XLVI. — Quatrième concile de Toulouse
On vient de voir que sous le pontificat de Nicolas II qui siégea depuis le commencement de l'an loSg jusques au milieu de l'an 1061, on assembla un concile à Toulouse, dans lequel on dressa des canons contre les usurpateurs des biens ecclésiastiques. Ce concile, qui fut tenu vers l'an 1060 Se qui fut le quatrième de cette ville, ne peut donc être le même, comme le croit un moderne % que celui qui y fut assemblé en io56, puisque ce dernier fut tenu sous le pape Victor II. Au reste Hugues, qui y présida au nom 8c en qualité de légat de Nicolas II, ne paroît pas différent du saint abbé de Cluny de ce nom que ce pontife nomma en effet son légat dans une partie des Gaules^ & qui , en cette qualité , présida en 1060 à un autre concile assemblé à Avignon.
XLVII. — Fin de Pons, comte de Toulouse. — Seigneurs de l^ Ile- Jourdain,
comtes de Comminges^ &*c.
Pons, comte de Toulouse, vivoit encore dans le temps de la tenue du quatrième concile de cette ville. C'est ce qui paroît entre autres par un acte"^ daté du règne du roi Philippe j Pons étant comte palatin des Toulousains. Suivant cet acte, quelques chevaliers qui possédoient le domaine d'un lieu où l'on voyoit les ruines de l'église de Saint-Lizier dans le pays de Savès, portion du Toulousain située à la gauche de la Garonne, donnent cette église, dans le dessein de la rétablir, à l'abbaye du Mas-Garnier.
* Voyez tome I, livre VII, n. l\xiv. * P«Tg»> ^^ ann. 1060, n. 40 & seq.
' Mariène, Ampl. ColUct. t. 1, p. .;jj. "* Voyez tomeV, Chartes 8; Diplômes, n.CCXïI.
' An looo
Aton-Raimond & Guillaume-Bernard àe la Ille, ou de rile-Jourdain, dans le diocèse de Toulouse, furent présens à cette donation. On a déjà remarqué ailleurs * que le premier ayoit épousé une sœur de Pons, comte de Toulouse, Se qu'il fut père de Raimond-Aton de qui descendent les seigneurs de Tlle- Jourdain. Celui-ci est sans doute le même^ que Raimond-Aton, lequel donna quelque temps ^ après, avec son fils, à Tabbaye de Lézat & à Bernard, évêque, son abbé, Téglise de Saint-Paul dans le territoire de Bouconne.
Ce dernier acte est souscrit « parle comte Arnaud, Roger, son fils, Bernard, uii,l?to3. « évêque & frère du comte Arnaud, le comte Bernard-Odon, Raimond, comte « de Saint-Gilles, & Durand, évêque de Toulouse. » Les deux comtes Arnaud^ & Bernard-Odon étoient de la même maison, & chacun d'eux possédoit une partie du Comminges, avec diverses terres situées aux environs de labbaye de Liézat. Quant à Bernard, évêque & frère du premier, il étoit abbé de ce monastère & vraisemblablement le même que Tévêque de Conserans de ce nom qui vivoit alors. Ce comte Arnaud, par un autre acte, prit^ Tabbaye de Lézat sous sa protection, en présence de Bernard, évêque, & d'un autre Bernard, évêque, son frère. Comme on trouve dans ce temps-là un Bernard^ évêque de Comminges, c'est sans doute le même que le premier des deux prélats dont on vient de parler. Enfin il est fait mention des mêmes comtes Arnaud & Bernard-Odon dans une donation "^ que Raimond-Aton de Spel ou d'Aspet dans le Comminges, fit vers le même temps à l'abbaye de Lézat 6c à Bernard, évêque, qui en étoit abbé.
Bernard-Odon, comte de Comminges, voulant ^ venger la mort du comte son père, que le comte d'Astarac avoit tué, fit bâtir le château de Benque situé vers les frontières du Toulousain. Il mourut vers l'an loyS & fut inhumé dans le monastère de Peyrissas, situé au voisinage de ce château 8c dépendant de Tabbaye de Lézat. Il laissa cinq fils, Raimond, Bernard, Guillaume, Fortanier 8c Roger. Les quatre premiers prirent la qualité de comtes 8c possédèrent sans doute par indivis la portion du Comminges qui étoit échue à leur père. Bernard, le second, eut deux fils, Raimond & Bernard. Celui-ci recueillit, à ce qu'il paroît, la succession du comte, son père, de ses oncles 8c de tous les autres comtes de Comminges. Il est du moins certain que c'est de lui que descendoient les comtes de ce pays qui vivoient au milieu du douzième siècle. Quant à Roger, cinquième fils du comte Bernard-Odon, il étoit encore jeune lorsque son père l'offrit pour être religieux dans le monastère de Peyrissas, dont il fut ensuite abbé.
Durand, évêque de Toulouse, dont on vient de parler, avoit été élu^
' Oïhenart, Notitia utriusque Vasconiae, p. 535. ' GaUia Christianaj noT. edit. t. i, p. lopS.
' Voyez tome IV, Note XXII, n. 32. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
ï Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- méro CCVIII, la i'^* charte citée sous ce numéro. méro CCXII. • Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
^ Voyez tome IV, Note XXII, n. 32. méro CCLIII. — Voyez tome IV, Note XXII,
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- n, 32 & suiv. méro CCVIII, la i'* charte citée sous ce numéro. ^ GaUia Christiana, nov. edit. t. i . p. 162.
III ii
An 1060
An 1061
en 1069. Il étoît auparavant abbé régulier de Moissac, abbaye qu'il conserva avec Tévêché de Toulouse pendant toute sa vie 8c à laquelle il fit des biens considérables. Il lui fit restituer* entre autres, peu de temps après son élévation à Tépiscopat, différens biens situés aux environs de Bioule en Querci; ce qui fut fait par un acte passé dans le vestibule de Téglise de Saint-Sernin de Toulouse, en présence de PonSj très-excellent comte ^ &• d*Adhémary vicomte de Toulouse, &c. Il est marqué à la fin de cet acte que quelques vassaux de Raimond, vicomte de Caussade en Querci, donnèrent vers le même temps divers domaines à Tabbaye de Moissac.
Il est donc certain que Pons, comte de Toulouse, vivoit encore au commencement du règne du roi Philippe I, & comme nous savons d ailleurs* que son fils Guillaume lui avoit déjà succédé en 1061, nous apprenons par là à peu près Tépoque de sa mort. Ce prince-, qui étoit âgé alors d'environ soixante-dix ans, fut inhumé dans l'église de Saint-Sernin de Toulouse, dans un tombeau de marbre blanc placé aujourd'hui auprès de celui de Guillaume Taillefer, son père, ainsi qu'on l'a dit ailleurs^. L'un des plus grands reproches qu'on puisse faire à ce prince, c'est d'avoir été peu scrupuleux sur le mariage, car on a déjà vu qu'il prit 8c répudia diverses femmes avec une égale facilité 5 mais on doit attribuer cette conduite aux mœurs corrompues de son siècle, où les répudiations étoientfort en usiige parmi les princes 8c sembloient même autorisées. Il paroît du reste que Pons avoit de la religion ; le concile de Toulouse de l'an io56 parle de lui en termes honorables. Un ancien auteur'* angIois,quia ignoré son véritable nom, prétend que ce fut un prince extrêmement vif 8c agissant, qu'il rendit sa patrie recommandable par ses actions 8c qu'il la tira de l'obscurité où la paresse de ses prédécesseurs l'avoit laissée jusques alors. Nous avons parlé ailleurs de l'étendue de son domaine.
XLVIil. — Enfans de Pons, comte de Toulouse. — Guillaume IV, son fils aîné, lui succède dans ce comté. — Raimond de Saint-Gilles, le puîné, épouse f héritière du marquisat de Provence.
Éd. origin. Pons laissa en mourant trois fils 8c une fille d'Almodîs de la Marche, sa deriP-2oi. ^^j^j.g femme. L'aîné, appelé Guillaume, lui succéda dans le comté de Toulouse, dont il fut le quatrième comte de son nom, 8c dans ceux d'Albigeois Ec de Querci. L'ancien auteur ^ que nous venons de citer prétend que ce dernier comté échut en partage à Raimond, second fils de Pons, 8c quelques modernes^ l'ont avancé après lui ; mais il est certain que Raimond ne posséda le Querci qu'après la mort de Guillaume IV, comte de Toulouse, son frère. Il paroît seulement qu'il eut le comté de Saint-Gilles en partage^ ; car outre
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CCXIII. ^ GuiUaume de Malmesbury, 1. 4, c. 2.
' Voyez tome IV, Note XXXII, n. 6. * Ihid.
' Voyez ci-dessus, livre XIII, n. clii, & aussi la ^ Description de la France, part, i, p, 239.
Note placée au bas de la page. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n.CCXXXI.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV. SSç
qu'il en prit le nom, nous verrons bientôt qu'il étendoît son autorité de ce côté-là en io65. Cependant, comme Pons avoit assigné', à ce qu'il paroît, le même comté de Saint-Gilles pour le douaire d'Almodis, sa femme, il est fort vraisemblable que Raimond n'en jouit que depuis la mort de cette princesse; ce qu'on peut appuyer sur le témoignage d'un auteur* du douzième siècle qui assure que ce prince n'eut d'abord aucune part à la succession de son père.
