour se consacrer à Dieu dans leur abbaye, qu'il avoit fondée. Ce prince mériteroit encore de plus grandes louanges, si par un commerce simoniaque, qui pour être commun dans son siècle n'étoit pas moins blâmable, il n'eût acheté à beaux deniers comptans l'archevêché de Narbonne pour Guifred, son fils. Béranger Se Guillaume, ses autres* fils, parvinrent aussi à l'épiscopatj le premier succéda, en io5o,à Pierre de Carcassonne dans l'évêché de Girone, 8c l'autre, en 1042, à Eriballus dans celui d'Urgel.

Cil. — Mariage de Pons y fils de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse,

avec Majore.

Pons, fils aîné de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, contracta un An 1037 nouveau mariage ^ au mois de septembre de l'an 1087 avec Majore, que nous croyons de la maison des comtes de Carcassonne ou de Foix. Il lui assigna pour douaire Vévêché 8c la ville d'Albi , avec la monnoie 8c le marché , plusieurs églises 8c châteaux du pays, entre autres celui de Couffoulens, la moitié de Vévêché de Nimes, le droit qu'il avoit sur Millau dans le Rouergue, la moitié de l'abbaye de Saint-Gilles, le château de Porte-Espagne, celui de Tarascon 8c la terre d'Argence sur le Rhône. L'acte est souscrit par Guillaume, ^^ <^"8în^ père de Ponsy par Bertrand, qui ne paroît pas différent de Bertrand, fils puiné du même Guillaume, 8c par divers seigneurs.

GUI. — Mort de Guillaume Taillefer y comte de Toulouse, — Description de son tombeau qui est dans V église de Saint-Sernin de Toulouse.

Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, étoit donc encore en vie au mois de septembre de l'an 1087 j il mourut bientôt après, car, outre que nous n'avons plus aucun monument où il soit parlé de lui, il devoit être'^ alors âgé d'environ quatre-vingt-dix ans. C'est tout ce que nous savons de la mort de ce prince, qui fut inhumé à Saint-Sernin de Toulouse, où étoit alors la sépulture des comtes de cette ville. Son tombeau, qu'on y voit encore, est placé dans une espèce de chapelle qu'on a pratiquée à l'extrémité du bras droit de la croisée de Féglise, 8c qui est adossée contre le mur extérieur entre deux piliers boutans. Les murailles de cette chapelle sont ornées en dedans d'une ancienne peinture à fresque. On voit, sur le mur qui est en face, l'image de la Vierge avec celle

• Cette lettre circulaire ou rouleau mortuaire a * Baluze, Marca Hispaniea, p. 444, 543.

été publiée par M. Léopold Delisle, membre de ' IbU, p. 200 & seq. — Voyez tome IV,

rinstitut, dans ses Rouleaux des morts du neuvième Note VIII, n. 4.5 & suiv.

au ^uiniikme siècle, [E. M.] ' Voyez tome IV. Note VIII. n. 33 81 suiv.

An loSy

de S. Jacques à la droite, & celle de S. Sernîn, premier évêque de Toulouse, à la gauche. Au-dessous de ces deux saints, on voyoit, il y a cent ans, suivant le témoignage de CateP, deux comtes à genoux en cottes, avec Vécusson de la croix pommetée. L'inscription suivante étoit posée au-dessus des images:

HIC REQUIESCIT GUILLELMUS TAILLÂFER ET PONCIUS COMES TOLOSANUS.

