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torîté que le comte du palais. C'est ainsi que les comtes de Champagne parvin- Éd- origîn. rent à la dignité de comtes palatins dans le royaume de France, dignité qu'ils rendirent héréditaire dans leur maison.
Nous ne doutons pas que les comtes de Toulouse ne soient parvenus, de leur côté, à la charge de comtes palatins du royaume d'Aquitaine. Outre qu'ils étoient des plus distingués entre tous les grands vassaux de ce royaume, on voit d'ailleurs ' que les rois d'Aquitaine de la race de Charlemagne, qui avoient leur palais à Toulouse, eurent leurs comtes du palais, & que S. Guillaume, comte de cette ville, est qualifié comte palatin^ ^ tant par l'auteur de sa Vie que dans l'ancien martyrologe de l'abbaye de Gellone qu'il fonda. Les comtes de Toulouse, ses successeurs, lui auront donc succédé aussi dans cette dignité, dont ils auront exercé d'abord les fonctions dans les palais des rois d'Aquitaine qui avoient choisi cette ville pour leur capitale ; ils auront rendu ainsi cette dignité héréditaire dans leur maison 8c elle aura été attachée à celle de comte de Toulouse. Que si on ne trouve aucun de ces comtes qui se soit qualifié comte palatin depuis S. Guillaume jusques à Pons & à ses successeurs, c'est sans doute parce qu'ils prirent le titre de duc, supérieur à celui de comte. Aussi voyons-nous que Guillaume IV, qui reprit la qualité de duc que Pons, son père & Guillaume III, son aïeul, paroissent avoir discontinué de se donner, l'ayant transmise à ses successeurs, ceux-ci se qualifièrent plus rarement comtes palatins.
IV. — Mariage de Pons, comte de Toulouse^ avec Almodis de la Marche.
Il parok ou que Majore mourut peu de temps après son mariage avec Pons, comte de Toulouse , ou que ce prince la répudia , puisqu'il se remaria avec Almodis entre ^ Tan 1040 & l'an 1046. Cette dernière étoit fille'* de Bernard, comte de la Marche, en Limousin, & d'Amélie son épouse. Le comte Audebert, son frère, l'avoit donnée d'abord en mariage à Hugues le Pieux, seigneur de Lusignan. Celui-ci en eut un fils de son nom, la répudia bientôt après pour cause de parenté & la renvoya au comte de la Marche, son frère. Quelques historiens prétendent qu'Almodis, avant son mariage avec le comte de Toulouse, avoit aussi épousé Guillaume, comte d'Arles; mais ils se trompent^ certainement. Elle avoit deux sœurs, dont l'une nommée Rangarde épousa Pierre-Raimond , comte en partie de Carcassonne & vicomte de Béziers & d'Agdej l'autre appelée Luce se maria avec Artaud, comte de Pailhas, dans la Marche d'Espagne. Il est vraisemblable que Pons assigna pour le douaire d'Almodis, sa nouvelle épouse, les mêmes domaines qu'il avoit constitués pour celui de Majore, entre autres l'évêché d'Albi.
■Du Gange, Dissertation xiv sur l'histoire de ^ Chronicon Mallcae, Labbe , Bibliotheca nova
suint Louis» manusc, t. 2, p. 210. — Guillaume de Tyr, His^
^ Acta Sanctorum ordinis sancti Benedictiy 5Rec, ^, toria belli sacri, 1. 10, c. 19. — Marca Hispanica,
part. I, p. 76. p. 448 & seq.
' Voyez tome IV, Note XXXII. * Voyez tome IV, Uote XXXÏI.
"XTr^JT" 3oo HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.
V. — Bernard-AtOTiy vicomte d'Alhi &» de Nimes, &» Vévêque Frotaire^ son
frère, vendent Vévêché d'Albî.
Nous apprenons le droit que Pons avoît sur cet évêché d'une convention ^ que Bernard, vicomte d'Albi, & Frotaire son frère, évêque de Nîmes, firent vers Tan 1040 avep un seigneur nommé Bernard-Aimard & Guillaume, son fils. Par cet acte les deux premiers promettent de donner ou plutôt de vendre au dernier Tévêché d'Albi, après la mort de Tévêque Amélius, pour le posséder pendant sa vie, soït qu'il se fit sacrer ou qu'il fit sacrer un autre en sa place y à condition que le même Guillaume recevroit cet évêché en engagement pour la moitié du domaine qui en dépendoit, à la réserve des ordinations, des messes, des pénitences, & de quelques oblations, redevances Jk fiefs, que ceux qui les possédoient dévoient tenir de lui. Le vicomte Bernard Se Tévêque Frotaire, son frère, firent cet engagement en faveur de Guillaume pour le prix de cinq mille sols, & d'une pareille somme pour le comte Pons, payables en différens termes après son sacre. On ajouta qu'en cas que ce futur évêque vînt à décéder auparavant, ses droits seroient réservés à Pierre, son frère.