Le troisième fils de Pons, comte de Toulouse, fut nommé Hugues. Il survécut à son père 8c vivoit^ encore en io63. Il n'est plus ensuite tait mention de lui, & il y a lieu de croire qu'il mourut jeune & sans postérité. Quant à la fille de Pons, elle s'appeloit Almodis, comme sa mère, & elle épousa'* quelques années après Pierre, comte de Melgueil ou de Substantion. Plusieurs modernes 5 prétendent que Pons eut deux autres filles, mais ils n'en donnent aucune preuve & il est certain qu'ils se sont trompés.
Guillaume 8c Raimond, fils aînés de ce prince, avoient dix-huit à vingt ans dans le temps de sa mort. Le premier se qualifie comte de Toulouse dans une donation^ qu'il fit en io6i, du conseil de Foulques, évêque de Cahors, à l'abbaye de Moissac, de l'église de Cos en Querci, située sur l'Aveyronj preuve qu'il domina sur ce pays aussitôt après la mort de son père. L'autre épousa ^ quelque temps après sa cousine germaine, fille 8c héritière de Bertrand, comte de Provence, son oncle paternel, laquelle lui apporta ses droits sur la moitié de cette province. De là vient sans doute que les anciens historiens donnent à Raimond la qualité de comte de Provence du vivant du comte Guillaume IV, son frère. L'un d'entre eux^ rapporte : « que les deux fils de Pons, comte de u Toulouse, furent nommés : l'un Raimond de Saint-Gilles 8c l'autre Guil- <c laume de Toulouse ; que le premier fut comte de cette ville 8c le second de « Provence, w Un autre historien du temps ^ donne à Raimond la qualité de comte de Provence (Provincianus) en io8o, longtemps avant la mort de Guillaume, son frère. Nous ignorons l'époque de celle de Bertrand, oncle paternel de Raimond de Saint-Gilles 8c père de sa première femme. Il paroît seulement'° qu'il eut un fils nommé Raimond, qui mourut avant lui sans postérité ou du moins peu de temps après, 8c qui fut inhumé dans l'église de Saint- Sernin de Toulouse où l'on voit encore son tombeau. Au reste, Guillaume, comte de Toulouse, 8c Raimond de Saint-Gilles, son frère, furent en bonne intelligence avec Almodis, comtesse de Barcelone, leur mère, pendant tout le reste de la vie de cette princesse,
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- • Voyez tome V, Chartes & Diplômes , numéro CCXXXI. méro CCXVII.
* Acta Sanct. oriïnis sancti Benedicti, saec. 5, ' Voyez tome IV, Note XIV, n. 20 j Note XLI, part. 2 p. 21 5. n. 6 & seq.
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Chronicon MaUeac. p. 210.
méro CCXXIII. ^ Gaufridus Malaterra, Hist. Sic. 1. 3, c. 22.
^ Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 4. '° Voyez tome IV, Note XLI. — Voyez livre XIII,
s lèid. Note XXII, n. 8. n. cm.
An 1061
XLIX. — Raimond-Bernard succède à Bernard-Aton III, vicomte d'Alhi b de Nîmes, son père, &■ épouse Ermengarde, héritière de Carcassonne. — Origine de la ville £> des seigneurs de Mirepoix. — Êvêques d'Alhi, t-c.
On a déjà remarqué que la comtesse Almodis avoit une sœur nommée Ratigarde qui avolt épousé Pierre-Raîmond, comte en partie de Carcassonne Et vicomte de Béziers Se d'Agde. Celle-ci étoit déjà veuve au commencement de l'an 1061, comme il paroît par une donation ' qu'elle fit alors, « avec Raia mond, son gendre, Se ses deux filles, Ermengarde, femme de ce dernier &: « Adélaïde, à l'abbaye de Saint-Pons de Thomières & à Frotard, son abbé, « de l'alleu de Tonnens sur la rivière d'Orb, auprès de Villeneuve, dans le B pays de Béziers, 6( de tout ce qu'y avoient possédé justement ou injuste- « ment Guillaume, vicomte de Béziers, Raimond-Rogerii (ou fils de Roger I, « comte de Carcassonne), la vicomtesse Garsinde (sa femme) 8t ses fils, Pierre « (mari de la même Rangarde) & Guillaume. » Frotaire, évêque de Nimes, oncle paternel de Raimond, gendre de Rangarde, 5t Guillaume, abbé de Caunes, furent présens à cette donation qui confirme ce que nous avons rapporté* ailleurs des descendans de Raimond, fils de Roger I , comte de Carcassonne, S^ de son mariage avec Garsinde, fille St béritière de Guillaume, vicomte de Béziers & d'Agde.
La comtesse Rangarde ne feit aucune mention dans cet acte du comte Roger, son fils, quoique ce comte vécût encore alors. Nous avons en effet un acte^ suivant lequel Roger & Raimond-Bataille, son frère, donnent en alleu, le 23 de janvier de la seconde année du règne de Philippe ou de l'an 1061, la moitié du cbâteau de Prouille Se les deux tiers de celui de Mirepoix à la comtesse Rangarde, fille d'Amélie, £• au comte Roger^ son fils, à cause du mal qu'ils leur avoient fait. Ces deux seigneurs consentent en même temps que cette comtesse Se le comte son fils obligent Pierre-Roger, leur frère, à leur céder le reste de ces deux châteaux dont ils lui firent hommage St qu'ils ne tenoient sans doute auparavant de personne. Ces deux châteaux étoient alors situés dans le diocèse de Toulouse j le premierdépend aujourd'hui de celui de Saint- Papoul 8t l'on y fonda depuis un célèbre couvent pour des religieuses de l'ordre de Saint-Dominique } l'autre a donné l'origine à la ville dé Mirepoix, devenue épiscopale depuis le pontificat de Jean XXII. C'est le monument le plus ancien que nous ayons ÊÎ de cette ville St de ses seigneurs.
Raimond qui avoït épousé dès l'an 1061 Ermengarde, fille du comte Pierre- Raimond Si de Rangarde de la Marche, sa femme, avoit succédé alors, à ce qu'il paroîf*, à Bernard-Aton troisième du nom, son père, dans les vicomtes d'Alhi 8c de Nimes. Il est du moins certain que ce dernier étoit déjà décédé
■ VojM lome V, Cbartîj & Dlplfimei , nu- ' Voyei rome V, Chartei & DiplSraw , nu-
méro ccxviii. mtto ccxvn.
• Voyci tome IV, Volts XXII, n. lo. ' Vcyti tome IV, Uttt XXI, n. iS.
dans le mois de novembre de l'an 1062, comme nous le prouverons bientôt. Cela peut servir à fixer Tépoque de l'élection de Frotard, évêque d'Albi, qui obtint cet évêché " moyennant quin'^e chevaux de grand prix qu^il donna à Frotaire, évêque de Nimes 6» à Bernard, son frère, qui avoîent coutume de rece^ voir une somme considérable pour V intronisation des évêques d'Albi ; en sorte que personne ne pouvoit obtenir cet évêché qu'en le recevant de leurs mains. L'évêque Frotaire & le vicomte Bernard-Aton, son frère, avoient donc érigé l'évêché d'Albi en fief mouvant de leur domaine j nous en avons donné ailleurs d'autres preuves. On voit par là que Frotard, que nous croyons de la maison de Lautrec, parvint à cet évêché avant la fin de l'an 1062. Il succéda à Guillaume qui avoit été élu par une voie également contraire aux canons & qui siégeoit encore en 1064. Aussi Frotard fut-il traduit dans la suite comme simoniaque devant le pape Grégoire VII & déposé comme tel, ainsi que nous le verrons ailleurs.
Le vicomte Bernard-Aton, troisième du nom, ne paroît pas différent du vîcomte Bernard-Aton qui souscrivit* à une donation de Raimond, comte de Pailhas, en faveur de Valence, sa femme. Ce vicomte laissa de Rangarde, son épouse, deux fils 3, Raimond-Bernard 8c Frotaire. Le premier prit le surnom de Trencavel, qui paroît n'avoir été d'abord qu'un sobriquet, mais qui passa cependant à sa postérité & devint un nom propre en la personne de quelquesuns de ses descendans. Il succéda à son père dans les vicomtes d'Albi & de Nimes qu'il posséda comme lui en commun avec Frotaire, évêque de Nimes, son oncle paternel. Il augmenta considérablement son domaine par son mariage avec Ermengarde, qui hérita bientôt après d'une partie du comté de Carcassonne, deà vicomtes de Béziers & d'Agde & des autres biens de la branche aînée de la maison de Carcassonne. Nous ignorons quel fut le partage de Frotaire, fils puîné de Bernard-Aton III. Les anciens seigneurs de Castelvieil, château situé joignant les murs de la ville d'Albi, dont il forme comme un faubourg, descendoient peut-être de lui, car ils prenoient ordinairement le nom de Frotaire ou Frotier, qui leur servoit de surnom.
