‹ Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives (volume 3)Chapitre 161 sur 234 · XXX. — Dédicace de V église de Maguelonne · texte numérisé non relu

XXX. — Dédicace de V église de Maguelonne

Arnaud, évêque de Maguelonne, après avoir fait entièrement réparer sa cathédrale, résolut^ de la dédier. Pour rendre plus solennelle cette cérémonie qui se fit'^au commencement de l'an 1064, ^1 7 invita un grand nombre d'é- ^n i ©54 vêques des provinces voisines. Les archevêques Gui fred de Narbonne, Léger de Vienne, Raimbaud d'Arles, Gineminarius d'Embrun Se Austinde d'Auch s'y trouvèrent avec dix évêques, savoir : Frotaire de Nimes, Bernard de Béziers, Gonthier d'Agde, Rostaing de Lodève, Hugues d'Uzès, Alphonse ou Eléfant d'Apt, Gislebert de Barcelone, Arnaud d'Elne, Pierre ou plutôt Wifred de Carcassonne. Se Arnaud de Maguelonne. Ce dernier travailla ensuite à réformer son clergé Se à régler les mœurs de ses ecclésiastiques, dont la plupart avoient ou des femmes ou des concubines. Il commença par son chapitre, composé de douze chanoines 8c de douze prébendiers, qu'il voulut engager à vivre en communauté Se à suivre la règle de Saint-Augustin. Il leur assigna pour cela certains revenus, entre autres l'étang de Maguelonne qu'il acheta de la comtesse de Melgueil Se sur lequel il se réserva la dîme Se le domaine j mais il trouva tant d'obstacles à l'exécution de ce dessein, qu'il mourut sans l'avoir accompli. Se ce ne fut que sous le pontificat d'Urbain IP Se l'épiscopat de Godefroi que la régularité fut entièrement établie dans l'église de Maguelonne, où elle a subsisté jusque vers le milieu du seizième siècle. L'évêque Arnaud entreprit par dévotion quelque temps après le voyage de la Terre-Sainte Se du Saint-Sépulcre de Jérusalem, Se mourut vers l'an 1060, à son retour dans son diocèse, après trente ans d'épiscopat. Un moderne^ ajoute qu'il savoit plu-

' Marea Hispanica, p. 644. * Arnaud de Vcrdale, de Episc, Magalon. p. 799

" Voyez tome IV, Note XXVII. & seq.

^ Arnaud de ^'erdale, aj Lprc-, Magalon. p. 756. '• Gariel, Séries praesuîum Magalonensium, 2* éd.

^ Voyez tome IV, Note XXX. p. 1 13.

An 1054

sieurs langues & surtout Tarabe , mais cet auteur n'en apporte aucune preuve.

XXXI. — Comtes de Siihstantîon ou de Melgueil. — Seigneurs de Montpellier^

de Lunely d^Andu-^e 6* de Sauve.

La comtesse de Melgueil ou de Substantion, de qui ce prélat acheta Tétang de Maguelonne, s'appeloit Adèl^ , comme on voit parla donation * qu'elle fit vers Tan io55, avec Raimond son fils & Béatrix sa bru, femme de ce dernier, d'une partie du même étang en faveur du chapitre de Maguelonne. Adèle étoit alors veuve* de Bernard III, comte de Substantion ou de Mauguio, qui possédoit ce comté en lOiS 8c qui vécut jusque vers l'an 1040. II y a lieu de croire qu'il lui avoit laissé par son testament l'administration de son domaine pendant tout son veuvage.

La comtesse Adèle excepta de cette donation les fiefs des fils de Gaucelin. Elle entend parler de Raimond 8c Pierre, seigneurs de Lunel, au diocèse de Maguelonne, qui avoient succédé à Gaucelin leur père 8c qui étoient mariés dès l'an io54, comme il paroît par la restitution de certains biens qu'ils firent^ alors à l'abbaye de Psalmodi. Pierre, fils d'Almérade d'Andu-^e^^^cirl^ du dernier dans une autre restitution qu'il fit, vers l'an 1060, à l'abbaye de Gellone ou de Saint-Guillem du Désert, d'un alleu que Guillaume de Montpellier, Pierre, fils de Gaucelin de Lunel, 8c un troisième seigneur, tenoient en fief, t. II, p^-'lgi. Ce Guillaume fut le troisième seigneur de Montpellier de son nom, 8c le premier que nous trouvons avoir pris le surnom de Montpellier. Il étoit fils^ de Guillaume II, qui vivoit encore en io25 8c de Béliarde. Il reçut^ en 1069 le serment de fidélité des seigneurs du Pouget 8c de Saint-Pons.