Cette inscription, de même que les figures des deux comtes, sont à présent presque entièrement effacées, en sorte qu'il n'en reste guère d'autre vestige que celui d'un guidon ou bannière aux armes de Toulouse que chacun de ces comtes tenoit dans sa main , 8c dont les bouts paroissent encore très-distinctement, comme l'on peut voir dans le dessin que nous avons fait graver 8c que nous joignons ici. Sur le mur intérieur, des deux côtés de la chapelle, sont représentés deux autres saints. On croit que celui de la droite est S. Exupère, évêque de Toulouse, 8c l'autre, qui est à la gauche, S. Gilles, abbé. Les raisons qu'on donne par rapport à ce dernier, c'est : !<> parce qu'il a la cuisse gauche percée d'une flèche, conformément à sa légende, suivant laquelle il fut atteint dans le même endroit par un dard qu'un roi avoit décoché contre une biche qui s'étoit réfugiée dans sa grotte 5 2^ par la dévotion particulière des comtes de Toulouse, 8c surtout de Raimond, surnommé de Saint-Gilles , envers ce saint abbé. On voit deux comtes à genoux devant chacun de ces deux saints, tenant dans la main une pareille banderolle. Ces deux dernières figures se sont un peu mieux conservées que celles des deux autres comtes.

Dans le fond de la chapelle s'élève un tombeau de marbre blanc marqué dans le dessin par le n^ i. Il est appuyé dans sa longueur contre le mur, 8c soutenu au dehors sur trois piliers ou colonnes dont les chapiteaux sont chargés d'un écusson aux armes de Toulouse. On a sculpté sur le devant du tombeau, qui est sans inscription, deux rangs de bas-reliefs 5 la sculpture en est assez grossière 8c le temps en a effacé ou détruit divers endroits. Au-dessous de ce tombeau il en paroît un autre plus petit marqué par le chiffre 4, Ce dernier a quatre pieds 8c dix pouces de longueur par le haut, 8c quatre pieds deux pouces seulement par le bas; d'où il est aisé de jugera peu près des dimensions des trois autres, qui ont environ chacun cinq pieds cinq pouces de longueur. Selon l'inscription gravée en deux lignes sur ce quatrième tombeau, Pons &• son frère y fils de Guillaume, comte de Toulouse, y sont inhumés.

Le second &c le troisième tombeau sont élevés sur deux colonnes. Le second qui est à droite n'a point d'inscription ; on y voit seulement une espèce de chiffre sur le devant. Son couvercle, ainsi que ceux de nos plus anciens tombeaux, est taillé en écailles. On lit sur le couvercle du troisième, qui est à la gauche, une inscription suivant laquelle Pons, comte de Toulouse, y est enfermé. On voit enfin sur le gros mur de l'église en dehors de la chapelle, à l'endroit que

' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 1 1 o.

nous avons marqué par la lettre A, Tinscription suivante gravée sur une pierre qui sert à ce bâtiment, & qui a deux pieds de largeur sur un pied de hauteur:

HIC REQUIESCIT WILLELMUS COMES COGNOMINE TALIAFER, ATQUE RAIMUNDUS BER-

TRANDi'. Cette inscription regarde le premier & le second tombeau qui sont dans la chapelle, comme nous l'expliquerons bientôt.

Tel est Tétat présent de ces anciens monumens, qui sont certainement de nos comtes de Toulouse ou de leur famille. Ils ont été fort négligés Se, pour en lever le plan, il a fallu creuser 8c ôter les décombres qui cachoient presque jusques aux chapiteaux des colonnes qui les soutiennent. Nous sommes redevables à M. Mariotte, greffier 8c secrétaire des états généraux de la Province, des soins qu'il s'est donnés de faire déterrer ces tombeaux 8c de nous en envoyer le dessin, qu'il a accompagné de tous les éclaircissemens qui peuvent servir à en donner une connoissance exacte. La chapelle où ils sont placés a été fermée en 1648, par l'ordre des capitouls qui étoient alors en charge 8c dont on voit le nom èa les armes, avec celles de la ville de Toulouse, à l'endroit marqué par la lettre C dans le plan extérieur. Ils ont fait graver au-dessus, sur une pierre marquée par la lettre B, cinq vers latins^ pour conserver la mémoire du rétablissement de cette chapelle. Au-dessous de ces vers ils ont fait mettre une inscription latine dans laquelle on marque que trois comtes de Toulouse, savoir: Pons II, fils de Raimond III ^ Guillaume III Taillefer, fils de Pons II ^ Pons III y fils de Guillaume III ; le jrère de Pons III , dont on ignore le nom, 6» Raimond-Bertrandy de la famille des comtes, reposent dans cette chapelle. C'est ce qu'il s'agit maintenant d'examiner.