Frotaire, évêque de Nimes, 8c le vicomte Raimond, son neveu, jouissoient déjà par indivis, au mois de novembre de l'an 1062, du domaine de leur maison : preuve certaine que Bernard-Aton, père du dernier, étoit alors décédé. Nous avons en effet un acte ^ suivant lequel « les deux premiers, craignant « d'encourir l'excommunication dont le pape Nicolas II avoit frappé les simo- « niaques, 8c se sentant coupables d'avoir ou vendu ou injustement possédé « jusques alors diverses abbayes 8c autres biens ecclésiastiques, résolurent de tf 11,^^206, « rétablir la régularité dans celle de Sorèze soumise à leur autorité. Ils la donce nèrent dans cette vue à Durand, abbé de Saint- Victor de Marseille 8c à ses Cl successeurs, à condition qu'il y enverroit un abbé digne de gouverner, 8c (c formé sur l'institut 8c Vordre de Saint- Victor. » Deux seigneurs du pays,
' Baluze, MisceUanea, t. 6, p. 432. ' Voyez tome IV, Note XXI, n. i5.
' Marca Hispanica, p. 1006. ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n« CCXX.
An 106
lesquels occupoient sans doute une partie des biens de l'abbaye de Sorèze ou les tenoient en fief de Tévêque Frotaîre 8c de son neveu, consentirent à cette donation 8c restituèrent les biens usurpés. Frotaire se réserva cependant une espèce de prééminence sur ce monastère, car il autorisa neuf ans * après 1 élection d'un abbé. Il ne paroît pas cependant par ce dernier acte que labbaye de Sorèze fût alors sous la dépendance de celledeSaint-Victor, ce qui nous donne lieu de croire que leur union ne dura pas longtemps ; il ne nous reste là-dessus en effet d'autre monument que l'acte du mois de novembre de l'an 1062 dont on vient de parler, 8c qui sans doute n'eut pas son exécution.
Nous avons encore d'autres monumens qui prouvent que Frotaire, évêque de Nimes, jouit conjointement avec Raimond, son neveu, du domaine de leur maison : tels sont divers hommages* rendus à l'un 8c à l'autre pour les châteaux de Roquefort, sur la rivière de Sor dans le Toulousain, de Bérens, Cahusac, Montagut 8c Curvale en Albigeois, 8cc. Les seigneurs de Cadalen leur donnèrent aussi dans le dernier pays leur château en alleu 8c sans doute le reprirent ensuite en fief.
L. — Autorité des comtes de Toulouse sur f abbaye de Moissac.
L'abbaye de Moissac, en Querci, étoit alors soumise, comme celle de Sorèze, à l'autorité d'un seigneur séculier. Gauzbert^, qui s'en qualifioit abbé laïque, j^^ ^^^3 confirma au mois de juin de l'an io63, entre les mains de Guillaume, comte de Toulouse, fils &c successeur de Pons, l'union qui en avoit été faite à celle de Cluny. « Il déclare dans l'acte que si ce prince venoit à décéder sans ence fans légitimes, ses frères Raimond 8c Hugues, fils de Pons, 8c les fils que « ces derniers auroient d'un légitime mariage, lui succéderoient l'un après « l'autre dans l'exercice de l'autorité qu'il leur accordoit sur cette abbaye, « pour y maintenir l'observance régulière, 8c que si la postérité de ces comtes « palatins venoit à manquer, leurs successeurs dans le comté de Toulouse « jouiroient du même pouvoir, sans préjudice de celui des abbés de Cluny. » Gauzbert supposoit, ce semble, par cette clause, qu'il y avoit une substitution dans la maison de Toulouse en faveur des mâles, à l'exclusion des filles. Nous ferons ailleurs usage de cette remarque.
Il y avoit donc alors quatre abbés à Moissac, deux réguliers 8c deux séculiers. Les deux réguliers étoient Durand, évêque de Toulouse, qui en avoit le gouvernement immédiat, 8c S. Hugues, abbé de Cluny, qui en étoit comme le supérieur général ; les deux séculiers étoient Gauzbert, qui prenoit la qualité d'abbé laïque de ce monastère 8c qui eut des successeurs dans cette dignité, & Guillaume, comte de Toulouse, qui y exerçoit la principale autorité en qualité de comte de Querci Se de seigneur suzerain. Ce prince se trouva sans doute à la dédicace de l'église de cette abbaye, qui se fit sur la fin de la même
' Baluze, Misccllanea, t. ij, p. 446. '* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu-
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXXI. méro CCXXII.
t. il, p. 207.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV. SaS ~ ~
» An io63
année' par Durand, évêque de Toulouse, son abbé, qui lavoit fait rebâtir 8c qui fut assisté dans cette cérémonie par Austînde, archevêque d'Auch, fie six autres évêques d'Aquitaine ou de Gascogne.
LI. — Lettre de Roger I, comte de Foix, à S. Hugues ^ abhé de Cluny,
Roger I, comte de Foix, exerçoît sur les monastères de son domaine une semblable autorité, mais il ne s'en servit que pour y établir la réforme. Il écrivit entre autres, avec la comtesse Amica sa femme, à S. Hugues, abbé de Cluny, une lettre* pleine de religion pour lui donner, du consentement volontaire du comte de Toulouse, le lieu de Saint-Antonin, appelé communément Frédelas, afin quily établît Vordre monastique. On ne voit pas que les pieux desseins de ce comte aient été exécutés & que S. Hugues ait mis la réforme dans Tabbaye de Frédelas, aujourd'hui Pamiers. Ses domaines étoient encore en effet au commencement du siècle suivant ^ au pouvoir des comtes de Foix.
Outre le comté de ce nom, Roger I possédoit une portion de celui de Carcassonne dont ^ il fut le second comte de son nom. L'autre partie du Carcasses a p parte noit à Roger HI, son neveu à la mode de Bretagne & fils du comte éd. origin. Pierre-Rai mond. C'est ce qu'on voit par un acte suivant lequel « le comte a Roger ^, fils de Rangarde, ou Roger HI, promet au comte Roger, fils de la « comtesse Garsinde, ou à Roger II, de ne pas lui ôter la ville de Carcas- « sonne & ses dépendances, les châteaux de Saissac, de Capendu, d'Arsens, ce d'Alayrac, Rustiques, Villalier&Couffoulens, ceux du Puy,de Cabaret, &c., « Vévéché du comté de Carcassonne, les abbayes situées dans son étendue avec « leurs honneurs, 8c enfin les autres évêchés, abbayes, villes, châteaux, alleux, « fiefs 8c droits que ce dernier possédoit ou qu'il acquerroit dans la suite avec « son, conseil. Roger III promet de plus au comte Roger, fils de Garsinde, de « le laisser paisible possesseur de la moitié de la justice du comté de Carcas- « sonne, de le secourir envers 8c contre tous, excepté contre Guillaume, comte « de Toulouse, Raimond, frère de ce prince, Pierre-Bernard, oncle du même « Roger III, Rangarde, sa mère, 8c ses propres vassaux; de ne pas attenter ni ce à sa vie, ni à ses membres, 8c de se déclarer enfin ennemi de ceux qui l'at- « taqueroient. w Cet acte, qui est très-intéressant, prouve la suzeraineté des comtes de Toulouse sur le comté de Carcassonne 8c nous feit comprendre que quoique Roger I, comte de Carcassonne, eût disposé par son testament^ de tout ce comté en faveur de Raimond, son fils aîné, aïeul de Roger III, il changea néanmoins quelque chose à cette disposition; à moins que Bernard, son fils puîné 8c père de Roger I, comte de Foix, ne se soit emparé d'une
* Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, ^ Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCCLV, p. 865. — GaUia Christiana, nov. edit. t. i,p. i6i. ** Voyez tome IV, Note XXII, n. 19. — Conci/w, t. 9, p. 1 175. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu - méro CCXXIII. méro CCXIV. « Ihid. n. CXXXVIII.
du même comté pendant la minorité de ses neveux, fils du comte Raï- , son frère. Quant à l'époque de cet acte qui n'est pas daté, on peut la à peu près sur ce que d'un côté îl est postérieur à la mort de Pons, comte mlouse, arrivée en 1061, & que de l'autre Roger III étoit déjà décédé '67. Ainsi, comme ce dernier étoit déjà majeur dès le mois d'avril de 064 Si qu'il gouvernoit alors ses domaines par lui-même, il fit sans doute e même temps ce traité avec Roger I, comte de Foix, son parent. us avons la preuve que Roger III, comte en partie de Carcassonne & ite de Béziers Se d'Agde, administroit lui-même ses États au mois d'avril n 1064, dans un ' acte suivant lequel « Gonthier, évêque d'Agde, E* Pons, é, furent trouver alors ce comte 6c lui représentèrent que le monastère Saint-André, situé près des murs de cette ville, qu'il leur avait donné, t presque entièrement désert i que de tous les anciens biens qu'il possét autrefois & qui suffisoient pour l'entretien de trois cents religieux, il oit à peine de quoi en nourrir un seul, & que dans la vue d'y rétablir ire monastique, ils avoient engagé Durand, abbé de Saint- Victor de rseille &. sa congrégation, à s'en charger, à cause de l'étroite amitié qui t entre eux. Sur cela le comte Roger permit non-seulement à l'évêque iithier &c à l'abbé Pons de faire cette union, mais il l'autorisa de la mare la plus authentique, du consentement des principaux seigneurs 6t du pie du pays, de Rangarde, sa mère, Si de Sybille, sa femme. » Roger IIÏ, : de Carcassonne, étoit donc marié en ce temps-là, ce qui prouve encore ivoit pris l'administration de ses domaines après avoir été quelques années avant sous la tutelle de la comtesse Rangarde, sa mère, ainsi qu'on l'a 'u. Au reste, l'abbé Pons, qui sollicita l'union de l'abbaye de Saint-André e à celle de Saint-Victor de Marseille, étoit sans doute abbé de la pre- , que le comte Roger III lui avoit donnée vraisemblablement en fief.