Nous apprenons de divers autres monumens l'état où étoit alors la maison d'Anduze 8c l'étendue de son domaine. Almérade dont on vient de parler disposa en 1062, par un acte^ qu'on peut regarder comme son testament, de ce qu'il possédoit aux châteaux d'Anduze, de Peiremales 8c de Barre, en faveur de Pierre, son fils, qu'il établit en même temps défenseur du monastère de Saint- Pierre de Sauve dans le comté de Nimes. Il lui donna l'église de Saint-Pierre de Portes dans le comté d'U-^^ès, dont il avoit hérité de ses parens. Pierre confirma cette donation d'Almérade, son père, en faveur de Pierre, abbé du monastère de Gellone, duquel celui de Sauve dépendoit; il donna® de plus au premier la part qu'il avoit à l'église de Merueys, dans le comté de Nimes,

Bermond de Sauve, frère d'Almérade d'Anduze, mourut vers l'an 1064 à Rome, où il avoit fait un voyage de dévotion. Il chargea en mourant^ sa

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCVI. * Voyez tome IV, Note XXXVII, n. 2.

■ Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 3. « Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCIX.

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- ^ IhiJ. n. CXCVIII.

méro CCIII, la i* charte citée sous ce numéro. * Ibid. n. CCXV, la 4' charte citée sous ce nu«

^ Ibid, numéro CCXV, la z^ charte citée sous ce méro.

numéro. ' IbiJ. n.CCIII, 2** charte citée sous ce numéro.

femme Austorge qui lavoit accompagné, de donner conjointement avec leur fils Pierre, au monastère de Sauve, la portion qu'il avoit de l'église & du village de Portes, dans le comté 6* Vévéché d^U-^ès. Pierre de Sauve exécuta la même année la volonté de son père, de l'avis d'Austorge, sa mère, 6* de ses vassaux nobles dont les noms sont rapportés dans l'acte. On voit par ces divers monumens qu'Almérade, fils aîné de Bernard, seigneur d'Anduze, prit son surnom de ce château, & que Bermond, son frère puîné d'un second lit, prit celui de Sauve, château dont ils possédèrent chacun la moitié, de même que de ceux de Barre dans les Cévennes & de Peiremales dans le diocèse d'Uzès. Quant au lieu de Portes qu'ils donnèrent au monastère de Sauve, c'est une ancienne baronnie du diocèse d'Uzès qui a aujourd'hui titre de marquisat.

Pierre d'Anduze, fils aîné d'Almérade, vécut jusques en 1077 ' & mourut à ce qu'il paroît sans postérité. Pierre & Bernard de Sauve, ses cousins, partagèrent en effet sa succession. Comme ces deux seigneurs ajoutèrent à leur nom celui de Bermond, leur père, suivant l'usage du siècle, ce nom leur servit de surnom & passa à leur postérité. Pierre-Bermond forma la branche de Sauve & posséda outre ce château une partie de celui de Merueys, ancienne baronnie située autrefois dans le diocèse de Nimes & aujourd'hui dans celui d'AIais. Bernard- Bermond fit la branche d'Anduze & fut seigneur de cette ville, de même que des châteaux de Barre, de Peiremales, de Portes & d'une partie de Merueys dont il fit hommage à Pierre, son frère aîné.

XXXn. — Neuvième concile de Narbonne,

Plusieurs d'entre les évêques qui avoient assisté à la dédicace de l'église de Maguelonne se trouvèrent*, le 26 du mois d'août de la même année, à un concile que Guifred, archevêque de Narbonne, convoqua dans cette ville & qui en fut le neuvième. Outre ce prélat, les évêques Bernard de Béziers, Gonthier d'Agde, Rostaing de Lodève, Arnaud de Maguelonne, Frotaire de Nimes, Béranger de Girone, Gislabert de Barcelone & Guillaume d'Albi s'y rendirent en personne. Guillaume d'Urgel & Hugues d'Uzès y envoyèrent des députés. Pierre-Raimond, comte en partie de Carcassonne & vicomte de Béziers & d'Agde, eut beaucoup de part à la convocation de ce concile & s'y trouva avec Béranger, vicomte de Narbonne, divers abbés & un grand nombre de clercs, de nobles 6c autres personnes notables du pays.