Il n'y a pas lieu d'abord de douter que le tombeau qui est marqué par le chiffre 3 ne renferme ^ le corps de Pons, comte de Toulouse, puisque l'inscription gravée sur le couvercle le porte expressément. Ce Pons ne peut être Rai-mond'PonSy comte de Toulouse, puisque celui-ci fut inhumé "^ dans l'abbaye de Saint-Pons de Thomières qu'il avoit fondée : il faut donc que ce soit Pons, comte de Toulouse, décédé en 1061, lequel étoit fils de Guillaume Taillefer; car nous ne connoissons^ pas d'autre Pons, comte de Toulouse. Quant aux autres trois tombeaux, Catel^ prétend que Pons, fils du comte Guillaume, inhumé dans le quatrième avec son frère, n'est pas différent de Pons, comte de Toulouse, dont nous venons de parler; il ajoute que Pons, comte de cette ville, qui est dans le troisième tombeau, est le prétendu Pons II qu'il dit être

An 1087

Éd. origin.

• Les Bénédictins avaient lu cette inscription de la manière suivante : hJC requiescit willblmus

COMSS TOLOSAB NOMINE TALIAFER ATQUE RAIMUNDUS

BERTRANDi. Mais cette leçon est fautive, & nous avons dû corriger le texte donné ci-dessus sur l'original qui existe encore sur un des murs de Téglise Saint-Sernin de Toulouse. — Voyez au sujet de ces tombeaux des comtes de Toulouse la note Cil du tome IV, sur le chapitre de Saint-Sernin de Toulouse, & tome V,j)reuvcs, inscription?. [E. M.]

' CALCATOS COMITU&I CINERES CONVULSAQUB CLAUSTRA , ET QUAE LONGA DIES TUMULIS VIOLARAT APERTIS, OCTOVIRÛM INSTAURAT PlBTAS, MELIUSQUE REPOiNlT : FOBLICES OFERIS, QUOD VULNBRA VINDICET ABVI , ET rUMCTISPROHIBET, PROHIBBTQUE NOCERE SBPULCRlS.

' La Faille, Annales de ToulousCj t. i, p. 77. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CXL — Voyez tome IV, Ifote VIII, n. 9.

5 Voyez tome IV, liote VIIL n. 39.

^ Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. ito.

An 1037

père de Guillaume Taillefer. Cette conjecture ne satisfait pas la Faille % qui avoue quau comte PonSy fils de Guillaume Taillefer^ p^^h '' ^^^ difficile de marquer déterminément quels sont les autres dont les corps reposent dans ces tombeaux ^ 6» qu après s* être fort tourmenté pour trouver V éclaircissement de ce que Catel 6» Bouche ont. écrit sur ce sujet, il y a rencontré tant de difficultés qu 'il na pu les surmonter. En effet nous faisons voir ailleurs* que Pons II, que Catel met parmi les comtes de Toulouse, n a jamais existé.