. — Mort de Roger 1, comte de Foîx. — Pierre, sonfière, lui succède en partie.
r a lieu de croire que ce prince hérita ou prétendit hériter quelque temps de l'autre moitié du comté de Carcassonne possédée par Roger I, comte lîx, qui mourut sans enfens^ avant l'an 1067. Peut-être étoient-ils con- ; par quelque traité de se succéder l'un à l'autre, au déiàut de descendans , dans la partie du comté de Carcassonne que chacun d'eux occupoit; 'il y a de vrai^, c'est que d'un côté Roger III 81 ses héritiers prétendirent rès la mort de Roger I , comte de Foix , tout le comté de Carcassonne ippartenoit, & que de l'autre Pierre, frère de ce dernier, ou du moins r, son neveu, lui succédèrent dans le comté de Foix, lequel passa à leur ■ilé. Ce comte Pierre, qui prend le surnom ^ de Bernard {Fetrus Bernardi),
' Voyez lome IV, NotcWl, n. 43.
^ Voyez lomeV, Châties & DLplômei, n.CCXLV.
cest-à-dîre fils de Bernard, 8c qui avoit eu, à ce qu'il paroît, le comté de Conserans en partage, est le même que Pierre-Bernard que Roger III appelle son oncle dans un acte dont on a déjà parlé; il letoit en effet à la mode de Bretagne.
LUI. — Vœu de Bernardy comte de Bigorrey à Notre-Dame du Puy,
Bernard, comte de Bigorre, qui étoit frère, à ce qu'il paroît, de Roger I, comte de Foix, mourut à peu près vers le même temps. Il entreprit, en 1062, avec Clémence, sa femme *, un pèlerinage à Téglise de Notre-Dame du Puy, où il convoqua à son arrivée Tévêque & les chanoines, se recommanda à leurs prières, 8c par un esprit de piété 8c de religion se voua avec son comté à cette église 8c s'engagea de lui payer tous les ans, pour marque de son dévouement, tant pour lui que pour ses successeurs, la somme de soixante sols morlanois, comme une espèce de cens.. C'est là la véritable origine* de la prétendue mouvance du comté de Bigorre de l'église de Notre-Dame du Puy, sur quoi quelques auteurs^ ont débité bien des febles. On croit ^ que Bernard Tumapaler, comte d'Armagnac, soumit vers ce temps-là son comté à la mêftie église, 8c qu'à l'exemple du comte de Bigorre il s'engagea envers elle à lui payer une redevance annuelle. Artaud^, comte de Pailhas^, dans la Marche d'Espagne, 8c ses fils Artaud, Guillaume 8c Eudes, firent aussi quelques années après une donation à l'église du Puy. Tous ces actes prouvent que cette église étoit alors fort célèbre 8c qu'on y avoit une grande dévotion.
Bernard "7, comte de Bigorre, unit au mois de novembre de l'an 1064 1^ monastère des SS. Félix 8c Lizier à l'abbaye de Cluny, en présence de Durand, évêque de Toulouse, 8c de plusieurs autres évêques. On ne trouve plus depuis aucun monument de ce comte, qui gouverna son domaine avec beaucoup de prudence 8c de sagesse 8c qui décéda sans doute bientôt après. Il laissa ^ un fils, nommé Raimond, de Clémence, sa première femme, 8c une fille, appelée Béatrix^, d'Étiennette qu'il épousa en deuxièmes noces après l'an 1062. Raimond, son fils, lui succéda dans le comté de Bigorre 8c mourut sans enfans. Il paroît '° qu'il eut quelque différend avec Arnaud III, comte de Comminges, qu'il ravagea son domaine 8c qu'il en fit ensuite réparation. Suivant cet acte le même Arnaud avoit** un frère nommé Roger, alors moine de Lézat. Béatrix,
An 1064
Ed. origîn.
t. II, p. 208.
' Marca, Histoire Je Béarn, p. 810. — Gallia Christiana, noT. edit. t. 2, instrum. p. 226. • Marca, Histoire de Béarn, p. 807 & suiv. ^ Gissey, Histoire de Notre-Dame du Puy, V éd.
p. 287, 406 8c SUIT.
^ Marca, Histoire de Béarn, p. 809.
^ Voyez sur Artaud, comte de Pailhas, & son fils de même nom, une charte de l'année 1076, par laquelle ils reconnaissent l'un & l'autre les torts qu'ils ont eus envers le monastère de Saint-Michel de Cuxa & cherchent à les réparer. — Marca His-
panica, append. n. 288, & tome V, Catalogue des actes relatifs a l'abbaye de Cuxa, [E. M.]
* Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, numéro CCLXIV.
' Baluze, Miscellanea, t. 6, p. .'J78 8t seq. — Mabillon, ad ann. 1064, n. 65.
• Marca, Histoire de Béarn, p. 809 & suiv. — Voyez tome IV, Note XXII, n. 16.
9 Ibid.
*" Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCLI.
*' Voyez tome IV, Note XXII, n. 32 & suiy.
^n,^^^ 346 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.
fille de Bernard, comte de Bigorre, épousa en 1078 Centule, vicomte de Béarn, & hérita de ce comté après la mort de son frère arrivée avant le mois d'avril de Tan 1080. C'est ainsi que finit cette branche de la maison de Carcassonne.
LIV. — Mort de Roger III ^ comte de Carcassonne. — Ermen garde , sa sœur^
lui succède dans la plus grande partie de ses domaines.
An io65
Roger III qui en étoit le chef en qualité de descendant de Raîmond, fils aîné du comte Roger I, confirma, au mois de juin de Tan loôS, en faveur de la cathédrale de Béziers, la donation * que le comte Pierre-Raimond,son père, avoit faite à cette église en 1043. Il ne survécut pas longtemps, 8c nous verrons bientôt qu'il étoit décédé en 1067*. Comme il n'avoit pas d'enfans de Sy bille sa femme, il fit Ermengarde, sa sœur, sa principale héritière ^ & elle lui succéda en effet dans la plupart de ses domaines qui comprenoient entre autres les comtés de Carcassonne & de Razès, & les vicomtes de Béziers & d'Agde qu'elle apporta dans la maison de Raimond-Bernard, son mari, vicomte d'Albi &'de Nimes. Cette maison devint ainsi la plus puissante de la Province, après celle des comtes de Toulouse, qui vers le même temps réunit à son domaine les biens de la branche de Rouergue par la mort de Berthe, comtesse de ce pays & marquise de Gothie, ce qu'il faut reprendre de plus haut.
LV. — Mort de Berthe^ comtesse de Rouergue, marquise de Gothie, £»c.
On a déjà remarqué que cette princesse, qui avoit épousé dès Tan io5i Robert, fils aîné de Guillaume V, comte d'Auvergne, hérita dès l'an loSç de tous les domaines qui avoient appartenu au comte Hugues, son père, & que le premier se qualifioif^ alors comte de Rouergue. Nous apprenons de plus, par une lettre que le pape Nicolas II écrivit^ à Robert, que ce comte dominoit sur le Rouergue au nom de sa femme à la fin de la même année ou au commencement de la suivante. Ce pape l'exhorte par cette lettre à restituer au monastère de Saint-Amand de Rodez les biens que Richard , abbé de Saint- Vannes de Verdun, auquel ce monastère étoit soumis, avoit engagés^ en 1028 au comte Hugues, père de Berthe. Walleran, abbé de Saint-Vannes, parent de Robert, Ld.orig-n. qui avoit sollicité cette lettre & qui s'en étoit chargé, mourut*^ à son retour de Rome avant que de l'avoir rendue, le 26 de juin de l'an 1060. Elle nous apprend que ce comte, dans un voyage qu'il avoit fait peu de temps auparavant à Rome, s'étoit ouvert au pape Nicolas II du dessein qu'il avoit formé d'abandonner le siècle, dessein qu'il n'exécuta pas.
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXXV. ^ Hugues de Flavigny, Chronicon. — Labbc, Bi-
" IbiJ. n. CLXXXVIIÏ. bl'totheca nova manuscriptorum, t. 2, p. ipS.
3 Ibid. n. CCXLVII. * Labbe, BihL nova manuscr. t. 2, p. i83.
* Baluze, Histoire génial, de la maison i*Auver~ ^ MabiUon, Annal, ordinis sancti Benedicti^ ad
Çne, t. 2, p. 57. ann. 1060, n. 74.
Robert posséda donc dès Tan 1069, au nom de Berthe, sa femme, le marquisat de Gothie, les comtés de Rouergue, de Narbonne, de Gévaudan & les autres domaines qui avoient appartenu à Hugues, père de cette princesse, qui fut son héritière. Nous avons en effet divers monumens qui nous apprennent que Robert 8c Berthe, sa femme, dominèrent conjointement sur ces différens pays depuis cette année jusques en io65.