Le principal objet de cette assemblée fut de confirmer la paix & la trêve de Dieu y & de réparer les infractions qui y avoient été faites depuis leur établissement. Ces infractions avoient été causées sans doute, pour la plus grande partie, par les différends qui régnoient entre l'archevêque 8c le vicomte de Narbonne, lesquels se réconcilièrent alors, à ce qu'il paroît, par la médiation des évêques du concile. Nous savons en effet d'ailleurs, « que ia guerre s'étant

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- ' Conciles, t. 9, p. 1072 & suiv. — Marca» Con-

méro CCLXXI. eordia sacerdotii & imperii, nov. edit. p. 482 & seq.

An 1054

XtiioSi 2 M HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.

« renouvelée entre ce prélat & le vicomte *, ils en vinrent à un accommodement « par l'entremise de plusieurs évêques, qui leur firent promettre d obser\'er « fidèlement la trêve de Dieu 8c de punir sévèrement les infracteurs, & qu'ils t. ii^p^fg"". « convinrent en même temps de partager les amendes qui proviendroient de ces « infractions. Le vicomte céda alors sa moitié au profit de 1 église de Narbonne\)) Le neuvième concile de cette ville dressa vingt-neuf canons^, dont il ordonna l'observation dans les comtés 8c les diocèses de la province, sous peine d'excommunication 8c de quarante sols d'amende en faveur du seigneur du pays où l'infraction seroit faite. On condamna à une double amende ceux qui dans le terme de quarante jours ne répareroient pas le dommage qu'ils auroient causé 8c qui ne feroient pas une entière satisfaction. Les dix premiers canons regardent la trêve de Dieu 8c les autres la paix. Les uns 8c les autres sont à peu près les mêmes que ceux du concile de Tulujes, auxquels on ajouta la défense de couper les oliviers par hostilité 8c d'en enlever les fruits, à cause que l'Église s'en servoit pour la composition du saint chrême 8c pour le luminaire. On accorda, en vertu de la trêve de Dieu, une entière sûreté pour les brebis 8c leurs pasteurs. On défendit aux séculiers d'usurper les revenus synodaux sans le consentement des évêques 8c des clercs , ni de quelque manière que ce fût les prémices, les oblations, le droit de sépulture 8c autres droits purement ecclésiastiques, non plus que les biens des églises. On défendit enfin de piller les marchands 8c les pèlerins. Un célèbre^ historien de nos jours remarque avec raison qu'on joignit dans ces canons les peines temporelles aux spirituelles, parce que les deux puissances y concoururent également^ en sorte que ce fin proprement une assemblée des notables de la province, ainsi que plusieurs autres conciles qui furent tenus avant 8c après. Guifred, archevêque deNarbonne, souscrivit^ le 20 de novembre suivant avec Raimbaud, archevêque d'Arles, 8c quelques évêques de la Marche d'Espagne, au privilège que Ra\raond , prince des Barcelonoisy 8c la comtesse Almodis, sa femme, accordèrent alors aux chanoines de la cathédrale de cette ville.

XXXIII. — Renouvellement de la guerre entre V archevêque &» le vicomte

de Narbonne.

La guerre se ralluma entre Guifred, archevêque, 8c Béranger, vicomte de Narbonne, peu de temps après le concile dont on vient de parler. Le premier, pour se soutenir, chercha à se faire des protecteurs, 8c eut recours entre autres à Pierre-Raimond, comte de Carcassonne 8ç vicomte de Béziers 8c d'Agde, qu'il engagea à prendre ses intérêts moyennant^ une somme considérable qu'il lui compta 8c divers domaines de son église qu'il lui céda en fief 8c qui passèrent

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXI. * Fleury, Histoire ecclésiastique, 1. 60, n. 16.

■ Ibid, * Marca Hispanica, p. ioo3.