Pour découvrir donc qui sont ce Pons & son frère inhumés dans le quatrième tombeau, il faut remarquer : i^ que si ce Pons eût été véritablement comte de Toulouse, on lui auroit donné cette qualité dans l'inscription, comme on la donnée dans les autres à Guillaume Taillefer & à l'autre Ponsj 2° que dans ces inscriptions on joint toujours au nom du comte Guillaume, père du comte Pons, le surnom de Taillefer 5 si donc Pons 8c son frère qui sont ensemble dans le quatrième tombeau eussent été fils de ce Guillaume, on auroit dit : Hicjacet Pontius filius Guillelmi Taillajèr, au lieu qu'on met simplement jfZii/i Guillelmi comitis Tolosae ^ Z^ il paroît certain, par l'inscription qu'on lisoit autrefois sur le mur de face de la chapelle 6c qui est rapportée par Catel, qu'il n'y avoit dans ces tombeaux que deux comtes de Toulouse d'inhumés, savoir: Guillaume Taillefer 8c Pons; ce sont en effet les seuls qui dans les autres inscriptions sont qualifiés comtes : or il y a certainement un Pons, comte de Toulouse, inhumé dans le troisième; ainsi Pons qui est dans le quatrième n'a pas été comte de cette ville; 4^ enfin, le quatrième tombeau n'ayant par le bas uï,p??75'. q^^ quatre pieds deux pouces, ne peut renfermer ijue les corps de deux jeunes princes au-dessous de l'âge viril, tous les autres tombeaux ayant d'ailleurs cinq pieds Se cinq pouces de longueur. De toutes ces remarques, il résulte que Pons 6» son frère, fils de Guillaume, comte de Toulouse , renfermés dans le quatrième tombeau, n'ont été ni comtes de cette ville, ni fils de Guillaume Taillefer, mais de Guillaume IV, fils de Pons. Aussi avons-nous des preuves certaines que le même Guillaume IV eut^ du moins un fils appelé Pons, 8c comme il ne laissa qu'une fille lorsqu'il mourut vers l'an 1094, il feiut que ses fils soient décédés avant lui 6c dans un âge peu avancé. Il ne reste donc plus aucune difficulté touchant les deux frères qui sont inhumés dans le quatrième tombeau.

Des autres deux tombeaux, l'un doit être celui de Guillaume III, dit Taillefer, comte de Toulouse, suivant l'inscription qu'on lisoit autrefois sur le mur de face de la chapelle 6c celle qu'on voit encore sur la muraille du dehors à l'endroit marqué par la lettre A, 8c c'est infeilliblement celui qui est soutenu sur trois colonnes 8c marqué par le chiffre i comme le plus orné. Enfin celui qui est marqué par le chiffre 2 doit être celui de Raimond-Bertrand de la maison des comtes de Toulouse, dont il est parlé dans la même inscription de Guillaume Taillefer. Ce Raimond-Bertrand, qui étoit, à ce qu'il

* hà Yd\\\t^ Annales de Toulouse, X, i, p. 77. 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-

■ VoyejB tome IV, Note VIII, n. 39. méros CCLXXIV, CLXXVIII.

An idSy

paroît, petît-fils de ce dernier par Bertrand, son fils puîné', 8c dont nous parlerons ailleurs, étoit déjà mort en io5o.

On voit par ce que nous venons de dire que ces quatre tombeaux furent élevés dans Téglise de Saint-Sernin avant la fin du onzième siècle. Et en effet Guillaume IV transféra vers Tan logS, avec la permission du pape^ Urbain II, la sépulture de sa famille dans le cimetière de la Daurade : nouvelle preuve que les deux fils de ce comte inhumés dans le quatrième tombeau moururent jeunes 8c avant lui. Au reste, il y a lieu de croire que la chapelle où sont aujourd'hui ces tombeaux ne fut pas d'abord destinée pour les renfermer tous; que les deux fils de Guillaume IV y furent d'abord inhumés vers Tan logo 8c que plusieurs années après on y transféra les trois autres tombeaux. Voici ce qui nous le persuade :