Tel est le consentement qu'ils donnèrent * en 1060 ou 1062 avec Pierre, évêque de Rodez, au rétablissement du monastère de Saint-Pierre de Clairvaux en Rouergue, situé entre les châteaux de Panât 6» de Cassaignes, Nous trouvons encore que Deusdet, abbé laïque ou séculier de Vabres, unit * cette abbaye à la congrégation de Saint-Victor de Marseille, du consentement de son maître £• de son seigneur Robert y comte de Rouergue ^ d'Auvergne, de sa femme Berthe (/ de la comtesse Richarde, aïeule de celle-ci. L'acte est daté du bourg ou village de Saint-Gilles, un mardi 12 de Juin de Van 1062, indiction XIV, épacte xxvi, le dix-neuvième jour de la lune. L'indiction, la lettre dominicale, Tépacte 8c le jour de la lune, qui conviennent parfaitement ensemble, font voir qu'il y a faute dans Tannée de l'Incarnation 8c qu'il faut lire 1061 au lieu de 1062.
On doit dire la même chose d'un autre monument ^ daté du mois de novembre de l'an 1062, indiction xiv, suivant lequel le même Deusdet s'étant rendu à l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, « où S. Hugues, abbé de Cluny, et présidoit à une assemblée capitulaire, donna à cet abbé 8c à ses successeurs « l'abbaye de Vabres, avec l'agrément de Robert, comte d'Auvergne, de Pierrece Béranger, évêque de Rode-^, &» des comtesses Richarde (/ Berthe, pour la faire « gouverner régulièrement sous son autorité par Durand, moine de Cluny, « abbé de Moissac 8c évêque de Toulouse, suivant les usages de Cluny. w Deusdet déclare qu'il fait cette donation tant pour la rémission de ses péchés que de ceux de ses parens, qui, par des traités simoniaques, avoient auparavant acheté Vabbaye de Vabres dont ils avoient été abbés. L'union de ce monastère à la congrégation de Cluny n'eut pas lieu 8c il fut agrégé à celle de Saint- Victor de Marseille, suivant le premier projet. C'est ce que nous apprenons d'une lettre ^ que Durand, abbé de Saint- Victor, étant malade, écrivit au comte Robert pour l'informer que, conformément à sa demande, il envoyoit quelquesuns de ses religieux à Vabres afin de procéder à l'élection d'un abbé, avec promesse, s'il revenoit en santé, d'aller, selon ses ordres, le joindre à Narbonne au mois de septembre suivant. Durand, abbé de Saint- Victor, mourut bientôt après au mois de novembre de l'an 1064. On doit inférer de là : i® que cette union fut consommée vers le milieu de la même année ; 2^ que Robert dominoit alors à Narbonne, au nom de Berthe, marquise de Gothie, sa femme. Du reste, l'union de l'abbaye de Vabres à la congrégation de Saint- Victor de
' MabUlon, ad ann. 1062, n. i23 ^ Aymar du Peyrat, Chronicon, — Baluse, Hts-
* Ibid, n. 124. — GaUta Christiana, nov. edit. toire généal, de la maison d'Auvergne, t. 2, p. 52. t. I, p. 57 8t seq. ■* Martène, Ampl. coUççt, t. i, p. ^Sy.
An 106Ô
"TTi'^dr" ^4^ HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV.
Marseille subsista ' jusques au commencement du quatorzième siècle que ce monastère fut érigé en évêché.
Enfin le comte Robert £• Berthe^ sa femme^y fille de HugueSy comte de Rouerguey voulant rétablir l'observance monastique dans labbaye de Saint- Amand de Rodez où elle étoit entièrement déchue, soumirent ce monastère à la même abbaye de Saint- Victor & le donnèrent à Bernard qui en étoit abbé. C'est ce que nous apprenons d'un ancien monument où il est marqué que cette union ne fut exécutée que plusieurs années après, à cause des guerres qui s'élevèrent dans le Rouergue. Il est aisé de conclure de là que Berthe vivoit encore en io65, puisque Bernard ne fut élu ^ abbé de Saint-Victor de Marseille qu'au mois de mai de cette année ; 8c comme il est certain que cette comtesse étoit déjà décédée au mois de décembre de l'an 1066, ainsi qu'on le verra bientôt, cela nous donne à peu près l'époque de sa mort. Cette mort arriva, selon les apparences, après celle de la comtesse Richarde, son aïeule, de laquelle nous n'avons plus rien après l'an 1061.
LVI. — Robert Ily comte d'Auvergne^ épouse en secondes noces Judith de MelgueiL — Il dispute au comte de Toulouse (y à Raimond de Saint-Gilles^ son frère y la succession de Berthe y sa première femme.
t.iï,p"f"o. Robert, comte d'Auvergne, se remaria bientôt après 8c il avoit déjà épousé en secondes noces'^ dès l'an io6g Judith, fille ^ de Raimond I, comte de Substantion ou de Melgueil 8c de Béatrix, 8c non pas de Pierre, comte de Melgueil 8c d'Almodis, comme le prétend un historien moderne^. Judith devint veuve en logS du comte d'Auvergne, auquel elle survécut longtemps, comme il paroît par une donation "^ qu'elle fit en faveur de l'abbaye de Cluny 8c de VonSy, son neveu, qui en étoit abbé 8c qui ne fut élu qu'après l'an 1109. EUe^ prit ensuite l'habit religieux dans le monastère de Saint-Pierre de Cornillon au diocèse de Grenoble, où l'on croit qu'elle fut inhumée 8c où son anniversaire est marqué au dernier jour d'avril.
Berthe, coiptesse de Rouergue 8c marquise de Gothie, décéda sans postérité. Un de nos généalogistes ^ prétend que se voyant sans enfans elle donna le comté de Rouergue, vers l'an 1064, à Guillaume IV, comte de Toulouse, son cousin, ce qui fit, ajoute-t-il, que Raimond, frère de ce dernier, prit ensuite le titre de comte de Rouergue ; mais on n'a aucune preuve de cette disposition 8c il est plus vraisemblable que Berthe mourut ab intestat 8c que ces deux frères, qui recueillirent enfin toute sa succession, fondèrent leur droit sur la
* GaUia Christiana, noy. eà. t. i^instrum. p. 109. * Baluze, Histoire génial, de la maison d'Auvet' 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- gne, t. i,p. 5o, & t. 2, p. 49.
înéro CCLXXVII. ' GaUia Christiana, nov. edit. t. 4, p. 1 184 & seq.
' GaUia Christiana, nov, edit. t. l , p, 684. • Baluze, Histoire généaU de la maison d'Auver-
* Baluze, Histoire génial, de la maison d'Auycr- gne, t. 1, p. 54, & t. 2, p. 59.
gne, t. I, p. 5o, & t. 2, p. 49. ' Le P. Ange, Hist. ginial. des pairs de France,
' Voyez tome IV, Note XXXV, n. i. t. 2, p. 635.
proximité du sang & peut-être encore sur quelque substitution réciproque faite entre leurs ancêtres. Berthe descendoit en effet en ligne droite d'Ermengaud ', comte de Rouergue 8c marquis de Gothie, fils puîné d'Eudes, comte de Toulouse ; ainsi elle étoit parente au quatrième degré de Guillaume IV, comte de cette ville, & de Raimond de Saint-Gilles, son frère.
Il paroi t cependant que ces deux princes ne furent pas d abord paisibles possesseurs de tous les domaines qui avoient appartenu à Berthe ; que Robert, comte d'Auvergne, mari de cette princesse, leur disputa sa succession & tâcha de se maintenir du moins dans la possession du Rouergue 8c du Gévaudan 5 8c que c'est ce qui causa les guerres qui s'élevèrent dans le premier de ces pays aussitôt après la mort de cette princesse 8c qui ne finirent* que vers l'an 1079. Il est vrai que nous ne voyons pas, depuis cette mort, que Robert se soit qualifié comte de Rouergue comme auparavant 8c qu'il ait exercé quelque autorité sur ce pays ; mais il est certain qu'il prit depuis le titre de comte de Gévaudan : or, comme ce dernier comté étoit du domaine^ de Berthe, 8c que Raimond de Saint-Gilles le posséda dans la suite en qualité d'héritier de cette princesse , nous ne doutons pas que le comte d'Auvergne ne le lui ait disputé avec les autres pays qui avoient appartenu à sa femme, 8c que cela n'ait occasionné entre eux une guerre dont le Rouergue fut le principal théâtre.
LVII. — Raimond de Saint-Gilles succède aux domaines de la branche de
Rouergue.
Au reste, il y a lieu de croire que Raimond de Saint-Gilles soutînt seul cette guerre contre le comte d'Auvergne. Nous voyons du moins qu'il recueillit presque toute la succession de Berthe, que Guillaume IV, comte de Toulouse, son frère, lui céda sans doute par quelque traité particulier. Raimond se qualifia"^ en effet, depuis l'an 1066, comte de Rouergue, de Narbonne, de Nîmes, 8cc., comtés dont cette princesse avoit hérité de son père. Raimond de Saint-Gilles fit par là revivre en sa personne le titre de comte de Rouergue affecté à la branche cadette de sa maison, 8c il le prit ordinairement dans la suite jusques à son avènement au comté de Toulouse. Ce n'est donc pas par usurpation, comme quelques auteurs ont voulu le faire entendre, que ce prince se rendit maître du Rouergue ^ 8c des autres domaines qui avoient appartenu à la tomtesse Berthe, mais par un droit légitime qu'il avoit à sa succession.