Cet acte, quoique défectueux & obscur en quelques endroits, est une preuve bien manifeste de l'usage simoniaque où l'on étoit alors de regarder les évêchés comme des fiefs & de les donner au plus offrant & dernier enchérisseur. Il nous apprend aussi que quoique Pons eût assigné Tévêché d'Albi en entier pour le douaire de Majore son épouse, le vicomte de cette ville partageoit cependant avec lui le droit & les émolumens de l'élection. Cet accord scandaleux eut son exécution, & Guillaume succéda en effet dans le siège épiscopal d'Albi à Amélius qui vivoit encore en 1040, mais qui mourut peu de temps après, tfn.p^^isr. C'est ce qui paroît par une nouvelle convention^ que Frotaire, évêque de Nimès, fit avec le même Guillaume, qui étant parvenu à l'évêché d'Albi, promit à l'autre de ne pas le déposséder des biens de l'évêché qu'il avoit pris de lui en engagement, & d'observer la pai^ 6» la trêve du Seigneur de la même manière que Vévêque Amélius Vavoit gardée. Il est fait mention dans cet acte d'un serment réciproque que Frotaire & Guillaume avoient fait touchant l'évêché d'Albi & les abbayes du diocèse. Le premier avoit donc aussi soumis ces dernières à sa domination.
VI. — Rétablissement de la vie commune dans Véglise de Saint-Salvi.
Frotaire, évêque de Nimes, exerça en effet son autorité sur celle de Saint- Salvi d'Albi, ce qui paroît entre autres par l'acte de vente ^ qu'il fit avec le proconsul ou vicomte Bernard, son frère, & Guillaume, évêque d'Albi, déshonneur (c'est-à-dire des biens), de la prévôté Se de divers autres domaines de cette
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CLXXXI. ^ GaUia Christianaj nor. edit. t. i, instrum*
' Ibid, n. CXCI. p. 5.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIW 3oi
église <lont ils s etoient emparés, aux chanoines qui la desservoient, pour en jouir en commun. Cet acte nous apprend que les chanoines de Saint-Salvi possédoient chacun en particulier les biens de leurs prébendes, soit par obédience, soit en fief ou en commende ; que leur nombre étoit fixé à vingt; que pas un n'étoit admis parmi eux sans donner quelques biens meubles ou immeubles, & qu enfin Tévêque Frotaire, le vicomte son frère & Guillaume, évêqued'Albi, rétablirent alors parmi eux la vie canoniale, ou du moins la possession commune de leurs biens.
On voit aussi par là que Frotaire, évêque de Nimes, & Bernard, vicomte de cette ville 8c d'Albi , son frère, jouissoient en commun des domaines de leur famille. C'est ce qui paroît ' encore par Tachât qu'ils firent, pour le prix de trois cents sols, du château de Montaigut situé dans le diocèse d'Âlbi, k une lieue ou environ du Tarn & à la droite de cette rivière. Pons, comte de Toulouse, en qualité de comte d'Albigeois & de seigneur dominant du pays, consentit à cette acquisition & promit au vicomte de l'en laisser paisible possesseur. Il se dit fils d'Emme dans l'acte. Scie vicomte Bernard JîZ/ de Gerberge.
VIL — Vicomtes de Lautrec, — Origine de Vabbaye de Vielmur en Albigeois.
On a déjà remarqué ailleurs que le diocèse d'Albi étoit alors partagé en deux vicomtes, savoir d'Albi ou d'Ambialet 8c de Lautrec. La première, possédée par ces deux frères, s'étendoit dans la partie septentrionale du pays à la droite du Tarn j l'autre, située à la gauche de cette rivière vers le midi, appartenoit alors à deux vicomtes, Isarn 8c Frotard, que nous conjecturons être frères 8c qui soumirent l'abbaye de Vielmur, fondée par leurs ancêtres , avec toutes ses dépendances, à l'église de Notre-Dame du Puy. L'acte est daté* en général du règne du roi Henri, 8c souscrit après les vicomtes Isarn 8c Frotard par la vicomtesse Guisle, qui étoit sans doute la femme du premier, par Amélius^ évêque d'Albi, 8c Guisle, abbesse de Vielmur. Cette dernière étoit sans doute de la maison de ces vicomtes 8c fille d'Isarn 8c de Guisle, car outre qu'elle portoit le nom de cette vicomtesse, nous voyons que les seigneurs 3, qui dans ces siècles fondèrent des abbayes de filles, s'y réservèrent la nomination des abbesses, qu'ils prenoient dans leur maison : or, parmi les abbesses de Vielmur, la plupart ^ furent prises anciennement de la maison de Lautrec, C'est là le plus ancien monument qui nous reste de ce monastère qui subsiste encore sous la règle de Saint-Benoît. Il est situé dans le diocèse de Castres, à deux lieues de cette ville vers le couchant 8c à la droite de la rivière d'Agoût, qui sépare l'Albigeois du diocèse de Lavaur ou du Toulousain.
Il paroît qu'Isarn, vicomte de Lautrec, dont nous venons de parler, étoit fils
'Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CLXXXIV. méros CXIV, CLVII.
' IAi<{. n. CLXXXII. — Mabillon, adann. io38, ^ G allia Christiana, nov. edit. t. i, p. 182 &
An 1040
"TTIT^T" 3^f HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.
du vicomte Sicardqui vivoit vers la fin du dixième siècle, 8c que Frotard, son frère ou son fils, est le même que Tévêque d'Albi de ce nom qui siégeoit vers Tan 1060. Isarn fut vraisemblablement père ies vicomtes Sicard * 6» Frotard, qui en loyS souscrivirent à Tacte de réformation de l'église d'Albi 5 car i^ ceux-ci étoient vicomtes dans le pays d'Albigeois & par conséquent de Lautrec } 2^ on vient de voir que le père d'Isarn s'appeloit Sicard : or, suivant l'usage du siècle, le nom de l'aïeul passoit ordinairement au petit-fils.