Il est certain que l'église de Saint-Sernin de Toulouse fut rebâtie vers la fin du onzième siècle 8c que le nouveau bâtiment étant déjà fort avancé en 1096, le pape Urbain II la dédia alors solennellement.. Il s'ensuit de là que Guillaume Taillefer, le comte Pons, son fils, 8c Raimond-Bertrand yavoient été déjà inhumés avant la construction du réduit ou chapelle où l'on voit aujourd'hui leurs tombeaux. Or, comme le bâtrment de l'église devoit être avancé vers l'an 1090 dans le temps du décès des deux fils de Guillaume IV, il paroit assez probable que ceux-ci ayant été placés dans ce réduit, situé à l'extrémité du bras droit de la croisée de l'église, cela aura donné lieu d'y transférer dans la suite les trois autres tombeaux, qui étoient ou dispersés auparavant dans le cimetière, ou placés près du mur extérieur de l'ancienne église : car on a remarqué ailleurs que l'usage s'y est toujours conservé de n'enterrer personne dans son enceinte. On doit cependant observer que les deux tombeaux de Guillaume Taillefer 8c de Raimond-Bertrand durent être placés d'abord dans un même endroit, puisqu'il n'y a qu'une seule inscription pour tous les deux.

Les armes de Toulouse, qu'on voit gravées sur les chapiteaux des colonnes qui soutiennent le tombeau de Guillaume Taillefer , confirment ce que nous venons de dire 5 car tous les critiques conviennent que l'usage des armoiries étoit inconnu en France avant la première croisade. Nous inférons de là que ces colonnes furent élevées dans le temps qu'on rassembla ces quatre tombeaux dans le même endroit, longtemps après l'entière construction de l'église , car le bâtiment n'étoit pas encore^ fini en 11 19, lorsque le pape Callixte II y consacra un autel ; ainsi la peinture à fresque qui est sur la muraille doit être postérieure.

Les quatre comtes de Toulouse, qu'on y a voulu représenter au-dessous des quatre saints, sont Guillaume Taillefer aux pieds de S. Saturnin 8c Pons, son fils, aux pieds de S. Jacques, que ce comte avoit choisi peut-être pour un de ses patrons, à cause que suivant la dévotion qui étoit alors en usage, même éd. origiR. parmi les plus grands princes, il avoit entrepris'* un pèlerinage au tombeau

• Voyez tome IV, ffote XIV, n. 20. ' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 177.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCVII. ^ Ibid. p. 1 1 1 .

t. II, p. 176.

An io37

de ce saint apôtre à Composte! le en Galice. Les deux autres comtes dont ou voyoit l'image aux deux côtés de la chapelle, étoient vraisemblablement l'un Guillaume IV, aux pieds de S. Exupère, l'un des plus célèbres évêques de Toulouse, dont on conserve les reliques dans l'église de Saint-Sernin, & l'autre Raimond de Saint-Gilles auprès de ce saint, son patron.

On peut ajouter enfin, pour prouver que ces quatre tombeaux ont été rassemblés dans un même endroit longtemps après Tan 1090 : i^ qu'on ne voit les armes de Toulouse gravées sur aucun, ce qui prouve que les colonnes sur lesquelles ils sont élevés sont postérieures; 2® que la pierre où est l'inscription qui servoit aux tombeaux de Guillaume Taillefer & de Raimond-Bertrand a été déplacée, puisqu'elle est employée aux bâtimens de l'église j 3^ qu'il y a deux tombeaux l'un sur l'autre ' •

' Du temps de Catel, la chapelle qui renferme les tombeaux des comtes de Toulouse avait une entrée formée d'un arc en plein cintre, soutenu par quatre colonnes. Les capitouls en place en 1648, MM. Pierre Auriol, seigneur de Recebedou ; Jean- François de Ramondy, bourgeois ; Georges d^Olire, avocat, sieur de Bruyères; Jean de Parrin, avocat & bourgeois; Jacques de Cassagneau, avocat, sieur de Pinemont, Léonard de Brivasac, Bernard de Tîssendier, avocat, & Antoine de Fermât, firent démolir ce portail, b&ti à la fin du onzième siècle, & élever un mur de face surmonté d'un fronton. Ils conservèrent la disposition intérieure de la chapelle avec les anciennes peintures dont les Bénédictins donnent la description. Cette chapelle avait été remplie, à la fin du dix>huitième siècle, de -débris & d'immondices; elle fut nettoyée & réparée en 1808. (Mém.Je V Académie des Sciences, Ins^ criptions & Belles-lettres de Toulouse, t. i, p. 89.) En 1837, la Société archéologique du midi de la France demanda, mais inutilement, que la façade de cette chapelle fut reconstruite dans le style de la basilique, à laquelle elle est adossée. Elle doit être comprise dans les travaux de restauration que Ton fait subir à cette église.