C'est peut-être en qualité d'héritier de cette princesse que Raimond étendoit au mois d'août de l'an io65 son autorité sur l'Uzège. Ce prince étant alors ^
« Voyez tome IV, Note Vlll. -♦ Voyez tome V. Chartes & Diplômes, n. CCXXlX,
•Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- CCXXXI, CCLII, CCLXVI, CCLXXV, &c.
méro CCLXXVII. « Jhid.
* Voyez tome IV, Note XXVI, numéros 6, 7 & * Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes , nu-
$uiv. méro CCXXVI,
An io65
An io65
Éd. origin.
t. II, p. 2(1
An 1066
dans le monastère de Saînt-Saturnîn sur le Rhône, aujourd'hui le Pont-Saint- Esprit, donna à S. Hugues, abbé de Cluny, labbaye de Goudargues située dans ce pays, laquelle avoit été soumise anciennement à celle d'Aniane. Raimond fit cette donation pour le bien de son âme, de ses prédécesseurs, de son 3ère & de sa mère, de son frère &• de sa sœur, ô-c, & céda en même temps à 'abbaye de Cluny toutes les coutumes justes ou injustes dont ses prédécesseurs ou lui-même avoient joui jusques alors sur le monastère de Goudargues.
Raimond de Saint-Gilles avoit succédé dès le mois de novembre de Tan 1066 dans la plupart des domaines qui avoient appartenu à la comtesse Berthe, sa cousine; preuve que cette princesse é toit alors déjà décédée. C'est ce qui paroît par un ' acte suivant lequel Almodisy comtesse par la grâce de Dieuj (/ Raimondy son filsy très-noble comte de Rouergue, de Nimes 6* de Narbonne^ donnent pour le soulagement du comte Pons , pour la rémission de leurs péchés 8c le salut de leurs vassaux, l'abbaye de Saint-Gilles à S. Hugues, abbé de Cluny & à ses successeurs. Almodis & son fils Raimond se réservent en même temps les usages Se les coutumes qu'ils avoient sur le domaine de cette abbaye, avec promesse de ne plus vexer dans la suite ni l'abbé ni les religieux dont ils laissent la conduite & le gouvernement aux abbés de Cluny, qui, ajoutent-ils, auront autorité sur eux, conformément à la règle de Saint- Benoît. Ils déclarent enfin que l'abbaye de Saint-Gilles est un alleu de Saint- Pierre, qu'ils tenoient de la libéralité du pape de Rome & qu'ils donnent à l'abbé Hugues, sauf la fidélité à VÈglise romaine &• au pape. Se à condition de payer à cette Église un cens annuel de dix sols. Cet acte fut passé dans l'église de Saint-Bausile, près de Nimes, en présence de Raimbaud, archevêque d'Arles & vicaire de l'Église romaine, des évêques Durand de Toulouse, Hugues d'Uzès, Rostaing d'Avignon Se Bertrand de Maguelonne, des abbés Bernard de Saint-Victor de Marseille, Frotard de Saint-Pons de Thomières & Bernard de Vabres; de Pons-Gérard, vicomte de Girone, de Guillaume de Sabran 8c d'Emenon, son frère, de Rostaing de Posquières, de plusieurs autres seigneurs séculiers 8c en dernier lieu d'Adèle y comtesse de Substantion, qui y donna son approbation &• son consentement (volente &» laudante). On voit par là : 1° que l'union de l'abbaye de Saint-Gilles à la congrégation ou ordre de Cluny fut faite dans une assemblée provinciale tenue dans le monastère de Saint-Bausile de Nimes ; 2° que Bertrand, évêque de Maguelonne, avoit succédé dès lors à Arnaud, son prédécesseur immédiat, 8c qu'ainsi le dernier n'a pas occupé ce siège jusques en 1078, comme on le prétend^ j 3^ que Raimond, comte de Substantion ou de Melgueil, étoit alors décédé 8c que Pierre^ son fils Se Béatrix sa femme lui avoient succédé sous la tutelle ou administration de la comtesse Adèle, sa mère^.
* Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCXXXI.
* Voyez tome IV, Note LXIII, Evêques de Maguelonne.
' Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 3 & 4.
^ Voyez A. Germain, Maguelone sous ses évê^aes & SCS chanoines ; étude historique & archéologique, d'après les documents originaux, avec pièces justijicatives inédites, &c., &c. Montpellier, 1869.1 vol.
in- A
An looo
LVIII. — Pierre, comte de Substantion, épouse Almodis de Toulouse.
Ce dernier épousa ' vers le même temps Almodis , fille de Pons, comte de Toulouse 8c d'Almodis de la Marche, sa femme , & sœur de Guillaume IV, comte de cette ville, 8c de Raimond de Saint-Gilles. Il est fort vraisemblable qu'Almodis, comtesse de Barcelone, mère de ces deux princes, qui jouissoit alors, ainsi qu'on vient de le voir, du domaine de Saint-Gilles, en donna une partie à Almodis, sa fille, en la mariant au jeune comte de Substantion, 8c que c'est pour cette raison qu'Adèle, aïeule de ce comte, consentit à l'union de l'abbaye de Saint-Gilles à l'ordre de Cluny : il ne paroît pas d'ailleurs que cette abbaye ait jamais été soumise à lautorité des comtes de Substantion. Du reste, comme Almodis, mère de Raimond de Saint-Gilles, possédoit alors conjointement avec lui le domaine de Saint-Gilles, nonobstant le mariage qu'elle avoit contracté avec le comte de Barcelone du vivant de Pons, comte de Toulouse, son mari, c'est une preuve que ce dernier lui avoit assigné ce même domaine pour son douaire.
LIX. — Almodis y comtesse de Barcelone y fait un voyage à Toulouse. — Guillaume IV y son filSy épouse Mahaud ou Mathilde en premières noces.
Le mariage d'Almodis de Toulouse avec Pierre, comte de Substantion, fut sans doute un des principaux motifs qui engagèrent la comtesse de Barcelone, mère de cette princesse, à faire un voyage en deçà des Pyrénées. Elle se rendit peu de temps après à Toulouse, où elle confirma*, avec Guillaume, comte de cette ville, son fils, l'abbaye de Moissac 8c Durand, son abbé, dans la possession du lieu ou village de Saint-Pierre de Cuisines, que le comte Pons, son mari, avoit donné auparavant à ce monastère. On assure ^ que cette confirmation est de l'an 1067 5 elle est donc du commencement de l'année, puisque Almodis avoit rejoint^ le comte de Barcelone, son mari , dès le mois de mars de la même année.
On établit depuis un prieuré conventuel ou monastère dépendant de l'abbaye de Moissac au village de Saint-Pierre de Cuisines, qui se trouvoit situé ^ alors hors des murs de Toulouse 8c qui est renfermé depuis longtemps dans Éd. orîgm. son enceinte. Les comtes de Toulouse avoient coutume d'assembler dans l'église de ce prieuré, qui est paroissiale, les habitans de la ville quand ils avoient quelque affaire à leur proposer. Ce prieuré est uni depuis l'an 1607 à la Chartreuse de Toulouse qui en est voisine.
* Voyez tome IV, Note XXXVI, n. 3 & 4. "* Voyez tome V, Chartes & Diplômes , nu- "TomeV, Chartes & Diplômes, n. CCXXXII. méro CCXXXVI.
* Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 122 ^ Catel, Histoire des comtes de Toulouse^ p. 122 Zl suiv. — Mémoires de l'histoire du Languedoc, & suiv. — Mémoires de l'histoire du Languedoc, p. 2i3 £t suiv. p. 2i3 & suiv.
An 1066
Guillaume IV, comte de Toulouse, confirma ' de nouveau cette donation en faveur de Hunaud, abbé de Moissac, de qui il reçut pour cela soixante sols. L'acte, qui fut passé en présence de Géraud, évêque de Cahors, est souscrit par la comtesse Mathilde, femme de ce prince. L'on conclut de là^ qu'il lavoit déjà épousée dès Tan 1067; mais cette nouvelle confirmation doit être postérieure, puisque Hunaud ne fut élu abbé de Moissac qu'à la fin^ de l'an 1071. On n'a donc pas de preuve '^ que Guillaume fût marié avec Mathilde avant cette dernière année. Il est aussi fait mention ^ de cette comtesse dont on ignore la maison, dans une donation que Guillaume, son époux, fit avec elle Se Isarn, évêque de Toulouse, en faveur de l'hôpital de Saint-Raimond.