» Conci7«, t. 9, p. loyi&suiv. — Marca, Con- «Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes, nu-

cordia sacerdotii & im^erii, nov. edit. p. 482 8t seq. méro CCCXLVI.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV, SiS ~ T

An 1054

aux successeurs de ce comte. Guifred ' gagna d'un autre côté plusieurs gentilshommes qu'il s'attacha en leur donnant plus de dix mille sols de rente sur les biens qu'il étoit convenu avec le vicomte d'abandonner à son chapitre, somme qui montoit^ à celle de deux cents onces d'or. Ce prélat viola ensuite ^ la trêve de Dieu qu'il venoit de faire serment d'observer, 6c ses troupes s'étant mises en campagne attaquèrent celles du vicomte & tuèrent un de ses soldats l'un des jours marqués pour l'observation de la trêve. Béranger se plaignit hautement de cette infraction, mais l'archevêque loin d'en faire justice prit les coupables sous sa protection^. Le comte Pierre-Raimond , allié de ce prélat, enfreignit de son côté la trêve de Dieu vers le même temps, enleva de l'église de Notre-Dame d'Alet deux chevaliers qui n'avoient commis aucun crime & fit pendre l'un d'entre eux qui étoit proche parent du vicomte, comme s'il eût été un scélérat 8c un voleur de grand chemin. Guifred se déclara encore le protecteur de cet attentat, refusa d'écouter là-dessus les plaintes du vicomte Se se moqua des promesses qu'il lui avoit faites solennellement sur le saint autel.

XXXIV. — Mort de Pierre-Raimondy comte en partie de Carcassonne, vicomte

de Bé':^iers &* d'Agde, — Roger Illy son fils, lui succède.

Nous ne trouvons plus rien dans la suite du comte Pierre-Raimond, qui sans doute ne survécut pas longtemps 8c qui mourut certainement avant l'an 1061. Il vendit, au mois de mars de l'an io54, avec^ Rangarde sa femme, Roger leur fils, 8c leurs filles Garsinde, Ermengarde 8c Adélaïde, l'abbaye de Saint- Geniès, située au voisinage de la mer, aux chanoines de la cathédrale de Béziers, pour la somme de six cents sols toulousains 8c autant pour Deusdedit qui la tenoit en fief. Cette abbaye nous est d'ailleurs inconnue.

Roger succéda au comte Pierre-Raimond, son père, dans sa portion du comté e<J- <>"§«". de Carcassonne dont il fut le troisième comte de son nom &c dans les vicomtes de Béziers 8c d'Agde. Quant à Garsinde, Ermengarde 8c Adélaïde, filles du comte Pierre-Raimond, la première épousa Raimond , fils aîné de Béranger, vicomte de Narbonne; la seconde Raimond-Bernard , vicomte d'AIbi 8c de Nimes, 8c la dernière Guillaume, comte de Cerdagne, ainsi que nous le ferons

voir dans la suite.

Comme Roger III étoit fort jeune dans le temps de la mort du comte Pierre- Raimond, son père, il fut d'abord sous la tutelle 8c l'administration de Rangarde, sa mèrej nous en avons diverses preuves, entre autres une^ promesse que le comte Raimond, fils de Béliarde, fit à cette comtesse de l'aider contre tous à conserver les villes 6* les évêchés de Béziers, d'Agde 8c de Carcassonne,

' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- * Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro CCXI. m^ro CCXI.

* Marca H'tspanica, p. 1096. ' Ihid. n. CCIV.

* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXI. * liid. n. CCX.

An io55

An io56

le château de Pézénas, Stc, à condition que de son côté elle lui seroit fidèle pour ces mêmes villes & châteaux.

XXXV. — Mort de Raimond II, comte de Ra-^ès. — Réunion de ce comté

à celui de Carcassonne.

Cette dernière clause est une preuve qu'il y avoit une convention entre le comte Raimond d'un côté & la comtesse Rangarde, ou plutôt son mari & son fils de l'autre, pour se succéder réciproquement au défaut de descendans mâles. Il paroît d'ailleurs que ce Raimond dominoit' sur le Razès, & qu'il descendoit de Raimond I 8c d'Eudes, comtes du même pays : or, comme celui-ci & Roger I, comte de Carcassonne, son frère, avoient fait une semblable convention & que Roger III, comte de Carcassonne, possédoit le comté de Razès avant sa mort, il est fort vraisemblable que ce dernier recueillit en vertu de cet accord la succession du même Raimond II, comte de Razès, qui mourut ainsi sans postérité masculine.

Page 1