Le tombeau qui s'élève au fond de la chapelle 8c qui est supporté par de petites colonnes n'a pas été primitivement destiné à renfermer les cendres d'un prince de la maison de Toulouse; il est bien plus ancien. C'est un de ces monuments funéraires sculptés pendant les premiers temps du christianisme 8c sur lesquels on représentait des traits de l'Histoire sainte , des allégories. Ce tombeau est composé de deux parties distinctes : le sépulcre 8c le couvercle. Le sépulcre est orné sur le devant d'un bas-relief continu qui représente neuf personnages vêtus à la romaine 8c tenant un volumen; chacun d'eux est placé dans une niche formée de petites colonnes à cannelures torses qui supportent un arc angulaire formé par la rencontre de deux

lignes droites ; le style du dessin appartient bien à l'époque du Bas-Empire 8c rappelle celui des toxnbeaux chrétiens que Ton voit à Narbonne, à Béziers, à Carcassonne, à Rodez 8c au musée de Toulouse. Les faces latérales sont aussi garnies de basreliefs. Du côté gauche est un bas-relief qui représente un temple dont le fronton triangulaire est supporté par deux colonnes, une croix est sculptée dans le tympan. Ce temple est posé sur un massif de maçonnerie qui est formé de douze pierres ; à droite est un personnage vêtu à la romaine 8c tenant un volumen; de l'autre est un personnage vêtu de même, les mains croisées, 8c qui regarde avec attention le fronton du temple. Sur la face latérale droite est un médaillon dans lequel est représenté en buste un personnage vêtu comme les précédents 8c ayant de la barbe, il tient un volumen dans sa main droite, la seule apparente. Ce médaillon est soutenu par deux figures audessus desquelles s'entr*ouvrent des draperies.

Le couvercle est en partie brisé, le bas-relief qui en décore la grande face est divisé en trois compartiments par de petits pilastres cannelés 8c surmontés de chapiteaux d'ordre composite. Celui du milieu renferme cinq personnages vêtus à la romaine 8c tenant un volumen; les panneaux de droite & de gauche n'en ont que quatre.

C'est encore un tombeau antique que celui qui est placé à la droite de la chapelle (n. 2) 8c dont les Bénédictins ont dit qu'il n'avait point d'inscription 8c qu'on y voyait seulement une espèce de chiffre. Ce chifire est le monogramme du Christ, cantonné des lettres alpha 8c oméga, 8c que l'on trouve sculpté sur les plus anciens tombeaux chrétiens du quatrième au sixième siècle. En plaçant les corps des comtes de Toulouse dans des tombeaux antiques on a imité ce qui a été fait pour beaucoup d'autres. C'est ainsi que les reliques de saint Andéol ont été placées dans le tombeau deTib. Julius Valérianus, 8c que Charlemagne a été enseveli

An 1037

Pour revenir à Guillaume III, comte de Toulouse, qui a donné lieu à cette digression, nous ne saurions donner ici une idée bien juste de ses mœurs Se de son caractère par le défaut de raonumens : tout ce qu'on peut conjecturer, c'est que le surnom de Taillefer qu'on lui donna, marque qu'il avoit du courage & de la valeur. Il paroît en effet qu'il fut attentif à réprimer les vexations de ses vassaux, par la conduite qu'il tint à l'égard de Donat de Caraman. Il donna' à l'église de Saint-Sernin de Toulouse celle de Saint-George, au territoire de Villelongue, Se l'on a encore de lui quelques autres donations faites aux églises de Provence; mais on sait d'ailleurs qu'il faisoit peu de scrupule d'usurper les biens ecclésiastiques Se d'exercer un commerce simoniaque. On a vu qu'il envahit l'abbaye de Beaulieu dans le bas Limousin Se qu'il vendit à prix d'argent l'évêché de Cahors. On voit aussi par le contrat de mariage de Pons, son fils, avec Majore, que celui-ci possédoit Vévêché d'Albi Se une partie decelui de Nimes comme des fiefs de son domaine. Enfin nous apprenons* d'un ancien monument que Guillaume Taillefer vendit, pour trente mille sols le droit davouerie ou de patronat sur l'abbaye de Moissac en Querci , elont les comtes de Toulouse, ses prédécesseurs, avoient joui depuis le règne de Charlemagne y à un seigneur nommé Gauzbert qui prit depuis le titre d'abbé laïque ou séculier de ce monastère.