LX. — Accord entre Raimond de Saint-Gilles £» V archevêque de Narhonne,
On voit, par ce que nous avons dit, que Raimond de Saint-Gilles avoit déjà pris possession du comté de Narbonne dès la fin de l'an 1066, en qualité d'héritier de Berthe, comtesse de Rouergue, sa cousine. Cela paroît d'ailleurs par un accord^ qu'il fit vers le même temps avec Guifred , archevêque de cette ville, suivant lequel ce prince, qui se qualifie comte de Rouergue^ « promet tt d'aider ce prélat contre les évêques de la province qui s'étoient fait ou qui « se feroient sacrer dans la suite sans sa participation; de lui rendre les murs, « les tours & les forteresses de Narbonne, depuis la tour Carrée, près la porte a Royale, jusques à la porte Mauresque ; d'obliger Raimond Béranger & ses fils, « de même que Garsinde, Bernard & l'évêque Pierre, ses fils, à les lui rendre (i 8c à le laisser jouir de la moitié des péages, des lods, &c., hors de la ville, « lesquels appartenoient à l'archevêque suivant les diplômes de nos rois 5 de le « faire jouir paisiblement tant du siège archiépiscopal des SS. Just Se Pasteur, (t situé dans l'enceinte de Narbonne, que de tout ce qui appartenoità l'arche- « vêque au dehors de cette ville ; de lui donner en fief par amitié {j>er druia- (c riam) la troisième partie de ce qu'il acquerroit par les plaids {per placitum) « dans l'étendue du comté de Narbonne, 8c enfin de faire ratifier cet accord « par la comtesse sa femme. » Par un autre acte, Raimond promit avec serment à Guifred de le laisser paisible possesseur de tout le domaine de son archevêché 8c de l'aider contre tous ceux qui s'y opposeroient. Il paroît certain que le traité que ce prélat 8c les fils de Béranger, vicomte de Narbonne, conclurent au mois d'octobre de l'an 1066 8c dont nous parlerons bientôt, fut une suite de ces actes qui ne sont pas datés, ce qui nous fait connoître à peu près leur époque. On a encore une semblable ^ promesse sans date de Raimond de Saint- Gilles à Guifred, suivant laquelle il s'engage d'obliger le vicomte Béranger^
'Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- ^ CuxtX^ Histoire des comtes de Toulouse, p. 121.
méro CCXXXII. * Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes , nu-
' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 121. méro CCLIV.
' Voyez tome IV, A^ote XIX, n. 10. ' Catel, Histoire des comtes de Toulouse, p. 27
* Voyez tomeV,Chartes&Diplômes,n.CCLXVI. 8c suit.
An looo
Garsinde, sa femme &» ses enfansy à laisser ce prélat paisible possesseur du domaine de rarchevêché de Narbonne.
Il y a lieu d'inférer de ces divers monuraens que Béranger, vicomte de Narbonne, partageoit alors son autorité avec ses fils sur cette ville ; il paroît d'ailleurs qu'il se démit avant sa mort de sa vicomte en leur faveur, ce qu'il faut reprendre de plus haut.
LXI. — Béranger, vicomte de Narhonne, dispose de cette vicomte en faveur de ses fils f qui s^accordent enfin avec Guifred, archevêque de cette ville, 6» lui fi>nt hommage.
Ce vicomte & sa femme Garsinde furent présens, lorsque au mois de mai * de l'an 1060, les exécuteurs testamentaires d'un nommé Raimond Udalgarii engagèrent aux chanoines de Saint-Paul de Narbonne, pour cent quarante sols de deniers de Narbonne, le bourg qu'il avoit possédé dans le bourg de cette ville. Le même vicomte 8c Garsinde, sa femme, donnèrent* quelques domaines en 1064 8c io65 au monastère de Saint-Michel de Montlaurès situé dans le diocèse de Narbonne, 8c au mois d'avril de l'an 1066, conjointement avec Raimond-Béranger, leur fils, un droit de pêche aux chanoines de Saint-Paul, en présence de Matfred qui en étoit abbé. Béranger ordonna en même temps par le dernier acte, que si quelqu'un venoit à envahir ce droit sur l'église de Saint-Paul, un de ses proches, prince de Narbonne, eût à le reprendre, moyennant douze deniers qu'il donneroit à cette église.
Comme ce vicomte, qui avoit déjà épousé Garsinde de Besalu dès l'an 1016, ^^^ o^s'^j étoit fort âgé au mois d'avril de l'an 1066 , cela le détermina sans doute à se démettre bientôt après de sa vicomte en feveur de ses fils. Il est certain en effet, d'un côté, qu'il vivoit encore au mois de février de l'an 1067, 8c que de l'autre, Bernard, son fils, prenoit la qualité de vicomte de Narbonne 8c exerçoit son autorité dans cette ville au mois d'octobre de l'année précédente. Nous avons la preuve de ce dernier fait dans l'accord ^ que le même Bernard fit alors avec Guifred, archevêque de cette ville, au sujet de leurs différends, par l'entremise de Raimond, comte de Saint-Gilles, de Raimond, comte de Besalu (ou plutôt de Cerdagne) , des évêques Durand de Toulouse , Raimond d'Elne 8c Béranger de Gîrone, 8c enfin de Bernard de Minerve 8c de quatre autres seigneurs. L'archevêque se plaignoit de ce que le vicomte lui détenoit son siège archiépiscopal avec la moitié de la ville du côté du nord 8c les autres domaines de son église. Les arbitres adjugèrent au premier cette moitié de Narbonne qui s'étendoit depuis la porte Royale jusques à la porte Acaire {Aquaria)^ avec les murs 6» le Capitole situé du même côté, où l'on permit à l'archevêque^ de
* Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- 'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, numéro CCXV, la 2* charte citée sous ce numéro. méro CCXXX. — Catel, Mémoires de l'histoire du.
' Ibid. n. CCXXVIII, la 2* charte citée sous ce Languedoc, p. 682.
numéro. ^ Catel, Mémoires de Vhist, du LanguedoCy p. 582.
faire construire une porte, qu'on croit être celle quon nonlma depuis la porte Bisbale ou épiscopale. Ils accordèrent de plus à ce prélat la moitié de la leude ou péage tant par terre que par eau, avec plusieurs autres droits, moyennant une somme qu'il paya au vicomte Bernard-Béranger, lequel lui prêta en conséquence serment de fidélité contre tous, excepté nommément contre Raimond^ comte de Saint-Gilles y son seigneur, & Ermengaud de Casouls. Ce dernier, comme nous l'apprenons d'ailleurs*, étoit seigneur de la tour Mauresque de Narbonne.
Un auteur^, qui prétend que cet accord fut fait entre Béranger, vicomte de Narbonne, & Guifred, archevêque de cette ville, reprend Catel d'avoir dit que ce fut entre le vicomte Bernard & ce prélat; mais il est certain que Catel qui avoit vu l'acte n'a rien avancé que de conforme à la vérité ^5 or, comme il est constant, ainsi que le premier de ces deux auteurs en convient, que le vicomte Béranger vivoit encore après la date de cet acte, il s'ensuit qu'il se démit de la vicomte de Narbonne en faveur de ses fils Raimond & Bernard quelque temps avant sa mort. On a d'ailleurs^ un pareil accord réglé par les mêmes arbitres, entre Raimond-Béranger, vicomte de Narbonne, & Guifred, archevêque de cette ville, auquel le même Raimond prêta serment de fidélité, avec promesse réciproque de se secourir contre leurs ennemis, excepté contre Raimond de Saint-Gilles 6» Ermengaud de Casouls.
Cette exception, & la part que Raimond de Saint-Gilles prit aux différends qui étoient entre l'archevêque & les vicomtes de Narbonne, ont donné lieu à un de nos historiens ^^ de conjecturer que le prélat appela le comte en paréage pour la ville de Narbonne, conjecture absolument frivole j car il est constant que Raimond de Saint-Gilles tiroit son droit sur le comté de cette ville, de même que sur le marquisat de Gothie, de celui qu'il avoit à la succession de Berthe, comtesse de Rouergue, sa cousine, ce que cet auteur a îgnoré. Il est vrai toutefois que Guifred, archevêque de Narbonne, & Raimond de Saint- Gilles furent toujours très-unis, 8c que c'est proprement à la protection du dernier que l'autre fut redevable de ce que les vicomtes de Narbonne reconnurent enfin sa suzeraineté, pour ce qu'ils possédoient dans cette moitié de la ville de Narbonne dont nos rois avoient donné le domaine aux prédécesseurs de ce prélat. Au reste, il paroit que Béranger lui-même fit hommage à l'archevêque Guifred pour cette moitié de Narbonne, ainsi que ses deux fils Raimond & Bernard.
On a en effet un acte^ suivant lequel Raimond, vicomte, fils de Richarde, fait hommage à Guifred, archevêque de Narbonne, comme à son seigneur, pour la moitié de cette ville, depuis la porte Royale jusques à la porte Mauresque, &c. Sur quoi il est bon de remarquer que dans cet acte, qui est sans date, les
'Voyez tome V, Chartes 8t Diplômes, nu- ^ CdiU\^ H istùire des comtes de Toulouse, ^. z'j,
méro CCXXX, la 2' charte citée sous ce numéro. ^ Ibid.
* Besse, Histoire de Narhonne, p. i^îy 269 &suiv. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
' Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. CCXXX. méro CCXXX, la a*" charte citce sous ce numéro.
An 1066
copistes ont fait visiblement une faute sur le nom du vicomte de Narbonne, car on n'en trouve aucun du nom de Raimond qui ait été fils de Richarde. Il faut donc lire ou Béranger^fils de Richarde y ou Raimondy fils de Garsinde • cet hommage aura donc été rendu à Guifred , archevêque de Narbonne , en conséauence deTaccord de Tan 1066. Nous en trouvons' un semblable rendu ,^f;*^^'"'"vers le même temps à ce prélat par Pierre, troisième fils de Béranger & de Garsindey qui aura eu par conséquent pour son partage une portion de la vicomte de Narbonne , & qui s'en qualifia en effet vicomte dans la suite. On a cru devoir entrer dans ce détail, tant pour l'importance de la matière que pour la tirer de l'obscurité où elle a été jusques ici,
LXII. — Mort de Bérangery vicomte de Narbonne. — Domaine temporel
des archevêques de cette ville.
Nous avons dit que Béranger, vicomte de Narbonne, vivoit encore au mois An 1067 de février de l'an 1067 : c'est ce qu'on voit par un acte*, suivant lequel « le <t vicomte Béranger (8c non pas Bernard, comme le suppose un auteur 3,) f> sa « femme Garsinde donnent en engagement à Raimond-Bérangery leur seigneur, (( par la grâce de Dieu comte &• marquis de BarcelonCy 8c à la comtesse sa « femme, un fief appelé Ozor qu'ils tenoient de lui, avec le château deSolterre, « pour la somme de cent cinquante onces de mancuses^ d*or de Barcelone du « poids de Narbonne y que ce comte 8c cette comtesse leur avoient prêtée. )> Cet acte est daté du lundi 5 de février y la huitième année du règne du roi Philippe^ ce qui convient parfaitement, en comptant le commencement du règne de ce prince depuis son association au trône en io5g. a II est souscrit par Raimondtt Béranger, Pierre-Béranger 8c Bernard-Béranger, fils du vicomte 8c de la « vicomtesse; Matfred, abbé de Saint-Paul, Guillautne de Montpellier, Pierre tt Amélius de la porte Royale {de porta regia)^ 8cc. » Ce dernier avoit .pris ce surnom d'une porte de Narbonne ainsi appelée, sur laquelle il y avoit une tour ou château qu'il tenoit sans doute en fief de l'archevêque ou du vicomte de cette ville.
Il paroît que Béranger, vicomte de Narbonne, vîvoit encore au mois de mars de l'an^ 1067. Il n'est plus ensuite fait mention de lui, 8c il mourut sans doute bientôt après dans un âge extrêmement avancé , après avoir possédé plus de cinquante ans cette vicomte, dont il avoit hérité de Raimond I, son père.
Quelques années avant sa mort, le pape Alexandre II lui écrivit^ une lettre dans laquelle il le loue beaucoup d'avoir protégé les juifs qui demeuroient sur
'Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu- * Voyez ci-après, p. 364.
méroCCXXX, la 2« charte citée sous ce numéro. * Voyez tome V, Chartes & Diplômes, nu-
" Voyez tome V, Chartes 8c Diplômes, nu- méro CCXXXVII.
méro CCXXXIII. * Conciles, t. 9. p. 1 1.54.
'Catel, Mémoires de t'hist. du Lan^uedoc^ p. 58o.
An 1067
ses terres & d'avoir empêché qu'on ne leur ôtat la vie. Ce pontife écrivît, à ce qu'il paroît', dans les mêmes termes à Guifred, archevêque de Narbonne. Ce fut à l'occasion^ d'une croisade qui se forma en France vers l'an io65 contre les Maures d'Espagne, & durant laquelle les croisés firent mourir sans miséricorde tous les juifs qu'ils rencontrèrent sur leur route. Alexandre , qui désapprouva extrêmement cette conduite, marque dans sa lettre au vicomte de Narbonne la différence qu'il falloit mettre entre les juifs qui vivotent tranquillement dispersés en différens pays & les Sarrasins ou mahométans qui persécutoient les chrétiens. Nous apprenons par là que cette armée de croisés entra en Espagne du côté de Narbonne.
Comme Béranger, vicomte de cette ville, se qualifioit quelquefois proconsul^ cela a donné lieu à un moderne^, qui n'a pas compris que ce terme signifie vicomte dans les chartes des onzième & douzième siècles, de s'imaginer que Béranger avoit exercé l'autorité proconsulaire des anciens gouverneurs de la Narbonnoise du temps des Romains; qu'il avoit usurpé la seigneurie de Narbonne ou l'autorité comtale & même la ducale, & en un mot quil tranchoir du souverain. Cet auteur se contredit cependant, car il convient que du vivant du même vicomte, Hugues, comte de Rouergue, 8c après lui Raimond de Saint-Gilles, furent comtes particuliers de Narbonne. Toute la preuve qu'il donne de la prétendue usurpation de l'autorité souveraine par le vicomte de Narbonne, se réduit à quelques sermens que lui firent divers comtes 8c vicomtes de la Province 8c des pays voisins 8c qu'il qualifie hommages^ mais ces sermens alors fort en usage entre les différens seigneurs ne sont que de simples promesses de s'entr'aider en cas de guerre, ou de se conserver réciproquement leurs domaines, ce qui n'emporte aucun vasselage^. Nous trouvons en effet de pareils sermens faits par les suzerains à leurs vassaux. Béranger n'eut donc dans Narbonne d'autre autorité que celle que les vicomtes ses prédécesseurs y avoient exercée. Ils s'y étoient emparés k la vérité d'une partie des droits Éd. origin. régaliens, de même que les autres principaux seigneurs du royaume; mais ils reconnurent toujours la suzeraineté des comtes de Toulouse ou de Rouergue qui possédoient le marquisat de Gothie 8c le comté particulier de Narbonne, 8c nous n'avons aucune preuve que les vicomtes de cette ville aient jamais prétendu user d'un pouvoir absolu 8c indépendant.
Il peut se faire aussi que Béranger ait empiété sur les droits de l'archevêque Guifred, 8c qu'il ait non-seulement refusé de reconnoître ce prélat pour son suzerain , pour ce qu'il possédoit dans le domaine de l'église de Narbonne, mais qu'il ait encore voulu dominer sur lui, 8c ce fut en effet, à ce qu'il paroit, la principale source des longs différends qu'ils eurent ensemble; mais enfin le vicomte 8c ses fils furent obligés de se soumettre à l'archevêque, de lui prêter serment de fidélité 8c de le reconnoître pour leur seigneur. C'est ainsi que
* Conciles, t. 9, p. 1 164. a Bessc, Histoire des comtes de Narhonne, p. i33,
• Ibid. p. II 38. — Pagi, ad ann. 1062, n. iij 241, 249. 1069, n. 19. ♦ liid.
t. Il, p. 2l5.
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. XIV. SSy "TTJTT"
larchevêque Guifred & Raimond de Saint-Gilles partagèrent la suzeraineté sur la ville 8c le comté de Narbonne dont chacun posséda une partie : le premier en vertu de la donation que Pépin le Bref 8c les rois de France ses successeurs avoient faite à son église de la moitié des droits domaniaux de ce comté, & l'autre en qualité de comte particulier de Narbonne 8c de successeur des anciens ducs de Septimanie ou marquis de Gothie. Il faut remarquer cependant que, quoique Guifred fondât sa suzeraineté sur cette donation de nos rois, il paroît qu'il fut le premier archevêque qui en jouit; car nous ne trouvons pas que les vicomtes aient jamais rendu aucun hommage à ses prédécesseurs, mais depuis Béranger la plupart des successeurs de ce vicomte se reconnurent vassaux des archevêques pour ce qu'ils tenoient dans le domaine de l'église de Narbonne, nonobstant les nouveaux différends qui s'élevèrent entre eux 8c dont nous parlerons dans la suite.
LXIII. — Partage entre Raimond &» Bernard^ fils de Béranger^ vicomte
de Narbonne. — Etendue de leur domaine.
Béranger laissa à sa mort, de Garsinde de Besalu sa femme, trois fils: Raimond, Bernard 8c Pierre. Le dernier étoit évêque de Rodez depuis environ l'an io52. Les deux autres, qui étoient mariés depuis longtemps 8c avoient des enfans, confirmèrent le partage que leur père leur avoit fait de son vivant, ou convinrent du moins d'un nouveau après sa mort. L'acte ' qui en fut dressé est au nom de Bernard (quoique le puîné), lequel «céda à Raimond, son « frère, 8c à Bernard Pelet, fils de celui-ci : i^ la moitié de la ville de Narbonne, « des places, châteaux, tours 8c murailles, avec les usages, censives 8c autres « droits seigneuriaux qui en dépendoient; la moitié des juifs 8c du bourg, 8c (i en un mot la moitié de tout ce que Raimond leur aïeul 8c sa femme Richarde, « Béranger leur père 8c Garsinde leur mère, avoient possédé à Narbonne, « ou d'autres pour eux; 2^ la moitié de tous les usages, rentes 8c autres droits « qui avoient appartenu à leurs ancêtres, tant sur la mer que sur les étangs, « entre autres le droit de naufrage; 3<^ la moitié du droit qu'ils avoient dans « l'élection des archevêques de Narbonne ; 4<> la moitié de tous les fiefs, rentes « 8c seigneuries que leurs prédécesseurs avoient possédés ou par eux-mêmes ou tt par d'autres dans le comté de Narbonne, à la réserve du château neuf 8c « de ses appartenances; 5<> la moitié de tout ce qui avoit été au pouvoir de « Raimond leur aïeul, de sa femme Richarde, de Béranger leur père 8c de « leur mère Garsinde, dans les comtés de Béziers, Lodève, Albi 8c Nimes, « dans les lieux de Beaucaire 6» d^Argence , dans les comtés de Roussillon, « de Girone 8c de Razès, dans la châtellenie de Pierrepertuse, dans es comtés Cl de Carcassonne 8c de Gévaudan &» en Vévêché du paysy 8c enfin dans le « comté de Rouergue. A la fin de l'acte Bernard déclare qu'en cas que Bernard
' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc , p. 682.
An 1007
(( Pelet vint à décéder sans enfans, il dispose de tout ce qu'il lui avoît donné « en faveur de Raimond, son frère, ou des autres enfans de ce dernier. »