On pourroit croire que Guillaume Taillefer est le même que le comte Guillaume, à qui ^ le pape Jean XIX écrivit pour l'engager à porter Bernard- Odon vicomte de Gascogne, c'est-à-dire de Lomagne, son vassal, à restituer à l'abbaye de Moissac les églises de Riols Se de Flamarens qu'il détenoit injustement si nous ne trouvions en même temps des comtes de Fezensac Se d'Astarac du nom de Guillaume j ainsi la lettre de ce pape regarde plus vraisemblablement quelqu'un de ceux-ci.

On a déjà remarqué que Guillaume Taillefer fut marié deux fois ^ Se qu'il eut de sa première femme Arsinde d'Anjou deux fils, Raimond Se Henri, qui moururent avant lui sans postérité, Se deux filles , Constance ^ qui épousa Robert, roi de France, Se Ermengarde<^, femme de Robert I, comte d'Auvergne. Il eut deux fils d'Emme de Provence qu'il épousa en secondes noces vers l'an 990, savoir : Pons qui lui succéda dans le comté de Toulouse Se ses anciens domaines. Se Bertrand qui eut en partage une portion de la Provence, ainsi que nous le verrons ailleurs. Guillaume Taillefer eut une autre fille du premier ou du second lit, qui épousa Aton-Raimond, seigneur de l'Ile-Jourdain, dans

dans un sarcophage appartenant à l'époque romaine. [E. M.J

■ Catel , Histoire des comtes de Toulouse, p. lyS.

• Voyez lomeV, Chartes & Diplômes, n. CCXXII.

Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc,

p. 82 & 109. — Baluze, Hist. Tutel. p. 5i.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro CLXVI.

^ Ce fait n'est rien moins que certain. Arsinde, la première femme de Guillaume Taillefer, n'est ci-

tée que par un recueil de miracles. Dans tous les cas, nous avons vu qu'elle ne pouvait appartenir à la maison d'Anjou. Voyez tome IV, Note XXIX.

* Constance était fille de Guillaume I, comte d'Arles, & non de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse. [E. M.]

* Baluze, Histoire généaL de la maison d'Auver» gne, t. I , p. 39 & suiv.— Voyez tome IV, Note VIII, n. 14 & 29.

An io37 ^^

le diocèse de Toulouse, & non en Biscaye, comme Ta cru un moderne*. On ignore le nom de cette fille de Guillaume Taillefer, Se ce n'est que par conjecture qu'un généalogiste* lui donne celui d'Emme, ce qui prouveroit quelle étoitdu second lit. D'autres veulent^ que ce prince ait épousé Sancia, fille de Ramire, roi d'Aragon, sur l'autorité de quelques historiens espagnols récens, qui n'apportent aucune preuve de ce mariage 5 & en effet, Ramire étoit à peine marié dans le temps de la mort de Guillaume Taillefer.

* La Faille, Annales de Toulouse, t. i , p. 76. ' Catcl, Histoire des comtes de Toulouse, p. io3

• Le P. Ange, Histoire généalogique des pairs de & suir, — Labbe, Tabl. génial, p. j^^^, France, t. 2, p. 683 & 703.

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